Bonjour à tous,

Le chapitre 25 est arrivé :)

J'espère qu'il vous plaira !

Bonne lecture,

Perhentian

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Chapitre 25 – Septembre 1999

Hermione dessina avec application la dernière rune sur le sol de sa chambre, et essuya ensuite le sang sur son propre bras. C'était le milieu de la nuit, et seule la petite flamme bleue qu'elle avait conjurée plus tôt éclairait la pièce d'une lueur vacillante. Prudemment, elle s'installa dans le cercle de rune, et guetta un instant les bruits autour d'elle. Le château était complétement silencieux, comme toujours, et cela ne lui donna malheureusement aucune certitude sur la présence du seigneur des ténèbres entre ces murs.

Cela faisait plusieurs nuits qu'elle essayait de mettre en œuvre la théorie de Morgana le Fay. Elle avait passé de nombreuses heures à travailler sur un cercle de runes pour lui faciliter la tâche, et si les précédents s'étaient avérés être des échecs, elle était plutôt confiante en celui qu'elle venait tout juste de tracer.

Elle n'avait pas accès à du charbon noir bien sûr, ni à aucun des autres matériaux classiques pour tracer des runes, et elle avait fini par utiliser son propre sang. Une fois l'aspect macabre de l'ingrédient mis de côté, cette solution fonctionnait particulièrement bien. Son incapacité chronique à exécuter un Epiksey sans baguette s'était avérée pénible jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'elle était par contre capable d'exécuter un Recurvite, qui s'il ne faisait pas disparaitre les cicatrices qu'elle avait maintenant au niveau des hanches, permettait au moins d'effacer toute trace de sang après coup.

Focalisant sa concentration sur sa magie Hermione activa une à une toutes les runes autour d'elle. Lorsque ce fut fait elle s'accorda une pause de quelques secondes, répétant une dernière fois dans sa tête. Puis elle récita le chant qu'elle avait assemblé ces derniers jours pour changer temporairement la polarité de sa magie.

Elle put dire exactement quand cela fonctionna. D'un seul coup, la magie du château de Serpentard se relia à elle. Mais pas de la même façon qu'elle l'avait déjà ressentie, une vieille magie qui coulait entre les pierres comme dans tout autre lieu magique. Non, cette fois-ci la magie du château de Serpentard semblait être une extension de la sienne, comme si le château était une nouvelle partie d'elle-même dont elle n'avait jamais eu conscience auparavant.

– Waouh… laissa-t-elle échapper.

Elle put immédiatement vérifier qu'il n'y avait actuellement aucune trace de Lord Voldemort dans le château. Et heureusement, car elle était certaine qu'il n'aurait pas pu louper son intrusion, tout comme elle était maintenant consciente des mouvements de chacune des personnes présentes dans le château.

Les informations qui lui provenaient étaient désordonnées, ne suivant aucune logique spatiale, et Hermione mit un moment à réussir à les interpréter correctement. Mais lorsqu'elle y parvint, elle ne put s'empêcher de jubiler. Elle avait l'intégralité du château de Serpentard à portée de main. Si elle y passait un moment elle pourrait facilement en redessiner tous les plans, tout en restant tranquillement dans sa chambre.

Et là, n'étaient-ce pas les magies de Fred, Susan et Padma ? Hermione en rigola de soulagement. Ils étaient encore vivants. Ils n'étaient même pas dans les cachots. Et il n'y avait – en tout cas pour le moment – aucun mangemort auprès d'eux.

Hermione scruta ensuite le reste du château. Elle s'arrêta quelques instants sur une salle qui semblait être à la fois proche de la bibliothèque et du bureau du seigneur des ténèbres, et qui dégageait une magie monstrueuse. Cela piqua résolument sa curiosité. Qu'est-ce que le seigneur des ténèbres pouvait garder dedans pour dégager une telle puissance ? Une partie de ses Horcruxes ? D'autres artefacts magiques encore plus effrayants ? Elle se concentra un instant dessus, mais elle ne put obtenir plus de détails.

Ne voulant trop tenter sa chance, Hermione brisa l'enchantement lui permettant d'imiter la signature magique du seigneur des ténèbres, et se releva doucement. Il allait indubitablement falloir qu'elle aille regarder par elle-même ce qui se trouvait dans la pièce dissimulée. Mais pour cela elle devrait être sure que le seigneur des ténèbres soit absent. Elle n'avait absolument aucune envie de se faire surprendre en train de roder dans les lieux secrets du château.

– Evanesco, lança-t-elle distraitement sur les runes au sol.

Toutes traces de ses runes étaient maintenant effacées, et elle ne put retenir un énorme sourire de fleurir sur son visage. Elle allait enfin prendre l'avantage sur le seigneur des ténèbres.

Un instant après un sentiment de frayeur s'insinua en elle. Jamais elle ne pourrait masquer sa bonne humeur. Elle n'avait jamais su mentir et elle avait toujours été particulièrement atroce en théâtre. C'était déjà un miracle qu'elle ait pu masquer sa connaissance des Horcruxes et du rôle de Severus Rogue au seigneur des ténèbres.

Hermione commença à faire les cents pas dans sa chambre. Il fallait absolument qu'elle trouve quelque chose de convaincant qui puisse expliquer pourquoi elle était aussi satisfaite. Et ce d'ici la fin de la nuit au cas où le seigneur des ténèbres revienne le lendemain. Ses yeux parcoururent du regard la pièce avant de s'arrêter sur la pile de livres sur la table. Elle venait d'avoir une idée, et si cela fonctionnait, ce n'en serait qu'un avantage supplémentaire.

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Voldemort marchait tranquillement le long du lac Inle. Autour de lui la pluie était si intense qu'il était normalement impossible de voir quoi que ce soit à plus de trois mètres de distance. Cela n'était évidemment pas un frein pour lui. Il savait parfaitement où il allait, et il était certain que ce serait dans cet endroit qu'il trouverait enfin Alexandra.

Cela faisait trois jours qu'il faisait des allers-retours réguliers en Birmanie, cherchant des traces de la sorcière dans la région de Nyaungshwe. Le calme du lac, les montagnes sauvages autour, les multiples temples, Voldemort ne pouvait nier que la région elle-même avait du charme. Mais ce qui était particulièrement satisfaisant, c'était la puissance des flux magiques qui s'échangeaient ici. Une magie brute, semblant sortir de la terre, véhiculée par toutes les runes activées dans les temples, et qui faisait presque vibrer l'air sous son intensité.

Le flux était tel que la plupart des sorciers ne supportaient pas de rester longtemps dans la région, se sentant oppressés par cette puissance sans cesse en mouvement. Voldemort au contraire s'y sentait particulièrement bien. Partout ailleurs dans le monde, les sorciers utilisaient la magie dans un but précis. Ici, la magie était manipulée sans motif ultérieur. Les différents flux magiques n'existaient que pour eux-mêmes, une rivière magique sans début ni fin, qui coulait depuis une éternité.

Il arriva finalement devant un mur végétal. La jungle s'étalait juste devant lui, faussement impénétrable, protégeant la maison d'Alexandra des curieux. Il ne s'arrêta pas, obligeant les arbres devant lui à s'écarter de son chemin au fur et à mesure qu'il avançait. Enfin il déboucha dans une vaste clairière, entièrement illuminée par le soleil. Un gazon parfait s'étalait devant lui, et l'air étonnement sec lui prouva que cet endroit bénéficiait d'un climat spécifique très localisé, et surement pas naturel.

En plein milieu se dressait une petite maison en bois sombre sur pilotis, très typiquement birmane. Juste en bas de l'escalier se tenait Alexandra, le regardant droit dans les yeux. Il n'avait pas été particulièrement discret, mais il ne pensait pas non plus qu'elle l'aurait déjà repéré.

– Alexandra, la salua-t-il, son ton dénué de toute politesse.

– Qu'as-tu offert à Asma pour qu'il se décide à vendre ma localisation ? demanda Alexandra d'un ton tout aussi rude.

Elle paraissait particulièrement agacée et Voldemort la regarda avec dédain. Elle aurait pourtant dû savoir que confier un quelconque secret à Asma était absolument contre-productif.

– À peine un verre de cognac, répondit-il. Cela ne valait guère plus.

– Que veux-tu ? demanda-t-elle avec lassitude.

Un sourire mesquin étira les lèvres du seigneur des ténèbres. Même les mages n'osaient plus tenter leur chance contre lui. Alors qu'il ne pouvait les tuer. Et si la réciproque était tout aussi vraie, rien n'empêchait Alexandra de tenter de s'enfuir. Et pourtant, elle n'avait pas bougé.

– L'amulette de Seth, exigea Voldemort.

– L'amulette ne fonctionne plus. Asma ne te l'a pas dit ?

– Bien sûr que si.

Le silence plana quelques instants avant qu'Alexandra ne se renfrogne.

– Tu es persuadé de réussir à la faire fonctionner de nouveau n'est-ce pas ? Ton arrogance n'a pas de limites.

– C'est mon pouvoir qui n'a pas de limites Alexandra.

Elle ne semblait visiblement pas d'accord, mais il ne lui laissa pas le temps de répliquer.

– Où est l'amulette ? demanda-t-il en détachant chacun de ses mots.

– Chez-moi, à Moscou, répondit calmement Alexandra.

Voldemort s'approcha et lui tendit son bras lorsqu'il fut juste à côté d'elle.

– Quel quartier ma chère Alexandra ? demanda-t-il d'un ton faussement galant.

Alexandra prit son bras avec résignation.

– Le parc de l'étang du patriarche, indiqua-t-elle platement.

– Penses-tu que je puisse faire un Woland convainquant ? demanda Voldemort. (*)

– Je préfère ne pas savoir, répondit Alexandra. Mais s'il était là, Asma ferait indubitablement un Béhémoth concluant.

Voldemort retint son amusement à cette image, et transplana directement à Moscou. Il ressentit en premier la fraicheur de l'air, particulièrement agréable après la chaleur étouffante de Birmanie. Ensuite le bruit de la ville, qui lui sembla beaucoup trop fort après ces quelques heures au bout du monde. Et enfin la vue lui revint. Ils étaient arrivés juste au bord de l'étang, invisibles aux yeux des nombreux moldus qui déambulaient dans le parc en ce premier samedi matin du mois de septembre.

Il sentit Alexandra se crisper à côté de lui et il en retira une grande satisfaction. Il savait que la sorcière souffrait d'être partie de Russie depuis plusieurs mois. Et ce n'était qu'une douce vengeance pour toutes les fois où elle s'était interposée entre lui et la conquête de la Russie.

– Où allons-nous maintenant ? demanda-t-il.

Alexandra le guida sur quelques rues, et ils finirent par arriver devant un immeuble des plus quelconques. Cependant, dès qu'ils en passèrent le porche, un véritable palais le remplaça. L'architecture du XVIIIème siècle rendait particulièrement bien, et les délicats tons blancs et bleus contrastaient singulièrement avec la ville moldue tout autour.

Alexandra le fit passer par l'entrée principale, avant de traverser d'un pas sûr un dédale de pièces et de couloirs. L'intérieur du palais moscovite des Rostov était lumineux, chaleureux, et décoré avec un gout indéniable. Tout était fait pour rendre le visiteur à la fois émerveillé devant la richesse de la famille et parfaitement à l'aise.

Enfin Alexandra le fit rentrer dans un bureau encombré d'objets divers et variés et de livres. Il n'y avait aucun ordre apparent dans la pièce et Voldemort eu un sourire dédaigneux alors que la sorcière fouillait les étagères.

– Peut-être que si tu avais été capable de retrouver ta baguette dans ce bazar tu aurais pu défendre ton amant, fit-il remarquer avec une ironie cruelle.

Alexandra se retourna calmement, son visage ne reflétant aucune expression, et d'un mouvement de main elle fit voler vers lui l'amulette de Seth. Voldemort la récupéra sans se presser, masquant l'impatience qu'il ressentait à l'idée d'avoir de nouveau l'amulette entre ses mains. Une fois que cela fut fait il regarda avec condescendance Alexandra pointer sa baguette sur lui.

– Je te conseille de partir avant que je signale aux protections du palais que tu n'es plus le bienvenu, fit sèchement la sorcière.

Voldemort lui lança un regard dubitatif, mais transplana tout de même sans rajouter un mot lorsqu'elle commença à bouger sa baguette. Il avait mieux à faire que de lutter contre les protections ancestrales des Rostov.

De retour au château de Serpentard il déposa précautionneusement l'amulette de Seth sur son bureau. La signature magique qui s'en dégageait était indubitablement différente de ce qu'elle avait été il y avait des années de cela. La baguette de sureau apparut dans sa main droite et Voldemort se lança dans une intensive session de diagnostic.

Deux heures plus tard, Voldemort s'enfonça avec satisfaction dans son fauteuil, et il laissa même échapper un rire. Quels idiots. Ils n'avaient pas détraqué l'amulette de Seth. Au contraire, d'une façon ou d'une autre, ils en avaient finalisé les enchantements. L'amulette ne permettait plus de transférer de façon temporaire la magie, cet effet collatéral que tous croyaient depuis des siècles être sa principale raison d'être. Quel dommage d'ailleurs qu'aucun des mages n'ait réussi à utiliser l'amulette. Elle les aurait rendus fous en à peine quelques mois.

S'il avait été certain de son côté de pouvoir finaliser l'amulette, Voldemort devait admettre que cela aurait pu lui prendre des mois de recherche. Dire que sans même le savoir, Asma et Alexandra avaient fait cela pour lui, tout en pensant que l'amulette était perdue. Il allait simplement transformer légèrement l'amulette pour qu'elle ne soit plus reconnaissable, et à l'équinoxe, au moment où la magie atteindrait l'un de ses pics, il la ferait porter à Hermione. Il allait enfin prendre l'avantage sur les mages.

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Avec grande satisfaction Voldemort regarda ce qu'il avait fait de l'amulette de Seth. Même la signature magique en avait été altérée. Avec précaution il déposa l'artefact sur l'une des étagères de son deuxième bureau, celui qui était invisible à tout autre que lui.

Il était d'excellente humeur. Bien meilleure même que lorsqu'il avait retrouvé la baguette de sureau, qu'il faisait d'ailleurs tourner entre ses doigts avec contentement. Il l'échangea pour sa baguette d'if avant de retourner dans son autre bureau. Il contempla un instant la possibilité de faire mander l'un de ses mangemort du premier cercle pour savoir ce qui s'était déroulé en son absence, mais il savait qu'ils parviendraient d'une façon ou d'une autre à gâcher sa bonne humeur.

Il sortit de son bureau et parcourut presque machinalement les couloirs du château de Serpentard, se retrouvant finalement devant la porte de l'appartement d'Hermione. Il hésita un instant. Il n'avait pas vraiment digéré la révélation d'Asma sur la présence d'une infime partie de la magie du vieux fou en Hermione. Le simple souvenir qu'il l'avait embrassée lui donnait envie de torturer violement une dizaine de personnes.

Mais il devait admettre qu'il tolérait la compagnie d'Hermione. Une sang-de-bourbe, sortie de nulle part, liée à Dumbledore. Et pourtant, elle était l'une des rares personnes qu'il avait rencontré qui était aussi passionnée que lui par la magie. L'une des rares qui l'amusait plus qu'elle ne l'irritait.

Voldemort fit un simple geste de la main et la porte de l'appartement d'Hermione s'ouvrit. Comme souvent, la jeune fille était assise en tailleur sur l'un des canapés, plongée dans la lecture d'un livre, une plume qu'elle avait dû enchanter sans baguette écrivant ses notes. La vitesse à laquelle elle avait été capable de maitriser cette magie une fois qu'il l'avait mise sur la bonne voie était stupéfiante. Hermione Granger était sans aucun doute faite pour exceller en enchantements. Elle y était naturellement douée, pas comme en duel où son niveau aurait été plus que moyen s'il ne l'avait pas un peu poussée.

Le remarquant, elle tourna brusquement la tête vers lui et la plume retomba sur la table. Elle posa le livre et se releva.

– Bonjour maître, fit-elle en s'inclinant.

Voldemort remarqua immédiatement la tonalité parfaitement calme de sa voix, ce qui était particulièrement étrange. Il savait parfaitement à quel point Hermione haïssait se soumettre. Et il y avait toujours une petite intonation dans sa voix qui trahissait juste cela. Alors qu'elle se redressait, il put lire sur son visage la confirmation que quelque chose s'était passé. Depuis un mois les émotions de la jeune fille avaient varié entre la peur, l'indignation, et le désespoir. Aujourd'hui son attitude ne reflétait plus qu'une tranquille détermination.

– Une explication ? demanda-t-il.

Une lueur de surprise, puis d'agacement, passèrent dans son regard, mais elle garda le silence.

– Hermione, insista-t-il.

Elle se mordilla la lèvre avant de montrer d'un signe de main la table du petit salon. Il remarqua immédiatement que ce n'était plus les livres qu'il lui avait mis de côté la dernière fois, mais des dizaines de tomes sur des techniques avancées de duel, ainsi que des manuels traitant de façon approfondie de comment briser les protections entourant un lieu. Ils venaient indubitablement de sa bibliothèque.

– Un sortilège de localisation couplé d'un Accio ? demanda-t-il d'un ton égal.

– Des runes, répondit Hermione. Le sortilège de localisation est trop complexe sans baguette.

– Trop complexe pour toi, souligna-t-il.

– Trop complexe pour moi, admit-elle.

Il s'approcha d'elle, la dominant de toute sa hauteur, et un tic sur le visage d'Hermione trahit sa nervosité.

– Et qu'espères-tu ? Trouver dans ma bibliothèque quelque chose qui te permette de t'enfuir ? Qui te permette de me vaincre peut-être ? fit-il avec dédain.

Elle se faisait des illusions si elle croyait pouvoir quoi que ce soit contre lui. S'en était presque comique tellement c'était ridicule.

– Et pourquoi pas ? répondit-elle avec défi.

Voldemort et Hermione se regardèrent quelques secondes en silence. Maintenant qu'elle avait un véritable objectif qui n'était pas inatteignable Hermione pouvait enfin aborder sa propre situation avec calme. Elle se trouvait devant le sorcier le plus puissant du monde, un homme qui n'hésiterait guère à la tuer sur un coup de tête si l'envie lui en prenait. Entre elle et lui, ce n'était plus qu'une course contre la montre.

– Vous vouliez me voir ? demanda-t-elle, brisant le silence.

Elle n'avait jamais aussi parfaitement réussi à imiter l'indifférence. Bien sûr, cela ne dupa pas un seul instant le seigneur des ténèbres, qui lui fit un sourire moqueur. Il fit apparaitre sa baguette en bois de vigne dans sa main gauche, et la lança vers elle. Hermione l'attrapa d'un geste vif et la sentit avec plaisir chauffer sous ses doigts.

– Envie de savoir si tes nouvelles connaissances font la différence ? demanda le seigneur des ténèbres.

Il lui sourit avec un air narquois, et Hermione se surprit à lui sourire en retour. Le contact avec sa baguette était tout simplement grisant et elle ne put qu'admettre qu'elle était impatiente à l'idée de se battre en duel. Contre lui. Ne pas pouvoir utiliser toute l'étendue de sa magie depuis un mois l'avait frustrée au plus haut point.

– Avec plaisir, répondit-elle.

Voldemort fit un rapide mouvement de sa baguette.

– Tu devrais maintenant être en mesure de transplaner dans la salle de duel. Je suppose que tu te souviens de ce à quoi elle ressemble ?

Hermione hocha simplement la tête, se demandant un instant pourquoi pour une fois le seigneur des ténèbres ne la faisait pas directement transplaner avec lui. Mais déjà celui-ci avait disparu et elle s'empressa de le suivre, l'impatience la sentant ridiculement fébrile.

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La deuxième semaine de septembre s'écoula dans une sérénité troublante pour Hermione. Elle passa quasiment toutes ses journées en compagnie de Lord Voldemort, et celui-ci s'avérait être d'une compagnie bien trop sympathique pour ne pas s'en méfier. Il l'avait autorisée à carrément se rendre seule dans sa bibliothèque lorsqu'il travaillait dans son bureau, comme pour lui prouver à quel point ce qu'il croyait être la cause de sa bonne humeur était dérisoire.

Il avait aussi repris son entrainement, et la raison de ce revirement restait obscure pour Hermione. Leurs conversations étaient aussi devenues presque civiles. Et au plus grand soulagement d'Hermione, le seigneur des ténèbres avait gardé ses distances avec elle, prenant soin d'éviter de ne serait-ce que la toucher.

Le comportement général du seigneur des ténèbres était hautement suspicieux, mais Hermione tentait de ne pas y prêter attention. De son côté, elle attendait avec impatience qu'une occasion se présente pour pouvoir explorer en toute tranquillité le château de Serpentard. Et avec un peu de chance localiser de nouveaux Horcruxes.

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Dans le bureau du seigneur des ténèbres, Drago Malefoy n'en menait pas large. Son père et lui étaient revenus une heure auparavant du Japon, et le seigneur des ténèbres était furieux que les deux sorciers aient échoués. Son père avait été appelé plus tôt, et c'était dorénavant son tour de subir le courroux du seigneur des ténèbres. Celui-ci s'apprêtait visiblement à lui lancer un Doloris et Drago essayait désespérément d'implorer sa pitié lorsque le sifflement du tableau gardant les portes du bureau du seigneur des ténèbres se fit entendre, figeant la scène.

Le seigneur des ténèbres répondit en fourchelangue et Drago sentit un frisson glacé lui parcourir le dos. Le langage des serpents était véritablement terrifiant, une preuve supplémentaire que le seigneur des ténèbres se situait au-dessus de tous. Il regarda les portes s'ouvrir du coin de l'œil, se demandant avec appréhension qui allait assister à son humiliation. Il fut surpris de voir la jeune fille qu'il avait croisée une dizaine de jours plus tôt en sortant de ce même bureau. Celle-ci s'inclina brièvement devant le seigneur des ténèbres.

– Qu'est-ce qui t'as pris autant de temps ? demanda le seigneur des ténèbres.

Drago reprit légèrement espoir en entendant la voix froide du seigneur des ténèbres. Si cette imbécile avait déplu plus que lui au seigneur des ténèbres, il pourrait peut-être s'en tirer à bon compte. Peut-être qu'il pourrait éviter les redoutables Doloris du seigneur des ténèbres.

Voldemort remarqua simultanément le soulagement qui s'inscrivait sur le visage de Drago Malefoy, ainsi que l'expression de dédain qui était furtivement apparue sur celui d'Hermione à la vue du jeune mangemort, et un sourire cruel étira ses lèvres.

– Excusez-moi maître, répondit Hermione d'une voix calme. J'ai mis du temps à trouver ce que je cherchais.

– Et que cherchais-tu donc de si particulier ?

Le soulagement était de plus en plus présent sur le visage du dernier descendant Malefoy et Voldemort le regarda avec autant de dédain qu'Hermione précédemment. Lucius ne lui avait-il donc pas apprit à ne-serait-ce que masquer ses expressions ? À moins que ce soit Narcissa qui ne l'ait trop gâté ? Ou que la consanguinité des Malefoy n'ait finie par complétement les dérégler ?

– Je voulais un livre traitant des applications théoriques de l'arithmancie aux charmes de Hrund, répondit simplement Hermione.

– George J. Karnworld, indiqua Voldemort avec désinvolture.

Hermione hocha la tête et montra l'un des livres qu'elle avait entre ses mains, un petit sourire satisfait sur les lèvres.

– Pose les livres et viens ici, ordonna le seigneur des ténèbres.

Le sourire d'Hermione se fana et elle se plaça juste à côté de lui, lui jetant un regard suspicieux.

– Ne m'as-tu pas reporté à la fin du mois d'août que Drago avait eu un comportement déplacé à ton encontre Hermione ? demanda Voldemort d'un ton faussement léger.

Le visage du jeune Malefoy devint immédiatement blanc comme la craie, son regard se fixant avec effroi sur Hermione. Ah, il avait donc bien entendu parler d'elle dans les cercles des mangemorts. Son irrespect il y avait une dizaine de jours de cela était donc dû à la méconnaissance de la personne qu'il avait en face de lui, lui faisant croire qu'il était dans une position privilégiée. Cette même attitude qui lui avait fait échouer la mission pourtant simple qu'il lui avait confié.

– Peut-être maître, répondit prudemment Hermione lorsqu'il fut clair qu'il attendait une réponse.

Le sourire suffisant du seigneur des ténèbres s'agrandit. Cela promettait d'être hautement amusant. Il allait apprendre au jeune Drago Malefoy qu'il ne tolérait ni l'échec, ni l'irrespect. Et il avait été bien trop complaisant avec Hermione ces derniers temps.

– Vois-tu Hermione, Drago m'a aussi beaucoup déçu cette semaine.

Il put voir avec satisfaction qu'Hermione se tendit encore plus après cette mise au point.

– C'est l'occasion parfaite pour que tu apprennes à maitriser le Doloris et l'Imperium, ajouta-t-il.

Hermione devint aussi blême que Drago précédemment, alors que le jeune Malefoy pensait à tort que celui lui assurerait des Doloris moins puissants. Voldemort sortit de sa poche la baguette d'Hermione et la tendit nonchalamment à la jeune fille. Ils s'affrontèrent du regard un instant, et elle finit par prendre la baguette à contre cœur.

– Tu ne voudrais pas me décevoir n'est-ce pas Hermione ? demanda-t-il d'un ton égal.

Il vit les jointures des doigts d'Hermione devenir blanches sous le coup de la colère et il laissa échapper un rire sans joie.

– Commençons par le Doloris, veux-tu ?

Il lui indiqua Drago d'un geste de main, qui n'avait pas bougé, semblant trouver la scène se déroulant devant lui complètement surréaliste. Hermione se tourna avec reluctance vers lui et leva sa baguette.

– Endoloris, fit-elle sans aucune conviction.

Un rayon rouge sortit de sa baguette et frappa Drago Malefoy, qui poussa un cri de douleur rapidement réprimé. Voldemort ne lui jeta même pas un regard, toute son attention concentrée sur Hermione. Il savait qu'elle n'avait jamais lancé le sortilège auparavant, et il ne put qu'admirer un instant qu'elle ait pu produire quoi que ce soit avec aussi peu de motivation.

– Tss, tss, tu sais bien qu'il faut le vouloir pour que cela marche Hermione.

Il s'approcha d'elle et enroula sa main autour de la sienne, qui serait toujours la baguette en bois de vigne. La main d'Hermione trembla légèrement et il resserra sa prise.

– Endoloris, siffla-t-il.

Drago Malefoy s'écroula immédiatement sur le sol et ses hurlements résonnèrent dans le bureau. Hermione retira vivement sa main et il lui adressa un sourire moqueur.

– Est-ce vraiment nécessaire ?

La voix d'Hermione avait distinctement tremblé sur la fin de sa phrase, et il voyait qu'elle lutait pour conserver le masque d'indifférence qu'il l'obligeait à adopter en présence d'autres mangemorts. Voldemort ne comprenait pas pourquoi le sort des autres la touchait tellement. Elle pourrait être une sorcière tellement plus accomplie si elle comprenait enfin que les faibles n'avaient pas d'autre intérêt que celui de servir. Et au lieu de cela, c'était elle qui se laissait atteindre.

– Mais évidemment, répondit-il.

– S'il vous plait maître, supplia Drago Malefoy toujours sur le sol, se rappelant par la même occasion à son bon souvenir. S'il vous plait.

Voldemort lui lança un regard méprisant.

– Ce n'est pas moi que tu devrais supplier Drago. Je me sentirai obligé de montrer à Hermione l'effet du sortilège jusqu'à ce qu'elle le maitrise de façon satisfaisante.

Voldemort fit signe à Hermione de recommencer avant que Drago Malefoy n'ait le temps de répondre quoi que ce soit. Après tout, ce n'était pas vraiment à lui que son discours était adressé.

– Concentre-toi avant de lancer le sortilège, ordonna-t-il.

Hermione lui lança discrètement un regard furieux mais finit par s'exécuter.

– Endoloris, lança-t-elle.

Le sortilège ne fut de nouveau qu'une pâle copie de ce qu'il aurait dû être, et Voldemort se fit un plaisir de montrer à nouveau à Hermione ce qu'il attendait d'elle. Il lui fallut deux autres essais, et autant de démonstrations de sa part, avant qu'Hermione ne comprenne qu'il n'y avait qu'un seul moyen de mettre fin à cette situation.

– Endoloris.

Sa voix était plus calme que les fois précédentes, mais lorsque son sortilège fusa, Drago Malefoy hurla comme un forcené. La main d'Hermione se mit à trembler convulsivement et elle relâcha le sortilège.

– Maître, s'il vous plait, s'il vous plait, supplia Drago d'une voix cassée.

Aucun des Doloris n'avait vraiment duré plus de quelques secondes, pas assez pour le rendre fou en tout cas, mais il en était déjà à son neuvième.

– Recommence Hermione, ordonna Voldemort.

Elle se tourna vers lui, sa détresse visible sur son visage, le suppliant des yeux de ne pas l'obliger à continuer. Voldemort se pencha vers elle.

– Si je suis satisfait de ton sortilège, ce sera le dernier, murmura-t-il à son oreille.

Hermione hocha la tête, rassemblant sa motivation, et le sortilège qu'elle sortit de sa baguette fusa résolument vers la forme de Drago Malefoy. Le jeune homme hurla, se convulsa sur le sol, arquant son corps dans des positions impossibles, se griffant lui-même. Il obligea Hermione à maintenir le sortilège jusqu'à ce que la voix de Drago le lâche.

Il jeta un regard dégouté à la forme insignifiante de Drago Malefoy sur le sol, avant de se pencher de nouveau vers Hermione.

– Excellent Hermione, aussi bien que mes meilleurs mangemorts, fit-il avec cruauté.

Hermione ne répondit pas, tout son corps agité de tremblements. Elle ne comprenait pas comment il était possible d'éprouver autant de plaisir à voir les autres souffrir. Comment il était possible de n'éprouver aucune compassion pour qui que ce soit. Elle vit le seigneur des ténèbres se rapprocher de Drago Malefoy dans un état second.

– Debout, ordonna-t-il d'une voix glaciale.

Il était évidemment que Drago Malefoy n'était même pas en mesure de se redresser, et le seigneur des ténèbres finit par perdre patience et le relever d'un sortilège. Hermione croisa son regard hagard et elle se sentit affreusement vide. Elle avait torturé quelqu'un. Longuement.

– Drago, fit-il d'une voix glaciale. Ne me déçoit plus, ou c'est l'Avada Kedavra qu'Hermione s'entrainera à jeter sur toi. Suis-je clair ?

– Oui m… maître, balbutia difficilement Drago Malefoy.

Sa voix était affreusement rauque et Hermione sera convulsivement sa main autour de sa baguette, se sentant complétement impuissante.

– Hors de ma vue.

Voldemort relâcha son sortilège et Hermione vit Drago Malefoy s'écraser sur le sol dans un bruit sourd, avant de se trainer à moitié vers la sortie. Lorsque la porte claqua derrière lui le silence retomba sur le bureau pendant quelques secondes.

– Qu'est-ce qu'il avait bien pu vous faire ? demanda-t-elle finalement d'une voix lasse.

Elle l'avait déjà vu torturer certains de ses mangemorts. Elle se rappelait même parfaitement de ce qu'il avait fait à Fenrir Greyback. Mais il s'agissait à chaque fois de sujets particulièrement sensibles.

– C'est le Japon n'est-ce pas ? comprit-elle. Il était au Japon avec son père… Vous avez perdu le Japon ?

Il y avait une pointe d'espoir dans sa voix qui irrita incontestablement Voldemort. Elle se demanda un instant s'il allait lui jeter un Doloris pour avoir osé remuer le couteau dans la plaie, et elle fut presque tentée par l'opportunité. Elle chassa rapidement cette pensée. Se faire torturer n'allait pas effacer ce qu'elle avait fait.

– Le Japon sera mien avant le milieu du mois, répondit finalement le seigneur des ténèbres.

Hermione ressentit de nouveau une pointe d'espoir.

– Vous allez vous y rendre ?

– Et en quoi cela t'intéresse-t-il ? demanda-t-il.

Son ton était dangereux, la mettant au défi de lui mentir.

– Est-ce que je pourrai y aller avec vous ? J'aimerai beaucoup visiter Kyoto.

Voldemort s'approcha d'elle, juste assez pour qu'elle soit obligée de torde le cou pour continuer à le regarder.

– Que crois-tu donc Hermione ? Que si tu viens tu pourras m'empêcher de faire quoi que ce soit ? Allez, retourne bien sagement dans ta chambre. Je serai de retour dans deux jours, et ce sera pour célébrer une victoire.

Hermione se détourna vivement et sortit du bureau du seigneur des ténèbres. Dès que la porte se fut refermée sur elle, un sourire victorieux s'étala sur son visage. Elle avait enfin son occasion pour fouiller le château, et elle n'allait pas s'en priver.

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AN : À la semaine prochaine !

(*) Il s'agit ici d'une référence au roman de Michael Boulgakov, « Le Maitre et Marguerite », dont l'intrigue commence dans le parc entourant l'étang du patriarche à Moscou. Woland se trouve être le diable, qui va causer un certain chaos au fur et à mesure du livre.