Partie 3.
Chapitre 25: Soleil sous nuage.
-Allez, va, ma belle !
James étendit le bras à travers la fenêtre ouverte et aida l'adorable chouette effraie rousse à s'envoler dans le ciel légèrement nuageux d'Æternum Asylus. L'oiseau zigzagua quelques instants dans les airs, ravi de repartir en direction de sa maîtresse, qui habitait quelque part un peu plus au sud au pays, puis disparut à l'horizon avec la lettre qu'on avait attachée à sa patte.
James soupira et détourna son attention du ciel gris clair qui venait le réveiller chaque matin et le regarder s'endormir chaque soir depuis le début des vacances estivales. Il lui semblait que le soleil couchant tentait de percer une brèche entre les nuages sans jamais y parvenir. Ou bien était-ce qu'au contraire, même le soleil n'osait plus sortir de sa cachette, par peur de faire une mauvaise rencontre. James n'aurait pas été étonné, si on lui avait dit que c'était cela. Il se passait tellement de choses incroyables, depuis quelques temps, qu'il ne cherchait même plus à différencier l'invraisemblable de l'impossible, car il était souvent trop facile de passer de l'un à l'autre. Qui aurait pu croire que quelqu'un viendrait supprimer un membre de la grande famille Potter, Famille qui depuis des générations combattait les forces du mal et sortait victorieuse de toutes ses batailles ? Qui aurait pu croire qu'il vivrait pendant des mois avec une petite fille morte sans même s'en rendre compte ? Qui aurait pu croire que la belle chouette effraie de Lily Evans viendrait lui apporter du courrier pendant les vacances d'été ?
James ne s'attarda pas sur ces questions, car depuis la fin des cours, il se les était posées et reposées sans jamais y trouver un quelconque soulagement, un quelconque réconfort. La vie était ainsi, voilà tout. Il savait que parfois, il ne fallait pas aller chercher trop loin, mais plutôt accepter les faits comme ils venaient, car dans tous les cas, il ne pourrait lutter contre ce que la vie lui réservait.
-Encore perdu dans tes pensées, Jamesie ?
James sursauta et fit face à l'un de ses nombreux cousins : Klaus avait poussé la porte de sa chambre et passé timidement la tête dans l'entrebâillement, un petit sourire fraternel aux lèvres.
-Oui, excuse-moi, soupira James. Entre, vas-y ! Je ne t'avais pas entendu arriver. La réunion est terminée ?
-Ouais.
Klaus entra et s'assit sur la chaise devant le bureau de son cousin –bureau qui avait été assailli par livres, plumes, rouleaux de parchemin et ingrédients de potions qui restaient de la dernière année scolaire et que James avait refusé de ranger par pure paresse. Mais son bureau n'était pas la seule partie de sa chambre qui avait besoin d'un coup de propre : sa poubelle magique, mécontente de ne pas être vidée, recrachait les vieux papiers froissés des dernières vacances et les nombreuses lettres qu'il avait écrites en désirant les envoyer à Lily, sans jamais en être satisfait avant celle qu'il venait d'attacher à la patte de la chouette effraie.
-Alors ?
James attendait ça depuis le début des vacances : le moment où il pourrait enfin savoir en détails ce qui se passait lors des réunions de l'Ordre du Phénix. Il avait demandé à ses parents s'il pourrait en faire partie dès qu'il aurait ses dix-sept ans, quelques jours plus tard, et la discussion avait vite tourné à la dispute, Williams étant formel : aucun sorcier ne pourrait participer aux réunions avant la fin de sa scolarité à Poudlard. James avait voulu se plaindre, riposter ou le supplier de changer d'avis, mais Klaus avait su trouver les mots pour lui éviter de mettre de l'huile sur le feu : il lui avait rappelé que le temps où les disputes s'effaçaient toujours d'elles-mêmes était révolu, car plus la guerre grondait, plus la menace de voir un de ses proches disparaître se faisait grande. Et il n'avait pas eu besoin d'aller plus loin pour que James comprenne : il n'était pas sûr de se le pardonner, si on jour il perdait un membre de sa famille avec qui sa dernière conversation avait été une dispute.
C'était étrange, comme Klaus et lui s'étaient rapprochés en à peine une semaine. Il lui semblait qu'un lien s'était créé entre eux deux, sans qu'il parvienne à vraiment savoir de quelle nature. Car Klaus n'avait pas été avec lui, en mars. Il n'avait pas vécu ces choses qui avaient tout arrangé entre lui et Lily. Mais c'était comme si l'un comme l'autre, ils avaient compris que leur rôle n'était plus d'être surveillés quand ils s'amusaient avec tous leurs cousins, mais de surveiller tous leurs cousins qui s'amusaient entre eux. Marc, Tom et Peter, leurs cousins les plus âgés, étaient pères de famille. Tim, le jumeau de Tom, avait obtenu un poste d'Oubliator et était toujours très demandé au Ministère. Lucy s'était fait engagée à Ste-Mangouste et s'occupait de blessés graves six jours sur sept. Quentin, qui allait sur ses dix-neuf ans, venait d'entrer en faculté de magicologie avancée, dans le but d'intégrer les grands centres de recherche mondiaux. Et tous deux avaient bien conscience que désormais, ils étaient les plus grands des petits cousins. Il n'y aurait plus de vrai adulte pour veiller sur Luke, qui n'avait pas encore sept ans. Il n'y aurait plus de vrai adulte pour attraper dans le haut de la bibliothèque les livres que Steven, neuf ans, lirait alors que même James n'y avait jamais jeté un coup d'œil tellement les titres lui déplaisaient et suggéraient des centaines de pages trop compliquées. Il n'y aurait plus de vrai adulte pour s'occuper de Clara, leur petite cousine de quatre ans. Il n'y aurait plus qu'eux deux, et c'était de leur devoir de prendre le relais. Peut-être était-cela, ce lien que James n'arrivait pas à définir : tout simplement une nouvelle fonction commune, celle d'être à leur tour les adultes du petit groupe.
-Alors crois-moi, ce qu'on entend aux réunions, c'est déprimant, soupira Klaus. On se plaignait de ne rien savoir, mais quand on sait, on n'en est pas plus satisfait.
James haussa les épaules.
-C'était prévisible, dit-il seulement. Si l'Ordre existe, c'est qu'il se passe des choses pas jolies à voir dans notre pays.
-Ou à entendre. Les autres ne sont pas avec toi ?
James fit non de la tête.
-Ils sont avec Sophia dans les bois, expliqua-t-il.
-Alors je peux te dire la vérité, répondit Klaus. Tout ce qu'ils disent, dans la Gazette, c'est même pas la moitié de ce qui se passe réellement. La liste des morts, elle est deux fois plus longue en vrai. Il y a la moitié des infos qui est censurée. Tu peux le croire, ça ?
James dut avouer qu'il aurait été loin de penser une telle chose. Les nouvelles étaient déjà tellement peu réjouissantes dans les journaux que n'importe qui préférait se dire que tous les faits y étaient reportés.
-Donc tu veux dire que Freeman veut cacher des choses ? marmonna-t-il. C'est Dumbledore qui l'a dit ?
-Pas que Dumbledore, dit Klaus, tous les membres de l'Ordre le savent. Ton père est le plus grand auror du pays, alors des morts, il en voit tous les jours ! Mais bizarrement, certains noms n'apparaissent pas sur la liste et encore plus bizarrement, les noms qui n'y apparaissent pas sont toujours des noms de braves sorciers dont la mort déprimerait la moitié de la population…
James haussa les sourcils.
-Et bah, on en apprend tous les jours, s'attrista-t-il. Ils sont nombreux, ces morts masqués ?
-Presque autant que les autres, si j'en crois les dires de ton père. Georges McBerry, par exemple, était un grand membre du Magenmagot. Ou encore Hector Little. Mais beaucoup de ces personnes sont classées parmi les disparues. Ca fait moins grave. Les gens préfèrent voir une longue liste de disparus plutôt qu'une longue liste de morts. C'est psychologique, et Freeman le sait.
James ne précisa pas que lui-même, chaque matin, était soulagé de voir que la liste des décès était la plus courte des deux listes qui paraissaient dans la Gazette. Il se promit néanmoins de ne plus raisonner de la même façon quand il lirait le journal du lendemain.
-Si je me souviens bien, ce n'est pas vraiment le rôle d'un bon ministre, de masquer la vérité aux gens... fit-il remarquer. Ils ont dit quelque chose sur lui, pendant la réunion ? Ils le trouvent comment ?
-Mieux que Rush, dit seulement Klaus en haussant les épaules. Ils n'ont pas oubliés qu'aussi incompétent soit Freeman, au moins il a de bonnes intentions. Après, le reste n'est qu'un détail.
-Un détail…répéta James avec hargne. Ce gars-là est un gros naze, voilà tout ! Je te rappelle qu'en mars, Poudlard a été attaqué et qu'on a eu du mal à repousser les mangemorts ! Dumbledore ne veut pas que ça se sache, mais…
-Mais Voldemort a réussi à pénétrer dans l'enceinte du château, je sais, acheva Klaus. Il l'a dit tout à l'heure, précisa-t-il devant l'air surpris de son cousin. Mais moi, je pense comme toi. Seulement je ne crois pas être assez qualifié pour pouvoir être en mesure de dire aux autres membres de l'Ordre que Freeman est un gros naze, pour reprendre tes termes. Je n'ai même pas de vraie utilité, pour le moment ! Et puis de toute façon, ils le savent tous, mais ils ne le disent pas. Ton père non plus, n'a pas apprécié le coup à Poudlard. A la fois parce qu'Andrew y est resté, et parce que toi aussi, tu as failli y rester. Sans parler de Lily : Voldemort l'a laissée s'en aller, elle, la petite moldue. Pourquoi ? Personne ne le sait. Il n'y a que Freeman qui semble ne pas s'inquiéter. Enfin si, il s'inquiète, mais il ne fait rien pour arranger les choses. Dis-toi que Tim a entendu une conversation entre deux de ses chefs, avant-hier. Freeman emploie plus d'Oubliators que d'aurors.
-Du n'importe quoi, en d'autres termes, résuma James avec mauvaise humeur.
Le bonheur éprouvé en achevant la lettre de Lily s'était envolé très loin.
-Qu'est-ce qu'ils attendent pour le renverser ? s'exclama-t-il.
-Qui ?
-Freeman !
-Oui, mais qui doit renverser Freeman ? demanda Klaus.
-Je ne sais pas, moi ! Mon père, ou le tien, ou tout l'Ordre réuni ! répondit James comme s'il s'agissait d'une évidence. Comment veux-tu qu'on résiste à Voldemort si on a un Ministre complètement dépassé par les évènements ? Il n'a même pas réagi, en mars ! Voldemort préparait un énorme coup juste sous son nez, et…
-Calme-toi ! coupa Klaus. Je sais que tu es dégoûté, et je sais que tu voudrais que ça change, mais j'ai encore beaucoup de choses à te dire sur la réunion. A commencer par la nouvelle mission de ton père : en plus de diriger les aurors selon les désirs de l'Ordre, il va devoir essayer de contrôler Freeman.
-C'est à dire ?
-C'est à dire que comme tu l'as dit, Freeman est complètement dépassé par les évènements, et il a besoin de conseils en permanence. Ton père a pour rôle de se transformer en ce conseiller, et l'air de rien, de l'inciter à faire ce que l'Ordre veut qu'il fasse. Comme ça, on a dans notre camp un ministre qui malgré lui nous est dévoué, et un chef des aurors. Les deux personnes les plus importantes dans une guerre.
-Et si Freeman prend conscience de la manipulation ? questionna James. Mon père sera envoyé à Azkaban, c'est ça ?
-Ne sois pas si négatif, reprocha Klaus. C'est de ton père, dont nous parlons. Le crois-tu vraiment capable d'échouer dans ce genre de mission ? Lui, le meilleur auror du pays et même plus ? Crois-moi, il ne sera pas démasqué, ajouta-t-il alors que James ne répondait rien.
-Bon, et quoi d'autre ?
-Et bien il va y avoir une espèce de cocktail au Ministère, je ne sais pas trop quand. Une sorte de rassemblement de toutes les personnes riches et importantes de la société.
-Genre les Potter ? railla James avec amusement.
-Ouais, et genre les Malefoy, les Black, les Lestrange, enfin bref, une belle brochette de sangs-purs. Et qui dit sang-pur dit ?
-Magouilles pas très nettes, plans un peu foireux et discutions pas très légales, répondit James sans l'ombre d'une hésitation. On y est invité ?
-Toi non. Moi oui. Une seule consigne : choisir comme cavalière quelqu'un de l'Ordre, ou très proche de membres de l'Ordre, pour surveiller, écouter et agir en cas de besoin. Dumbledore redoute que cette petite fête vire au drame. Personnellement, je ne vois pas trop pourquoi il pense ça, mais…
Pour James, cependant, c'était évident : si Voldemort voulait marquer les esprits, il devait s'en prendre aux personnes importantes de la société. Et s'il voulait s'en prendre à ces personnes, quand pourrait-il le faire mieux que le soir de cet apéritif ?
-Donc en gros, je serai de garde pour les petits, marmonna James.
-Tu n'auras qu'à inviter Sirius !
-A ton avis, qu'est-ce que ce j'allais faire ?
Tous deux sourirent.
-Je m'en doutais, dit Klaus en riant. Tu pourras même inviter ta chérie.
Le sourire de James fut remplacé par un regard perçant.
-Ma chérie ? répéta-t-il prudemment.
-Oui, il paraît qu'entre toi et Lily, c'est le grand amour…
James lui envoya à la figure un papier recraché par sa poubelle. Klaus, l'air indigné, répondit à son attaque en lui jetant une gomme sur la tête. Ce fut comme s'il déclarait ouvertement la guerre, et tous deux oublièrent en un instant les graves évènements de leur pays pour se consacrer à une bataille de tout ce qui leur tombait sous la main.
oOo
Expliquez en une centaine de lignes pourquoi les appareils électroniques tels que les grille-pain ne peuvent fonctionner dans, par exemple, le bureau d'un auror.
Lily soupira et saisit sa plume avec paresse et démotivation. L'Etude des Moldus. Une matière aussi inintéressante qu'inutile, même en option pour les Aspics. Sans parler du retard qu'elle avait sur les quelques rares autres élèves qui avaient choisi cette matière pour leur septième année. Etude de Moldus en débutant, avait dit McGonagall. Et bien elle entendrait parler de Lily Evans, à la rentrée !
-Etre membre du magenmagot est un métier très convoité, et par conséquent très sélectif, Miss Evans. Sept ans d'études attendent les courageux qui s'y destinent. Sept années auxquelles seulement dix personnes peuvent accéder. Il va falloir travailler dur pour être sélectionnée, vous en avez conscience ?
-Oui, professeur. Mais je suis prête à ça.
-Je n'en doute pas. Vous êtes brillante, Miss Evans. Néanmoins, laissez-moi vous conseiller de prendre une option en plus des disciplines habituelles des Aspics. Je crois que Mr Potter, par exemple, prendra l'option Quidditch. Une excellente note au coefficient trois, ce n'est pas négligeable.
-Je ne crois pas être assez douée en vol pour choisir cette option moi aussi, professeur.
-Celle-ci non, mais je pense sincèrement que l'Etude des Moldus vous conviendrait. Le professeur Racine m'a assuré être prêt à vous accueillir à son cours.
-Je n'ai jamais fait d'Etude des Moldus…
-Mais vous prendrez l'option débutant ! C'est tout à fait faisable ! Et je crois de toute façon que vous avez le niveau pour rattraper le groupe en route, Miss Evans. Quatre années, ce n'est pas énorme, au fond…
Lily se maudit d'avoir écouté McGonagall. Option Etude des Moldus en débutant, c'était bien joli, mais quatre années de retard à rattraper en un an, contrairement à tout ce que le professeur pourrait dire, ce n'était pas si facile que ça. Etait-ce seulement possible de suivre le niveau d'élèves qui étudiaient les moldus depuis quatre ans ? On lui avait promis que le professeur Racine adapterait ses cours pour les deux débutants –elle ignorait d'ailleurs qui était le deuxième– et voilà le résultat : elle avait cent lignes à écrire pour la rentrée. Comment se motiver avec ça ? Même en Quidditch, elle avait plus de chances de s'en sortir. Et au moins, elle aurait des professeurs dignes de ce nom : James et Gwen. Mais non, elle avait été se mettre en Etude des Moldus. Le professeur Slughorn disait qu'elle était souvent traversée par des éclairs de génie. Sur ce coup-là, elle avait plutôt été traversée par un éclair de stupidité. C'était flatteur, de savoir que McGonagall croyait ainsi en elle, mais elle allait dégringoler avec sa moyenne. Elle, Lily Evans, allait se retrouver en queue de peloton, alors qu'elle était dans toutes les autres matières une tête de classe… Ils allaient bien rire, les autres, en l'apprenant !
Expliquez en une centaine de lignes pourquoi les appareils électroniques tels que les grille-pain ne peuvent fonctionner dans, par exemple, le bureau d'un auror.
De toute manière, c'était une question stupide : même si un grille-pain fonctionnait dans le bureau d'un auror, on n'en trouverait pas pour la simple raison que les aurors avaient autre chose à faire que de faire griller des tartines sur leur lieu de travail.
Elle avait bien envie d'écrire cent lignes sur cette idée, juste pour faire enrager le professeur, mais même en écrivant gros, elle ne parviendrait pas à développer autant. Décidément, elle avait vraiment fait une erreur en choisissant cette option…
Un instant, elle s'imagina en cours avec ce stupide professeur Racine, alors que les autres seraient soit entrain d'avancer leur travail, soit entrain de s'amuser tous ensemble, et elle ressentit un pincement au cœur. Avoir de l'ambition, c'était bien beau, mais elle redoutait déjà tous les sacrifices qu'elle devrait faire pour arriver au bout de son envie. Trop rares étaient les personnes qui arrivaient à faire ce qu'elle désirait faire. Mais c'était un choix… Si on regrettait ses choix, autant ne pas en faire. Et puis, elle avait appris à ne pas abandonner en cours de route. Sinon il ne fallait pas commencer.
Expliquez en une centaine de lignes pourquoi les appareils électroniques tels que les grille-pain ne peuvent fonctionner dans, par exemple, le bureau d'un auror.
Et bien c'était simple : elle allait tester. Pas dans le bureau d'un auror, mais dans sa propre chambre.
En quelques bonds, elle descendit dans la cuisine, ignorant totalement Pétunia qui partageait une coupe de glace avec son petit ami Vernon –comme si elle avait besoin de manger des glaces alors que le ciel était couvert ! – et s'empara du grille-pain. Elle fit la sourde oreille devant les protestations de sa sœur et remonta comme si de rien n'était. Elle trouva une prise électrique de libre non loin de son réveil, aussi posa-t-elle l'appareil sur son lit, puis prit le soin de déposer sa baguette magique quelques centimètres plus loin. Mais rien ne se produisit.
-Quelle vacherie ! pesta-t-elle.
Elle fit sortir une gerbe d'étincelles rouges de sa baguett en direction du mécanisme mais n'obtint pas plus de résultats qu'auparavant, si ce n'est une désagréable odeur de miettes grillées.
Avec mauvaise humeur, elle alla ouvrir la fenêtre et eut tout juste le temps de se reculer pour ne pas que Plume, sa nouvelle chouette, n'entre en collision avec elle. Après une seconde pendant laquelle elle reprit ses esprits et se remit de sa surprise, elle nota qu'une lettre était attachée à la patte du volatile. Un sourire se dessina alors sur son visage : elle savait d'ors et déjà de qui venait le message.
Chère Lily Jolie,
Je profite de cette trêve entre nous deux pour te redonner de mes nouvelles, puisque tu me les demandes avec tant d'insistance. Deux lettres en une semaine, je bats des records. Mais ça je le savais déjà !
Si tu veux savoir, aussi étrange cela puisse paraître, ce n'est pas bien différent d'avant, à Æternum Asylus, si on ignore le fait qu'il n'y a plus Hilary, plus Kayna, plus Andrew (ça c'était prévisible) et plus Sirius. Entre cousins, on reste les mêmes, c'est juste que depuis le début de l'été, Klaus et moi avons été élus baby-sitters.
Lily vit son sourire s'agrandir encore un peu à l'idée de James entrain de s'occuper de tous ses petits cousins. Elle n'osa même pas l'imaginer entrain de changer les couches des plus jeunes.
Sinon, forcément il y a une tension dès qu'on parle de ce qui s'est passé à Poudlard en mars. Mais je pense que c'est normal. Quiconque nous connaît un peu sait que pour les Potter, la famille c'est sacré. A ce sujet, mes cousins Tim et Tom m'ont dit qu'ils étaient prêts à accueillir dans la famille ma future femme. Si tu te demandes pourquoi je te dis ça à toi, et bien…
Lily, même s'il y avait eu une suite, n'aurait pas mieux compris ce qu'il voulait dire, et elle se surpris elle-même à être ravie des mots de James. L'été dernier, il lui avait envoyé plusieurs lettres qui voulaient dire plus ou moins la même chose, mais l'impact était plus fort maintenant qu'ils étaient amis. Ou plutôt amis-amants. Ou amants tout court. Non, pas amants tout court. James était mieux en ami qu'en petit-ami. Même si elle n'avait jamais testé. Même s'ils ne seraient jamais que de simples amis sans arrière pensée.
Pour s'éviter de divaguer sur des raisonnements à lui en faire mal à la tête (elle en faisait déjà l'expérience chaque soir depuis son retour chez ses parents), elle se reporta sur sa lecture, souriant à de nombreuses reprises devant l'audace de James et les petites plaisanteries qu'il avait insérées ça et là. Elle ne put s'empêcher d'être impressionnée par la bonne humeur qui apparaissait dans sa lettre alors qu'il avait perdu son oncle et Hilary. Décidément, avec James, elle était toujours surprise en bien…
Mais une autre surprise, moins bonne, vint gâcher son instant de détente : le grille-pain, sans doute trop chauffé par les étincelles que sa baguette avait dégagées, commençait à brûler sa couette en dégageant une odeur nauséabonde. Hésitant entre la crainte et l'amusement, elle le débrancha, reprit sa baguette et attendit quelques minutes que le tout refroidisse. Puis, même si elle savait ce que dirait Pétunia, elle le redescendit dans la cuisine.
-Ca pue le cramé, grogna la plus âgée.
-Ouais, j'ai fait griller la boîte de ton CD des Wasps Unity, lança Lily, l'air de rien.
Pétunia pâlit.
-T'as fait quoi ? parvint-elle à articuler.
-J'ai fait griller la boîte de ton CD des Wasps Unity, répéta Lily en articulant comme si elle parlait à une idiote. C'était pour une expérience à faire avant la rentrée.
Pétunia parut sur le point de faire un arrêt cardiaque.
-Tu as… tu as…carbonisé mon CD pour… pour ton école ?
Lily haussa les épaules.
-Oui, pourquoi ?
Elle manqua d'éclater de rire devant l'air furieux de sa sœur, qui se tourna vers Vernon et se força à sourire.
-Tu peux nous laisser, mon cœur ? dit-elle d'une voix qu'elle voulut douce mais de laquelle perça toute sa colère. On se revoit demain !
Elle n'attendit même pas que la porte se soit refermée sur son petit-ami pour se tourner vers sa sœur, furieuse.
-Ca t'amuse, hein ? lança-t-elle.
-Oui, assez, admit Lily.
-Un de ces jours tu regretteras d'avoir joué la maligne avec moi, promit Pétunia en la menaçant du doigt. Sale petite peste !
Lily eut un petit rire dépourvu de joie.
-N'inverse pas les rôles, Pétunia. La victime, ici, c'est moi. Ton CD, il est à sa place dans ta chambre, et je n'y ai pas touché. On ne peut pas en dire autant de ma boule de cristal…
-Je n'ai jamais touché à ta boule, dit Pétunia un peu trop brusquement pour que ce soit vrai.
-Alors pourquoi est-ce que quand je l'ai regardée ce matin, elle m'a montré ton visage en gros plan ?
Pétunia ne répondit pas, mais cela n'étonna pas Lily. Elle ne précisa cependant pas qu'elle n'avait fait que deux semaines de divination dans toute sa vie, et qu'elle avait ensuite changé cette matière avec les runes anciennes, qu'elle trouvait deux fois plus intéressantes. Elle omit aussi d'avouer qu'elle savait que sa sœur avait touché à sa boule de cristal uniquement parce qu'elle y avait laissé un peu trop de traces de doigts.
-D'ailleurs, reprit Lily, je ne sais pas si tu es au courant, mais ça porte malheur, de toucher à une boule de cristal quand on ne sait pas s'en servir.
-Tu mens.
-Pas du tout. Je connais une fille qui a une cousine qui est morte à cause de ça. Elle était moldue, comme toi, et elle a voulu s'amuser avec ce qu'elle ne maîtrisait pas. Résultat : elle s'est fait dévorée trois jours plus tard par ce qu'on appelle chez nous un verracrasse.
Pétunia pâlit et déglutit avec peine.
-Et c'est quoi, ça, un verracrasse ? bredouilla-t-elle.
-Une grosse bête poilue, avec de longues dents. Ca peut faire des bonds de quatre mètres pour mieux attraper sa victime. Et en quelques bouchées, ça peut avaler le plus gros éléphant du monde.
Lily se promit de répéter à Gwenog, Alice et Hestia le mensonge qu'elle venait de concocter. Elles en riraient un bon moment, et Pétunia risquait de ne plus jamais toucher à ses affaires sans lui demander la permission.
-Je vais dire à Maman que tu gardes de tels objets dans la maison, jura Pétunia, les yeux remplis de larmes. Et s'il m'arrive quelque chose, Vernon fera de ta vie un calvaire !
Lily acquiesça vaguement en observant ses ongles pour mieux la narguer.
-Ne prends pas ça à la légère, Lily ! prévint Pétunia. Je te jure que tu le regretterais, s'il m'arrivait quelque chose !
-La seule chose que je regretterais, railla Lily, c'est de voir Maman pleurer la mort d'une fille comme toi. Mais je suis sûre que rapidement, elle réaliserait que ça fait un problème de moins…
-Le vrai problème de la famille, c'est toi, Lily-Jolie !
Pétunia voulut sans doute imiter James le jour des vacances, quand ils s'étaient salués avant de quitter la gare. Lily n'apprécia pas du tout la remarque, autant pour ce qu'elle signifiait que pour la moquerie. Sa sœur dut s'en apercevoir car un rictus alluma son visage et ses yeux pétillèrent de méchanceté.
-Tu fais la belle, là, devant moi, mais si tu savais ce que Papa disait sur toi tout au long de l'année, tu rirais moins, rétorqua Pétunia.
-Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
Les sourcils froncés, Lily attendit la réponse, ne sachant bien si elle devait s'inquiéter ou ignorer ce que sa sœur allait lui dire.
-Je veux dire par là qu'au début, ça les rendait fiers, d'avoir une sorcière dans la famille, dit Pétunia, mais que maintenant qu'ils voient ce que ceux de ta race sont capables de faire, ils ont les boules…
-Si tu parles des meurtres commis par les mang…
-Je parle de toutes les horreurs que ton peuple a fait depuis quelques temps, coupa sèchement Pétunia. Papa a peur que sa petite fille chérie fasse partie de ces monstres qui tuent parce qu'ils se croient plus purs ! Et oui, ajouta-elle alors que Lily allait s'étonner du savoir de sa sœur, moi aussi je m'instruis sur ce que tu fais. Je vais te faire une confidence : j'ai bel et bien fouillé dans tes affaires, l'autre jour. Et j'ai lu les journaux que tu gardes dans le deuxième tiroir de ton bureau. Je les ai montrés à Papa et Maman, évidemment, et ils ont peur, si tu savais à quel point ! Je leur ai aussi montré la lettre de ton fameux James. Ils n'ont pas apprécié…
-Pas apprécié quoi ? demanda Lily, bien qu'au fond d'elle elle sût ce dont Pétunia voulait parler.
-Le lien entre toi et celui qui se fait appeler Voldelamort…
-Il n'y a aucun lien entre moi et le Seigneur des Ténèbres, répondit aussitôt Lily, le cœur battant un peu trop vite à son goût alors qu'elle se remémorait ces quelques minutes du mois de mars. Et je t'interdis de rentrer encore dans ma chambre sans ma permission, c'est clair ?
Pétunia sourit narquoisement.
-Tu vois, je t'avais dit que tu ferais moins la maligne !
-Va te faire voir.
-Tu sais, ils ont dit qu'ils allaient faire les courses, mais je crois qu'en fait ils sont partis voir les parents de ton James pour être sûrs que Voldelamort n'a rien à voir avec toi. Tu sais, des fois, les tarés peuvent être attirés par d'autres tarés sans qu'on sache trop pourquoi, alors ils veulent être sûrs que tu n'as pas un vieux fou qui louche sur toi, ou pire…
Lily sentit ses jambes fléchir légèrement alors que Pétunia s'amusait avec elle. D'habitude, elle savait toujours quand sa sœur lui mentait, mais là c'était différent : c'était de la confiance de ses parents dont il s'agissait. Se pouvait-il vraiment que son père doute de son honnêteté, et ne soit pas certain qu'elle méprisait ces gens qui exécutaient les ordres du Seigneur des Ténèbres ?
Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir, car la porte d'entrée se rouvrit. Pétunia lui jeta un regard méchant et alla saluer ses parents, qui revenaient en effet sans aucun sac de provisions. D'ailleurs, Lily savait parfaitement que sa mère avait dévalisé le supermarché la veille et qu'elle ne faisait jamais les courses deux jours de suite, sauf si elle oubliait quelque chose de très important –ce qui n'arrivait presque jamais.
-Salut, les filles ! dit gaiement Mrs Evans. Vous avez passé une bonne matinée ?
Elle se tourna vers la plus jeune de ses filles et son sourire disparut devant l'air grave de Lily.
-Vous vous êtes encore disputées… constata-t-elle avec lassitude. Quand allez-vous donc arrêter ?
-Quand elle sera morte, rétorqua Pétunia.
Mr Evans leva les yeux au plafond.
-Ce genre de réflexions est puéril, Pétunia, tu le sais très bien…reprocha-t-il.
-Il faut parfois être puéril pour parler à des gens stupides, se justifia Pétunia avec un regard mauvais vers sa sœur.
Lily la tua des yeux et lui fit bien comprendre qu'elles reparleraient de tout ça plus tard.
-Lilou, tu ne devrais pas répondre à ses provocations, dit Mrs Evans. Vous êtes grandes, maintenant, et vous devriez savoir que dans la vie, il faut passer au-dessus de tout ça ! Si jamais l'une de vous se fait tuer, qu'est-ce que vous ferez, hein ? Vous pleurerez parce que la dernière chose que vous avez dite à votre sœur, c'était une insulte ?
-Comment peux-tu être sûre qu'on a des chances de se faire tuer ? répliqua froidement Lily, estimant que c'était le bon moment pour aborder le sujet. Il suffit que je fasse partie des tueurs, et hop, nous voilà en sécurité, pas vrai ?
Mr Evans fronça les sourcils et jeta un regard furtif à sa femme.
-Pourquoi dis-tu ça, Lilou ? Tu sais tr…
-Ne fais pas comme si tu ne savais pas ce dont je veux parler, coupa Lily. Vous êtes allés chez les Potter ?
-Lilou, il f…
-Oui ou non ? insista impatiemment Lily.
Sa mère se mordit la lèvre et hocha doucement la tête, Mr Evans ne se résignant pas à répondre.
-Alors c'est oui…murmura Lily, répugnée par le manque de confiance de ces parents. Vous êtes allés les voir pour savoir ce que j'avais à voir avec le Seigneur des Ténèbres, c'est ça ?
A nouveau, Mrs Evans fit oui de la tête.
-Juste au cas où j'étais passée du côté obscur, j'imagine… C'est vrai que j'ai une tête de tueuse…marmonna Lily.
-Lilou, ne vas pas croire n'importe qu…
-Tais-toi, toi ! cria Lily à son père. Vous êtes allés voir les Potter pour savoir si j'étais toujours sur le droit chemin. C'est à la fois intolérable et super vexant. Je pensais que vous me faisiez confiance, mais visiblement Pétunia fait du bon boulot, quand je ne suis pas là…
-Pétunia n'a rien à voir là-dedans, assura Mr Evans.
-C'est clair ! approuva Pétunia. Moi je n'y suis pour rien !
-Ca vient entièrement de vous ? s'étonna Lily, outragée. Et bah ça c'est la meilleure !
Mr et Mrs Evans durent se rendre compte qu'ils s'enfonçaient car ils se regardèrent, gênés. Mais Lily ne voulut pas entendre leurs excuses. Déjà secouée par ce qui lui était arrivé le soir où le Seigneur des Ténèbres avait attaqué l'école, elle refusait d'avoir à se justifier ou à assurer qu'elle était encore innocente. De colère, elle jeta le grille-pain sur la table et s'en alla en claquant la porte derrière elle. Elle monta l'escalier sans même s'en rendre compte, et quand elle se fut enfermée dans sa chambre, elle éclata en sanglots –sanglots qu'elle s'était forcée à contenir pendant près d'une semaine.
Pétunia avait vraiment bien réussi son coup, cette fois. Qu'elle la prenne pour un monstre, c'était une chose, et à la rigueur elle en avait l'habitude, mais qu'elle entraîne ses parents dans cette histoire, c'en était trop. La situation en devenait malsaine, et au fond, elle savait depuis des semaines que ce serait ainsi pendant tout l'été. Pétunia qui la mettait hors d'elle, elle qui encaissait en s'efforçant de répondre mais le cœur n'y était jamais, puis ses parents qui se mettaient entre elles deux… Mais si ses parents pensaient comme sa sœur, plus rien ne la retenait ici. Elle avait plus besoin de soutien que des doutes de ses proches. Si on ne lui faisait plus confiance, et si elle passait désormais pour une meurtrière dans son propre foyer, autant ne pas y rester. Elle connaissait quelqu'un qui lui avait déjà proposé de venir, si jamais elle se sentait mal…
oOo
La cuisine était tout ce qu'il y avait de plus sobre : une table, deux chaises, un réfrigérateur et quelques placards à rangement au-dessus d'une gazinière et de l'évier. La pièce était mitoyenne avec le salon, qui n'avait rien à voir avec celui du manoir Square Grimmaurd, et qui en était d'autant plus agréable. Sirius adorait ces deux pièces colorées et chaleureuses, dans lesquelles rien ne venait lui rappeler son ancienne maison. En une semaine, il avait fait d'elles de vrais petits paradis : d'un coup de baguette magique, il avait installé quatre poufs dans le salon, en souvenir des merveilleux moments passés chez James l'été passé ; la table de la même salle avait été cirée avec un peu d'huile de Mrs Boboit ; il avait transformé le papier peint de la cuisine en œuvre d'art à l'aide d'un peu de peinture jetée au hasard ça et là ; il avait changé le mode d'éclairage, remplaçant les vieilles ampoules ternes par des guirlandes colorées et des lampadaires ; avec l'aide de Ted Tonks, le mari de sa cousine Andromeda, il avait installé une vraie cheminée à la place de la fausse. Au fond, toute sobriété avait disparu. Tant de modifications qui venaient accroître le contraste entre, d'une part, la cuisine et le salon et, d'autre part, la chambre et la salle de bain. La chambre aurait pu être belle si elle avait bénéficié d'une fenêtre lui évitant cet air lugubre trop proche de celui de la maison des Black. Elle aurait aussi pu être confortable si le lit ne grinçait pas à chaque fois qu'il bougeait un orteil, et si la tapisserie ne dégageait pas une forte odeur de moisissure. Quant à la salle de bain, elle aurait été parfaite si la tuyauterie n'était pas si abîmée que l'eau coulait par terre dès qu'on ouvrait un robinet. Ted avait dit qu'il passerait pour essayer de réparer ça, mais Sirius préférait appeler un plombier : l'installation de la cheminée avait été si laborieuse et créatrice de problèmes qu'il ne voulait plus vraiment avoir affaire à la main bricoleuse de Tonks.
Mais chaque inconvénient pouvait vite se transformer en avantage : la voisine, une jeune et jolie moldue d'à peu près son âge, l'avait autorisé à utiliser sa douche le matin. Sirius se faisait donc un plaisir de changer de côté de palier tous les jours après onze heures. Il voyait bien que la moldue en question n'était pas dérangée par sa présence, et qu'elle n'oubliait jamais de trouver un prétexte pour le faire rester quelques minutes de plus. Il la soupçonnait même d'avoir volontairement fait irruption dans la salle de bain au moment où il se déshabillait, quelques jours après leur rencontre. Elle avait assuré qu'elle venait juste prendre un déodorant, mais Sirius n'était pas aveugle : il avait bien vu ses yeux glisser sur son torse plusieurs fois de suite.
Il ne savait pas si cela lui faisait plaisir ou pas. Il aimait cette idée d'être un séducteur, mais ignorait si c'était vraiment bon pour lui. La dernière fois qu'il était tombé amoureux, il avait souffert. Il n'était pas certain d'être prêt à recommencer. Et puis il n'était pas ce genre de garçons qui sortaient avec n'importe qui n'importe quand. Il ne voulait pas d'une midinette, mais plutôt d'une fille avec qui il rirait et à qui il n'aurait pas besoin de se justifier chaque fois qu'il parlerait à une autre. Néanmoins, un doute ne cessait de le tracasser : ne désirait-il pas une autre Hilary ? Au fond de lui, ne cherchait-il pas une fille qui lui ressemblerait et lui rappellerait cette belle époque où il sortait avec la cousine de son meilleur ami ?
Ses pensées étaient tellement confuses qu'il s'en était mis à envier James. Il avait passé des années à lui dire de laisser tomber Evans, mais au final, il s'était accroché et tout semblait s'arranger. James avait su ce qu'il voulait et faire ce qu'il fallait pour l'obtenir. Et désormais, les rôles s'étaient inversés : c'était James qui allait très bien sur le plan sentimental, et lui qui pataugeait dans le pire chaos. Comme quoi, la vie était étrange, parfois…
Un instant, il laissa ses pensées vagabonder et il s'amusa à imaginer James rendant visite à Evans, l'air de rien, comme un bon ami qui revenait prendre des nouvelles après des années de séparation. C'était incroyable, la patience que ce garçon pouvait avoir. Sirius avait toujours trouvé cela ahurissant. Se faire jeter par la même fille pendant des années et pourtant continuer à espérer recevoir quelque chose d'elle. James l'avait bien méritée, sa victoire –ou semi-victoire, puisqu'en théorie, Lily et lui étaient juste amis. Finalement, il y avait au moins eu un résultat positif aux évènements du mois de mars. Il était heureux que pour James, tout rentre dans l'ordre. Si quelqu'un méritait le bonheur, c'était bien lui. Sirius ne comptait plus tout ce que son ami avait fait pour lui, quand il allait mal, quand il allait bien, se dénonçant à sa place, lui faisant ses devoirs, lui rendant des services, ou tout simplement le réconfortant avec des mots justes qui l'apaisaient aussitôt. Bien entendu, il lui rendait la pareille, et parfois c'était lui qui se retrouvait en retenue sans qu'il le mérite vraiment. Mais lui, ce n'était pas pareil. Il n'était pas sûr de mériter l'amitié de quelqu'un comme James, toujours droit et fier, fort et courageux quelles que soient les conséquences. Bien sûr, James avait eu sa mauvaise période, et avec du recul, Lily n'avait pas eu tort de le croire arrogant durant leur cinquième année, mais désormais, il avait changé et s'était transformé en un vrai Potter. Et Sirius savait que lui, même s'il avait renié sa famille, serait toujours un Back, qu'il le veuille ou non. Un jour, peut-être son côté sombre ressurgirait-il, apportant à tout le monde la preuve que le meilleur ami de James Potter était indigne de lui. Ou peut-être pas…
Sirius ne savait plus vraiment où il en était, depuis que l'agitation de Poudlard avait laissé place à la semi-solitude de son appartement. Un jour il avait l'impression d'être libre et heureux, maître de ses actes et libéré de la lourde pression que lui avait trop longtemps imposée sa mère, et le lendemain il se sentait seul et déprimé, et ses pensées convergeant toutes vers de sombres souvenirs et théories. Et si Hilary avait été ensorcelée ? Si elle avait été droguée, et qu'il n'avait rien vu ? Si elle s'était fichue de lui depuis le début, voulant juste accroître sa popularité en sortant avec un des quatre Maraudeurs ? Et si James et Lily n'avaient pas réussi à s'en sortir, comment aurait-il pu se pardonner d'être rentré sans rien tenter pour les aider ? Pourquoi avait-il écouté James quand celui-ci lui avait demandé de les laisser seuls tous les deux et de se mettre à l'abri pour limiter les dégâts ? Et s'il n'était pas rentré, Lily aurait-elle été ensorcelée par Voldemort, comme l'avait avoué James ? Et s'ils avaient tous compris plus tôt qui étaient Ciaran et Mortensen, Andrew serait-il mort ? Et au contraire, s'ils ne l'avaient pas compris, qui d'autre serait mort cette nuit-là ?
C'était toujours les mêmes questions qui revenaient inlassablement le hanter, lui rappelant qu'il avait commis de graves erreurs qui auraient pu avoir des conséquences bien pires, et il lui tardait déjà de reprendre les cours pour avoir l'esprit occupé à autre chose qu'à réfléchir à ces agaçants souvenirs. Et puis il y aurait James, Remus et Peter. Il lui semblait que leur amitié était la seule chose réelle et solide de sa vie. Sa relation avec Hilary aussi, lui avait parue inébranlable, mais il s'était avéré au final qu'elle avait été un vrai fiasco, sans doute des deux côtés, bien que peut-être pas pour les mêmes raisons.
Mais s'il avait été à Serpentard comme toute sa famille, aurait-ce été différent ? Et si Hilary avait été une sang-pur comme lui, aurait-ce été plus simple ? Ou s'il avait été refaire le portrait de Bertram, la situation aurait-elle été tout autre ?
-Ma foi, tu m'as l'air bien songeur…
Sirius sursauta, renversant sa tasse de café sur la table de la cuisine et manquant de faire tomber le miroir à double sens qu'il avait posé devant lui. Le cœur battant la chamade, il jeta un regard noir à Sherley, sa voisine, pour son irruption imprévue.
-Tu rentres comme ça chez les gens, toi ? grogna-t-il en se levant afin d'aller chercher l'éponge posée sur l'évier.
Sherley répondit pour un large sourire.
-Tu ne te douches pas, ce matin ?
Sirius fit mine de lui jeter l'éponge au visage.
-Tu n'as pas répondu à ma question, rappela-t-il. Tu rentres comme ça chez les gens ? Ou alors tu rentres comme ça seulement chez moi, dans le but de me surprendre entrain de faire je ne sais quoi…
-Oh, je t'en prie, Sirius, tu crois vraiment que je suis comme ça ? La porte était ouverte, alors je suis rentrée.
-La porte était fermée, je suis passé devant il y a une dizaine de minutes, cassa Sirius, à la fois amusé et agacé.
Le sourire de Sherley s'élargit. Sirius, en revanche, s'empêcha de laisser apparaître la moindre émotion, même s'il avait vu juste : elle avait bel et bien craqué pour lui.
-Bon, j'avoue, je suis entrée sans ta permission, admit-elle, mais j'ai sonné, je te le promets. Enfin j'ai essayé. En fait, je crois que ta sonnette est en panne.
-Ma sonnette ?
Sirius fit passer son incompréhension pour de l'incrédulité. En effet, il n'avait aucune idée de ce que pouvait être une sonnette moldue. Square Grimmaurd, il y avait bien une clochette pour annoncer son arrivée, mais ici, à Liverpool, il n'y avait rien d'autre qu'un petit bouton carré dont il ignorait l'utilité. Il se promit de demander à Ted dès qu'il le verrait.
-Bref, tu viens pour quoi ? questionna-t-il, curieux de voir quelle excuse elle allait lui trouver.
-Pour voir comment tu allais.
-Ah ouais ? Et bien c'est bon, je vais bien.
-Et aussi parce que quelque chose me dit que tu as besoin de compagnie, ajouta Sherley en retrouvant son sérieux.
Sirius fut surpris de l'entendre dire ça, car au fond, il savait que c'était exactement cela : la solitude l'insupportait quand elle devenait une habitude.
-Je ne savais pas que tu avais des dons en psychologie, marmonna-t-il, agacé qu'elle ait raison sur ce sujet qu'il aurait préféré éviter.
-Je n'ai aucun don. J'ai juste trouvé ça dans la salle de bain après ta douche d'hier matin.
Sherley glissa sa main dans la poche de sa courte jupe. Quand elle l'en ressortit, elle tenait entre les doigts quelque chose de plié, qui ressemblait fortement à un morceau de parchemin. Sirius reconnut aussitôt la lettre que James lui avait envoyée l'avant veille et son cœur fit un bond, non pas de colère mais de culpabilité d'avoir si peu fait attention : il y avait à plusieurs endroits des allusions directes à la magie, que Sherley n'était pas censée lire.
-Il parle bizarrement, ton copain, dit la jeune femme en lui rendant ce qui lui appartenait. C'est un code entre vous ?
Sirius, pour éviter de commettre une bévue sans s'en rendre compte, tenta de couper court à la conversation en lui faisant bien comprendre que cela ne la regardait strictement pas, mais elle ne fut pas de cet avis.
-Je crois que si, ça me regarde : je trouve une lettre, et j'ai l'amabilité de te la rendre, alors j'estime que j'ai le droit de savoir pourquoi mon voisin parle de magie avec son meilleur pote.
-Tu crois quoi ? Que lui et moi, on est deux sorciers ? s'énerva Sirius.
Après quelques années à Poudlard, il avait appris à bien mentir, en particulier à des filles : premièrement, McGonagall ne lui en laissait pas le choix, et deuxièmement, les stupides filles qui avaient des vues sur lui ne lui en laissaient pas le choix non plus.
-La magie, ça n'existe pas, rétorqua-t-il sèchement, et je pensais qu'à ton âge, c'était clair dans ta tête.
-Mais c'est très clair dans ma tête, Sirius, promit Sherley. J'ai juste envie de savoir à qui je prête ma douche.
-Sirius Black, étudiant en médecine à l'université de Liverpool dès la rentrée, répondit Sirius, fier d'avoir retenu au moins une chose de ses cours d'étude des moldus de troisième année.
Le professeur Racine, cette vieille souche, leur avait fait apprendre toutes les grandes écoles moldues d'Angleterre. Personne n'en avait compris l'utilité, mais Racine avait tout de même collé une interrogation surprise à la classe dès le lendemain. Sirius ne regrettait pas d'avoir arrêté ces cours, même s'ils avaient l'avantage d'énerver ses parents.
-Je ne plaisante pas, Sirius… soupira Sherley. Tu lis le journal, de temps en temps ? Tu n'as pas vu qu'il se passe beaucoup de choses étranges, en ce moment ? Des meurtres sans explication, des ponts qui sautent sans qu'on sache pourquoi, et l'autre jour, j'ai même vu un énergumène se promener dans la rue avec un long manteau noir et une cagoule sur sa tête !
Sirius fronça les sourcils.
-Avec une cagoule, tu dis ? s'enquit-il.
Quand elle acquiesça, il se promit d'en parler à Williams et Rosanna Potter. Savoir qu'un mangemort se baladait à Liverpool pourrait sans doute leur être utile.
-Tu comprends pourquoi je me pose des questions quand ton copain te dit qu'un dénommé Freeman, censé être le Ministre alors que ce n'est pas vrai, cache des meurtres, qu'un dénommé Voldejenesaisplusquoi a attaqué un truc appelé Poudlard, ou encore qu'il va y avoir des sangs-purs à une réception au Ministère de la Magie !
Jamais Sirius n'avait réfléchi aussi vite, hormis peut-être dans les rares cas où il s'était vraiment senti en danger. Il avait besoin d'un bon gros mensonge qui tienne la route, et vite. James avait été plus que clair dans ses propos sur ce qui se passait dans la communauté magique, et même les parties de sa lettre qui étaient vraiment personnelles parlaient ça et là de procédés magiques, comme par exemple du test de transplanage qu'ils passeraient à la fin de l'été.
-Bon, d'accord, je vais t'expliquer, dit-il lentement pour gagner un peu de temps, mais à une condition.
Sherley fronça les sourcils mais hocha la tête.
-Jure-moi de ne pas trop en parler autour de toi…demanda Sirius. N'en parle d'ailleurs à personne, et ne mets plus jamais ton nez dans mes affaires, même si j'oublie mon pantalon chez toi –ce qui n'arrivera pas. Compris ?
A nouveau, Sherley fit oui. Alors, il respira profondément pour profiter de ses derniers instants de réflexions.
-J'avoue, ce que James a écrit dans cette lettre n'est pas très banal. Même le support n'est pas banal, puisqu'il s'agit d'un parchemin.
Il fit mine d'attendre une réaction mais se servit de ce très court répit pour se concentrer sur ce qu'il allait dire. A ce moment, il regretta amèrement de ne pas avoir poursuivi l'étude des moldus.
-En fait, il s'agit d'un jeu, mais interdit par les autorités, mentit-il.
-Un jeu de rôle ? questionna Sherley.
Sirius, ne sachant pas ce qu'était un jeu de rôle, opta pour un compromis :
-En quelque sorte, oui. Un peu, mais pas complètement. Ce qui se passe, c'est qu'on doit faire comme si on était des sorciers.
-Ca, j'avais cru le comprendre, en effet, marmonna Sherley. Et où est l'intérêt ?
-Et bien on s'amuse à inventer des explications à ce qui se passe dans le monde actuel. Les meurtres, entre autres.
-C'est pas très correct, de s'amuser autour d'une histoire de meurtre, reprocha Sherley.
-Mais nous on trouve ça bien, parce que dans un pays où tout va mal, ça fait beaucoup de bien de s'en aller le temps de quelques instants vers un monde magique et merveilleux.
-Pas si merveilleux que ça, puisqu'il y a des meurtres…
Sirius avait l'impression de s'enfoncer encore plus à mesure qu'il tentait de lui donner une explication correcte. Mais il connaissait trop peu de choses sur le monde moldu pour pouvoir s'appuyer sur des informations concrètes, et Sherley n'était pas une fille stupide. Lily aurait pu se sortir de cette situation, mais pas lui.
-Bon, ok, tu as gagné, dit-il soudain. Tu veux la vérité ? Et bien tu auras la vérité. En fait, ce n'est pas un jeu, c'est la réalité. James et moi, et plein d'autres personnes sur cette Terre, sommes des sorciers. Tous les meurtres inexpliqués, tous les évènements un peu curieux sont dus à un seul et même mage noir : Voldemort. Il voudrait devenir Ministre de la Magie et exterminer tous ceux qu'il qualifie de sangs-impurs, c'est-à-dire tous ceux qui comme toi n'ont pas de pouvoirs magiques ou sont nés de parents sans pouvoirs. Et Poudlard, c'est l'école où j'étudie la sorcellerie avec mes amis. Ca te va ?
-Je parlais sérieusement, Sirius, déclara Sherley, apparemment déçue de son discours.
-Moi aussi.
Et comme pour lui donner raison, le miroir à double sens se mit soudain à luire en grésillant, et le visage fin et décoiffé de James apparut à la place du reflet de la cuisine. Sherley poussa un petit cri aigu et se plaqua la main devant la bouche, les yeux exorbités, l'index tendu vers le miroir.-Je te l'avais dit, murmura Sirius.
-Je dérange, non ? remarqua James.
-Non, on avait presque fini, répondit Sirius en glissant sa main dans la poche de son pyjama, comme l'avait fait Sherley quelques minutes plus tôt. Une chance que l'air de la chambre soit humide, ajouta-t-il. J'aurais eu du mal à cacher ma baguette dans mon caleçon. Tu apprendras à tes dépens, Sherley, que la curiosité est un vilain défaut. Mais tu risques de ne pas t'en souvenir bien longtemps…
Sherley, incapable de prononcer le moindre mot, le regarda pointer sur elle sa baguette magique.
-Qu'est-ce que tu vas faire ? s'enquit James, suspicieux.
-Tu peux revenir dans quelques minutes, Cornedrue ? demanda Sirius comme s'il n'avait pas entendu. Juste le temps que je la ramène chez elle…
-Tu ne lui fais pas de mal, hein ?
-Mais non ! s'impatienta Sirius.
Il craignait que Sherley ne reprenne ses esprits et s'enfuie avant qu'il ait eu le temps de faire ce qu'il désirait faire.
-Bon, à tout de suite, alors, lança James, et il disparut.
Sirius sourit gentiment à Sherley et haussa les épaules.
-Désolé, mais je n'ai pas trop le choix. Oubliettes !
Le sortilège frappa la jeune femme en pleine poitrine. Le temps de quelques secondes, elle tituba, comme si elle perdait l'équilibre, et ses yeux s'égarèrent dans le vide, puis elle retrouva ses esprits et fixa Sirius comme si c'était la première fois qu'ils se voyaient depuis la veille. Un sourire radieux illumina son visage.
-Salut ! dit-elle gaiement.
-Tu veux un café ? demanda Sirius.
-Oui, je veux bien, merci. Mais dis-moi… lança-t-elle alors qu'il se levait en ramassant discrètement sa baguette magique.
Un petit air de gêne vint colorer ses joues de rose.
-Euh…est-ce que j'ai passé la nuit ici ? s'enquit-elle. Enfin je veux dire, est-ce qu'on a…
Sirius sourit.
-Tu ne te souviens de rien ? s'étonna-t-il bien qu'il sût que c'était tout à fait normal.
Sherley fit non de la tête. Il s'amusa à paraître déçu et vexé de cet oubli.
-J'ai dû boire un peu trop à la fête d'hier soir, soupira-t-elle. Tu sais, celle avec tous mes amis de l'université. Et puis au fond je préfère ne même pas savoir ce que j'ai fait cette nuit.
Sirius ne répondit rien, amusé à nouveau. Il savait parfaitement qu'elle se mentait à elle-même, et cela crevait les yeux qu'elle n'était pas du tout ennuyée d'être là.
-Finalement, pour le café, ça ira, rectifia-t-elle. Je vais rentrer chez moi. J'ai déjà abusé de ton hospitalité pour la nuit, alors…
-Tu es sûre ?
-Oui, ne t'inquiète pas.
Elle se leva à son tour et sortit de la cuisine sans même se retourner vers lui. Mais Sirius, quand il lui ouvrit la porte d'entrée, ne passa pas à côté de son petit sourire contenu. Elle le salua gentiment et s'enferma chez elle, sans un mot mais sans doute la tête déjà pleine de théories sur ce qu'elle avait pu faire de sa nuit. Sirius, à cette pensée, s'autorisa un grand sourire. Il avait vraiment bien joué, sur ce coup-là !
-N'est pas Maraudeur qui veut, se lança-t-il à lui-même.
Cette journée semblait être de celles qui étaient belles, trop courtes, remplies de liberté et de joie. Cela faisait du bien de s'amuser un peu, même si sa plaisanterie laisserait sans doute de faux espoirs à Sherley. Mais cela lui apprendrait à lire son courrier. Personne n'avait le droit de lire une lettre adressée à un Maraudeur, sauf un Maraudeur. Elle n'avait qu'à se renseigner avant de se frotter à Patmol…
Quand son visage réapparut dans le miroir à double sens, James souriait presque autant que lui, et avait cet air inquisiteur qui le caractérisait dès qu'il avait l'intention d'en savoir plus sur la relation entre un garçon et une fille qu'il connaissait. Sirius fit comme s'il n'avait rien remarqué.
-Ca drague dur, on dirait, rétorqua James, les yeux larmoyants de malice.
-Pas du tout.
-Je te crois pas ! prévint James. On ne peut que draguer une jolie brune aux yeux marrons, grande et mince, souriante et innocente comme un ange.
-Elle est loin d'être innocente, corrigea Sirius. Il a suffit de lui faire oublier tout le début de sa matinée pour qu'elle pense que elle et moi, on a passé la nuit ensemble.
-Et en réalité ?
James pouffa de rire devant l'air exaspéré de son meilleur ami.
-Tu sais très bien que ce n'est pas du tout mon genre de filles, se défendit Sirius. Les filles comme ça, c'est bien à petite dose. Bien sûr, elle est mignonne, mais ça ne suffit pas.
-Oui, tu préfères les Hilary.
Leurs sourires s'évanouirent.
-Toujours pas de nouvelles ? demanda Sirius.
-Non. Mais ça ne m'étonne pas vraiment.
-C'est bizarre qu'elle soit devenue comme ça.
-Tout a toujours été bizarre, avec elle, de toute façon, marmonna James. Cette fois-ci, elle est juste passée au niveau au-dessus en matière de bizarrerie. Mais c'est son problème, pas le mien. Je suis allé la voir, à la gare, et elle m'a envoyé balader comme si j'étais un vulgaire passant. Elle sait désormais que si jamais elle veut renouer les liens avec moi, ça sera à elle de faire le premier pas. Moi, je n'ai pas l'intention de ramper à ses pieds pour qu'elle revienne. Je lui ai laissé sa chance, elle ne l'a pas saisie, tant pis pour elle, la vie continue. Et puis sortir avec Bertram, franchement, ça prouve bien que quelque chose ne tourne plus rond dans sa tête. Encore, remplacer Servilo par Bertram, je veux bien, mais te remplacer toi par un abruti pareil, là non.
Sirius ne répondit pas. Il ne voulait plus parler de cette fille.
-Et Lily, comment elle va ? demanda-t-il pour détourner le sujet.
James le fixa le temps de quelques secondes, comme pour sonder s'il changeait de thème par hasard, douleur, rancune ou autre, puis se décida enfin à répondre.
-Elle va comme elle va. Sa sœur n'est pas très sympa avec elle.
-Comment tu le sais ?
-Je suis allé la voir, l'autre jour. Mais sans lui dire.
-Tu l'as espionnée, en quelque sorte…
-En quelque sorte, oui, admit James. Mais c'est pour la bonne cause. Et puis de toute façon elle sait que si jamais elle ne supporte plus cette situation avec Pétunia, elle sera toujours bienvenue au manoir. Comme toi, d'ailleurs.
-Pour le moment, je m'installe, après on verra, dit Sirius. Mais merci pour la proposition, j'y penserai !
-Ok, mais n'oublie pas que le soir où tout l'Ordre sera invité au Ministère, je suis de garde, et j'aurai besoin de toi.
-Pour faire la baby-sitter ?
-Mais non ! râla James en riant. Pour passer une soirée d'enfer ! Imagine : toute la maison pour nous seuls !
Sirius dut admettre que la perspective était assez attirante.
-Faudrait que je prévienne Peter et Remus, aussi, se souvint James. Normalement ils seront là. Enfin j'espère, en tout cas. Ca va faire du bien, une petite soirée entre gars !
-Et tes cousines ?
-On les mettra au lit ! plaisanta James.
Quelqu'un vint alors s'ajouter à la conversation. Il s'agissait de Sophia, qui n'eut pas l'air d'apprécier beaucoup la remarque de son cousin. Sirius pouffa de rire quand James se prit une claque à l'arrière du crâne.
-Même si tu nous cases au lit, il restera une fille, espèce de macho ! grogna-t-elle.
James lui lança un regard moqueur.
-Si tu parles de la stupide copine de Quentin, tu t…
-Je ne parle pas d'elle, coupa Sophia.
-Et de qui tu parles, alors ? interrogea James.
Sirius sentit que la curiosité emportait son ami.
-Lily Evans, répondit Sophia avec un sourire exagéré. Elle t'attend en bas.
Oye oye, braves gens! Me voilà de retour après ma petite pause (pas si petite que ça, mais quand même!) et un premier trimestre chargé mais qui m'a tout de même permis de bien avancer dans mes chapitres. En bref, j'ai assez d'avance pour pouvoir poster une fois par semaine. Pour le moment, tout du moins.
Je m'étais dit que je prendrais le temps de relire tout ce que j'ai déjà écrit jusqu'à maintenant. Mais vous savez ce que c'est, souvent on dit mais on ne fait pas. Résultat, j'ai abandonné au 2è chapitre. Ca m'a tout de même permis de repérer plein de petites fautes, ce dont j'ai horreur. J'ai donc décidé de me relire deux fois avant de poster chaque chapitre, histoire de repérer 2 fois plus de fautes et donc d'en laisser passer 2 fois moins. Ca ne prend pas énormément de temps mais il se peut qu'un jour, je renonce à le faire. C'est juste qu'avec les chapitres d'avance que j'ai pour le moment, je peux me le permettre. On verra pour plus tard...
Au programme de cette suite: c'est pas compliqué, c'est la suite! Donc la septième année des Maraudeurs, et un peu plus tard après, pour les 2 (ou peut-être 3, ça va dépendre) derniers chapitres. Les intrigues ne seront pas particulièrement liées avec ce qui s'est passé avant, mais il y aura certains éléments à avoir en tête pour pouvoir comprendre ce qui se passe. En cas de besoin, je pourrai vous rappeler certains détails, soient par l'intermédiaire des reviews, soit directement sur cette note que j'ajoute à la fin de chaque chapitre. Dans tous les cas, n'hésitez pas à demander!
Voilà, que dire de plus? Evidemment j'espère que ça vous plaira autant que ce que j'ai écrit jusqu'à maintenant, mais j'imagine que si vous êtes revenus me lire c'est que vous intéresse un minimum... J'essayerai de ne pas vous décevoir, ça c'est sûr.
J'avais pris l'habitude de mettre un extrait des chapitres suivants à la fin de chaque note, je pense que je vais continuer comme ça. J'en suis même certaine. Donc la semaine prochaine (samedi, je pense):
Quand il put enfin respirer de l'air pur, il fut contraint de constater l'ampleur des dégâts avec un mélange de colère et d'amusement. Ils avaient placé un caleçon sur les quatre pieds de son lit et des cravates sur toutes les poignées. Ils avaient noué entre elles toutes ses chemises pour en faire une guirlande passant un peu partout dans la chambre. Ils avaient fait un rideau avec ses tenues de Quidditch, maintenu à la fenêtre par une corde composée de toutes ses chaussettes. C'était à peine croyable.
-Je te pensais plus sérieuse que ça, Lily, marmonna-t-il en réfléchissant à ce qu'il enlèverait en premier. C'est pas comme ça que tu seras préfète-en-chef !
-Une fois n'est pas coutume, répondit joyeusement la jeune femme. Dommage que Sirius ne soit pas là, il aurait adoré voir ça.
-C'est ça, ouais, grogna James. M'en fous, la prochaine fois qu'on se retrouvera devant Voldemort, je ne te sauverai pas la vie !
-Jusqu'à nouvel ordre, c'est moi qui ait sauvé la tienne, la dernière fois, rappela Lily avec un air rebelle.
Voilà, sur ce, j'espère que ça vous plaira et je vous dit à bientôt pour le prochain chapitre, Jalousie. Bonne lecture!
