Grâce à Koba54, qui corrige avec célérité, compétence et gentillesse, les chapitres des "foudres de Renji", vous voici les heureux bénéficiaires de ce post supplémentaire de la semaine
Chapitre 25
Hueco Mundo, nous voilà !
En cette matinée ensoleillée, une trépidation particulière vibrait dans l'air circulant entre les murs de la sixième division. Une tension savamment entretenue, une attente épicée qui soulignait chaque geste de signification. Les plus anciens reconnaissaient les signes avant-coureurs d'une mission de grande importance, les plus jeunes se baignaient dans l'atmosphère excitante qui précédait l'action.
L'escadron auquel appartenait Kan avait connu nombre de ses situations. Kan lui-même, vétéran de la guerre contre les Arrancars, pondérait, avec le calme de sa jeune expérience, l'enthousiasme environnant.
Capitaine et vice-capitaine étaient tombés d'accord. Puissance et mobilité seraient les clés du succès de l'expédition. À ce titre, le détachement qui les appuierait au Hueco Mundo serait composé d'éléments en nombre réduit. L'entente et la cohésion étant indispensables, ils firent appel à une unité déjà formée, qui connaissait les difficultés qu'ils étaient susceptibles de rencontrer : la section de Kan.
Les derniers préparatifs s'effectuaient rapidement. Ils seraient en mesure de partir dès la réception de leur ordre de mission.
Alors, pourquoi cet air irrité sur le visage de leur commandant ?
Le capitaine Kuchiki marchait dans les couloirs de l'administration de la division avec ce froncement de sourcils à peine esquissé que tous avaient appris à reconnaître comme étant l'indication d'une grande exaspération.
Pour autant, son pas n'en était pas moins tranquille, ses gestes, empreints d'une nonchalance gracieuse. Le seul détail insolite dans ce tableau était le paquet qu'il tenait en main, enveloppé dans une étoffe de qualité.
Il pénétra dans l'intendance où officiait Rikichi.
« Rikichi, je requiers tes services pour distribuer ceci à ceux qui partiront au Hueco Mundo », indiqua à brûle-pourpoint Byakuya, debout près du bureau sur lequel le jeune soldat gribouillait un quelconque rapport.
Penché sur son papier, l'arrivée silencieuse de son capitaine accrut la surprise du jeune intendant : il sursauta, écrasa la pointe de son pinceau sur sa lettre à peine formée, ornant par conséquent son écriture d'un fort peu élégant pâté. Il fit une moue désenchantée et braqua ses prunelles chargées de reproches vers son visiteur :
« Capitaine, vous m'avez fait peur ! »
Les yeux de Byakuya ne s'ouvraient plus que sur une fente, et si la sévérité d'un regard avait pu tuer par son intensité, la vie de Rikichi se serait évanouie dans l'instant.
Ce dernier ravala sa salive alors qu'il réalisait son inconduite. Il se leva et se courba pour s'excuser, ce qui, dernièrement, devenait une habitude.
« Pardonnez-moi, capitaine, je n'ai pas voulu vous manquer de respect. Je ne vous ai pas entendu arriver et les mots ont fusé de mes lèvres sans que je puisse les retenir. Soyez sûr que j'accepterai toute punition que vous jugerez appropriée.
— Il n'est pas dans mes intentions de sanctionner un subordonné si concentré dans son travail qu'il en oublie ce qui l'entoure. Apprends, par contre, à mieux maîtriser tes réactions.
— Bien, capitaine. Merci, capitaine. Vous vouliez que je distribue quelque chose aux membres de l'expédition ? rappela-t-il en tendant ses bras vers le paquet.
— Oui, confirma Byakuya en le lui déposant entre les mains.
— Y a-t-il autre chose, Kuchiki taichô ? » s'enquit Rikichi quand il constata que son supérieur ne faisait pas mine de s'en aller.
Byakuya poussa un soupir audible. De sa main aux longs doigts fins, il entreprit d'écarter les plis de son écharpe et, de l'autre, il se saisit délicatement d'un papillon endormi au creux de l'un d'entre eux.
Rikichi écarquilla les yeux, incrédule. Il se retourna vivement vers l'angle où voletaient librement plusieurs autres lépidoptères qui effleuraient parfois la paroi d'un kekkai dont le grésillement à ce contact prouvait qu'il était toujours en place.
« Ça alors, s'exclama-t-il, comment a-t-il fait ?
— Il semble qu'il possède désormais une puissance spirituelle suffisante pour franchir ton écran, bien que l'effort l'ait considérablement affaibli. Il a, toutefois, trouvé la force de me rejoindre.
— Je savais qu'il ne pouvait être qu'exceptionnel pour vous avoir choisi, vous, parmi tous les autres, mais ceci dépasse toutes mes attentes. Il sera un messager extraordinaire ! » s'enthousiasma Rikichi, des étoiles pleins les yeux, aussi fier qu'un père devant les progrès d'un fils.
— Cela fait trois fois qu'il échappe à ta surveillance, remarqua Byakuya. Il fait preuve d'un manque flagrant de discipline, corrigea-t-il en amoindrissant les remarquables dons du futur guide spirituel.
— Il s'est pris d'affection pour vous, voyez-vous, Kuchiki taichô, alors il cherche à être à vos côtés le plus possible. N'y voyez rien de mal, le défendit son dresseur.
— Non sens, contredit Byakuya d'un ton sec.
— Je veillerai à ce qu'il ne vous embête plus, assura Rikichi en courbant la tête.
— Fort bien. »
Byakuya quitta l'intendance, quelque peu perplexe : « Un Abarai numéro 2 ?! Je n'ai aucun besoin de l'amitié d'un papillon de l'enfer délinquant pour ajouter à la complexité de ma vie. Un lieutenant amoureux, puis un amant désespéré, et voilà qu'il me quitte quand j'étais prêt à lui déclarer ma flamme ! Il est vrai que je suis à blâmer, mais, tout de même, je l'ai trouvé dans les bras d'un autre ! N'étais-je pas en droit d'espérer qu'il m'accorde quelques circonstances atténuantes ? Là-encore, il s'agit de Renji. Une vraie tête brûlée, un être fier et libre, un... ». Byakuya se perdit dans les sensations qui s'agrippaient à ses sens. Parfois, il avait l'impression de sentir son odeur. Leur unique échange de caresses hantait son esprit. Sa passion brûlante courait encore sur sa peau. Lorsqu'il le croisait, dans la froideur de l'exercice de leurs fonctions, sa présence si proche faisait mal. Ils n'étaient plus ensemble...
Byakuya se raidit. Il ne pouvait se laisser aller ainsi. Il trouverait bien le moyen de se rapprocher de lui. De l'espoir, de la patience et un soupçon d'audace, voilà ce qu'il lui fallait.
Au sommet d'un vallon au bas duquel serpentait une rivière, Rikichi scrutait à l'horizon une minuscule forme noire qui disparut sans laisser de trace. Il soupira, croisant les doigts pour que tout se passât bien.
Il avait exécuté l'ordre du capitaine Kuchiki avec diligence. Une dernière personne manquait à l'appel : Kan Utakata. Ce dernier avait informé ses camarades de son intention de s'entraîner loin de la division, pour ne pas risquer de blesser l'un des leurs si jamais il devait perdre le contrôle de Wataridori, son zanpakutô. Aussi, Rikichi s'était-il rendu à la périphérie du Seireitei et essayait-il de retrouver le caporal. Il avait emmené avec lui le papillon fugueur. Son entraînement en était à la phase de reconnaissance des pressions spirituelles et il savait déjà distinguer celle des différents membres de la division. Il espérait faire d'une pierre deux coups : premièrement, démontrer la fiabilité de l'insecte, secondement, pallier à sa propre inexpérience pour pister un reiatsu.
Ce fut avec une joie démesurée qu'il discerna le discret carillon aérien annonciateur de son retour. Quelques particules spirituelles plus tard, le papillon agitait vivement ses ailes devant son nez, l'encourageant à le suivre.
Son ballot sous le bras, Rikichi marcha d'un bon pas le long de la rivière, sans perdre des yeux son guide.
À l'endroit où le ruissellement des flots se calmait pour s'écouler paisiblement sur les galets du lit qui s'élargissait, il découvrit Kan, debout face à la rive. Il chantait, tranquille et serein, un air tellement doux qu'il fallait se concentrer pour l'entendre.
Superposée au délicat gazouillement de l'eau, sa voix empruntait le clapotis intermittent du courant contre quelques roches lointaines, pour rythmer ses rondes de modulations accentuées. Claire, elle caressait l'onde à la surface, y puisant quelques gouttes transparentes qu'elle changeait en notes pures et cristallines.
Rikichi s'arrêta, hésitant à rompre le charme qui s'élevait de cette mélodie cascadante. Son compagnon ailé, intrépide comme toujours, se laissa inviter par cette cour enchanteresse. Un souffle de vent y ajouta une tonalité plus grave qui mourut lentement, emportée par les dernières traces de la brise. Le papillon attira des croches aux couleurs vives et mutines, puis, dans un dernier jeu, quelques noires tintèrent comme des éclats de rire. Brusquement, la voix retomba et n'accompagna plus qu'un temps le murmure de l'eau, pour ensuite laisser le silence s'étendre sur les lieux.
Sans prévenir, un long sifflement se fit entendre dans les hauteurs. Kan y répondit par une mélopée hypnotique. Rikichi cligna des yeux. La croix du cygne, qu'il n'avait pas repérée jusque-là, disparaissait derrière une brume opaline.
Un grand oiseau blanc fendit les cieux. Puis il plana en vol stationnaire dans le vent azuré, là où l'arme cruciforme avait tournoyé. Lorsque Kan tendit son bras, comme pour l'appeler, il entama une descente en cercles de plus en plus resserrés. Doucement, il se posa sur l'avant-bras qui l'accueillait, repliant ses larges ailes et frottant son bec jaune à la base du cou de Kan. Son maître le flatta, siffla une dernière note, alors l'oiseau disparut dans une brume spirituelle pour laisser la place au sabre que Kan remit dans son fourreau.
La complicité entre Kan et Wataridori était si flagrante que Rikichi envia leur lien, de la même façon qu'il admirait Renji. Lui, qui ne connaissait pas le nom de son zanpakutô, lui, qui savait communiquer avec des êtres à la sensibilité différente mieux qu'aucun autre, vivait avec bonheur parmi les héros qui l'entouraient. Humble, car il connaissait ses limites, sincère, car ses qualités propres étaient uniques, il s'enthousiasma.
« Bravo ! On m'en avait parlé de ce chant, mais à vrai dire je n'en reviens pas. Pourtant, continua-t-il, embêté, moi, je n'ai rien remarqué de particulier. Je suis sans doute hermétique à ses effets. Quel dommage !
— Ce n'était pas le même air, Rikichi. Là, je n'ai exécuté qu'une simple improvisation.
— Waouh ! Ça existe ce genre de chant-là ?
— Oui. J'utilise ce qui m'entoure et je transforme en son chaque présence. C'est un bon entraînement à la perception. En coordination avec la traversée du ciel, cela augmente également ma concentration et me permet de perfectionner la maîtrise de mon shikai.
— Dis, j'ai rêvé ou Wataridori s'est bien transformé en oiseau ?
— Tu n'as pas rêvé. Il prend parfois cette forme si nous sommes en harmonie pendant cet exercice.
— Un exercice ! Ma foi, c'était plutôt réussi pour un exercice. Tiens, fit Rikichi en lui tendant son paquet.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Une cape, de la part du capitaine. Ah, non ! Reviens... »
Et Rikichi abandonna Kan sans plus d'explications, courant à la poursuite du papillon aventureux et indiscipliné qui, une fois la mission finie, avait décidé de rentrer sans plus attendre.
« Mais non, il n'a pas voulu t'offenser. Tu es un brave et beau cygne, Wataridori » murmura Kan à la manifestation désincarnée de son zanpakutô, piqué au vif dans ses aspirations. La perception illusoire que Wataridori avait de lui-même restait identique au premier jour, Kan avait dû l'accepter. Il ne servait à rien de lui faire remarquer que, du cygne, il n'était qu'un parent très éloigné...
Trois coups frappés à sa porte ne dérangèrent pas Byakuya de la lecture d'un inventaire dans lequel il était plongé. Sans réponse, elle s'entrouvrit.
« Puis-je vous voir, taichô ? ».
Par l'entrebâillement, le visage de Renji apparut. Sa voix était encore plus vivante que la veille, ses cernes avaient disparu, l'inconfort n'était plus qu'un souvenir, et le regard franc que Byakuya reçut perça ses pauvres défenses. Le noble se retrouva nu, soumis à son sourire, tout comme aux éclats éblouissants de ses iris fauves.
« Renji est un mystère », ne put-il que penser.
Si peu de journées depuis leur rupture et, chaque jour, il retrouvait un peu plus son vice-capitaine, celui de la guerre d'hiver, celui qui, il le comprenait désormais, lui avait manqué. S'éloigner de ses bras faisait tant de bien à Renji. Il n'était plus la pâle image que le capitaine avait eu devant lui ces dernières semaines.
Du lieutenant enjoué et loyal, ou de l'amant émotif et passionné, lequel préférait-il ? « Je ne veux point sacrifier l'un au profit de l'autre. Je désire les deux. J'aurai les deux, sur mon honneur de Kuchiki », se promit-il.
« Je t'en prie », lui répondit-il.
Renji entra, bizarrement hésitant, et lui tendit ce qu'il tenait à la main.
« Je vous la rends, taichô. Je n'en aurai pas besoin », dit-il.
Le vêtement n'avait pas été déplié. La surface impeccable mettait en valeur le tissage serré des fils qui composaient la fabrique. C'était un travail d'une délicatesse extrême et d'une solidité éprouvée, exécuté à partir d'un mélange de laine et de soie sauvage : une étoffe unique, obtenue grâce à l'élevage de vers précieux et rares, par l'une des branches secondaires de son clan.
Byakuya leva un regard interrogateur vers son lieutenant.
« Pour quelle raison refuserais-tu cet inestimable don de la Famille Kuchiki ?
— Je... C'est... encombrant.
— Encombrant.
— Oui.
— Ce n'est point ce que m'a dit Rukia. Y aurait-il un problème dont je devrais avoir connaissance ?
— N-non. »
« Pitié, pas la cape... » gémissait Renji dans son for intérieur.
Comment était-il sensé garder la tête froide quand chaque frottement de tissu allait lui rappeler le moment où il avait réalisé combien Byakuya était spécial pour lui ? Dans son ignorance, son capitaine était diabolique.
Byakuya sentait sa bonne volonté s'effriter. Alors qu'il avait voulu se montrer attentionné, le refus de Renji froissa son amour-propre. Son acte généreux se mua en ordre :
« Je ne puis souffrir aucune exception. J'exige que tu la portes et que tu montres l'exemple.
— Ah, bon. Très bien alors, fit Renji, l'esprit égaré.
— Tu peux disposer, Renji. »
« Décidément, un mystère. Pourquoi ne veut-il pas se vêtir de cette cape ? Me déteste-t-il à ce point ? » Ce fut alors que Byakuya réalisa qu'il venait à nouveau de soumettre Renji à son caprice.
« Mais qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? », se lamenta-t-il,« Ce n'est pas comme cela que je réussirai à lui prouver que je l'aime... ».
Déprimé, Byakuya le fut plus encore lorsqu'il s'aperçut qu'Abarai N°2, le papillon, évoluait gaiement dans la pièce. Sans doute avait-il profité de la visite de son homonyme pour pénétrer discrètement dans son bureau.
« Qu'est-ce que tu ferais, toi ? » demanda-t-il par dépit, en s'adressant à l'être ailé.
À sa grande surprise, l'insecte voleta de son bureau à la porte, où il attendit en montrant tous les signes de l'impatience.
Byakuya, résigné, se leva et ouvrit le battant.
« Voilà, retourne voir Rikichi maintenant. »
Mais, le papillon n'en prit pas le chemin et continua ses allers et retours, de son visage vers l'endroit où il voulait se rendre, comme s'il souhaitait que Byakuya le suivît.
Alors, Byakuya l'accompagna, très intrigué à présent.
Précédé des cabrioles aériennes de son guide, il longea le corridor jusqu'à l'angle du couloir qui menait à l'armurerie ainsi qu'aux vestiaires. Immobile au milieu du passage, Renji caressait d'une main absente sa cape. L'intimité suggestive du geste ne passa pas inaperçue de Byakuya et clarifia l'attitude de son lieutenant.
« Il est ferré », conclut-il, rasséréné.
Il fit demi-tour. Les traits de son visage s'étaient attendris, une pointe de malice scintillait dans son regard. Il était satisfait du tour qu'avait pris sa prodigalité sans qu'il l'eût planifié. D'une bonne humeur inhabituelle, il tendit un doigt reconnaissant vers l'insecte que celui-ci s'empressa d'accepter comme son perchoir.
Le moment attendu était arrivé : tout était prêt pour le départ. Les équipes se rendaient les unes après les autres à la grande place où se trouvait le passage vers le monde des humains.
Byakuya en tête, Renji à son côté, Kan et les sept Shinigamis de sa section derrière eux en deux rangées parfaitement alignées, le détachement de la sixième division arrivait sur les lieux.
« Haï ! Renji, s'écria Ikkaku qui les avait devancés avec les membres de la onzième division regroupés pour la traversée.
— Haï, Renji, salua à son tour Yumichika, comment vas-tu ?
— Haï, Madarame-san, Ayasegawa-san. Je vais bien, répondit Renji. Je suis heureux de vous voir ici, tous les deux, déclara-t-il, un sourire entendu aux lèvres.
— Ah, bon ? » s'étonna Ikkaku, je n'aurais laissé passer cette aventure pour rien au monde, se méprit-il complètement.
Yumichika retourna à Renji son regard et esquissa une moue du bout des lèvres, tout en battant l'air de la main avec philosophie, en manière de dire : "Rien de nouveau sous le ciel bleu".
L'échange muet entre Renji et Yumichika fut malheureusement remarqué par Byakuya qui, bien évidemment, l'interpréta de travers. Le danger rodait toujours autour de son ex-amant, futur bien-aimé conscient de l'être, et toujours lieutenant, insuffisamment sur ses gardes : on voulait le lui enlever !
Bonnes résolutions ou pas, quand le cœur parle avec force, peu sont capables de le faire taire. En l'occurrence, la cage qui bridait jusqu'alors la voix de ses ardeurs s'étant ouverte, le noble capitaine n'y fit pas exception.
Accompagnée d'une paire d'yeux dardant des éclairs meurtriers sur le cinquième siège, sa pression spirituelle s'étendit sur l'esplanade, en une vague agressive capable de balayer toute ambiance romantique sur son passage.
Intéressé, Kenpachi, s'empressa de rivaliser :
« Alors, Kuchiki, excité avant la bataille ! » exclama-t-il, en repoussant allègrement la démonstration de puissance de Byakuya.
Leurs deux forces s'affrontèrent, déployant leurs ondes et provoquant des remous dans l'énergie spirituelle alentour. L'atmosphère était électrique.
Satisfait de voir un Ayasegawa panteler bien qu'il restât sur ses jambes, Byakuya passa au second énergumène qui l'ennuyait profondément :
« Il n'est point question de bataille, Kenpachi Zaraki. Veille, je te prie, à garder en tête l'objectif de cette opération. Je doute que tu y parviennes, cependant, je ne saurais trop te conseiller de contrôler tes instincts belliqueux.
— Au moins, moi, je ne m'en cache pas. Tu ne me feras pas croire que l'idée d'un combat ne t'affriole pas, toi aussi.
— Tu as perdu toute notion de la réalité. Il ne pourra jamais y avoir quoi que ce soit de commun entre toi et moi. »
L'air grondait et vibrait. Aucun des deux capitaines ne voulait céder.
« Taichô... », essaya Renji, espérant faire revenir son capitaine à la raison.
Le regard de côté qu'il reçut, chargé de réprobation exprimant clairement "Toi, tu ferais mieux de te taire", le dissuada d'intervenir.
Kan analysa les chances qu'il avait d'apaiser leurs esprits par un chant faisant partie des arcanes familiales des Utakata. « Aucune, conclut-il, le capitaine Zaraki est resté jusqu'à présent imperméable à mes airs et le capitaine Kuchiki ne semble pas disposé à les entendre ». Il soupira : il ne voulait pas s'attirer de nouveau les foudres de son supérieur.
« Il est toujours fâché par notre irruption à la sixième division ? » s'interrogea Yumichika qui reprenait son souffle, éberlué par cette démonstration.
La situation paraissait sans issue quand, brusquement, le vent apporta un courant glacial qui refroidit les tempéraments surchauffés des deux capitaines.
« On peut savoir à quoi vous jouez ? s'irrita Tôshirô Hitsugaya de sa voix grave, son zanpakutô à la main.
— You Hoouu, Shiro-chan » chantonna innocemment Yachiru en lui faisant signe du bras, surgissant de derrière l'épaule de son capitaine, comme un diable de sa boîte.
Si c'était encore possible, la veine temporale du capitaine de la dixième division se gonfla encore plus à l'appellation affectueuse, mais trop familière, du vice-capitaine de la onzième division. C'est que celui-ci détestait qu'on lui rappelât le surnom dont il avait été affublé dès l'enfance : que diable, il était capitaine !
Malgré tout, cette scène, faite de sévérité maîtrisée et de charme enfantin mêlés, suffit à ramener les reiatsus querelleurs à un niveau convenable.
Chacun regarda autour de lui, soulagé.
Un escadron entier suivait Rangiku Matsumoto, la vice-capitaine de la dixième division qui venait d'arriver à son tour. Les Shinigamis n'allaient pas au Hueco Mundo pour faire la guerre, mais leur séjour serait d'une durée inconnue. Leur compagnie avait été choisie pour établir un camp de base, assurer la logistique de la mission et, surtout, veiller sur les gargantas. Les assistants médicaux resteraient avec eux.
Kenpachi, à l'identique de la sixième division, n'emmenait avec lui qu'un détachement à l'effectif réduit bien que la raison fût différente de la stratégie judicieuse de Byakuya. L'accompagnaient donc : sa vice-capitaine, Yachiru Kusajishi, qui le suivait partout ; ses troisième et cinquième sièges, Ikkaku Madarame et Yumichika Ayasegawa, qui faisaient de même. Personne d'autre n'avait été tenté par une simple mission d'exploration, d'autant plus que leur commandant ne leur avait rien imposé.
Ne pouvant imaginer une telle légèreté dans l'organisation d'une mission, Byakuya balançait entre deux humeurs. D'un côté, il se félicitait de l'intelligence de son confrère, qui allait faciliter les manœuvres, de l'autre, il ne pouvait concevoir que le raisonnement de son rival inculte l'ait amené aux mêmes conclusions que lui. Il fallait croire qu'il y avait plus à espérer de son expérience de Shinigami que les apparences ne le laissaient entrevoir.
Les uns après les autres, ils passèrent le seuil du senkaimon en direction de la boutique du marchand, l'ancien Shinigami exilé sur Terre, Kisuke Urahara, où Mayuri Kurotsuchi les avait déjà précédés.
Ils y firent une courte escale avant de continuer leur voyage à destination du monde des Hollows.
fin du chapitre 25
Prochain chapitre : La quête du seigneur Kuchiki
