Couple HP/DM

Rating : M

Note : Yaoï, homophobes s'abstenir.


Lexique : Khépesh : sabre courbé.


Chapitre 25 : L'ombre d'Anubis

Les pupilles de Lucius étaient devenues celles d'un serpent. La base de ses cheveux se confondait avec son crâne. Son nez avait considérablement rapetissé, devenant presque deux fentes. Quant à sa peau, déjà pâle, elle perdit encore un ton et l'on pouvait voir le dessin d'écailles au travers.

Cette créature mi-humaine mi-serpent sortit de la tente pour constater la déroute de son armée. Rapidement il remit en place un dôme protecteur au-dessus de ses soldats puis il s'adressa à eux mentalement. Une voix sifflante leur susurra à l'esprit :

'-Mes enfants ! Il n'est plus l'heure d'être timoré. Il est grand temps de faire tomber cet usurpateur ! Suivez-moi, nous allons détruire cette engeance ! '

En même temps que ces paroles gagnaient chacun des fidèles, une vague de puissance déferla entre leurs rangs. Ceux qui se trouvaient à l'arrière purent assister en premier à l'arrivée imposante de leur Dieu incarné homme.

D'un seul mouvement ils se jetèrent à terre en psalmodiant des prières. Apophis se tenait sur un nuage noir qui le faisait léviter à quelques mètres du sol, lui occasionnant par le fait une aura de ténèbres.

'-Enfants ! siffla t'il, relevez-vous ! Nous n'aurons de repos tant que chacun de ses traitres ne sera mort ! Il n'y aura pas de reddition, ils auraient dû reconnaitre ma puissance avant d'attiser ma colère. Qu'ils meurent tous !'

Galvanisés, ses soldats reprirent en cœur ses derniers mots tout en se lançant à l'assaut de la capitale. Le dieu serpent se dégagea un passage jusqu'aux murailles, ils ne pouvaient espérer prendre la ville en envoyant des unités au compte goutte par les échelles. Il fallait les submerger de leur nombre en leur ôtant leur seul avantage : ces remparts.

Il concentra donc sa puissance pour les faire voler en éclat. Entre ses mains apparut bientôt une sphère de volutes noires, crépitante, dont le centre rougeâtre semblait en fusion. Avec un sourire effrayant, il lança alors la sphère contre le mur. A l'instant où elle toucha les murailles, un immense brasier aux flammes vertes et bleues se dressa entre les deux, avalant et consumant l'œuvre du dieu serpent.

Harry et Drago avait précipitamment rejoint leur poste quand ils avaient entendu les acclamations du camp adverse. Le brun, les bras écartés, de la sueur commençant à perler sur ses tempes, tentait de contenir la puissance de cette sphère.

Le corps de Lucius luttait aussi pour écarter cette gêne. Un petit garçon ne pouvait pas tenir tête à un Dieu. Il resserra les doigts de sa main et le globe sembla rapetisser puis lentement se fissurer dans un craquement sonore effrayant. Toute l'énergie emmagasinée se libéra dans une gigantesque explosion.

Un vacarme assourdissant retentit, obligeant la plupart des soldats à se boucher les oreilles et la scène disparue dans un brouillard opaque. Petit à petit celui-ci se dissipa avec la brise fraiche venant du Nil. De l'explosion étourdissante qui venait de se produire, ne restait qu'une énorme trace noirâtre sur le mur, encore intact.

Apophis émit un son épouvantable, comme un cri que chacun aurait ressentit à l'intérieur de son être. Rien ne pouvait contrer ses pouvoirs et voilà qu'un minable gamin le surpassait. Ce ne pouvait être toléré.

Harry était tombé à genoux, sa tête appuyé sur les créneaux. Son sang gouttait au sol par petites tâches tombant de son nez. Quelques traces apparaissaient aussi à la commissure de ses lèvres. Cette démonstration l'avait épuisé, il ne pourrait s'opposer si Apophis recommençait. La puissance de son attaque avait été phénoménale, il avait dû puiser dans toutes ses ressources pour créer un feu qui puisse la consumer.

« -On ne pouvait quand même pas le laisser tout détruire, souffla Harry.

Drago hésita :

-Je ne sais pas… Qu'est ce qui peut l'arrêter maintenant ? »

Et en effet Apophis semblait prêt à recommencer : une autre sphère de magie noire crépitait déjà entre ses mains. Le regard que lui jeta son compagnon en disait long : s'il essayait une nouvelle fois de stopper l'attaque, il n'y survivrait pas. Mais il disait surtout que, quoiqu'il advienne, il s'opposerait de nouveau au dieu serpent.

Rapidement, le blond s'incarna dans l'esprit le plus proche et disponible des prêtres de Sekhmet. Il s'agissait d'une jeune servante qui veillait à leur confort. Elle tenait dans les mains une cruche d'eau qu'elle laissa tomber subitement. Les prêtres, concentrés, sursautèrent au bruit et fusillèrent la jeune femme du regard. Au lieu de baisser les yeux et de s'excuser, cette dernière s'avança résolument vers eux et déclara :

« -C'est moi Drago, je suis sur les remparts avec Harry. Apophis se prépare à lancer une seconde offensive et Harry ne parviendra pas à la repousser seul cette fois. Il faut que vous le souteniez. »

Les hommes acquiescèrent et psalmodièrent d'autres incantations. Le fils d'Apophis quitta aussitôt son corps d'emprunt, espérant que l'aide des fidèles de la déesse lionne suffirait. Le suspense ne serait cependant pas de longue durée puisqu'à peine retourné dans son corps, il put constater que le dieu serpent était sur le point de lancer son attaque.

Le petit brun s'était redressé et recherchait ses dernières forces pour absorber l'impact autant que possible. La scène sembla se rejouer une nouvelle fois : la sphère noire s'élança contre les murailles et une corolle de flammes rouges l'accueillit en son sein.

Ce déchainement de magie paraissait presque beau, tel une fleur à l'agonie. Prédiction funeste, la fleur sembla se flétrir sous l'assaut du mal.

Harry tenta de tenir malgré sa vue qui se brouillait, ses jambes qui ne le porteraient bientôt plus et le goût du sang dans la bouche. Pourtant il sentait qu'il n'était plus seul à lutter, mais il savait pertinemment que ce ne serait pas suffisant.

Et son compagnon dut le sentir également car il fit reculer les quelques personnes restantes près de la zone d'impact d'un cri retentissant dans leurs esprits. Puis se doutant que son amant n'abandonnerait pas la lutte ou mourrait en essayant, il le gifla violement, le déconcentrant suffisamment pour faire disparaitre le brasier.

Les volutes de magie noire ne rencontrant plus aucun obstacle foncèrent vers le mur à une vitesse effrayante. L'explosion fut encore plus brutale que la première. Le bastion vola en éclat, les pierres volèrent de tous côtés comme des projectiles, emportant bon nombre de soldats des deux armées.

Le temps sembla presque s'arrêter sur le champ de bataille : alors que la poussière s'évacuait lentement, les rescapés reprenaient leurs esprits encore sonnés par l'explosion. Mais le dieu serpent ne laisse pas le loisir aux troupes de se ressaisir, il lança son armée à l'assaut de la brèche d'un ordre qui ne pouvait être contesté.

Tel un seul homme, celle-ci s'élança, grimpant sur les décombres et entrant enfin dans l'enceinte sacrée. Elle ne put cependant pas pénétrer très loin car les soldats de Râ l'attendaient de pieds fermes, prêts à en découdre jusqu'à la mort. Les combats ne tardèrent pas à s'engager, les premières lignes s'entrechoquèrent avec violence. Khépesh contre Khépesh, l'ultime bataille pour les cieux, pour un Dieu, pour une cause, pour la liberté, débuta.

Pour Apophis rien ne devait entraver sa victoire, son armée réduirait les adeptes du soleil à néant, pendant que lui-même s'assurerait qu'aucun prêtre ou petit imbécile possédant un brin de magie puissent se mettre en travers de son chemin.

Il suivit ses hommes à l'intérieur de la ville à la recherche de l'insolent qui l'avait défié. Il le repéra assez facilement sur les hauteurs épargnées par le souffle de son attaque. Il se traça un chemin jusqu'en haut des murailles, tuant les infortunés qui le croisaient avec beaucoup trop d'aisance. Le garçon était à terre, le fils de son hôte à ses côtés, d'aucun soucieux de ce qui les entourait.

Trop facile.

Tendant sa main, il fit mine de serrer le poing. Aussitôt Harry commença à suffoquer, il avait beau prendre de grandes respirations, l'air se refusait à ses poumons et son cœur s'emballait de façon inquiétante. Il agrippa le bras de Drago, cherchant désespérément une goulée d'air.

Le blond, complètement pris au dépourvu, était paniqué. Une minuta auparavant son compagnon semblait se remettre quelque peu de sa confrontation avec le dieu serpent et là il paraissait sur le point de mourir sans aucune raison apparente.

Que pouvait-il faire ?

Que devait-il faire ?

Le petit brun s'accrochait à son bras comme un forcené, quémandant une aide qu'il ne pouvait fournir. Brutalement le fils de Sekhmet, au bord de l'étouffement, gifla son amant avant de s'écrouler.

Apophis ricana intérieurement à ce geste, les humains étaient si stupides : frapper quelqu'un parce qu'il était impuissant…

Il ne comprendrait jamais cette race. Seulement sa jubilation lui fut rapidement ôtée par un souffle brutal de sable qui le renversa. Le contact coupé, l'air réintégra les poumons de Harry, son corps s'arquant sous la pression revenue. Ce que le dieu serpent avait pris pour une gifle avait juste été le moyen pour le brun de faire tourner la tête de Drago afin qu'il comprenne ce qu'il se passait.

A présent debout, ne pouvant pas fuir, ils se devaient de faire face au Dieu de la nuit et de la destruction, seuls. Leurs chances de survie étaient faibles, déjà contre ses sbires ils avaient faillis y laisser leurs peaux, alors contre un Dieu… Mais ils feraient front contre lui, ils ne pouvaient abandonner tous les hommes qui se battaient en dessous d'eux, même si ce n'était que pour leur donner quelques minutes de répit.

Apophis se redressa, visiblement en colère, ces gamins ne perdaient rien pour attendre. Il fit un simple mouvement de poignet avec un sourire démoniaque qui en disait long. Les deux jeunes regardèrent autour d'eux s'attendant au pire mais rien ne vint.

Lucius renchérit aussitôt en leur envoyant une version abrégée de la sphère noire qui avait abattu les murs de la cité. Ils furent projetés violemment en arrière et heurtèrent les parapets qui leur coupèrent le souffle.

Avant qu'ils ne puissent se reprendre, les ombres engendrées par le soleil, tremblotèrent puis se muèrent de vie. Les garçons, à terre, avaient une moitié du corps ensoleillé et l'autre dans l'obscurité, ce furent celles-ci qui furent assaillies par des filets de fumées.

Harry fut plaqué par le haut du corps, les bras également saucissonnés. Ces fils immatériels et pourtant puissants lui interdisait tout mouvement, l'oppressant même. Ils semblaient infinis, fusionnant, se multipliant à volonté. Plusieurs bras s'extirpèrent des autres pour se diriger à sa grande peur vers son visage.

Les premiers titillèrent les coins de sa bouche qu'il ferma aussi hermétiquement que possible. Ils changèrent alors de cible et montèrent vers ses narines. Le brun eut le sentiment implacable que s'ils entraient en lui, ils le contrôleraient comme Séverus l'avait été.

Quant à Drago, il fut happé par les jambes que les filaments noirs lui recouvrèrent entièrement. Puis ils commencèrent à grimper jusqu'à sa taille, faisant monter parallèlement son taux d'adrénaline. Cependant ils s'arrêtèrent au niveau de ses hanches et le blond soupira de soulagement… jusqu'à ce qu'il se sente lentement traîner en arrière.

Il tourna la tête pour voir où les fils l'entraînaient et il eut l'effroyable vision d'une masse sombre et mouvante contre le créneau, avec des formes ressemblant étrangement à des dents, qui – il en était certain – allait l'avaler. Pour les deux garçons les solutions étaient limitées, s'ils ne réagissaient pas rapidement Apophis les écraserait comme de simples insectes.

Pour son plus grand malheur, Harry se rendit bien compte que ces volutes corrompues ne pouvaient brûler puisque n'ayant aucune consistance. Il ne lui restait qu'une option et il pria Sekhmet qu'elle fonctionne. Il se concentra au maximum alors que les filaments commençaient à entrer dans son nez. Il s'empêcha d'éternuer contre ce corps étranger, il ne lui restait que quelques secondes avant qu'il soit paralysé et il ne pouvait se permettre d'être distrait.

Alors qu'ils atteignaient ses yeux, un vent brûlant se déchaîna autour de lui. A l'intérieur de lui, il avait créé une sorte de bombe et alors qu'il contenait l'explosion en elle-même qui les aurait tous détruits, il laissa échapper le souffle qui dispersa les ombres autour de lui. Hélas elles ne furent que repoussées temporairement et non détruites. Aussi fut il obligé d'attiser sa 'bombe' en permanence sous peine de retomber dans le piège. Et malheureusement il ne pouvait maintenir cet état éternellement.

Pendant ce temps, Drago glissait inéluctablement vers le monstre immatériel, n'ayant rien à proximité à quoi se raccrocher. Rassemblant son pouvoir, il attira à lui tout le sable qu'il put et le lança en direction de la bouche infernale, voulant l'obstruer. Mais contre un Dieu une telle réplique semblait plus que pathétique et inutile.

La bouche avala tout ce qui se présenta à elle, drainant au passage le pouvoir qu'il y mettait. S'il continuait ainsi, elle aspirerait sa magie bien avant d'avoir terminé son corps. Il cessa son attaque alors qu'il ne restait qu'une cinquantaine de centimètres avant sa fin.

Le blond tenta une autre approche, si rien ne comblait ce vide, il devait s'en extirper. Il créa autour de sa poitrine une enveloppe de sable aussi dure que la pierre, puis une autre au dessus de lui en forme de hanse. Il la prit de ses deux mains et commença à tirer de toutes ses forces.

Un instant il cru avoir réussi, remontant quelque peu. Mais d'un coup les filaments raffermirent leurs prises et le trainèrent encore plus fort. Accrochée à sa prise, Drago cru que ses épaules se déboitaient et il ne put résister longtemps avant de lâcher. Seulement le fourreau serré sur sa poitrine était toujours là et vu que la force mettait son adversaire, ça ne le retiendrait que brièvement et le passage de ses bras et de sa tête ne se ferait pas sans séquelles. Malheureusement il ne pourrait lutter éternellement…

Apophis regarda les deux insectes qui l'avaient harcelé, tomber dans son piège et se battre en vain. Plus ils se rebellaient, plus il serait délectable de les voir sombrer. Ils étaient comme deux moustiques dans une toile d'araignée : à s'agiter éperdument pendant qu'ils s'empêtraient davantage dans la toile. Et bientôt l'araignée allait les dévorer tout entier. Le Dieu ne put empêcher un sourire vainqueur de s'accrocher sur son visage : comment avaient ils pu croire un seul moment qu'ils étaient de taille contre lui ?

Drago renonça le premier, incapable d'endurer la douleur, il ôta sa protection alors que Harry perdait petit à petit sa puissance jusqu'à ce que le souffle brûlant disparaisse dans le vent du désert. Ils se lancèrent un dernier regard avant que la magie du dieu serpent ne fasse son œuvre…