Et voilà, après quelques semaines (mois ?), je vous met trois chapitre d'un coup, et pas de petits chapitres :P

Bonne lecture (je ne m'attarde pas trop, je poste depuis le boulot )


Chapitre 24 : Retour à la normale… ou presque # 1

14 mai… Köln… Dernière date du 483 Tour…

Je suis épuisée et à bout de nerfs. Nous avons passé la journée à signer des autographes, à répondre à des questions de journalistes pas toujours discrets, l'un d'eux m'a même demandé si je comptais avoir un enfant prochainement et Bill a faillit coller son poing sur le nez de ce crétin avant même que je n'ai compris la question.

- Mademoiselle, la vie avec quatre garçons ne doit pas être facile tous les jours, devez-vous faire la police ?

Je cligne des yeux. Mince j'étais dans la lune… Je m'empresse alors de répondre :

- Non, je dis. Et puis je ne suis pas avec eux pour cela. Ils sont grands, ils savent jusqu'où ils peuvent aller et qu'elle est la limite à ne pas franchir.

- Est-ce qu'ils vous cherchent parfois ?

- Ben non… Je ne vois pas ce que ce genre de question fait dans cette interview, je dis ensuite. Je ne suis pas leur « nounou »…

- Non, bien évidemment, dit le journaliste en baissant les yeux, comme gêné. Et en ce qui concerne votre relation avec Bill Kaulitz… Vous pouvez nous en parler ?

Je jette un coup d'œil à Bill qui est assit juste à côté de moi et il hausse les épaules :

- Il n'aime pas que j'en parle, mais si vos questions respectent notre vie privée alors…

- Je le pense… Donc ! Cela fait quoi, huit mois que vous êtes ensembles ?

- Non, cela va bientôt faire un an à présent, dit Bill.

Je fronce les sourcils. Déjà ? Un an ? Soudain, une chose me frappe ! Un an ! Cela fait plus d'un an que j'ai rencontré Tokio Hotel en vrai pour la première fois… C'était en janvier l'année passée… Après, en mai, j'ai déménagé, et janvier de cette année, Bill m'a « trahi »… Mon Dieu… Un an ! Que le temps passe vite !

M'empressant de répondre aux questions du journaliste, j'expédie l'interview, et Bill ne manque pas de me poser des questions une fois que nous avons quitté le plateau :

- Bill, je dis en lui prenant les mains. Tu te rends compte que cela fait un an que nous sommes ensemble, toi et moi ? Une année… Et nous n'avons même pas fêté ça…

Il fronce les sourcils puis son visage affiche la surprise et il dit :

- Un an ? Tu es sûre ?

- J'ai gagné mon concours en janvier de l'année passée… Nous sommes en mai, Bill. Oh mon Dieu, tu te rends compte ? Un an… Je n'ai même pas vu le temps passer…

- Moi non plus, dit-il en secouant la tête.

Je lance alors mes bras autour de son cou et il noue ses mains sur mes reins. Il m'embrasse longuement puis recule et dit :

- Ce soir, après le concert, on se sauve discrètement tous les deux…

- Hou… Une petite escapade interdite… je ronronne avec un sourire en coin. J'aime ça…

Je l'embrasse en retour puis il me serre contre lui et dis :

- Ce soir, pas question de rentrer à l'hôtel…

- Ha ? Tu as quelque chose en tête ?

Je fais un sourire malicieux et il m'embrasse à nouveau avant que je ne me mette dos à lui. Il passe ses bras sur ma taille et m'embrasse dans le cou en disant :

- Ce soir, tu es toute à moi…

Je mets deux secondes à réaliser qu'il a dit cette phrase dans un français parfait, mais le temps que je réagisse, Anna surgit dans les coulisses et nous entraîne aussitôt dans la loge pour passer par le démaquillage.

Pendant qu'une coiffeuse remet mes cheveux en place, je ne sais pour quelle raison d'ailleurs, je lorgne par delà le miroir sur le ventre légèrement rebondit d'Anna.

- Tu grossis à vue d'œil, je dis en souriant. Combien ?

- Trois mois et des poussières… dit Anna en souriant. Et puis ça ne voit pas tant que ça…

- Non mais tu as prit du poids, je dis en pivotant sur la chaise une fois que la coiffeuse s'est éloignée. Tu as de bonnes joues maintenant, fais gaffe à pas trop grossir, tu va plus pouvoir t'en débarrasser après.

Elle sourit à nouveau puis se lève. J'en fais autant et nous quittons la loge. Dans le couloir, Bill nous attend. Il s'est changé et, avec sa casquette enfoncée jusqu'aux yeux, il est méconnaissable. Je lui souris et il passe son bras sur mes épaules en disant :

- Anna, je vais te confier un secret…

- Ha ? fait la rousse en le regardant, un sourcil haussé. Tu as tué qui ?

- Anna… je soupire.

Bill émet un drôle de bruit nasal entre le gloussement et le rire proprement dit puis il reprend :

- Non… Sérieusement. Anna, en janvier, ça a fait un an que Marie et moi sommes ensembles… On n'a pas fêté ça…

- Un an ? Déjà ? Seigneur, que ça passe vite…

Il hoche la tête et ajoute :

- Ce soir, après le concert, nous allons nous sauver discrètement et aller passer le reste de la nuit ailleurs. Tu as pour mission d'occuper les gardes du corps et les copains pour ne pas qu'on se fasse pourchasser et rapatrier à l'hôtel, d'accord ?

- Mouais… Je dois pouvoir m'en sortir. Mais comment tu compte t'y prendre ? Fausser compagnie à tes gardes du corps est mission impossible, tu le sais bien…

- Les gardes du corps ne dorment pas avec nous, je dis alors, un sourire malicieux sur les lèvres.

Les lèvres d'Anne forment alors un « O » silencieux puis elle sourit et dit :

- On va passer une bonne petite soirée interdite, alors… Vous inquiétez pas, je ferais en sorte que vous soyez pas dérangés. Tu laisse Général, je suppose…

- Oui, je te le confie, mais on prendra nos paralyseurs.

- Il vaut mieux… Mais vous êtes prudents, je le sais, donc je ne m'inquiète pas. Envoyez-moi un texto si vous décidez de ne pas rentrer à l'hôtel cette nuit, d'accord ?

Je souris. J'ai parfaitement compris à quoi elle faisait allusion et, ma foi, si cela doit avoir lieu ce soir, alors… soyons fous !

Je rigole intérieurement puis le portable d'Anna se met à sonner. Quand elle raccroche, elle nous annonce qu'une voiture nous attend pour nous reconduire à l'hôtel.

- Vous avez une heure de battement, dit David en consultant le planning.

- Laisse-nous souffler, dit Bill. S'il te plait, on vient juste d'arriver…

Mais David a déjà tourné les talons. Je soupire profondément et me laisse tomber dans un fauteuil du salon de l'hôtel :

- J'en ai ras le melon aujourd'hui, on a pas une minute pour se changer les idées…

- C'est la dernière date, dit Georg. Après, deux mois de vacances…

Je hausse les sourcils. Ouais, deux mois… Juin et juillet sous le soleil d'une quelconque île ou ville en bord de mer, le rêve…

- Deux mois pour vous, je dis. Moi non…

- Et pourquoi pas toi ? demande alors Bill en me regardant de travers. Tu nous as fait le coup à Noël, il est hors de question que tu nous lâche cet été…

Je serre les mâchoires puis détourne la tête. Je le sens alors s'approcher et il pose une main sur mon épaule en disant :

- Dès la fin du mois, nous allons quitter l'Allemagne pour prendre deux mois de vacances bien méritées et j'ai bien l'intention de t'emmener avec nous, Marie.

Comme je m'obstine à ne pas répondre, il dit :

- Cet hiver, tu as voulu rentrer chez toi pendant deux semaines, soit ! Mais pas deux mois entiers, Marie, c'est pas possible pour moi. Je ne pourrais pas tenir sans te voir pendant deux mois…

- Et si j'avais quelque chose de plus important que des vacances ? je demande alors. L'été dernier, vous n'êtes pas partis, nous avons navigué entre Hamburg et les quatre coins de l'Allemagne, non pour le travail, je l'accorde mais…

- Et je ne vois pas le rapport, me coupe Bill en croisant les bras.

- C'est vrai, dit alors Anna.

Je la fusille du regard, la remerciant de son soutient, et elle ajoute :

- Si tu ne veux pas partir en vacances avec Bill et Tom, dis-le clairement mais ne cherche pas des excuses… Tu as passé l'âge quand même…

- Merci de me soutenir, toi ! je siffle en français.

Elle hausse les épaules puis ajoute :

- Plaignez-vous pas, vous partez. Moi je suis obligée de rester ici, je n'ai pas de vacances avant le mois de septembre…

- Et après tu seras en congé maternité, je dis en passant une jambe sur l'autre. Tu va prendre combien ?

- Le minimum c'est trois ans, dit la rousse. Le temps que le gamin soit en âge d'aller à la garderie une journée complète… à défaut de trouver une nounou.

Elle croise alors les bras puis soudain David jaillit derrière Gustav qui sursaute :

- Au boulot les jeunes ! dit-il en frappant dans ses mains. Les filles, j'ai du travail pour vous.

- Allons bon, je soupire.

- Oh quel enthousiasme…

- J'en ai un peu marre de crapahuter de partout depuis huit heures ce matin, je grogne alors. J'en ai plein les pattes pour tout dire. Je ne suis pas censée faire ce type de boulot…

- Continue de grogner, dit David.

- Je vais me gêner !

- Oh tous les deux ! dit alors Anna. C'est la nouvelle lune ou quoi ? Marie, je t'en prie…

- C'est pas moi qui ai commencé…

Je soupire alors puis me lève et me dirige vers l'ascenseur :

- Bah tu va où ? me fait-on.

Je me retourne et vois Georg :

- Je suis fatiguée, je dis en reprenant mon chemin. Si je ne fais pas un break d'au moins une heure, vous aller avoir droit à la soupe à la grimace toute la journée…

Un silence tombe alors et j'appelle l'ascenseur. J'y monte quand les portes s'ouvrent et, au moment où elles se referment, Tom s'engouffre dans la cabine. Je le regarde, surprise, puis soupire et il dit :

- Est-ce que cette jeune demoiselle me permet de lui tenir compagnie ?

Je le regarde, étonnée, puis je pouffe et dis :

- Bien sûr… N'importe qui du moment que ce n'est pas David.

- Tu as une dent contre lui aujourd'hui ?

- Non, je suis fatiguée de marcher c'est tout… J'ai les nerfs à fleur de peau ces derniers jours, je sais pas pourquoi… Demande à Bill, je crise pour un rien.

- Tu es fatiguée et tu n'as pas l'habitude de tant de choses à la suite, dit Tom en posant une main sur mon bras. Nous oui, on enchaîne les activités à la vitesse du son et on n'y fait plus attention… C'est vrai que jusqu'à maintenant, c'était plutôt tranquille pour toi, tu allais et venait entre chez toi et le studio, tu partais en ville avec Anna, etc… Mais là c'est dur, c'est sur. David stresse tout le monde…

Je fais un petit sourire puis l'ascenseur arrive à destination et ses portes s'ouvrent. Je sors dans le couloir et regarde Tom :

- Tu viens ? je demande.

- Je ne suis pas un bon compagnon pour la sieste, dit-il avec un sourire. Ce n'est pas mon truc… Et puis on a plein de choses à faire…

Je fais la moue puis les portes de l'ascenseur commencent à se refermer. Tom les bloque alors et il sort sur le palier en disant :

- Mais après tout, une sieste ne fait de mal à personne…

Je hausse un sourcil, étonnée, et je dis :

- Tu as envie de faire enrager David ?

- Ouais !

- Crapule ! je fais en retour.

- Et fier de l'être !

Je rigole doucement puis je me dirige vers ma chambre. Tom me suit et je l'invite d'un signe de tête. Je prends soins de placer le panneau « Ne pas déranger » sur la poignée et soupire en défaisant mon gilet que j'ai noué comme un cache-cœur :

- Vivement les vacances, je dis en le jetant sur le lit tiré.

- A qui le dis-tu ! fait-il en se laissant tomber sur le lit, les bras en croix.

- Tu prends tes aises ? je demande avec un sourire. Heureusement que tu es le frère de Bill, sinon il viendrait te massacrer.

- Pourquoi ? Parce que j'ai envie de passer une heure paresseuse avec toi ?

Je souris puis je vais m'asseoir sur le lit. Je m'allonge sur le flanc et il s'installe dans le creux de ma hanche en disant :

- Il n'y a vraiment qu'avec toi que je me permets autant de familiarités, même en public. Même avec mes petites-amies je ne suis pas aussi intime.

- Un peu plus qu'avec moi quand même, je dis. Mais moi j'aime bien te serrer dans mes bras. C'est pas comme Bill. Il n'est pas très câlin lui…

- Jamais, dit Tom. C'est pas son truc, même avec moi. Il ne dit pas non pour passer un moment avec moi, genre devant la télé, mais c'est tout. Même avec maman il n'est pas comme ça…

- Maman, je dis. Ca me fait drôle de t'entendre dire ce mot… Bill dit toujours « ma mère »…

- Moi aussi normalement, je sais pas pourquoi j'ai dit maman là…

Il hausse une épaule puis je cale mon bras sous ma tête et soupire. Tom se tourne sur le dos, sa nuque calée dans le creux de ma taille, et je me dis alors que la relation que j'ai avec lui et vraiment étrange. On est intimes au point de passer parfois une heure dans les bras l'un de l'autre sans que personne ne trouve à redire, même pas Bill qui devrait normalement crever de jalousie. Même dans les magazines, je n'ai rien trouvé sur cette intimité qu'il y a entre nous. Personne ne nous blâme, ne me blâme parce que je m'entends presque mieux avec Tom qu'avec Bill.

- Dis… je fais.

- Mhm ?

- Je ne sais pas si tu as fait attention, mais toi et moi, nous ne sommes plus très discrets quand il s'agit de passer un moment ensembles. Evidemment, il n'y a rien d'illégal mais les journalistes, qui normalement, ont toujours à cœur de pourrir la vie des stars en lançant des rumeurs, ne nous ont pas encore cuisinés… Je sors avec ton frère depuis plus d'un an maintenant mais je passe presque autant de temps avec lui qu'avec toi et personne ne nous en a fait la remarque encore…

Je le sens alors réfléchir puis il dit :

- C'est vrai ce que tu dis… Je me souviens qu'avant, dès que l'un de nous faisait une chose qui sortait de l'ordinaire, hop toute une cascade de fausses rumeurs nous tombait dessus, mais là rien… Peut-être que les gens se doutent bien que tu es fidèle à Bill…

- Je ne sais pas, je fais en haussant les épaules. Les journalistes sont toujours à la recherche de la petite chose croustillante autour de laquelle ils vont pouvoir monter tout un bateau et pourrir la vie des stars…

Il fait une moue puis je soupire et soudain, il se déplace vers moi. Il vient se caler sous mon bras libre, dos à moi, et je passe mon bras sur sa taille. Il croise alors ses doigts aux miens et dis :

- J'ai de la chance de t'avoir, tu sais ?

- Mhm ? Pourquoi ?

- Tu m'aide à ne plus penser à ma mère trop souvent et, je sais pas si tu l'as remarqué, mais depuis que tu sors avec mon frère, je n'ai pas eut tant de petites-amies que ça… A peine une vingtaine en un an. C'est un record pour moi.

Je pouffe alors puis me mets à rire. Il se met à rire à son tour puis on se calme doucement et le silence retombe. Bientôt je me sens somnoler puis mes yeux se voilent et je sombre dans le noir.

Quand je me réveille, Tom n'est plus près de moi et je me redresse sur un coude. La chambre est vide mais la porte de la salle de bains et fermée alors qu'elle était ouverte quand nous sommes arrivés. Je regarde ma montre, il est quatorze heures. Le déjeuné est passé et je ne pensais pas m'endormir aussi longtemps.

La porte de la salle de bains s'ouvre alors et Tom apparaît. Il me regarde, sourit puis étire ses bras au-dessus de sa tête avant de dire :

- Une bonne sieste ça permet de recharger les batteries !

Je souris puis m'assieds et me frotte le visage en disant :

- Personne n'est venu ?

- Non, je ne crois pas, je n'ai pas le sommeil très lourd, tu sais… Bon ! fait-il ensuite. Il est quatorze heures, on y va ? Je te rappelle qu'on doit aller au Vélodrome à quinze heures…

Je hoche la tête puis nous quittons la chambre discrètement :

- Ha bah vous voilà ! s'exclame Bill en nous voyant entrer dans le salon de l'hôtel. Où vous étiez passés ? Tu me fais pas d'infidélités toi, j'espère ? me dit-il ensuite.

- Roh, tout de suite ! je dis en levant les yeux au ciel. Sache, môssieur, que je suis aller faire une sieste dans ma chambre et que j'ai croisé Tom en en sortant il y a cinq minutes.

- Et toi t'étais où ? demande Anna en regardant Tom.

- Sieste crapuleuse… dit-il sur un ton gourmand.

Je pouffe alors et me retourne pour cacher mon fou rire. Bill pose une main sur la mienne puis je dis :

- Excusez-moi…

Tom me tire alors la langue et je repars de plus belle dans un fou rire qui me coupe les jambes, m'obligeant à m'appuyer sur l'accoudoir de la chaise de Bill :

- Hé bah mais calme-toi, fait-il en souriant. Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Je suis désolée… je hoquète. C'est plus fort que moi, ça me fait penser à un truc que j'ai vu à la télé tout à l'heure… pardon Tom, c'est pas à cause de toi… Mais de la façon dont tu as dit ça… Désolée…

Je souffle alors longuement pour me calmer et Bill m'entraîne sur ses genoux en m'entourant la taille de ses bras :

- Hé bé, ça c'est du fou rire, fait-il en m'embrassant sur la joue.

Je me racle la gorge puis passe mes doigts sous mes yeux pour éviter les « yeux de panda » et je m'appuie contre l'épaule de Bill en soupirant. Il me serre un peu plus et Anna dit :

- Bref ! Après cet intermède, les gars, je dois vous dire que David m'a chargé de vous accompagner jusqu'au Vélodrome. Il vous y retrouvera.

- Ha ? fait Georg. Et pourquoi toi ?

- Parce que, dit la rousse en fronçant les sourcils.

Je me redresse légèrement et regarde Bill. Il hausse les sourcils et je dis :

- On y va toutes les deux, Anna, si tu veux…

- Non, toi tu as autre chose à faire !

- Hein ? Comment ça ? Mais non, je n'ai rien à faire…

- Si, une fois que j'ai accompagné les mecs au Vélodrome, je reviens ici, je t'embarque et on va faire du lèche-vitrines…

- Allons bon ! Et tu viens de décider ça ? je fais, surprise. Et moi qui voulais assister à la dernière répétition…

- Viens avec nous, dit Bill en secouant ma cuisse de sa main. Tu viens avec nous, tu assiste à une partie de la répétition puis Anna et toi, vous allez en ville jusqu'au concert.

- Mouais…

- C'était pas prévu, dit Anna.

- Ca me gonfle ça, je dis alors en fronçant les sourcils. Avec toi, il faut que tout soit toujours prévu… T'es terrible quand même…

Anna ne répond pas mais je vois sa mâchoire se crisper. Bill dit alors :

- On n'a pas le temps pour le crêpage de chignon, les nanas. Aller, on y va.

Je me lève alors et bougonne quelque chose en croisant les bras. Bill jette son bras sur mes épaules et m'enlace en disant :

- T'es vraiment d'une humeur de chien aujourd'hui, toi… Mais ça va changer… susurre-t-il ensuite à mon oreille.

Son souffle me chatouille et je glousse doucement en souriant :

- Voilà qui est mieux ! dit-il alors. Une fille doit toujours sourire !

- Elle est beaucoup plus jolie ainsi ! enchaîne Tom. Parole de connaisseur !

Je hausse les sourcils, étonnée puis je pouffe contre le torse de Bill. Tom me tape alors sur l'épaule puis s'éloigne et nous le suivons.

Dix minutes plus tard, nous sommes dans le stade Vélodrome de Köln, et je me tords le cou pour en voir le plafond. Le matériel des garçons est déjà tout installé, les lumières et la scène sont en cours de boulonnage, c'est un chantier immense.

- C'est gigantesque, je souffle comme Bill grimpe déjà sur la scène, aussi agile qu'un cabri. Hé bah ! Regarde-le, je dis alors à Anna. Il est déjà sur la scène. C'est son élément, comme un poisson dans l'eau.

- Hé oui. Bon on va se poser quelque part ? J'ai mal au dos…

Je cherche alors un siège et avise des caisses à outils fermées. Nous nous y installons et je regarde Bill s'affairer. Il nous a complètement oubliées, il est dans son monde maintenant et on pourrait très bien nous faire disparaître qu'il ne s'en rendrait même pas compte sur le moment. Enfin… Je soupire. J'ai réussit à le garder un an près de moi, c'est un record pour moi. Pour lui non puisqu'il est déjà resté deux ans avec une fille, mais je m'estime fière de moi. J'espère grandement que ma relation avec lui va continuer dans ce sens encore longtemps… et que celle que j'ai avec Tom, et qui est si spéciale, restera telle quelle aussi.

- Aller les gars, plus que quelques minutes !

David passa en coup de vent entre nous. Depuis six heures du soir il allait et venait ici et là. A croire qu'il n'était pas l'un des producteurs du groupe mais qu'il faisait partie de ces gens qui travaillent dans l'ombre.

Après le passage de David, je me tourne vers Bill qui « subit » les derniers coups de pinceau de la maquilleuse. Il bougonne et grommelle mais pas contre la maquilleuse. Il stresse et c'est normal.

Une fois la femme partie, je m'approche de mon chanteur et pose mes mains sur ses épaules :

- Tu es tout noué, je dis. Détends-toi…

Il grogne quelque chose puis se lève. Je passe un bras sur ses reins et nous nous approchons de l'escalier qui permet d'accéder à la scène. Pour le moment, celle-ci est plongée dans le noir, mais dans la salle, des centaines de milliers de filles, principalement, hurlent et pleurent en brandissant des pancartes fait maison. Je souris en lisant les innombrables messages d'amour, dans toutes les langues européennes, puis je me tourne vers Bill qui joue avec son micro. Derrière lui, Tom tortille une dreads qui a eut le malheur de tomber sur son épaule, et juste à côté de lui, Georg et Gustav patientent en discutant.

- Où est Anna ? je demande alors en regardant autour de moi.

- Sais pas… marmonne Bill.

- Déstresse, je dis alors en enserrant ses mains dans les miennes. C'est la dernière date et dans deux semaines, à vous les cocotiers !

- A nous, rectifie-t-il avec un rictus. T'auras beau dire, je ne te lâcherais pas…

Je souris puis je l'embrasse une longue seconde avant que Tom, Gustav et Georg ne bondissent sur la scène. Je les regarde s'installer, provoquant un redoublement des hurlements, puis les accords de Übers Ende der Welt commencent.

- Courage, je souffle comme Bill se prépare à attaquer la chanson.

Il me fait un signe de tête puis saute sur scène :

- Wir sind durch die Stadt gerannt…

Les lumières s'allument alors et je plaque mes mains sur mes oreilles quand les hurlements se déchaînent. Les flashes d'appareils photos crépitent à tout va et les caméscopes se mettent en route. Je souris puis retourne dans la loge, à la recherche d'Anna.

- Vous n'avez pas vu Anna, David ? je demande comme je croise celui-ci dans le couloir des loges.

- Non, pas vue… Je croyais qu'elle était avec toi… Va voir dans la loge, elle est peut-être en train de travailler…

Je hoche la tête et me rends dans les loges. La lumière est allumée et le foutoir des garçons n'a pas bougé, mais pas d'Anna. Seul Général roupille dans un des fauteuils. Il ne lève même pas la tête quand je m'approche pour regarder dans le coin salle de bain, et je quitte la loge, intriguée.

Après plusieurs minutes de recherche, je finis par sortir du bâtiment et fais un tour sur le parking. Je repère alors une silhouette assise contre un lampadaire, et je m'approche :

- Mais qu'est-ce que tu fais ici ? je dis en m'abaissant devant Anna. Anna, ça ne va pas ?

Devant moi, adossée au lampadaire, elle a remonté ses genoux contre sa poitrine et dans sa main, son téléphone portable est ouvert :

- Anna, que se passe-t-il ?

- Marie…

Elle se met soudain à pleurer et je m'assieds près d'elle pour l'entourer de mes bras.

- Anna, j'insiste alors. Qu'est-ce que tu as, tu m'inquiète…

- Marie… Jeff…

- Jeff ?

- Jeff… Le père de mon bébé… Il… Il est mort…

- Quoi ?!

Je me redresse vivement et Anna passe ses mains sur ses joues maculées de mascara :

- Il a eut un accident de voiture… Le camion… Le camion est passé sur la voiture… Tué sur le coup…

Elle s'effondre alors entre ses bras et soudain, une ombre nous couvre. Je lève la tête pour voir David et je dis :

- Viens Anna, rentrons au chaud… Aller viens…

- Laisse-moi, dit-elle alors en résistant. Laisse-moi, je veux mourir…

Mon cœur loupe un battement et je m'exclame :

- Aller Anna ! Lève-toi ! C'est un ordre !

- Mais ? fait la rousse en levant un visage maculé de strie noire et rouges. Marie… Jeff est mort…

- Je sais, mais tu ne dois pas rester ici, aller, debout ! David, aidez-moi.

Nous prenons chacun un bras de la journaliste et elle se remet sur ses jambes en tremblant. Je passe un bras sur ma nuque puis nous rentrons dans le stade Vélodrome.

David et moi portons quasiment Anna jusqu'à la loge. Une fois que nous y sommes, elle se laisse tomber dans un fauteuil et se remet à pleurer de plus belle :

- Viens, dit David. Laissons-la pleurer un bon coup.

Je déglutis puis suis David à contre cœur. Nous allons boire un café à la cafétéria, dans le vaste hall d'entrée du bâtiment, et, comme je touille le liquide noir pensivement, David demande :

- Ce Jeff… C'est…

- C'est le père de son bébé, oui, je dis en posant ma petite cuillère dans la soucoupe. Elle l'aimait plus que tout… Mais il ne voulait pas entendre parler de cet enfant. Elle aimait tellement ce garçon que même avec son petit salaire de journaliste, elle voulait élever ce bébé. Je savais que c'était perdu d'avance, c'est pourquoi nous avons demandé aux garçons s'ils avaient une solution.

- Georg est le plus sage de tous, il est le plus âgé aussi, dit alors David. Il a prit une lourde responsabilité en acceptant de s'occuper financièrement d'Anna et de ce bébé.

- Il a la tête sur les épaules, je dis. Il sait parfaitement ce qui l'attend. J'en ai longuement parlé avec lui, vous savez… Il est si gentil…

Je fixe mon café dans sa tasse et je me perds dans la contemplation de mon propre visage dans le liquide noir. David se racle alors la gorge et je lève la tête :

- Puisque qu'on est là tous les deux, Marie…

- Oui ?

- Il y a bien longtemps que je voudrais te parler… en privé.

- Ha ?

- Je sais que tu sors avec Bill, qui ne le sait pas du reste, dit-il avec un sourire. Cependant, j'ai remarqué que tu avais certains geste envers Tom que tu devrais réserver à Bill.

- C'est à dire ? je demande en fronçant légèrement les sourcils.

- Cela date un peu, je l'accorde, mais un matin, je suis monté dans le Tour Bus pour parler au chauffeur et je t'ai vue par la fenêtre, depuis en bas. Il était pourtant très tôt mais tu n'étais pas couchée… J'ai alors vu Tom s'asseoir près de toi, et tu l'as entouré de tes bras. Je ne voudrais pas te blesser ni te fâcher, mais je trouve que tu es trop familière avec Tom.

- Familière ? Tom est le frère de Bill, ce n'est pas comme si…

- Justement, dit David. Il est le frère de Bill. Ce n'est pas Bill.

- Je ne comprends pas…

- Marie, c'est à Bill que tu dois dispenser des câlins, pas à Tom, dit alors David un peu brusquement.

- C'est une mise en garde ?

- Oui.

Sur ce, il se lève en vidant sa tasse de café et s'en va. J'en reste perplexe et le barman s'approche en disant :

- Excusez-moi, miss… Mais j'ai entendu votre conversation…

- Ha ? Et alors ? Vous allez approuver ce qu'il a dit ?

- Non, pas du tout, je ne me le permettrais pas… Je voudrais juste vous dire que les jumeaux Kaulitz, je les connais suffisamment pour vous affirmer que, que ce soit à l'un ou l'autre à qui vous dispensiez des câlins, cela revient au même.

- Mais encore ?

- Ce sont des jumeaux fusionnels, mademoiselle… Ils ressentent tout ce que l'autre ressent… Si l'un est heureux, l'autre aussi, et inversement.

Je fronce les sourcils :

- D'où les connaissez-vous ?

- J'ai longtemps vécu à Loistche, mademoiselle. Je connais bien leur mère, nous étions voisins, il y a de cela une bonne dizaine d'années… Je me souviens qu'ils ne se lâchaient pas d'une semelle quand ils étaient petits… Ils ne me reconnaîtraient sûrement pas…

Je souris légèrement puis vide mon café et m'éclipse. Je retourne dans la loge, après un passage dans les coulisses de la scène où j'admire un moment Bill aller d'un bout à l'autre de la scène, je décide de faire parler Anna.

- C'est moi, je dis. Ca va mieux ?

- Ouais…

- Tu veux quelque chose à boire ? Du café ?

- Je prendrais bien de l'alcool très fort mais je n'ai pas le droit… Mon Dieu, fait-elle ensuite en secouant la tête. C'est si brutal…

- Je suis désolée, je dis en m'agenouillant devant ses genoux. Tu va rentrer à Hamburg ?

- Non, je n'en ai pas le courage… Pas maintenant en tous cas.

- Nous partons demain… Tu va venir avec nous ?

- Oui, j'ai besoin de réfléchir tranquillement, dit Anna. Une fois à Hamburg, je fais mes valises et je vais chez mes parents… Je dois revoir mes plans d'avenir…

Elle lâche alors un soupir saccadé puis elle me regarde et dit :

- Je crois que si je n'avais pas Georg comme « filet », je serais dans un état encore pire…

- Nous sommes tous là, Anna, je dis en lui prenant les mains. On ne va pas te laisser tomber, d'accord ?

Elle me fait un petit sourire puis nous nous enlaçons. Quand elle recule, je regarde ma montre et elle dit :

- Alors ce soir c'est le Grand Soir ?

Je mets deux secondes à faire la connexion et je dis :

- Si ça doit l'être, ça le sera… Je suis désolée, si j'avais su je serais restée avec toi…

- Il y aura Tom, Georg et Gustav avec moi ce soir, dit la rousse. Profite de ta soirée avec Bill, je ne veux pas vous revoir avant demain matin, d'accord ? Quoi qu'il arrive !

Je fais un demi-sourire puis regarde à nouveau ma montre :

- Le concert se termine dans environ une demi-heure… Tu veux aller manger quelque chose ? Ou je te rapporte un truc ?

- Non, merci, je vais rester ici tranquille… Va attendre les garçons si tu veux.

Je hoche lentement la tête puis enlace mon amie et quitte la loge. Je longe le couloir sombre jusqu'aux coulisses et me glisse tout contre le lourd rideau de velours qui masque cet endroit à la foule.

A moins de trois mètres de moi, des filles en larmes clament leur amour pour Bill, Tom, Georg ou Gustav, voire les quatre, en brandissant des pancartes et des peluches. Il y en a pas mal sur la scène et je souris en voyant Bill les éviter d'un coup d'œil discret, sans cesser de chanter pour autant.

Regardant la setlist du concert, je constate qu'il ne reste plus que In die Nacht et Rette Mich en acoustique avant que le groupe ne revienne dans les coulisses pour boire un coup. Après Ich bin Da en rappel, la 483 Tour sera officiellement terminé et tout le monde rentrera à Hamburg.

Je soupire et fourre le papier dans ma poche. A quelque part, je suis contente que la tournée soit enfin terminée, mais d'un autre côté, passer la nuit dans le Tour Bus, bercée par le ronronnement du moteur, ça va me manquer. Enfin ! Tout à une fin comme on dit !

Tirant une chaise, je m'assieds pour regarder la fin du concert et, quand Rette Mich s'achève, j'écrase une larme en me levant. J'accueille ensuite Bill les bras grands ouverts et il m'enlace solidement en disant :

- Je suis en super forme !

Je souris puis il recule et attrape la bouteille d'eau que Georg lui balance. Il en vide la moitié d'un coup, passe sur sa nuque la serviette que lui donne un technicien puis remonte sur scène, non sans me voler un baiser au passage.

An Deiner Seite est terminée. J'applaudis à tout rompre pendant que Bill parle en allant toucher les mains des fans du premier rang. Il remercie tous ceux et celles qui sont venus aux concerts de cette tournée, remercie toutes les personnes qui travaillent dans l'ombre. J'ai même droit à un petit mot comme quoi j'ai été sa source d'énergie sur cette tournée. J'en suis touchée et quand il revient dans les coulisses, je lui saute quasiment au cou.

Après un dernier passage sur la scène pour lancer bouteilles d'eau, serviettes et médiateurs, et ramasser les cadeaux, nous nous dirigeons vers les loges.

A quelques mètres de la porte de la loge, Bill est harponné par David et j'en profite pour dire aux trois autres :

- Les gars, ce soir Anna a reçu une très très mauvaise nouvelle… Le père de son bébé s'est tué en voiture il y a quelques heures…

- Non ? fait Tom, surpris. Sérieux ?

- Oui, je dis. Mais je vous en conjure, ne dites rien à Bill. Laissez-le planer encore un peu, ok ?

Tom tourne la tête vers son frère qui parle autant avec sa bouche qu'avec ses mains, puis il dit :

- Ok, ça marche. Attention, il arrive…

- De quoi vous causez ! s'exclame le chanteur en s'effondrant sur mon dos, ses bras autour de mon cou.

- Du concert, je dis en souriant. Pour ne pas changer, vous avez été tout simplement géniaux ! Vous vous êtes surpassés !

Je me retourne et Bill me serre contre lui :

- Pouah ! je fais alors en le repoussant. Tu sens le bouc mon chéri…

Les trois autres se mettent à rire puis nous allons dans la loge. Je la découvre vide. Anna est partie. Général nous fait la fête et Georg se jette aussitôt sur la bouteille de champagne qui trône sur la table basse. Il fait sauter le bouchon en quelques secondes puis nous trinquons au 483 Tour.

- A la prochaine tournée ! fait Bill en levant son verre.

- A la prochaine tournée ! nous répétons d'une même voix avant de boire.

Soudain, mon portable vibre dans ma poche et je m'éloigne un peu pour répondre :

- Allô ? Anna…

- Dis aux autres que David veut te voir avec Bill et profitez-en pour vous faire la belle, dit Anna à l'autre bout du fil, d'une voix un peu rauque. J'arrive dans une minute.

- Ok, je fais avant de raccrocher. Bill, je dis ensuite. David veut nous voir, amène-toi !

- Maintenant ? fait-il. Mais on fête la fin de la tournée…

- Tu feras la troisième mi-temps plus tard, je dis en souriant. Aller viens.

Je sors dans le couloir et il me rejoint en ronchonnant. Mais une fois la porte de la loge fermée, sa moue se transforme en sourire malicieux et je dis :

- Anna nous couvre… Aller viens, fichons le camp.

Son sourire s'agrandit alors puis il me prend la main et nous nous dirigeons rapidement vers le hall du bâtiment où les fans se massent encore pour sortir. Nous nous fondons au milieu et approchons du bar :

- Bonsoir, je dis au barman.

- Hé, hé, les amoureux, dit-il.

- Bonsoir monsieur Schulz, dit Bill avec un sourire, caché sous une casquette.

L'homme hausse les sourcils puis sourit largement. Il va pour parler mais je lui fais un signe de tête et monsieur Schulz sort de sous son comptoir un sac de sport noir, sac que je lui ai confié en arrivant dans la salle, cet après-midi. Je le prends puis nous filons rapidement au milieu de la foule qui ne réalise même pas que son chanteur adulé est au milieu d'elle.

- Pour le moment tout se déroule comme prévu, dit Bill en m'entraînant vers la rue.

Il hèle un taxi et nous nous engouffrons dans le premier qui s'arrête :

- Déposez-nous à l'hôtel le plus proche, je dis.

Le chauffeur hoche la tête puis le silence s'installe dans la voiture. Une minute plus tard, nous entrons dans une chambre d'hôtel de bas étage, avec vraiment le confort minimum et je dis :

- File prendre une douche, on verra la suite du programme après.

Bill hoche la tête puis disparaît dans la salle de bains avec le sac de sport. J'en profite pour me poser un peu. Je m'assieds au bout du lit qui grince et je pince les lèvres. Non, ça va pas le faire, on va devoir trouver un autre endroit où passer la nuit… Je regarde alors vers la fenêtre et, au loin, à environ trois quartiers de là, un immense bâtiment tout illuminé m'accroche les yeux :

- Bingo, je dis en souriant.

Bill sort alors de la salle de bains, simplement vêtu d'un jean noir, une serviette de toilette sur la tête, et je me lève. Il s'assoit à ma place et passe la serviette sur ses épaules en disant :

- Cet hôtel est vraiment pourave…

- Oui, je dis en empoignant la brosse qu'il me tend. Mais je crois que j'ai trouvé bien mieux…

Je montre alors avec la brosse le pavé de lampes qui se découpe sur le ciel noir et Bill sourit alors malicieusement :

- Ha oui, effectivement…

Je souris en retour puis me mets à brosser doucement les longues mèches noires et blondes humides :

- J'adore tes cheveux, je dis en passant la brosse sur l'énorme mèche que j'ai dans la main.

- Moi non. On dirait de la paille…

- C'est à cause des colorations, je dis. Ca abîme les cheveux…

- Je sais, mais en même temps je peux pas me permettre de laisser mes cheveux naturels… tout le monde me connaît avec les cheveux noirs.

- Et moi je ne te veux pas avec les cheveux châtains, je dis en passant mes bras autour de son cou. Je t'aime comme tu es, pour ce que tu es, et non pour ce que tu fais.

- Vraiment ?

- Je ne t'aime pas parce que j'aime ta musique, j'ajoute en me redressant. Je n'aime pas le chanteur… j'aime Bill Kaulitz, le jeune homme de dix huit ans…

Il se retourne alors pose une main sur ma joue. Il m'embrasse la seconde d'après mais je brise le baiser en disant :

- Aller, fini de t'habiller, je vais téléphoner à l'hôtel là-bas pour réserver…

Je laisse ma phrase en suspend et affiche un petit sourire malicieux puis je prends mon sac à main et quitte la chambre avec un clin d'œil pour mon chanteur.

Dans le hall de l'hôtel, je repère aussitôt une cabine téléphonique et fouille mes poches à la recherche de ma carte à points. Mince ! Il faut des pièces… Ca existe encore ces ancêtres ? Hé bé… Je fouille à nouveau mes poches et en extirpe une pièce de 1 Euro.

Quand je raccroche, j'ai un sourire un peu niais sur les lèvres. Je m'empresse de le cacher en voyant Bill sortir de l'ascenseur, son sac de sport à la main et sa casquette vissée sur la tête. Il va payer au comptoir et je rigole intérieurement en voyant la tête qu'affiche l'hôtesse d'accueil. Il est vrai que nous sommes un jeune couple et que nous avons prit une chambre il y a moins de dix minutes… Je me retiens de pouffer sous le malentendu, puis Bill me rejoint et nous quittons l'hôtel :

- Je crois que cette femme est choquée pour le reste de ses jours, dit-il en me prenant la main.

- Je crois aussi !

Je l'embrasse alors sur la joue puis nous hélons un taxi qui nous conduit à l'hôtel Plazza où nous déposons nos affaires dans une véritable suite tout confort, l'exact opposé de la chambre précédente :

- Quelle différence ! je dis en souriant. Et maintenant ? je fais ensuite.

- Maintenant, tu vas enfiler ceci…

Il ouvre le sac de voyage et en sort une boîte carrée, d'environ une main d'épaisseur, entourée d'un ruban rouge piqué d'une rose de la même couleur. Il me la tend et je la prends, intriguée :

- Aller, va l'enfiler et rejoins-moi ici…

J'obéis et m'enferme dans la salle de bains. Je dépose la boîte sur la cuvette des toilettes et défait le ruban. Je ne peux m'empêcher de sourire quand je vois sous le couvercle un papier de soie blanc :

- Tu es fou ! je fais à voix haute en direction de la porte.

- Fou d'amour ! me répond-t-il, un sourire dans la voix.

Je souris attrape ce que je sais être une superbe robe rouge en soie. Je la déplie devant moi et me retrouve vite en manque d'air. J'halète. Elle est tellement belle !

Rapidement, je la pends à un cintre sur la tringle devant la fenêtre, puis je me déshabille et saute dans la douche. En deux minutes je suis astiquée des pieds à la tête et j'enfile un peignoir. Je me plante ensuite devant le miroir, et m'examine attentivement. Hum, un bon coup de fond de teint ne sera pas du luxe. Je m'exécute. Ha, voilà qui est mieux ! Aller, on passe à la suite. Coiffage, maquillage, nettoyage de lentilles, et le plus important, la chasse aux poils. Armée de mon rasoir, je vire tout.

Ån moins de dix minutes, me voilà prête à passer la superbe robe et, laissant tomber le peignoir, je la prends et l'enfile. Elle me va comme un gant ! Pas une couture ne baille ou ne souffre ! A croire qu'elle a été faite sur mesure ! Ce qui, entre nous, ne m'étonnerait qu'à moitié…

Après un dernier coup d'œil dans le miroir, je me tourne vers la porte de la salle de bains et dit :

- Je vais sortir Bill…

Pas de réponse. J'ouvre alors la porte et vois aussitôt Bill dos à moi, appuyé contre la superbe commode Louis XIV qui trône à l'autre bout de la chambre :

- Tu peux te retourner, je dis.

Il obéit et une expression de profonde surprise se peint sur son visage. Il s'approche, les mains tendues, et n'ose pas me toucher. Au bout d'une longue seconde, il dit :

- Un ange… On dirait un ange… Tu es magnifique…

- Merci, je dis en souriant.

Je l'enlace alors et l'embrasse longuement pour le remercier :

- Tu es fou, je dis en reculant. Complètement fou mais j'aime ça !

Je l'embrasse à nouveau puis soudain, je remarque qu'il s'est changé. Il porte une long jean noir et un col roulé de la même couleur. A son cou pends un lourd collier d'argent en forme de serre, en plus de mon cerbère. A sa hanche, attaché aux passants du jean, six longues chaînes d'argent pendent élégamment contre sa cuisse. A ses doigts et poignets, quantité de bagues et de bracelets sont passés, et je recule pour mieux l'admirer :

- Toi aussi tu es magnifique…

Il me sourit puis me laisse pour aller retoucher sa coiffure et son maquillage, et j'en profite pour aller farfouiller dans mon sac et prendre mes propres bagues. Comme je les enfile une à une, je remarque une paie d'escarpins rouge posés devant une chaise et je secoue la tête. Je les enfile et vais me contempler devant la psyché fixée derrière la porte d'entrée.

- Tu es tout simplement à tomber, j'entends alors.

Je me retourne et souris. Bill s'approche et me prend dans ses bras :

- Tu es parée pour passer la plus longue nuit depuis que nous sommes ensembles ?

- Et comment, je dis en souriant de plus belle. Allons-y.

Je vais enfiler un long manteau noir en simili daim que je me suis acheté le mois dernier, avec de la fausse fourrure au bout des manches et sur le col, et Bill enfile le manteau en cuir qu'il avait pour venir, le même manteau qu'il a mit pour tourner le clip de Spring Nicht. Ainsi attifé, il me fait penser au héros de Matrix… Manque plus que les lunettes de soleil…

Prenant une inspiration décidée, je fais un signe de tête à Bill et nous quittons la chambre, puis l'hôtel, pour nous engouffrer dans un taxi qui nous emmène en un lieu inconnu de ma personne…

Accrochée au bras de Bill, nous longeons une place éclairée. Une fontaine glougloute au milieu et je soupire. Un nuage de vapeur monte dans le ciel noir et Bill dit :

- Tu as froid ?

- Non, je dis en secouant la tête. Je réalise…

Il ne répond pas mais je sens qu'il a sourit. Sa main se resserre sur mon épaule et nous continuons de marcher tranquillement, en silence, écoutant les bruits de la ville endormie.

Il est minuit passé et je dois avouer que le restaurant où Bill m'a emmenée était digne d'un six étoiles. Il n'en avait pourtant que quatre, mais le dîner était tout simplement somptueux. Je n'avais jamais vraiment dîné dans un grand restaurant. De plus, pour la première fois que je connais Tokio Hotel, je dînais en face de Bill, en tête-à-tête. Pas d'Anna pour râler, pas de Général pour bourrer les coudes et réclamer, pas de Tom pour sortir une blague salace devant un quelconque plat à l'image singulière… Le bonheur suprême.

Comme nous tournons autour de la fontaine, revenant lentement sur nos pas, je dis :

- On rentre ?

- Comme tu veux… Viens, prenons un taxi.

- Non, j'ai envie de rentrer à pieds.

- A pieds ? Mais l'hôtel et à plusieurs pâté de maisons d'ici…

- Je veux profiter encore de ce moment seule avec toi, Bill, c'est si rare…

- Très bien, comme tu voudras.

Et nous voilà partis à pieds le long des rues vides de Köln. Il n'y a pas un chat dehors. Nous ne croisons qu'une femme pressée qui se hâte de rentrer chez elle après une journée de travail épuisante ou une réunion qui a très certainement du s'éterniser.

Je sens mes pieds commencer à s'échauffer mais je ne dis rien. Le fait de marcher lentement soulage la douleur et de plus, je m'appuie un peu sur Bill.

Nous arrivons à l'hôtel un bon quart d'heure plus tard et nous montons aussitôt dans notre chambre. A la sortie de l'ascenseur, ma vision se trouble. J'ai peut-être abusé sur le champagne… Bah qu'à cela ne tienne ! C'est la fête ce soir !

Comme Bill se dirige vers le mini-bar pour sortir à boire, je pose mon manteau et mes talons. Je passe mes mains sur mon visage en faisant tout de même attention à mon maquillage, puis je sors sur le balcon. L'herbe en plastique qui recouvre le béton du balcon est douce sous mes pieds douloureux et j'étale mes bras sur la rambarde, les mains sous le menton.

Je sursaute à peine quand une main sur pose sur mes reins et remonte jusque sur ma nuque. Je me contente de sourire puis me redresse et prends la flûte de champagne que Bill me tend. Je lui fais face et nous entrecroisons nos bras avant de boire le breuvage piquant et amer. Nos regards s'accrochent alors et je pose mon verre en équilibre sur la rambarde du balcon. Je passe mes bras autour de son cou et je l'embrasse. Il m'entoure de ses bras et notre baiser s'approfondit. Il lâche ensuite ma bouche et ses lèvres vont se perdre dans mon cou et sur mon épaule. Soudain, il m'enlève dans ses bras et, sans cesser de m'embrasser, il m'emmène dans la chambre. La seconde d'après, il me dépose sur le lit et je sens son ventre contre le mien. Il continue à m'embrasser dans le cou puis il se redresse et me regarde. Je lui souris et tourne la tête vers la lampe. Il tend le bras vers la chaînette qui pend de l'abat-jour et j'en fait autant. Nous l'attrapons tous les deux et, sans se lâcher des yeux, nous tirons dessus. Le noir se fait aussitôt… et la suite restera dans l'intimité de cette obscurité…


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