Chapitre Ving-Deux : Être Tes Remparts

(Quatre jours plus tard : 16 mars)

Partie 1 : Elle était brune

La pluie tombait sur les huit personnes présentes à l'enterrement de Lucius Malefoy et, pour Drago, le temps sembla ralentir puis se suspendre autour de lui.

When I am dead
Cry for me a little,
Think of me sometimes,
But not too much.

(Note du traducteur : il s'agit d'un poème funéraire que j'ai donc laissé en l'état, mais en voici la traduction :

Quand je serai mort,
Pleure un peu pour moi,
Pense à moi de temps en temps,
Mais pas trop.)

Tandis que le maître de cérémonie lisait le poème, Drago fixait le cercueil fermé de son père. Un étrange sentiment prit possession de sa poitrine. Il se repliait à l'intérieur de lui-même, dans ses pensées. Il repoussait tout – ce qui venait de l'extérieur et de l'intérieur. Ses yeux se plissèrent légèrement. Ça avait toujours été comme ça. Ça l'avait toujours atteint, encerclé, englouti, et piégé. Il s'y était toujours d'abord opposé avant d'y céder.

Ça ?

Eh bien, le changement, bien sûr. Ceci, devant lui, ce moment présent,marquait un changement. Sa vie changeait et avant qu'il n'ait pu l'anticiper, le comprendre, le voir ou même essayer d'y résister ; il était là.

Le changement.

Ses pensées faisaient les montagnes russes ; elles le déconcertaient et le stimulaient ; elles l'asphyxiaient et l'attachaient à la réalité… à l'extérieur. Drago, à cet instant, ne voulait rien de plus qu'échapper à ce qui venait de l'extérieur et se replier à l'intérieur. Peu importait que l'intérieur soit dans un état de chaos ; rien n'était important. Tout était chaos, de toute façon ; trop déroutant pour qu'il retrouve ses repères.

Le changement.

Sa vie avait changé. Et bordel, qu'était-il censé faire à propos de ça ? Que pouvait-il faire avec ça ? Que pouvait-il – Drago ferma les yeux en sentant un autre pincement d'inconfort dans la poitrine, la pluie battant toujours. Les pincements empiraient au fur et à mesure que son corps s'y habituait. Les pincements de la perte. Les pincements de culpabilité. Les pincements de colère. Les pincements de la prise de conscience. Le réveil. C'était douloureux. Tout était douloureux. Et il était douloureux de réaliser que sa vie avait changé. Il était douloureux de changer.

Puis le pincement cessa. Ses muscles se relâchèrent, ses doigts se détendirent, et il put de nouveau respirer.

Et il le fit, mais il savait que rien ne durait éternellement.

Drago ouvrit les yeux et observa.

Think of me now and again
As I was in life
At some moments it's pleasant to recall
But not for long.

(Pense à moi de temps à autre
Comme si j'étais en vie
Se rappeler fait parfois du bien
Mais pas longtemps.)

Et alors cela revint le frapper de plein fouet, violemment. A pleine puissance. Il ne pouvait plus respirer ni parler.

Il n'avait pas réussi à l'anticiper. Autrement, il se serait saisi de la main qui cherchait à attraper la sienne. Quelle main ? Drago ne prit pas la peine de baisser les yeux. Il n'y avait pas de main. Il le savait très bien. Ils ne savaient pas ce qui avait cours dans son esprit. Il était bon lorsqu'il s'agissait dedissimuler, prétendre, et induire le monde entier en erreur. Mais, tout ce qu'il faisait, c'était se duper lui-même. Il était un excellent acteur, et c'était pour cela qu'il était toujours si foutrement fatigué. Cela l'épuisait. Toujours sur ses gardes. Jamais au repos. Sa bouche bougeait sans que ses oreilles n'entendent quoi que ce soit. Ses yeux cherchaient sans que son esprit ne voie quoi que ce soit. Et Drago était pris de vertige et prêt à quitter la scène, tant ça le rendait malade.

Cette partie de sa vie était bouclée, parce qu'il avait changé.

Drago savait que sa vie pouvait être affectée par le vivant, mais ce qu'il commençait à comprendre plus profondément, c'était que sa vie pouvait être affectée par le mort, aussi. Tout avait changé avec la mort de son Père, et il ne savait pas vraiment comment y faire face. Il fallait dire qu'il n'avait pas vraiment eu le temps de s'en occuper.

Quand la nouvelle de la mort de Lucius Malefoy avait paru à 6h14 du matin le douze mars, Drago était à sa fenêtre et il avait observé avec lassitude une kyrielle de chouettes fondre sur sa maison. Il serrait fermement la main froide de Granger. Elle avait murmuré quelque chose, l'avait éloigné de la fenêtre et guidé lentement vers la cuisine où une pile croissante de lettres l'attendait déjà. Granger, dans un état second, avait sorti des friandises pour les chouettes, tandis que Drago avait posé un regard vide sur les lettres qui couvraient la table et le sol de sa cuisine.

A ce moment, il s'était encore une fois rendu compte qu'il ne s'était pas aussi bien préparé qu'il l'avait cru à faire face aux médias, aux caméras, aux journalistes, aux rumeurs, ou à cette fanfare hautement psychotique.

Et depuis, son monde était composé de nuances de gris.

La nouvelle de la mort de son père avait été reçue par des sentiments partagés. Il semblait qu'une partie du monde sorcier ne le considérait que comme un ex-Mangemort et, par conséquent, se réjouissait qu'il soit devenu de la ''nourriture pour asticots''. Ils avaient envoyé aux Malefoy des Beuglantes ou des camelotes à deux balles. Une autre partie du monde sorcier s'en foutait royalement. Et n'avait rien envoyé. Cependant, la vaste majorité le voyait comme un homme qui avait payé sa dette envers la société et qui était décédé. Ils avaient envoyé leurs condoléances à la femme et au fils qu'il avait laissés derrière lui.

Leave me in peace
And I shall leave you in peace
And while you live
Let your thoughts be with the livings…

(Laisse-moi aller en paix
Et je te laisserai en paix
Et tant que tu es vivant
Garde tes pensées pour les vivants…)

Drago ouvrit de nouveau les yeux et se rappela de l'endroit où il se trouvait. Dehors.

Oh, oui, l'enterrement.

Et les pincements reprirent de plus belle, dès que le maître de cérémonie eut prononcé le dernier mot. Les vivants. Son père n'était plus vivant.

Bien qu'il fût incapable de détourner le regard tandis que le maître de cérémonie agitait sa baguette et envoyait des jets de lumière blanche vers le ciel gris pour symboliser la mort, le jeune homme blond était conscient de tout ce qui l'entourait : les reniflements légers de sa mère à sa gauche, les éternuements d'Oncle Arcturus derrière lui, les murmures ennuyés de ses deux autres oncles, les paroles sèches mais discrètes de Blaise pour faire taire les oncles, les chuchotements apaisants de Pansy à sa mère endeuillée, les mouvements d'Hermione Granger à sa droite, et la pluie drue qui le martelait en raison de l'absence d'un charme de protection.

Tous les autres avaient lancé leur propre sort de protection pour se garder au sec, mais Drago n'en avait pas pris la peine.

Hermione Granger non plus.

« You go home this night to your home of Winter, To your home of Autumn, of Spring and of Summer; You go home this night to your lasting home, To your eternal bed, to your sound sleeping… »

(C'est un chant de condoléance nommé « Blessings for the Soul's Release », pouvant être traduit par « Bénédictions pour la Libération de l'Âme ». Traduction : « Tu rentres chez toi ce soir, dans ta maison d'Hiver, dans ta maison d'Automne, de Printemps et d'Été. Tu rentres chez toi ce soir dans ta dernière maison, dans ton lit éternel, dans un sommeil profond... »)

Les mots du maître de cérémonie ramenèrent Drago à la réalité. Il pointait sa baguette sur le cercueil en lévitation et il le faisait lentement descendre sous la surface. Sa mère laissa échapper un sanglot, connaissant la signification de ces paroles. Il avait entamé les Bénédictions pour la Libération de l'Âme, et Drago observait. Ils allaient enterrer son père, et ce serait la fin. Le changement serait absolu. Et où irait-il après ça ? Où le mènerait sa vie ? Que ferait-il ?

Tandis que les mots de bénédiction étaient prononcés, pour la première fois en quatre jours, son monde gris se mua en un subit méli-mélo de couleurs. Cela ne dura pas. Non, les couleurs de son monde furent dissoutes de leur toile comme de la peinture au contact de térébenthine ; elles glissèrent avec aisance ; sans opposition, sans résistance. Son monde autrefois coloré redevint, une nouvelle fois, une variation de nuances de gris, et peu importait à Drago qui fourra ses longues mains rugueuses dans les poches de son long manteau.

De loin, on eût dit une scène issue d'un vieux film classique en noir et blanc. C'était une scène stéréotypée d'enterrement, avec pour vedettes une veuve pleurant silencieusement, un fils en grande contradiction, des amis, et des membres de la famille en pleine agitation – dont certains heureux d'enfin assister au décès de leur supposé leader. Toutefois, quelque chose les distinguait d'un simple film. Il semblait qu'en même temps que le maître de cérémonie prononçait les bénédictions, l'orage s'intensifiait excessivement. Ce qui avait débuté par une pluie fine s'était transformé en une puissante tempête. Drago sentait la magie dans l'air, sentait la magie le parcourir, mais son bourdonnement ne parvint pas à l'apaiser.

Les nuages noirs se dressaient au-dessus d'eux, roulant avec tant de férocité que ses oncles jetaient des regards nerveux vers le ciel.

La lumière aveuglante d'un éclair déchira le ciel, mais Drago garda les yeux fixés sur la scène grise lui faisant face.

« ...The sleep of seven joys upon you, my dear. The sleep of seven slumbers upon you, my dear. Sleep, oh sleep in the quiet of quietness, Sleep, oh sleep in the way of guidance, Sleep, oh sleep in the love of all loving… »

(Traduction : « Le sommeil des sept douleurs est sur toi, mon cher. Le sommeil des sept te berce, mon cher. Dors, oh dors dans la quiétude du silence. Dors, oh dors dans la voie de la raison. Dors, oh dors dans l'amour de tous ceux qui aiment... »)

La pluie s'était mise à tambouriner de plus en plus fort à chaque parole prononcée, chaque goutte dévalant le long du visage vide de Drago. Le monde entier était devenu une tempête grise et Drago avait l'impression d'être au beau milieu d'un ouragan, mais peu importait. Les yeux froids, gris ardoise, qui avaient autrefois pu éclairer ce beau visage étaient à présent d'un gris sombre, accablé de douleur. Les coins de sa bouche étaient tordus en une grimace de tristesse. Le cercueil était à présent hors de vue et il sentit un nouveau pincement dans sa poitrine.

« ...You have been called from the place of your dwelling; after times, after duties, after separations. May blessed soul-friends guide you, May helping spirits lead you, May the Gatherer of Souls call you, May the Homeward path rise up under your feet and lead you gladly home… »

(Traduction : « … Tu as été appelé à quitter ton domicile ; après avoir expérimenté des moments, des devoirs, des séparations. Puissent des âmes-sœurs bénies te guider, Puissent des esprits charitables te conseiller, Puisse le Gardien des Âmes t'appeler, Puisse le chemin vers ta nouvelle maison se former sous tes pieds et te mener avec joie chez toi... »)

Soudain, il était gelé. Il resserra le manteau autour de son cou trempé, pour essayer d'empêcher la chaleur de s'échapper de son corps. Il laissa ses mains, à présent sorties de ses grandes poches, pendre de chaque côté de son corps, froides et immobiles.

Ses yeux gris mélancoliques se tournèrent vers sa gauche, mais la vision de sa mère était trop intense à gérer. Il verrouilla son regard à celui de Blaise d'abord, puis à celui de Pansy. Les couleurs manquaient toujours à l'appel, se rendit-il compte lorsque Pansy le fixa en retour avec des yeux gris au lieu de leur bleu habituel. Elle articula silencieusement quelque chose à son intention, mais il ne comprit pas. Ses yeux revinrent sur ce qui lui faisait face. Du gris. La vie était grise. Et peu importait à quel point il pleuvait, rien ne parvenait à éliminer ce gris.

Les pensées de Drago s'assombrirent en envahissant son esprit abattu. Il baissa la tête et la pluie s'abattit sur sa nuque, glissant le long de son cou, trempant ses vêtements sous le manteau. Il ferma les yeux, après qu'une unique goutte ait glissé le long de ses joues mouillées. Cela ne parvenait pas à faire partir la douleur.

Des doigts timides effleurèrent les siens si légèrement qu'il pensa qu'il s'agissait du vent tempétueux, mais ça ne l'était pas. Ils revinrent, tout aussi hésitants, mais ne repartirent pas. Il n'arracha pas ses yeux du sol pour identifier la coupable. Il savait déjà. Il connaissait ses mains. Une main curieuse, petite, souple, et féminine, qui touchait la sienne. Elle n'entrelaça pas ses doigts aux siens ni ne les bougea ; elle offrait seulement le contact initial. Paume contre paume, leurs doigts mouillés se faisaient face. Ses mains étaient bien plus petites que les siennes, fraîches mais relaxantes, et il ne retira pas vivement sa main, même après avoir plusieurs fois faiblement envisagé cette idée.

Il était trop fatigué pour batailler ses doigts, ses mains, ou ses bras. Il était trop fatigué pour se batailler avec elle.

Lorsqu'elle entrelaça leurs doigts et serra sa main, Drago détacha son regard du sol et le déplaça vers Hermione Granger.

Confus, il trouva des yeux marron le dévisageant en retour. Marron. Pas gris. Marron. Il avait failli ne pas remarquer la couleur, cela l'avait frappé plutôt soudainement. Marron. Son monde était gris depuis quatre jours, elle était grise depuis quatre jours, et – et à présent, les choses avaient changé. Ses yeux n'étaient plus gris comme les siens, ils n'étaient plus gris comme le ciel, ils n'étaient plus gris comme les yeux de Pansy, ou comme ceux de sa mère. Dans un monde de gris, elle était marron, et Drago se trouva incapable de faire autre chose que la fixer, cligner des yeux, et se demander quand est-ce qu'exactement elle avait changé à ses yeux…

Il lui avait hurlé dessus et violemment fermé la porte au nez.

Sincèrement, Drago n'avait pas eu envie de faire tout ce qu'il avait fait. Il n'avait pas eu envie de dire tout ce qu'il avait dit. Elle n'avait rien fait pour mériter ses paroles dures, mais s'excuser était bien le dernier de ses soucis lorsqu'il s'assit sur son lit quelques heures avant l'enterrement de son père. Comme chaque jour depuis que la nouvelle du décès de son père avait été annoncée, cela avait été une journée grise et épuisante. Ses oncles avaient été impitoyables dans leur mission de le convaincre de renoncer au pouvoir, mission qu'ils menaient depuis la lecture des dernières volontés, sa Mère avait été une épave faite de larmes silencieuses et de deuil, Blaise avait été trop calme, Pansy avait emménagé au Manoir pour prendre soin de sa mère, et Granger n'avait pratiquement pas quitté sa maison depuis cette nuit-là.

Il avait dû gérer la folie de la cérémonie des funérailles de son père la veille, qui s'était muée en un spectacle ouvert au grand public, grâce à ses oncles et aux médias. Il était juste soulagé qu'aucune des maîtresses de son Père ne se soit montrée – ni ne se soit fait connaître à la famille ou n'ait commencé un scandale en amenant sur le tapis quelque héritier illégitime.

Pendant près d'une heure, il avait observé des quasi-étrangers et des membres de la famille qu'il n'avait jamais vus mentir et parler d'à quel point son père avait été un grand homme de son vivant et d'à quel point il allait leur manquer. Drago était plus que sûr que son père n'était pas un homme bon, et qu'il ne manquerait à personne en-dehors de sa mère. Même s'il ne pouvait pas dire qu'il détestait son père, il ne pouvait pas dire non plus qu'il l'appréciait.

Il était pris au milieu d'une guerre acharnée entre sa tête et son cœur.

Son père avait commis plusieurs erreurs, et il était terriblement imparfait, mais ne l'étaient-ils pas tous ? Drago avait fini par réaliser dans les jours suivant sa mort que Lucius Malefoy était humain. Il avait compris ses erreurs et tenté de les rectifier avant d'être envoyé à Azkaban. Mais des excuses par écrit ne suffisaient pas toujours.

Néanmoins, c'était un bon début… et c'était tout ce qu'il aurait jamais pour dompter sa colère, à présent que son père était mort.

Une majeure partie de lui ne voulait pas assister à l'enterrement après le fiasco qu'avaient été les funérailles. Mais finalement, elle était apparue vers deux heures, et lui avait demandé quand est-ce qu'il serait prêt à partir pour l'enterrement.

Cela avait été suffisamment compliqué d'assister aux funérailles la veille avec tous les appareils photo et tous ces étalages, et maintenant, elle voulait qu'il s'habille pour l'enterrement ? Nul besoin de dire que Drago avait mordu. Profondément. Il n'avait pas fallu grand-chose pour le pousser à bout.

Et il se retrouvait maintenant au plus bas.

La seule chose que crier sur Granger avait pu prouver, c'était qu'il ne pouvait plus continuer à vivre de la façon dont il l'avait fait jusqu'ici. Il craquait sous la pression immense qui reposait sur ses épaules, le masque glissait trop vite, et il perdait la guerre qu'il menait depuis les huit derniers mois contre le changement. Merde, il venait juste de perdre... eh bien, tout ce qu'il avait.

Le changement arrivait et il ne pouvait rien faire pour l'en empêcher. Tout ce qu'il pouvait faire, en attendant, c'était patienter et voir de quelle manière cela allait l'affecter. Et puis, Drago avait besoin de temps pour découvrir l'homme qui jaillirait une fois que le masque serait retiré, avant que le changement ne s'installe, et avant que les pressions de la vie ne reprennent le contrôle, encore une fois.

Se rendre à l'enterrement de son Père ne lui offrirait pas ce temps dont il avait besoin. En tout cas c'était ce qu'il se répétait à lui-même.

Honnêtement, il y avait des fois où Drago ne savait même plus qui il était ni ce qu'il représentait. Il avait été accaparé par les apparences pendant si longtemps qu'il avait oublié ce que ça faisait, d'être complètement honnête avec quelqu'un. Et oui, il y avait eu de rares moments où il avait mis le masque de côté, en privé, faisant tomber une ou deux mâchoires. Mais les bouches bées avaient suffi à lui rappeler douloureusement qui il était censé être, et ilavait réintégré son attitude d'auto-préservation.

La porte de sa chambre s'ouvrit doucement et Hermione Granger resta dans l'encadrement.

Drago fut de nouveau immédiatement sur la défensive. « Je pensais t'avoir dit de partir.

- Eh bien, je suis de retour. »

Froidement, il répondit : « Comment as-tu enfreint les sorts de protection de ma chambre ? » Il secoua la tête et leva les yeux au ciel quand la réponse à sa propre question le frappa. « Oh, oui, tu es Hermione Granger. Tu peux faire n'importe quoi. »

Elle rangea sa baguette dans sa poche. « Si tu essaies de lancer une bataille contre moi, fais-nous une faveur à tous les deux, et laisse tomber.

- Et qui tu crois être ? Tu -

- Je suis ton amie, Drago, et je sais ce que tu vis. »

Il tourna la tête quand elle s'assit à côté de lui. « Tu ne sais rien.

- Peut-être que tu as raison, mais je sais que tu es comme moi. Tu portes un masque, et même si c'est peut-être vital de le porter jusqu'à ce que ce bazar avec tes oncles soit derrière toi, je veux que tu saches que tu n'as pas à le porter devant moi. Je t'ai déjà vu. Vu pour de vrai… et tu m'as vue. Nous n'avons pas à nous cacher l'un de l'autre. »

Drago comprenait tout à fait ce qu'elle voulait dire. Ce matin-, quand ses barrières s'étaient effondrées et qu'il avait été stupéfait de découvrir que son père avait été important pour lui… elle était restée avec lui, du début à la fin. Elle l'avait vu dans son plus piteux et faible état, mais elle ne l'avait pas fui ni moqué. Granger l'avait vu dans son état le plus vulnérable, mais elle n'avait rien dit ni ne l'avait nargué. Elle avait vu qui il était vraiment et elle ne s'était pas détournée de lui. Elle ne l'avait même pas fait souffrir avec ces mots horribles : « Je te l'avais dit », alors même qu'ils auraient été largement mérités. Elle n'avait en fait pas dit grand-chose.

Peut-être… peut-être avait-elle raison, il n'avait pas besoin d'être sur la défensive devant elle. Elle l'avait vu suffisamment de fois sans son masque et n'y accordait de toute évidence aucune importance. Et pourquoi pas ? Drago l'avait vue dans ses moments les plus brisés, et il ne l'avait pas non plus jugée durement. Il l'avait vue dans des moments où elle avait pensé que sa vie ne valait plus la peine d'être vécue, il s'était assis à ses côtés alors qu'elle était presque catatonique, il avait crié et s'était battu avec elle quand elle s'était montrée entêtée et pathétique, et il l'avait acceptée quand elle n'avait eu nulle part ailleurs où aller.

Et maintenant, elle lui retournait la faveur.

Était-ce problématique, honnêtement ? Il avait vécu un tel bouleversement qu'il avait en quelque sorte perdu son emprise et son contrôle sur tout le reste. Restait-il quoi que ce soit de problématique entre eux ? Honnêtement ?

Il était tout à fait confus, et cela le frustrait plus que jamais.

La frontière les séparant s'était brouillée, et en se battant encore et encore pour se différencier d'elle, Drago n'avait pu en fait que prouver à quel point ils étaient semblables. Peut-être que, à cause de leurs ressemblances, il pouvait se permettre d'être honnête avec la sorcière. Elle comprenait réellement. Il le savait. Il savait que sa mâchoire ne se décrocherait pas et qu'elle n'aurait pas l'air mal à l'aise. Hermione – puisque non, Drago ne pouvait décemment plus penser à elle comme 'Granger' après tout ce qu'ils avaient traversé – avait prouvé sa loyauté envers lui et il n'avait aucune raison logique, autre que cet instinct de conservation et cette peur, de lui cacher quoi que ce soit.

Et puis, franchement, comment pouvait-il cacher une chose à laquelle il était si peu habitué ?

Il ne la regarda pas en se levant du lit. Il ne regarda pas par-dessus son épaule en se dirigeant vers la fenêtre. Il ne tourna même pas la tête, se contentant de regarder le monde gris par la fenêtre. Drago était trop occupé à patauger dans un océan de confusion pour seulement remarquer qu'elle l'avait rejoint devant la fenêtre.

Jusqu'à ce qu'elle ouvre la bouche. « Il a fallu quatre heures à Pansy pour me tirer hors de la salle de bain, le matin de l'enterrement de Matthew. C'était tout simplement atroce. Elle croyait que je perdais la tête, et je sentais que j'étais morte de l'intérieur, mais ce n'était pas grave. Je m'en fichais. Je veux dire, comment aurais-je pu y accorder de l'importance ? J'avais tout perdu. Qu'y avait-il de plus à perdre ? Je n'avais aucune emprise sur la réalité, je ne voyais même plus le monde en couleur. »

Drago sursauta à cette dernière déclaration, mais ne dit rien.

« Le monde était noir et blanc, et elle me hurlait de sortir. Et je refusais. Enfin, comment aurais-je pu ? Ma vie était tellement chaotique et imprévisible que je ne voyais plus clair. » Elle s'interrompit quelques minutes, tandis qu'il observait sa vie toute en gris. Il garda le silence, et elle reprit : « Pansy a fini par me jeter un sort et me traîner dehors par les bras. On n'a jamais reparlé de ce matin-là.

- Pourquoi ne voulais-tu pas y aller ? s'entendit-il demander, mais il avait la sensation d'être à des milliers de kilomètres de là.

- Aller à son enterrement et les regarder le recouvrir de terre était quelque chose que je ne pensais pas pouvoir supporter. Cela voulait dire qu'il était parti, pour de bon, qu'il ne reviendrait pas, et je ne pouvais pas l'accepter. Je crois qu'une partie de moi continuait de croire qu'il reviendrait, même après qu'on l'ait déclaré mort. Je pensais juste que - » Elle prit une inspiration avant de continuer, d'une voix lourde d'émotions : « Les parents ne sont pas censés perdre leurs enfants. Ce n'est pas normal.

- Les choses qui ne sont pas censées arriver ont l'air de nous arriver, pas vrai, Granger ? Répondit-il d'une voix froide et terne.

- Peut-être, mais je crois qu'au final, nous serons de meilleures personnes à cause des défis que nous aurons su surmonter. Ça n'en donne foutrement pas l'impression pour l'instant, mais – peut-être. »

Le mot s'attarda dans les airs. Peut-être.

Granger avait utilisé ce mot comme un mot d'espoir ; lui l'avait utilisé comme un mot de doute. Sa vie était remplie de peut-êtres. La jeune femme à ses côtés était sans hésiter un peut-être, d'une manière particulière qu'il ne comprenait ni ne voulait admettre.

Putain.

Il effaça immédiatement cette pensée de son esprit. Ce n'était présentement pas le moment d'essayer de préciser ou déterminer quoi que ce soit dans sa vie.

« Je sais à quel point c'est épuisant. »

Il la regarda enfin. « De quoi ?

- Porter ce masque... »

« Drago ? »

Et elle avait eu raison. C'était épuisant. C'était même difficile pour lui de regarder dans un miroir sans se sentir accablé de confusion. Le matin de l'annonce du décès de son père, il avait avoué à Hermione, debout dans la salle de bain, qu'il ne se regardait plus dans les miroirs. Ce qu'il avait omis de préciser, c'était que c'était parce que ça lui faisait réaliser qu'il ne s'y reconnaissait pas qu'il était incapable de regarder dans un miroir. Il n'y voyait qu'un étranger familier, quelqu'un qu'il connaissait de vue, sans le connaître plus que ça. Et il détestait ces sentiments de peur, de vide, d'incertitude, et de confusion qu'une telle vision lui évoquait.

« Drago ? »

Il braqua les yeux sur elle. « Quoi ? » Il lui fallut un instant pour la détailler. Hermione était trempée par la pluie ; le message était clair comme de l'eau de roche, même dans le brouillard qui entourait en ce moment son esprit. Elle était et serait là, à chaque instant. Cela lui laissa un sentiment étrange qu'il ne sut analyser.

Après un long silence, elle déclara finalement : « C'est fait. » Et d'un regard en direction du cercueil, il réalisa que, effectivement, c'était fait. Le changement était complet, mais il ne se sentait pas différent… ou peut-être que si.

La pluie avait cessé, l'orage s'était calmé, et la magie s'était dissipée dans l'atmosphère. Son monde était toujours composé de différentes nuances de gris, mais le marron lui avait donné suffisamment d'espoir quant au fait que le gris ne durerait pas éternellement. Le maître de cérémonie venait de ranger sa baguette, après avoir créé un immense tas de terre, et ses deux oncles Transplanèrent rapidement au Manoir pour se préparer pour le dîner et la réunion que Drago appréhendait depuis des jours. Seul Arcturus resta en retrait. Ses yeux gris rencontrèrent ceux de Drago et il offrit à son neveu un hochement de tête poli. Ce dernier observa son oncle approcher sa mère, lui serrer l'épaule (ce qui constituait une incommensurable démonstration d'affection dans la famille Malefoy), lui murmura une chose à l'oreille à laquelle elle acquiesça, et Transplana.

« On se prépare à rentrer au Manoir. Le dîner est dans deux heures et tout le monde veut se reposer avant » les informa Blaise.

Granger devança Drago : « On vous rejoint plus tard, d'accord ? »

Le sorcier blondétreignit sa mère tremblante pendant ce qui sembla durer une éternité avant qu'elle ne se détache finalement. Peu importait qu'elle soit sèche et qu'il soit mouillé. Plus rien n'importait – juste le contact entre mère et fils. Elle avait été une sacrée épave pendant les deux jours qui avaient suivi la mort de son père, mais à partir du troisième jour, elle s'était apaisée. Sa mère était forte ; elle avait fait la paix avec son père, et même si elle souffrait pour l'instant, Drago savait qu'elle irait bien au bout du compte. Pouvait-il en dire autant de lui-même ? Irait-il bien ? Quatre jours s'étaient écoulés et il n'était toujours pas sûr de la réponse. Il luttait toujours contre tant de choses. La colère. La rancœur résiduelle. Le deuil. La confusion. La sensation de vide. Le doute. La peur…

Narcissa embrassa la joue de son fils, lui dit qu'elle l'aimait, de fraîches larmes dans les yeux, et lui ré-embrassa la joue. Il la regarda serrer Granger très fort. Puis Blaise prit Narcissa par le bras et les fit Transplaner au Manoir Malefoy.

Pansy lâcha un lourd soupir et dévisagea sa meilleure amie. Il y eut un dialogue muet entre elles qui le laissa tout à fait désorienté jusqu'à ce qu'Hermione ne détourne le regard… et ne hoche la tête. Et même perdu dans son brouillard gris, il comprit. C'était le premier enterrement auquel assistait Granger depuis celui de son fils. Il savait qu'elle n'avait pas souhaité être là, au cimetière de la famille Malefoy, mais elle n'avait rien dit. Elle était là pour lui, elle était là pour sa mère, et elle était là parce que ça lui tenait à cœur.

Drago fut ramené sur terre quand Pansy agita la main devant ses yeux. « Ça va ? »

Il acquiesça. C'était tout ce qu'il pouvait faire à ce moment-là. Quelques instants plus tard, lui et Granger se retrouvaient seuls dans le cimetière. Drago ne réalisa que lui et Hermione se tenaient toujours la main que lorsqu'elle la lui lâcha et se détourna de lui.

Confus, il l'observa approcher du bord de la tombe non remplie. Elle ne s'approcha pas trop près, mais juste assez. Hésitant, Drago la rejoignit, curieux de savoir ce qu'elle comptait faire. Il était sur le point de lui demander quand elle ouvrit la main et lui montra la poignée de terre marron. Marron. Le sorcier blond cligna des yeux deux fois, et la couleur ne changea pas. Marron. Il la regarda dans les yeux. Marron. Il regarda ses cheveux mouillés. Marron. Il leva les yeux vers le ciel. Gris. Il soupira intérieurement.

Elle jeta la poignée de terre dans la tombe, ce qui le déconcerta. « Que fais-tu ? »

Enterre ta rancœur quand tu m'enterreras.

« C'est une tradition funéraire Moldue, répondit Hermione en époussetant le reste de terre qui lui restait sur la main. C'est un symbole pour marquer le fait de tourner la page. Je dois admettre que même si c'est douloureux, ça fournit peut-être à long-terme une meilleure guérison. »

Enterre ta rancœur quand tu m'enterreras.

Guérison. C'était peut-être le moment d'y penser. Il n'était plus à ça près. Granger lui avait dit que la première étape de la guérison, d'après sa thérapeute, c'était de lâcher prise. Mais comment faire ? Pouvait-il honnêtement lâcher prise à propos de tout ? Eh bien, apparemment, il y était bien obligé, parce qu'il n'y avait plus personne contre qui être en colère, en-dehors de lui-même. Et Drago était fatigué d'être en colère contre lui-même. Il était fatigué d'être un grand nombre de choses. Et il était fatigué d'être fatigué, donc il était prêt à faire n'importe quoi pour – Drago tourna la tête quand il entendit le craquement sec de plusieurs Transplanages. Les combleurs-de-tombe étaient là pour faire leur job.

« Monsieur, si vous - »

Enterre ta rancœur quand tu m'enterreras.

« Ne faites rien. » C'était sorti en un murmure déboussolé.

« Quoi ? » s'exclamèrent toutes les personnes présentes, y compris Hermione.

Enterre ta rancœur quand tu m'enterreras.

La voix de Drago était ferme et forte lorsqu'il leur annonça : « Vous êtes tous congédiés.

- Mais, » tenta de le raisonner Hermione, les hommes restant plantés là, les bras ballants, bouches bées, « Ils sont là pour faire leur boulot. Ils sont là pour enterrer -

- Je sais pourquoi ils sont là, grogna-t-il.

- Peut-être que s'ils nous donnaient un peu de temps -

- Je n'ai pas besoin de temps ! J'ai besoin qu'ils dégagent de ma propriété ! »

Enterre ta rancœur quand tu m'enterreras.

Les hommes, perdus, firent demi-tour, et il entendit ensuite de nouveau le son des craquements des Transplanages. Hermione avait l'air plutôt surprise de son emportement, mais ne dit rien quand Drago se débarrassa du manteau humide et roula les manches de sa chemise jusqu'aux coudes. Hermione Granger avait déjà pu le convaincre de faire plusieurs choses. Il se rendit compte que l'influence qu'elle avait sur lui se superposait à l'influence qu'il avait sur elle. Toutefois, aucune parole qu'elle pourrait prononcer ne le ferait abandonner son soudain projet.

Toujours était-il que le sorcier n'avait pas besoin qu'elle lui dise que c'était une mauvaise idée. Il était presque sûr que ça ne l'était pas. Il était aussi sûr que c'était la seule chose qu'il pouvait faire pour enclencher le processus de lâcher prise qui le paralysait depuis trop longtemps. Il affichait un regard déterminé lorsqu'il se tourna et se dirigea vers la montagne de terre. Il fallait qu'il le fasse. Et il n'utiliserait pas la magie. C'était trop facile. Il n'y avait pas d'autre option. Mais comment pouvait-il – de quoi aurait-il besoin -

Enterre ta rancœur quand tu m'enterreras.

« Il te faut une pelle. »

Drago tourna vivement la tête dans sa direction, et elle était juste là, les doigts serrant le manche d'une pelle presque aussi grande qu'elle. Après avoir jaugé l'outil Moldu, le sorcier lui prit l'étrange instrument des mains. Il hocha ensuite la tête plus pour lui-même que pour elle, s'avança lentement vers le tas de terre à côté de la tombe de son père, et l'instinct prit le dessus.

Hermione n'offrit pas son aide ; elle resta sur le côté et le laissa faire ce qu'il avait besoin de faire, en silence. Le blond était tiraillé entre l'envie de lui dire de rester, et celle de lui dire de partir. Mais il dut reléguer sa lutte mentale au sujet de Granger pour quelque chose de plus important. Et elle resta. Elle s'assit sur l'herbe, à à peine deux mètres de lui, et resta là. Elle ne parla pas ; elle ne demanda pas s'il avait besoin d'aide, et elle ne le regarda même pas. Elle resta là, simplement.

Et plutôt marcher sur des braises ardentes plutôt que d'admettre que le fait qu'elle soit restée faisait toute la différence du monde.

Pendant les soixante-dix-huit minutes et quarante-six secondes qui suivirent, Drago mit tout son être à enterrer sa rancœur, sa colère, sa confusion, sa douleur, son dégoût ; il mit tout son être à remplir la tombe de son père. Au premier coup de pelle qu'il avait donné dans le monticule de terre (enchanté pour rester sec sous la pluie), il avais mis tant de force dans l'acte que de la terre marron avait volé dans le ciel gris. Il s'était immobilisé, avait observé son monde gris autour de lui, puis la terre marron, et avait repris. Ses premières pelletées de terre furent hésitantes, le temps qu'il prenne le coup de main avec l'outil. Des nuages de terre avaient volé à droite, à gauche, tandis qu'il jetait la terre dans la tombe n'importe comment.

C'était plus dur qu'il n'y paraissait, et bientôt la sueur dégoulinait de son visage.

Enterre ta rancœur quand tu m'enterreras.

Il aurait aimé détester son père. De chaque fibre de son corps, Drago Malefoy aurait aimé détester Lucius. Il voulait haïr son père pour tout ce qu'il lui avait donné en lui laissant cette lettre, et pour tout ce qu'il avait emporté au loin en même temps. Il voulait le maudire et le remercier de lui avoir dit la vérité, même s'il était trop tard pour que Drago puisse faire quoi que ce soit pour rectifier son comportement.

Drago agrippa la pelle de toute sa force et la plongea dans le tas de terre à présent plus petit. Le sorcier prit un instant pour essuyer son front avec le revers de la manche roulée de sa chemise, avant de continuer sa besogne.

Plus que tout, il aurait aimé en vouloir à Lucius pour avoir été un père de si piètre qualité, et il voulait accepter le fait qu'il n'aurait pas été l'homme qu'il était aujourd'hui si ça n'avait pas été du fait de Lucius. Il aurait aimé être en colère contre lui pour les avoir soumis à tant de choses au niveau familial, mais il voulait aussi le remercier de les avoir rendus plus forts. Il voulait le haïr pour lui avoir refourgué une immense pression sur les épaules à un moment de sa vie où il cherchait simplement à trouver sa place dans ce monde, mais il voulait reconnaître que les responsabilités l'avaient fait mûrir et devenir un homme. Un vrai homme. Il voulait le détester d'être mort et de lui faire expérimenter d'être l'incarnation de la mélancolie.

Enterre ta rancœur quand tu m'enterreras.

Le sorcier pelletait si fort et avec tant de détermination que ses muscles le faisaient souffrir et son esprit voulait le faire s'arrêter, mais il ne fit même pas une pause suffisante pour ne serait-ce que cligner des yeux. Il s'était fixé un objectif. Même si ça devait le tuer, il était résolu à boucher le trou, non seulement celui dans le sol, mais aussi le trou dans sa poitrine… le trou dont il n'avait jamais pris conscience jusqu'à maintenant.

Et, honnêtement, il ne savait pas s'il en arriverait un jour au point d'être satisfait du rôle de son père dans le passé. Il ne savait pas s'il en arriverait un jour au point de pouvoir accepter qu'en lui enseignant toutes les mauvaises leçons, son père lui avait enseigné toutes les bonnes, aussi. Drago ne savait pas s'il réussirait un jour à ne pas ressentir une bouffée de colère pour la pression que Lucius avait mise sur ses épaules et pour les aspirations impossibles qu'il avait eues pour Drago quand il était plus jeune – des exigences qu'il n'avait pas su remplir. Il ne savait même pas s'il parviendrait un jour à une simple compréhension de tout ce qui pouvait concerner son père décédé.

Drago jeta une énorme pelletée de terre dans le trou à moitié rempli.

Mais – mais il avait une opinion différente, une légère compréhension, et un peu de perspicacité, et c'était un bon début. Avec tout ça était arrivé le contrôle. Son monde avait tellement changé ces quatre derniers jours que la moindre parcelle de contrôle qu'il pouvait faire en sorte de gagner sur lui-même et sur sa vie était la bienvenue. Il ne pouvait modifier son passé, il ne pouvait modifier son présent, mais peut-être pouvait-il avoir un soupçon de contrôle sur le tournant que prendrait sa vie lorsque tout ceci serait derrière lui.

Un soupçon.

Le sorcier blond enfonça la pelle dans le tas de terre qui diminuait de volume.

En dépit du sentiment d'être dans une impasse, plusieurs choix s'offraient à Drago. Il pouvait avancer dans sa vie, ou il pouvait rester au même stade que présentement. Il pouvait continuer de laisser son père le contrôler depuis sa tombe, ou il pouvait lâcher prise et le laisser partir. Il n'avait pas à laisser son père continuer de régenter sa vie et ses émotions depuis sa tombe. Drago avait le dessus. Il pouvait lâcher prise. Il pouvait accepter. Il pouvait gérer le changement. Il pouvait se libérer de toute la rancœur et de toute la colère. Il pouvait écouter son père et enterrer ces émotions. Réellement les enterrer, puisqu'il était toujours si bon à parler ; agir et faire ce qu'il disait avait toujours été difficile pour lui. Il pouvait le faire, à présent, pourtant.

Enterrer la colère, l'amertume, la haine, la douleur -

Il s'immobilisa, tenant la pelle remplie de terre au-dessus de la tombe remplie aux trois quarts. Il retourna la pelle, essuya la sueur de son front, et prit sa décision.

Trente-sept minutes et dix-neuf secondes plus tard, il regardait la tombe bouchée de son père, se sentant… non pas bien, mais pas mal non plus.

Il était sale de sueur et de terre, les mains couvertes d'ampoules après l'exercice physique, la tête palpitante, le cœur battant si fort dans sa poitrine que c'en était douloureux, mais – mais Drago se sentait normal. N'était-il pas supposé se sentir différent et changé ? N'était-il pas supposé ressentir quelque chose, n'importe quoi ? Peut-être pas. Il ne se sentait ni bien ni mal, ni soulagé ni bouleversé, ni joyeux ni triste ; et cela, eh bien, cela lui convenait parfaitement.

« Tu vas bien ? »

Il leva les yeux sur la sorcière inquiète dont les mains agrippaient férocement un pli de la robe qu'elle portait, qui lui arrivait aux genoux. Hermione arborait une allure tout à fait sauvage ; les cheveux ébouriffés, les joues rouges, elle le dévisageait avec des yeux préoccupés, marron. Marron. Pourtant, impossible de la quitter des yeux, il était devenu fou, assurément. Ils étaient dehors depuis des heures ; il pouvait très bien mettre en cause la température.

Drago ferma les yeux et les rouvrit. Il regarda autour de lui.

La pelle heurta le sol.

Tout était toujours fait de nuances de gris… et Hermione Granger était en couleurs.

« Drago ? Dit-elle en fronçant les sourcils.

- Je vais bien. » Il ne cacha pas son agacement, mais secoua la tête. Il n'avait aucune raison d'être agacé face à elle. Ce n'était pas sa faute si elle était en couleurs. Il devait blâmer son esprit. « Il faut que je rentre et que je me change avant mon rendez-vous avec les oncles. » Et, sur ce, il ramassa son manteau par terre et tourna les talons, s'éloignant d'elle.

Il fallait qu'il se remette les idées en place. Peut-être que, s'il s'éloignait d'elle, elle disparaîtrait dans le décor. Peut-être qu'il avait besoin de la distancer pour faire en sorte qu'elle disparaisse dans le décor.

Mais, Hermione le suivit. Il entendait ses pas rapides tandis qu'il traversait à vive allure le cimetière privé de sa famille.

Il savait qu'il aurait pu Transplaner loin d'elle, mais il ne le fit pas. Au lieu de ça, il marcha. Son allure était énergique, mais marcher était préférable à répondre aux questions qui harcelait de toute part son esprit déjà confus. Drago entendit sa légère inspiration, se figea à mi-parcours et tournoya sur lui-même de manière plutôt inattendue. Granger ne put se préparer à son arrêt brutal et se heurta de plein fouet contre son torse. Elle se serait cogné la tête contre une pierre tombale s'il ne l'avait pas rattrapée autour de la taille et ramenée contre lui. Maladroitement, Hermione se cogna une seconde fois contre son torse. Aussitôt, Drago se sentit bizarre et la relâcha avant qu'elle n'ait tout à fait retrouvé l'équilibre, et elle chancela avant de tomber sur les fesses.

« Outch ! s'écria-t-elle. Ça fait mal ! Pourquoi tu m'as lâchée ? »

Drago n'avait pas la réponse à cette question, aussi il offrit sa main pour l'aider à se remettre sur ses pieds.

« Qu'est-ce qui ne va pas avec toi ? Tu me regardes comme si j'avais attrapé l'Éclabouille.

- Je vais bien, réitéra-t-il, levant les yeux vers le ciel gris.

- Alors regarde-moi. »

Il se sentait comme un enfant colérique. Il ne voulait pas la regarder. Il ne voulait pas que ça le lui rappelle. Il ne voulait pas comprendre pourquoi son esprit l'avait sélectionnée et distinguée. Ce n'était pas le moment pour ça. Drago venait juste de finir d'enterrer son père. Il ne la regarda pas. Il fouilla sa veste à la recherche de sa baguette, marmonna quelque chose que lui-même ne put percevoir, et la laissa seule dans le cimetière.

Pour une fois, Drago voulait voir le monde en gris. C'était plus facile ainsi.

ooo

(Vingt minutes plus tard)

Partie 2 : Pour ta mère.

La première chose que fit Drago en arrivant chez lui fut de commencer par prendre une douche bien chaude.

Tandis que la buée envahissait la vitre du bac de la douche, il inspira et enleva ses chaussures boueuses, ses chaussettes mouillées, son pantalon sale, et sa chemise dégoûtante. Il puait terriblement, mais c'était le dernier de ses soucis. Il avait vécu tant de choses en si peu de temps, et c'était loin d'être fini. Son père était mort – enterré – parti, tout était gris, sa mère était en deuil, les dernières volontés leur avaient été lues, Granger était en couleurs, ses oncles l'attendaient, il puait, il – Drago ouvrit le robinet et s'aspergea le visage d'eau tiède.

Il avait vraiment besoin de ça.

Quelques minutes plus tard, il était debout sous le jet de la douche, laissant l'eau brûlante cascader le long de son corps.

L'eau dénoua ses muscles douloureux et apaisa son esprit tourmenté. Il savoura d'être sous le jet régulier quelques minutes de plus avant d'attraper le savon et un gant de toilette. Rinçant ensuite le savon de sa peau et de ses cheveux, il se délecta du sentiment d'être purifié. Et pourtant, peu importait à quel point il essayait, il ne parvenait pas à tout faire partir. Il avait besoin de temps pour réfléchir, pour se vider la tête de tout ce qui traversait sa vie. Il profita donc de ce temps avec lui-même et bloqua tout le reste. Pas de Père, pas de Mère, pas de Granger, pas d'oncles, pas de testament, pas de couleur, pas d'affaires et de business, pas de – rien.

Il resta ainsi sous la douche jusqu'à ce que l'eau devienne glacée et que sa peau soit fripée comme un parchemin.

Enroulant une serviette épaisse autour de ses hanches, Drago décida d'étancher sa soif avant de s'habiller. Il descendit ses escaliers, et découvrit à mi-chemin qu'Hermione Granger était assise sur son canapé. Le blond faillit jurer à voix haute, mais s'en empêcha, ne voulant pas qu'elle se rende compte de sa présence.

Pour quelque raison étrange, Drago observa la sorcière, de haut en bas – enfin, aussi bas qu'il le pouvait. Hermione Granger était vêtue d'une robe gris foncé lui arrivant aux genoux. Et oui, elle était toujours en couleurs. Il envisagea de faire demi-tour et regrimper les escaliers, mais non. Ils étaient dans sa maison, bordel ! Il n'allait pas lui offrir ce pouvoir sur lui. Il était toujours Drago Malefoy, après tout. Donc, il allait faire ce qu'il avait prévu de faire, et si – il fut momentanément distrait lorsqu'elle se pinça le nez, ferma les yeux, et prit plusieurs respirations profondes.

Enfin, distrait était – oh, et puis merde, il était distrait.

Il y avait toujours cette aura l'entourant ; celle qu'il avait remarquée quand il était entré dans le restaurant environ huit mois avant… ou était-ce neuf ? C'était plus puissant et plus brillant, peut-être parce qu'elle était la seule chose en couleurs, mais il y avait quelque chose de différent – quelque chose de différent en elle qui dépassait ses changements physiques. Il ne mettait pas le doigt dessus, mais quelque chose en elle était différent par rapport à la première fois où il l'avait vue après son retour à Londres.

Drago se secoua pour se sortir de ces pensées, et mit brusquement fin à toute discussion mentale concernant la sorcière.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? » La voix du sorcier était effrontée, sévère, et un peu trop posée pour quelqu'un qui n'était vêtu que d'une serviette humide.

Elle faillit bondir du canapé lorsqu'elle le vit, et ses yeux marron s'écarquillèrent alors. « Oh ! Je... »

Les yeux gris se plissèrent étroitement à la vision qui s'offrait à eux. Rougissait-elle ? Oui, elle rougissait. Drago aurait bien souri d'un air narquois, mais il ne le fit pas, ce qui était étrange puisqu'il était à deux doigts de se réjouir de son inconfort. C'était presque dramatiquement comique qu'Hermione Granger, qui n'était pas ce qu'on pouvait qualifier d'innocente, rougisse presque avec pudeur en le voyant en serviette.

Il garda un ton neutre. « Tu quoi ?

- Je – j'étais, » Hermione avait eu le temps de traverser la moitié de la pièce en quelques secondes pour s'éloigner de lui. « Pourquoi tu n'es pas habillé ? »

Et ces mots furent un brusque rappel qu'il n'était pas la seule personne à ne plus être connecté à certaines parties de la vie. Granger était loin d'être une vierge – elle était une femme qui avait connu le sexe, et non seulement elle en faisait totale abstraction, mais elle s'était en plus émotionnellement détachée de l'aspect le plus charnel de la vie. Enfin, après réflexion, elle avait sûrement eu les meilleures raisons de le faire. Après tout, ses expériences sexuelles n'avaient pas fini relativement bien – et ceci était un euphémisme. Elle avait vraiment eu la poisse.

« Je suis chez moi, » déclara-t-il. Drago était légèrement agacé par la conversation – et il avait froid, aussi.

La sorcière était extrêmement troublée. « T-tu aurais au m-moins pu enfiler des v-vêtements.

- Je ne m'attendais pas à recevoir de la compagnie, » répondit-il sèchement.

Elle ouvrit la bouche, puis la ferma et le contempla.

Et, Merlin, pour la première fois, elle lui avait volé le titre de 'Être Vivant le Plus Mal à l'Aise au Monde'… et il n'avait aucune intention de le récupérer, soit dit en passant.

Drago n'avait jamais, jamais, été aussi tendu et embarrassé en la compagnie de quelqu'un qu'il l'était en celle d'Hermione à cet instant. Jamais. Cela ne lui ressemblait tout simplement pas, et il détestait cela avec passion. Il l'aurait bien détestée, elle aussi, puisqu'elle était la cause de son malaise, mais il était incapable de la haïr. La haine était quelque chose de mental, et il ne pouvait pas ordonner à ses instances mentales de détester Hermione Granger. Mais elle le faisait se sentir foutrement mal à l'aise.

Il était Drago Malefoy, pour l'amour de Merlin ! Il savait réfléchir, raisonner avec logique, et manipuler n'importe qui pour faire en sorte qu'on le laisse faire, ou qu'on lui évite de devoir faire, certaines choses. Et n'importe qui incluait les femmes.

« Pourquoi tu me fixes ? » Il croisa les bras. Son corps était sec, en majeure partie, mais il avait toujours froid et refusait net d'être le premier à battre en retraite.

Hermione détourna le regard. « Tu devrais t'habiller. » Sa voix sonnait étrangement. « Je vais aller nous servir du vin... »

Et en un clin d'œil elle s'était enfuie. Elle avait pratiquement couru hors de la pièce comme si des Mangemorts étaient à ses trousses. Drago s'apprêtait à dire quelque chose à la sorcière de toute évidence à bout de nerfs, mais tout ce qu'il put faire fut de secouer la tête. C'était un fait mondialement connu qu'Hermione Granger ne buvait plus de vin. Il resta là une minute et l'écouta entrechoquer la vaisselle dans sa cuisine. Elle avait juré deux fois et brisé deux verres le temps qu'il atteigne les escaliers. Un sourire sournois étira ses lèvres.

Étrangement, tandis qu'il s'habillait, son esprit reprit exactement là où il s'était interrompu. Les femmes. Et avec les femmes, les pensées de sexe et de relation amoureuse affluèrent illico.

Les relations et le sexe avaient été abondants au fil des ans, tant et si bien qu'il en avait eu plus qu'assez – bon, d'accord, peut-être pas du sexe ; il était un homme après tout. Mais tout de même. Les relations étaient largement dépassées. Enfin, ça n'était pas l'exacte vérité. La maladie mentale de son père avait sans doute joué un rôle dans le fait de ne pas l'autoriser à savoir en quoi consistait une réelle relation… ou étaient-ce les sorcières à proprement parler qui l'avaient laissé légèrement ignare ?

C'était vraisemblablement cette dernière option – ou un mélange farfelu entre les deux.

Drago boutonna sa chemise et la rentra sans faire de pli dans son pantalon noir. Le sorcier fit ensuite apparaître sa cravate.

Il n'était jamais sorti qu'avec un seul type de sorcière : blonde, belle, élancée, hautaine, et carrément connes. Et il grinçait des dents face à sa propre stupidité. Mais, honnêtement, elles avaient été parfaites pour cette période de sa vie, quand la pression était énorme et qu'il n'avait pas besoin qu'on lui pose de questions. Les filles idiotes ne lisaient jamais entre les lignes, ne pensaient jamais à poser de questions, et ne portaient d'affection à rien ni personne excepté leur Gallions. Jamais. Elles étaient faciles à satisfaire, faciles à utiliser, et faciles à jeter.

Mais, à présent, elles ne lui étaient plus d'aucune utilité. Avec la mort de son père ne venait pas seulement la douleur, mais aussi la délivrance. Drago était libre de trouver une sorcière lui plaisant, à qui il n'aurait pas besoin de mentir ni de cacher des choses. Il pouvait être honnête… ou pas. Peut-être n'était-ce pas une si bonne idée. S'il devait se montrer honnête à propos de son présent, alors il devrait être honnête à propos de son passé ; et il aurait préféré le laisser là où il était… dans le passé.

Toutefois, Granger – Drago se figea à cette pensée. Attendez une putain de seconde ! D'où sortait son nom, bordel ? De un, ils ne sortaient pas ensemble, peu importait ce que les rumeurs pouvaient dire. Ils ne sortaient pas ensemble. Il ne pouvait même pas envisager la pensée de sortir avec elle, c'était simplement trop – il ne savait pas ce que c'était, mais ça n'était pas normal. Elle n'était pas normale. Elle était brisée, pour l'amour de Merlin ! Comment aurait-il pu sortir avec quelqu'un de si brisé ?

Enfin, ce n'était pas comme s'il était si équilibré – non, il repoussa immédiatement cette idée.

Le sorcier s'assit, mit ses chaussettes et chaussures, et s'assura que sa robe noire était impeccable. Un peu d'eau de Cologne, mais pas trop ; il n'avait pas besoin de ça, après tout, sa présence était suffisante pour prendre le contrôle de toute pièce dans laquelle il entrait. Il n'avait pas besoin de parfum pour accomplir quelque chose qu'il faisait tout à fait naturellement. Après avoir arrangé ses cheveux, Drago, satisfait de son apparence extérieure, redescendit. Granger faisait les cent pas devant l'âtre de sa cheminée. Donc, elle ne buvait pas, mais n'avait clairement pas retrouvé ses esprits.

Un verre de vin d'Elfe l'attendait.

Il s'était assis, avait pris le verre de vin, et vidé son contenu d'une traite avant qu'elle ne le remarque enfin. « Oh, tu es habillé.

- De toute évidence, répondit Drago de sa voix traînante. Qu'est-ce que tu voulais, Granger ? » reprit-il d'un ton sec, mais qui manquait de son tranchant habituel.

Elle leva les yeux vers lui ; les joues toujours légèrement teintées. « J'ai besoin que tu viennes avec moi. »

Il fut lui-même très stupéfait de ne pas immédiatement s'opposer à elle. A la place, il demanda : « Où ?

- Récupérer quelque chose pour ta mère. »

ooo

(Trois heures plus tard)

Partie 3 : Amie de la famille.

Hermione tenait fermement sa baguette en traversant un long couloir du Manoir Malefoy.

Bien sûr, plus aucune menace ne rôdait dans l'obscurité et elle était toujours au rez-de-chaussée, mais le souvenir de la dernière fois qu'elle avait traversé la grande habitation toute seule était suffisant pour la rendre nerveuse. Elle n'aimait pas le silence.

Y avait-il seulement quelqu'un ici ?

Elle savait qu'ils avaient loupé le dîner, mais ils s'asseyaient toujours dans un petit salon ou dans le séjour après les repas ; elle ne s'était pas attendue à ce que tout le monde disparaisse purement et simplement, pas avec les oncles de Drago dans les parages. Non seulement certaines pièces étaient enchantées pour les repousser, mais en plus Blaise et ses amis Aurors de confiance avaient clairement gardé un œil sur eux depuis l'instant où ils avaient mis un pied dans le pays.

Le petit salon dans lequel elle était arrivée par Cheminée était vide, et c'était ce qui l'avait envoyée à leur recherche. Mais rapidement, traversant pièce vide après pièce vide, son pas ralentit et son esprit, bien que restant vigilant, se mit à errer tranquillement vers les derniers jours qui s'étaient écoulés. Hermione était sur le mode auto-pilote quasi constamment depuis qu'elle avait pris congé de Ron dans son salon.

Cela faisait-il trois jours ? Ou peut-être quatre ? Elle n'en était plus très sûre. Elle n'avait pas eu un seul moment pour y penser. Ce n'était sûrement pas la réponse la plus saine de toutes, mais elle s'était jetée à corps perdu dans son soutien à Narcissa et Drago – tant et si bien qu'elle était souvent rentrée chez elle très tard pour se retrouver face à un Apollon contrarié dont elle devait généreusement s'occuper pour retrouver ses bonnes grâces.

Elle avait vécu dans une bulle de solitude qu'elle s'était elle-même imposée pendant très longtemps. A présent, pourtant, elle détestait être seule. Hermione n'aimait pas les pensées autodestructrices qui se frayaient un chemin dans son esprit – la partie de son esprit qui affirmait qu'elle ne méritait pas d'avoir de si bons amis. Amis. Ce mot commençait à devenir de plus en plus facile à prononcer. Elle avait des amis. Des personnes qui s'inquiétaient de son bien-être et qui voulaient être là pour elle ; elle les avait toujours eus, mais elle avait été jusque là trop égarée pour le voir ou l'apprécier.

Eh bien, ce n'était plus le cas. A présent, elle leur accordait de l'importance, leur faisait confiance, et les aiderait à se relever s'ils tombaient un jour.

Et c'était arrivé à Drago. Il était tombé. De haut. Et cela avait été un matin déroutant. Elle s'était attendue à ce qu'il s'oppose, lutte, et extériorise sa colère et son deuil sur elle, mais elle avait obtenu quelque chose de tout à fait différent.

Adieu les faux-semblants, les masques, les airs d'indifférence, et la distance entre eux.

Lorsque les situations s'étaient inversées et que son monde à lui s'était écroulé, tout avait changé si abruptement qu'Hermione était toujours sous le choc quatre jours après. Elle ne pouvait honnêtement pas croire qu'il était tombé si rudement. Drago Malefoy était beaucoup de choses, mais il était fort et ceux qui étaient forts ne – non, ça n'était pas vrai. N'importe qui pouvait être brisé ; elle avait très bien saisi cette leçon. Pansy avait été brisée. Narcissa, Ron, Ginny, et maintenant, Malefoy ; tous avaient été brisés par les cruautés de la vie.

Blaise avait été le premier à lui dire d'aller voir comment allait Malefoy, mais elle était déjà à mi-chemin de la Cheminée avant qu'il n'ait eu le temps de finir sa phrase. Elle ne s'était pas attendue à le trouver si brisé, mais il était là, au milieu des décombres de son ancienne vie, les yeux hagards et perdus. Et quand elle avait lu la lettre, son cœur s'était ouvert et avait partagé son chagrin. Drago – le vrai Drago – s'était fermement cramponné à elle, pris de tremblements, et elle avait naturellement laissé couler les larmes qu'il ne s'autorisait pas à verser.

Et une fois qu'il était tombé dans un sommeil agité, la tête sur ses genoux, Hermione s'était autorisée à fermer les yeux, aux prises d'un nouveau respect pour Pansy. C'était incroyablement et douloureusement dur de voir Drago perdre pied et souffrir ; c'était encore plus dur d'être son mur de soutien quand ses murs à lui s'effondraient.

Et Pansy l'avait fait, deux fois, pour elle.

Hermione ouvrit une nouvelle porte et – trouva une nouvelle pièce vide. Elle fronça les sourcils, ferma la lourde porte, et continua le long du couloir. Le Manoir Malefoy était un dédale de pièces et de couloirs, et la sorcière se fit la réflexion que c'était la dernière fois qu'elle s'aventurait seule au travers du château.

Pour tout dire, elle était sûre que, tout comme Narcissa, Drago Malefoy irait mieux, au bout du compte. Il fallait juste qu'il vienne à bout de certaines choses, et la lettre en marquait le parfait début. Ce matin, enterrer son père, et tout ce qui lui était associé, avait été un autre grand bond en avant de son propre chef. Elle ne savait pas ce à quoi il avait pensé, mais il était resté plongé dans ses pensées en ensevelissant la tombe de Lucius, marmonnant dans sa barbe.

Quand il avait eu accompli sa tâche, il arborait l'air de quelqu'un qui venait de grimper l'Everest. Sale, en sueur, en besoin urgent d'une douche, sans oublier l'épuisement physique et mental. Même s'il l'avait regardée avec confusion et choc, pour une raison qu'elle ne comprenait pas, il y avait eu autre chose dans ses yeux.

Du soulagement.

Il était sauté au-dessus d'un énorme obstacle, aujourd'hui ; le premier d'une quantité, semblait-il.

Mais n'a-t-on pas tous des choses à surmonter ? Elle savait qu'elle avait encore un long chemin à parcourir avant d'aller bien. Bien sûr qu'elle avait fait des progrès phénoménaux rien qu'en restant avec les Malefoy dans leurs heures les plus sombres, mais elle pleurait toujours la nuit quand elle était toute seule. Elle était toujours en proie à une lutte acharnée contre ses propres démons, elle était toujours préoccupée, et elle ressentait toujours ce flot incroyable de douleur – une douleur qui semblait s'être amplifiée récemment, en dépit du masque de force et de courage qu'elle affichait.

Bien qu'Hermione soit sûre que la douleur s'estomperait, avec le temps, elle n'était pas sûre qu'elle s'en irait un jour totalement. En fait, elle n'était pas sûre de même vouloir qu'elle s'en aille. La douleur était devenue une partie de ce qui constituait sa personne à l'heure actuelle ; c'était devenu une fondation, quelque chose à quoi elle pouvait se raccrocher quand tout devenait trop infernal. C'était devenu un symbole des chagrins et des déceptions auxquelles elle avait dû faire face, des situations qu'elle avait surmontées, des leçons qu'elle avait apprises, et des pertes qui lui serraient le cœur.

La douleur servait d'imposant rappel du fait qu'elle était une survivante, et que rien ni personne ne pourrait la démolir.

Elle avait survécu à tout ça, et même si elle ne se sentait pas comme telle la plupart des jours, elle était forte. Elle s'était trouvée à deux doigts de la folie sous le coup de la tristesse immense et de la souffrance auxquelles elle avait été sujette après la mort de ses parents et de son fils. Elle avait été esquivée, abandonnée, insultée, et repoussée. Elle avait été blessée physiquement et brisée. Son cœur avait été arraché de sa poitrine un nombre incalculable de fois. Elle s'était fiée à son instinct et avait ôté une vie. Elle avait trouvé une solution quand il n'y en avait plus eu aucune. Elle avait aimé et perdu tant de choses…

Mais elle avait aussi ouvert les portes de sa vie – et de son cœur – à certaines personnes et les avait laissé entrer.

Et elle était littéralement terrifiée.

La sorcière était terrifiée d'être blessée une nouvelle fois, mais elle savait qu'elle ne pouvait pas vivre une vie fertile sans y inclure quelque chose d'aussi profond et signifiant que l'amour. Hermione avait tellement donné d'amour ; elle avait donné son cœur à tant de personnes sans rien attendre en retour, et elle avait toujours pris le risque au nom de l'amour. Elle avait été plus que naïve et stupide, et au final, elle avait été blessée au-delà de tout ce qu'elle aurait jamais pu imaginer.

L'amour, censé être pur et magnifique, l'avait détruite. Il les avait tous détruits.

Et elle l'avait réprimé, ignoré, et mis de côté, mais les faits restaient les mêmes. Son cœur avait volé en éclats de façon spectaculaire à de multiples occasions, et à cause de cela, elle ne savait pas quoi faire. Cela l'avait refaçonnée en une personne cynique qui ne savait pas prendre de décisions, qui avait peur d'avancer, et qui ne pouvait même pas penser au mot 'amour' sans s'étouffer avec l'amertume qui accompagnait le mot.

Mais à présent, elle était en rémission. Et avec le rétablissement venait la sagesse. Elle serait plus sélective des personnes à qui elle donnerait son cœur, cette fois-ci. Hermione s'arrêta et ravala les larmes qui affluaient, se préparant à tourner dans un autre couloir mal éclairé du Manoir Malefoy. Les sons d'une voix furieuse et d'une voix calme, toutefois, la firent cesser tout mouvement.

« Il est hors de question que ce foutu petit avorton dirige l'entreprise familiale. Elle nous appartient ! Pas à ce petit incompétent qui fait honte à la -

- Calme-toi, Emil. Il est faible, comme sa mère. Il te cédera le pouvoir.

- Oui, Hesper. Il ne comprend rien aux affaires. Ce serait ridicule d'en garder la gérance. Il foutrait tout en l'air, c'est sûr et certain. Ce petit arrogant est bien parti pour corrompre et vicier la réputation de la famille et je ne le tolérerai pas ! »

Elle recula précipitamment, à pas de géant, mais il était un peu trop tard pour se ruer dans la pièce la plus proche. La sorcière n'eut besoin que d'une milliseconde pour retrouver ses esprits et son sang-froid, redresser les épaules, et coller un air vierge de toute émotion sur son visage avant que les deux oncles de Drago n'apparaissent au détour du couloir.

Une partie d'elle imagina qu'ils ne s'arrêteraient pas, leur avis étant probablement qu'elle n'avait pas plus de valeur que les peaux mortes entre leurs orteils. Mais sa théorie fut réfutée lorsque les deux hommes firent une halte en apercevant la sorcière Née-Moldue… seule. Ce qui leur faisait apprécier la situation, supposa-t-elle. Elle observa, avec un calme olympien et une expression neutre, les sourires sur les visages d'Emil et Hesper Malefoy se muer en quelque chose de bien plus sinistre et malveillant. Pour autant, elle ne trembla pas. Non, elle les fixa droit dans les yeux avec audace.

Emil Malefoy était le plus jeune des frères Malefoy, du haut de ses trente-sept ans, et aussi le plus colérique. Hermione imagina qu'il avait tous les droits d'être en colère. Il n'était pas aussi séduisant que ses frères, et avait sûrement dû vivre dans leur ombre toute sa vie. Il utilisait certainement sa colère pour s'affirmer et rappeler son existence à ses frères.

Bien entendu, il fut le premier à parler. « Regarde où tu vas, Sang-de-Bourbe. »

Hermione refusa de se laisser tourmenter. « Je vous prie de… vous excuser, rétorqua-t-elle, sans hausser le ton.

- Nous excuser ? Cette gamine a perdu la tête ! Sais-tu qui nous sommes ?

- Oui.

- Tu es dans le Manoir des Malefoys, sale Sang-de-Bourbe. Fais preuve de respect. »

Elle ne bougea pas, garda la tête haute et l'air provocateur, sa baguette contre elle.

Cet Emil Malefoy, narquois, était un homme plutôt petit, pâle, et rondelet, aux yeux gris et arborant un début de calvitie au niveau du front qui commençait à exhiber son crâne d'un blanc laiteux. Emil avait les membres courts et les extrémités larges, ce qui ne se prêtait pas vraiment à son morpho-type, et lui donnait l'air terriblement gauche. Le manque de pilosité semblait être un trait caractéristique des mâles Malefoy. Emil était clairement l'exception avec sa barbe blonde très fournie. Son crâne dégarni était une autre bizarrerie, si elle se fiait à ce qu'elle avait vu dans le passé et appris. Elle devait admettre, toutefois, qu'Emil se portait bien, bien qu'elle ait remarqué que sa robe traditionnelle était légèrement serrée autour de sa taille.

« Tu n'as rien à dire, Sang-de-Bourbe ? » ricana-t-il.

C'était la seule caractéristique des Malefoys qu'il maîtrisait à la perfection.

Drago avait une fois dit qu'Emil lui rappelait Peter Pettigrow, si on omettait le pleurnichement, la main d'argent, et la lâcheté démesurée. Et à cet instant, Hermione ne put qu'être d'accord. On aurait dit qu'il avait été toléré dans la famille Malefoy sur base d'un détail technique.

« Si vous pouviez m'indiquer la direction du salon où se trouvent les autres, ce serait -

- Je ne suis pas un foutu elfe de maison – oh, attends, est-ce que tu sais ce qu'est un elfe de maison ? Ou es-tu trop –

- Je vous conseille de ne pas finir cette phrase, Emil, le prévint fermement Hermione.

- Tu oses prononcer mon nom ! » Quand la sorcière le dévisagea comme s'il avait des troubles mentaux, le sorcier grassouillet leva les yeux vers son frère. « Eh bien, voyez-vous ça, Hesper ? Voilà une petite crasse qui a besoin de recevoir une leçon en bonne et due forme. » Et même s'il la menaçait, elle pouvait voir qu'il regardait son frère aîné dans l'attente de son approbation.

Hermione se retint de rire devant la scène pathétique qui se jouait devant elle.

Ceci était donc l'homme qui avait le toupet de vitupérer que Drago Malefoy ne faisait pas partie de la famille chaque fois qu'ils se trouvaient dans la même pièce. Fait amusant, il était l'excentrique tant en termes d'apparence qu'en termes de réussite. Il était le seul des frères qui n'avait pas fait d'argent en dehors de la famille. Blaise lui avait dit qu'il avait failli être envoyé à Poufsouffle à cause de son manque d'ambition, mais que le Choixpeau avait eu pitié de lui et l'avait envoyé à Serpentard.

Tout comme il dépendait de l'approbation de son frère pour pouvoir s'attaquer à elle, Emil dépendait des actions judicieusement placées des entreprises familiales pour la totalité de son revenu. Non seulement cela lui faisait convoiter les sociétés elles-mêmes, mais cela lui donnait en plus envie de l'argent et du pouvoir qui accompagnaient le fait de posséder le business Malefoy. Il voulait le départ de Drago et se revendiquer lui-même dirigeant ; c'était un fait bien connu quand Narcissa n'était pas dans les parages pour l'entendre. Drago, toujours avec un rictus, l'avait qualifié de crétin pathétique et dénué de cerveau à plus d'une occasion. Hermione était presque sûre qu'Emil n'avait pas ce qu'il fallait pour se montrer sûr de lui.

« Allons, allons, Emil, nul besoin d'être impoli, » s'exprima enfin Hesper Malefoy, le plus âgé des frères encore en vie, d'une voix nonchalante. « Elle est, après tout, une amie de la famille. »

Emil maugréa : « Sale - »

Hesper le coupa d'un ton cinglant : « Assez. »

Et rien qu'avec ce mot, l'homme potelé se tut.

S'il y avait bien une personne qui rappelait à Hermione Lucius à son apogée, c'était Hesper Malefoy. En fait, il ressemblait tellement au sorcier décédé qu'elle avait eu un temps d'arrêt quand elle avait posé les yeux sur lui la première fois. La seule chose qui distinguait les frères étaient les yeux d'Hesper ; ils étaient d'un bleu d'acier, au lieu de gris. Une autre chose était qu'Hesper Malefoy était un sociopathe. Il n'avait absolument aucun problème avec le fait de tuer quelqu'un et tourner les talons comme si rien d'extraordinaire ne s'était passé. Drago avait avoué qu'il avait une peur bleue d'Hesper quand il était petit ; jusqu'à ce qu'il réalise que son oncle ne le tuerait pas parce qu'il faisait partie de la famille.

Il n'y avait pas grand-chose qui l'empêchait de tuer Hermione – seulement le Serment Inviolable qu'il avait fait.

Et le fait qu'il n'avait pas de baguette.

« Miss Granger, que pouvons-nous faire pour vous ? » demanda-t-il dans l'exemple le plus flagrant de séduction feinte qu'elle ait jamais vu. Mais la tête qu'il faisait lui glaça considérablement le sang. La séduction de sa voix était massive, mais l'hostilité cachée derrière les mots était le plus troublant et inquiétant dans sa déclaration.

« Je cherche quelqu'un. » Elle devait rester sûre d'elle. Il pouvait sentir la peur.

Il la chérissait, la désirait au plus profond de ses entrailles, se nourrissait d'elle, et il ne cessait jamais avant d'avoir pu la sentir. D'après Drago, c'était pour ça que lui et Emil étaient si proches ; le benjamin avait peur de l'aîné et se plierait à la moindre de ses quatre volontés s'il l'ordonnait. Hesper excellait à exploiter les gens, à obtenir ce qu'il voulait d'eux, et à s'en débarrasser une fois parvenu à ses fins. En plus des actions dont il avait héritées des entreprises familiales, il avait fait fortune en séduisant de riches héritières, en se mariant avec, et en les tuant – même si la partie concernant les meurtres n'avait jamais été prouvée puisqu'on n'avait pour l'instant retrouvé aucun corps.

Fort heureusement, il était actuellement célibataire.

« Eh bien, répondit Hesper d'une voix traînante. Les autres sont juste au bout du couloir, après le tournant. »

Il mentait, et elle trouva ce fait sinistrement stupéfiant. Quand Hesper mentait, il était écœurant de sérénité et de sincérité simulée. Un menteur savait toujours reconnaître un mensonge proclamé par un autre, mais il avait fallu quelques secondes à Hermione pour se rendre compte de la vérité. Il était bon à ce point. Tout le monde avait de petits tics qui le trahissait quand il mentait. Drago était légèrement fatigué, Pansy ne pouvait la regarder dans les yeux, et Blaise – eh bien… il ne lui avait pas autant menti que son meilleur ami pour qu'elle puisse dire. Hermione imaginait que Malefoy avait ses raisons, mais elle était certaine qu'il n'était pas un sociopathe.

Tout ce qu'elle savait pour le moment, c'était qu'elle ne rentrerait pas dans ladite pièce.

« Souhaitez-vous que nous vous y accompagnions ? Sourit Hesper en douceur.

- Non merci.

- Mais nous insistons, répliqua-t-il en appuyant sur le dernier mot pour cacher la menace sous-jacente.

- Ah bon ? Fit Emil d'un air perplexe.

- Évidemment, nous ne voudrions pas que quoi que ce soit n'arrive à la - » il choisit ses mots avec précaution : « Née-Moldue. »

Hermione était loin d'être convaincue. « Je suis parfaitement capable de trouver mon chemin moi-même.

- Il n'est pas nécessaire d'être si têtue, Miss Granger.

- Mais il y a lieu d'être méfiante.

- Méfiante ? » Il eut l'air légèrement offensé, mais une lueur malfaisante brillait dans ses yeux bleu d'acier. « Je suis dépourvu de baguette et lié par un Serment pour ne pas vous faire de mal.

- Alors laissez-moi passer.

- Nous vous amènerons à eux.

- Je ne suis pas n'importe quelle stupide Sang-de-Bourbe.

- Ce n'est pas ce que je crois. »

Emil eut l'air atterré.

Hermione plissa les yeux. « Et je ne vous crois pas, donc cessez de me faire marcher. »

Quelque chose s'éteignit dans le regard d'Hesper Malefoy. Le sourire séduisant se transforma en un air hargneux et toute son attitude changea subitement. Le jeu était terminé, il le savait, elle le savait, et Emil était le seul à être perdu. Hermione se força à ne pas tressaillir ni reculer lorsqu'il leva la main droite vers elle, mais quand il s'arrêta à deux doigts d'avoir pu la saisir par le cou, elle se détendit – légèrement. Il ne pouvait la blesser ; il ne pouvait même pas la toucher, mais ça ne voulait pas dire qu'il n'était pas dangereux. Il tira de toutes ses force sur ses doigts pour la capturer, la blesser, et l'attirer dans son jeu tordu qui la laisserait sans défense. Et il pouvait tirer encore et encore, il pouvait se déboîter l'épaule s'il le voulait, il pouvait étirer les doigts aussi loin que possible, le pouvoir de l'Inviolable ne lui céderait pas. Le sorcier furieusement frustré laissa tomba sa main, le regard plus noir que les ténèbres.

« Je ne peux pas te toucher... » Puis il sourit. Et c'était dérangeant. Il posa le regard sur son plus jeune frère. « Mais toi, tu peux, Emil. »

Les yeux gris du sorcier corpulent s'écarquillèrent. « Mais je -

- Fais-le. Fais-le maintenant ! Rugit-il. Débarrasse-nous de la Sang-de-Bourbe. »

Avec obéissance, et une pointe de peur, Emil attrapa rapidement sa baguette, mais Hermione fut plus rapide. Sa baguette était contre le cou du sorcier au moment où il saisissait la sienne, pointée vers le sol. « N'y pensez même pas. » La voix de la sorcière était basse et menaçante. « Je connais vingt-sept sorts qui sépareront votre tête de votre corps d'un propre et simple sectionnement. Vous voulez une démonstration ? »

A présent, Hesper était presque sauvage. « Elle est trop bonne et trop innocente pour le faire vraiment !

- Oh, vraiment ? Je ne miserais pas là-dessus. Il paraît qu'à partir du moment où on a utilisé le Sortilège de la Mort une fois, on n'hésite plus à le faire une nouvelle fois... »

Emil déglutit.

« Ce n'est qu'une sorcière ! Tue-la, maintenant ! »

Hermione lui tapota le menton du bout de sa baguette, le défiant d'oser.

Emil était furieux, transpirant, et déblatérant des insultes. Il n'appréciait pas sa position actuelle. Coincé entre une Sang-de-Bourbe et son frère cruel – une situation impossible. Ses lèvres remuèrent. « Sale petite Sang-de –

- Je ne finirais pas ce mot, si j'étais vous, déclara la voix presque trop enthousiaste de Pansy Parkinson. Ce n'est pas un terme spécifique aux conversations civilisées. »

La visage rouge du gros sorcier pâlit instantanément.

« Tout va bien, Hermione ? Demanda prudemment son amie.

- Oui. Où est ta baguette ?

- Au milieu de son dos, prête à bousiller sa colonne vertébrale s'il respire un peu trop fort. »

La tête blonde d'Hesper se tourna brusquement vers la jeune femme. « Toi, une Sang-Pur, protéger cette saleté ? » On pouvait presque voir les veines de ses tempes pulser.

« Au péril de ma propre vie, » répondit Pansy avec férocité avant de contourner Emil, et à cet instant, Hermione sut qu'elle avait pris la bonne décision en appelant Pansy son amie. Elle était la meilleure de ses amis ; elle l'avait démontré à de nombreuses reprises. La sorcière attrapa la main de sa meilleure amie et tourna lentement autour du sorcier rondelet, qui leur souriait avec mépris. Elle pointait toujours sa baguette dans sa direction, au cas où.

« Tu n'es rien d'autre qu'une petite traîtresse à ton sang !

- Je le pense aussi, » ricana Pansy tandis qu'elles reculaient doucement pour se préparer à une sortie précipitée. « Mais je suis foutrement fière de l'être. » Un pas après l'autre, elles marchaient à reculons dans la direction opposée à celle de laquelle venaient les frères. « Oh, et pour votre information, » La sorcière aux cheveux noir de jais leva la baguette plus haut dès qu'Hermione fût parvenue à l'angle du couloir sans encombre. « Votre réunion avec Drago aura lieu dans l'ancien bureau de Lucius, dans environ trente minutes. Faites en sorte de ne pas vous égarer. Je ne voudrais pas que vous soyez en retard. »

Et ils avaient disparu.

ooo

(Cinq minutes plus tard)

Partie 4 : Ce dont elle avait besoin.

Avant d'entrer dans le salon qui abritait Narcissa, Pansy enlaça Hermione, et c'est seulement à ce moment que la sorcière s'autorisa à se laisser envahir par le contre-coup, secouée et sidérée. « Tout va bien. Ils n'ont pas -

- Non, grâce au Serment Inviolable et aux réflexes lents d'Emil, ils n'ont pas posé leurs mains sur moi. Comment savais-tu que - ?

- Les sorts de protection ont alerté Narcissa de ton arrivée, et quand elle a trouvé que tu mettais trop longtemps à apparaître, elle m'a envoyée te chercher. Blaise est parti peu après dîner – une réunion de travail, apparemment. Où est Drago ? Il a une réunion -

- Il sera bientôt là. Il a été un peu retenu. »

Pansy ne posa pas de question concernant l'endroit où se trouvait le sorcier, mais elle interrogea l'état mental d'Hermione : « Tu es sûre que ça va ?

- Je vais bien. Ne parle pas de ça à Narcissa, je ne veux pas l'inquiéter. »

Elle laissa échapper un soupir. « D'accord, mais -

- Je suis juste un peu secouée, c'est tout.

- Tu n'avais pas l'air secouée, tout à l'heure.

- Hesper peut sentir la peur.

- Comme un putain de chien. Comment l'as-tu – Drago te l'a dit ? »

Elle acquiesça. « Cette nuit dont je t'ai parlé, quand j'ai couru un demi-kilomètre sous la pluie et -

- Que ce connard a parlé de Matthew à la Belette-fille. Attends un peu que je - » Hermione lui fit un regard sévère. Pansy s'adoucit, légèrement. « Il mérite un bon sort, Hermione.

- Pansy…

- Ou une malédiction. »

Hermione prit quelques inspirations avant de pousser la porte du grand salon, faisant fi de la sorcière qui baragouinait toujours les cent et une manières dont elle voulait mutiler Harry Potter. Narcissa était assise sur le canapé, occupant son temps avec le dernier de ses hobbys – le tricot magique.

Il semblait que Lucius s'était bien préparé pour sa mort – de façon presque angoissante. Il avait laissé des lettres à sa femme et à son fils bien trop à l'avance pour que cela ait été une pure coïncidence. Et même si elle avait lu de nombreuses fois la lettre destinée à Drago, sa mère était restée plutôt bouche cousue à propos de la sienne. Mais, la sorcière avait une bonne idée de ses directives. Lucius Malefoy avait demandé à Drago d'abandonner le ressentiment et la rancune à son égard, et de se libérer ; c'était purement logique qu'il ait demandé à sa femme quelque chose de semblable, du style « Trouve le bonheur, essaie quelque chose de nouveau, ne pleure pas ma mort indéfiniment, passe à autre chose, développe une compétence, et répare les ponts cassés. »

Narcissa Malefoy – elle n'avait pas voulu abandonner son nom de mariée si tôt – avait toutes les intentions de suivre les instructions finales de son mari. Il y avait de nombreuses choses qu'Hermione admirait concernant la mère de Drago, mais plus que tout elle admirait sa résilience. Hermione ne savait pas si c'était inné ou acquis, mais Narcissa possédait la capacité à se rétablir rapidement de n'importe quoi. Oui, elle était une veuve en deuil, il n'y avait aucun doute là-dessus, mais à travers sa douleur, elle était parvenue à garder son sang-froid, sa force, son élégance et sa dignité.

Mais il y avait eu des moments où, si elle la scrutait suffisamment profondément, Hermione pouvait voir le chagrin, planant, guettant, menaçant. C'était une sorte de chagrin que la jeune sorcière ne connaissait que trop bien. C'était cette tristesse qui découlait de rêves gâchés et de faux espoirs. Elle n'allait pas aussi bien que ce qu'elle voulait qu'ils croient, mais avec un peu d'aide, peut-être pourrait-elle en revenir au point où elle avait été auparavant.

« Je suis désolée de ne pas avoir pu venir dîner. Nous étions retenus. »

Narcissa sursauta, se retourna et découvrit Hermione debout près de la porte avec Pansy. Elle se leva pour aller prendre la sorcière dans ses bras. « Pas besoin de t'excuser. » Quelque chose fit briller momentanément ses yeux. « Drago est là, » informa-t-elle avant de froncer les sourcils, « avec deux invités que les protections du Manoir ne reconnaissent pas – sûrement des avocats, pour la réunion. » Il y eut un moment de silence avant que Narcissa ne hausse les épaules et ne guide Hermione vers le canapé pour qu'elle s'assoie au milieu des deux autres sorcières.

Pansy posa la tête sur l'épaule d'Hermione.

« Comment vas-tu ? »

Narcissa sourit faiblement. « Je fais du mieux que je peux.

- Tu vas finir par aller mieux, tu sais, » lui dit Pansy, levant la tête une seconde pour regarder la sorcière blonde qui était la chose s'approchant le plus d'une mère qu'elle ait eu depuis des années. « Et on sera là pour toi. »

La veuve se leva de sa place et fit cesser le tricot enchanté. Elle leur tournait le dos, et levait les yeux vers la peinture mobile d'un ange, au-dessus de la cheminée. Elle leur dit alors : « Mais vous avez vos vies, et je ne peux pas vous empêcher de les vivre. J'ai besoin de temps, c'est tout. J'ai besoin de temps et d'une distraction. J'ai pris soin de Lucius pendant des années, en espérant qu'il irait mieux, et - » elle prit une profonde inspiration. « Et j'ai besoin de remplir le vide qu'il a laissé derrière lui. »

Hermione entendit la porte du salon s'ouvrir dans un lent grincement, et elle jeta brièvement un œil derrière elle, hocha la tête, et déclara : « Peut-être que ce n'est pas la seule chose dont tu as besoin. »

Pansy, qui avait suivi son regard vers l'arrière, retint un cri d'exclamation.

« Que veux-tu dire ? Souffla Narcissa, contemplant toujours la magnifique peinture.

- Peut-être que tu as besoin de quelqu'un, quelqu'un qui fasse partie de la famille. »

La sorcière plus âgée chassa cette idée d'une main désinvolte. Au moins, elle savait d'où Drago tenait ça. « J'ai déjà une famille. J'ai Drago. Je vous ai, toutes les deux, et Blaise -

- Mais qu'en est-il d'une sœur ? » demanda une voix inconnue.

Narcissa se figea sur-le-champ.

Hermione ne pouvait voir son visage, mais elle savait que Narcissa Malefoy était prise dans un amas confus d'émotions, complètement perdue quant à savoir comment se sentir ou comment s'échapper. Elle avait subitement fortement pâli – ou en tout cas sa nuque avait pâli. Pansy attrapa la main d'Hermione, comme pour trouver et apporter du soutien. La première chose qu'elle bougea fut sa tête ; elle la secoua à peine comme si elle ne voulait – non – ne pouvait pas croire que la voix qu'elle avait entendue était bien celle de la personne à qui elle pensait.

Ceci pouvait soit se finir très mal et rouvrir une quantité de plaies, soit être la meilleure chose au monde pouvant lui arriver. Observant la réaction de Narcissa de derrière, Hermione espérait sincèrement que la deuxième option serait la bonne. Pour une fois dans sa vie, elle implora tous les pouvoirs en lesquels elle croyait, et quelques-uns en lesquels elle ne croyait pas, de faire en sorte que pour une fois, une chose dans la vie d'une personne puisse se résoudre de la meilleure des façons qui soit. Elle n'en pouvait vraiment plus de leur souffrance à tous.

« Ce n'est p-pas p – non. »

Narcissa était prise de tremblements visibles quand elle tourna lentement la tête. Ses yeux bleus écarquillés larmoyèrent quand elle vit sa sœur, Andromeda, se tenant sur le seuil de la porte avec Drago et un petit garçon aux cheveux bleus, qui cachait timidement son visage dans la robe de sa grand-mère.

« C'est moi, Cissy. » Elle avait des larmes dans les yeux quand elle amorça un premier pas, le petit garçon collé à elle.

Les jambes de Narcissa semblaient clouées au sol.

Pour ce qu'en savait Hermione, elles ne s'étaient pas revues depuis les vacances de Noël de la Sixième Année de Narcissa.

Andromeda avait dix-huit ans et s'enfuyait pour aller se marier avec l'amour de sa vie, un sorcier Né-Moldu. Narcissa était la seule à qui elle avait daigné dire au-revoir. Bellatrix était devenue de plus en plus dangereuse au fil des mois, mais la jeune Narcissa était différente. Même si elle avait cru en l'élitisme des Sang-Pur, elle était dégoûtée des agissements de Voldemort pour parvenir au pouvoir. Elle avait été la seule à pleurer et refuser de retirer la bague des Blacks que sa sœur lui avait donnée de bon gré. Elle n'avait pas voulu accepter qu'elle serait complètement seule sous peu. Narcissa l'avait conjurée de ne pas partir, et quand elle avait vu qu'elle ne pourrait pas convaincre Andromeda de rester, la plus jeune des filles Blacks avait secrètement caché un sac rempli de Gallions dans la valise de la cadette. Si elle s'était fait attraper, elle aurait été bannie de la famille, mais elle n'en avait eu que faire.

Hermione ne savait pas pourquoi elles n'avaient pas repris contact après la guerre, on ne lui avait donné aucune raison, mais elle supposait qu'un problème de communication et de suppositions erronées étaient à mettre en cause.

« Mais comment ? »

Andromeda et Hermione se regardèrent. « J'ai contacté Hermione, ce matin, en fait. Et elle est venue, avec Drago - » la sorcière lança un regard affectueux par-dessus son épaule au neveu qu'elle venait de rencontrer pour la première fois.

Il s'était montré extrêmement hésitant quand Hermione lui avait finalement dit où ils allaient vraiment, mais il était resté, même si elle savait qu'il était mal à l'aise. Et encore mieux, il avait même répondu à quelques-unes des questions d'Andromeda concernant sa mère et les circonstances entourant le décès de son père. Ce n'était pas grand-chose, mais c'était plus que ce qu'aurait jamais pu espérer Hermione venant du sorcier. Ils ne seraient sûrement jamais proches, mais ils étaient de la même famille, et Drago respectait le fait qu'elle en soit un membre.

Ses yeux marron glissèrent vers la porte où il se tenait, posé et stoïque. Elle s'était sentie bête de sa réaction en voyant Malefoy en serviette, mais elle s'était sentie encore plus bête quand il lui avait fallu près d'une heure pour que l'image quitte son esprit. Elle était stupéfaite, c'était tout. Oui, stupéfaite. Hermione offrit un petit sourire à Drago – et il la dévisagea d'un regard vide un moment avant d'acquiescer en retour. Il s'éclipsa ensuite de la pièce pour se rendre à la réunion avec ses oncles. Hermione lui souhaita mentalement bonne chance.

Narcissa semblait vivre différents niveaux de choc tandis qu'Andromeda avançait pas à pas, sur ses gardes, vers elle. « Mais pourquoi ? »

Andromeda s'immobilisa. « J'ai eu quelque chose… de Lucius. »

Hermione ne pouvait pas dire quelle exclamation avait été la plus forte, celle de Narcissa ou celle de Pansy.

« Un hibou me l'a livrée il y a quatre jours, mais je - » sa voix se brisa. « Je ne savais pas quoi en faire. »

Narcissa réduisit la distance qui la séparait de sa sœur. « Qu'est-ce que – qu'est-ce que ça disait ? »

La sorcière plus âgée, aux cheveux noirs, qui ressemblait plus à Bellatrix qu'Hermione n'aurait jamais pu l'admettre, glissa la main dans la poche de sa robe pour y récupérer la bague qu'elle avait montrée à Hermione quelques heures auparavant seulement. Sa vieille bague de la famille Black. C'était la bague qu'elle avait mise de force dans la main d'une Narcissa éplorée, il y avait de cela de nombreux Noëls ; la bague que Lucius Malefoy avait prise dans la boîte à bijoux de sa femme pour la renvoyer à sa vraie propriétaire en symbole d'amitié.

La simple action n'avait pas fait qu'en apprendre plus à Drago sur son père, cela avait aussi fait penser à Hermione au sorcier décédé. Les choses n'étaient pas toujours ce qu'elles semblaient être. Il n'était pas un homme bon, mais il n'était pas l'incarnation du diable. Il avait commis des péchés. Il avait commis de nombreuses erreurs qui avaient fini par détruire sa vie et les vies de ceux qui importaient à ses yeux, mais elle-même n'avait pas fait mieux. Elle avait commis des péchés. Des péchés – Hermione était impressionnée par le pouvoir que les péchés avaient sur les gens ; impressionnée par le pouvoir qu'ils donnaient aux gens. C'était un mot qui pouvait être prononcé en une seconde et c'était une action qui pouvait être faite en une seconde, mais une fois prononcé et fait, un péché pouvait mettre des années à atténuer les répercussions d'un tel mot ou d'une telle action.

Lucius Malefoy avait commis des péchés dans sa vie. Il avait fait des choses malfaisantes, et Hermione avait toujours pensé qu'il était une personne malveillante. Tout le monde avait pensé qu'il était une personne mauvaise, et personne ne comprenait comment Narcissa pouvait aimer un tel homme. Les gens disaient qu'il méritait de mourir. Méritait. A présent, elle ne comptait pas essayer de justifier ses actes, mais peut-être qu'il avait commis des péchés parce qu'il pensait qu'il faisait ce qui était juste. Elle avait commis des péchés parce qu'elle avait pensé que la fin justifiait les moyens. Méritait-elle de vivre dans la douleur ? Avait-elle mérité ce qui lui était arrivé ? Non. Méritait-il de mourir de la façon dont il était mort ? Non.

Elle n'était pas si différente de lui, et il n'était pas si différent de tout un chacun.

Le fait était que Lucius Malefoy n'était pas parfait, mais sa famille avait compté pour lui, il en avait aimé les membres, et il avait mis toute son énergie à alléger la souffrance qui résultait de son passé. Elle avait tout fait pour atténuer la peine des autres et avait tout fait pour diminuer la souffrance du passé de son fils. Ils avaient tous deux fait des sacrifices désintéressés. Malveillant ou non, elle lui devait le respect pour cela, uniquement.

Et avec cette pensée, les limites étaient devenues floues. Qui était-elle pour le juger, alors qu'elle-même avait fait du mal ? Qui était-elle pour le qualifier de malintentionné ? Personne n'avait le droit de le faire. Personne n'était parfait. Les gens faisaient des erreurs tout le temps, et parfois certaines erreurs étaient plus graves que celles qu'elle et Lucius avaient faites. Mais qui avait le droit d'établir la limite entre la part louable et la part inadaptée d'une action ? Qui pouvait juger de leurs vies ? Était-ce quelque chose d'autre ? Était-ce les autres gens ? Était-ce eux-mêmes ?

Peut-être – peut-être que Narcissa avait ses bonnes raisons de l'avoir aimé et qu'il lui manque à présent qu'il était parti. Peut-être que personne ne pouvait convenablement juger Lucius Malefoy puisque personne ne le connaissait réellement – tout comme personne ne pouvait la juger convenablement puisque peu de personnes connaissaient la vraie Hermione. Peut-être que Narcissa avait connu des côtés de cet homme qu'aucun d'eux ne pouvait même imaginer. Peut-être…

Tout le monde s'était fourvoyé à son propos, Drago par-dessus tout, mais ce n'était pas comme si Lucius avait donné au monde extérieur l'opportunité de le déchiffrer correctement, non plus. Alors qui avait raison et qui avait tort ? Qui serait acquitté et qui serait puni ? C'était des questions auxquelles elle n'avait pas le droit de répondre, car tout le monde avait raison à sa manière, mais tout le monde avait tort également. Tout le monde avait été acquitté car tout le monde avait souffert. Tout le monde avait gagné et tout le monde avait perdu. Personne n'avait fini avec une part de justesse uniquement.

Donc, peut-être, peut-être qu'il était temps pour les Malefoys de se pardonner mutuellement et chacun d'entre eux, et d'aller de l'avant avec leurs vies. Ils n'avaient pas pu prévoir les choses qui leur étaient arrivées, et ils ne pouvaient pas faire porter le blâme les uns sur les autres et inversement. Tout comme elle n'avait pas pu prévoir ni se rendre coupable de ce qui était arrivé à ses parents et à son petit Matthew. Elle n'était pas responsable, tout comme Lucius n'était pas responsable. Elle n'était pas une mauvaise mère et Lucius n'était pas un mauvais père. Ils avaient fait leurs erreurs, avaient commis leurs péchés, et s'étaient battus bec et ongle pour les racheter. Mais Lucius semblait avoir fait une chose qu'elle n'avait pas faite.

Il s'était pardonné.

Et si même lui pouvait se pardonner après tout le mal qu'il avait fait, Hermione pouvait définitivement suivre le mouvement.

Narcissa prit la bague de la main de sa sœur et la contempla, des larmes plein les yeux.

« Il y avait une lettre, aussi, » lui dit doucement Andromeda après avoir demandé au petit Teddy d'aller s'asseoir à côté d'Hermione.

Narcissa répondit d'une voix étranglée : « Que-que disait-elle ? Que disait-il -

- Ta sœur a besoin de toi... »

Narcissa enfouit sa tête dans le creux du cou de sa sœur, et se mit à sangloter.

J'ai failli être en retard !

(J'ai trois minutes de retard en fait ahah)

Je vous avais promis (en tout cas aux reviewers ahah) le chapitre ce weekend, on est lundi minuit trois minutes ^^

J'ai voulu relire une dernière fois, il y avait quelques coquilles.

Un énorme, énorme merci à tous vos commentaires. Comme vous pouvez le voir, ça me motive vraiment puisque voilà déjà le chapitre suivant !

Je suis vraiment content d'avoir des lecteurs aux petits soins avec moi. Merci.

Merci à ceux qui me donneront leur avis sur ce chapitre dénué d'actions mais rempli d'émotions...

Bises, et à bientôt pour la suite !

little-Sniks.