Note importante : Je crois que ce chapitre est l'un de ceux qui a été le plus difficile à écrire … et l'un des meilleurs, à mon sens.
Warning : Âmes sensibles s'abstenir,Scènes violentes, Thèmes difficiles
… Chapitre 24 : Souvenirs …
Stefan avait une bouteille à la main. Il la buvait par petite gorgée. Il remplissait son verre, vidait son verre, remplissait son verre et le vidait encore. Un certain nombre de bouteille indiqué que cela faisait un moment qu'il jouait à ce petit jeu. Il se souvenait et il souffrait.
Lorsqu'ils étaient enfants, il avait une admiration sans faille pour son grand frère qui osait affronter bravement leur père du haut de ses douze ans. Comme s'il était déjà grand. Comme s'il était déjà fort. Comme s'il pouvait se le permettre. Damon avait toujours été ainsi. Incapable de tenir sa langue sous le coup de la colère et malicieux. Guiseppe le regardait toujours avec ce soupçon de colère dans les yeux, mais ce n'était rien face aux sentiments qu'il dégageait lorsqu'il le regardait, lui. Stefan avait toujours soupçonné Damon de se mettre en avant, d'attirer l'attention de leur père, pour le protéger. Guiseppe n'avait jamais levé la main sur lui, alors qu'il lui était arrivé de céder à la colère face à Damon et pourtant … C'était bel et bien de la haine qui brillait dans ses yeux. Stefan avait cinq ans à peine, il ne pouvait que se cacher derrière son grand frère.
Il leva son verre et l'avala cul sec, le regard perdu dans le foyer éteint de la cheminée. Les souvenirs défilaient devant ses yeux, encore et encore, lui rappelant toute l'horreur de son geste.
Il était coincé dans un arbre. Il avait voulu aller cueillir des cerises. Il était monté et en avait mangé un certain nombre sans en ramasser beaucoup, mais au moment de redescendre, il s'était rendu compte qu'il était bien haut. Il avait regardé la maison familiale, au loin, hors de portée de voix. Il avait observé le sol, encore. Comment allait-il faire ? Il se souvenait avec une exactitude terrible de l'angoisse qui l'avait pris, alors qu'il ne se trouvait qu'à un mètre cinquante du sol. La chute aurait été rude et une jambe cassée ne pardonnait pas à l'époque. Il avait crié de toutes ses forces pour qu'on vienne le chercher. Il voyait la maison d'où il était. Peut-être qu'on l'entendrait ? Il avait vu son père passait dans la cours. Il avait cru un moment qu'il viendrait le chercher, car il avait tourné la tête dans sa direction, comme s'il avait entendu ses cris. Il n'était pas venu et plus tard, il dirait qu'il ne l'avait pas entendu.
Il était resté coincé dans l'arbre durant des heures, il s'était abîmé les mains, en essayant de descendre, mais il n'y était pas parvenu. Il s'était mis à pleurer lorsque le soleil s'était couché et qu'il s'était mis à faire froid. Il y avait pleins de bruits étranges autour de lui.
Au bout d'un certain temps, il avait vu une lumière au loin. Il avait crié, à plein poumons, et la lumière s'était rapprochée. Bientôt, il avait pu voir Damon qui tenait une petite lanterne apparaitre. Son frère le cherchait. Damon lui avait souri et avait ri, préférant le taquiner. Il n'avait pourtant pas dû passer à côté de ses joues gonflées par les larmes. Il avait dix-sept ans à cette époque, il était très social, il avait toujours des amis dans le voisinage et pourtant, il prenait toujours le temps d'être là pour lui. Le petit frère. Damon n'avait eu qu'à tendre les bras pour le faire descendre. A dix ans, Stefan n'était pas bien grand.
Stefan ferma les yeux, il se souvenait trop bien de son frère à cet âge-là. Plus courageux que jamais. Il le protégeait. Et quand on lui demandait ce qu'il voulait faire plus tard, il répondait invariablement 'comme Damon'. Et puis … Et puis ils étaient devenus des vampires et plus d'un siècle avait passé. Damon avait changé. Ils avaient tous les deux changés. Assez pour que ce petit garçon en larme dans son cerisier puisse décider de tuer son sauveur, son grand frère.
Il avait douze ans et il était sur un cheval. Parce qu'un homme doit savoir monter correctement disait Guiseppe. Il était déjà tombé trois fois ce jour-là. Il avait l'habitude de monter, au pas et au trot, mais lorsque son père était à côté, à le fixer et à lever la voix, il se paralysait. Ses hanches ne suivaient plus la monture, il se déséquilibrait et il tombait. Son père l'avait remis de force en selle. Lorsque Stefan avait levé la tête, il avait vu son frère aux écuries. Sa gorge s'était nouée. Pourquoi ne venait-il pas l'aider ? Guiseppe avait produit un claquement de langue agacé et Stefan avait demandé le départ au galop … Encore. Le cheval était immense et à chaque foulée, il sentait son corps partir en avant ou en arrière. Il allait tomber. Il s'accrochait de plus en plus à la crinière en paniquant lorsqu'il avait entendu Damon crier.
« Père ! Votre cheval ! »
Il avait relevé la tête et avait vu Damon arriver en courant et annoncer que le cheval favori de Guiseppe avait encore sauté la clôture pour rejoindre les juments dans le pré des voisins. Sans un regard pour Stefan, l'homme était partit au pas de courses récupérer son animal. Damon avait attendu quelques secondes avant de souffler.
« Oooooooh. Du calme Birdy. Oooooh. Doucement. »
La jument avait immédiatement ralentit l'allure et était passé au trot. Stefan était toujours accroché à sa crinière, à moitié paralysé. Elle s'était finalement arrêtée devant Damon qui lui avait longuement caressé la tête.
« C'est toi qui a ouvert au cheval de papa ?
- Sssshhhh … Pourquoi ferais-je une chose pareille ? »
Et Damon avait souri, car Damon souriait toujours.
C'était Damon qui lui avait appris à monter à cheval. Il avait fini par monter avec lui, à cru, jusqu'à ce qu'il arrive à suivre les mouvements de la jument sans lui donner de coup de pied, ce qui la faisait accélérer. Il lui avait appris à rester fier devant le regard plein de reproche que leur père lui lançait. Il lui avait appris à être un homme. Pas le plus vertueux, le plus droit ou le honnête. Mais quelqu'un de bien. Stefan sentit les sanglots lui prendre la gorge, il ne supporterait pas. Il ne pourrait pas. Il tenta de se noyer un peu plus dans l'alcool. Sa bouteille était vide, il en ouvrit une autre. Les souvenirs affluaient toujours. Ils avaient un goût amer.
Il avait dix-sept ans. Il avait bien grandit et son frère aussi. Il était maintenant un homme. Leur père avait dit à Damon qu'il était tant qu'il rejoigne l'armée. Damon avait refusé. Il ne voulait pas se battre, il ne voulait pas mourir et il voulait rester avec la belle Katherine. Mais Stefan avait vu son frère flancher et partir. A l'époque, son inquiétude n'avait pas été très vive. Damon était Damon. Il savait s'en sortir, il serait faire en sorte d'éviter d'aller au front.
Lorsque Damon était revenu, il avait cru qu'il avait déserté ou obtenu une permission. Son frère était resté flou et lui était encore trop jeune et trop insouciant pour voir la douleur dans ses yeux. Damon avait été blessé au front. Sa plaie s'était infectée et il se remettait tout juste de la fièvre qui avait failli lui coûtait la vie. Mais il voulait rester ce grand frère invincible que Stefan regardait avec des étoiles dans les yeux. Alors il n'avait rien dit. Il avait joué à la balle avec eux. Il était monté à cheval. Il avait caché ses douleurs derrières ses sourires. Ce n'était que bien plus tard, dans les papiers de Guiseppe qu'il avait trouvé la lettre qui accompagnait le retour de son frère. Il n'était pas un déserteur. Pas vraiment en tout cas, même si aux yeux de leur père, c'était le cas.
Peu de temps après, la chasse aux vampires les avait rattrapés. Ils étaient morts et ils s'étaient relevés. Damon était au courant et il l'avait un peu trahi en lui cachant la vérité. Mais il ne pouvait pas le lui reprocher. Pas après l'avoir forcé à s'abreuver de sang humain, à se transformer et à vivre cette vie. C'est à cet instant qu'il avait perdu son frère lorsqu'il lui avait mis une femme en sang devant le nez, lorsqu'il l'avait forcé à céder à la soif. Par pur égoïsme. Parce qu'il voulait que son grand frère, son modèle, son meilleur ami, reste avec lui, pour toujours. Il n'avait pas sous-estimé sa peine. Il avait fait bien pire, il l'avait négligé… Sa dernière bouteille était vide, il se sentait comme le dernier des poivrots. Il avait l'alcool triste et ses souvenirs affligeants ne pouvaient que le faire culpabiliser davantage. Il reposa son verre et partit dans sa chambre. Il devait écrire tout ça sur le papier. Il devait fixer sa peine et ses angoisses. Parce qu'il ne devait jamais oublier…
