Chapitre 24

One Night Only – Forget my name

« Chérie, souffla-t-on contre mon oreille, doux comme du velours. »

Je grognais, me retournant entre les draps chauds. Une main longea mon épaule dénudée, me donnant instinctivement la chair de poule. Enfonçant la tête dans mon oreiller, je gardais les yeux clos, appréciant la caresse. Edward avait toujours su me réveiller de la meilleure des manières. Je ne parlais pas forcément de sexe, bien que je ne rechignais jamais face aux câlins matinaux, mais j'évoquais là sa tendresse, l'amour dans sa voix. Il me connaissait sur le bout des doigts, sachant me tirer du sommeil comme personne.

« Je dois y aller, murmura-t-il avant de planter un baiser sur mon omoplate gauche. Jasper vient de m'appeler. Ils sont tous au studio.

- Hmm, marmonnai-je dans ma barbe, me tournant afin de lui faire face. »

Fraîchement douché, ses cheveux humides tombaient légèrement sur son front. Indisciplinés, comme toujours, je ne résistais pas et passais ma main dans sa tignasse de feu, l'amenant à moi. Se laissant faire, il s'allongea sur moi, m'enfermant dans une étreinte tendre. Je me réfugiais dans son cou, clignant fortement des yeux face à la lumière matinale. Notre chambre était en plein sud, ne nous laissant pas de répit face au soleil levé. Mais la vue était bien trop époustouflante pour que je ne nous fasse déménager dans une autre pièce de la maison.

« Tu dois vraiment y aller ? demandai-je d'une voix rauque, entourant sa nuque de mes bras. J'aimerais profiter de toi encore un peu. Il rit.

- Désolé bébé, mais le travail m'appelle, dit-il contre mes lèvres. Et puis, c'est Tanya qui a demandé à ce que nous allions au studio, aujourd'hui. Après la merde de ces dernières semaines, c'est une putain d'aubaine. Pourquoi aimais-je autant l'entendre jurer, je ne me l'expliquerais sans doute jamais. Et je trouvais ça sexy en diable. Parfaitement réveillée, maintenant, je picorais sa mâchoire de baisers, le serrant davantage contre moi.

- Ouais, je suppose, mentis-je faussement et au sourire que je le sentis esquisser, il vit à travers mon mensonge. Il savait que le fil fragile sur lequel tanguaient les Spunk Ransom ces derniers temps, m'inquiétait. Et bien que les choses semblent s'être légèrement améliorées, je ne me faisais pas d'illusions. Ils n'avaient pas encore crevé l'abcès, ou quoi que ce soit d'ailleurs. Et tant que cette merde ne sera pas éventrée, le groupe n'ira pas mieux, bien au contraire.

- Quel est le programme de ta journée de repos ? interrogea-t-il, reculant légèrement avant de coller son front contre le mien. Farniente ? ajouta-t-il avec un sourire taquin. Je ne pus qu'arborer le même visage heureux, éblouie par sa beauté. Je ne me lasserais jamais de cet homme, c'était impossible.

- Hmm, peut-être, laissai-je planer, récoltant un ricanement. J'aimerais composer un petit peu, aujourd'hui, alors une journée de calme me fera le plus grand bien. Oh et j'ai rendez-vous à la banque, dans l'après-midi.

- A la banque ? haussa-t-il un sourcil, perplexe. Pourquoi ?

- Eh bien, débutai-je tout en l'approchant à nouveau de mon visage, ponctuant ses lèvres de baisers, parce qu'il faut que je nous ouvre un compte commun. Ça fait maintenant trois semaines que l'on est mariés et on ajuste au fur et à mesure ce qu'il nous manque, poursuivis-je, frottant mon nez contre le sien. Je vais pouvoir disposer de toute ta fortune, me moquai-je, lui arrachant un aboiement amusé.

- J'espère qu'Alice ne t'a pas contaminée avec sa folie des grandeurs, s'effraya-t-il faussement, roulant des yeux.

- Aucun doute là-dessus, plaisantai-je, caressant sa joue avec tendresse. A vrai dire, j'aime faire ce genre de petits trucs, avouai-je, sans aucune honte. C'est idiot, mais rien que le fait d'avoir le même compte en banque, ça me prouve à quel point notre mariage est réel. J'ai encore du mal à me faire à l'idée que tu m'as passé la bague au doigt, Masen ! Il secoua la tête, hilare.

- Hey, Masen, me retourna-t-il sur le même ton badin, tu m'as dit oui alors maintenant c'est trop tard. Tu vas devoir supporter ton irascible mari tout au long de ta looongue vie, insista-t-il, tout sourire.

- Tu crois qu'il en vaut le coup ? le taquinai-je, d'humeur joueuse. Je n'en suis pas encore certaine, en fait.

- Ah ouais ? gronda-t-il, revêtant instantanément son masque d'animal. Dans ses yeux dansait cette lueur qui m'était si familière. Du désir pur, dans son état le plus brut. Et ça n'était pas une certaine partie de son anatomie, fièrement dressée, qui me prouverait le contraire.

- Peut-être que j'ai finalement trouvé l'argument pour te faire rester, ris-je de nouveau, nous embarquant tous les deux dans un baiser fiévreux. Il nous laissa haletants et envieux.

- Putain, siffla-t-il avant de se redresser. Ils vont me botter le cul si je ne me pointe pas au studio, soupira-t-il, laissant traîner ses mains sur mes seins nus. Il avait tiré le drap, m'exposant jusqu'à la taille. Et pourtant, bordel, jura-t-il de nouveau, me faisant me mordre la lèvre, ça n'est vraiment pas l'envie qui m'en manque.

- Hmm, je peux peut-être t'aider à ce sujet ? suggérai-je, tentatrice.

- Oh, Bella ! gémit-il, rejetant sa tête en arrière. Tu vas me tuer, putain. Il se pencha brusquement dans ma direction, investissant brutalement ma bouche de sa langue, me dominant, m'envoûtant et m'embrasant dans le même temps. Je serais de retour en début d'après-midi, ok ? fit-il après m'avoir relâchée. Et alors, grogna-t-il, je finirais ce que l'on a commencé. »

Sa voix, emplie de promesses, recelait de volupté et de sensualité. Avec ça, j'étais quasiment certaine de ne pas pouvoir gratter le moindre accord aujourd'hui, putain. Edward se leva ensuite, réajustant ses vêtements et m'envoya un baiser alors qu'il passait le seuil de notre chambre. Me laissant retomber sur l'oreiller, je me couvris avec les draps et tournais la tête en direction de la fenêtre, les souvenirs de ces trois dernières semaines me revenant en tête.

Notre nuit de noces était sans conteste le second plus beau moment de ma vie, le premier étant l'instant magique où nous avions échangé nos vœux devant le prêtre. Edward avait su me combler de toutes les manières possibles, me possédant corps et âme. Bien que ça ait toujours été le cas, d'ailleurs, mais cette nuit-là … je ne pouvais m'expliquer ce qu'il s'était passé en moi. Chacun de ses gestes, chacune de ses caresses était un « Je t'aime » qui me collait à la peau, me rendant toute chose, balayant le monstre de fierté et d'arrogance tapi en moi. Edward m'avait littéralement transformée.

Si j'avais eu peur du changement qui s'était opéré en moi sans que je ne m'en aperçoive, d'ailleurs, ce n'était plus le cas. Au final, et je n'en revenais pas de dire un truc pareil, mais j'étais fière de la personne que j'étais devenue. Fière de ce que j'avais accompli jusque là, tant avec les Ribson Keane qu'avec mon cher et tendre époux. Il m'insufflait la vie avec son amour, gonflait mes poumons à l'aide de ses sourires et m'envoûtait lorsqu'il se mettait à gratter une guitare. Edward était mon tout, je ne pouvais pas le décrire autrement.

M'installant plus confortablement dans notre lit hors de prix, je songeais avec amusement au moment où nous avions visité cette maison. Maison qui était désormais la nôtre. Notre nid douillet, comme il me l'avait si bien décrit.

« Qu'est-ce que tu en penses ? avait-il demandé, sa poitrine collée contre mon dos. Ses bras avaient glissé sur mon corps pour venir enserrer ma taille, caressant distraitement mon ventre.

- Je crois que je ne pourrais jamais de détacher de cette vue, avais-je soufflée, littéralement époustouflée. »

Comment ne l'aurais-je pas été ? Edward avait clairement passé trop de temps en compagnie d'Alice, bon sang ! Il en avait attrapé sa fameuse folie des grandeurs, comme il disait si bien, investissant dans cette maison démesurée où nous n'étions que deux, pour l'instant. La vision pernicieuse de nos futurs enfants vint s'infiltrer sous mon crâne, malmenant mon pauvre petit cœur. Quatre ans. Nous avions quatre ans devant nous pour fortifier ce que nous possédions et préparer le terrain. Oui, dans quatre années, nous aurions notre premier enfant.

Notre maison – ou plutôt devrais-je dire notre villa ? – était en banlieue, comme me l'avait expliqué Edward. Mais la banlieue qui empestait la richesse, bon sang. Ça ne me plaisait pas des masses d'habiter autour de gens qui ne savaient plus quoi faire de leur argent tant ils en avaient, mais j'étais tombée amoureuse de notre maison à l'instant même où nous avions passé le portail.

Main dans la main, Edward et moi avions suivi docilement l'agent immobilier qui ne cessait de piailler tout en vantant les mérites de la villa. Ces jacassements, bien qu'insupportables, n'avaient pas réellement su retranscrire la beauté de notre foyer, maintenant. Putain, c'est immense, fut la première chose que j'eus pensé lorsque nous nous étions approchés de l'entrée. Je la veux, fut ma seconde pensée, subjuguée par le palace qui s'était étalé devant mes yeux ébahis.

L'édifice était en fait une vieille maison victorienne, fraîchement repeinte en un blanc éclatant. De chaque côté de la porte d'entrée, sous le porche, se trouvaient deux colonnes comme celles que l'on retrouvait dans les monuments grecs, d'une couleur quasi ivoire. Ça tranchait avec la pureté de la façade mais ça avait juste l'air à sa place et ça ne choquait pas.

La maison comportait un étage – où se trouvait d'ailleurs notre chambre à coucher – ainsi qu'une terrasse, dissimulée de l'autre côté de la maison. Ça nous permettait d'avoir notre intimité tout en étant dehors. Nous ne craignions pas les yeux ou oreilles indiscrètes. Une immense piscine était un peu plus en retrait dans le jardin, à côté de laquelle se trouvait un patio. Rien que de l'extérieur, j'avais immédiatement pensé que l'endroit était une pure merveille. Et lorsque nous avions posé un pied dans l'entrée, je m'étais immédiatement repris. En fait, il n'y avait pas de putain de mot pour décrire combien c'était époustouflant.

Face à l'entrée se trouvait un long escalier en marbre, de ceux que vous voyez dans les films guimauves où la fille descendait gracieusement les marches, tenant le bas de sa robe de soirée, soignant son entrée. Stupidement, je m'étais instantanément dit qu'il nous faudrait une femme de ménage. Que nous avions d'ailleurs embauchée. Impossible de nettoyer une maison aussi grande toute seule. Et encore, si mon emploi du temps me l'avait permis, ce qui n'était pas le cas.

Sur la gauche se trouvait la cuisine, plus moderne que ce que j'aurais pensé. A vrai dire, l'endroit semblait être venu d'une autre époque alors je ne m'étais certainement pas attendue à trouver une cuisine typiquement américaine et high-tech. La pièce était extrêmement spacieuse : nos deux groupes avaient tenu sans problèmes lorsque nous avions fait notre crémaillère.

Nous avions installé, de l'autre côté de l'escalier – à droite – notre salon. Edward m'avait tanné pour acheter un billard et l'avait mis en plein milieu de la pièce. Dans un coin était placé notre bar, déjà dévalisé d'ailleurs, mais là n'était pas la question. Nous avions également investi dans un canapé d'angle avec une table basse. Après, j'avais laissé Edward partir dans son délire d'écran plasma et de chaine hi-fi parce que ça ne m'intéressait clairement pas toutes ces nouvelles technologies. Mais c'était ce qu'il voulait et nous avions largement les moyens de nous le permettre. Alors je l'avais laissé faire et acheter toutes ces conneries pour son bon plaisir.

La pièce suivante contenait l'ensemble de nos instruments de musique. D'ailleurs, Jasper envisageait à long terme de créer leur propre studio dans notre maison. Bah, ils pouvaient bien le faire, je m'en fichais. Ils pourraient même tous emménager ici, j'en étais certaine. La maison était bien assez grande pour ça.

A l'étage se trouvait notre chambre à coucher ainsi que deux salles de bain. Juste à côté de notre lit se trouvait une énorme baie à chalandage, nous offrant une vue panoramique. D'ici, je pouvais voir notre jardin absolument divin, mélange de verdure, de fleurs superbes et d'arbustes dont je ne connaissais pas le traitre nom.

« Bordel, vous avez craqué votre compte en banque ou quoi ? avait juré Emmett lorsque nos deux groupes étaient venus pour fêter notre installation. Rose, t'as vu un peu la taille de cette bicoque ? Ses yeux étaient écarquillés à outrance et j'en avais ri à m'en taper le cul par terre.

- Cadeau de mariage pour ma chère et tendre épouse, avait rétorqué Edward, m'embrassant sur la tempe. Pas mal, hein ?

- Pas mal ? s'était étranglé Alec. Tu veux rire ou quoi ? Votre maison est un putain de palace !

- Je crois que ce qu'il essaie de dire, chéri, avais-je insisté avec un clin d'œil complice, c'est qu'il a déjà mis une option sur une des chambres de la maison.

- Définitivement ! s'était exclamé Félix, minaudant comme un enfant. J'avais gloussé de nouveau.

- Et encore, tu n'as pas vu l'intérieur, lui avais-je donné un coup de coude, amusée. Tu vas défaillir quand tu vas voir la pièce où Edward a mis ses instruments.

- Mon dieu, Bella ! avait crié Alice, me sautant dans les bras. Elle m'avait serré contre elle à m'en étouffer mais au lieu de protester, je lui avais rendu son étreinte. Elle s'était reculée avec un sourire avant d'aviser un peu ma tenue. Et merde. Bon sang, mais qu'est-ce que c'est que ces fringues ? s'était-elle ensuite écriée, outrée face à mon jean et mon T-shirt de ce qu'il y a de plus basique. Cette fille était démente. Ça faisait trois semaines que l'on ne s'était pas vues, uniquement eues par téléphone toutes les trois et elle trouvait le moyen d'éclipser totalement ma maison, se contentant de me dévisager de haut en bas avec une moue pincée.

- Alice, tu ne vas pas recommencer ! m'étais-je exaspérée, provoquant les gloussements idiots de tous nos amis. Je ne suis pas de sortie alors hors de question que tu critiques la manière dont je m'habille, ok ?

- Ah oui ? Les mains sur les hanches, elle m'avait toisée de toute sa hauteur et bien qu'elle soit plus petite que moi, je me suis fait l'effet d'être une naine à côté d'elle. Et tout aussi soudainement, son air glacial avait disparu et elle m'avait donné une petite tape sur l'épaule. Tu as de la chance que je t'aime, Belly Jean, sinon j'aurais piqué une crise, m'avait-elle appris avec un clin d'œil. Sa main avait ensuite retrouvé celle de Jasper qui avait levé les yeux au ciel. Je l'aurais bien imité mais le lutin avait encore ses yeux sombres sur moi et elle n'aurait pas manqué de m'enguirlander à ce sujet.

- Rose, avais-je murmuré par la suite, adressant un sourire heureux à mon amie. Je l'avais enlacé, laissant son parfum capiteux nous ensevelir. Je suis contente que tu sois là, avais-je chuchoté à son oreille. Vous m'avez manqué, toutes les deux.

- Et nous donc, avait-elle soupiré dans mes cheveux. Le duplex semble vide sans toi. Il faut juste que l'on s'y habitude, avait-elle rit doucement, me serrant un peu plus dans ses bras.

- Emmett ? avais-je questionné presque de manière inaudible, de manière à ce que personne d'autre ne puisse l'entendre.

- Peut-être a-t-il eu un électrochoc au mariage, mais depuis, il se plie en quatre pour satisfaire la moindre de mes volontés. La joie qui transparaissait dans sa voix m'avait rassuré, me détendant complètement. J'avais donc vu juste. Le colosse s'était enfin aperçu de l'or qu'il tenait sans cesse au creux de ses bras et il avait décidé de tout faire pour la satisfaire. J'en avais été plus qu'heureuse.

- Ça me fait tellement plaisir d'entendre ça, avais-je dis avec chaleur. Je désespérais qu'il s'aperçoive un jour de la perle qu'il a entre les mains. Rosalie avait ricané et s'était détachée de moi, reculant d'un pas.

- Et moi donc, avait-elle ri à nouveau. Son visage était resplendissant. En vérité, je ne me souviens pas de l'avoir vu sourire autant. Ni même cette lueur dans ces yeux lorsqu'elle les posait sur Emmett. Elle l'aimait, bien sûr, mais maintenant que les choses allaient mieux entre eux, elle ne retenait plus la bride de ses sentiments et les laissait paraître sur son visage. Elle n'en était que plus diablement splendide. Edward emmenait déjà nos amis en direction de la maison mais les membres de mon groupe étaient restés à mes côtés, m'observant avec de discrets sourires.

- Quoi ? avais-je demandé, levant les yeux au ciel. Pourquoi est-ce que vous me dévisagez comme ça ?

- Le mariage te va bien, avait décrété Démétri, passant une main dans mes cheveux. Je ne t'ai jamais vu si heureuse.

- Ouais, Dem' a raison, avait approuvé Alec, s'approchant à son tour. Vous nous avez fait un mariage du tonnerre ! Les journalistes vous ont fait des articles du diable !

- C'est ce que Volturi nous a dit, avais-je acquiescé. Visiblement, ils ne nous ont pas pris pour des barjos venus d'une autre planète. Félix ricana.

- C'est vrai, avait-il dit en ricanant. Ils n'ont même pas parlé de ta danse chaude pour Edward, au moment de la jarretière. J'en suis presque déçu. Je lui avais donné un coup de poing sur l'épaule.

- Encore heureux ! m'étais-je exclamée, les yeux écarquillés. Après être une croqueuse de diamants, je serais passée au statut d'allumeuse ! Merci mais je m'en passerais bien.

- N'empêche que ça aurait été vraiment drôle, avait ajouté Alec, tout sourire.

- Parle pour toi, gamin, avais-je rétorqué avec une grimace. Personnellement, la situation actuelle me convient très bien. Enfin bon, tu sais ça, m'étais-je soudainement rappelé, mais ils auraient aussi pu parler de quand tu comptais fleurette à Tanya, hum ? J'avais joué des sourcils, essayant vainement d'imiter Rose, mais je savais que c'était purement impossible. D'ailleurs, ils m'avaient tous ri au nez.

- Compter fleurette, hein ? avait-il reniflé, dédaigneux.

- Ne vas pas nous faire croire que tu ne la draguais pas ! s'était écrié Félix, hilare. Parce que je ne te croirais pas, mon ami.

- Moi non plus, avait surenchéri Démétri, joueur. Tu ne l'as pas lâchée du mariage, étant aux petits soins avec elle. Tu ne te comportes jamais comme ça avec une fille, même si tu veux désespérément la baiser.

- Démétri ! avais-je fait les gros yeux. Langage, s'il te plait ! Tanya n'est pas un bout de viande !

- Il n'y a pas encore si longtemps, tu m'aurais laissé dire, avait-il dit doucement. Et alors, je sus. Pourquoi ils m'avaient tous observés de la sorte. Ils avaient vu à quel point j'avais changé. Bien sûr, ça n'avait rien de nouveau, mais peut-être qu'à cet instant-là, ça leur avait sauté au visage de la même manière que ça l'avait fait avec moi.

- Oui mais c'était avant, avais-je répondu sur le même ton. Vous vous souvenez du jour où nous avons croisé Tanya dans un café et que je lui ai demandé de rester ? Ils avaient acquiescé d'un mouvement uniforme. On a pas mal discuté, elle et moi, avais-je repris, regardant ailleurs que les membres de mon groupe. Je voyais encore le visage torturé d'Edward dans la limousine. Je ne pouvais pas m'en empêcher. J'ai toujours connu Tanya alors qu'elle était désespérément amoureuse d'Edward, leur avais-je appris avec une grimace. Ce jour-là, elle m'a certifié qu'elle ne tenterait jamais rien avec lui parce qu'elle savait qu'elle n'était pas la personne qu'il aimait. Je ne sais pas ce qu'il se passe entre les Spunk Ransom en ce moment, mais j'y ai beaucoup réfléchi.

- Et quelle est ta conclusion ? m'avait questionné Félix, des plus sérieux.

- Je crois qu'elle l'a dit à Edward ou qu'il s'en est aperçu, avais-je avoué, repensant à toutes mes cogitations. »

Depuis cette scène dans la limousine, malgré moi, ça revenait fréquemment dans mon esprit, me hantant. J'y avais beaucoup réfléchi, m'étais beaucoup questionnée à ce sujet et la seule potentielle réponse pour que les choses se soient autant dégradées entre eux, était que la vérité avait éclaté. Edward avait certainement dû s'apercevoir de l'amour inconditionnel et à sens unique que Tanya lui avait toujours voué. Pour autant, si cette théorie s'avérait être la bonne, pourquoi cette froideur envers elle, alors ? Connaissant Edward, il aurait simplement été rongé par la culpabilité, se détruisant à petits feux. Mais là, il semblait juste furieux contre elle, ce qui me conduisait à revoir cette idée. S'il était au courant que Tanya l'aimait, jamais il ne pourrait être en colère contre elle. Il s'en serait voulu à crever d'avoir inconsciemment alimenté ses rêveries. Ça, c'était vraiment Edward. Je ne m'expliquais tout simplement pas ce visage glacial qui tenait plus de la haine que de l'indifférence.

« Tu crois ? avait haleté Alec.

- A vrai dire, plus j'y pense et plus ça me semble idiot, en fait, avais-je haussé les épaules. Je connais Edward. Jamais il n'agirait comme ça avec elle s'il savait qu'elle est amoureuse de lui. Il se détruirait probablement avec des conneries de culpabilité mais il ne serait pas froid ou distant comme il l'est actuellement. Ça n'est pas lui.

- D'autres idées à ce sujet ? m'avait interrogé Démétri, la compassion brillant dans ses prunelles acier. J'avais secoué la tête.

- C'est vrai que même moi, j'ai pu sentir qu'il y avait de l'eau dans le gaz chez les Spunk Ransom, bien que nous ne soyons pas tout le temps fourrés avec eux, avait dit pensivement Félix. Je ne sais pas à quoi c'est dû, mais ça rend fragile leur cohésion. C'est une situation vraiment délicate.

- Vous venez ? s'était soudainement enquit une grosse voix, nous coupant dans nos cogitations. Nous nous étions tous tournés vers Emmett qui nous attendait, sous le porche. »

La soirée était vite passée, après ça, mes amis visitant notre maison, commentant un peu tout et rien, célébrant avec nous notre emménagement dans la villa. C'était une nouvelle vie qui commençait. Une vie avec Edward.

Rose, Alice, Tanya et moi avions pouffé dans notre coin lorsque le lutin nous avait raconté ses premiers pas avec Jazz. En vérité, l'officialisation de leur couple s'était faite à notre mariage et maintenant que Maria n'était plus dans la partie, notre styliste lâchait totalement la bride à ses sentiments. Elle lui avait déjà parlé mariage, appartement et enfants, pour tout avouer. Le pauvre Jasper avait expérimenté une nouvelle gamme de teint, passage du livide au verdâtre en à peine quelques secondes. Cette fille était folle à lier, je n'en avais jamais douté une seconde.

Nous avions passé le reste de la soirée dans la salle de musique, laissant nos amis étaler leur créativité devant nos yeux et nos oreilles avides. Edward et Démétri s'étaient mesurés à la guitare et si, l'espace d'un instant, mon cœur fut étreint par un soupçon de crainte, l'air rieur de mon ami me rassura. En revanche, mon mari, lui, semblait des plus sérieux. Je déplorais constamment cette rivalité entre eux et jusqu'à ce que Démétri soit sans doute marié, Edward n'aurait de cesse de se mesurer à lui. C'était stupide et puéril, mais je ne pouvais m'empêcher de trouver ça mignon, comme une idiote. Un homme jaloux était un homme qui me faisait chavirer, au fond. Surtout quand il s'agissait de mon sexy comme l'enfer de mari. Avais-je déjà dit que j'étais pathétique ? Parce que lorsque je me mettais à avoir ce genre de pensées mièvres, et bien, c'était l'effet que je me faisais. Et tu as entièrement raison, ma pauvre.

Emmett et moi avions discrètement taquiné Alec, qui, étrangement, se tenait à nouveau aux côtés de Tanya. La chanteuse des Spunk Ransom discutait tranquillement avec lui, jouant avec ses boucles blondes de temps à autre et riant à ses blagues stupides. L'idée séduisante qu'elle puisse inconsciemment répondre à l'appel de notre bassiste m'avait plu un peu trop, mais qu'y pouvais-je ? Je la voyais davantage comme une martyre qu'une véritable rivale, pour dire vrai. Enfin bon, maintenant, je ne devrais plus réellement m'en soucier, notre mariage mettant entre elle et Edward une barrière qu'elle n'aurait jamais l'affront de surmonter. J'étais parfaitement consciente que la jalousie inconditionnelle que je lui avais toujours vouée ne lui rendait pas justice : elle n'avait jamais tenté quoi que ce soit du genre envers mon mari. Pour autant, c'était plus fort que moi, comme maladif ou compulsif. Mon esprit l'associait automatiquement à l'idée de rivalité pour Edward.

Lorsqu'elle était arrivée avec les autres, j'avais attentivement analysé ses prunelles grises, en quête de la douleur abyssale que j'y avais lue, le jour de notre mariage. A ma grande surprise, elle ne m'avait plus semblée aussi déchirée qu'elle avait pu l'être. Sans doute s'était-elle faite une raison, ça m'importait peu. Elle était la femme qui, victime de son propre amour, préférait souffrir dans son coin. Si je ne me savais pas autant égoïste, j'aurais pu croire que j'avais là une poussée d'altruisme envers elle. Mais ma possessivité maladive se moquait doucement d'elle et de son chagrin. J'étais une vraie pourriture de me réjouir de son malheur. Alors, dans le vain espoir de me racheter, j'avais comploté avec les gars, œuvrant pour qu'Alec et elle fasse le couple idéal. Il me semblait que c'était la moindre des choses que je pouvais faire pour elle après l'avoir dépouillée de l'homme de ses rêves.

Bien sûr, je savais que ça prendrait du temps. Tanya était amoureuse d'Edward depuis des années. Comment pourrait-elle l'oublier en quelques semaines ? L'amour était tellement destructeur quand il n'était pas porté en retour. Ça n'était pas nouveau et bien que cette pensée m'eut souvent traversé l'esprit, elle ne perdait jamais de sa véracité. Quand Edward était parti pour Boston, j'avais vu mon monde voler en éclats, l'ensemble de mes repères s'envolant avec lui pour la grande ville. Il avait emporté une partie de mon âme – si ce n'est sa totalité – avec lui dans sa quête de reconnaissance et de succès.

Parfois, l'idée saugrenue que je devrais lui en vouloir d'être parti pointait dans mon esprit mais je la repoussais avec force. J'avais déjà dit à Edward que j'avais compris, avec le temps, les raisons de son départ. La musique, c'était sa vie, l'essence même de sa personnalité. Je n'avais jamais vu quelqu'un aussi drogué de musique qu'il ne pouvait l'être. Il ne se passait pas un jour sans que ses longs doigts n'effleurent les cordes délicates de sa guitare ou bien qu'il sifflote un air de manière presque inconsciente. Pas un seul jour.

Je sursautais violemment lorsque mon téléphone se mit à sonner, sur la table de nuit. Enfermée dans mes souvenirs des trois dernières semaines, j'avais complètement perdu pied et m'étais éloignée de la réalité. Riant toute seule pour mes idioties, je m'emparais du portable et jetais un coup d'œil à l'identifiant. Victoria. Notre rouquine coulait de jours heureux avec Garrett, tous les deux aussi dingues l'un que l'autre. Bon sang, et dire que nous nous étions tous retrouvés dans ce restaurant de charme ! Mes joues chauffaient encore de ce que j'avais osé faire. Et devant ce serveur déjanté, seigneur. Edward l'avait déjà vu à notre mariage mais j'espérais qu'il tiendrait sa langue jusqu'à la tombe. Mon mari en ferait une crise cardiaque si jamais il apprenait quoi que ce soit.

« Salut ! dis-je avec humeur. Me relevant, je rejetais les couvertures pour m'attarder quelques secondes devant la vue panoramique, ne me souciant pas un instant de ma nudité. Vu de hauteur, le jardin était digne des palais d'antan et j'avouais adorer ça. Ça me donnait l'illusion d'être une princesse.

- Salut ma belle ! répondit notre manager sur le même ton. Comment va notre jeune mariée ? Ta libido doit battre des records ! s'exclama-t-elle, pouffant dans son coin. Une voix grave vint ricaner à ses côtés et je présumais que c'était là Garrett. Je roulais des yeux.

- Bon sang, c'est fou ce que les gens peuvent s'inquiéter de ma vie sexuelle, ces derniers temps, me moquai-je tout en m'extirpant du spectacle qui s'étalait devant mes yeux avides. Je quittais la chambre pour entrer dans la salle de bain, jaugeant mon sourire niais et mes cheveux ébouriffés. Nue comme dans mes premiers jours, je priais pour que la femme de ménage ne débarque pas à l'improviste, autrement, nous pourrions être toutes les deux extrêmement gênées.

- Hey, en général, les premiers mois de mariage sont ceux où tu connais le plus d'orgasmes alors je peux bien te questionner là-dessus, non ? interrogea la rouquine, rieuse. Et Garrett est totalement d'accord avec ça, crut-elle bon d'ajouter. J'activais le haut parleur du téléphone et le posais à côté du lavabo.

- Bah voyons, pourquoi ça ne m'étonne pas des deux cochons que vous êtes ? ris-je aux éclats, attrapant un élastique pour nouer mes cheveux en un chignon lâche. Je n'avais pas encore fait enlever mes extensions et en vérité, Edward avait avoué adorer que j'ai les cheveux de nouveau longs. Je comptais donc les laisser repousser tranquillement.

- Les deux cochons que nous sommes ? s'offusqua faussement Garrett, s'emparant du téléphone. Désolé chérie mais je ne me suis pas masturbé devant toi, moi.

- Garrett ! m'écriai-je, outrée. Alors ça, c'est vraiment, mais alors, vraiment petit ! me plaignis-je, me mettant de profil devant la glace murale. »

Me penchant, j'observais le tatouage sur ma nuque, une vague d'amour m'emplissant soudainement. J'avais fait inscrire son prénom sur ma peau, affichant égoïstement à qui il appartenait, avec qui il vivait et couchait. Edward était mien, ainsi, de toutes les manières possibles. Evidemment, c'était déjà le cas, mais faire ce tatouage m'avait semblé naturel, dans l'ordre des choses. En fait, je trouvais que c'était la finalité de notre mariage. Plus de doutes, plus de peur, plus rien. Juste de l'amour, du bonheur et du plaisir. Beaucoup de plaisir, selon Victoria.

Nous nous étions rendus chez le tatoueur quelques jours après notre nuit de noces, une fois que toute l'effervescence autour de notre mariage était retombée. Enfin, de notre côté du moins, puisque les paparazzis s'étaient affolés et s'étaient mis à nous traquer, prenant en photos nos alliances flambant neuves et nos mains liées, la plupart du temps. Si j'avais toujours un mal de chien avec ces intrusions intempestives dans nos vies privées, me dire que je finissais par m'y habituer était effrayant, en soi. Comment pouvait-on accepter que ces requins traînent tout le temps dans nos pattes afin de photographier le moindre de nos faits et gestes ? Je pense sincèrement que le fait que l'on ait pas vraiment le choix, à vrai dire, avait joué une grande part dans ma propre acceptation ou fatalité vis-à-vis de ça, appelez ça comme vous le voulez.

Toujours est-il qu'ils nous avaient suivi jusqu'à chez le tatoueur où nous étions restés quelques heures. J'avais fait graver le prénom d'Edward sur ma nuque et mon propre prénom était maintenant inscrit sur sa hanche droite, bien plus gros et décoré que pour moi. Pas spécialement douillette, j'avais quand même un certain seuil de douleur à ne pas dépasser alors je m'étais cantonnée à une écriture de type gothique, choisie avec Edward. Quant à lui, il avait porté son choix sur une police fine et recherchée. Délicate. Il avait dit que cet adjectif me correspondait bien, mais je pensais sincèrement qu'il m'avait bernée pour ce coup-là. En quoi étais-je délicate, sincèrement ? Enfin bon, toujours est-il que voir mon prénom inscrit dans sa chair, et bien merde, ça m'avait remué les tripes et pas qu'un peu. Ça avait été la touche finale pour que je ne décrète que notre mariage avait été des plus parfaits.

« Bella, tu es toujours avec nous ? La voix de Victoria résonna dans la salle de bain, me ramenant à nouveau dans la réalité.

- Ouais, pardon, m'excusai-je, laissant retomber les cheveux.

- Tu repensais à ta nuit chaude ? questionna Garrett derrière notre manager. Je retenais le soupir d'agacement qui voulait franchir mes lèvres. Ne comprenaient-ils pas que l'amour n'était pas uniquement le sexe ? Que de temps à autre, Edward et moi pouvions parler au lieu de nous envoyer en l'air comme des chauds lapins.

- Ouais, grondai-je, légèrement mauvaise. Je pensais à sa longue et large queue qui m'emplira de la plus belle des manières quand il reviendra du studio, claquai-je sèchement. Et au fou rire qu'il eut de l'autre côté de combiné, mes mots crus avaient fait mouche.

- Tu ne vois pas que tu l'embarrasses avec tes questions ? le rabroua Victoria en fond, s'emparant certainement du téléphone au vu du bruit que j'entendis soudain. Cesse donc d'écouter cet obsédé, rit-elle de son rire rauque et sexy. Je crois que le sexe est aussi important que boire ou manger, pour lui. Pas que je m'en plaigne, d'ailleurs, nota-t-elle avec un nouveau gloussement, mais il va falloir supporter ses remarques salaces.

- Remarque, fis-je avec décontraction, c'est pas comme si ça changeait d'Emmett ou Alec. On est déjà sacrément bien lotis avec ces deux énergumènes, pouffai-je. Un de plus ou un de moins, je ne devrais plus être à ça près.

- Je ne te le fais pas dire, répondit en écho notre manager, me rejoignant dans mes rires.

- Tu m'appelais dans un but précis ? finis-je par lui demander, cessant de reluquer mon tatouage. Je pris le peignoir accroché derrière la porte et l'enfilais, histoire de ne pas me retrouver en tenue d'Eve face au personnel.

- Les gars m'ont dit que tu ne venais pas au studio, aujourd'hui ? questionna-t-elle et au ton sérieux de sa voix, je sus que son badinage était bel et bien terminé. Elle se plaçait de nouveau dans la peau de notre manager féroce, prête à me botter le cul si j'osais trainer aujourd'hui au lieu de travailler.

- Je voulais essayer de composer, en fait, me justifiai-je tout en ôtant le haut parleur du téléphone. Je sais que le groupe n'a pas été très productif cette semaine et je suis également consciente du fait que c'est intégralement ma faute. Je n'ai pas été assez dispo pour les gars.

- Pas uniquement ta faute, me corrigea-t-elle doucement. Démétri et les autres peuvent composer sans toi. Ils ont juste besoin de ta validation sur leurs morceaux, mais tu n'es pas la seule à blâmer. Elle soupira, comme si elle s'apprêtait à me dire un truc déplaisant. Ce qui était sûrement le cas, d'ailleurs.

- Va s'y, lâche le morceau, l'incitai-je. Plus vite je saurais, mieux ce sera.

- Le truc, commença-t-elle après une brève inspiration, c'est que votre carrière, tout comme celle des Spunk Ransom d'après ce que m'en a dit Carlisle, a pris un méchant coup de fouet avec votre mariage. Les fans vous réclament, Bella. Ils veulent vous voir sur les devants des scènes, s'arrachent vos singles et albums. Je n'arrive toujours pas à croire qu'un boom pareil puisse nous arriver, mais c'est une aubaine ! s'exclama-t-elle avec force. Vous avez déjà fait votre entrée dans la cour des grands, mais là, ça n'est pas juste un putain de tremplin. C'est une place VIP dans un carré tranquille où l'on ne pourra plus vous toucher. Les Spunk Ransom sont sur le marché depuis plus longtemps donc fatalement, ils ont déjà été propulsés au rang de Rock Star, mais c'est au tour des Ribson Keane d'entrer dans la danse.

- Et pour ça, on a besoin de nouveaux titres, ajoutai-je avec une grimace. Ouais, ouais, je comprends. On a tous merdés ces dernières semaines alors que c'est la folie furieuse au dehors.

- Je suis désolée d'éventrer ton nuage de bonheur comme ça, ma chérie, mais la réalité est toujours là et elle t'attend. Elle vous attend tous les quatre. Victoria marqua une courte pause où je l'entendis discuter brièvement avec Garrett et enfin, elle reprit. Il nous faut des résultats, Bella. Tu n'as pas le choix. Vous n'avez pas le choix. Vous ne pouvez pas vous permettre de louper une occasion pareille parce que tu peux être certaine qu'elle ne se représentera pas une seconde fois.

- J'imagine que tu as desservi le même discours aux gars, m'amusai-je, descendant rapidement les escaliers pour me diriger vers la cuisine. J'adressais un rapide signe de tête et un sourire chaleureux à notre gouvernante avant de m'installer à table. Immédiatement, elle se mit à me préparer un petit déjeuner. J'adorais cette femme.

- Tout juste, m'apprit la rouquine avec moquerie. Alec est celui qui a le moins apprécié, d'ailleurs, mais peu importe.

- Ouais, je comprends et je m'excuse sincèrement pour ce retard, dis-je, piteusement. En fait, je ne pensais pas du tout que notre mariage aurait ce type d'effet. Evidemment, j'ai bien vu que tous les tabloïds en parlait et avec la quantité de paparazzis que Volturi avait invité, ça aurait été difficile autrement, mais quand même ! Pourquoi ne pas nous en avoir parlé plus tôt ? m'enquis-je, surprise. Victoria savait parfaitement que le groupe était et restait notre priorité, quels que soient les événements qui se passent. Cette rétention d'informations était des plus étonnantes, en y réfléchissant.

- Tu avais le droit à un peu de tranquillité, avoua-t-elle avec tendresse. Edward et toi n'avez pas eu de voyage de noces alors j'ai voulu vous foutre la paix quelques temps. Mais là, ça finit par devenir urgent et on doit bouger.

- Merci beaucoup, remerciai-je notre gouvernante lorsqu'elle disposa mon petit déjeuner sous mes yeux gourmands. Ouais, Victoria, ne t'en fais pas, je comprends, répétai-je, glissant un sucre dans mon café. Je vais rester à la maison pour composer aujourd'hui et demain, on se verra tous au studio pour faire le point. Qu'est-ce que tu en penses ?

- Ça me parait bien, approuva-t-elle. On est pas à un jour près mais d'ici la fin de la semaine, on doit pouvoir présenter notre stratégie offensive à Volturi. Et le rassurer sur la venue très prochaine de nouveaux singles, ça, ça serait le must.

- Tu m'en diras tant, ris-je doucement. Bon alors on fait comme ça. Je serais au studio pour huit heures demain matin et on voit avec les gars ce que l'on fait. J'espère bien avancer aujourd'hui pour pouvoir leur proposer quelque chose demain, mais je ne garantis rien.

- Ne te bile pas pour ça, me rassura-t-elle. On voit ça demain ma belle, ok ? Bon courage ! »

Nous raccrochâmes quelques instants plus tard et j'engloutis rapidement mon petit déjeuner, discutant quelques minutes avec notre gouvernante. Mme Cope était une femme approchant la soixantaine, chaleureuse et aimante. Je me faisais l'effet d'être une petite fille choyée et gâtée lorsque je passais entre ses mains. Elle avait toujours une parole gentille pour Edward et moi et je l'adorais littéralement. Et puis, le fait qu'elle soit un véritable cordon bleu était le petit plus qui me faisait littéralement fondre. Nous avions fait une affaire en la prenant à notre service.

Je grimpais les marches quatre à quatre avant de filer sous la douche et de redescendre pour m'enfermer dans notre studio personnel. Edward n'aurait pas pu mieux prévoir que cette salle dédiée à notre musique. Jasper et Emmett l'avaient aidé à installer un semblant de cabine d'enregistrement et m'avaient tous trois montré les bases. En d'autres termes, si j'arrivais à créer quelque chose de potable aujourd'hui, j'étais en mesure de l'enregistrer et de le graver pour le faire écouter aux gars demain. Ce qui était déjà pas mal, à mon sens.

Je laissais glisser mes doigts sur le piano, en appréciant la surface lisse, le grain parfait. Mes doigts effleurèrent les touches blanches et noires, majestueuses et sensibles. Piano dont je ne savais pas jouer une traitre note. Il me semblait qu'Edward l'avait fait installer pour Tanya et à vrai dire, mon cher et tendre époux s'était avéré riche comme Crésus. Alors un piano de plus ou de moins, ça n'avait pas fait grande différence. Je localisais ensuite la guitare électrique et en passais la sangle avant de prendre mon téléphone et d'appeler Démétri, enclenchant à nouveau le haut parleur.

« Salut Bella, me répondit son beau ténor après deux tonalités. Comment va ?

- Bien, dis-je avec enthousiasme. Je suis dans notre studio, à la maison, prête à me glisser dans la peau de Joan Jett, plaisantai-je tout en grattant les premiers accords.

- Ouais, j'entends ça, rit-il avant que sa voix ne s'éloigne. Tu m'entends ? reprit-il après quelques secondes.

- Oui, fis-je en laissant à nouveau mes doigts trainer sur les cordes. Mais tu es un peu loin, non ?

- C'est pour que les gars t'entendent, m'expliqua-t-il tandis que je l'entendais bouger dans la pièce.

- Hello ma belle, fusa aussitôt en fond sonore et au ton enjoué, je reconnus notre bassiste.

- Salut gamin, souris-je, amusée.

- Pas envie de nous voir, aujourd'hui ? s'enquit Félix en tapotant sur sa batterie.

- Jamais, tu sais bien que je vous adore trop pour ça, ricanai-je, me sentant subitement seule dans notre studio improvisé. C'était vrai que j'aurais pu composer avec eux dans les parages. Qui sait, ça m'aurait peut-être même aidé. J'avais juste joué la carte de l'égoïsme et avais voulu rester terrée dans mon trou une journée de plus. Une dernière journée avant de reprendre totalement pied dans la réalité.

- Y a intérêt, grommela Démétri, se rapprochant du téléphone. Je pouffais doucement.

- Je suppose que vous avez eu une petite conversation avec Victoria ? questionnai-je, réajustant mes cheveux. Mon chignon tombait en lambeaux sur mes épaules.

- Oh que oui, s'écria Alec, apparemment dépité. Entre deux cris avec Garrett, elle a daigné nous expliquer la raison de son appel.

- Oh seigneur, éclatai-je de rire, pas vraiment étonnée. Son serveur de mec traitait la sexualité comme s'il lisait le journal du matin. Il était tellement ouvert là-dessus que ça pourrait en être vraiment gênant. Et mes amis en avaient visiblement fait l'expérience.

- Où est-ce qu'elle a été se dégotter un gars pareil, je me le demande ! s'exclama Félix et je l'imaginais sans mal, les bras croisés sur sa poitrine, secouant la tête avec une grimace.

- Sais pas, mentis-je gauchement, mes joues se réchauffant à la vitesse du son.

- Menteuse ! nia notre bassiste avec aplomb. Tu avais l'air de parfaitement le connaître, à ton mariage. J'écarquillais les yeux. Putain, j'étais coincée. Je ne m'étais même pas aperçue que ce petit plaisantin m'avait observé avec une telle clairvoyance. Enfin bon, connaître était un bien grand mot. Bella, je t'en prie ! Tu as déjà vécu une situation intime avec lui alors tu peux bien dire que tu le connais, non ? Ouais, vu sous cet angle, ça craignait. Vraiment. Je me grattais la tête à la recherche d'un échappatoire. Heureusement qu'ils n'étaient pas tous les trois en face de moi, autrement, j'étais cuite.

- En fait … laissai-je trainer, cherchant désespérément de quoi satisfaire leur curiosité.

- En fait … ? répéta Démétri, insistant. Au ton de sa voix, je savais que cet idiot souriait. Ils devaient sourire tous les trois. Je savais pertinemment combien ils adoraient me mettre mal à l'aise.

- On l'a rencontré à mon enterrement de vie de jeune fille, lançai-je tout à trac, me mordant la lèvre. Et alors, ils se mirent à rire comme des bossus, prêts à s'en taper le cul par terre.

- Je le savais ! pépia Alec, prédominant les fous rire des deux autres. Putain, je vous l'avais pas dit ? Il attendait visiblement les approbations de Félix et Démétri.

- C'est vrai, finit par répondre notre brun ténébreux lorsqu'il fut calmé. Et je te dois 50 dollars. Je roulais des yeux face à ses paroles.

- Vous traînez trop avec Emmett, les gars, les rappelai-je à l'ordre, rieuse. Sa folie des paris vous a carrément atteint.

- Bon dieu ! fit notre guitariste, comme électrisé. Je ne veux même pas savoir ce que vous avez fait à ton enterrement de vie de jeune fille si Victoria a rencontré un gigolo comme Garrett ! Putain ça devait être foutrement chaud !

- Et ça l'était, laissai-je échapper tout à mes souvenirs. Enfin, me rattrapai-je aussitôt devant leurs cris scandalisés, c'est une autre histoire dont je ne vous parlerais jamais.

- Oh je t'en prie, Bella ! s'exaspéra faussement Félix. Tu peux pas nous livrer des détails comme ça et nous couper la chique. Tu viens de choquer mes petites oreilles fragiles. Et maintenant que je sais que tu t'es éclatée, je veux absolument savoir.

- Tu me rappelles Alice avec ce genre de comportement, le taquinai-je, tentant vainement de le faire oublier de quoi nous parlions, juste. C'était tellement embarrassant que je me félicitais de ne pas les avoir retrouvés au studio. Je n'aurais pas pu me terrer dans un trou de souris.

- On s'en fiche ! reprit Alec avec impatience. Alors, raconte, Belly Jean ! Où est-ce que vous avez été ?

- En fait, leur confiai-je, Rose et Alice nous ont fait nous déguiser avant que l'on parte.

- Vous ? releva Démétri.

- Ouais, Esmée, Victoria, Rose, Alice et moi, répondis-je, reposant la guitare sur son pied. Je pris le téléphone dans les mains et allais m'asseoir dans le sofa, me surprenant moi-même de ce que j'allais confier à mes amis. C'était intime mais en un sens, ils faisaient partie de ces personnes à qui je pouvais tout confier sans peur d'être jugée. Et entendre leur réaction suite à notre soirée déjantée, ça allait être jouissif. Oh oui.

- Tanya n'était pas là ? s'enquit Alec, négligemment. Il jouait déjà au mâle possessif et c'était tordant.

- Non et la pauvre aurait été en état de choc si elle nous avait suivi !

- Bordel, c'est à ce point ? ricana fortement notre batteur.

- Je compte sur vous pour ne jamais plus en reparler, d'accord ? m'inquiétai-je brièvement. Si jamais ça venait aux oreilles d'Edward, putain, je n'ose même pas imaginer la crise qu'il ferait.

- Oh putain ! rit Démétri de plus en plus fort. Vous êtes allées dans un club échangiste ou quoi ?

- Bah … je les taquinais, joueuse. Et leurs réactions ne se firent pas attendre.

- QUOI ? hurla Alec et je le voyais sans mal, les yeux exorbités, la bouche grande ouverte. Dans … dans un club échangiste ? balbutia-t-il, définitivement choqué. J'en ricanais.

- Franchement, ça n'était pas des échangistes mais c'était tout comme. L'ambiance était si chaude dans la discothèque qu'on voyait des gens sur le point de faire l'amour dans tous les coins.

- Oh merde, ça, c'est du dossier, marmonna Félix, comme à cours de mots. Je peux juste pas le croire.

- Les filles m'ont emmené dans un restaurant de charme, lançai-je tout à trac, leur laissant à peine le temps de se remettre de leurs émotions.

- Sérieusement ? Je sentais que le pauvre gamin retenait son souffle.

- Oui, sérieusement, confirmai-je, un sourire hilare sur les lèvres. Je n'avais pas besoin d'être devant eux pour savoir quelles expressions ils arboraient. Parce que le silence de plomb qui cueillit mes paroles ne laissa aucun doute quant à leur stupéfaction.

- Je ne peux juste pas le croire, répéta notre batteur, comme abasourdi. Tu ne peux pas avoir fait un truc pareil, murmura-t-il. Le choc était peut-être plus grand que je ne l'aurais pensé et je ne résistais pas : j'éclatais de rire, pouffant comme une démente devant leurs réactions.

- Bon sang les gars, remettez-vous ! Vous ne pensiez tout de même pas que j'étais vierge ? les charriai-je, amusée.

- Bien sûr que non, répondit immédiatement Démétri, mais le fossé entre ça et un putain de restaurant de charme est

- Pas si grand que ça, le coupai-je, moqueuse. Je ne passe pas mon temps à regarder Edward dans le blanc des yeux, les gars. Bon dieu, d'où est-ce que vous vient cette idée ? Je ne suis pas une ingénue ! me plaignis-je, les yeux humides tant je riais.

- Tu es notre chanteuse, Bella, expliqua Félix de sa voix profonde. Pour ma part, tu es la fille que je respecte sans doute le plus au monde, après Heidi. Te connaître sous cet angle, c'est … il hésita et je le visualisais presque se gratter la joue … étrange.

- C'est juste un enterrement de vie de jeune fille, leur rappelai-je avec douceur, mon hilarité brutalement éventrée. Ils étaient si calmes, tous les trois, que ç'en était vraiment perturbant. Je ne voulais même pas penser à l'éventualité de les avoir choqués. Ça me semblait trop absurde et délirant, bien que leur absence de répartie ne faisait que m'enfoncer dans cette idée.

- Enfin, changea brutalement Alec de sujet, pourquoi est-ce que tu nous appelais, au juste ?

- Victoria m'a remis les pendules à l'heure concernant le groupe, soupirai-je, secouant mes cheveux. Je n'aimais pas ce climat de gêne dans lequel nous étions tous les quatre enfermés. Ils avaient voulu savoir alors étais-je vraiment à blâmer pour le leur avoir dit ? Je détestais chaque seconde de cet instant.

- Ah oui ? embraya notre guitariste, mine de rien. Il n'avait jamais su feindre quoi que ce soit et ça n'était certainement pas aujourd'hui qu'il allait m'y tromper.

- Façon de parler, rectifiai-je avec une grimace. Elle m'a dit qu'il était temps pour nous de sortir un nouveau single et de travailler sur notre prochain album. Notre carrière vient à peine de décoller et c'est malheureux à dire, mais visiblement, mon mariage nous a fait une pub du tonnerre. Les gens s'arrachent nos albums et le phénomène se retrouve chez les Spunk Ransom.

- On doit se bouger avant que l'euphorie ne retombe, approuva Félix.

- Exactement, dis-je avec un semblant d'enthousiasme. Je voulais me réserver l'après-midi pour composer et essayer de vous présenter quelque chose, demain matin. Evidemment, je n'ai pas vos talents pour jouer ou composer, mais je peux toujours essayer.

- Nous avons adoré chacune des compositions que tu nous as présentées, rappela Alec, ayant perdu sa stupidité naturelle. Tout cela était tellement étrange, tellement inattendu. N'y avait-il pas cinq minutes, nous riions comme des bossus ? Ces conneries me tuaient, littéralement. Peut-être que le malentendu entre les Spunk Ransom avait débuté sur une merde de ce style, qu'en savais-je ? Edward n'avait jamais daigné m'en parler et que je sois damnée si je l'avais forcé à le faire.

- Peut-être, haussai-je une épaule, préoccupée par cette ambiance morose et silencieuse. On a rendez-vous avec Victoria demain pour faire un point sur où on est tout, notre carrière et tout ce qui va avec, d'accord ?

- Pas de problème, rétorqua Démétri au loin. La mort dans l'âme, je m'apprêtais à raccrocher lorsque je me ravisais.

- Je vous aime les gars, sachez-le, ok ? »

Et sans leur laisser le soin de me répondre, je coupais la communication. Le cœur serré, je fixais le portable entre mes doigts, confuse et incomprise. Comment la conversation avait-elle pu tourner en ça ? Ça, c'était cette atmosphère saturée et gênée. Ça, c'était ces non-dits qui planaient entre nous, me donnant un violent coup au cœur. Ça, c'était ma croyance en eux qui en prenait un sacré coup. Après m'être dit qu'ils faisaient partie de ceux à qui je pouvais tout dire, tout avouer, m'apercevoir que finalement, ça n'était pas tant le cas que ça, c'était me prendre une putain de gifle en plein visage. Et je détestais ça.

Les choses n'auraient pas dû se passer comme ça. Une fois la nouvelle digérée, nous aurions dû en rire. Ils se seraient moqués de moi, m'auraient certainement charriée vis-à-vis de mon audace et j'en aurais rougi de honte. Et ensuite, nous aurions parlé des compositions que j'allais tenter de faire aujourd'hui, du ton de notre nouvel album, de l'état d'esprit dans lequel nous étions tous. Au lieu de ça, je me retrouvais à observer stupidement mon portable, espérant en vain qu'ils appellent pour s'excuser. Mais je savais qu'ils ne le feraient pas alors je laissais tomber.

Etendant mes jambes et posant les pieds sur la table basse, je me remémorais la dernière fois que j'étais venue dans cette pièce, entourée. Pas des Ribson Keane, comme je l'aurais souhaité, mais des Spunk Ransom. Les gars avaient eu besoin de répéter un morceau pendant que leur chanteuse déjeunait avec Alec, en ville.

« Salut les gars ! les avais-je salué avant de me diriger vers Edward pour le gratifier d'un chaste baiser. Quoi de neuf ? les avais-je questionné tout en m'appuyant contre le piano. Tanya n'est pas là ? m'étais-je étonnée avant qu'Emmett n'étouffe un rire.

- Elle est de sortie, ce midi, m'avait-il répondu, rieur. Ton bassiste l'a emmené déjeuner.

- Sans rire ? avais-je demandé, les yeux grands ouverts. Il a osé se lancer ?

- Faut croire, avait ricané Jazz, grattant distraitement les cordes de sa basse.

- J'avais parié qu'il aurait pas les tripes de le faire, avait marmonné Edward, entourant ma taille de ses bras chauds. Je m'étais laissée aller contre lui, souriante. Puis j'avais secoué la tête face à leurs propos.

- Vous et vos satanés paris, avais-je grommelé, provoquant l'hilarité des trois musiciens. Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, avais-je poursuivi avec une grimace. Leurs rires n'en avaient que redoublés.

- Dis-moi, Bella, maintenant que tu es là, avait ensuite entamé Jazz, une fois leurs ricanements passés, tu as quelque chose de prévu ?

- Si tu veux m'accuser d'espionnage industriel, je décline toute responsabilité, avais-je automatiquement répondu, souriant de toutes mes dents. Le colosse avait ri à gorge déployée face à mes propos.

- Belly Jean, voyons ! s'était exclamé Emmett, son torse large secoué au rythme de ses rires. Pourquoi voudrais-tu qu'on t'accuse d'un truc pareil ? A moins que … il avait laissé sa phrase en suspens, m'analysant ensuite d'un œil soupçonneux. A moins que tu ne te sois vendue toute seule, avait-il dit, les yeux plissés. Cette fois, c'est Edward qui avait éclaté de rire.

- Non mais tu t'entends, espèce d'imbécile ? avait-il pouffé, collant son front contre mon épaule. N'importe quoi !

- Eh, on sait jamais ! avait-il haussé les épaules. On est jamais trop prudent. J'avais levé les yeux au ciel et je remarquais que Jasper m'avait imité.

- Tu voulais me demander quelque chose ? avais-je fini par questionner le blond, quelques secondes plus tard. Il s'était gratté le crâne, comme embarrassé.

- Ça m'embête de te demander ça, mais Tanya n'étant pas là, c'est emmerdant de faire la répet' sans elle, avait-il enfin expliqué, une grimace barrant son adorable visage.

- Vous voulez que je chante à sa place ? m'étais-je écriée, abasourdie.

- Ouais, si ça ne te dérange pas, m'avait soudoyé mon mari, picorant ma gorge de tendres baisers. Ça serait vraiment cool, si tu pouvais faire ça, très chère Mme Masen.

- Joue donc la carte de la corruption affective, Masen, l'avais-je faussement enguirlandé, me tournant entre ses bras pour l'embrasser amoureusement. Je m'étais ensuite rappelée que nous n'étions pas seuls et m'étais écartée pour plus de sécurité. Tanya et moi n'avons pas du tout le même timbre de voix, avais-je cru bon de rappeler alors qu'ils s'emparaient déjà de leurs instruments.

- Pas grave, avait décrété Emmett, assis sur son tabouret, baguettes en main. On veut simplement être sûrs que l'on est opérationnels sur notre dernier morceau.

- Shape of love ? avais-je questionné, mes yeux suivant Edward comme une seconde peau. Il s'était installé au piano, ses longs doigts flattant les touches pâles avec une sorte de révérence.

- Exact, avait acquiescé Jasper, réglant le micro devant lui. Les paroles sont sur la table, m'avait-il précisé et je m'en étais emparée, l'air de leur nouveau titre déjà en tête. »

Cette chanson, je l'avais entendu des dizaines de fois et à chaque fois, l'effet était identique. Je me mettais à trembler de la tête aux pieds, le cœur battant la chamade, les larmes au bord des yeux. Parce que ce morceau était triste à en mourir et qu'il était une de leurs plus belles œuvres. Avec la voix cristalline de Tanya, j'avais eu l'impression de me prendre un coup de massue sur la tête, la première fois que j'avais assisté à leur répétition. Elle m'avait clouée au plancher avec son timbre clair, sa voix haut perchée, atteignant des notes que je me savais incapable de sortir. Bien sûr que je l'avais jalousée, mais l'émotion m'enserrant la gorge, je m'étais contentée d'ouvrir grand mes oreilles et de me régaler du spectacle que les Spunk Ransom avaient pu m'offrir.

C'était un adieu. A travers cette chanson, leur chanteuse tournait la page et ouvrait les bras à un avenir radieux et joyeux. Un avenir avec Alec, peut-être, personne ne pouvait le prédire. Mais chacune de ses paroles avait trouvé un écho en moi, m'emplissant d'émotions et de soulagement. Evidemment, à la fin du titre, j'avais reniflé tout sauf gracieusement et essuyé mes joues baignées de larmes, mais le sourire rayonnant de mon mari m'avait réchauffé le cœur, le soulageant de la tristesse dans laquelle il avait été plongé durant quelques minutes. Le temps d'une chanson.

Anna Tsuchiya – Shape of love

Je m'étais finalement installée au micro, les paroles devant les yeux. Et alors, Edward s'était mis à plaquer les accords au piano, me faisant perdre mon souffle. Jasper avait ensuite embrayé, grattant avec une quasi tendresse les cordes de sa basse, Emmett les suivant de peu, calme et concentré. Je l'avais toujours connu déchaîné, tambourinant sur sa batterie comme la brute épaisse qu'il était. Le voir traiter son instrument avec une sorte de révérence, m'avait chamboulée. Ils avaient tous saisi la portée de cette chanson et ses implications, en fait. La pensée qu'ils étaient tous les trois au courant des sentiments que Tanya portait à Edward m'avait frappée l'espace d'un instant, mais j'avais préféré écarter cette pensée fumeuse pour prêter ma voix aux Spunk Ransom, l'espace d'une seule et unique chanson.

Mon timbre grave s'était suppléé aux notes aiguës de Tanya, les embarquant tous dans une nouvelle mélodie. Ma propre mélodie. Edward excellait au piano, force m'avait été de le reconnaître. Tout en chantant, mes yeux n'avaient pu se détacher de ses doigts effilés, virevoltant sur les touches blanches et noires, en tirant des sons d'une perfection inouïe. Et c'est en le dévorant du regard que j'avais susurré « My love, my love » au micro, le faisant se tourner dans ma direction. Il avait eu de nouveau les prunelles brillantes, comme lorsque nous nous étions retrouvés seuls dans la limousine, le jour de notre mariage. Le moment fatidique où il avait dit que les choses n'auraient pas dû se passer comme ça et que j'aurais dû être à la place de Tanya, dans leur groupe.

Je m'étais sentie fière, en cet instant là, parce l'émotion que j'avais entraperçue en lui, m'avait touchée de la plus profonde des manières. Je m'étais sentie honorée d'occuper la place de Tanya, l'espace d'une chanson, me prouvant à moi-même que oui, j'étais capable de chanter pour les Spunk Ransom. Oui, j'étais à leur hauteur. Et l'amour qui avait transpercé les iris émeraude d'Edward n'avait été que la cerise sur le gâteau.

« Bon dieu, avait soufflé Jazz une fois qu'Edward eut plaqué les derniers accords. Ça, c'était de la chanson. J'en ai des frissons ! s'était-il exclamé tout en posant sa basse. Faussement désinvolte, j'avais haussé les épaules.

- C'est votre chanson, avais-je dit pour la forme. Secrètement, ses paroles me rendaient folle de joie. Comment ne l'aurais-je pas été ? J'avais toujours considéré les Spunk Ransom comme hors de portée, trop brillants et lumineux pour moi, même du temps où je ne faisais pas partie des Ribson Keane.

- Vrai, avait acquiescé Emmett, mais son interprétation est tienne et uniquement tienne. J'avais haussé un sourcil à son intention.

- Es-tu en train de me faire un compliment ou bien mes oreilles me jouent des tours ? l'avais-je charrié, un large sourire me barrant le visage. L'ours s'était approché de moi, glissant son énorme bras sur mes épaules et me collant contre sa montagne de muscles.

- Edward t'a rendue sourde ou quoi ? m'avait-il rétorqué, sournois. J'ouvris la bouche, scandalisée qu'il ait pu me sortir une pique pareille. Enfin, connaissant le phénomène, je n'aurais même pas dû m'étonner mais tout de même. Alors sur le même ton badin, je lui avais répondu.

- Peut-être bien, avais-je ricané, jetant un regard en coin en direction d'Edward. Un lent sourire suffisant avait fleuri sur ses lèvres pleines à mes paroles. Je suis même certaine que tu ne peux pas combler Rosalie autant qu'Edward ne le fait avec moi, l'avais-je taquiné, tapant volontairement là où ça faisait mal. Emmett et sa virilité, c'était tout une affaire.

- Ah ouais, gamine ? avait-il immédiatement répondu, perdant son air rieur. Ça, t'en sais rien.

- Crois-tu vraiment que Rose, Alice et moi ne parlons pas de vos … performances sexuelles ? avais-je faussement buté, pouffant face à leurs airs ahuris.

- Et quand on dit que les hommes parlent plus de sexe que les femmes, avait déploré Jazz, posant théâtralement une main sur son front. De Rose, ça ne m'étonne pas vraiment mais Alice ou toi, je peux juste pas y croire. J'avais éclaté de rire.

- C'est mal nous connaître, Cow Boy ! m'étais-je moquée, rejoignant Edward qui me fit une place sur le banc du piano. Il avait noué ses bras autour de ma taille, embrassant doucement mon cou. Ta petite-amie est bien pire que moi, en fait ! A la mine atterrée qu'il avait arboré, je n'en avais ri que plus fort.

- De mieux en mieux, avait-il bougonné avant d'aller s'enfermer dans la cabine de mixage. Il avait mis en route l'enregistrement au début de la chanson et allait analyser le titre, vérifiant qu'ils étaient tous parfaits.

- Ne le malmène pas trop, m'avait prié Edward, hilare. Le pauvre a déjà du mal à suivre le train auquel Alice fait avancer leur relation, qu'il ne sait plus où donner de la tête !

- C'est ça de sortir avec un lutin de son genre, avait rigolé Emmett, posant ses baguettes sur la table basse. Mais ne crois pas que j'ai oublié ton affront, Belly Jean ! m'avait-il désigné de l'index, une mine outrée sur le visage. Je vais en discuter avec Rose ce soir et on verra bien qui rira le dernier ! »

La tête haute, le torse bombé, il s'en était allé rejoindre Jazz dans la cabine, comme si je n'avais pas tâtonné son égo de mal. Edward et moi avions ri comme des enfants avant de nous murmurer des mots doux et qu'il ne me dise combien il avait aimé jouer pour moi. Depuis que nous nous connaissions, la seule fois où il avait gratté une guitare pour moi était cette nuit chaude, quelques temps après nos retrouvailles. Cette même nuit où j'avais avoué l'aimer pour la toute première fois. Tant de temps était passé, depuis.

Me redressant brutalement sur le sofa, j'abandonnais mes souvenirs de ces dernières semaines pour me bouger un peu. Le point que nous allons faire demain matin avec Victoria serait décisif pour notre futur proche. En tant que manager, cette femme était tout simplement parfaite. Elle avait su nous guider à chaque fois, nous orientant vers des choix judicieux, non sans risques parfois, mais qui s'étaient toujours révélés couronnés de succès. Je ne doutais pas qu'elle voulait adopter une nouvelle stratégie offensive. Peut-être pas de la trempe de nos concerts guérillas, mais dans le même ton et je trouvais ça dément. J'avais déjà hâte d'y être.

M'emparant pour la seconde fois de ma guitare, je la branchais à l'ampli, grattant quelques accords en guise d'échauffement. Je repris notre célèbre « I'm addicted to you », choisissant délibérément un morceau difficile pour mieux reprendre la main. Je les enchainais ensuite, retrouvant ma dextérité, appréciant les notes qui sortaient de la boite noire. Fermant les yeux, je me lassais bercer par le rythme que j'imposais à ma guitare, me remémorant ces chansons que nous avions composé tous ensemble, chargées de rires et de souvenirs.

Une fois que je décidais mon échauffement terminé, je partis dans la cabine, enclenchant le bouton d'enregistrement. Retrouvant sans mal ma rock attitude, j'improvisais, mon imagination gambadant sans mal, m'amenant à entamer des solos que jamais auparavant, je n'aurais tenté de faire. Démétri et Edward aidant, mon niveau à la guitare avait explosé, dernièrement. Je ne disais pas là que j'étais la Jimmy Hendrix de demain, mais je me débrouillais suffisamment pour avoir le culot de dire que je composais.

Un long moment passa au cours duquel seul le son de ma guitare enflammé résonna dans la pièce, accompagné de quelques balbutiements au micro. Si la musique me venait simplement, les paroles, en revanche, c'était une autre affaire. Et Félix était celui d'entre nous qui excellait dans cette matière. Lorsque nous lui proposions des morceaux éventuels, il semblait à chaque fois pris d'une sorte de frénésie, les mots se déversant dans son esprit en masse. Il les couchait sur le papier avec empressement, les retravaillait quelques temps avant de nous les proposer. Jamais il ne nous avait déçus jusqu'à présent.

« Madame ? m'interpela-t-on tandis que je me trouvais dans notre cabine d'enregistrement, écoutant mon délire musical avec amusement. Je m'étais complètement lâchée, je devais l'avouer. Je soulevais alors les yeux de la table de mixage pour les poser sur notre gouvernante.

- Oui ? répondis-je avec un sourire chaleureux. Elle désigna d'un mouvement de la tête le paquet qu'elle tenait entre les mains.

- Ce colis a été déposé devant la porte d'entrée, expliqua-t-elle, s'avançant déjà dans ma direction.

- Ah bon ? sourcillai-je, surprise. Personne, hormis nos amis, les managers de nos deux groupes et Volturi, savaient où nous avions élu domicile, Edward et moi. C'était assez étrange. Qui donc pouvait bien avoir déposé ça devant notre porte ?

- C'est gentil de me l'amener, la remerciai-je tout en m'emparant de l'enveloppe en papier kraft. »

Elle était assez lourde, contenant – je tâtonnais de manière à me faire une idée de ce que ça pouvait contenir – une sorte de cadre, d'après ce que j'en sentais. Au dos, un court message était laissé au marqueur noir : « Heureux mariage à vous deux, Edward et Bella. ». Pas de signature, notai-je non sans grimace. Un mauvais pressentiment s'insinua lentement en moi, me glaçant les os. Quoi que contienne ce maudit paquet, ça n'allait pas être bon, la terreur stupide qui coulait en moi, me le soufflait. J'en avais presque la chair de poule. C'était idiot de prendre peur face à une enveloppe d'apparence inoffensive, mais mon cœur en tremblait de frayeur. Quelque chose de bizarre planait dans l'air, empêchant mes poumons de s'oxygéner correctement.

« Vous avez besoin de quelque chose ? s'enquit-elle alors que je décachetais le paquet.

- Non, c'est bon, la congédiai-je doucement, dans un état second. »

J'attendis qu'elle quitte la pièce pour sortir le cadre – je pouvais maintenant en attester – et y jetai un coup d'œil.

Mon cœur cessa brutalement de battre dans ma poitrine, tétanisé par la vision funeste. L'air déserta mes poumons, n'y laissant qu'une trainée acide, comme chargée de souffre. Mes jambes se mirent à trembler, flageolantes, supportant à peine mon poids. Ma tête m'élançait, mes tempes battant allègrement. On m'aurait fracassé le crâne à coup de masse que ça n'aurait pas eu d'autre effet. Il n'y avait pas de mots pour décrire la douleur qui s'était instantanément abattue sur moi, m'assommant et me tuant dans le même temps, me laissant sur le carreau, vide de toute substance.

Frénétique, je cherchais du regard mes clopes dans la cabine, mais en vain. J'étais incapable de bouger, tous mes membres tremblants comme une feuille, à deux doigts de me lâcher. Quant à mon cœur, lui, il s'était déjà délogé de ma poitrine, tailladé dans tous les sens, répandant son liquide bordeaux sur le sol. La seule question qui résonnait dans ma boite crânienne était « Pourquoi ? », suivie d'un « C'est pas possible » aussi faible et brisé que je ne l'étais.

Figée dans mon horreur, je vis le cadre s'écraser contre le sol, brisant le verre en d'innombrables morceaux. Incapable de réagir, ni même de penser à autre chose qu'à la photo qui m'avait été envoyée et à la douleur lancinante qui me vrillait la poitrine, je ne m'aperçus pas que ma vue s'était brouillée et que déjà, mes joues étaient baignées de larmes. Ne parvenant à maîtriser mes tremblements, je me coupais en tentant d'attraper la photo maudite. Bon sang, comment avait-il pu ? Comment Edward avait-il pu me faire un truc pareil ? Comment avaient-ils pu, tous les deux ?

J'arrachais tant bien que mal la photo de son socle et y posai à nouveau mon regard, ne sachant plus comment respirer. Ils étaient là, Tanya et lui, devant la fenêtre, s'embrassant à en perdre haleine. Je me sentis vaciller et ne fis rien pour me retenir, me laissant glisser sur le sol, désespérée. Perdue. Triste à en crever. Qu'est-ce que ça voulait dire, putain ? J'avais beau fixer la photo à m'en bousiller les yeux, me répéter comme un mantra que ça n'était qu'un putain de montage et que rien de tout ça n'était vrai, la terreur qui me vrillait le cœur, elle, était belle et bien réelle.

Je n'avais jamais connu de pareille souffrance. Pas même lorsque nous nous étions disputés, Edward et moi, quand il m'avait demandé en mariage et que j'avais refusé. Non, pas même là, je n'avais autant souffert. C'était bien plus douloureux que de la torture physique ou mentale. C'était un étirement de mon âme : on tirait dessus, encore et encore, avec acharnement, jusqu'à ce que l'irréparable arrive et qu'elle ne se brise en mille éclats. Affalée sur le sol, pleurant de tout mon saoul, je n'étais plus vraiment consciente de mon propre corps, comme déconnectée. J'étais à des lieues d'ici mais dans un endroit où je n'avais encore jamais mis les pieds : les enfers.

Ça n'était pas comme dans les films où le héros hurlait à s'en arracher les poumons, non. C'était tellement plus douloureux que ça. Me recroquevillant sur moi-même, je croisais les bras sur ma poitrine, tentant de me préserver du chagrin, de la tristesse. De la claque magistrale que je venais de me prendre en plein visage. Mon cœur était mutilé, plaie béante à l'intérieur de ma poitrine, saignant un peu plus à chaque respiration que je prenais. Je m'étonnais même de ne pas m'être arrêter de respirer, tout simplement.

Terrassée par ce tsunami de douleur, je ne me sentais plus la force de tenter de me relever et de combattre. Cette photo m'avait mise K.O. avant même le commencement du premier round, m'envoyant au tapis par la scène qu'elle représentait, m'ensevelissant par la signification de leur geste à tous les deux. Trahison. Trahison. TRAHISON. Partout où je posais les yeux, je ne voyais que trahison et malheur, manipulation sans aucun scrupule. Un jeu. Je m'efforçais de ne pas croire l'image qui me cinglait les yeux, tentant de me persuader que tout ça n'était que chimères visant à me déstabiliser, à me couper les jambes et me laisser sur le carreau. L'effet était on ne peut plus réussi, pour tout dire.

Parce que l'on m'avait privé de la vie.

J'essayais, à travers le brouillard qui me polluait le cerveau, de trouver une explication logique, de me dire que ça n'était qu'un simple baiser, mais l'amour était bien connu pour être des plus irrationnels. Et celui que je vouais à Edward se trouvait dans la plus haute des catégories. Pas de demi-mesure pour la relation dans laquelle nous étions tous les deux embarqués. J'avais beau tenter de réfréner mes ardeurs, de calmer la haine quasi meurtrière qui courrait déjà dans mes veines, supplantant presque le mal qui m'étreignait toute entière, mais c'était peine perdue. Je me visualisais déjà rouer de coups cette putain de chanteuse, lui défigurant son si beau visage, broyant sa gorge pour qu'elle ne puisse plus sortir une seule damnée note.

Et Edward ? L'idée qu'il m'ait trahi m'était tout simplement insupportable. Même si cette pensée tendait à se faire un bout de chemin en-dessous de ma caboche têtue, le truc me paraissait trop irréel pour que je n'y croie. Et pourtant, lorsque mes yeux louchaient sur cette putain de photo, la réalité de l'acte m'apparaissait claire comme de l'eau de roche. Les bras de Tanya soigneusement noués autour des épaules d'Edward, leurs bouches collées l'une sur l'autre, leurs corps bien trop proches. Ça me tuait littéralement mais qu'y pouvais-je ? Les faits étaient les faits et je comptais bien lui faire cracher le morceau.

Et si jamais cette image était vraie ? Bien sûr, c'était la question à laquelle il me fallait impérativement répondre mais émotionnellement, je ne m'en sentais pas capable. La douleur indescriptible était toujours là, m'enveloppant dans son manteau, me réfrigérant les veines et le cœur. Mais la haine et la fureur étaient là, elles aussi, éloignant le froid de mes membres, enflammant mes organes estropiés, occupant mon esprit par des pensées meurtrières. Il y avait de grandes chances pour qu'une fois devant Edward, je ne craque, mais je voulais me préparer et me blinder avant notre confrontation.

Confrontation qui aurait lieu dans quelques heures, quand il reviendrait du studio.

« Mme Cope ? articulai-je d'une voix rauque à l'interphone. Edward avait fait installer des téléphones communiquant dans toute la maison et je savais que notre gouvernante devait se trouver dans la cuisine.

- Mme Masen ? interrogea-t-elle, visiblement surprise. Ça devait être dû à mon timbre affreusement enroué. Les larmes ne m'avaient jamais vraiment réussie.

- Oui, c'est bien moi, acquiesçai-je, encore faible. Ma crise n'était pas encore tout à fait passée, mais la fureur me faisait reprendre vie, poussant mon cœur à battre régulièrement afin que je leur donne à tous les deux la correction qu'ils méritaient. Et le lot de souffrance qui allait avec, sans oublier.

- Que puis-je pour vous, madame ? s'enquit-elle, n'insistant pas plus sur mon état pathétique.

- J'aurais besoin que vous veniez dans la salle de musique, s'il vous plait, la priai-je gentiment. J'aurais besoin que vous fassiez quelque chose pour moi.

- J'arrive tout de suite, fut sa réponse avant qu'elle ne raccroche. »

Je me traînais mollement jusqu'au sofa où je pris place, mes yeux errant encore sur le cadre brisé et la photo abandonnée à son côté, mon cœur comme poignardé à chaque regard. La douleur m'obstruait les poumons, me tirant des respirations lentes et irrégulières que la rage ne réussissait pas à raviver. Mon Edward ne pouvait pas m'avoir fait ça. Celui que je chérissais plus que ma propre vie, même dans ses caprices ou dans ses fureurs. Je l'aimais, envers et contre tout. L'idée se heurtait à un barrage psychique, me protégeant sans doute de l'éparpillement total. J'étais brisée, mais pas irrécupérable, je le sentais. Je pourrais me remettre de ce choc psychologique s'il me disait que cette photo n'était qu'un ramassis de conneries et que jamais ses lèvres n'avaient touché celles de Tanya. Que jamais il ne s'était joué de moi. Parce que si c'était le cas, ce serait la fin. Ma fin.

Lorsque notre gouvernante pénétra d'un pas vif dans la salle de musique, elle m'analysa longuement, observant mes yeux bouffis et rougis, mes lèvres craquelées de les avoir trop mordu pour retenir mes cris de douleur, ma position sur le sofa. Les bras autour de mes genoux, recroquevillée, je me faisais l'effet d'être une enfant battue ou une autre merde du genre. J'étais pitoyable mais comment pourrait-il en être autrement ? J'avais arrêté de vivre à l'instant même où mes yeux s'étaient posés sur cette photo damnée.

« Madame ? m'interpela-t-elle tandis que je sombrais de nouveau. Elle m'avait interrompu au bon moment, me ramenant dans la réalité par sa voix douce et soucieuse.

- Pourriez-vous … je me raclais la gorge, déplorant la voix rauque et faible avec laquelle je m'étais adressée à elle … pourriez-vous remplacer le cadre de cette photo ? demandai-je en désignant la maudite chose brisée. J'aimerais beaucoup la montrer à Edward et lui demander son avis quand il rentrera. Mme Cope acquiesça, déjà positionnée au-dessus du cadre en miettes. Sa bouche se forma en un O parfaitement surpris lorsqu'elle saisit la photographie entre ses doigts ridés, avant qu'un air peiné ne s'inscrive sur ses traits. Elle leva un regard empli de compassion, m'adressant une grimace contrite.

- Est-ce vraiment ce que vous voulez, madame ? s'enquit-elle, me fixant de ses yeux noisette. Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais …

- Je veux voir sa réaction, la coupai-je, la laissant entrapercevoir à quel point je souffrais. Je veux voir la surprise sur son visage, la colère, vous voyez. Parce que ça voudra dire que cette merde n'est pas la vérité et que c'est encore une tentative de manipulation de la presse, crachai-je, méprisante. Mais si c'est de l'horreur que je lis dans ses yeux … poursuivis-je avec un filet de voix. Si je comprends que cette photo n'est qu'une représentation de la réalité …

- Vous le quitterez ? interrogea-t-elle doucement, s'approchant à pas mesurés du sofa où j'étais installée. Elle finit par s'accroupir devant moi, ses mains ridées saisissant les miennes.

- Le quitter sera une bien trop facile punition pour lui, dis-je avec rage. Je le tuerais de mes propres mains, s'il le fallait.

- Vous ne pensez pas ce que vous dites, me répondit-elle avec la même tendresse.

- Je pense chaque mot, Mme Cope, rétorquai-je avec aplomb. La vue embuée, je clignais frénétiquement des yeux pour chasser les larmes amères. Vous ne … Je fixais mes prunelles dans les siennes, compatissantes, et finis par les baisser, à deux doigts de céder à nouveau à la souffrance qui m'étreignait comme une seconde peau.

- Laissez-vous aller, me conseilla-t-elle, s'asseyant à mes côtés sur le sofa et me prenant maladroitement dans ses bras. Elle cala ma tête contre son épaule et caressant mes cheveux comme une mère l'aurait fait. Je suis là pour vous, Bella, dit-elle à nouveau, dans un murmure. Ce qui se passe maintenant ne sortira jamais de cette salle. »

Ses douces caresses, le ton tendre de sa voix et son attitude protectrice à mon égard eurent raison de mes dernières barrières. J'éclatais en sanglots bruyants, la laissant me bercer dans le creux de ses bras, me réconfortant comme elle le pouvait. Je hurlais contre son gilet, répétant sans cesse le même mot « Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? ». Qu'avais-je donc fait au bon dieu pour que l'on me fasse un truc pareil ? Pour que l'on m'arrache mon âme, petit à petit, me causant mille souffrances ? Etait-ce mon caractère trop possessif que l'on punissait ? Ma fierté ou mon orgueil ? N'avais-je donc pas le droit à un peu de bonheur ? N'avais-je pas assez payé durant mon enfance pour que l'on continue à s'en prendre à moi ?

Je pleurais de tout mon saoul, gémissante entre les bras de Mme Cope, lui confiant entre deux sanglots mon ressenti, mes peurs, mes angoisses. Elle ne me jugea pas, se contentant de prêter une oreille attentive à chacune de mes plaintes douloureuses, s'occupant de moi comme si j'étais son propre enfant. Elle ne cessa de me murmurer de douces paroles dans une langue que je ne compris pas mais l'intonation de sa voix me fit le plus grand bien. Un long moment passa avant que je ne me calme et que je ne me redresse, l'air encore plus pitoyable qu'auparavant, mais vidée. J'avais l'impression de ne plus rien ressentir. Ni haine, ni rage, ni douleur. J'étais bien trop épuisée pour ça.

« S'il vous plait, la priai-je alors que notre gouvernante allait se retirer. N'oubliez pas de changer le cadre. »

Elle m'adressa une moue réprobatrice mais s'exécuta, ramassant les débris de verre et emportant la photo avec elle quelques minutes. Curieusement, lorsqu'elle eut emporté la chose damnée, l'atmosphère dans la pièce me sembla moins lourde, comme allégée d'un poids. Bien sûr, je me faisais des idées et ma peine me poussait à croire n'importe quoi, mais c'était tout de même l'impression que j'eus. A moins que je ne confonde la pièce et mon propre cœur en lambeaux. Quoi qu'il en soit, je me sentis mieux. Lorsqu'elle revint déposer un cadre intact en face de mes yeux meurtris, ça ne me fit plus rien. Je n'avais plus de larmes à évacuer, plus de peine à faire sortir. Je n'avais plus rien.

Et c'est dans cet état de léthargie qu'Edward me trouva, plus tard dans la journée. Il me semblait avoir perdu la notion du temps, enfermée dans ma bulle vide de toutes émotions. Je l'entendis plus que je ne le vis s'approcher de moi et un magasine vola devant mes yeux inertes. Je ne réagis même pas. Pourquoi, de toute manière ? Lui lancer un regard énamouré alors qu'il s'était sans doute prélassé aux côtés de Tanya ? Je songeais avec perversion aux moments où ils faisaient l'amour. La couvrait-il de baisers de la manière qu'il le faisait avec moi ? Honorait-il son corps avec autant de dévotion ? Avait-il cette lueur d'amour pur dans les yeux lorsqu'il jouissait en elle ? J'en aurais hurlé.

Leona Lewis – Run

« Qu'est-ce que c'est que ces conneries, Bella ? enclencha-t-il les hostilités, à peine arrivé. Je daignais enfin lever les yeux pour les porter sur son visage. Fermé, il était aussi sombre que lorsque toute cette merde avec les Spunk Ransom était d'actualité. La mâchoire verrouillée, les bras croisés sur son torse, il me toisait avec fureur, attendant visiblement que je réponde à son attaque.

- De quoi tu parles ? demandai-je d'une voix rauque. Plus sèche que je ne l'aurais voulue, ma voix me semblait râpeuse, méprisante. Et Edward dût le ressentir au sursaut qu'il eut. Ses prunelles en feu s'attardèrent longuement sur mon visage et sa fureur retomba aussitôt.

- Bella, qu'est-ce qu'il se passe ? Tu as pleuré ? s'agenouilla-t-il devant moi, posant ses mains sur mes genoux. Je réprimais un frisson d'horreur. L'avait-il touchée, elle, avec ses mains de musicien ? S'inquiétait-il pour elle autant qu'il ne le faisait pour moi ? J'affichais un air impénétrable, masquant mon dégoût et ma peine. La bataille allait commencer et je devais me montrer des plus fortes. Parce que si sa réponse n'était pas celle que je tuerais pour entendre, les choses allaient rapidement dégénérer.

- De quelles conneries tu parles, Edward ? m'entêtai-je, le repoussant sans aucune douceur. Je me levais et m'approchais déjà de la table basse, jetant un coup d'œil au torchon qu'il avait lancé en arrivant. Je ne devais pas flancher et combattais ardemment mon puissant désir de me réfugier dans ses bras, là où rien ne semblait pouvoir m'atteindre. La froide distance que j'installais entre nous le rendait suspicieux, fronçant ses sourcils, animant ses iris émeraude d'une lueur des plus inquiètes. Tu as tellement raison d'être inquiet, Edward, quand tu sauras ce qu'il va te tomber sur le coin du nez si tu m'as trahie

- On s'en fout, décida-t-il brusquement, m'attrapant par les épaules et se plantant devant moi. Je voulus reculer d'un pas mais il ne me laissa pas faire, resserrant ses doigts sur ma peau. Putain, Bella, qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi tu ne veux pas que je te touche ? Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? Tout allait si bien, ce matin … Sa voix était tremblante d'inquiétude, d'incompréhension et je m'en voulus de comprendre sa réaction. Nous étions si bien, à mon réveil, nous susurrant des mots doux, nous taquinant comme tous jeunes mariés auraient pu le faire. Mais voilà, la surprise que j'avais eu en début d'après-midi avait mis un terme à tous mes rêves, m'enfermant dans une spirale de douleur sans nom. Et si c'était la stricte vérité, il allait le payer. Cher. Foutrement cher.

- Tu es en colère à cause d'un putain de shooting photo ? m'agaçai-je, la colère embrasant déjà mes veines. C'était le magasine Vanity Fair qu'il avait bazardé sur la table. Je faisais la première de couverture avec les photos que nous avions faites voilà plus de deux mois. Le torchon datait du même moment, aussi, il était étonnant qu'Edward soit tombé dessus, deux mois après sa parution. A moins que quelqu'un ne lui ait donné

- Je t'ai dit que ça n'avait plus d'importance, grinça-t-il, prenant mon visage en coupe. Je me raidis et il dut le sentir, tant son visage se décomposa. Ses yeux prirent un vert terne, blessés. Blessé ? eus-je envie de ricaner. Et moi, ne l'étais-je pas, putain de blessée ? J'avais l'impression d'être morte une bonne dizaine de fois tant je souffrais comme un chien d'une douleur dont il était responsable.

- Les photos ont été prises il y a plus de deux mois, expliquai-je avec sècheresse. On ne voit rien d'autre que mes jambes alors je ne vois pas pourquoi tu t'enflammes à ce sujet.

- JE M'EN TAPE ! cria-t-il, secouant mon visage entre ses mains. Dis-moi ce que tu as, bordel ! Dis-moi pourquoi, quand je te touche, j'ai l'impression que tu es sur le point de vomir ? Il me lâcha brutalement, attrapant ses cheveux entre ses doigts et tirant dessus. Souffre, Edward, chanta-t-on dans ma tête. Vois un peu ce que je peux ressentir quand je t'ai vu avec cette putain. Eprouve donc un peu de douleur, ça ne pourra te faire que du bien.

- Tu veux vraiment savoir ? m'enquis-je d'une voix glaciale, coupante comme une lame de rasoir. Il sursauta face à mon ton. Dressée de toute ma hauteur, la fureur irriguant mon système nerveux, je ne laissais plus la douleur m'affaiblir, me concentrant sur ma colère, ma rage contre lui et leur chanteuse. Comment avait-il pu me faire ça, à moi, celle qui aurait tout donné, tout sacrifié pour lui ? Je le haïssais.

- Bella, je t'en prie, murmura-t-il d'une voix faible, s'approchant de moi à pas hésitants. Bon dieu mais qu'est-ce qu'il se passe ? ne cessait-il de demander. Pourquoi est-ce que l'on est en train de se déchirer alors que l'on devrait faire l'amour, comme je te l'avais promis ce matin ? »

Mon regard errait sur lui, notant son maintien instable, la douleur empreinte sur ses traits parfaits, ses poings serrés à l'extrême. Il souffrait, bien sûr qu'il souffrait. Et c'était exactement ce que je voulais. C'était une faible compensation au mal qui me rongeait jusqu'aux os, bouffant un peu plus mon âme à chaque seconde. Il méritait que je le tourmente un peu. Je m'emparais donc du cadre maudit qu'il n'avait pas remarqué jusque là et le lui lançais. Il le rattrapa gauchement, les sourcils froncés, avant de baisser les yeux et d'y jeter un coup d'œil. Il se pétrifia, statue au beau milieu de notre salle de musique. Et alors, je sus. Je sus que cette putain de photo était vraie, qu'il n'y avait aucun montage, aucun trucage. Rien.

Figé, sa bouche était entrouverte, comme s'il ne s'attendait pas à ce qu'on les ait surpris. Le cadre tremblait entre ses mains tandis qu'il reporta son regard vide de toutes émotions sur moi. Et bien que ma rage eut atteint son summum, je me mis à trembler de tout mon corps, m'effondrant à même le sol. Putain, non. C'était pas possible. Il ne pouvait pas m'avoir fait ça. Pas mon Edward. Pas avec elle. Merde, merde, merde. A nouveau, l'impression de me prendre un poignard en plein cœur me saisit, coupant ma respiration en deux, ne laissant passer qu'un filet d'air qui me fit haleter en un temps record. Alors, les sanglots reprirent, bien plus intenses qu'auparavant, me brisant en deux. Je ne pouvais juste pas le croire. Je vivais un véritable cauchemar éveillée.

« Bella, murmura-t-il après avoir reposé le cadre, s'approchant avec lenteur. Je …

- Ne t'approche pas ! hurlai-je avec désespoir. Comment … un sanglot m'obstrua la gorge l'espace d'un instant, m'obligeant à reprendre mon souffle … comment as-tu pu ? A moi ? Je criais de rage, de douleur. Brisée. J'étais brisée. Je me mis à marteler le sol de mon poing, continuant de frapper même lorsque ma peau finit par s'écorcher et saigner. Je m'en foutais. Je me fichais de tout. Je n'étais plus rien. Rien. RIEN.

- Je t'en prie, chérie …

- Chérie ? m'égosillai-je, ricanant. Tu te fiches de moi ? Comment oses-tu m'appeler encore comme ça alors que tu devais sans doute être avec ta putain ? Ma voix monta de deux octaves tant je n'étais plus maître de mon corps, ni de mes émotions. J'étais tout bonnement incapable de gérer la situation comme une adulte, de raisonner calmement et de lui donner une bonne gifle pour lui remettre les idées en place. Je me laissais juste submerger par les émotions, impuissante fasse à l'océan de douleur qui m'avait engloutie à la seconde même où j'avais compris l'horrible vérité. Lorsque j'avais compris que ce baiser été bel et bien réel.

- Je peux t'expliquer, poursuivit-il avec force, prenant mon visage entre ses mains rugueuses. Je tentais de me dégager mais il me tenait fermement, les yeux brillants. Je t'en supplie, Bella, écoute-moi ! Je n'ai rien fait, elle s'est jetée sur moi, putain ! Je l'ai repoussé aussitôt !

- La photo parle pour elle-même, chéri, crachai-je avec mépris. Tu n'avais pas vraiment l'air d'être sur le point de la repousser ! Bon dieu, comment ai-je pu être aussi idiote de croire que toi et moi, c'était pour toujours ? Que tu ressentais la même chose que moi ? Lorsque ses lèvres cherchèrent les miennes dans un élan de désespoir, je ne l'en empêchais pas, trop anéantie pour réagir. Son baiser était puissant, amoureux, captivant. Si je n'avais pas le cœur en miettes, je lui aurais sans doute arraché sa chemise, mais voilà. Nous en étions juste là, au bord de la rupture.

- Tu dois me croire, Bella, chuchota-t-il contre ma bouche, des larmes pointant aux coins de ses yeux. Tu es la seule que j'aime et que j'ai jamais aimée. Il n'y a que toi, putain, ne te l'ai-je jamais assez prouvé ? Ne te l'ai-je jamais assez dit ? Pourquoi crois-tu que je ne voulais plus parler à Tanya ? Je l'ai haïe pour s'être jetée sur moi. Bien sûr, la culpabilité était là, mais je me sentais mal, nauséeux.

- Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? Les joues baignées de ma tristesse, de mon chagrin, je ne dis rien lorsqu'il embrassa les larmes qui continuaient de couler.

- Qu'est-ce que j'aurais pu te dire ? Que Tanya m'avait embrassé ? Tu semblais déjà ne pas l'aimer alors imagine un peu ma situation. Je t'en prie, bébé, tu dois me croire. Il chercha à nouveau mes lèvres des siennes mais je me dérobais, me levant difficilement, tanguant sur mes jambes tremblotantes.

- Pourquoi crois-tu que je ne l'approchais pas ? Jamais ? J'ai toujours su qu'elle crevait littéralement d'amour pour toi, Edward ! m'époumonai-je, le pointant d'un doigt menaçant. Elle était toujours aux petits soins avec toi, à te tourner autour, à me faire me sentir comme une pitoyable merde ! Elle, si belle, avec sa voix du tonnerre, son allure de reine et ses manières de princesse. Comment aurait-il pu en être autrement ? Vous étiez le couple parfait !

- Bella, bordel ! haussa-t-il le ton à son tour, grattant les quelques mètres qui nous séparaient. Dans quelle putain de langue il faut que je te le dise ? Je la hais, bordel ! Depuis ce baiser écœurant, je ne peux plus la voir ! Je ne sais plus quoi te dire pour que tu comprennes que tu es la seule, finit-il d'une voix brisée. Je préfèrerais crever que tu sois loin de moi, encore une fois. Tu es toute ma putain de vie, Bella. Jamais une autre femme n'a existé à mes yeux. Toi. Juste toi, encore toi, toujours toi, répéta-t-il comme un mantra. Entourant ma taille de ses bras vigoureux, il appuya son front contre mon épaule, son torse tressautant doucement. Putain de merde. Est-ce qu'il pleurait ? Vraiment ?

- Edward ? Mon souffle irrégulier se répercuta sur sa tignasse indisciplinée alors que son étreinte sur ma taille se raffermit.

- Tu dois me croire, je t'en prie, souffla-t-il, presque inaudible. Il renifla avant de se frotter rapidement les yeux et de les plonger dans les miens. Putain, il pleurait vraiment. Merde. Mon cœur se serra dans ma poitrine, mes pleurs redoublant d'intensité.

- Quand j'ai vu cette photo, avouai-je enfin, laissant ma peine éclater en mon cœur, me balayant de son souffle glacial, j'ai eu l'impression que l'on m'écartelait. Il colla son front contre le mien, écoutant attentivement ce que je disais, ses mains enserrant ma taille tel un étau de fer. Et j'aimais ça. Je l'aimais lui, évidemment. Ma rage ou mon chagrin n'auront jamais raison de mon amour pour lui, quoi qu'il se passe. J'ai eu l'impression de mourir plus d'une dizaine de fois, Edward, tellement j'ai eu mal, tellement j'ai encore mal, balbutiai-je entre deux sanglots.

- Je comprends, acquiesça-t-il, me fixant de ses iris profondes. »

J'y lisais de la souffrance, mêlée à de la compréhension. Il aurait réagi aussi violemment si la situation avait été inversée, je n'en doutais pas. Etais-je déjà en train de le pardonner, malgré toutes mes belles résolutions ? Malgré ma haine et ma fureur ? Malgré le mal profond que j'avais ressenti ? Sans doute. L'amour fou que je lui vouais, parlait pour moi (N/A : Petite dédicace à ma Chouchou d'amour avec son OS « L'Amour Fou ». Allez le lire, c'est une pure merveille *_*). Il m'avait l'air tellement sincère, bordel. Edward n'était pas de ses hommes qui pleuraient et jouaient à la fillette. Il était de ceux qui faisaient passer leur virilité et leur fierté avant tout et le voir verser des larmes parce que je refusais obstinément de l'écouter, m'avait retournée. Bon dieu, en étions-nous vraiment arrivés à nous déchirer à nouveau, comme avant ? Je le crois bien.

Ses bras me serraient contre lui à m'en étouffer, comme s'il craignait que je ne le fuie, ce qui n'était pas tellement loin de la réalité, à vrai dire. Mais maintenant que je commençais à entendre raison, que je cessais de me monter la tête avec mes idées noires, la pression était redescendue. Ma poitrine était toujours la plaie béante qu'elle était il y a encore une heure, mais elle avait cessé de saigner, emplie d'un espoir ténu, certes, mais d'un espoir tout de même. Tout n'était peut-être pas perdu pour nous. Peut-être que cette putain de photo n'était pas le reflet de la réalité et qu'Edward avait effectivement repoussé Tanya. Peut-être qu'il ne m'avait pas trahie. Bon dieu, cette pensée me soulagea fugacement, ordonnant à mes larmes de cesser de couler. Il était temps pour moi de me comporter en adulte.

« Je t'aime tellement, Edward, murmurai-je contre ses lèvres, allant volontairement à sa rencontre. Je … les mots restèrent bloqués dans ma gorge, nouée par l'émotion. Il ne dit rien, se contentant d'attendre que je puisse parler, son corps se détendant à chaque minute qui s'écoulait. Il avait compris que ma colère était passée et que mes pensées devenaient un peu plus claires sur le sujet. Même si nous avions dû en passer par des déchirures, j'en avais besoin. Foutrement besoin. J'ai toujours vu Tanya comme une rivale, avouai-je, me collant contre lui. Par mes mots, par mes gestes, j'essayais de lui dire que je l'aimais, malgré tout. Que j'étais sa femme parce qu'il comptait plus que tout à mes yeux. Que s'il n'avait rien fait, l'histoire n'avait plus lieu d'être, mais il me faudrait du temps pour me remettre du choc, ça, c'était certain.

- Je n'ai jamais compris, dit-il avec douceur. Je ne me suis jamais aperçu qu'elle avait ce type de sentiments pour moi. Autrement, j'aurais mis les choses au point depuis, longtemps. Il soupira, une culpabilité profonde pointant dans ses iris. Merde, je … je l'ai toujours considérée comme ma petite sœur, Bella ! s'exclama-t-il avec dégoût. Comment est-ce que j'aurais pu imaginer qu'elle était amoureuse de moi, bordel ? Il se fustigea, souffrant de l'intérieur. Je ne fis rien pour l'excuser ou le pardonner. Il avait besoin d'évacuer tout comme moi je l'avais fait.

- Tu n'as pas vu les signes qui, pourtant, te sautaient au visage, susurrai-je, l'embrassant brièvement sur la joue. Nous étions sur le chemin de la réconciliation, bien sûr, mais et bien qu'il m'ait quasiment convaincue, la peur était encore tapie en moi, persistante. Elle me meurtrissait le cœur, tendant à étouffer l'espoir qui l'animait, désormais. Et j'avais besoin de clarifier les choses là-dessus, rien que pour ma tranquillité d'esprit. Tu sais, poursuivis-je, je me suis toujours dit que vous finiriez ensemble, tous les deux. Quand tu es parti pour Boston, l'idée que tu te sois mis en couple avec Tanya avait déjà fait son chemin dans mon esprit et c'est pourquoi, quand nous nous sommes retrouvés, je t'ai tant parlé d'elle. Je te croyais avec elle. L'air révulsé qu'il arbora subitement me tira presque un sourire. Presque.

- Jamais, me soutint-il, effleurant mes lèvres des siennes. Putain, jamais je ne pourrais … Non, jamais. Je pris son visage en coupe, le sentant frissonner à mon contact. Il ferma les yeux comme s'il le savourait, maintenant que je ne le fuyais plus.

- Ecoute, Edward, je ... tout mon être me crie que tu me dis la vérité, mais … il se raidit, certainement blessé dans son égo ou sa fierté, mais je m'en fichais pas mal. J'avais besoin d'assurance. Je voulais avoir confiance en lui mais la douleur qui me lacérait encore le cœur m'en empêchait. Toutes ces heures où j'avais souffert mille morts ne s'effaçaient pas en un battement de cils ou en une simple phrase. Je voulais le croire, vraiment, mais il me fallait quelque chose de plus tangible que sa simple parole.

- Tu ne me crois pas. Sa voix tomba comme un couperet, sifflante et sèche. Il se recula, sombre, les mains dans les poches.

- J'aimerais, mais … je laissais mes paroles en suspens, tentant de lui montrer le cruel dilemme qui se jouait en moi. C'était trop facile que de me dire que ça n'était qu'un tissu de mensonges. Et la photo m'avait fait bien trop mal pour que je ne m'en contente. Il devait comprendre. Tout du moins, je pensais qu'il comprendrait. Ce qui n'était pas le cas.

- Je ne peux pas le croire ! ricana-t-il subitement, dur. Putain, il était furieux à présent. Tu n'es pas fichue de me faire confiance, pas vrai ? Depuis le début de notre histoire, hein ? T'as toujours eu peur que je me mette avec Tanya, c'est ça ?

- Tu le sais très bien, rétorquai-je avec agacement, puisque je viens de te le dire. Oui, je pensais et je pense encore aujourd'hui que tu as toutes les raisons de te mettre avec Tanya. Mais malgré mes doutes, je sais que tu es profondément amoureux de moi et que tu ne me ferais pas ça, même pour tout l'or du monde. Son air ironique m'exaspérait et sa posture, bien trop bad boy pour lui, n'augurait rien de bon. Nous allions nous déchirer à nouveau, je le sentais dans tous les pores de ma peau. Putain de bordel de bordel.

- Alors pourquoi est-ce que tu ne me crois pas quand je te dis que je préfèrerais crever plutôt que de te quitter ? s'énerva-t-il, ses mots m'entaillant un peu plus la peau à chaque seconde. Il se rebiffait complètement.

- Parce que j'ai besoin d'une garantie, bon sang, Edward ! Est-ce que c'est si difficile à comprendre ? haussai-je à nouveau le ton, soupirant de lassitude. J'étais épuisée, vidée par mes pleurs, par notre réconciliation bancale et tout ce à quoi j'aspirais était de prendre un bain pour me détendre.

- Je t'ai jamais demandé de garantie quand tu m'as dit avoir écarté Démétri du jeu, fit-il, amenant le sujet comme un cheveu sur la soupe.

- Quoi ? m'étouffai-je, serrant les poings pour me retenir de le cogner. Putain, que venait-il de dire ? En quoi est-ce que Démétri a à faire dans notre putain de conversation ? criai-je, enragée. Bon sang, Edward, oublie le cinq minutes et parlons sérieusement ! Je te parle de toi et de ta putain de chanteuse ! Sais-tu combien j'ai eu mal ? Combien j'ai encore mal ?

- Et toi, sais-tu combien j'ai souffert de voir ce mec te tourner autour ? De ne pas te voir le repousser alors que l'on s'était déjà remis ensemble ? Il me répondait sur le même ton, furieux. Je détestais ce combat verbal qui venait de s'engager, mais avais-je vraiment le choix ? Ne pas le poursuivre était foutre mon couple en l'air et je ne pourrais pas le supporter. Paradoxalement, continuer à nous hurler dessus n'arrangerait pas les choses non plus.

- Nous avons déjà eu cette conversation et je t'ai déjà dit qu'il n'y avait rien entre Démétri et moi, soupirai-je, passant une main sur mon visage.

- Le cas est identique pour moi, cingla-t-il, croisant les bras sur son torse.

- Sauf que je ne l'ai pas embrassé, aux dernières nouvelles ! lançai-je méchamment, faisant mouche. Chose que tu as faite.

- Et je t'ai déjà répondu que je n'y étais pour rien ! cracha-t-il avec énervement. Combien de fois faudra-t-il que je te répète qu'elle s'est jetée sur moi sans que je ne m'y attende ? Alice peut même te le certifier ! J'eus un mouvement de recul.

- Alice ? Elle … elle vous a vu ? murmurai-je, un nœud dans la gorge. Pourquoi … pourquoi est-ce qu'elle ne m'a rien dit ?

- Parce que je le lui ai demandé, dit-il, légèrement calmé. Je ne voulais pas que tu t'inquiètes pour quelque chose qui est sans importance.

- Là est toute la différence entre nous, Edward, secouai-je la tête, blessée. Ça, fis-je en désignant le cadre de la main, est tout sauf sans importance à mes yeux. Je ne peux pas faire l'impasse dessus, putain. C'est juste impossible.

- Ecoute Bella, j'en ai marre de me disputer avec toi, soupira-t-il, tirant sur ses cheveux de bronze. A chaque fois que quelque chose bloque entre nous, on ne fait pas que se disputer, on se déchire et ça me tue littéralement. Tu veux une putain de garantie ? Appelle Alice mais ne me demande pas à moi, d'oublier quoi que ce soit sur Démétri.

- Tu devrais, fronçai-je les sourcils, l'observant, désespérément triste. Il n'y a rien de plus à ajouter en ce qui le concerne.

- Ah ouais ? renifla Edward avec dédain. Moi j'en suis pas si certain. J'ai vu ses regards à notre mariage. Il est encore putain d'amoureux de toi et le pire est sans doute ton visage quand tu l'as vu avec Sally. Je me figeais, le cœur battant à tout rompre. Merde. Ça, c'était très mauvais. Vraiment, vraiment mauvais.

- Quoi, mon visage ? l'incitai-je à me dire, le poussant dans ses retranchements. Au point où nous en étions, pouvait-on vraiment tomber plus bas ? Nous déchirer plus que nous ne l'étions déjà ?

- Le choc n'est pas ce qui m'a fait le plus souffrir, persifla Edward, la bouche déformée par une horrible grimace. Ce qui m'a retourné l'estomac, c'est le regret que j'y ai lu, putain, Bella ! Tu y a déjà pensé, pas vrai ? Une souffrance tenace anima son visage, me prenant aux tripes. Tu t'es déjà imaginée avec lui, hein ? Avoue-le ! hurla-t-il, désespéré.

- Pendant ces deux années où t'étais à Boston, je n'ai jamais connu d'autres hommes, sifflai-je, énervée. Je ne vivais que par toi, ne respirais que pour toi, bien que tu te sois cassé pour favoriser ta carrière musicale, lui balançai-je en plein visage, sans réellement le vouloir. Je ne t'en veux plus, maintenant, m'empressai-je d'ajouter mais le mal était déjà fait. Je n'avais pas manqué son mouvement de recul. Démétri était là pour recoller les pots cassés, Edward. Merde, il m'a soutenu durant tout ce temps parce que je me laissais mourir, sans toi ! Tu ne peux pas me reprocher de m'être attachée à lui !

- Et pourquoi pas ? s'emporta-t-il, fonçant dans ma direction pour coller nos deux corps. La colère accélérait nos rythmes cardiaques, nous faisant haleter tous les deux. Ma poitrine frôlait son torse, créant un doux frottement, en total contraste avec l'atmosphère oppressante et tendue qui régnait dans la pièce. En opposition avec les émotions qui nous assaillaient tous les deux. Tu éprouves quelque chose pour lui, affirma-t-il d'un ton sans appel.

- Ne dis pas n'importe quoi, grognai-je avec rage. Bon sang, Edward, c'est un ami cher mais ça s'arrête là ! Et je te signale que le sujet de notre dispute n'était pas Démétri mais Tanya ! vociférai-je une bonne fois pour toutes. Nous devions régler ça et cesser de nous entre-tuer. Ça ne nous mènera nulle part.

- C'est du pareil au même ! éructa-t-il, les poings serrés. Ses yeux rendus charbonneux tant sa colère était forte, ne cessaient de loucher sur mes lèvres entrouvertes. Tanya pour moi, Démétri pour toi, putain ! Il se rapprocha davantage, penchant son visage vers le mien, ses lèvres effleurant les miennes à chaque foutu mouvement. Je veux que tu cesses de le voir, que tu ne le regardes même plus, que tu m'appartiennes, corps et âme, m'ordonna-t-il, sa main gauche trainant sur le haut de mon cou avant de l'enserrer de ses longs doigts. Je suis le seul mec que tu dois aimer, désirer ou chérir. Jusqu'à ce que tu en crèves, tu as compris ? demanda-t-il d'une voix dure comme le roc. Il appuya sur ma gorge, me privant brutalement d'air. Pour autant, je ne paniquais pas, y trouvant même une sorte de contentement morbide. Jusqu'où voulait-il que l'on aille, tous les deux, pour nous prouver à quel point nous étions exclusivement l'un à l'autre ? Jusqu'où ?

- Seulement si tu me promets la même chose, imposai-je à mon tour, avec le filet de voix qu'il me restait. Edward desserra légèrement son étreinte, me permettant d'aspirer un grand bol d'air. Tu ne la laisses plus t'approcher, le prévins-je avec possessivité. Pas d'effleurement, pas de caresses et pas de putain de baiser, exigeai-je, mauvaise. Je la tuerais si elle ose s'approcher encore de toi, dis-je, des plus sérieuses. Tu es à moi.

- Possessive, gémit-il, mordant sans douceur aucune ma lèvre inférieure. Tu sais aussi que j'en demanderais autant de toi, murmura-t-il à mon oreille, prenant le lobe entre ses dents. Il posa ensuite ses mains sur mes seins, les prenant en coupe. Miens, souffla-t-il. Ils sont à moi. Ses doigts effilés glissèrent sur ma taille, longeant mon nombril pour venir se loger dans le creux de mes cuisses, près de mon centre en feu. J'avais cruellement envie de lui, malgré la situation. Malgré nos déchirements. Malgré nos différents. Ta petite chatte en chaleur est à moi, rien qu'à moi, susurra-t-il, promenant son nez sur mon cou avant d'y planter brutalement ses dents. J'en glapis de douleur.

- Elle ne chantera plus pour toi, grommelai-je, m'accrochant à ses épaules tandis qu'il léchait l'endroit où il venait de planter ses dents. Je veux que tu quittes le groupe, exigeai-je égoïstement, pas réellement consciente de ce que je lui demandais. La journée avait été putain de rude et je ne savais plus réellement ce que je disais. Je voulais simplement m'enivrer de son contact et oublier toute cette histoire affreuse. Laisser derrière nous notre plus grande dispute.

- Tu vas quitter les Ribson Keane, me dit-il en retour d'un ton impérieux. Je serais le seul pour qui tu vas chanter, dorénavant. »

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Ses mains avaient glissé sous mon T-shirt, malaxant ma poitrine, jouant avec leurs pointes durcies. Edward n'était pas doux, ni prévenant. Il était furieux, enragé et foutrement passionné. C'était tout ce dont j'avais besoin, ce dont nous avions besoin. Il fallait que nous exprimions notre colère autrement que par des mots, afin de la faire sortir définitivement, de retrouver l'accalmie au sein de notre couple. Cette photo avait été plus qu'un coup dur, au fond. Elle avait été le bélier qui avait fait dangereusement tremblé les murs du château derrière lequel nous nous étions retranchés pour vivre d'amour et d'eau fraiche. Ça avait été une belle connerie, maintenant je m'en rendais compte. Parce que ça nous avait affaiblis face aux attaques extérieures. Au moindre obstacle, nous étions déjà en train de nous entre-tuer.

Poursuivant ses attaques de sa main gauche, la droite serpenta le long de mon dos pour saisir durement mes cheveux, les enroulant autour de son poignet. D'un geste sec, il les tira, me faisant lever le visage vers lui. Et alors il investit ma bouche totalement, puissamment, langoureusement. Son baiser était profond et possessif, sa langue s'enroulant autour de la mienne, jouant avec elle, nous engageant dans une bataille que je ne pourrais gagner même si je le voulais. Il était trop enragé pour ça. Saisissant le col de sa chemise, je l'attirais à moi, gémissant contre ses lèvres lorsqu'il me pinça un téton. Un courant électrique me traversant à son geste, envoyant directement la décharge en direction de mon entrejambe j'étais littéralement noyée.

« Je te veux, lui dis-je d'une voix rauque, tirant sur sa chemise. Elle s'arracha en un bruit sec, les boutons s'éparpillant sur le sol en une multitude de « ploc ». Mon regard se fixa immédiatement sur sa hanche droite, là où était inscrit mon prénom dans cette police si délicate. Mon cœur tressauta dans ma poitrine, ma plaie béante se résorbant lentement mais sûrement. Edward m'avait dans la peau au même titre que je ne l'avais, moi.

- Il te plaît, n'est-ce pas ? Sa voix empestait la luxure mais j'adorais ça. Littéralement.

- Ce tatouage hurle au visage de tous à qui tu appartiens, Edward, susurrai-je à son oreille, me hissant sur la pointe des pieds avant d'en lécher le contour, tentatrice. Garrett m'avait appris que lécher l'oreille d'un homme et pas seulement son lobe, les excitait au plus haut point. Allez savoir pourquoi, mais je décidais d'en faire l'expérience. Et au grognement de mon mari, je sus que j'avais visé juste.

- Putain, Bella, marmonna-t-il, délaissant ma poitrine pour me soulever dans ses bras, collant nos deux intimités l'une contre l'autre. Je te veux tellement fort, gémit-il tandis que j'ondulais des hanches contre sa verge fièrement tendue. Il avança dans la pièce jusqu'à me cogner brutalement contre le mur, pétrissant mes fesses avec brusquerie.

- Jure-moi, avant, que plus jamais tu ne la reverras, exigeai-je, basculant furieusement des hanches, mon corps crépitant de plaisir. Mais j'avais besoin de plus. Tellement plus. Il s'empara à nouveau de ma bouche, toujours plus conquérant, toujours plus dominateur. Son baiser me coupa le souffle tant il était chaud et excitant. Comme si je ne l'étais pas assez, bon sang.

- Je te tuerais de mes propres mains si tu laisses encore ton putain de guitariste t'approcher, me menaça-t-il, poursuivant nos balancements quasi frénétiques. Je hurlais de frustration, intérieurement. Nous étions encore bien trop couverts, bordel.

- J'égorgerais ta chanteuse moi-même si elle ose encore poser ses lèvres damnées sur toi, criai-je, décidant brusquement de prendre les choses en main. Atteignant difficilement sa braguette, je l'entrouvris, gigotant entre ses bras pour qu'il m'aide à descendre son pantalon et son boxer. Edward finit par me reposer sur le sol, haletant avant de se déshabiller lui-même. Il m'arracha presque mon pantalon avant de me reprendre dans ses bras, me cognant à nouveau contre le mur.

- Fais ce que tu veux de Tanya, je m'en fous, persifla-t-il tout en me pénétrant d'une seule et longue poussée. Je laissais échapper un cri de contentement. Nouant mes bras autour de son cou, je m'accrochais à lui comme une damnée tandis qu'il me martelait de coups de buttoir. Je ne savais plus comment respirer, terrassée par un désir aussi ardent que dévastateur. Il m'incendiait les reins, me léchant de ses flammes teintées de plaisir.

- Tue-moi si tu veux, lui dis-je, pantelante. Pourvu que tu restes avec moi et que tu continues de m'aimer. Il cala un bras derrière ma nuque, posant sa main sur l'endroit même où se trouvait mon tatouage. Inclinant de force ma tête vers la sienne, il m'embrassa à nouveau, nos souffles irréguliers ne faisant plus qu'un.

- Un monde où tu n'es pas ne sera qu'agonie et souffrance sans nom, pour moi, fit-il, collant son front contre le mien. Il y eut un court silence où seules nos respirations hachées et le bruit de nos peaux entrant en contact, résonnèrent dans la pièce. Mes yeux plantés dans les siens, je m'y noyais littéralement, broyée par ses paroles. Je voulais mourir de sa main, songeai-je, morbide. J'étais prête pour ce sacrifice. On crèvera ensemble, toi et moi, ajouta-t-il, poussant plus profondément en moi. Nos corps recouverts de sueur, se reconnaissaient et s'aimaient, de la plus belle des manières. Je me collais à lui, raffermissant ma prise autour de sa taille, accompagnant chacun de ses mouvements. J'étais au bord du gouffre, sentant déjà les prémices de l'orgasme me griffer le bas ventre.

- Comme on se l'est toujours dit, complétai-je, rejetant la tête en arrière. Un cri m'échappa tandis qu'Edward augmentait la cadence, bien que j'aurais juré que c'était impossible. Bientôt, plus aucune pensée cohérente ne voguait dans mon esprit. J'étais entièrement focalisée sur la boule de plaisir qui menaçait d'éclater à chaque instant. Je lui tendais la main, à ce plaisir, clôturant enfin l'horrible après-midi que j'avais passé, à me morfondre, à me détruire à petits feux. Je voulais juste oublier tout ça.

- J'aimerais crever d'amour pour toi, grommela-t-il contre ma bouche, entre deux grognements. Il me semblait grossir en moi, à deux doigts de la libération. Je veux te garder pour moi tout seul. T'empêcher de voir d'autres hommes. T'interdire de leur parler, de même les regarder. Je veux te posséder, Bella, putain ! Un long gémissement m'échappa et j'attrapais sa langue entre mes lèvres, les suçotant comme je l'aurais fait avec sa verge, s'il m'avait laissée faire.

- Crois-tu que ça soit différent pour moi, geignis-je après l'avoir relâché. Je réduirais en charpie quiconque se mettra entre toi et moi ! criai-je, laissant ma tête retomber sur son épaule. Si tu me laisses, Edward … si jamais tu me laisses, putain … je préfèrerais que tu me tues que de te savoir dans les bras d'une autre. »

Son bras droit enroulé autour de ma nuque, il plaça le gauche sous mes fesses, me pressant contre lui, m'accompagnant dans ses mouvements frénétiques. Nous ne parlions plus, tout avait été dit. Tout ce que nous ressentions, tout cet amour destructeur qui nous liait. Tout était désormais clair. Ce fut sans doute l'élément déclencheur. Je sentis que mon esprit se détachait de mon corps, laissant échapper toute cette tension, cette douleur qui m'avait étreint durant d'interminables heures, me tuant un peu plus à chaque seconde. L'étau de fer dans lequel j'étais enfermée me sembla se déverrouiller de lui-même, me libérant de son étreinte glaciale et rude. Et alors, j'éclatais.

Un orgasme fulgurant me terrassa, me faisant hurler à m'en briser les cordes vocales. Secouée des pieds à la tête, je tremblais de tout mon corps entre les bras d'Edward qui me suivit, quelques mouvements plus tard. Le serrant contre moi à l'en étouffer, je craignais qu'il ne s'en aille, qu'une fois son plaisir pris, il ne m'abandonne, moi et mes exigences tordues. Que tous ces mots que l'on s'était échangés durant notre étreinte ne soit que du vent brassé, des paroles en l'air. Parce qu'en ce qui me concernait, j'étais des plus sérieuses. Je voulais qu'il lâche les Spunk Ransom, qu'il mette le plus de distance possible entre Tanya et lui. Je ne supporterais pas de les savoir dans la même pièce sans que je ne sois là. Je ne peux juste plus.

Nous nous écroulâmes à même le sol, épuisés, reprenant difficilement nos respirations. Encore bouleversée par l'orgasme divin qui m'avait parcourue, je mis quelques secondes à venir me pelotonner contre le torse d'Edward. Il se contentait de me serrer simplement dans ses bras, sans mot dire. Je laissais courir mes doigts sur son torse, en appréciant les muscles et les courbes, jouant avec la trainée de poils autour de son nombril.

« J'étais sérieuse, tu sais, m'entendis-je murmurer, sans vraiment m'en rendre compte. Quand je t'ai dis toutes ces choses à propos de Tanya, précisai-je tout en me redressant sur le coude. Edward était de nouveau serein. J'avais retrouvé l'homme qui avait quitté mon lit ce matin, la frustration en moins. Il me fixa de ses grands yeux verts, des plus calmes. Sa main droite vint caresser tendrement mes cheveux tandis qu'il se tournait sur le côté.

- Tout comme je l'étais, dit-il avant de m'embrasser amoureusement. Je veux que tu quittes les Ribson Keane. J'aimerais faire en sorte que Tanya quitte les Spunk Ransom pour que tu prennes sa place mais Jazz et Emmett ne me laisseront jamais faire. Tu comptes à leurs yeux, n'en doute pas, mais nous vivons avec Tanya depuis des années. Ils ne te favoriseront pas à elle.

- Tu sais que c'est horriblement cruel ce que l'on est en train de dire, soupirai-je, me blottissant contre lui. Nous n'avons pas le droit de décider de l'avenir de nos deux groupes simplement parce que l'on est incapable de surtout la vue d'un membre. Edward nous enferma dans une étreinte possessive, ce dont je ne me plaignis pas une seule seconde. Quand bien même nous étions allongés sur le sol et que je frissonnais de froid. J'étais juste bien, mes chimères m'ayant enfin abandonné.

- Je ne veux plus jamais revivre ce que nous venons de vivre, murmura-t-il avec une douceur infinie. Plus jamais, Bella. J'ai cru … il trembla contre moi alors je le serrais aussi fort que je le pus, lui prouvant que j'étais bel et bien avec lui … j'ai cru que je t'avais perdue quand je suis arrivé et que tu fixais cette putain de photo, dit-il comme pour lui-même, d'une voix étrangement atone. Quand tu ne semblais même pas supporter mon contact, chérie, je … putain, c'est juste trop dur. Ça ne doit plus jamais se reproduire. J'acquiesçais, complètement d'accord. Nous avions assez donné de notre personne. Nous avions assez souffert. Il était temps que l'on cesse de se mettre entre nous et que l'on nous laisse vivre en paix. J'étais sincèrement à bout.

- Ils ne vont pas prendre très bien la nouvelle, finis-je par lancer, un long moment après. Nos deux groupes, Carlisle, Esmée, Victoria et pire encore, Volturi. Nous ricanâmes tous deux lorsque j'énonçais le nom du vieil homme.

- Il va en faire une syncope ! J'éclatais de rire contre son épaule, en pleurant presque.

- Définitivement ! Je pouffais toujours lorsque deux coups furent donnés à la porte. Edward et moi tournâmes la tête comme un seul homme, écarquillant les yeux.

- Attendez une seconde ! pria-t-il d'une voix forte, se relevant déjà et ramassant nos affaires à la hâte. Nous nous rhabillâmes en un éclair, hilares. Nous étions de grands enfants en cet instant précis. Deux grands dadais qui ne voulaient pas être pris sur le fait par notre gouvernante. La situation était des plus comiques.

- Madame Cope ? m'enquis-je après avoir entrouvert la porte, un grand sourire aux lèvres. Elle parut abasourdie par mon changement de comportement, sachant que quelques heures auparavant j'avais versé toutes les larmes de mon corps entre ses bras, mais elle se contenta d'hausser les épaules, me retournant mon sourire.

- Madame, vous allez finir par être en retard à votre rendez-vous à la banque si vous ne partez pas tout de suite. Je me frappais le front du plat de la main.

- Merde, j'avais complètement oublié ! m'exclamai-je avec une grimace. Je sentis les bras d'Edward s'enrouler autour de ma taille.

- La banque ? questionna-t-il, surpris.

- Souviens-toi, je t'en ai parlé ce matin, soupirai-je tout en me laissant aller contre lui. Je dois aller nous ouvrir un compte commun. Je ne devrais pas en avoir pour longtemps mais c'est pas mal de paperasse à remplir.

- Tu peux pas décaler le rendez-vous et y aller demain ? demanda-t-il avec une bouille adorable. On doit parler de ce que l'on va dire à nos deux groupes.

- Ouais, je sais. Je secouais mes cheveux, jetant un sourire contrit à mon mari. Merci Madame Cope pour me l'avoir rappelé. Faîtes appeler un taxi, vous voulez bien ? Je me prépare rapidement. Elle acquiesça avant de s'éloigner silencieusement, nous laissant à nouveau seuls, Edward et moi.

- Tu veux que je vienne avec toi ? me proposa-t-il tandis que j'inspectais mon visage dans un des miroirs du couloir.

- Non, pas la peine, répondis-je, grimaçant devant mes yeux bouffis. C'est juste des papiers à remplir, tu vas t'ennuyer plus qu'autre chose. Et puis, tu pourrais peut-être commencer à réfléchir ce que tu vas dire aux Spunk Ransom. Emmett et Jazz sont comme des frères pour toi. Ils ne vont pas prendre très bien la nouvelle, tu sais.

- Ils comprendront, se contenta mon mari de répondre, haussant les épaules avec désinvolture.

- C'est ce que tu crois, fis-je en lui caressant la joue. Moi j'en suis pas si certaine. Prépare bien ce que tu vas leur dire, tes explications. C'est … je baissais la tête, soudainement honteuse … je sais que je n'ai pas le droit de te demander de faire un tel sacrifice, mais

- Tais-toi, me coupa-t-il, plantant un baiser sonore sur mes lèvres. Ça fait déjà un moment que j'y pense, de toute manière.

- Quoi ? m'étranglai-je, les yeux exorbités. Mais … tu ne m'en as jamais parlé ?

- Je t'en aurais parlé quand j'aurais pris ma décision, et maintenant, c'est le cas.

- Je me sens coupable, Edward, confessai-je, prenant ses mains dans les miennes. La musique est toute ta vie.

- Tu es toute ma vie, rectifia-t-il avec un sourire. Je monterais un autre groupe ou quelque chose du genre, tu sais. Je ne vais pas arrêter la musique, juste quitter les Spunk Ransom. Ils ne laisseront pas Tanya tomber, alors c'est moi qui pars. Point final. J'hochais de la tête à ses paroles.

- Pour les Ribson Keane, je dois réfléchir. Je n'ai aucune idée de comment je vais leur annoncer la chose. Je montais dans notre chambre où Edward me suivit. Je flanquais mes lunettes de soleil sur mon nez pour dissimuler mes yeux éclatés au vu et au su de tous, avant d'attraper mon sac à main. En bas, le taxi klaxonnait, m'attendant pour partir. Il me bloqua de son corps, couvrant mes lèvres des siennes.

- Reviens vite, d'accord ? Je veux que l'on profite de nous, ce soir. Il me sourit, adorable, et je ne pus m'empêcher de picorer sa bouche de baisers.

- Promis. Je devrais en avoir pour une petite heure, je pense, supposai-je. Que l'on profite de nous ? répétai-je ensuite, amusée. C'est ce que l'on fait tous les soirs, non ? Il ricana.

- Non, je veux dire, sortir au restaurant, peut-être ? Tu sais, faire un truc que l'on fait pas habituellement.

- Hum … je l'embrassais tandis que le chauffeur de taxi klaxonnait à nouveau, s'impatientant … j'irais faire les boutiques avant de revenir, alors. Il faut que je sois belle pour mon mari. Il sourit, amusé.

- Tu l'es toujours, me rassura-t-il d'un baiser. D'une claque sur les fesses, il me poussa vers la sortie. Allez, file avant que le mec ne vienne te chercher lui-même !

- Eh, Edward ! l'interpelai-je, une fois en bas des escaliers. Il se pencha au-dessus de la rampe, sourcils haussés.

- Ouais ?

- Je t'aime, chéri, soufflai-je, lui envoyant un baiser de la main. Il rit.

- Moi aussi, bébé. »

Je quittais rapidement la maison, réajustant mes lunettes sur mon nez et m'engouffrant dans le taxi. Le chauffeur, après quelques soupirs exagérés pour me prouver qu'il avait attendu plus que de raison, finit par s'engager sur la route, m'emmenant à la banque. Une fois sortie et notre compte commun créé, j'appellerais Alice et Rose pour voir si elles sont disponibles. Ça pourrait être sympa de nous retrouver toutes les trois pour faire un peu de shopping. C'était un truc si rare pour moi qu'elles n'en reviendraient sans doute pas et béniront Edward jusqu'à la fin de ses jours. J'en ris toute seule dans la voiture, m'attirant le regard perplexe du taximan.

Et puis, en vérité, j'avais surtout besoin d'oreilles attentives et d'épaules sur lesquelles pleurer lorsque je leur raconterais ma journée du diable. Lorsque je leur parlerais de cette photo damnée et de notre dispute monumentale à Edward et moi. Gardant le meilleur pour la fin, je leur expliquerais que nous comptons quitter nos groupes. Une sourde appréhension me mordait le cœur quand j'y songeais. Je ne pouvais m'empêcher de me dire que nous avions été trop loin dans nos demandes, que nous avions tous deux trop exigé de l'autre.

Enflammée par la haine et la colère, je lui avais demandé de quitter les Spunk Ransom. Bon sang, comment avais-je pu faire une chose pareille ? Le chauffeur me fit sursauter lorsqu'il m'apprit que nous étions arrivés. Payant ma course, je sortis rapidement de l'habitacle et pénétrais dans la banque, me dirigeant vers la guichetière. En fin de journée, l'endroit était littéralement bondé. Nous ne devions pas être loin de l'heure de pointe, sans doute. Toujours est-il qu'il y avait foule dans la banque. On signala ma présence au conseiller que je devais rencontrer puis me fit asseoir sur une chaise dans un coin, me permettant de me replonger tranquillement dans mes pensées en attendant.

Je ne voulais plus qu'Edward approche Tanya, c'était un fait, mais il y avait toujours un écart monstrueux entre ce que je voulais et ce qu'il se passait réellement. Demander à Edward de quitter les Spunk Ransom reviendrait à l'amputer de ses membres ou de ses organes. Bon sang, de quel droit avais-je osé proférer ces paroles ? Pour qui est-ce que je m'étais prise, au juste ? Croisant les jambes, je soupirais, posant mon coude sur mon sac et enfouissant mon menton dans le creux de ma main.

Partout, des regards curieux louchaient sur ma silhouette frêle et mal fagotée. Habillée d'un jean des plus simples et d'un T-shirt uni, j'étais bien loin de la rockeuse barbouillée de maquillage aux tenues extravagantes. Mes lunettes dissimulaient une bonne partie de mon visage mais je pensais être tout de même facilement reconnaissable. Bah, il fallait bien que je m'y habitue un jour ou l'autre ! Je n'y faisais déjà partiellement plus attention. Victoria veillait à ce que je soigne mon style et mon apparence lorsque nous sortions Edward et moi, mais aujourd'hui, j'avais eu une journée bien trop éprouvante pour me soucier de ces conneries d'illusions.

Tapant doucement du pied, patientant, je pris mon téléphone et envoyais quelques messages à Rose et Alice, leur demandant si elles étaient occupées pour le début de soirée. Mon téléphone sonna quelques minutes plus tard. Alice. Le lutin ne perdait jamais une minute.

« Belly Jean ! cria-t-elle dans le téléphone, me forçant à écarte le mobile de mon oreille avec une grimace.

- Alice, je t'en prie, mes oreilles ! me plaignis-je avant d'en rire. Comment ça va ? J'observais distraitement les personnes qui s'entassaient dans la banque tandis que mon amie me répondait.

- Impeccable ! s'exclama-t-elle avec enthousiasme. Je suis en train de travailler sur une nouvelle collection dont Rose sera l'égérie.

- C'est une super nouvelle, ça ! dis-je avec enthousiasme, mes yeux louchant sur un homme dans la file. Il semblait stressé, tapant du pied, suant comme un bœuf. Ses yeux parcouraient la vaste salle comme s'il était à la recherche des caméras de sécurité. Manquant de rigoler devant ma propre bêtise, je laissais courir et repris mon observation. Quel est le thème, cette fois-ci ? demandai-je avec un sourire.

- Couleurs chaudes comme le miel, jaune or, chocolat ou encore bleu de Chine, pépia mon amie, surexcitée. J'espère que tu assisteras au défilé !

- Bien sûr, acquiesçai-je, mes yeux crochetant sans le vouloir, les iris noires d'une des personnes dans la file d'attente. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Le gars en question était vraiment bizarre, me faisant peur avec son allure sinistre, son sourire que je qualifierais de sadique et ses énormes tatouages sur les avant-bras. Il me donna l'impression de me voir à travers mes lunettes et de me transpercer l'âme. Je remuais sur ma chaise, mal à l'aise.

- C'est parfait, alors ! Je pense qu'elle sortira d'ici le mois de Septembre, poursuivit Alice sur sa lancée. J'ai déjà fait un bon nombre de croquis, en fait. Je prévoie d'en dessiner une bonne dizaine supplémentaire et ensuite, on passera à la réalisation. Tout doit être parfait. Je l'entendis s'applaudir, me tirant un demi-sourire. Je ne parvenais pas à me réjouir totalement, l'impression étrange qu'il allait arriver quelque chose m'étreignant douloureusement le cœur. Je n'arrivais pas à m'échapper de la sensation que l'homme étrange avait suscitée en moi. J'avais la chair de poule.

- C'est vraiment une bonne chose, me contentai-je de dire, pas vraiment expressive. Le lutin le nota instantanément.

- Bella, ça va ? T'as pas l'air dans ton assiette.

- Je sais pas vraiment, avouai-je, tout en me frottant le bras. Je suis à la banque, là, mais j'ai un mauvais pressentiment. Alice éclata de rire.

- Et dire que c'est moi que l'on traite de voyante ! se moqua-t-elle doucement, m'arrachant un ricanement, cette fois-ci.

- Ouais, je sais, c'est idiot, finis-je par reconnaître, ignorant délibérément mon instinct.

- Quelle banque ? demanda-t-elle d'un peu loin. Elle avait sans doute mis le haut-parleur.

- HSBC, au croisement de la cinquième et de la douzième, expliquai-je, croisant et décroisant les jambes nerveusement. L'homme aux tatouages me fixait à nouveau.

- Ah oui, je vois, lança Alice, sa voix se trouvant plus près du micro. Elle devait avoir repris son téléphone. Tu vas placer de l'argent ?

- Han, han, secouai-je négativement la tête. Je vais nous ouvrir un compte à Edward et moi. C'est idiot mais on a pas du tout pensé à ça.

- Un des nombreux détails auquel une femme mariée ne pense pas sur l'instant, rigola la styliste. Ça viendra avec le temps.

- C'est aussi ce que je pense. Dis-moi, tu travailles jusque quelle heure, aujourd'hui ? la questionnai-je, focalisant mon regard sur une femme enceinte. La grossesse lui allait superbement bien, d'après ce que je constatais. Ses joues colorées et son sourire radieux parlaient assez pour elle. Elle devait sans doute être proche du terme, au vu de son énorme ventre. Seigneur, serais-je comme ça lorsque je porterais les enfants d'Edward ? Bah, songeai-je avec un haussement d'épaules, si jamais j'étais aussi lumineuse qu'elle, ça ne me dérangerait pas.

- Aurais-tu oublié que je suis mon propre patron, ma chérie ? Le rire cristallin d'Alice me tira de mon observation, me faisant reporter mon attention sur la conversation. J'ai vu ton message à ce sujet, ajouta-t-elle tranquillement. Tu veux que l'on se voit ?

- Ouais, Edward veut que l'on aille au restaurant ce soir. Je me suis dit que ça pourrait être sympa que l'on se retrouve toutes les trois avec Rose pour une petite séance de shopping improvisée. Un cri me vrilla le tympan alors que je m'écartais vivement le téléphone. Putain, Alice ! râlai-je, m'attirant le regard d'une vieille dame. Langage, comme dirait Esmée. Oh et puis merde, je disais ce que je voulais.

- Argh, pardon Belly Jean mais je ne peux juste pas croire ce que je viens d'entendre ! s'écria-t-elle, comme abasourdie. Tu veux bien répéter pour être certaine que je ne deviens pas folle ? Je pouffais, captant l'attention de plusieurs personnes autour de moi. Mais je m'en fichais. Je n'allais pas m'arrêter de vivre parce qu'il y avait toujours des oreilles indiscrètes qui traînaient.

- Es-tu disponible pour une séance de shopping, ô lutin de mon cœur ? Son rire clair perça le silence derrière elle, vif et sexy. Alice avait toujours su appâter la gente masculine avec ses éclats de rire.

- Bien sûr que oui, chérie ! répondit-elle, aux anges. »

J'allais lui répondre lorsque tout se passa très vite, devant moi. Le mec nerveux que j'avais remarqué un peu plus tôt sortit une arme de dessus sa veste en cuir et la brandit, la pointant sur la poitrine de la guichetière et appuyant presque aussitôt sur la détente. Un long cri d'horreur m'échappa tandis que je m'accrochais à mon téléphone comme une damnée. J'entendais qu'Alice s'affolait, me hurlant de m'expliquer ce que c'était que cette détonation, mais j'étais juste figée, incapable de me détourner de la scène macabre. Putain, mais qu'est-ce qu'il se passait ici ?

Des hurlements de terreur retentirent dans la vaste salle, me vrillant les tympans, crevant littéralement le plafond. Trop stupéfaite – ou horrifiée ? – pour réaliser ce qu'il venait vraiment de se passer, j'observais stupidement les gens se ruer vers la sortie mais déjà, un homme leur barrait le chemin, les menaçant de son arme. Les vigiles et policiers en service dans la banque étaient tenus en joue, ne s'y attendant pas, incapable de leur offrir une résistance digne de ce nom. Mes yeux exorbités dénombraient pas moins de sept personnes à l'origine de cet excès de violence. Putain, non. Pas ça, suppliai-je intérieurement. Pas de braquage.

L'homme tatoué eut un sourire sadique lorsqu'il frappa la femme qui faisait la queue derrière lui, lui hurlant de rester au sol avant de sortir à son tour un fusil, plus long, dans le style mitraillette que l'on voyait à la télévision. Il s'approcha de moi, le canon pointé dans ma direction. Bouche bée, le cœur battant à tout rompre, je n'esquissais pas le moindre geste, la terreur suintant par tous mes pores. Seigneur, ça ne pouvait pas m'arriver. C'était un cauchemar. J'allais me réveiller et découvrir que je m'étais endormie dans les bras d'Edward après que nous nous soyons réconciliés. J'allais me réveiller, putain, je le devais.

« Ton téléphone, grinça-t-il, le désignant de son arme. Donne-le-moi. Je ne réagis pas durant quelques secondes, en état de choc, mais le fait de le voir jouer de son arme devant moi, me fit reprendre brutalement pied. Tremblante comme si j'étais atteinte de la maladie de Parkinson, je lui tendis mon portable, entendant malgré ma stupéfaction, les hurlements d'Alice. Votre amie est occupée pour l'instant, lui dit-il de sa voix rauque et basse. Il me faisait penser à un serpent sur le point de mordre. Essayez de la rappeler plus tard … si elle est encore en vie, rit-il d'un rire à vous glacer le sang. »

Sur ses paroles terrifiantes, il jeta mon portable au sol, l'écrasant de ses rangers vieillottes, avant de me ricaner au nez. Il agrippa mes cheveux et me força à me lever, m'amenant avec le reste de la foule. Lorsque nous arrivâmes à la hauteur de la femme enceinte que j'avais remarquée tout à l'heure, il me jeta à terre, m'ordonnant de ne bouger sous aucun prétexte. Et alors, une rousse sculpturale s'avança, tout de cuir vêtue, un sourire froid sur le visage.

« Mesdames et messieurs, bienvenue dans votre enfer personnel, lança-t-elle avec puissance, me congelant toute entière. »

Hi everybody !

Chose promise, chose due, voilà le nouveau chapitre avec un mois de délai, pile poil. Chouchou veille au grain, de toute manière ^^.

J'ai des remerciements à faire, évidemment. A toutes les personnes pour leurs reviews au chapitre précédent. A toutes celles qui continuent de me suivre malgré mon absence et qui me laissent des reviews plus adorables les unes que les autres.

Merci également aux anonymes pour leurs encouragements et leurs reviews. Si jamais vous avez une adresse mail à me laisser pour que l'on communique, n'hésitez pas ! Ça sera avec le plus grand plaisir !

Mes autres remerciements vont à ma Chouchou d'amour alias Vidia (Cf. mes auteurs préférés), mon âme sœur d'amitié. Bon sang, si elle ne veillait pas au grain et ne me motiverait pas à écrire, je ne serais sans doute pas aussi à l'heure dans mes délais ^^.

Merci pour tout ce que tu fais pour moi, pour tous tes encouragements, tous les avis que tu me fournis au fur et à mesure que j'avance dans mes chapitres. Merci pour tous les conseils que tu me donnes, les questions que tu me poses et qui me font penser à d'autres axes pour cette fiction. Comme tu le sais, cette fiction est mon bébé, mais c'est aussi grâce à elle que notre amitié a débuté. Love you Chouchou !

Bon, sur cette petite séquence émotions, comment avez-vous trouvé le chapitre ? Certaines voient-elles enfin le lien entre la fin du chapitre et le résumé ?

N'oubliez pas : REVIEW = TEASER.

Bien à vous,

C.