The Rise and Fall

Les blas-blas de Xérès : Bonjour à tous ! Parfois j'ai l'impression que cette fic ressemble au script de Pretty Little Liars, dans le sens où « si tous les personnages prenaient ne serait-ce que 5 minutes pour échanger tout ce qu'ils savent, au lieu de faire des secrets à tout bout de champ, bah la situation serait beaucoup moins tordue ». Mais ça serait beaucoup moins marrant à lire aussi… u_u Enfin bref, au programme cette semaine : un très long chapitre (5 pages de plus que d'habitude), la fin de l'enquête chez les Nott, le livre, et le retour (tumultueux) à la Chaumière… et des annonces choc pour ce pauvre Harry en fin de chapitre ! J'espère que vous allez apprécier ! Bonne lecture et n'oubliez pas les reviews !

Merci à tous mes nouveaux followers (diaman, Brune67, Anais33, Ahes Arnbjorn, LadyCocoMalefoy), ainsi qu'à Nelliel-G, jprewett, sarah-blue1, Ellexa, MioneDray 4ever, Little-Library, HeyLiamIsMyHero, TatieBella, Babar, Erza Robin, faerycyn, Liloo, Minioon, Elena Grape, Serdra, Ayden Quileute, Loufoca-Granger, Petitestef, Carboplatine, Kalli0pe, luli123, laloudu77, Audrey917000, Etoilemment, Eranounette, Passion Fugace, Nadra, Lune-Bleue22, PetitMilou pour leurs reviews.

RAR :

Ellexa : ouh là, t'es allée loin là quand même ! On va peut-être attendre quelques années avant de faire tomber Hermione enceinte XD Non, disons que sans trop en dévoiler, Théo éprouve plus une fascination morbide et un désir de contrôle total sur les nés-moldus et Hermione en particulier… Mais sinon, oui, Harry va lui faire chauffer les oreilles c'est le cas de le dire ! Je te laisse en juger par toi-même ci-après ! Bises et merci !

Babar : non, ils sont de la même taille, mais j'ai dû couper avant d'expliquer les points que tu réclames sinon ça aurait été trop long. Patience, donc ^^ 3

Eranounette : merci beaucoup pour ta review ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira, j'étais en train de le finir quand j'ai reçu ta review ^^ Ca m'a donné du courage pour le boucler ! Merci encore !

Nadra : Merci pour ta review, elle m'a vraiment fait plaisir ! En ce qui concerne Hermione, je ne sais pas encore si elle va devenir plus « sombre » mais une chose est sûre c'est qu'elle va devenir plus adulte. Peut-être plus critique sur le monde qui l'entoure (avec une tendance à ne plus essayer de voir le bon en chacun de nous). Et tu as raison sur l'histoire des « mondes ». Il y aura effectivement un nouveau changement de décor (dans un premier temps un retour à Poudlard pour la bataille contre Voldemort). Merci encore pour tous ces compliments et j'espère que la suite continuera de te plaire ! (En tous cas, sois tranquille, je publie tous les lundis et si je ne publie pas un nouveau chapitre, c'est que j'ai publié un OS à la place, ce qui devrait arriver dans les prochaines semaines d'ailleurs vu que je viens d'en commencer un !) Bises et encore merci pour tout !

Chapitre 25 : Self Control

Rogue pénétra dans le bureau, suivi d'Hermione, mais la jeune fille s'arrêta net lorsque ses yeux se posèrent sur les deux corps étendus sur le tapis, cernés de tous côtés par des piles et des piles de livres et autres vieux grimoires. Elle porta instinctivement une main à ses lèvres, ne sachant pas si elle serait capable de contenir un éventuel reflux de bile mais rien ne se produisit. Probablement parce qu'elle n'avait pas encore eu le temps d'avaler le moindre gramme de nourriture depuis la veille. Ou parce qu'elle finissait par s'habituer à toutes ces semaines de violence ininterrompues. Ou les deux. Prenant une grande inspiration, Hermione pria pour que ce ne soit que la première solution. L'idée que son corps ne réagisse plus à l'horreur par habitude la terrorisait.

Grégory et Romilda Nott étaient tous deux allongés sur le dos, à moins d'un mètre l'un de l'autre, aussi raides que des piquets. Leurs paupières gonflaient déjà sur leurs yeux mi-clos, à l'instar de leurs lèvres et de leur abdomen. Les gaz de putréfaction commençaient leur travail, donnant aux deux corps un aspect plus volumineux, déformé… inhumain. Hermione réalisa alors à quel point les séries télévisées étaient aseptisées et éloignées de la réalité. Même les cadavres les plus mal en point de Dexter ressemblaient à des œuvres d'art à côté de ceux qu'elle avait sous les yeux. La triste réalité. La réalité qui veut que quand on meurt, on finit par gonfler comme un ballon de baudruche, par prendre toutes les couleurs du violet au verdâtre, par se vider et pourrir comme un vieux morceau de viande abandonné au soleil. Pas de beautiful corpse comme dans les chansons de Lana del Rey, pas de visage paisible et serein comme dans les poèmes classiques. Seulement cette affreuse odeur de pourri, dont on a l'impression qu'elle ne nous quittera plus jamais, et la preuve incontestable que la mort finalement, c'est sale.

« Salut, Betty ! », l'interpella l'un des techniciens en s'approchant. Hermione leva un regard désorienté et tenta de se recomposer une expression impassible. Le technicien baissa son masque sur son menton, dévoilant son visage et lui adressa un large sourire franc. La trentaine, il était plutôt bel homme, si ce n'étaient les énormes lunettes à cerclage noir qui lui donnaient un air de geek complètement assumé. Mais surtout, il parut à Hermione beaucoup plus sympathique que ce gros lourdeau de Jameson.

« Ah euh … salut… (Hermione jeta un regard furtif sur le badge épinglé sur la combinaison blanche) … Spencer ! », le salua Hermione, profitant de l'occasion pour fixer son regard sur autre chose que le couple Nott.

« Tu te sens prête pour que je te fasse un petit topo ou tu veux cinq minutes pour prendre un peu l'air ? », demanda le technicien avec un sourire encourageant.

Si je sors prendre l'air, je ne reviendrai jamais…, pensa Hermione avec un frisson. Elle hocha donc la tête et esquissa un léger sourire. « Ça ira. Alors, verdict ? », demanda-t-elle en prenant soin de faire des phrases aussi courtes que possible par peur de ne plus être en mesure de contrôler son estomac. Le technicien remit son masque et vint s'accroupir près des cadavres. Hermione resta en retrait, ne possédant pas l'intégralité de la tenue requise et tenta de se concentrer sur ce que disait Spencer. Dans un coin de la pièce, Rogue regarda avec une expression sinistre les cadavres de ses deux ex-amis, avant de se mettre à tourner autour des piles de livres.

« Alors, je te présente Grégory Nott, 42 ans et sa femme Romilda, 41 ans. Ils sont tous deux parents d'un adolescent prénommé Théodore, 17 ans. Celui-ci ne compte pas parmi les victimes, du moins il est introuvable alors on va supposer qu'il est encore en vie quelque part. Le couple a été tué dans ce bureau et les corps n'ont pas été déplacés ensuite, comme on peut le voir … » Spencer ouvrit délicatement les pans de la chemise de Grégory Nott et les écarta, avant de longer du doigt de longues traces violacées ressemblant à d'énormes hématomes. Le doigt de Spencer s'arrêta tour à tour sur le creux du dos, puis sur la nuque, où les « hématomes » étaient les plus prononcés. « Les lividités indiquent une position étendue sur le dos depuis le décès, pas de marques de lutte ni de défense, pas de lésions externes pouvant faire penser à un meurtre par objet contondant, (il souleva délicatement l'une des paupières du cadavre et Hermione dut se faire violence pour ne pas prendre ses jambes à son cou), pas de pétéchies au niveau des conjonctives pouvant indiquer une mort par asphyxie… bref, tout me porte à croire qu'il s'agit encore une fois d'un Abradacadabra, mais ça, vos services me le confirmeront après examen. »

« C'est Avada Kedavra », marmonna Hermione en pinçant les lèvres.

Spencer leva la tête vers elle, et malgré le masque qui masquait le bas de son visage, Hermione sut à son regard pétillant de malice et aux petites rides au coin de ses yeux qu'il souriait. « Je sais, Betty, je plaisantais… à chaque fois, tu tombes dans le panneau… » Il secoua la tête et gloussa.

Hermione esquissa un rictus. « C'est tout ? »

« Presque », répondit Spencer en désignant une tache verte s'étendant sur la majeure partie de l'abdomen. « On a la confirmation ici que le décès est survenu il y a plus de 48 heures mais pas plus de 72h, mais ça je suppose que l'inspecteur a dû te le dire… »

Hermione acquiesça.

« Je ne pense pas m'être trompé dans toutes mes estimations, étant donné que les cadavres sont restés à température ambiante, n'ont pas été exposés aux intempéries… toutes leurs marques sont quasi identiques, ce qui confirme mon scénario. C'est presque un jeu d'enfant de travailler dans ces conditions ! Si tous mes macchab' pouvaient être comme ça… », fit Spencer en se relevant, son genou émettant un craquement sonore. « Aouch, je me fais vieux », ajouta-t-il en riant.

Hermione esquissa un sourire pincé, n'osant pas imaginer ce que ce type pouvait bien voir dans son métier pour en venir à espérer que tous ses clients soient dans le même état que les Nott. Le technicien fit alors un signe à quelqu'un dans le couloir et Hermione se retourna pour voir deux types équipés d'une civière entrer dans le bureau.

« Les gars, vous pouvez y aller, j'ai fini », fit Spencer à ses collègues. Puis il se tourna vers un autre technicien, qui tenait un appareil photo affublé d'un gigantesque flash. « Glenn, c'est ok pour toi ? »

Le photographe, Glenn, hocha sa tête coiffée de la charlotte blanche réglementaire et tapota amoureusement l'objectif de son appareil. « C'est dans la boîte, là je suis en train de passer au reste de la pièce, mais j'ai fini avec les deux amoureux. »

Les employés de l'IML posèrent la civière près du cadavre de Romilda et soulevèrent délicatement mais fermement le corps pour le poser dans le sac noir ouvert sur la toile kaki de la civière. Avec un bruit de fermeture éclair, ils refermèrent le sac et emportèrent Mrs Nott au rez-de-chaussée.

« Ah oui, tiens c'est vrai », fit Spencer en se tournant de nouveau vers Glenn. « Il faut prendre des photos des bouquins… »

Hermione fronça les sourcils. Quel intérêt ?

« Qu'est-ce que tu crois que je suis en train de faire, Spence' ? », marmonna le photographe tandis que le sifflement caractéristique du flash en train de se charger résonnait dans la pièce.

« De l'intérieur des bouquins, Glenn… », ironisa Spencer en se tournant vers Bettina pour lever les yeux au ciel.

« Eh oh, ça va, tu vas pas m'apprendre mon métier ! Reste à faire mumuse avec tes cotons-tiges et tes pinces à épiler et viens pas m'emmerder avec mes photos », bougonna Glenn tandis que Spencer éclatait de rire.

« Qu'est-ce qu'ils ont, ces livres ? », demanda Hermione, inquiète à l'idée que quiconque ait pu abîmer une aussi belle collection de grimoires. Même si la plupart semblaient être des livres de magie noire.

« Justement, c'est bien le problème », répondit Glenn en prenant un livre en haut d'une pile au hasard. Il en fit défiler les pages, sous le regard mi-perplexe, mi-horrifié d'Hermione. Celle-ci était tellement scandalisée par cette monstrueuse dégradation du Grand Savoir, qu'elle ne vit même pas Rogue réprimer un rire sarcastique face à son désarroi. « Y'a rien du tout », acheva Glenn. Il reposa le livre ouvert et, avec un sourire insolent en direction de Spencer, prit ostensiblement une photo de l'intérieur du livre et de ses pages blanches.

Hermione tourna enfin les yeux en direction de Rogue, qui lui jeta aussitôt un regard appuyé. Pas une once de surprise ni d'étonnement dans ses yeux noirs. Il était au courant, réalisa Hermione. Derrière elle, les deux brancardiers revenaient à vide, pour cette fois-ci embarquer Grégory Nott et l'emmener rejoindre sa femme à l'arrière du camion de l'IML.

Comme « Bettina » et Rogue se fixaient sans bouger ni mot dire depuis plusieurs dizaines de secondes, Spencer fit un signe en direction de Glenn, qui leva le nez de l'œilleton de son appareil. « Bon, si t'as fini, on va les laisser seuls, ils ont manifestement des choses à se dire et ça ne concerne sûrement pas les simples Moldus que nous sommes », fit-il d'un ton guilleret, tandis qu'Hermione et Rogue continuaient de se dévisager. Spencer serra doucement l'épaule de « Bettina » avec un sourire d'encouragement et elle le remercia, tandis que les deux techniciens quittaient la pièce et refermaient la porte derrière eux.

L'odeur de décomposition était toujours tenace mais Hermione se sentait déjà beaucoup mieux à présent que les deux corps ne se trouvaient plus avec eux.

« J'ai l'impression que vous savez un tas de choses que je ne sais pas », fit Hermione en croisant les bras sur sa poitrine. « Je me trompe ? »

Rogue se décolla du rebord de la fenêtre auquel il s'était adossé et baissa le nez. « C'est précisément pour cela que j'ai tenu à ce que vous veniez ici avec moi, Miss Granger », répondit l'ancien Maître des Potions gravement. « Il y a un certain nombre de faits dont je désire à présent vous faire part. »

« Lesquels ? », demanda la jeune fille d'une voix blanche.

« Cela concerne Théodore », fit doucement Rogue tandis qu'Hermione sentait un frisson lui parcourir l'échine. Elle hocha simplement la tête, invitant l'homme à continuer. Rogue poussa un soupir. « Lorsque vous étiez encore au Manoir, il semblerait qu'il ait cherché à décupler ses pouvoirs… Et lorsque Grégory et Romilda sont venus nous prévenir de l'état de leur bibliothèque … », il fit un geste de la main autour de lui, « nous avons compris mais trop tard qu'il avait réussi. »

« C'est-à-dire ? », le pressa Hermione en feuilletant l'un des livres à sa portée. Pages vierges. Un picotement la saisit au bout des doigts et elle reposa aussitôt le livre avec une grimace.

« Nous avons des raisons de penser qu'il aurait pu aspirer l'ensemble des connaissances contenues dans ces livres, probablement sous l'influence de l'un d'entre eux », reprit Rogue en fronçant les sourcils. « Au Manoir, nous avions chargé les Nott de trouver ce livre, en espérant que Théodore ne sache pas qu'il était possédé et qu'il ne l'ait pas emporté avec lui. Si mes connaissances en matière de possession par des objets sont exactes, le livre incriminé devrait être intact et donc aisément identifiable… »

Hermione se mordit nerveusement un ongle, se souvenant lorsque Nott lui avait rendu visite dans la chambre de Malfoy. Il avait pétrifié Draco avant qu'elle ne sorte de la salle de bains mais en repartant, elle l'avait clairement vu lancer le contre-sort par simple imposition de la main. Sans baguette. Sur le moment, elle n'y avait pas vraiment porté attention, tant la terreur de se retrouver dans la même pièce que lui avait été grande, mais elle y avait souvent repensé par la suite au cours de ses longues heures d'insomnies. Tout s'expliquait, désormais.

« Nous ne savons pas vraiment quel est son but », reprit Rogue. « Mais je suppose que s'il a bien tué ses parents, c'est que ceux-ci devaient se mettre en travers de son chemin… »

« Moi, je le sais », dit doucement Hermione avec une expression contrite. « Il me l'a dit. »

Rogue lui jeta un regard curieux. « Et vous me reprochiez de vous avoir caché des choses, tout à l'heure ? Je vois que vous n'êtes pas mieux… », ironisa-t-il tandis qu'Hermione levait les yeux au ciel.

« Il… il cherche les Horcruxes », reprit Hermione, tandis que Rogue se rappelait effectivement avoir entendu dire que Théodore (lorsque les Mangemorts le croyaient encore digne de confiance) avait posé des questions à ce sujet. « Et d'après ce que j'ai compris, il en avait même déjà détruit un. »

Hermione s'employa donc à rapporter le discours que lui avait tenu Théodore ce jour-là, constatant que le froncement de sourcil de Rogue ne cessait de s'accentuer au fur et à mesure qu'elle parlait. Lorsqu'elle eut terminé, Rogue resta un moment silencieux et Hermione commença à se sentir mal à l'aise.

« Commencez par les piles de ce côté et je vais m'occuper de celles-ci », gronda-t-il avant de lui tourner le dos pour passer les différents livres en revue.

Hermione se mordit la lèvre. Peut-être aurait-elle dû parler de toute cette histoire bien plus tôt. En parler à tous les membres de l'Ordre. Elle savait que ces informations étaient importantes, mais réussir à parler de Théodore sans que le mot viol ne s'affiche en lettres rouges sur son visage relevait du miracle. Rogue était au courant de son agression, elle n'avait donc pas eu trop de mal à aborder le sujet avec lui. Mais serait-elle capable de le faire devant Harry, Ron, les Weasleys, ou même Lupin ou Tonks ? Non, impensable. Elle se mettrait à balbutier, à trembler, à rougir peut-être, à pleurer sûrement, ce serait un véritable massacre. Elle n'était clairement pas encore prête pour ça.

Comme Rogue s'était mis au travail sans un mot de plus, elle décida de l'imiter et se tourna vers une première pile de livre pour la passer en revue. Elle saisit le premier grimoire et sursauta. De nouveau ce picotement désagréable au bout des doigts. Avec prudence, elle feuilleta les pages (toutes vides), tout en ayant la sensation que les feuilles étaient faites en papier de verre. Elle reposa le livre inspecté sur une étagère vide et passa au deuxième. Même chose : picotements, papier de verre et pages immaculées. La séquence se répéta avec une quinzaine de livres, qu'Hermione rangeait ensuite systématiquement sur les étagères pour ne pas les mélanger avec ceux qu'elle n'avait pas encore inspectés. Elle se tourna vers une autre pile et recommença. Elle commençait à s'habituer aux picotements dans ses doigts et se demanda si Rogue les sentait lui aussi.

« Est-ce que … tout va bien avec les livres ? », demanda-t-elle timidement.

Rogue grogna. « Mis à part qu'ils sont tous complètement vides, oui… », railla-t-il en jetant à terre un énième vieux grimoire inutile, sous le regard désapprobateur d'Hermione.

Elle pinça les lèvres. Rogue ne sentait manifestement rien de bizarre, donc. Elle entamait la troisième pile lorsque les picotements devinrent plus insistants, chauffant légèrement la chair de ses doigts. Hermione eut soudain l'impression de se livrer à une partie de « tu brûles – tu gèles ». Elle jeta un regard par-dessus son épaule, mais Rogue lui tournait toujours le dos. Sans prendre plus la peine d'ouvrir les livres pour les inspecter, elle se contenta de passer ses doigts sur leurs tranches, sentant les sensations changer au fur et à mesure. Elle remarqua bientôt que les livres placés en hauteur la picotaient seulement mais que plus elle se rapprochait du sol, plus elle sentait une chaleur émaner des couvertures. Elle empoigna plusieurs livres en hauteur pour les ranger directement dans les étagères et dégager le passage, puis se mit à quatre pattes pour fouiller dans les livres situés au raz-du sol et éparpillés dans la pièce. Quelques minutes d'observation de plus lui indiquèrent que les livres situés vers le centre de la pièce picotaient seulement, tandis que les livres situés près du mur adjacent à la bibliothèque chauffaient ses mains aussi fortement que si elle se tenait au-dessus d'un feu de cheminée. Toujours agenouillée sur le sol, elle se déplaça en direction de la bibliothèque en bois massif, tâtonnant au passage les livres rencontrés en chemin. La chaleur devenait plus agressive, et les picotements se changeaient peu à peu en vibrations, en pulsations. Régulières, cadencées. Son crâne cogna violemment le bois de la bibliothèque lorsqu'elle arriva au niveau du mur. La piste s'arrêtait là. Tout en frottant sa tête endolorie, elle ouvrit précipitamment le livre posé sous ses yeux. Aussi vide que les autres.

Hermione se mordit la lèvre. Non, cette sensation était bien trop forte pour qu'elle se soit trompée. Elle avait dû manquer un détail. Ses yeux se posèrent alors sur le bas de la bibliothèque. L'immense meuble ne reposait pas directement sur le sol, mais sur des pieds sculptés dans la masse, surélevant le reste du meuble d'au moins dix bons centimètres. Hermione se mit à plat ventre sur le sol et plaqua sa joue sur le tapis. C'est alors qu'elle le vit. Un livre unique avait glissé sous le meuble et Hermione sentit son cœur battre la chamade, consciente au plus profond d'elle-même qu'elle avait sous les yeux ce qu'elle cherchait. Elle tendit le bras, raclant le sol et tout un troupeau de moutons de poussière, tandis que Rogue se retournait dans sa direction avec curiosité. Il ouvrait la bouche pour lui demander ce qu'elle faisait lorsque les doigts d'Hermione agrippèrent enfin l'ouvrage.

La jeune fille poussa un hoquet et retira prestement sa main, crispée autour de la tranche du grimoire. Celui-ci battait. En rythme régulier et Hermione comprit, juste avant qu'un flot d'images ne vienne envahir son cerveau, que le rythme qu'elle sentait s'intensifier au fil de ses recherches n'était ni plus ni moins que celui d'un cœur. Le livre vivait.

Le visage souriant de Nott. Il tenait par le bras Draco Malfoy, qui semblait, lui, avoir vu un fantôme, dans les escaliers du Manoir. En contrebas, Hermione distingua sa propre tignasse ébouriffée, au milieu de la foule des nouveaux prisonniers. « Je t'avais dit que tu serais heureux de descendre. Souhaite la bienvenue à notre chère Hermione Granger. »

La vision d'Hermione se brouilla et la seconde d'après, elle se retrouva de nouveau dans sa cellule sombre et sale au Manoir Malfoy. Le choc de cette vision lui fit serrer les poings et, toujours aplatie sur le sol, elle se mit à trembler.

Théodore était penché sur elle, attachée sur une chaise.
« Coucou, Miss Je-Sais-Tout ! Comme on se retrouve, hein ? Tu n'imagines pas à quel point je suis heureux de t'avoir entre les mains, Granger. »

Nouveau brouillard, nouveau changement de décor. Cette fois, tout le corps d'Hermione s'était mis à convulser.

Un rire. « Arrête de bouger, Granger… je te promets que tu vas aimer ça… » Elle hurlait à pleins poumons mais personne ne venait à son secours. Ses hurlements se muaient en pleurs silencieux tandis qu'il entrait en elle. « Tu deviens enfin raisonnable… » Merlin, il l'embrassait dans le cou. Hermione luttait pour ne pas vomir. « Je suis sûr qu'on va faire de grandes choses toi et moi, Granger… »

Encore un changement de décor. Au loin, très loin, elle entendait Rogue beugler sans saisir le sens de ses paroles. Cette fois, la vision remontait seulement à quelques dizaines de minutes.

Hermione se voyait passer la tête par la fenêtre. Elle regardait tour à tour les flics, les passants, les jeunes armés de leurs téléphones portables. Elle le vit, lui sourire, un doigt posé sur les lèvres. Il savait qui elle était, et ce malgré le polynectar. Il savait. Il savait. Il-

Hermione s'entendait hurler, mais elle aurait été bien incapable de dire si ce hurlement était dans sa vision ou dans la réalité. Elle sentit alors une douleur lancinante traverser son poignet de part en part et presque aussitôt, ses yeux distinguèrent à nouveau les piles de livres, le bureau, le plafonnier… Elle était de retour dans le bureau des Nott et Rogue était penché sur elle. Il tenait un livre à la main, un vide. C'est alors qu'elle comprit qu'il avait utilisé un énorme grimoire pour littéralement écraser sa main avec.

« Miss Granger ? », répétait-il inlassablement en la voyant ouvrir les yeux. « Miss Granger, est-ce que vous allez bien ? »

Hermione se redressa péniblement sur les coudes et sentit que son visage était baigné de larmes. Ou était-ce de la sueur ? Elle ne savait pas vraiment.

« Que-…que s'est-il passé ? », demanda-t-elle désorientée.

« Le livre », fit Rogue d'une voix empreinte d'inquiétude. « Lorsque vous l'avez touché, vous êtes partie dans une sorte de … transe. J'ai essayé une bonne douzaine de sortilèges différents mais rien ne pouvait vous le faire lâcher. J'ai dû utiliser une technique plus… »

« Primaire ? », marmonna Hermione en frottant sa main endolorie.

« Ça n'a pas l'air cassé… », grommela Rogue vérifiant le bon fonctionnement de ses doigts. « Essayez quand même de ne pas faire de folies avec cette main… »

Hermione grimaça et se retint de lui rétorquer qu'elle commençait à en avoir assez des coups, des plaies et des bosses. Mais au lieu de ça, elle opina du chef et regarda Rogue envelopper le livre dans son manteau. « Je pense qu'il est temps de rentrer, ça suffit pour aujourd'hui… », grommela le Maître des Potions tandis qu'Hermione hochait misérablement la tête. « En plus de ça, Bettina Williamson commence à avoir des frisottis, je doute que le Polynectar fasse encore effet très longtemps… »

Ils sortirent sur le palier et y trouvèrent Spencer et Glenn en discussion houleuse avec Draco et Blaise (ou plutôt avec Adalbald Fiertalon et son collègue). Lorsque Rogue et Hermione apparurent dans l'encadrement de la porte, « Adalbald » fondit sur « Bettina » avec un regard d'incompréhension totale et passa le bras de sa collègue autour de ses épaules.

« Bon sang, mais c'était quoi ce bordel ? », aboya Draco à l'attention de Rogue, qui lui jeta un regard surpris. « Vous êtes même pas foutu de vous occuper d'elle vingt minutes ? Pourquoi la porte était-elle fermée ? Aucun sortilège n'a été fichu de l'ouvrir ! J'espère que vous avez une bonne explication, sinon vous allez passer un sale quart d'heure, je vous préviens ! »

Les yeux furieux de Rogue devinrent ronds comme des soucoupes et une expression effrayée passa soudain dans le regard d'Adalbald/Draco, en comprenant qu'il avait légèrement dépassé les bornes.

« Je vais bien, je vais bien », le rassura Hermione d'une voix faible. Puis elle se tourna vers Spencer et Glenn, qui les dévisageaient, ahuris. « Ce n'était rien. Nous sommes tombés sur un objet ensorcelé en fouillant la pièce mais nous avons suivi la procédure habituelle pour le neutraliser. Vous pouvez de nouveau entrer, il n'y a plus rien à craindre… », fit-elle tandis que les deux techniciens échangeaient un regard.

« Si tu le dis, Betty », fit Spencer d'une voix mal assurée. « On vous enverra les rapports du labo en même temps que les corps, une fois qu'on aura fini la paperasse de notre côté. Ensuite, ils seront à vous. En attendant, tu devrais rentrer chez toi et prendre ta journée pour … te remettre de tes émotions ? »

Hermione acquiesça en souriant. « C'est ce qu'on va faire, merci Spence'. » Le technicien lui adressa un sourire encourageant et Hermione vit Draco se renfrogner, du coin de l'œil. Le petit groupe laissa donc les deux techniciens à l'étage et entreprit de sortir de la maison.

« Où sont Harry et Ron ? », demanda soudain Hermione en regardant autour d'elle. Draco fit la grimace et Hermione sentit que quelque chose n'allait pas.

« Ils sont rentrés », marmonna Blaise en lui jetant un regard désolé. « Potter nous a dit de te dire qu'il t'attendait dans sa chambre et que tu lui devais des explications. Il a compris pour Théo. »

Draco et Blaise échangèrent un regard par-dessus les épaules d'Hermione, tandis que celle-ci fermait les yeux avec une expression lasse. Génial, comme si j'avais besoin de ça, maintenant.

Toujours soutenue par Draco, elle suivit donc les autres à l'extérieur et ils s'éloignèrent de la maison pour trouver un coin à l'abri des regards et transplaner.

~o~

Lorsqu'Hermione apparut sur la colline qui surplombait la falaise de la maison de Bill et Fleur, toujours accrochée au bras d'Adalbald (qui blondissait fortement), elle ne put s'empêcher de ressentir une vague de panique la submerger. La seule idée de devoir aborder LE sujet avec Harry (et Ron !), a fortiori quelques minutes après en avoir revu certaines scènes dans sa tête, lui donnait littéralement envie de prendre ses jambes à son cou. Partir. Fuir. Très loin. Tout plaquer et peut-être découvrir un nouveau continent. Rejoindre ses parents en Australie ? Ou ses cousins éloignés qui vivaient au Brésil ? Bonne idée, tiens. Moi qui ai toujours rêvé d'apprendre le portugais…, pensa Hermione en faisant un pas en arrière.

Mais un craquement sonore retentit derrière elle et presque aussitôt, comme s'il avait lu dans ses pensées, Rogue la poussa fermement en avant. Bien sûr qu'il a lu dans mes pensées. Le gars est un foutu Legilimens. Hé, Rogue, qu'est-ce que vous dites de ça ?, pensa-t-elle en visualisant de toutes ses forces son propre visage en train de lui tirer la langue.

« Rentrez vite à l'intérieur, Miss Granger », bougonna Rogue, tandis qu'Hermione ricanait en son for intérieur. Elle ne savait absolument pas si Rogue avait intercepté son « message » mais sa propre plaisanterie eut au moins le mérite de lui redonner un peu d'entrain. Le vent s'engouffra avec force dans ses cheveux et elle remarqua, lorsque ses boucles brunes passèrent devant ses yeux, qu'elle avait récupéré sa folle tignasse habituelle. Et sûrement son visage également.

C'est alors qu'elle sentit la main de Draco effleurer subrepticement la sienne. Surprise, elle tourna la tête vers lui. Ses iris avaient repris leur teinte grise d'origine et semblaient fous d'inquiétude. Hermione se sentit aussitôt coupable d'avoir envisagé une seconde de ficher le camp. Il avait renoncé à tout pour la suivre, elle. Elle ne pouvait donc pas l'abandonner maintenant. Pas même pour le sable blanc de Copacabana. Prise d'un soudain élan de gratitude envers cet ancien ennemi qui avait tout risqué pour la sauver (et désireuse de faire disparaître les derniers bribes des visions au contact du livre), Hermione se dressa sur la pointe des pieds et déposa un léger baiser au coin des lèvres de Malfoy… qui jeta aussitôt un regard paniqué en direction de la maison.

« Euh, vieux, ta mère est à la fenêtre… », marmonna Blaise avec un sourire narquois.

Draco reporta son attention sur Hermione, que la réaction du blond avait légèrement vexée, et sans la quitter des yeux s'adressa à son meilleur ami. « Est-ce qu'il y a quelqu'un d'autre à n'importe quelle autre fenêtre de cette ridicule bicoque ? », demanda-t-il tandis qu'Hermione fronçait les sourcils.

« Absolument personne », chantonna Blaise, qui voyait très bien où le blond voulait en venir.

« Parfait », répondit celui-ci. Et sans autre forme de procès, il saisit Hermione par le cou et l'attira contre lui. Pas pour l'embrasser (ce qu'Hermione trouva bien dommage, réflexion faite) mais pour la serrer dans ses bras à l'étouffer. Derrière eux, Rogue poussa un soupir exaspéré et les dépassa pour se diriger vers la maison.

Lorsque Draco consentit enfin à relâcher Hermione, celle-ci souriait bêtement et le jeune homme fronça les sourcils.

« Bon, que ce soit bien clair entre toi et moi, Granger… », lâcha-t-il en tentant de reprendre son habituelle voix traînante. « Tu ne me quittes plus d'une semelle, parce que visiblement quand on te laisse seule ou en compagnie d'incapables, ça finit toujours mal… »

« Ça me convient parfaitement », fit Hermione avec un sourire malicieux. Dernièrement, Malfoy avait eu de plus en plus de mal à afficher un comportement impassible et détaché. Il finissait toujours par s'énerver ou par se montrer bourru lorsqu'il était gêné ou qu'un geste de tendresse envers elle lui échappait par mégarde. Et Hermione ne pouvait s'empêcher de trouver cela terriblement irrésistible.

« Bon, parfait… on est d'accord », bougonna Draco en se dirigeant illico vers la maison. Blaise se retourna vers Hermione, restée un peu en arrière, et secoua la tête en levant les yeux au ciel. Hermione répondit par un petit rire silencieux et c'est un peu plus légère et rassérénée qu'elle s'apprêta à passer le plus mauvais quart d'heure de toute sa vie.

Lorsqu'ils entrèrent dans la Chaumière, Hermione vit que Rémus, Tonks et Ron étaient déjà attablés en compagnie des Weasleys au grand complet, et ô surprise de Lucius Malfoy, qui avait daigné quitter son recoin sombre du salon. Hermione fronça les sourcils mais n'eut pas le temps de réfléchir à cette situation étrange : une tasse de thé surgit soudain devant son visage. Cette tasse de thé était tenue par une main, main qui était reliée… au reste du corps de Narcissa Malfoy. Celle-ci jeta un regard appuyé à Hermione et la Gryffondor se souvint qu'elle se trouvait à la fenêtre lorsqu'elle avait embrassé Draco.

« Je vous ai fait du thé, Hermione », chantonna-t-elle avec un large sourire, tandis que Draco (et Lucius depuis la table de la cuisine) lui jetait un regard perplexe. « Pour fêter ça », ajouta-t-elle à mi-voix.

« En voilà une bonne idée », ironisa Hermione en s'emparant aussitôt de la tasse chaude. Elle n'avait toujours rien avalé depuis la veille et le parfum sucré du thé vert luttait agréablement dans ses narines contre la puanteur des cadavres qui semblait s'y était incrustée.

« N'est-ce pas ? », rayonna Narcissa avant d'aller se rassoir, tout sourire, aux côtés de son époux.

Draco, décontenancé, regarda tour à tour sa mère, puis Hermione, convaincu qu'il avait manqué un épisode. Mais la Gryffondor se contenta de boire une longue gorgée de thé (Délicieux !) et s'approcha prudemment de la table, où Lucius Malfoy la fixait, aussi hargneux que d'habitude.

« Où est Harry ? », demanda-t-elle d'une voix faible.

Ron lui jeta un regard triste. « En haut, il t'attend. J'espère que tu as une idée de ce dont il veut parler, parce que moi, j'ai rien réussi à en tirer. Il est hors de lui. »

Hermione soupira et but une autre gorgée de thé avant de se diriger vers les escaliers.

« Je viens avec toi », marmonna Draco en lui emboîtant le pas.

Ron ouvrit la bouche pour protester mais quelque chose le retint et il se rassit lourdement, abattu. Il leva le nez lorsqu'une tasse de thé fumante se posa aussitôt sur la table devant lui. Ron releva la tête et jeta un regard curieux en direction de Narcissa.

« Vous êtes comme ma mère, vous », grommela Ron en haussant un sourcil. « Vous croyez que tout s'arrange avec une tasse de thé… »

Arthur Weasley suivit Hermione et Draco des yeux, tandis qu'ils disparaissaient à l'étage, puis soupira et tapota l'épaule de son fils avec un rictus narquois. « Que veux-tu, fiston… on est Britanniques. »

Ron leva les yeux au ciel.

~o~

Hermione poussa la porte de la chambre et la première chose qu'elle vit fut le dos d'Harry, penché en avant sur le petit bureau qui trônait entre deux des trois lits. Elle le vit bouger légèrement en l'entendant entrer mais il ne se retourna pas pour autant. Draco entra à la suite d'Hermione et lui fit signe d'avancer tandis qu'il restait près de la porte.

« Harry… », souffla Hermione en s'avançant au centre de la pièce.

L'interpellé tressaillit mais ne se retourna pas. Entre ses mains posées sur le bureau se trouvait une boîte qu'Hermione n'avait jamais vue. Elle fronça les sourcils et fit un nouveau pas hésitant en direction du Survivant.

« Pourquoi… », fit soudain Harry dans un souffle.

Hermione se figea. « Pourquoi quoi ? », demanda-t-elle par principe. Elle savait très bien quelle était la fin de sa question. Pourquoi tu n'as pas dit que c'était lui. Mais inconsciemment, elle voulait gagner du temps. Retarder au maximum le début de cette conversation. Même de quelques secondes.

Harry se retourna et ses yeux verts semblaient lancer des éclairs. « Pourquoi tu n'as pas dit que c'était Nott qui t'avait violée ? »

Le dernier mot fit à Hermione l'effet d'une gifle. A choisir, elle aurait préféré le terme « agresser », « violenter », n'importe quel autre mot que celui-ci. Mais elle n'allait certainement pas discuter terminologie avec Harry. Cela n'aurait pour conséquence que de le fâcher encore plus.

« Je… je ne sais pas », marmonna Hermione en baissant les yeux. « Je ne pensais pas que ce serait important. »

« Eh bien tu avais tort », fit sèchement Harry en la fusillant du regard.

Hermione pinça les lèvres. « Si j'avais su ce que Nott préparait, je … » Elle se tut, réalisant soudain qu'elle pouvait toujours essayer de se justifier, Harry n'entendrait pas raison. Elle poussa un soupir et secoua la tête.

Harry se passa une main dans les cheveux. « Quand je pense que ce tordu t'observe depuis des années, je- », commença-t-il mais Draco leva précipitamment un doigt et s'éclaircit la gorge.

« Hem, Potter, je n'ai pas vraiment eu le temps d'aborder ce sujet-là avec elle… », marmonna-t-il tandis qu'Hermione se retournait vers lui avec un air interrogateur.

« Quoi ? Quel sujet ? De quoi est-ce qu'il parle ? », demanda-t-elle en se retournant à nouveau vers Harry.

Celui-ci saisit la boîte sur le bureau et la lui tendit sans un mot. Derrière Hermione, Draco fit la grimace. Il avait espéré que Potter aborde le sujet en douceur mais le Balafré n'était manifestement pas habitué à prendre des pincettes avec ses amis. Sa grimace s'accentua lorsqu'il vit Hermione ouvrir la boîte et découvrir les clichés avec une expression indescriptible.

Hermione se sentit à nouveau aussi mal que lorsqu'elle se trouvait dans le bureau avec Rogue, face aux cadavres des Nott. Elle sentit ses quelques gorgées de thé danser dans son estomac à la vue des innombrables photographies la représentant, à Poudlard mais surtout dans son ancienne maison, en vacances, ou dans la rue.

« On a trouvé ça dans sa chambre ce matin », fit Harry sombrement. « Il te traque depuis des années, Hermione. Toi et quelques autres nés-Moldus, mais principalement toi. »

La nausée devenant encore plus forte, Hermione referma la boîte d'une main tremblante, refusant d'en voir plus. L'idée que Nott, sous ses airs d'élève standard et sans histoires, ait pu suivre le moindre de ses faits et gestes même lorsqu'elle quittait le pays avec sa famille la rendait malade.

« Je suppose que maintenant tu comprends mieux combien il est nécessaire de tout me dire à son sujet ? », reprit Harry, dont le ton s'était légèrement adouci en voyant le visage d'Hermione blêmir.

Hermione acquiesça et se dirigea lentement vers son lit pour s'y asseoir. Ses jambes ne la portaient plus et elle se laissa tomber lourdement sur le matelas, qui grinça sous son poids. Elle entama alors un long récit, d'une voix tremblante, en commençant par le jour où elle était arrivée au Manoir. Harry ne l'interrompit pas et Draco se contenta de rapporter quelques détails supplémentaires dans la chronologie, lorsqu'il se rappelait certaines scènes auxquelles Hermione n'avait pas pu assister depuis sa cellule.

Harry les écouta tous deux patiemment, serrant les dents lorsqu'Hermione raconta tour à tour les séances d'interrogatoire, les tortures. Draco relata quant à lui les réunions des Mangemorts, la disgrâce des Zabini et le plaisir manifeste que Nott avait ressenti en faisant assassiner la sœur Cracmol de Blaise. Plaisir qui s'était concrétisé par « l'agression » sur laquelle Hermione ne s'attarda pas plus que nécessaire. Le nrun ne dit rien lorsqu'Hermione raconta les tortures de Lucius Malfoy, la gentillesse de Narcissa et de Blaise, la métamorphose progressive de Draco et celle, plus sinistre, de Théodore. Elle revint également sur son face à face avec Nott et l'exposition de son plan pour vaincre Voldemort. Harry ne l'avait toujours pas interrompue une seule fois et Hermione lui en fut reconnaissante.

Elle parvint bientôt à la fin de son récit et expliqua à Harry (et à Draco) ce que Rogue lui avait dit à propos des nouveaux pouvoirs de Théodore et du livre qui en était manifestement responsable. Elle leur fit part de l'incident qui s'était produit lorsqu'elle avait touché le livre et vit les deux garçons froncer les sourcils simultanément. Leur expression était tellement similaire qu'Hermione en aurait ri si elle n'avait pas été aussi bouleversée par les récents événements.

« Pas la peine de faire cette tête », les rassura-t-elle en tendant les mains devant elle. « Je vais bien. J'ai juste ressenti et vu des choses qui se sont produites, je ne pense pas que le livre m'ait possédée moi aussi. Je veux dire… je ne me sens pas différente, alors… »

« Où est-il, ce livre ? », demanda Harry. « Est-ce que quelqu'un d'autre a eu le même genre de visions en le touchant ? »

« C'est Rogue qui l'a », répondit Hermione. « Mais il l'a enveloppé dans son manteau avant de le prendre. Par précaution, je suppose. Avec le recul, je me sens stupide de ne pas avoir protégé mes mains avant de le saisir… », fit Hermione avec un petit rire nerveux. « J'aurais dû y penser. C'était stupide, vraiment… »

Harry passa une main dans ses cheveux en bataille et soupira. « Et donc, si on détruisait le bouquin, le problème serait réglé ? », demanda-t-il tandis que Draco se retournait pour lui jeter un regard scandalisé.

« T'es pas fou, non ? On ne sait pas ce qui se passera si on fait ça ! », protesta-t-il avec un grognement de rage. « Ça pourrait le tuer ! »

« Et ? », demanda froidement Harry en le fusillant du regard. « Est-ce que j'ai l'air d'en avoir quelque chose à foutre ? », ajouta-t-il en désignant son propre visage du doigt.

« Mais… l'ancien Théo est peut-être encore quelque part dans… », balbutia Draco en se tournant cette fois vers Hermione qui pinça les lèvres.

« Je rejoins Draco sur ce point-là », fit Hermione d'une voix peu convaincue. « Même si je me fiche pas mal de la vie de ce type, je préfèrerais faire quelques recherches et avoir l'avis de spécialistes avant de faire des trucs qu'on pourrait regretter. Et puis… » Elle baissa le nez et Harry réalisa soudain combien il lui en coûtait de prononcer cette phrase. « …on ne doit pas faire justice nous-mêmes. On ne vaudrait pas mieux que lui. »

Harry grimaça. Il n'avait jamais été très doué pour contrôler ses envies de régler lui-même ses comptes. « Et quels spécialistes en magie noire tu comptes interroger au juste ? Ces trucs-là, ça pousse pas vraiment dans les plants de mandragore… », ironisa Harry.

Hermione tourna lentement la tête vers Draco et le regarda avec une expression étrange.

« Quoi ? », fit Draco en se redressant. Puis il comprit. « Oh. »

Harry regarda lui aussi Malfoy et se souvint qu'ils possédaient effectivement un spécimen plutôt mal luné de vilain sorcier au rez-de-chaussée.

« T'es consciente qu'il n'acceptera jamais ? », demanda Draco, sarcastique.

« Qui ne tente rien n'a rien… », répondit Hermione avec un haussement d'épaules.

« Il va nous rire au nez », l'avertit Draco avant de grimacer. « Et puis quand il aura bien ri, il trouvera de quoi nous ouvrir le ventre jusqu'à la gorge et dépliera ensuite nos intestins pour s'en faire une écharpe pour l'hiver. » Harry gloussa malgré lui. « Mais, je t'en prie, Granger, pars devant ! », acheva le blond en désignant la porte du doigt.

Hermione poussa un soupir exaspéré. « Crois-moi, il y a plus de chances qu'il accepte de nous aider maintenant qu'une fois qu'il saura que- », Hermione se tut et rougit violemment. Elle avait été sur le point de dire une fois qu'il saura que son fils est avec une Sang-de-Bourbe, avant de se souvenir que Harry n'était pas au courant de ce détail.

Lorsque le Survivant réalisa à son silence qu'elle lui cachait encore quelque chose, il bondit et sortit littéralement de ses gonds. « MAIS ENFIN MERDE, HERMIONE ! TU VIENS DE FAIRE UN MONOLOGUE DE VINGT PUTAIN DE MINUTES, ET TU TROUVES ENCORE LE MOYEN DE PASSER SOUS SILENCE DE NOUVEAUX DETAILS ? »

Draco sauta sur ses pieds et saisit Harry par le col. « Oh là, tu vas te calmer de suite, Potter… », gronda-t-il en le repoussant en arrière.

« PAS AVANT QU'ELLE NE FINISSE SA PHRASE ! Y'EN A ASSEZ DE TES SECRETS, HERMIONE ! », aboya Harry, tandis que Draco le repoussait une nouvelle fois violemment. « ON EST EN GUERRE ET TOI, TU JOUES A CACHE-CACHE AVEC LES INFOS ! »

« Cette information-là n'est pas pertinente ! », se défendit Hermione en se levant pour se diriger à grands pas vers la sortie.

« Ouais, c'est aussi ce que tu as dit pour Nott », cracha Harry alors qu'elle posait la main sur la poignée. Hermione se figea, avec la vague impression que cette fois, Harry était allé trop loin. Impression qui fut confirmée par le bruit d'un coup de poing et d'un corps qui s'effondrait sur le plancher. Lorsqu'Hermione se retourna, elle comprit au poing serré de Draco et à la marque rouge sur la pommette gauche d'Harry, étendu sur le sol, que le Serpentard l'avait frappé de toutes ses forces. Le Gryffondor, quelque peu sonné, regardait avec stupeur son ennemi d'enfance tremblant de fureur.

Hermione fit un pas dans leur direction et tourna un regard déçu en direction d'Harry. « Tu veux vraiment savoir, Harry ? », cracha-t-elle tandis que Draco lui jetait soudain un regard paniqué en secouant vivement la tête de gauche à droite.

« J'aimerais bien, oui, que tu sois honnête avec moi pour changer », répondit Harry sur le même ton.

« Non, non, mauvaise idée, Potter », fit le blond en continuant de secouer la tête. « Très mauvaise idée. »

« Très bien, alors je vais te le dire », décréta Hermione en plissant les yeux. Elle savait en son for intérieur qu'elle faisait une erreur, mais la colère et la déception avaient pris le dessus sur elle et elle ne rêvait plus que d'une seule chose : rendre à Harry la monnaie de sa pièce. « Et ensuite je vais quitter cette pièce, parce que franchement Harry… tu commences légèrement à me taper sur les nerfs. »

« Granger, fais pas ça… », l'avertit Malfoy en levant un doigt dans sa direction.

« Voyons, Malfoy », fit Hermione d'un ton ironique. « Harry veut savoir ! Donnons-lui ce qu'il veut ! »

« Ouais, la ferme, Malfoy, laisse-la parler », gronda Harry en se relevant de mauvaise grâce.

« Et merde… », abandonna Draco en se pinçant l'arête du nez.

Il y eut un court silence, puis il entendit Hermione prendre une grande inspiration.

« Draco et moi, on est ensemble », lâcha-t-elle sèchement. Puis la porte claqua et malgré ses paupières closes, Draco sut qu'il était désormais seul avec Potter.

Elle m'a appelé Draco ?, pensa subitement le blond en relevant la tête. Il ouvrit les yeux, un sentiment étrange qui ressemblait à du bonheur le submergeant peu à peu. Et croisa le regard effaré de Potter. Le survivant le fixait comme s'il venait de se transformer sous ses yeux en Ronflak cornu. Et zut.

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Pfiouh, il était long ce chapitre ! Mais j'avais tellement de choses à dire dedans, que je n'ai pas pu tout faire tenir en 10 pages ! Alors que pensez-vous de la découverte du livre ? Et de la révélation béton à la fin ? Elle est sympa Hermione, elle laisse Draco tout seul avec un Harry à deux doigts du burn out ! J'ai hâte d'avoir votre avis sur ce chapitre. Gros bisous et à lundi prochain !

Xérès