Chapitre 25 : Annonce effrayante
Il n'était pas loin de neuf heures du matin ce jour-là lorsque Leroy Jethro Gibbs se gara devant l'agence du NCIS.
Lorsqu'il était retourné chez lui deux jours plus tôt après l'affrontement avec Scorpia, il y avait retrouvé Alex, Gregorovitch, Ducky, Abby et Balboa mais également les cinq cadavres qu'il avait aussitôt du faire évacuer. Il avait alors compris pourquoi Kurst lui avait dit 'si Alex et vous êtes encore vivants ce soir'.
Balboa avait perdu son collègue et Gibbs avait retrouvée une Abby choquée bien que partiellement réconfortée par Ducky, qui faisait parfois preuve d'une certaine psychologie. Gregorovitch restait aussi impassible que toujours et Alex…
Alex était celui qui l'inquiétait le plus. Il n'avait pas été perturbé par l'attaque – et quoi de plus normal avec son passé au MI6 ? – mais il ne s'était pas réjoui lorsque Gibbs lui avait annoncé que Zeljan Kurst avait été tué et son réseau démantelé. A peine avait-il haussé les épaules, comme si de toute manière, cela ne changeait rien à sa situation.
Ducky disait que cette apathie n'avait rien de vraiment inquiétant et qu'il fallait laisser le temps faire son œuvre. Gibbs n'avait aucun souci avec cela ou il n'aurait jamais envisagé d'adopter un adolescent avec un passé aussi chargé qu'Alex Rider.
En parlant d'adoption, Allison Hart devait passer chez Gibbs le soir même vers neuf heures. L'ex-Marine tâcherait d'en parler avec l'adolescent juste avant, pendant le dîner. De cette manière, il aurait une idée de la réaction d'Alex. Il ne lui mettrait pas bien évidemment le couteau sous la gorge mais avoir pris les devants permettrait de donner à Alex une certaine sécurité comparé au fait que jusqu'ici, le garçon avait dû essentiellement compter sur lui-même en cas de problème.
Quant à l'annonce à faire à son équipe, il comptait s'en occuper le matin même. Vance lui avait accordé un congé la veille et Gibbs en avait profité pour congédier Gregorovitch et veiller lui-même sur Alex. Le garçon allait de mieux en mieux et si certaines de ses blessures le faisaient encore souffrir, il pouvait néanmoins se déplacer seul et sans problèmes dans la maison. Il savait également changer ses propres pansements alors Gibbs avait accepté de retourner travailler. Il avait tout de même laissé Balboa surveiller l'adolescent durant son absence. Avec Alex, autant ne pas tenter le diable.
Leroy Jethro Gibbs entra dans le bâtiment d'un pas décidé, saluant au passage les collègues qu'il croisait. Comme il l'avait prédit, à cette heure avancée de la mâtinée, Ziva, Tony et McGee se trouvaient déjà dans leur espace de travaille commun. Et pas seuls. Léon Vance, Abby et Ducky discutaient tranquillement avec eux, le directeur aussi sérieux qu'à l'accoutumée.
« Salut, Patron ! Déjà un jour de retard pour le débrifing ! », plaisanta Tony.
Gibbs l'accueillit à sa manière en lui assénant une petite taloche à l'arrière du crâne.
« Bonjour Patron ! Heureux de vous voir. », lança à son tour McGee, avec un franc sourire que l'ex-Marine lui rendit.
Ziva et Vance le saluèrent discrètement tandis qu'Abby l'étreignait. Quant à Ducky, juste après son habituel 'Bonjour, Jethro', il s'avança pour lui poser une question dont tous ceux présents voulaient sans doute connaître la réponse.
« Comment va Alex ? »
« Je dirai qu'il se remet plutôt bien. Je commence à avoir du mal à le retenir, il déteste être inactif. », dit-il avec un petit sourire en coin.
Gibbs avait découvert que l'adolescent avait du mal à rester entre quatre murs et ne rien faire, ne serait-ce qu'une demi-journée. A peine remis de ses blessures et Gibbs l'avait déjà surpris à réessayer des mouvements de Karaté et de musculation. Pour entretenir sa forme physique, avait-il dit à Gibbs. Ce dernier voulait bien le croire. Mis à part les blessures que l'adolescent avait récoltées durant ses activités d'espionnage, Alex était en parfaite santé et faisait particulièrement attention à son hygiène de vie. Et il adorait les fruits, ce qui était plutôt rare chez un garçon de son âge.
« C'est un ado, Gibbs. Tu ne te souviens vraiment pas de tes jeunes années ? », se moqua gentiment le cinéphile.
Les autres rirent tandis qu'il se recevait un nouveau coup sur la tête.
« Tu auras six ans pour t'y habituer, Gibbs. La majorité n'est qu'à vingt-et-un ans. », lança joyeusement Abby.
Puis elle se rendit compte de la gaffe qu'elle venait de faire en remarquant le silence de plomb qui tomba sur la pièce. Brisé au bout de longues minutes par un Léon Vance impassible.
« Auriez-vous quelque chose à nous dire, agent Gibbs ? »
Celui-ci jeta un coup d'œil à l'analyste scientifique qui lui renvoya un regard d'excuse, tout en se mordillant la lèvre. Puis, puisque le plus gros était fait, il décida de se jeter immédiatement à l'eau. Il regarda ses collègues bien droit dans les yeux avant d'annoncer de bute en blanc :
« J'ai décidé d'adopter Alex. »
Le silence se poursuivit quelques secondes avant que les premières mines joyeuses ne commencent à apparaître. McGee le félicita, Tony, l'éternel blagueur, plaisanta sur le fait que ses cheveux poivre et sel deviendraient blancs avant qu'il ait pu dire 'ouf' et Abby le serra dans ses bras en riant.
« Je dois dire, agent Gibbs, que vous vous débrouillez toujours pour me surprendre. », fit Léon Vance, un éclat de sympathie au fond des yeux visible pour celui qui savait le déchiffrer. Gibbs le remercia d'un hochement de tête.
Quant à Ziva, elle le regardait avec un étonnement chaleureux caractéristique de la jeune femme.
« Vous lui en avez déjà parlé ? », lui demanda-t-elle avec un regard perçant.
Gibbs sourit. Elle était toujours la plus intuitive.
« Non, mais Allison Hart va passer avec le dossier après le dîner et je compte évoquer le sujet juste avant. J'espère seulement qu'il ne s'enfuira pas. »
« Tu rigoles, il n'a que quinze ans et il a tout perdu ! », intervint Tony.
« Justement, Tony, », répondit l'Israélienne avant que l'ex-Marine n'ait pu le faire. « Il se peut qu'Alex craigne de mettre de nouvelles personnes en danger en les côtoyant. Et il sait parfaitement se débrouiller seul. »
« Mais il ne devrait pas avoir à le faire, Ziva ! »
On sentait parfaitement au ton d'Abby que si Alex avait été en face d'elle au même moment, la jeune gothique l'aura prise dans ses bras pour ne jamais le relâcher. D'ailleurs, ils partageaient tous son point de vue. Alex Rider avait déjà beaucoup trop souffert et ce projet d'adoption tombait pour ainsi dire à point nommé.
C'est pourquoi Ziva conclut pour Gibbs.
« C'est la raison pour laquelle je pense que vous avez tout à fait eu raison d'entreprendre ces démarches, Gibbs. », le rassura-t-elle avec un sourire. « Pour le moment, Alex est désorienté et a besoin d'être guidé. Vous avez fait le bon choix. »
Ces paroles venaient d'autant plus du fond du cœur que Ziva n'oublierait elle-même jamais ce que Gibbs avait fait pour elle lorsqu'elle avait rejoint le NCIS. Gibbs sembla le comprendre et la remercia discrètement.
« Et il faut que tu prépares une crémaillère dès maintenant pour que tout soit près dès qu'Alex acceptera ! »
Abby sautillait littéralement de joie.
« Oui, eh bien en attendant, j'ai bien reçu le rapport du FBI sur Scorpia mais pas encore celui du NCIS. Alors, au travail ! », leur fit leur supérieur avant de se diriger vers son propre bureau. « Et Félicitations par avance, agent Gibbs ! »
Avec le tempérament de son agent, Vance ne doutait pas un seul instant de la réussite de son entreprise et ce sur tous les points. Alex Rider comme Leroy Jethro Gibbs le méritaient amplement. Quant à lui, dès confirmation, il annoncerait la bonne nouvelle au directeur du MI6. Il était sûr que Tulipe Jones du dénouement final et heureux de l'affaire Alex Rider.
Bientôt, Ducky et Abby rejoignirent également leur repaire.
Ce fut Timothy McGee qui sut trouver parfaitement le mot de la fin.
« Tu dois sauter de joie, Tony, nous accueillons enfin quelqu'un de ton âge. »
Un tube de colle faillit le percuter moins d'une seconde plus tard, sous les regards rieurs de Gibbs et Ziva.
AR/NCIS
Alex sentait ses forces revenir peu à peu. A présent, il pouvait parfaitement déambuler dans la maison et se soigner tout seul. Il avait d'ailleurs rassuré Gibbs que celui-ci pouvait retourner travailler sans risque. D'autant que l'ex-Marine avait demandé à l'agent Balboa de veiller sur lui, ce que l'homme avait accepté avec enthousiasme.
Particulièrement depuis que Yassen était parti, l'avant-veille au soir. En effet, maintenant que la dernière tentative de Scorpia avait échoué et que Zeljan Kurst était mort, il y avait peu de chances que l'organisation s'en reprenne de sitôt à Alex. Et tout à parier qu'elle était au contraire en train de lâcher ses plaies, honteuse.
Alex n'avait pas eu le temps d'avoir une vrai conversation avec le tueur à gages mais ce dernier avait déjà quitté le continent pour ce qu'il en savait. Alex le regrettait quelque peu mais après tout, ce comportement de fantôme était dans sa nature. Il ne pouvait pas le reprocher au Russe, il le comprenait au contraire tout à fait. Quelque soit la vie d'un espion ou d'un assassin, il s'agissait toujours d'une vie solitaire au final. Alex ne faisait-il pas la même chose avec l'agent Gibbs, en faisant tout pour ne pas se dévoiler à l'homme ?
Quoiqu'il en soit, l'adolescent n'oublierait jamais comment Yassen Gregorovitch lui avait sauvé la vie. Cela n'effacerait pas bien sûr le meurtre de Ian, mais en ce qui concernait Alex, le Russe avait prouvé qu'il n'était pas comme Rothman, Kurst et les autres, un vulgaire criminel tout juste bon à enfermer.
C'est la raison pour laquelle il avait été heureux d'apprendre son absolution par les Etats-Unis. Pour être passé des deux côtés de la barrière, Alex ne pouvait plus mentir et parler d'une réalité en noir et blanc. Il n'y avait jamais eu les bons d'un côté et les méchants de l'autre. La vérité était que tout cela faisait partie d'un monde en demi-teinte. Alex savait qu'il fallait en être passé par là où il était allé pour bien se rendre compte de cette triste réalité. Alors il ne jugerait pas Yassen.
C'est ce qui l'éloignait de l'agent Gibbs. Bien que perspicace, l'homme ne comprenait pas toujours certaines réactions du jeune espion. Ce dernier ne lui en voulait pas, Gibbs était un fédéral et réfléchissait comme tel.
Alex était en train de finir une rapide vaisselle lorsqu'il entendit soudain la sonnerie du téléphone de Gibbs, le sortant ainsi de ses pensées. Lui et Balboa avaient mangé ensemble et l'homme était sorti fumer depuis cinq minutes. Alex abandonna ce qu'il était en train de faire pour aller décrocher. C'était sûrement Gibbs qui voulait vérifier comment il allait. Alex sentait souvent que l'homme s'inquiétait véritablement pour lui.
Il arriva finalement trop tard et le répondeur se mit en route. Une de femme résonna aussitôt dans le salon.
« Agent Gibbs, Allison Hart à l'appareil. Vous n'avez pas répondu sur votre portable. C'est juste pour vous prévenir, au sujet de ma visite pour l'adoption d'Alex qu'il se peut que j'ai du retard. Attendez-moi plutôt vers vingt-deux heures trente. Bonne journée à vous. »
Alex resta figé un long moment, interdit.
Qu'est-ce que… ? C'est vrai qu'il avait remarqué que l'ex-Marine s'inquiétait encore plus de son bien-être ces derniers jours. Mais, une adoption ? Non, c'était inenvisageable.
Ce n'était pas qu'Alex n'appréciait pas l'initiative. Il en connaissait peu sur l'ex-Marine mais avait tout de suite su que l'homme était quelqu'un en qui on pouvait vraiment avoir confiance. Et quelqu'un qui ne lâchait pas prise lorsqu'il s'engageait dans une cause.
Mais Alex ne pouvait pas le laisser faire çà. Pas après ce qui était arrivé à ses parents, à Ian, Jack et enfin aux Pleasure. Il était un danger pour ses proches, il l'avait bien compris, et il ne voulait pas cela pour les si sympathiques membres de l'équipe du NCIS.
Alex regarda par la fenêtre et répondit au signe amical de l'agent Balboa. Il l'avait informé qu'il était encore fatigué et qu'il allait faire une sieste après le repas.
En réalité, il savait ce qui lui restait à faire.
AR/NCIS
Yassen Gregorovitch marchait au milieu de la foule dans une station de métro en plein cœur de Washington D.C.
A présent que le réseau de Zeljan Kurst avait été démantelé grâce aux efforts conjoints du FBI et du NCIS, il était libre de quitter le pays. Il comptait retourner s'installer en Russie, définitivement, sans doute pour y passer sa retraite. De temps à autre, il s'occuperait d'affaires en lien avec la Mafia russe ou même d'autres cartels. De toute manière, il s'agissait de mener une vie bien plus tranquille maintenant que Scorpia n'était plus pendue à ses basques.
Pendant plus de quinze ans, il devait reconnaître que l'organisation lui avait apporté une vie confortable, même si quelque peu mouvementée. Mais cette époque de sa vie était à présent révolue. Ce n'était pas pour autant que le Russe allait tout abandonner et s'enterrer dans un coin, car pour un homme de sa fortune et de son expérience, il y avait toujours diverses possibilités, particulièrement dans son pays natal. Simplement, lever le pied ne pourrait lui faire que du bien.
Le tueur à gages fut sorti de ses pensées par la voix électronique qui annonçait l'avancée imminente de la ligne de métro qu'il attendait présentement. Il consulta sa montre et se rendit sur le quai. Le métro arriva et les portes s'ouvrirent laissèrent descendre les derniers travailleurs qui reprenaient leur travail après la pose déjeuner. Puis Yassen monta à son tour dans le wagon, immobile et impassible.
Au bout de quelques minutes, il remarqua quelque chose – ou plutôt quelqu'un – de suspect. A quelques mètres devant lui, une figure familière lui tournait le dos. Un mètre soixante-cinq environ, des cheveux blonds cendrés reconnaissables, Alex Rider était habillé d'un treillis noir peu remarquable et agrippait d'une main la bretelle de son sac-à-dos.
Sauf qu'Alex venait à peine de se remettre et qu'il n'aurait pas du se retrouver ici. Encore moins en ayant tout l'air de s'être échappé de la maison de l'agent Gibbs.
Yassen n'essaya pas de l'approcher. Alex pouvait en profiter pour aller se camoufler dans un endroit inaccessible. Tout comme Zeljan Kurst, l'assassin blond était au courant de la procédure d'adoption lancée par l'agent Gibbs. En effet, Yassen avait appris l'assassinat des Pleasure par Scorpia.
Et cette procédure devait avoir un lien avec la présence d'Alex dans cette rame de métro dont le terminus était à l'extérieur de la ville. Avec ce qu'il avait déjà vécu, l'adolescent devait penser qu'il était un danger pour tous ceux qui l'approchaient.
Quoi qu'il en soit – et peu importait son opinion personnelle sur cette affaire – Yassen n'essaierait pas de le retenir de force. Mais il pouvait s'assurer de l'empêcher de quitter le pays et même les abords de Washington avant que l'équipe du NCIS n'ait eu la chance de le retrouver.
Les lèvres du Russe s'étirent d'un mince sourire puis il sortit son téléphone portable et composa le numéro qui l'intéressait.
AR/NCIS
Il était presque vingt-deux heures ce soir-là lorsque l'agent du NCIS Ziva David rentra finalement chez elle. Les dernières heures de la journée avaient été particulièrement épuisantes.
Alex s'était enfui.
De manière assez surprenante, la première notification avait été donnée par Yassen Gregorovitch lui-même. Le Russe avait appelé directement Gibbs sur son portable pour l'informer qu'il avait aperçu Alex dans une rame de métro à destination de l'extérieur de la ville. Aussitôt, Gibbs avait appelé Balboa pour vérifier et l'agent de sécurité lui avait alors confirmé qu'Alex n'était plus là et qu'il avait emporté quelques affaires.
L'ex-Marine avait aussitôt lancé l'avis de recherche. Le tueur russe leur avait assuré qu'Alex ne pourrait quitter la ville – comment, là aurait été la question si l'homme n'avait été un criminel expérimenté – et ce jusqu'à ce que Gibbs puisse lui mettre la main dessus. Gregorovitch avait apparemment appris pour la procédure d'adoption en cours grâce à Kurst. L'homme, toujours aussi frustrant et impassible, n'avait pas commenté sur ce fait.
Gibbs s'était tout d'abord inquiété du fait que Gregorovitch soit encore à Washington mais l'homme leur avait répondu d'un ton réticent qu'il avait 'encore quelques petites affaires à régler'. Ziva, qui avait de l'expérience dans le milieu, savait ce que cela pouvait vouloir dire avec l'effondrement du réseau américain de Scorpia.
Ce qu'elle craignait le plus en revanche, c'est que l'adolescent parvienne à leur filer entre les doigts à cause d'un malentendu. Elle avait pu voir que le garçon était plutôt doué et du reste, elle comprenait ses raisons. Après avoir perdu chacune des personnes qui s'étaient occupées de lui, Alex Rider avait peur de s'attacher à nouveau pour perdre encore. A sa place, l'Israélienne aurait eut la même réaction.
La jeune femme se débarrassa de ses chaussures et de son manteau avant de se diriger à la cuisine et de se faire un sandwich. Le déjeuner commençait à remonter à loin.
Elle était en pleine dégustation lorsqu'elle s'aperçut que la porte arrière était entrouverte. Sortant son revolver, elle commença à inspecter le rez-de-chaussée puis se rendit à l'étage. Sous la porte de la salle-de-bains, une lumière douce filtrait. Ziva prit son élan pour l'ouvrir d'un coup sec, son arme pointée vers l'intérieur de la pièce. Arme qu'elle rangea aussitôt lorsqu'elle aperçut qui était son visiteur nocturne.
Un Alex Rider torse nu avait trouvé son kit de secours et était en train de changer ses pansements dont quelques-uns étaient imbibés de sang.
« Alex ! », s'exclama aussitôt Ziva avec soulagement.
Le garçon se tourna vers elle avec une expression résignée. Il était en train de panser une plaie particulièrement sanguinolente et s'était arrêté à l'appel de l'ex-Mossad. Celle-ci reprit la situation en mains.
« Je vais t'aider. », lui dit-elle en s'avançant.
Il ne recula pas, ce qui était déjà une bonne chose. En moins de dix minutes, la jeune femme avait fini de s'occuper de ses bandages. Elle rangea le kit et se tourna finalement vers lui, indécise.
« Je me suis préparée un sandwich, çà te dirait de grignoter quelque chose ? »
Il y avait peu de chances pour qu'il ait pris le temps de manger durant sa cavale. Il acquiesça silencieusement et la suivit jusqu'à la cuisine, située au rez-de-chaussée. Du coin de l'œil, Ziva le vit descendre les escaliers en grimaçant. Sans doute ses blessures rouvertes souffraient-elles de cet exercice.
Elle lui servit un sandwich au fromage fondu qu'il commença à manger en silence. Il ne levait pas les yeux sur elle, sans doute de peur d'avoir à engager la conversation. Puis Ziva débarrassa et fit une rapide vaisselle.
« Merci. »
Le garçon derrière elle avait parlé à voix basse pourtant elle avait nettement entendu la sincérité dans sa voix. Elle se retourna calmement vers lui et il lui sourit faiblement, comme honteux.
« Je t'en prie. Etre en cavale n'est pas toujours facile, j'en sais quelque chose. »
Elle s'était souvent retrouvée dans sa situation lorsqu'elle travaillait encore pour le Mossad.
« Vous pensez que Gibbs m'en veux ? »
Elle soupira. Clairement son hypothèse avait été la bonne. Après ce qui était arrivé au reste de ses proches, il avait peur de faire souffrir encore plus de gens. Quant à sa question, elle était sûre que l'ex-Marine était beaucoup plus inquiet que fâché. Ils l'avaient tous été, cette après-midi.
« Je pense que Gibbs comprendra parfaitement. La question se pose à présent non pas sur ce que tu as fait mais sur ce que tu veux faire maintenant. Tu sais, Gibbs est vraiment ravi de t'adopter. »
Alex soupira puis baissa la tête d'un air contrit.
« Je sais. Et ce n'est pas que je ne suis pas reconnaissant de cette initiative, mais… Je ne sais pas si je peux le faire. Si je suis fais pour cela. », il se mordit la lèvre, comme s'il avait peur d'avoir dit une bêtise.
Afin de le mettre plus à l'aise, Ziva continua de s'occuper de sa vaisselle.
« Ecoute, Alex, je sais ce que tu penses. Lorsque je suis arrivée au NCIS, j'étais un assassin fraîchement débarqué du Mossad. Je n'avais pas la même vision que les fédéraux américains et je sais qu'il a fallu du temps à Gibbs pour me faire confiance. Mais c'est finalement arrivé et cet homme m'a beaucoup aidé, y compris les fois où je pensais que je ne le méritais pas. Toi, Gibbs te fait déjà confiance et ce n'est pas de ta faute si tu as été plongé si jeune dans cet univers sombre. Tu vas apprendre à vivre avec. Si tu continues de fuir, c'est quelque chose que tu n'achèveras jamais. Fais-moi confiance. Nous voulons t'aider, et Gibbs le premier. »
Elle tourna la tête à temps pour le voir acquiescer calmement, les mains enfuies dans les poches de son treillis noir. Elle vit dans ses yeux qu'il réfléchissait sérieusement à la question. Et elle vit le moment exact où il prit sa décision.
Elle s'essuya les mains, prit son sac et ses clés de voiture avant de l'entraîner vers la porte d'entrée.
« Allez viens ! Une certaine Allison Hart attend ta réponse. »
Il haussa un sourcil surpris puis compris qu'elle avait su lire en lui. Il eut un dernier et minuscule moment d'hésitation avant de la suivre à l'extérieur.
AR/NCIS
« Vous savez, agent Gibbs, un adolescent n'est pas toujours facile. Surtout un avec un passé aussi sombre. »
Leroy Jethro Gibbs savait qu'il s'agissait d'une tentative de lui remonter le moral de la part d'Allison Hart.
L'avocate était arrivée moins de dix minutes plus tôt. Malheureusement, Alex était absent. Pour une des rares fois dans sa vie, l'ex-Marine sentait le découragement peser sur ses épaules.
Il n'en voulait pas à Alex, l'adolescent avait vécu des choses horribles et sa réaction était à prévoir. Mais, lui qui ne s'était pas senti serein au début était sûr d'une chose : il était prêt cette fois-ci. Il tenait à aider le jeune anglais et à effacer les mauvais souvenirs des derniers mois. Alex Rider méritait à présent d'avoir une vie normale.
C'est pourquoi son cœur s'était serré un court instant en entendant la nouvelle de la bouche de Gregorovitch. Il s'était tout d'abord méfié puis avait réalisé ce que cela signifiait. Alex, encore blessé s'était enfui en apprenant par le plus grand des hasards la procédure d'adoption et vagabondait seul dans les rues.
Le Russe lui avait affirmé qu'il ne quitterait pas la ville mais celle-ci était déjà assez étendue pour qu'un gamin aussi doué qu'Alex Rider puisse disparaître dans la nature. Raison pour laquelle Gibbs était rentré bredouille une demi-heure plus tôt car il devait tout de même accueillir l'avocate. Si cela ne tenait qu'à lui, il serait encore à son bureau en train de chercher.
Présentement installé au salon en compagnie de la jeune femme, il fixait son verre, les yeux dans le vague.
Il fut réveillé de sa transe par des coups secs frappés à la porte d'entrée qu'il alla ouvrir.
« Ziva ? »
« Bonsoir Gibbs, j'espère que je ne vous dérange pas. Quelqu'un voudrait vous parler. »
L'Israélienne se décala et laissa la place à un adolescent blond qui regardait l'ex-Marine avec prudence.
« Alex ! », le visage de l'homme s'éclaira. « Viens, entre. »
Il se décala pour le laisser passer puis referma la porte derrière Ziva. La démarche du jeune homme était hésitante mais il adressa un mince sourire à l'avocate qui venait de les rejoindre.
« Tu veux manger quelque chose ? »
Alex croisa enfin son regard.
« Non merci, j'ai mangé chez Ziva. Et puis, je ne veux pas perdre de temps, si l'administration américaine est aussi lente que celle de mon pays. »
Gibbs cligna des yeux. Il devait avoir mal entendu. Alex lui sourit plus franchement avant de demander :
« Bon, on la prépare cette adoption ? »
