Mince, près de deux mois qu'il n'y avait pas de nouveau chapitre, donc deux mois que je bossais sur celui-ci à grand peine. Ce n'est jamais très évident de trouver du temps pendant les vacances, aussi surprenant que cela puisse paraître ! Bon, non en réalité, j'ai eu quelques problèmes d'inspiration, donc ça c'est fait petit à petit. Quoi qu'il en soit, j'espère sincèrement que ça vous plaira ! J'ai essayé d'en faire un long pour compenser. Merci pour les commentaires, bien entendu ils sont toujours les bienvenus !


Chapitre 24:

Sous la façade du poste de contrôle de la baie d'amarrage D24, un petit peloton attendait. Trois silhouettes s'élevaient, à première vue, l'éclat bleuté de leur uniforme contrastant parfaitement avec le teint pâle, que l'on tend parfois à attribuer sans gêne aux bureaucrates. Tant ceux-ci étaient davantage connus, pour demeurer cloué à leur chaise et dans un vaste bureau. Trois officiers de l'Alliance, et d'importance à en juger par les galons qui pendaient sur l'encolure de leur veste respective, toisaient à présent d'aussi loin qu'ils se trouvaient, ce qui se profilait à quelques centaines de mètres. Plus en retrait, se trouvaient quelques autres agents, arborant l'uniforme en règle, pas plus que de simples caporaux, tout au plus un ou deux lieutenants. Visiblement, ce n'était pas par simple routine, qu'ils se trouvaient tous ici. Encore dans la fleur de l'âge et l'idéalisme qui s'ensuit, bien avant encore, de découvrir les quelques horreurs méconnues que recèle cette galaxie. À leur air gêné, on pouvait juger que les uns comme les autres, ils n'avaient pas l'envie d'être ici-même.

-C'est tout de même Shepard… avait d'ailleurs soufflé l'un des jeunes officiers, circonspect.


Ressassant encore et toujours ces mêmes images dans leur tête, entre les quatre murs d'une pièce peu éclairée, ils étaient trois. Huit, tout au plus neufs mètres carrés, un évier contre un mur, flanqué de toilettes, l'un ruminait dans son coin. L'autre fixait le second puis le troisième, tandis que le dernier, incliné en avant et assit sur le rebord d'une couchette, tenait son visage entre ses deux mains. Une porte métallique se dressait, elle laissait passer trois brins de lumière entre deux barreaux. L'ensemble était assez simple, mais néanmoins bien entretenu et propre. Criminel ou pas, on jugeait tout de même qu'un prisonnier avait le droit à un confort minimum, ou plus exactement que leur dignité se devait d'être respectée (entendons-nous bien sur le fait, qu'ils n'en avaient pas tous forcément une). Il y avait déjà bien quelques heures, qu'ils étaient là sans mot dire, depuis que la porte avait claqué une dernière fois derrière le geôlier. Ils auraient peut-être dû penser à leur situation personnelle, en de telles conditions, c'est bien ce qui semblait être le plus logique et naturelle. Et pourtant, ils n'avaient tous qu'un seul objet de penser, Shepard. Toutes ces images qui remontaient, que ce soit ces scènes violentes, où le docteur Chakwas s'acharnait sur l'inconsciente, les prises de bec qui s'ensuivaient dans l'équipage. Le désordre auquel laissait place l'absence du commandant, commandant qui maintenait la cohésion, le bon ordre, la camaraderie. Tous avaient volé en éclats en l'espace de quelques heures.

Après bien des délibérations, il avait finalement été décidé que le Normandy mettrait bien le cap sur la Citadelle, décision soutenue par Liara, Garrus, Joker, ainsi que la jeune drell. Bien entendu, on y comptait aussi le docteur Chakwas, qui était à l'origine de cette idée. Le lieutenant Vega, lui, avait dévoilé une ferme opposition, et il l'avait fait entendre, mais il n'avait que peu d'alliés. Le major Kaidan Alenko en faisait partie, aussi surprenant que cela puisse paraître, chacun avait pensé non sans raison, que celui-ci allait bien entendu pencher du côté de l'alternative de la Citadelle, dans l'esprit de tous, cela n'avait même fait aucun doute. Il avait principalement évoqué le fait que les quelques récents démêlés entre Shepard et l'Alliance, représentaient un problème bien trop important pour ne pas être reconsidéré avec plus de sérieux. Pensait-il donc qu'en fin de compte, la Citadelle ne représentait pas pour Shepard, la meilleure chance de survie ? Pourraient-ils au moins passer ? Et une fois là-bas, qu'allaient-ils trouver ? Aucun membre de l'équipage n'était capable de dire ce qui se passait à cet instant sur la Citadelle. Sans doute le major jugeait-il la situation trop instable, pour s'y rendre. Javik lui aussi, s'était opposé à un retour sur la Citadelle, mais ce pour des raisons purement personnelles, il n'avait aucune envie d'être entouré d'une "foule de primitifs". D'autant qu'il ne comprenait et n'adhérait toujours pas à ce concept de "partage du pouvoir" entre les différentes espèces du conseil.

Une fois bien d'accord, le Normandy avait pris le chemin de la Citadelle, située dans le système Hélios, dans la bulle locale, depuis un an à présent. Même cette grande proximité avec la Terre, ne suffisait pas à remettre l'équipage humain d'aplomb, ni ne parvenait à rassurer le lieutenant ou le major, qui s'étaient vu comme dépossédés de leur fonction. Impuissants et obligés de suivre cette manœuvre, qu'on leur imposait. Shepard, alors dans un état relativement stable, était toujours maintenu dans un coma artificiel, donc sans aucune chance de reprendre conscience de sitôt. Et même si elle avait été réveillée, elle aurait été incapable du moindre geste et du moindre mot. Elle demeurait pour l'heure sous la surveillance du "doc", comme elle l'appelait souvent. Les visites n'étaient pas autorisées, comme si Karine Chakwas craignait qu'un maladroit débranche un mauvais fil par accident. De toute manière, pas un n'avait tenté de franchir cette porte, pas même le major, qui restait étrangement tout ce qu'il y a de plus normal. Calme, réfléchi et disponible, il aurait été capable de prendre ses fonctions de commandant en second si l'on ne l'en avait pas empêché. Mais de toute façon plus rien ne tournait rond, c'était comme dans un mauvais rêve, mais qui s'éternisait. Et ce cauchemar n'était pas près de se terminer.

Dans la cellule, l'un des trois hommes à finalement finit par bouger, cela ne se résuma qu'à quelques pas, sous le regard de l'un de ses collègues. Scrutant le sol, il s'arrêta face à la petite ouverture, dans un soupir las, ses doigts glissés entre les barreaux. Sa tête tentait de forcer le passage, pour plus de visibilité sur l'extérieur, mais c'était peine perdue. Vaincu, il se laissa glisser sur le sol, l'air désappointé.

-Là tout de suite, je commence à comprendre ce qu'a pu ressentir Shepard. Je veux dire, pendant ses six mois de détention…

Le colosse qui se trouvait au pied de la porte, redressa subitement la tête vers celui qui avait osé briser le silence, le regard vif. Étendu de tout son long sur une seconde couchette, ses yeux fixaient obstinément le plafond, comme s'il lui comptait une histoire, ou qu'il avait bien des choses à lui dire. Il ne cherchait visiblement pas à se faire entendre de ses deux autres camarades de cellule, c'était plus exactement comme s'il se parlait à lui-même.

-Je suis désolé, mais ça n'a vraiment rien à voir. Shepard n'était pas dans une petite cellule, elle bénéficiait d'une chambre relativement confortable au QG de l'Alliance. Elle était certes coupée du monde et ne pouvait recevoir aucune communication. J'étais chargé de sa surveillance, alors je peux vous en parler. Mais en tout cas, c'était déjà bien mieux qu'ici…

-Ce n'est pas de ça que je parle, mais de la solitude.

-Vous plaisantez j'espère, on est trois dans neuf mètres carrés. Autant dire, que je préférerais carrément être seul.

-Vous ne comprenez pas ce que je veux dire.

-Mais qu'est-ce qu'il y aurait à comprendre, franchement ? Vous n'avez pas fini de vous apitoyer sur votre sort. Je ne sais pas moi, on pourrait peut-être trouver un moyen de ce sortir de ce merdier.

-Vous allez arrêter de geindre, vous me casser les oreilles.

-Vous me rendez fou, vous savez ? Entre celui qui joue la chiffe molle abattue, vous qui vous prenez pour un philosophe! Bordel, mais ouvrez les yeux, vous ne voyez pas où l'on est ! Je vous avais prévenus, je vous avais dit que l'on ne devait pas se rendre à la Citadelle ! Maintenant on est là, enfermés dans cette cellule, placé en détention provisoire pour mutinerie ! Pendant que Liara et Garrus sont tranquillement dehors et en liberté ! Et pourquoi, merde? C'est quoi cette injustice ?

-On vous l'a déjà expliqué une bonne centaine de fois. Ils ne font pas partie de l'Alliance. Or, c'est avec l'Alliance qu'on a actuellement un problème, ils ne sont donc pas concernés…. Estimez-vous plutôt heureux, au lieu de râler. Il y a quelqu'un qui se bouge pour vous sortir de là, dehors, alors calmez-vous, James !

-Et donc, pendant ce temps je suis censé me poser tranquillement et attendre que ça se passe, sans rien faire ?

-Exactement, et si vous vous pouviez la fermer aussi, ça me ferait des vacances.

-Je vous signale, que c'est vous qui avez parlé en premier, Joker. Figurez-vous que moi aussi, je n'ai aucune envie de me trouver avec vous, j'aurais été bien mieux avec Esteban… Mais que vous le vouliez ou non, tout ça c'est quand même bien dégueulasse ! Et cette enfoirée qui s'en sort comme ça ! Celle qui nous a foutus dans ce merdier, la vieille copine du major, ils l'ont démenottée comme ça sous nos yeux ! Et elle, avec son sourire moqueur, vous l'avez vue ! Tout ça parce qu'une fois de plus, on n'a pas écouté mes mises en garde. N'est-ce pas, Kaidan, je ne vous l'avais pas dit, de vous méfier de Rahna ?

-James arrêtez ça, foutez-lui la paix… Ce n'est pas sa faute.

-En attendant, s'il avait bougé son cul pendant que Shepard était sur Omega. Au lieu de jouer les victimes une fois de plus, il aurait pu l'arrêter et l'empêcher de fournir des infos. Si elle avait été placée sous surveillance bien plus tôt, on n'en serait pas là. Mais non, il a tranquillement attendu qu'elle balance que le commandant avait déserté le Normandy ! Il avait choisi son camp, il avait tourné le dos à Shepard et il s'était laissé amadouer, comme un gamin de 15 ans, retombé dans ses amourettes !

-James, vous feriez mieux de la fermer.

-Pourquoi, vous avez peur qu'il se mette en colère ! Et qu'est-ce qu'il pourrait bien faire ? La vérité c'est que l'on ne peut jamais compter sur lui quand il faut. Il a enfoncé Shepard, lorsqu'elle se battait contre les récolteurs. Il l'a accusé sur Mars, alors qu'elle n'avait pas que ça à faire ! Il a lâché prise après que le commandant ait disparu, quand on a enfin botté le cul des moissonneurs. Il a besoin qu'on lui dise la vérité en face. Je ne fais que parler à un mur.

-Et croyez-moi James, ce n'est pas en lui cassant du sucre sur le dos, que vous allez arranger les choses. S'il y a une chose que j'ai apprise au côté de Shepard, c'est que l'on n'arrive à rien tout seul. Si vous voulez vous mettre tout le monde à dos, c'est bien parti. Personne n'est blanc comme neige, et c'est pareil pour vous. Liara m'a dit que la bombe avait explosé prématurément à cause d'une erreur de programmation de votre part. Et pourtant, on ne vous blâme pas pour ce qui est arrivé au commandant pour autant. J'ai moi-même fait des conneries, quand j'ai tenté d'agir à des fins personnelles et dans le dos de Shepard. Il y aurait pu avoir des répercussions sur l'équipage, ou le Normandy, si quelque chose avait mal tourné. Shepard elle-même, pourrait être jugé responsable, elle savait très bien dans quoi elle se lançait. Elle avait conscience des risques et du pourcentage d'échec, elle nous a entraînés avec elle. Mais, elle nous avait prévenus. Quand vous avez dit oui pour cette mission, vous saviez que l'on pouvait en arriver là ! Personne n'est fautif, ou alors on l'est tous !

-Et où est-ce que ça l'a mené, à quoi ça aura servi ? Rahna a eu ce qu'elle voulait, c'est-à-dire la peau de Shepard. On a fait exploser ce complexe et alors ? À quoi cela nous a avancé, on a perdu le disque de données, nous n'avons aucune preuve… Et ces enfoirés s'en sortent sans problème, pendant que nous sommes enfermés au SSC.

-L'assaut a été stoppé grâce au message du commandant, des milliers de vies ont été sauvées. Peut-être qu'ils s'en sortent pour le moment, mais ça ne durera pas, répliqua le lieutenant Moreau.

-Merde, qu'est-ce que vous voulez que ça me foute maintenant ? S'il vous plaît, ne me mentez pas. N'allez pas me dire que cette simple idée, celle d'avoir sauvé des vies, vous suffit.

Moreau était à présent quelque peu agacé devant le lieutenant Vega, qui décontenancé, braillait à n'en plus finir et touchait des sujets plus ou moins sensibles. Personne n'avait besoin de cela, et surtout pas à un moment pareil. L'idée lui était venue de lui lancer une bonne gifle, mais c'était assurément se retrouver avec un poignet cassé par la suite. À son côté, le major n'avait pas relevé lorsque James s'en était ouvertement pris à lui. Il demeurait ainsi, les yeux braqués sur le sol, les mains jointes sous son menton. Impossible fut pour le timonier de savoir ce qu'il pensait, ou même comment il se sentait à cette heure-là. Même si en fin de compte, il en avait bien une petite idée. Il le comprenait, en tant que vieil ami, de collègue à collègue, d'homme à homme avec un grand H. Il savait que ça n'avait pas été toujours facile pour le major Kaidan Alenko, depuis ses quatre dernières années, et sa rencontre avec Shepard. Il en avait bavé, deux ans d'un cauchemar sans fin, à tenter de se reconstruire, pour qu'un fantôme resurgisse finalement du passé, quand tout allait enfin mieux. Il le lui avait fait payer en quelque sorte, involontairement bien entendu, mais dire que le discours qu'il avait tenu sur Horizon n'avait jamais eu de conséquence, serait un véritable mensonge.

Le commandant savait encaisser et mieux que personne, et elle l'avait fait une fois de plus. Joker, lui qui avait enduré durant toute une année, la perte d'IDA, comprenait à présent. À la fin de la guerre, il n'avait pas retrouvé sa petite sœur de 15 ans, Hilary, qui n'avait pu s'évader de la colonie de Tiptree, lorsque les moissonneurs l'avaient attaqué. Et pendant ces 365 jours, il avait tenté de ramener l'IA du Normandy, égoïstement, parfois avec de faux espoirs, des échecs, jusqu'à enfin y parvenir. Il ne pouvait pas nier ne pas avoir de regrets, quant à son comportement vis-à-vis de Shepard et de l'équipage du Normandy. Mais elle, avait su passer outre et lui tendre la main, peut-être parce qu'elle y trouvait également son intérêt, mais tout autant parce qu'elle était une amie, une amie de valeur. Alors ce mutisme dans lequel s'enfermait Kaidan, n'avait pour lui aucun secret, pour l'avoir vécu et parce qu'il ne l'avait vu que bien trop de fois dans cet état. Lui ne se permettait pas d'accuser le lieutenant Vega, pour une simple erreur de programmation qui avait pris des proportions immenses. Et ce n'était pas seulement sa propre maladie qui l'empêchait de lui en coller une, là tout de suite. Simplement le fait, qu'il avait parfaitement conscience, que c'était la culpabilité qui le rongeait déjà. Et c'était là son unique moyen, sa façon d'y faire face.

-Vous voulez que j'admette que ça me fait carrément chié d'être là, que je trouve ça parfaitement dégueulasse ? Oui, c'est vrai, mais c'est parfaitement humain. Et gaspiller mon énergie comme vous le faites là, ne changera rien. Ça ne nous fera pas sortir d'ici, ça ne ramènera pas Shepard !

-Vous me tapez sur les nerfs, Moreau !

Le timonier soupira résigné, il retourna s'allonger sur sa couchette pour se replonger dans ses réflexions. Tandis que Vega fulminait tout bas, jouant avec son poing droit, il prenait visiblement plaisir à le fermer et le serrer fermement, tant et si bien que le sang filait à présent. Puis sa tête est venue taper la porte, une fois, deux fois, puis trois, encore et encore, sans interruption, pendant plusieurs minutes. À l'extérieur, rien ne bougeait, les officiers avaient à faire, répondre à une quelconque provocation était inutile et ne ferait qu'ajouter de la paperasse. Un sourire esquissé sur son visage, s'infliger cette douleur ne lui posait vraisemblablement aucun problème. Si Joker pouvait faire preuve d'indulgence, tout était différent pour Kaidan.

-Arrêtez ça, vous me collez la migraine !

-La fillette en short se réveille enfin.

-Je ne répondrai pas à vos provocations.

-J'ai la légère impression que c'est déjà fait !

Déjà le major se levait, face à lui, James répondit lui-même en se redressant à son tour. Joker souleva son arrière-train d'un bon, interloqué, il se précipita rapidement à leur hauteur, un bras sur l'épaule de chacun, comme s'il imaginait pouvoir intervenir. Kaidan a dévoilé sa main droite, menaçant, devant le sourire narquois de James. Le timonier le fixa alors de ses yeux verts.

-Kaidan, calmez-vous, ne fait pas quelque chose que vous regretteriez plus tard !

-On ne vous a pas sonné, rétorqua-t-il sèchement. Retournez-vous asseoir !

-Mais regardez le bon sang, il n'est pas dans son état normal. Il n'attend que cela, que vous le frappiez. Pour se sentir moins coupable, recevoir une correction. Il ne cherche même pas à se défendre.

Alenko reporta son attention sur le lieutenant Vega, qu'il tenait à présent par le col de son uniforme. Moreau avait raison sur un point, si James avait réellement cherché le conflit, voilà bien longtemps qu'il serait déjà intervenu, sans se laisser faire de la sorte. Son sourire avait à présent disparu, son regard soutenait le sien avec obstination, ce n'était pas l'expression de la colère, mais bien celle de la culpabilité qu'il distinguait là. Sans ménagement cependant, il décida pourtant de le relâcher avec un air de mépris, regagnant sa place. Ils furent à ce moment précis aveuglés par la lumière extérieure, la porte venait de s'ouvrir. Sur son seuil, un officier du SSC les toisait, il effectua un léger mouvement de la tête. Était-ce pour leur indiquer de le suivre ? Du moins c'était bien ça, que cela suggérait.

-Vous êtes libre, a-t-il dit, en espérant ne plus vous revoir ici !

À son côté, une personne bien connue apparut, le visage fendu d'un large sourire. Liara T'Soni avait tenu sa promesse, elle les avait sortis d'ici.


-De toute évidence, ils étaient bien informés !

-De toute évidence, comme vous dites, oui. Mais ça, on le savait déjà. J'ai toujours du mal à vous suivre… Où sont les autres, où est Shepard ? Et où allons-nous ?

-Vous auriez pu commencer par me dire merci, ce serait la moindre des choses. Après tout le mal que je me suis donné, pour vous faire sortir d'ici.

-Excusez le lieutenant, Liara, disons qu'il est plutôt à cran, aujourd'hui !

-Je vois ça !

Liara gratifia le timonier d'un autre sourire, elle avait à présent une fâcheuse tendance à s'adonner à cet exercice. Ce qui laissait penser que la situation n'était pas aussi désespérée qu'ils le pensaient alors, du moins avaient-ils peut-être de bonnes chances de croire que tout n'était pas si noir. Ils laissaient en tout cas la prison derrière eux, et rien que cela représentait un progrès fulgurant. Ils étaient à présent cinq dans un vaste couloir de la Citadelle, venant de quitter un ascenseur qui les avait davantage éloigné du SSC, plus ils s'en éloignaient et mieux ils se sentaient. L'asari prenait les devants, comme toujours d'ailleurs, derrière ses compagnons se contentaient de suivre en la harcelant de questions. Seul Garrus demeurait ostensiblement égal à lui-même et silencieux, pour avoir déjà connaissances des derniers évènements en date. Moreau, Vega et Alenko tiraient la grimace, dépassés, perdues, comme s'ils avaient été absents depuis plus d'un mois. Alors qu'ils avaient été dans cette cellule une demi-journée tout au plus, mais en si peu de temps, bien des choses s'étaient passées depuis leur arrivée plus que remarquée à la baie d'amarrage D24.

Lorsque le sas du Normandy s'était ouvert, un petit groupe en était sorti, pour apercevoir au loin ce petit comité d'accueil. Trois amiraux et quelques autres soldats les attendaient, juste devant le poste de contrôle. Certains avaient ravalé leur salive, tandis que leurs supérieurs directs s'approchaient à grands pas et à la façon dont les officiers s'étaient postés tout autour d'eux, le major Kaidan Alenko avait compris qu'ils ne se trouvaient pas là en amis.

Mais si l'Alliance se trouvaient en ses lieux, cela signifiait au moins une chose, l'assaut avait donc bien été stoppé, ce que chacun avait imaginé quand l'autorisation de s'amarrer à la Citadelle leur avait été donnée. Un des trois amiraux s'était davantage rapproché du commandant en second, la tête haute, les épaules carrés et le dos droit, il ne demanda qu'une chose : « Où est Shepard? ». C'était alors devenu une évidence, ils en avaient après eux, et plus particulièrement après le commandant du Normandy. Et quand celui-ci avait gardé le silence face à cette question, l'amiral avait haussé le ton, les traits tirés, dans l'état de colère où il était alors. Et aux mines fatiguées et remuées de l'ensemble des membres de l'équipage, il a saisi. Il a alors été ordonné que l'on appelle une équipe médicale sur-le-champ. Et tandis que l'un des officiers récitait d'un air désolé toutes les charges que l'on retenait à leur encontre, un à un les membres de l'équipage se sont vus menottés comme des malpropres, chaque homme de l'Alliance. On a libéré le docteur Rahna Guldur de ses propres liens sous leurs yeux, elle souriait à pleines dents, victorieuse qu'elle était d'avoir obtenu tout ce qu'elle voulait. Puis elle l'avait fixé, Kaidan, d'un air entendu et moqueur. Aussi présent qu'il l'était physiquement, mais d'aussi loin qu'il se trouvait mentalement, Kaidan avait retenu "mutinerie", "désertion", "manque au devoir", "fraternisation", "Intelligence artificielle" etc… La liste était bien longue et bien fausse, à leurs yeux du moins.

Cependant, on avait marqué un silence lorsque la civière était passée tout près d'eux, un infirmier en blouse à chacune de ses extrémités, le commandant Shepard étendu, et tout cela par respect. On la regarda passer, pâle comme un linge, le héros de l'Alliance en piteux état. Après quoi, elle a disparu de leur champ de vision, et chacun a été emporté pour être placé en détention provisoire, le temps d'éclaircir la situation. Maintenant ils étaient là, tâchant d'oublier ce souvenir profondément désagréable, cette humiliation, en quête de réponses.

-J'ai fait jouer mes relations afin de vous permettre de sortir, ça m'a également coûté un bras comme disent les humains. Je crains également que le compte en banque de Shepard soit à présent en déficit, j'ai été contrainte de me servir! Mais votre liberté n'est que provisoire, en attendant une enquête plus approfondie et un jugement.

- À ce point ?

-Qu'est-ce que vous croyez ? Un équipage composé de plus de vingt personnes, il faut débourser une certaine somme pour tous vous faire sortir.

-Et les autres alors, où sont-ils ?

-Je me suis occupés d'eux avant vous, la plupart sont encore sur la Citadelle. D'autres vont très certainement descendre sur Terre, pour joindre Vancouver. Vous êtes tous tenu de rester à la disposition de l'Alliance, à n'importe quel moment. Et de là-bas, la tâche est amplement simplifiée. Pour ce qui est de Javik, je ne sais pas où il a bien pu aller, quant à Rayto, elle a accepté de me prêter main-forte pour monter un dossier. Son aide sera plus que précieuse, de par sa renommée et sa clairvoyance.

-Vous-vous êtes occupés des autres avant nous, mais comment ça ? Vous auriez pu nous faire sortir plus tôt, mais vous nous avez laissé rouiller, on était les derniers ! J'en prends bien note Liara, grommela le lieutenant Vega.

-Vous préférez peut-être y retourner ? Dit-elle d'un air taquin.

-Qu'en est-il de Shepard ?

-Elle a été admise à l'Hôpital Mémorial de Huerta, d'après les dernières nouvelles son pronostique vitale est engagé. Mais la situation a pu s'améliorer depuis !

-Ou bien empirée, trouva bon d'ajouter le major.

Liara préféra ignorer ces suppositions, aussi ne prit-elle pas la peine de relever cette dernière phrase.

-À rien ne sert de formuler des hypothèses sur son cas. Tout ce dont on peut être certain, c'est que le commandant reçoit à cette heure les meilleurs soins de la Citadelle. Mais vous feriez peut-être bien de vous rendre à son chevet Kaidan, ainsi vous demeurerez informé.

-Oui, allez-y, Kaidan!

Garrus semblait insistant, ce tout autant que Liara qui était l'initiatrice de cette proposition. Quoique peut-être bien venue de sa part pour le major, cela ressemblait plus à un moyen de se débarrasser d'Alenko pour Liara. Sa présence à ses côtés n'était pour le moment pas requise, elle serait même gênante. Kaidan n'avait pas cherché à comprendre, on lui offrait une porte de sortie, alors il allait en profiter. Et rejoindre Shepard, semblait pour l'heure être la meilleure alternative. Il n'était pas là question de la laisser seule, cela ne changeait rien pour elle, plongée dans un profond sommeil. Mais il ne voyait sa place nulle part ailleurs, il ne serait utile à personne, plutôt désespérant de penser ainsi, même s'il y avait peut-être une part de vérité.

-Je vais m'y rendre dans ce cas, je vous tiendrai au courant !


Il avait aperçu cette inconnue, d'abord lointaine, puis à mesure qu'il s'était approché son visage était devenu déchiffrable. Une chose l'avait immédiatement frappé, ce petit quelque chose de familier, mais à la fois si différent. Les deux échangèrent un regard au beau milieu d'un couloir d'hôpital, devant la porte que lui avait indiquée la réceptionniste un peu plus tôt. Maintenant côte à côte dans une salle d'attente, il feignait de l'ignorer tant bien que mal, mais la curiosité avait une fâcheuse tendance à prendre le dessus. Aussi, il ne parvenait jamais bien longtemps à retenir ses yeux, avant qu'ils ne se posent à nouveau sur elle. Un officier de l'Alliance, assurément tout simplement pour l'uniforme qu'elle portait, sa casquette encore sur la tête, elle jouait avec sa visière, si bien que le chapeau faisait à présent des tours autour de sa boîte crânienne. Elle ne pouvait se maintenir en place, n'ayant de cesse de bondir, de gigoter dans son siège dans lequel elle prenait plaisir à s'enfoncer profondément. Kaidan ne pouvait nier le fait que tout cela avait une certaine tendance à l'agacer, les nerfs encore bien à vif, et une migraine qui pouvait resurgir à n'importe quel moment. Mais il continuait lui-même ce manège, tentait de supporter sa voisine agitée, il le fallait bien par respect pour une aînée, un supérieur, pensait-il, mais également parce que…

-Vous fumez ? A-t-elle soudain demandé, de la façon la plus inattendue qui soit.

Le major s'est brutalement retourné en sa direction, surpris, elle le regardait gentiment, une cigarette à la main et qu'elle lui tendait déjà, généreusement. Il ne put que faire non de la tête, enfin si en vérité il fumait. C'était une mauvaise habitude qu'il avait prise dans sa jeunesse, bien qu'il ne fût pas encore vieux. L'une des choses qui l'avaient aidé à reprendre pieds après Point Zéro, Conatix et Vyrnnus.

-Je vous remercie mais non, je ne fume pas, enfin plus.

-Je sais qui vous êtes… Le major Kaidan Alenko, second spectre humain, vous servez à bord du Normandy. Vous permettez que je fume seule, dans ce cas.

-Je ne suis pas certain qu'un hôpital, soit un lieu approprié pour cela, dit-il tout en indiquant le panneau d'interdiction, accroché au mur.

-J'en ai rien à fiche, eux aussi d'ailleurs ! Ma fille est dans un sale état, disons que c'est déjà une raison suffisante.

-Vous prenez votre fille pour excuse?

-Et alors, il faut bien que toutes ces années passées à la supporter, servent finalement à quelque chose. Oh ne me regardez pas comme ça, je sais, vous-vous dites "quelle genre de mère peut se permettre de dire une chose pareille". Peu importe, votre jugement m'importe peu, faites donc !

Kaidan ne prit pas la peine de répondre.

-J'en viens finalement à la seconde question qui me trotte dans la tête… Pourquoi le commandant en second du vaisseau de ma fille, se trouve ici, avec le ramassis d'emmerdes qu'il doit se trainer, et toute la paperasse à régler ? Je ne vois aucun autre de ses collègues ici, j'en déduis donc qu'elle doit avoir une importance toute particulière pour vous.

Il en était sûr à présent, il avait bien devant lui le contre-amiral Hannah Shepard, la mère du commandant en personne. Il n'avait entendu que très peu de choses sur elle. Notamment après la mort de sa fille, elle avait refusé une promotion afin de demeurer à la tête de son vaisseau, le SSV Orizaba, en hommage à Shepard, ou tout du moins en son honneur. Elle donnait donc l'image d'une mère exemplaire, cependant, sa fille ne tenait pas toujours le même discours à son égard. Elle n'en parlait presque jamais, quand c'était le cas, ce n'était que pour exprimer quelques reproches. Il savait qu'elles ne se voyaient que très rarement, n'échangeaient que quelques messages, et n'étaient pas toujours en de très bons termes. Tout du moins, face à lui à cet instant précis, elle lui fit l'impression d'une femme particulièrement perspicace. Il en eut presque le sourire aux lèvres. Les chiens ne font pas des chats.

-Je vois… en tout cas, on dirait que je n'ai pas tout à fait tort. Ce n'est tout de même pas à cause d'elle que vous ne fumez plus ? Je sais qu'elle n'aime pas ça, elle peut vite devenir particulièrement lourde pour ce genre de choses.

Il ne pouvait pas dire le contraire, c'était en partie à cause de Shepard qu'il avait limité sa consommation de cigarettes. Comment oublier sa réaction ce jour-là, où elle avait découvert que le major "en était aussi ", comme elle l'avait dit. Elle trouvait que ça "sentait mauvais", et que rien que cela représentait une raison suffisante pour s'abstenir, puis "c'était mauvais pour la santé", "il y aurait très certainement des "répercussions plus tard" etc… Tout un beau discours qu'elle lui avait déballé, elle s'était amusée à lui réciter une à une toutes les petites phrases inscrites sur les paquets de cigarettes, et qui devaient dissuader les fumeurs. Shepard ne parvenait pas à comprendre cet aspect-là, ce petit plaisir qu'il s'offrait, la sérénité que cela lui procurait. L'unique fois où elle avait tenté l'expérience, cela s'était soldé par un échec cuisant, ainsi qu'une magnifique quinte de toux.

-Plus ou moins, admit-il, mais ça ne me dérangeait pas vraiment, d'autant qu'elle ne m'a jamais forcé ou contraint à quoi que ce soit.

-Elle vous a fait comprendre que ça la gênait, en fin de compte c'est du pareil au même. Et elle vous dira que c'était dans votre intérêt. C'est elle tout craché ça, exactement comme son père, il n'était pas non plus toujours facile.

Kaidan haussa les épaules et détourna le regard, il préférait la fuir à présent que la conversation était engagée. Bien que d'un autre côté, il était tenté d'en savoir plus sur Shepard, son enfance, une période sur laquelle elle était toujours demeurée très secrète. Mais si elle n'avait pas trouvé bon d'en parler, c'était surement pour une bonne raison. Le fait qu'elle gardait tant de distances avec sa mère, contrindiquait toute tentative de rapprochement avec cette dernière. S'il y avait une chose qu'il avait bien comprise, c'était que le commandant n'avait pas même pris la peine de la prévenir de sa "relation". On ne pouvait pas dire qu'il en était vexé, il savait pourquoi. Préférant ne pas tenter le diable, il a donc choisi de ne plus lui adresser la parole. Mais Hannah Shepard, elle, semblait bien décidée à briser la glace.

-Je doute qu'elle ait parlé de moi en bien, je me trompe ?

L'expression affichée par le visage du major, lui offrit la réponse.

-Il est bien évident que de nous deux, c'est elle que vous croirez. Mais sachez que je n'ai pas été une mère insensible et diabolique. Non, le problème est en fait tout autre. Elle et moi ne sommes jamais parvenues à nous comprendre. J'ai essayé de lui donner les meilleures chances, de faire mon boulot de mère. Tout n'était pas toujours évident, surtout avec le train de vie que l'on menait, balloter un enfant d'un coin à l'autre de la galaxie, n'était pas une bonne solution. J'ai mis du temps à m'en apercevoir. Mais de toute façon, nous n'aurions pas eu le choix.

Elle rit d'un rire sarcastique.

-Petite, elle voulait avoir son propre vaisseau, combattre les méchants et sauver la galaxie, les âneries des enfants vous voyez. Elle a toujours beaucoup ressemblé à son père, aussi bien physiquement qu'au niveau du caractère, ils étaient proches c'est indéniable. Malheureusement il est mort assez rapidement, elle n'avait pas plus de dix ans quand c'est arrivé, une mission qui avait mal tourné. Ce jour-là, elle a perdu son héros et c'est là que tout a commencé à dérailler entre nous. J'étais l'insensible, elle l'adolescente en quête d'indépendance. Elle a finalement intégré l'Alliance, le programme N7. Je n'ai jamais vraiment su si c'était pour m'en m'être plein la vue, ou seulement pour elle.

-Je pencherai plutôt pour la seconde option.

-Vous avez raison, Jane n'en n'a toujours eu que faire du jugement d'autrui, elle ne fait toujours que ce qu'elle veut, ou ce qui lui semble juste. On peut dire que ça lui a plutôt réussi, elle est déterminée, c'est une meneuse. Quoi qu'il en soit, elle a enchaîné les exploits, Elysium, Saren, les récolteurs, avec le temps je suis complètement sortie de sa vie. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, je lui ai dit bon nombre de fois à quel point j'étais fière, mais elle le prend toujours avec légèreté. Elle avait refusé que je vienne la voir à l'hôpital, après l'assaut sur Londres, vous voyez où on en est.

Kaidan lâcha un soupir.

-Je ne suis vraiment pas la personne idéale pour tout ça, en tout cas pas celle à qui vous devriez en parler. Vous et votre fille, c'est évident, vous avez des choses à régler et même beaucoup. Mais en toute honnêteté, là tout de suite, je n'ai pas envie de les entendre et surtout pas de vous. Il faudrait pour cela, que ça vienne uniquement de Shepard.

À partir de ce moment précis, un profond silence s'instaura, replongeant chacun dans l'attente.


Liara se tenait assise sur un sofa, inspectant le plastron qu'elle tenait entre ses mains, elle le retournait en tous sens, alors que ses yeux suivaient le mouvement. Face à elle, une petite table basse pivotée d'une étrange façon, ce qui suggérait qu'elle avait involontairement été déplacée. Mais à y regarder de plus près, ou plus exactement aux alentours, il était rapide de comprendre ce qui s'était passé ici même. Tout était remué, retourné, un bazar omniprésent, des objets de toutes sortes jonchaient le sol, sans raison précise. Quantités de livres étaient ouverts à terre, sur une table, des papiers éparpillés un peu partout, un véritable fouillis s'étendait sous les pieds de l'asari. Seule la cuisine demeurait plus ou moins propre, quoique tous ses tiroirs et placards fussent ouverts. Et quand le turien fit irruption en ses lieux, il ne put dissimuler sa stupéfaction. « Et attendez de savoir la suite, je viens d'apprendre que mes quartiers sur la Citadelle ont fait l'objet d'une perquisition ! » avait dit le commandant par le passé, Garrus s'en souvenait parfaitement. Et bien vraisemblablement oui, son appartement avait été fouillé, et ils n'y étaient pas allé de main morte. Mais il fallait vraiment la prendre pour une idiote, pour bien vouloir croire que Shepard était insouciante au point de dissimuler des documents d'importance chez elle. Ou alors était-ce seulement la procédure, quitte à perdre un temps précieux, il valait parfois mieux la respecter.

-Mince…

-Comme vous dites, déclara Liara alors qu'elle se levait.

Le courtier de l'ombre fit quelques pas, heurtant à son passage un objet qui trainait sur le sol. Elle se pencha alors pour le ramasser, un simple bibelot sans importance pour elle, mais Dieu sait ce qu'il pouvait représenter pour Shepard. Elle prit un instant pour le contempler, avant de ne le reposer sur une étagère avec toute la délicatesse dont-elle était capable. Derrière elle, Garrus se racla la gorge, comme pour signaler une nouvelle fois sa présence.

-Vous avez donc choisi d'établir les quartiers de la Confrérie Shepard, dans l'appartement du commandant ?

-La "confrérie Shepard" ? Releva-t-elle, amusée. Un nom bien étrange, mais oui c'est le lieu qui m'a semblé le plus sûr. Mais en vérité, je n'avais pas vraiment le choix, nous n'avions pas beaucoup d'endroits où nous rendre sur la Citadelle. Je ne pense pas qu'elle nous en voudrait…

-Ne nous en voudra pas, vous voulez dire ! Je me suis dit que ce serait sympa de nous trouver un nom, un peu comme la ligue des justiciers, vous voyez, ou encore la communauté de l'anneau dans le livre de Tolkien, des trucs d'humain.

-Alors nous, nous sommes la confrérie Shepard", vous auriez pu trouver mieux, Garrus.

Garrus la gratifia d'un sourire, mais elle ne riait pas vraiment, la situation ne s'y prêtait guère pour elle.

-Vous êtes certaine que vous allez bien ?

-Regardez-moi tout ça, ils ont vraiment mis le bazar ici…

-Vous ne répondez pas à ma question. Vous avez eu de ses nouvelles par Kaidan ?

-Non rien, puis de toute façon, ce pas pour ça que j'ai envoyé le major à son chevet. Je ne voulais pas être dérangé, lui ne m'aurait pas laissé faire les choses comme je l'entendais. Que ce soit clair, je n'ai rien contre Kaidan à titre personnel, mais il n'est pas dans son état normal. Il n'agit que comme bon lui semble quand il s'agit de Shepard. Je suis également parvenu à me débarrasser de Vega et de Joker.

-Vous non plus vous n'êtes pas… Enfin bref, vous devriez peut-être souffler, Liara, ses deux derniers jours ont été particulièrement agités… Vous n'arriverez à rien, si vous ne prenez pas le temps de vous reposer.

-Ils ne m'attendront pas Garrus, c'est tout de suite qu'il faut agir ! Pardonnez ma brutalité, mais j'ai du travail devant moi.

-C'est l'amure de Shepard, que vous avez là.

-En effet, enfin ce que j'ai pu en récupérer plus exactement, je me suis dit qu'avec un peu de chance je trouverai bien quelque chose.

Liara s'agenouilla à hauteur de la table basse.

-L'ensemble est vraiment dans un piètre état, l'explosion l'a complètement ravagée. On ne peut que se demander quelles en seront les conséquences pour le commandant. Enfin, si elle parvient à s'en tirer.

-Vous ne semblez pas vraiment optimiste à son sujet.

-Je me dois de rester objective et rationnelle, si j'agis ainsi je dois donc inclure la possibilité que Shepard puisse ne pas en réchapper. Je dois me détourner de tout lien pour être plus efficace, pour ne pas m'effondrer. Et à cette heure, nous n'avons en vérité pas les moyens nécessaires de la sauver, hormis si elle demeure branchée à une machine. Je ne fais que ce que le commandant attendrait de moi en de pareille situation. Ses blessures internes peuvent certes, être guéries, mais sans ses implants… Déclara-t-elle, tentant de garder la tête haute, ainsi qu'une intonation normale et sans émotion.

-Et que dit l'amie que vous êtes ? Pensez-vous sincèrement que c'est ce que Shepard voudrait, non elle vous laisserait vivre vos émotions. Ce que vous me dites là, c'est la solution qu'elle adopterait pour elle-même, mais par pour autrui. Vous avez le droit d'être humaine… enfin asari, excusez-moi. Et si cela veut dire que vous devez pleurer un bon coup et vous défoulez sur moi, bien soit, allez-y. Vous n'avez pas besoin de mettre votre amitié pour elle de côté, vous n'en serez pas moins efficace, bien au contraire. Puisez votre force là-dedans!

Liara éclata de rire, en même temps que des larmes coulèrent sur son visage. Après quelques instants, elle prit cependant soin de se ressaisir, ravalant sa salive et essuyant ses larmes. Elle se retourna vers Garrus, un nouvel objet entre ses mains.

-Comme je l'escomptais, j'ai bien trouvé quelque chose, dit-elle, le fameux disque de données. En vérité, nous ne l'avons jamais vraiment perdu.


Il se demanda d'abord une chose, n'était-ce qu'une question de température, ou cette froideur était d'elle-même invoquée par l'aspect glacial de cette chambre blanche et son contexte ? L'hésitation le gagnait un instant, alors qu'il perdait tout à coup tous ses moyens. Quelques secondes avant de pousser cette porte, il était pourtant déterminé, à présent il peinait à s'élancer en avant et de son propre chef. Ses pieds butaient sur quelque chose d'invisible, comme s'il tentait de lutter, de gagner du temps pour ne pas avancer. Mais finalement il a atteint le lit pour s'arrêter, bloqué net, pendant un instant il a observé comme un enfant curieux. Il s'est retiré plus en arrière sur un tabouret, siège sans dossier ce qui ne l'aidait guère, il avait l'impression de constamment devoir veiller à bien garder l'équilibre. Il a inspiré, puis a gardé cette bouffée d'air pour lui pendant un long moment, avant d'expirer enfin. Derrière un son monotone résonnait, une machine, un goûte à goûte, une respiration artificielle, un léger bruissement etc… Tout cela formait une véritable petite symphonie, seule source de bruit existant dans cette pièce, mais qui pourtant n'était pas si retentissant, s'en était même apaisant.

Il se serait bien gardé de lui parler s'il l'avait pu, il n'y était d'ailleurs pas obligé mais cela lui semblait plus normal. Après tout, Hannah lui avait cédé sa place, elle qui avait un lien direct avec Shepard, sa génitrice, sa mère. Puis elle était arrivée avant lui, avait attendu plus longtemps, depuis combien de temps n'avait-elle pas vu sa propre fille. C'était vrai en fin de compte, cette femme qu'il ne connaissait que depuis quelques heures, avec qui il n'avait échangé que quelques phrases, elle lui avait inspiré de la pitié. Et voilà que maintenant il l'appelait "Hannah", mais qu'est-ce qui lui passait par la tête ? Après une longue attente, une infirmière s'était finalement présentée devant eux, lorsque leur discussion fut close.

Flash-back :

-Son état est stable, avait-elle dit. L'hémorragie interne qui s'est déclenché au cours de l'opération, a pu être stoppée. Les multiples contusions présentes ont également été traitées, nous lui appliquons du tissu cicatriciel pour les brûlures.

Hanna avait rouspété, déclarant qu'elle ne voulait pas un récit détaillé, mais simplement savoir si Shepard allait bien, si elle allait s'en sortir. À cela, l'infirmière avait grimacé.

-Pour être honnête elle ne peut toujours pas se passer d'assistance respiratoire. De nombreux organes vitaux sont atteints, cela est dû au fait que bon nombre d'implants ont cessé de fonctionner. Mais nous l'aidons de façon à ce que son corps fonctionne normalement par…

-Autrement dit, ma fille est branchée à une machine !

Coupée dans son élan, la jeune infirmière avait mis un moment pour retrouver le fil de ses explications.

-En résumé oui, si rien n'est fait, cela ne va aller qu'en se dégradant jusqu'à…

-Elle est toujours inconsciente ?

-Oui, maintenu sous un coma artificiel, cela lui évite de souffrir. D'autant que nous ignorons aussi si à long terme il y aura des conséquences motrices ou mentales. Il se pourrait que…

-Donc ma fille pourrait bien être un légume, c'est ce que vous essayez de me dire ? Et en vérité vous ne savez strictement rien, vous ne savez pas comment elle se porte, vous ignorez comme la soigner. Mais qu'est-ce que vous faites, bon-sang ?!

La jeune fille tremblait face à la dureté de la quinquagénaire, qui ne la ménageait pas.

-Peut-on la voir ? A demandé Kaidan, comme pour lui venir en aide.

Elle avait médité un instant sur la question, avait même consulté une de ses collègues qui avait acquiescé d'un signe de tête.

-Oui, mais à raison d'une seule visite de quelques minutes… et une seule personne, précisa-t-elle. Le commandant va devoir être transféré dans un autre service ! S'empressa-t-elle d'ajouter pour se justifier.

Fin du Flash-back

Le seul argument qu'elle avait invoqué pour l'y envoyer lui et non elle, était que Shepard aurait souhaité qu'il s'agisse de lui. Elle l'avait poussé, armée d'un large sourire convainquant, et Kaidan l'avait laissé derrière avec un léger remord. Grâce à elle, le major était au côté de Shepard, qui semblait dormir paisiblement, aussi pâle qu'elle était. Il avait observé chaque détail de sa personne, il n'avait pas manqué cette attelle sur son épaule droite, ainsi que ce plâtre sur toute la longueur du bras qui le bloquait, ni le tissu cicatriciel fraichement appliqué, les bandages, les perfusions sur le bras gauche. Le fin tuyau à chacune de ses narines qui apportait de l'oxygène, le fit frémir.

-Il y a comme une légère impression de déjà-vu, on pourrait croire que vous commencez à prendre goût aux hôpitaux. Enfin l'avant-dernière fois, j'étais à votre place et vous à la mienne, puis la dernière nous avions échangé. Je ne sais pas si vous m'entendez, si jamais c'est le cas, vous devez surement vous dire que je parle pour ne rien dire. Mais en fin de compte, ce n'est pas si évident de parler à quelqu'un d'inconscient.

Il soupira.

-La chose la plus importante que je dois vous dire, vous avez l'obligation de vous y tenir. Il faut que vous-vous battiez, que vous reveniez parmi nous. Tout le monde se décarcasse pour vous maintenant, alors faites en autant. Vous m'aviez sommé de le faire, alors ne vous dérobez pas à votre tour. Je pourrai vous dire, que l'Alliance a besoin de vous, mais honnêtement là tout de suite, je n'en ai rien à foutre d'eux. Ils ont assez foutu le bordel, je ne veux pas vous inquiéter pour rien, nous gérons la situation.

Son nez le démangea un instant, suite au petit mensonge.

-Là, j'aurais presque envie d'être égoïste, vous voyez, envie de vous dire de revenir seulement pour moi. Je ne sais si à vos yeux, ça représente en soi une raison suffisante, je l'espère du moins. C'est peut-être beaucoup que de vous demander de lutter, vous avez tant donné à tous, bien souvent sans rien recevoir en retour, vous êtes fatigué de tout ça, je le sais bien. Mais votre perte causerait trop de mal à bien des gens, pas plus tard que l'autre jour je vous l'ai dit, qu'on attendait toujours votre retour en s'inquiétant sans cesse. Liara est à deux doigts de la crise de nerfs, James a complètement disjoncté… Votre mère… votre mère est là, à s'énerver sur les infirmières, à attendre de vos nouvelles. Encore une fois, je ne sais pas si vous m'entendez, je ne suis pas doué pour les grands discours comme vous l'êtes.

Il sourit brièvement.

-Je vous rassure, je ne suis pas venu pour m'apitoyer, non. Trop de fois je l'ai sans doute fait, c'était bien inutile d'ailleurs. Beaucoup de choses demeurent en suspens, parce que nous ne les avons pas abordés ou réglés. Il y a des sujets dont nous n'avons encore jamais parlé. Depuis bien longtemps je me sens coupable à votre égard, à croire que nous sommes tous gagné par un élan de culpabilité, aujourd'hui. James se croit responsable de votre accident, même si dans un sens, on pourrait juger que c'est effectivement le cas. Joker, lui, est toujours rongé parce qu'il a fait pour IDA, bien que cela ait été réglé il me semble. Elle ne l'admettra jamais, mais Liara pense surement qu'elle n'en a pas fait assez pour vous aider.

Kaidan marqua une pause, pour reprendre son souffle.

-Pour ma part, il n'y a encore pas si longtemps, j'avais eu l'audace de vous juger responsable de tous mes maux, bien injustement. Je refusais de croire que c'était bien vous, de vous faire confiance, nombreux ont été les reproches que vous avez encaissés sans ne rien dire. Et de cela aujourd'hui, je me sens coupable. J'ai parfois l'impression que vous gardez tout ça, enterré quelque part au fond de vous. Vous avez le droit de ressentir de l'amertume, ce serait tout à fait naturel.

Quelqu'un toqua à la porte de la chambre, une infirmière devait avoir pris soin de le prévenir qu'il était temps de repartir. Alors qu'il se relevait, Kaidan déposa furtivement sa main sur celle de Shepard, en un geste compatissant.

-Je serai là, à vous attendre, a-t-il ajouté.

Il fit alors coulisser la porte sur le côté, son épaule gauche heurta quelque chose au passage. Quand il redressa la tête, il l'aperçut alors, ce visage qui ne lui était pas inconnu.

-Le docteur T'Soni m'a contacté, j'ai accouru dès que j'ai su.

-Miranda Lawson…

Cette dernière esquissa un sourire rassurant, agrémenté d'une tape sur l'épaule.


Je ne sais pas vraiment quoi en dire, j'espère être resté dans une certaine logique. Comme je l'avais dit, on voit déjà quelques anciens revenir. Je ne pouvais pas ne pas introduire Miranda, personnage qui m'est au combien sympathique. La maman de Shepard revient également, si vous voulez en savoir plus, Kaidan et elles, vont beaucoup passer de temps ensemble dans les prochains chapitres, tout simplement parce qu'ils ont un point commun, à savoir Shepard. Les détails sur l'assaut de la Citadelle viennent dans le prochain chapitre. Et encore beaucoup de choses, j'aimerais tout de même un peu les tourner en dérision, apporter un brin d'humour, après ses derniers chapitres.

I hope you like!