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Tout d'abord, mille excuses pour la longue attente pour ce chapitre. La vie a interféré et de sérieux problèmes ont pris le pas sur mes loisirs.

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Je vous livre ici la suite de cette fic que je n'abandonne pas, elle a simplement pris plus d'ampleur que je n'avais escompté au départ. C'est maintenant la plus longue que j'ai écrite à ce jour et elle est loin d'être terminée.

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Egalement, je ne promets pas de poster régulièrement. Comme chacun d'entre nous, j'ai des obligations qui viennent entraver mon désir de me consacrer à l'écriture. Merci de ne pas me tenir rigueur de vous faire attendre pour la suite.

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Ce couple, trop peu représenté dans les fics (françaises comme anglophones), me tient très à cœur et je terminerais cette trilogie coute que coute. J'ai déjà écrit quelques chapitres pour le troisième volet et j'ai une bonne idée de l'ensemble de cette dernière partie.

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Merci pour vos commentaires et un grand merci surtout à ces lectrices (et lecteurs) qui commentent mes anciennes fics. Je n'ai pas le temps de répondre à vos coms mais je les lis et les apprécie. Ils m'encouragent à continuer d'écrire, quelles que soient les difficultés.

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Chapitre 24 : Fil conducteur

L'arrivée des trois hommes dans les locaux du FBI ne passa pas inaperçue.

L'agent de sécurité Edward Meeks avait déjà croisé l'agent en charge du bureau du NCIS local, l'Agent DiNozzo à plusieurs reprises entre les murs de l'agence. Le second ne lui était pas non plus inconnu, il était la figure emblématique de la force de police de l'ile, le Commander McGarrett.

Le troisième homme était définitivement l'un de ceux que l'agent de sécurité aurait préféré ne pas croiser. Pour avoir officié au Hoover Building qui abritait l'agence du FBI à DC, il avait non seulement entendu parler de l'Agent Gibbs mais aussi croiser son chemin. Autant dire qu'il n'était pas impressionné par l'ancien Marine.

« Agent Meeks, comment allez-vous ? » demanda Tony en lui adressant un sourire.

« Agent DiNozzo, quel bon vent » le salua Meeks respectueusement.

Il gratifia Steve d'un salut courtois.

« Commander McGarrett, bienvenue. »

« Merci, Agent Meeks » dit simplement Steve.

Il accorda un salut poli mais sans plus au dernier membre du groupe.

« Agent Gibbs. »

Gibbs lui jeta un bref regard sans répondre.

« J'imagine que vous souhaitez rencontrer l'Agent Fornell, Agent DiNozzo ? » demanda le garde.

« S'il est dans vos murs » s'enquit l'italien.

« Il est présent » lui apprit Blake. « Vous pouvez monter à son bureau, vous avez un laisser-passer permanent. »

Les trois hommes se dirigèrent vers l'ascenseur et montèrent dans la cabine vide qui s'ouvrit à leur intention.

« Un laisser-passer permanent au FBI, DiNozzo » ironisa Gibbs.

« En effet, Gibbs » confirma l'ancien détective. « Etre en bons termes avec l'agence signifie que toute coopération devient plus facile et bien moins problématique que ce que j'ai vécu à DC. Pas besoin de recourir à des ruses stupides et dangereuses pour tenter de damner le pion à nos confrères. »

« Toujours eu du plaisir à contrecarrer les plans de Fornell » objecta l'ancien Marine.

« Et Todd qui soutenait que j'étais pire qu'un gamin » ironisa Tony. « Elle était décidément la pire profileuse que j'ai jamais connue. Même pas fichu de se rendre compte que je… »

Tony s'arrêta brusquement avant de se dévoiler trop devant Gibbs et il soupira.

« Que tu jouais un rôle pour son profit exclusif » suggéra l'ancien Marine.

Tony ne pouvait plus nier ce que son ancien patron avait sans doute deviné depuis un certain temps. Il avait en effet exagéré son côté pitre au bénéfice de Todd, cette dernière avait gobé le personnage en rajoutant les épithètes « gamin, pervers, misogyne, macho » dans chacune de ses remarques insultantes.

« Ouais. S'il n'avait tenu qu'à moi, je n'aurais pas adhéré à ta demande de minimiser mes capacités pour lui permettre de s'adapter plus facilement» concéda l'italien, la rancœur perceptive dans son ton. « Elle m'avait catalogué à tort dans une certaine catégorie sans me connaitre et plutôt que d'admettre qu'elle s'était méprise sur mon compte, elle a préféré fermer les yeux et croire ce qu'elle avait décrété être ma personnalité. Plutôt hypocrite de sa part lorsqu'on sait qu'elle était elle-même misandre et non pas moi qui était un misogyne. Chaque fois que quelque chose ne lui plaisait pas, elle attribuait ça au fait que nous étions tous des mecs rétrogrades à la mentalité du siècle dernier. »

« Sûr que pour une profileuse, elle manquait singulièrement de clairvoyance en ce qui te concernait, Tone » remarqua Steve en lui tapotant l'épaule.

Le geste n'échappa pas à Gibbs qui, une fois encore, se demandait quelle était la relation qui liait les deux hommes. Il n'avait pas osé réitérer sa tentative de filature pour en savoir un peu plus sur le lieu de résidence de l'italien et il n'avait aucune intention de demander l'aide de McGee ou Abby pour découvrir son adresse. Il en venait donc à spéculer et à observer l'attitude des deux hommes.

Jusqu'à présent, cependant, rien ne lui permettait de se faire une opinion claire et nette de leur lien. Ils se comportaient comme deux amis et si McGarrett était protecteur envers Tony, il ne l'était pas plus que les membres de l'équipe de DiNozzo envers leur chef.

La cabine fit entendre son petit son aigrelet signalant leur arrivée à destination et il mit de côté ses pensées. Il sortit de l'ascenseur à la suite des deux autres et Tony les emmena en direction du bureau de Tobias dont la porte était ouverte.

L'agent du FBI était assis dans son fauteuil et plongé dans un dossier. Le léger coup frappé sur le battant lui fit lever la tête et il sourit en reconnaissant celui qui venait lui rendre visite. Il se leva, contourna son bureau et prit l'italien dans ses bras pour une accolade amicale. Tobias serra ensuite la main de Steve qu'il accueillit aimablement avant de décerner un simple hochement de tête à Gibbs.

« Quel bon vent vous amène jusqu'ici ? » demanda-t-il en leur désignant les sièges pour s'installer.

« A vrai dire, c'est tout le contraire. Un mauvais vent serait plus exact » répondit Tony d'un ton presque lugubre.

« Votre enquête avance ? » s'enquit Tobias en fronçant les sourcils.

« Nous avons enfin quelques pistes, Tony a passé une partie de la nuit à lire tous les dossiers et à trouver des points communs à tous les meurtres » révéla Steve.

« Ok, comme souvent, il est capable de voir dans un simple rapport plus que n'importe qui et de trouver des indices que personne ne voit » dit Fornell. « Dans ce cas, quel est le but de cette visite si vous avez de nouveaux éléments à analyser ? »

« J'ai une faveur à demander en fait » annonça l'italien. « L'utilisation du logiciel de reconnaissance faciale pour identifier notre principal suspect. »

« Facile, je peux mettre un de mes gars là-dessus et en fonction de la difficulté, vous aurez une réponse plus ou moins rapide » annonça le responsable du bureau.

« Voici plusieurs photos pour commencer » déclara Tony en les lui remettant. « Une partie de mon équipe s'est attelée à trouver des vidéos d'archives des aéroports pour obtenir une meilleure définition. »

Tobias compulsa rapidement les clichés.

« Je pense que mon technicien peut sans doute améliorer la définition de ces images pour les utiliser dans un premier temps » nota-t-il. « Une vidéo aurait été préférable mais on fera déjà avec ça dans un premier temps. »

« Si Paul arrive à capter une vidéo, je lui demande de te la transmettre aussitôt » l'informa Tony.

« Je suis content que tu sois passé, je vais éviter ainsi un voyage inutile » indiqua l'agent du FBI. « Désolé de te l'annoncer, mais j'ai deux autres dossiers qui correspondent assez à ton enquête » apprit-il au trio. « Les meurtres remontent à une dizaine d'années. »

Il tendit les deux chemises à Tony qui soupira lourdement. Il feuilleta rapidement les deux rapports et trouva bientôt les similitudes. Il les passa ensuite à Steve qui les parcourut tout aussi rapidement. Aucun ne songea à les transmettre à Gibbs.

« Il semble que nous ayons affaire à un tueur en série qui sévit depuis pas mal de temps » confia l'italien. « Les indices sont là » dit-il en montrant les documents.

« Tu es convaincu ? » voulut s'assurer Tobias.

« Une même signature, des méthodes pratiquement similaires, un témoin aux initiales identiques… Pour moi, c'est un seul et même tueur » expliqua l'ex Seal.

Tobias jeta un coup d'œil à Gibbs qui n'était pas intervenu une seule fois et c'était un exploit pour lui. Même si l'ancien Marine n'était pas bavard, il lui arrivait tout de même de mettre son grain de sel surtout pour contredire, à l'époque, son second lorsque ce dernier se permettait de le devancer dans un interrogatoire ou un témoignage.

« Qu'est-ce que tu en penses, Gibbs ? » le questionna finalement Fornell, curieux de connaitre son opinion.

« J'attends des preuves concrètes pour étayer cette hypothèse » déclara simplement l'agent de DC.

« Hum, toujours aussi prudent lorsque Tony émet une théorie mais adhérent lorsque c'est une autre personne qui l'expose, n'est-ce pas, Gibbs » contra Tobias. « Le bâtard en toi ne digère pas le départ de ton loyal St Bernard, on dirait. Il serait pourtant temps que tu le vois autrement que comme un agent de seconde zone. »

« Toby » s'exclama Tony pour tenter de le faire taire.

« Oh, Tone, s'il te plait » grommela Fornell pour la forme. « Gibbs ferait bien de détacher les œillères qu'il porte en ce qui te concerne. Il t'a recruté personnellement contre bien des avis parce qu'il a deviné ton potentiel inexploité lorsque tu étais détective et ce, en nous coupant l'herbe sous le pied. Et soudain, parce que des pimbêches et un geek se sont ligués pour te dénigrer lorsqu'ils se sont rendu compte que tu leur faisais de l'ombre, tu deviens le pire des agents. C'est un comble et un véritable affront à ton intelligence, à ton dévouement et à ta loyauté envers un agent qui n'en vaut pas la peine. »

« Fornell, je ne vais pas te laisser m'insulter de la sorte » gronda l'ancien Marine.

« Oh, tiens, tu te sens insulté ! La belle affaire ! Ce n'est qu'un petit aperçu de ce que je pourrais dire à ton sujet. Nous sommes peut-être amis - encore que ce soit un bien grand mot depuis quelque temps -, il n'empêche que je ne suis pas aveugle et que je connais tes défauts. Et si ce n'était pas parce que Tony me lance un regard furieux, je pourrais parfaitement te vilipender un peu plus » termina-t-il.

« Oh, tu parles d'une amitié » souffla Steve.

« Ouais, on ne s'est jamais embarrassé pour dire ce que nous pensions l'un de l'autre » bougonna Fornell en faisant un geste vague de la main. « Lui et moi partageons une ex-femme qui nous traitait de têtes de mule et l'une de ses ex lui a assené un fer de golf sur la tête. »

« Bigre, j'aurai bien aimé voir ça » gloussa le chef du 5.0.

« Steve, s'il te plait, n'aggrave pas les choses » plaida Tony en lui adressant un sourire implorant.

« Ok, ok » dit son compagnon en levant les mains en geste de défense. « Mais avoue que pour une drama, c'est passionnant. »

« J'aurais mieux fait de m'abstenir de vous présenter l'un à l'autre » marmonna l'italien.

« Pas besoin de te culpabiliser, nos chemins se seraient forcément croisés un de ces jours » le taquina Tobias.

« Si nous revenions à des considérations plus importantes » les coupa Gibbs d'un ton ferme. « On n'est pas ici pour se congratuler ou se dénigrer, il me semble. J'ai une enquête à résoudre. »

« Vous voulez dire : NOUS avons une enquête à élucider, Agent Gibbs » le reprit Tony fermement. « Si je me souviens bien, votre équipe n'est concernée que par un seul meurtre et si vous souhaitez le débrouiller, vous pouvez retourner à DC et tenter de trouver votre assassin sans nous. »

« Depuis quand es-tu devenu si susceptible, DiNozzo ? » ragea l'ancien Marine.

« Voyons voir » dit Tony faisant mine de réfléchir. « Ah oui, bien sûr. J'y suis… » s'exclama-t-il soudain en faisant claquer ses doigts. « Depuis votre siesta mexicaine et mon intérim comme chef d'équipe où mes subordonnés ont désobéi à mes ordres et n'ont cessé de me rabaisser en entrainant une certaine laborantine dans leur sillage. »

« Laisse Abby en dehors de tes démêlés avec McGee et Ziva » tonna son ancien patron d'un ton coléreux.

« Cesse de la défendre ainsi chaque fois qu'elle est mise sur la sellette, Gibbs » fulmina l'italien. « A croire que c'est Miss Perfection. Si tu ne l'avais pas aussi chouchoutée durant toutes ces années, elle ne serait pas devenue aussi invivable. Elle est manipulatrice et tu t'es laissé prendre dans ses filets sans jamais tenté de t'échapper. Ouvre les yeux, bon sang et regarde un peu ce que ta soi-disant famille est devenue. »

Sur ce, Tony se leva et Steve l'imita.

« Toby, désolé pour ce mélodrame » s'excusa l'agent. « Nous restons en contact. »

« Pas besoin d'excuse, Tone » déclara Fornell. « J'ai apprécié le show. Et je reviens vers toi dès que mon technicien a quelque chose. A plus. »

Les deux amis sortirent de la pièce sans se préoccuper de Gibbs qui jeta un regard noir à Tobias.

« Que veux-tu, Gibbs ? Il fallait bien un jour qu'il se libère et te dise quelques vérités bien senties. »

« Et tu te réjouis de me voir ainsi sermonner, n'est-ce pas, Tobias ! »

« Oh, à ce stade, ce n'est plus du sermon, c'est une belle remontée de bretelles » argua Tobias. « Et je trouve qu'il s'est contenu. J'aurais pu dire pire. »

« Les choses ont bien changé, on dirait » maugréa l'ancien Marine.

« Entre lui et toi et entre toi et moi, c'est certain » affirma Fornell d'un ton péremptoire. « Mais pose-toi la question de savoir qui est responsable de la situation actuelle et si tu trouves la réponse, tu comprendras sans doute mieux sa position. Maintenant, file, j'ai du travail contrairement à ce que certains peuvent penser. »

Sur ce, il se replongea dans son dossier sans plus se préoccuper de l'ancien Marine. Gibbs l'observa un instant avant de tourner les talons et de prendre le chemin de la sortie. Il se demanda si DiNozzo et McGarrett l'avaient attendu.

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Dans la cabine d'ascenseur heureusement vide, Steve profita de l'occasion pour calmer Tony. Il lui caressa le dos avant de prendre possession de sa bouche pour un baiser tendre et réconfortant. Tony accepta la marque de soutien et rendit le baiser.

La cabine arriva au rez de chaussée et les deux hommes se séparèrent avant de sortir avec naturel et de traverser le hall. Au passage, Tony salua l'agent de sécurité avant de quitter le bâtiment.

« On laisse Gibbs rentrer tout seul ? » demanda Steve d'une voix moqueuse.

« Non, ça n'en vaut pas la peine » déclara Tony en secouant la tête. « Il serait capable de nous faire payer cette petite revanche. »

« Comment ? Je ne suis pas sous ses ordres. »

« Oh, il glissera un mot ou deux dans l'oreille du Gouverneur et il rédigera une réprimande officielle pour moi » indiqua l'italien.

« Mesquin ? »

« Lorsqu'il a envie de te faire sentir qu'il a une dent contre toi, il s'est être inventif » le prévint Tony. « Mais je ne suis plus sous ses ordres et Léon Vance ne tolère pas ses frasques comme par le passé ou comme son ex Jenny Shepard a pu le faire. Et avoir le SecNav dans ta poche peut également aider. »

« Tu as de belles relations, Tone ! » dit Steve en gloussant.

« Oh, tu ne peux pas si bien dire mais tu ne connais pas l'étendue de mes relations haut placées » minauda l'italien. « Gibbs et même Vance n'ont aucune idée des personnalités avec qui j'ai des accointances. Il sert de savoir se frayer un chemin parmi des membres influents même sans forcer. Et secourir des parents d'une mort certaine te garantit une reconnaissance à vie. »

« Tu as le chic de te faire des amis sans difficulté, Tone et c'est une qualité que peu de gens possèdent » remarqua Steve. « Contrairement à Gibbs qui doit se faire un tas d'ennemis sans problème et presque instantanément, tu es capable de susciter des amitiés durables en un rien de temps. Je suis même certain que tu es encore en contact avec des camarades d'université. »

« En effet, les membres de ma promotion sont encore tous en contact avec moi et je crois être le seul qui le soit avec chacun d'eux » avoua l'italien en esquissant un petit sourire presque timide.

« Et d'anciens collègues de tes différents postes ? » s'enquit l'ex Seal, curieux.

« Certains flics m'appellent de temps en temps, mes ex-patrons me consultent parfois également » confirma l'agent.

« Hum, je parie que ton carnet d'adresses doit être bien rempli » nota Steve.

« A vrai dire, il fait l'envie de pas mal de personnes qui aimeraient bien m'adjoindre à leur personnel rien que pour son contenu » gloussa Tony. « Eh, même Interpol m'a fait les yeux doux lorsqu'ils ont appris que j'avais de la famille en Angleterre. Les Paddington sont assez connus et respectés outre atlantique. »

« Faudra m'en dire plus sur eux un de ces jours. »

« Je pourrais faire mieux, je t'emmènerais les rencontrer » proposa l'italien. « Il y a bien longtemps que je ne leur ai rendu visite. »

« Ce serait comme rencontrer la famille de ton futur » déclara Steve en frissonnant un peu.

« Je suis sûr que tu serais accueilli comme un autre membre de la famille, ils ne sont pas aussi guindés que certains aristocrates malgré leur fortune et leur statut social » indiqua négligemment Tony.

Steve stoppa et le regarda avec des yeux ronds.

« Tu veux dire qu'ils sont… » s'étonna le chef du 5.0.

« De sang noble… » termina l'italien. « En effet. Mon oncle est Marquis de Kernes et futur Duc de Salisbury. »

« Tu as du beau monde parmi ta famille, Tone » nota l'ex Seal. « Je pense que je ferais tache parmi eux. »

Tony stoppa net et fixa Steve d'un regard ébahi.

« Ne redis jamais une chose pareille, Steven McGarrett » gronda-t-il en le menaçant du doigt. « Je ne suis pas snob et ma famille ne l'est pas davantage. Certains membres sont mariés avec des roturiers et personne ne leur en tient rigueur. »

« Peut-être mais tu es gay et… » tenta Steve.

« Je ne serais pas le premier membre de la famille avec un tel statut » le coupa Tony. « Aucun de mes parents anglais n'a jamais porté de préjudice pour un tel motif. De toute façon, certains de mes ancêtres étaient notoirement connus pour être homosexuels du temps d'Elisabeth 1ère » indiqua-t-il d'un ton négligeant.

« Waouh, ta famille remonte si loin ? »

« Bien plus encore, je ne connais pas notre arbre généalogique assez bien pour le certifier mais nos racines sont très anciennes. »

Tony déverrouilla la voiture et ouvrit sa portière. Il s'installa derrière le volant tandis que Steve prenait place sur le siège passager. La conversation avait dérivé sur des sujets qu'il n'aurait jamais soupçonnés. Parfois, au détour d'une discussion, Steve apprenait certaines informations que l'italien n'aurait pas forcément abordées ou mentionnées autrement.

A cet instant, Gibbs les rejoignit et l'expression de son visage montrait assez son humeur. Il semblait que l'agent avait reçu une autre tirade de la part de Fornell. Steve et Tony échangèrent un regard entendu et un sourire moqueur.

Le retour se fit dans un silence total, Tony n'ayant pas le cœur de maintenir une conversation oiseuse.

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Les trois équipes étaient à nouveau réunies dans les locaux du 5-0 et s'apprêtaient à faire le point.

Après deux jours d'intense visionnage et après avoir réprimandé McGee pour avoir raté un passage, Paul réussit à déterminer que l'individu qu'il cherchait avait bien été aperçu aux aéroports dans les deux jours qui précédaient les meurtres.

Les deux nouvelles affaires apportées par le FBI confirmaient que le criminel était identique. Cependant, certains meurtres étaient trop anciens pour obtenir une preuve formelle par vidéo, les archives étant conservées durant un temps limité.

Plusieurs dossiers adressés par différents postes de police à travers le pays étaient venus grossir le nombre d'enquêtes à vérifier. Certains avaient fait l'objet d'une mise à jour au vu de la notoriété des victimes. De riches hommes d'affaires, des personnalités politiques, des criminels faisaient partie de la liste des cibles du meurtrier.

La période à couvrir s'étalait maintenant sur plus de 15 ans. Des témoins-clés étaient décédés, d'autres avaient oublié les détails et leur témoignage était partiel. Malgré la difficulté et le scepticisme de certains, il était désormais évident pour tous, même pour Gibbs qui répugnait à agréer, que Tony avait vu juste depuis le début.

Cependant, certains faits mettaient sa théorie en échec et notamment en raison des lieux et dates de certains meurtres qui plaçaient le meurtrier à deux endroits différents en même temps sur une courte période. McGee s'empressa bien vite de notifier l'incohérence de sa théorie.

« Semblerait que ton hypothèse soit erronée de bout en bout, DiNozzo » persifla-t-il avec jubilation. « Personne ne peut se dédoubler ainsi. »

« Un ou plusieurs complices qui portent un masque et le tour est joué pour mystifier la police » remarqua Steve.

« En effet, c'est possible » nota Tony. « L'industrie cinématographique et en particulier, le département des effets spéciaux a permis de développer des techniques que des criminels utilisent désormais pour tenter de cacher leur identité. »

« Les progrès en la matière sont assez récents » coupa Grant. « Qu'en est-il pour les plus anciens meurtres ? »

« Les premières techniques du genre remontent aux années 60-70 avec la diffusion de la série télé 'Mission impossible' où régulièrement l'un des personnages fabriquait un masque pour prendre l'identité d'un individu » rappela fort à propos Tony.

« Tu en reviens encore et toujours à tes références cinématographiques » gronda Gibbs. « Tu n'as pas changé sur ce point. »

« En l'occurrence, elles permettent de proposer une théorie valide, Agent Gibbs » nota John.

« Donc, si nous partons sur ce postulat, il va être plus difficile de trouver qui se cache derrière ces masques » statua Chin. « La reconnaissance faciale risque d'être faussée. »

« Et il faut que les suspects se ressemblent physiquement, même taille et même corpulence pour que l'illusion soit crédible » avança Charles.

« Pas forcément, les témoins ne sont jamais totalement fiables, les témoignages divergent toujours » déclara Colin.

« Vrai, parfois même jusqu'à être totalement à l'opposé les uns des autres » renchérit Paul.

Tony regardait fixement la photo affichée sur l'un des écrans, la tête penchée sur l'épaule droite, le bras gauche contre sa poitrine soutenant son coude droit et il tapotait ses lèvres avec son index droit. Steve connaissait cette posture, elle indiquait que l'italien réfléchissait intensément et que son cerveau tournait à plein régime extrapolant plusieurs scenarii.

« Je pense qu'il y a une autre explication » déclara-t-il soudain.

« Une doublure comme en ont certains acteurs ? » suggéra soudain Grant.

« Ou plutôt un sosie ? » renchérit Steve.

« S'il est vrai – selon certains scientifiques – que tout être humain possède UN parfait sosie, je doute que ce soit le cas pour notre affaire » statua tranquillement Tony navré de démolir la suggestion de son homme. « Non, je n'adhère pas à cette hypothèse parce qu'elle serait trop aléatoire. »

Sa tirade laissa perplexe plusieurs des membres présents autour de la table.

« C'est bien beau tout ça mais ça nous mène où ? » voulut savoir Danny. « Parce que, pour l'instant, nous n'avons qu'un seul candidat pour le poste de suspect. Et son identité n'est toujours pas établie. »

A peine ces propos énoncés, le téléphone de Tony vibra, signalant un appel.

« DiNozzo » dit-il en décrochant.

Il écouta son interlocuteur et prit quelques notes avant de remercier et de raccrocher.

« Bien, la reconnaissance faciale effectuée par le FBI a enfin porté ses fruits » annonça-t-il. « Le gagnant de la recherche s'appelle Mark Guilford, natif d'Honolulu. »

« Un local ? » s'étonna Steve.

« En effet, Tobias nous fournit ce qu'il a pu trouver, ce qui ne semble pas grand-chose » précisa Tony.

« Comment peuvent-ils n'avoir pas grand-chose sur un citoyen américain ? » demanda Danny.

« Ah, tout le monde n'a pas la chance de s'attirer l'attention des autorités, Danny » remarqua brièvement Tony. « Pour se fondre dans la masse et ne pas se démarquer, il est nécessaire de se comporter en citoyen modèle. Notre homme semble avoir un train de vie des plus ordinaires, pas un PV pour excès de vitesse ou mauvais stationnement, il paie ses impôts et n'a jamais fait l'objet d'une plainte quelconque » résuma le chef du NCIS de Pearl. « Il mène une vie bien rangée, terne et morne. »

« De quoi vit-il ? » demanda John.

« D'après le FBI, le père a laissé un petit héritage à sa mort, Guilford en a dilapidé une partie puis a dû se raisonner car il a fait fructifier le reste en spéculant en bourse et vit des intérêts plus que confortables que ses placements produisent » expliqua l'italien.

« Il est grand que nous nous mettions enfin au travail. Maintenant, nous pouvons réellement avancer » grommela Gibbs. « McGee, je veux tout savoir sur cet individu » ordonna-t-il à son agent.

Tony lui jeta un regard étonné, se demandant pour quelle raison l'ancien Marine souhaitait refaire ce que le FBI avait déjà effectué. Mais il ne chercha pas à contrecarrer l'ordre qu'il venait de donner. Tant que McGee serait occupé à cette tâche, il ne pourrait pas continuer ses incessantes remarques désobligeantes à son égard.

Et à vrai dire, Tony commençait sérieusement à songer à rédiger un blâme à son sujet afin que l'informaticien comprenne que son attitude hostile ne serait plus tolérée.

« Messieurs, vous contrôlez les déplacements de Guilford via son passeport sur toute la période couverte par les meurtres » ordonna poliment Tony à ses subordonnés. « Vous vous répartissez en trois groupes comme vous le souhaitez et vous travaillez en bonne intelligence, s'il vous plait » ajouta-t-il en croisant le regard de son second et de Grant.

Les deux hommes comprirent ce qu'il sous-entendait et ils opinèrent tous deux sans rien dire.

« Vous corroborez les dates avec celles des meurtres dans toute la mesure du possible. »

Il se tourna ensuite vers l'équipe de Steve et vers le membre féminin en particulier.

« Kono, s'il te plait, peux-tu faire une recherche sur les affaires où Guilford a été impliqué en tant que témoin ou suspect » la sollicita Tony. « Appeler les postes de police pour voir si on pouvait avoir des photos, ce serait bien également. »

« Je me charge de cette tâche avec elle » indiqua Chin qui ne souhaitait pas être obligé de travailler avec l'un des agents de Gibbs (exception faite de Jameson).

« Très bien, je te remercie, Chin » renvoya l'italien. « Agent Gibbs, dès que Kono aura les infos, vous et votre équipe réétudieraient les dossiers » ajouta-t-il d'un ton calme mais ferme.

« Et que vas-tu faire pendant ce temps, DiNozzo ? » l'interrogea l'ancien Marine.

« Rendre une visite à sa mère et en apprendre un peu plus sur sa progéniture, Gibbs » déclara-t-il.

« Et tu y vas seul ? »

« Non, je l'accompagne, Agent Gibbs » précisa aussitôt McGarrett en se rapprochant de son homme. « Aucune chance qu'il s'y rende sans renfort, on ignore si Guilford ne s'est pas réfugié là-bas. Et pour assurer les arrières de Tony. »

« Pas de risque, il évitera de mêler sa chère mère à ses occupations sordides » annonça Tony en se dirigeant vers la sortie flanqué de McGarrett.

« Et d'où vient cette si brillante certitude ? » voulut savoir Ziva, agacée de constater que son ex collègue menait l'enquête de main de maître.

Tout comme McGee, l'israélienne commençait à être excédée par l'attitude ouvertement protectrice du 5-0 envers l'italien. Elle n'attendait qu'une occasion pour remettre les pendules à l'heure.

« L'instinct et l'expérience, Officier David, deux choses dont vous manquez singulièrement » répliqua Tony.

Et sans plus se préoccuper de son ancienne équipe, il prit le chemin de la sortie, Steve dans sa foulée. Danny gloussa sans se cacher, pas mécontent de voir l'israélienne se faire remettre à sa place. Ziva lui jeta un regard noir avant de lui tourner le dos et de se rapprocher de Tim qui lui fit une petite grimace de commisération qu'elle détesta.

Gibbs secoua la tête et sans s'inquiéter de l'opinion de ses subordonnés, s'en fut à grands pas dans l'intention de rattraper les deux hommes, il voulait être présent et vérifier par lui-même si ses suppositions de son ancien second étaient exactes. Il souhaitait également les accompagner pour une toute autre raison.

Il voulait étudier les relations qui unissaient les deux hommes et les quelques indices et gestes qu'il avait surpris entre eux l'intriguaient. Quoi de plus instructif qu'un trajet en voiture pour découvrir quelque chose ! Encore qu'il soit persuadé que leurs comportements ne lui révèleraient sans doute rien de significatif, DiNozzo avait toujours su séparer le professionnel du personnel s'il se souvenait bien de leur propre relation.

Il arriva sur le parking alors que les deux hommes étaient encore à plusieurs mètres de la voiture, il marcha plus vite bien décidé à y grimper mais se refusait à courir pour les rattraper. Il ne leur donnerait pas la satisfaction de penser qu'il solliciterait leur autorisation pour les accompagner.

Les deux amis ouvrirent simultanément leur portière avant de prendre place dans la voiture mais Tony ne démarra pas aussitôt, il patienta jusqu'à ce que Gibbs s'engouffre à l'arrière avec un soupir de résignation. Ce n'était pas sa place favorite mais il n'avait pas le choix, les sièges avant étaient déjà occupés et il doutait que DiNozzo ne lui laisse le volant.

L'ancien Marine réalisa alors que Tony avait su, dès le début, qu'il ne resterait pas en arrière et il songea que son ancien bras droit le connaissait décidément bien, trop bien parfois. Il avait le don de déchiffrer ses humeurs comme personne ne savait le faire, de le désarmer d'un sourire et de neutraliser ses colères de quelques mots.

Bien que plusieurs mois se soient écoulés depuis son départ, il apparaissait que DiNozzo soit toujours capable de lire en lui, ce qui l'exaspérait au plus haut point. Ne pas pouvoir cacher ses états d'âme à son ancien second était un inconvénient majeur dans la situation présente. DiNozzo pouvait deviner plus qu'il ne voulait le laisser voir.

Il soupira lourdement, ce qui attira l'attention de l'italien qui lui lança un regard moqueur dans le rétroviseur. Gibbs lui en renvoya un qu'il voulait glacial mais qui n'eut aucun effet sur son ex second.

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Finalement, Tony engagea le véhicule dans le flot de la circulation pour rendre visite à Mme Guilford, la vieille dame habitait sur l'ile depuis son mariage près de 55 ans plus tôt et il était temps, selon l'agent fédéral, de lui poser quelques questions. Les informations en leur possession étaient suffisantes pour justifier leur action.

Gibbs était partant mais savait que son ancien agent évitait, dans la mesure du possible, de faire équipe seul avec un ancien collègue. McGarrett s'arrangeait toujours pour lui adjoindre un de ses collaborateurs pour, selon lui, renforcer la coopération entre les trois équipes d'investigation.

L'ancien Marine soupçonnait qu'il y avait plus que ça derrière cette manœuvre mais n'avait pas encore trouvé la motivation qui animait l'ex Seal. DiNozzo et lui semblaient être devenus de bons amis, de très bons amis même si on en jugeait par la bonne connaissance que chacun avait des goûts et habitudes de l'autre.

Presque un an qu'ils se connaissaient et les deux hommes en savaient plus l'un sur l'autre que lui-même n'en avait su sur son second au cours de leurs cinq années de collaboration. Et ce fait à lui seul amenait à se poser des questions sur leur relation. Et Gibbs s'en posait énormément dans la mesure où les souvenirs qu'il parvenait à récupérer montraient que sa propre relation avec DiNozzo avait dépassé le cadre professionnel.

Arrivés à destination, Tony gara le véhicule dans la rue et descendit de voiture suivis par ces deux passagers. Il s'engagea dans l'allée qui menait à la maison, petite mais coquette et dont le jardin était bien entretenu. Il sonna et attendit que la porte s'ouvre sur… une femme entre deux âges qui portait un uniforme caractéristique : celui d'une infirmière.

Il déclina son identité et celles de ses compagnons ainsi que l'objet de sa visite. L'infirmière hésita visiblement à les introduire auprès de sa patronne mais fut interrompue par la maitresse de maison.

« Anna, qui a sonné ? » demanda une frêle dame aux cheveux blancs et à l'aspect fragile.

Lorsqu'elle aperçut le trio, elle esquissa un sourire.

« Oh, de la visite ! » s'exclama-t-elle d'un ton joyeux. « Laissez les entrer, Anna, je vais les recevoir dans le salon. »

« Madame, je ne pense pas qu'il soit prudent… »

« Mme Guilford, je suis Tony DiNozzo, je fais partie du service criminel de la Marine » annonça aussitôt l'italien saisissant l'opportunité offerte par la proposition et simplifiant sa présentation. « Voici Steve McGarrett et Jethro Gibbs, ils travaillent avec moi. »

« Vous voyez, Anna, ce sont des policiers » nota la vieille dame d'un ton ravi.

Elle leur fit signe de les suivre. Le groupe traversa l'entrée et Tony nota aussitôt l'incroyable quantité de photographies disposées sur une longue console le long du mur ainsi que celles accrochées sur les murs. Tous s'acheminèrent derrière la vieille dame vers la pièce qui servait de salon et de salle de repos pour la propriétaire des lieux.

Une confortable chaise longue occupait un emplacement privilégié devant la porte-fenêtre qui donnait sur le jardin. Cousin et plaid étaient étalés dessus pour assurer le confort de son utilisatrice. Sur un guéridon à portée de mains avait été placé une pile de magazines.

Mme Guilford s'installa sur le canapé et invita ses visiteurs à prendre place sur les sièges disponibles en face du sofa. Elle leur adressa un sourire presque timide et son regard était curieux.

« Vous désirez me parler » dit-elle en introduction.

« En effet, Madame » répondit poliment Gibbs. « Nous souhaiterions quelques informations sur votre fils et avons quelques questions à vous poser à son sujet. »

Tony décida de laisser Steve et Gibbs mener l'entretien tandis qu'il déambulait dans la pièce. Le salon était également envahi de photos. Elles montraient un Marshall Guilford à divers âges, le plus souvent seul sur les clichés. Tony en étudia plusieurs intensément et sa frustration grandissait. Il savait que la théorie qui germait dans son esprit était la bonne.

Passant d'un cadre à l'autre, Tony était persuadé que son instinct ne le trompait pas, qu'il devait y avoir moyen de prouver que son hypothèse était juste et ça l'enrageait de ne pas parvenir à mettre le doigt sur ce qui l'aiderait à asseoir définitivement cette explication.

Il déambula durant tout l'entretien dont il suivit distraitement le déroulé. Gibbs et Steve ne pressaient pas Mme Guilford, ils laissaient l'esprit de la vieille dame vagabonder parfois avant de rediriger son attention sur leur sujet. Il se passa les mains dans sa chevelure puis se gratta l'oreille. Et soudain, une illumination se fit dans son esprit. Il sourit, il savait ce qui lui permettrait de prouver ce que son instinct lui soufflait.

Il étudia plus attentivement les portraits plus que les autres clichés le représentant de plein pied. Certains étaient pris sous le même angle et Tony émit un petit rire de satisfaction. Il serait d'autant plus facile de faire ce qu'il avait en tête dans ces conditions.

Décidé à tester sa théorie, il profita du départ de l'infirmière pour préparer le café demandé par la vieille dame pour subtiliser plusieurs photos bien spécifiques dont il glissa les cadres dans ses poches. Il réarrangea la disposition des autres pour masquer l'absence des cadres empruntés.

Il demanderait à Chin de les scanner avant de revenir les rendre à sa légitime propriétaire. Il était certain qu'il pourrait prouver la validité de son hypothèse. Une théorie qu'un petit indice innocent souvent ignoré étayerait parfaitement. Il était certain que ce détail n'était pas aussi anodin qu'il paraissait et surtout qu'il avait été laissé sur les scènes de crime à dessein.

Sa réflexion fit soudain sourire l'italien, il savait comment parvenir à convaincre les sceptiques. Et ce serait scientifiquement faisable donc aucun de ses détracteurs ne pourra réfuter les preuves qu'il apporterait. Son forfait commis, il revint vers le groupe pour suivre la conversation.

Ecoutant jusqu'alors distraitement les propos échangés par Gibbs avec Mme Guilford sur la sollicitude de son fils, il comprit après quelques minutes d'attention que la vieille dame souffrait de troubles de la mémoire et depuis un bon moment vraisemblablement. Ses réponses concernant le passé lointain semblaient bien plus précises et plus rapides que celles relatives au passé récent et même au présent.

« Gibbs » interpella-t-il lorsque l'ancien Marine montra des signes de frustration évidente. « Mme Guilford ne nous sera d'aucune aide en ce qui concerne ces dernières années » souffla-t-il d'une voix basse.

« Et qu'est ce qui te fait supposer ça, DiNozzo ? » questionna Gibbs d'un ton hargneux.

« Elle souffre de la maladie d'Alzheimer, elle n'a aucune hésitation pour les questions concernant l'enfance de son fils mais elle est incapable de répondre pour ce qui concerne les derniers mois. C'est significatif, elle présente les symptômes de cette affection dégénérative. »

Gibbs dévisagea l'italien avant de reporter son regard vers la vieille dame. Il étudia un instant son comportement et analysa les propos qu'il avait échangés avec elle. Il finit par réaliser que Tony pouvait bien avoir raison. Il se tourna vers McGarrett qui l'avait écouté sans l'interrompre, ce dernier lui confirma d'un signe de tête son soupçon.

La vieille dame les regardait d'un air étrange sans vraiment comprendre ce qu'ils faisaient là dans son salon puisqu'elle leur demanda encore une fois.

« S'il vous plait, pouvez-vous me dire quel est l'objet de votre visite, jeune homme ? » demanda-t-elle timidement à Gibbs qui haussa les sourcils d'étonnement à cette appellation.

Cette simple question renforça l'opinion des trois hommes et convainquit Gibbs de la réalité des suppositions de Tony dans la mesure où ils s'étaient présentés et avaient indiqué le motif de leur visite à peine une vingtaine de minutes auparavant. De plus, Mme Guilford leur avait proposé une boisson qu'ils avaient refusée et cinq minutes plus tard, elle l'avait renouvelé ayant totalement oublié avoir déjà posé la question.

Mme Guilford confirma, malgré tout, que son fils n'oubliait jamais une fête des Mères, son anniversaire, etc… en fait, tout ce que Tony avait supposé d'après les éléments glanés jusqu'alors. Elle ajouta que le garçon l'aimait au point de s'occuper de tout ce qui concernait le bien-être de sa mère, il payait les factures ou les impôts, s'arrangeait pour les courses et le ménage.

Les trois hommes échangèrent un regard à ces infos, elles ouvraient d'autres perspectives de recherche et ils espéraient trouver d'autres liens les menant à leur coupable.

« Mme Guilford, nous vous remercions pour votre gentillesse et votre temps » la remercia Gibbs. « Si nous avons besoin d'autres renseignements… »

« Revenez quand vous voulez, jeune homme, je serai heureuse de discuter avec vous, les visiteurs se font rares maintenant, je suis une vieille dame sénile qui n'intéresse personne » déclara-t-elle d'un ton triste.

« Merci, nous n'hésiterons pas à revenir dans ce cas » lui répondit-il.

Steve et Gibbs se levèrent, rejoignirent Tony et quittèrent la maison après avoir salué la vieille dame. Ils s'installèrent dans la voiture où l'italien avait repris la place du conducteur sans laisser la moindre chance à Gibbs de conduire, Steve à ses côtés reléguant de ce fait l'Agent à l'arrière. Il grogna lorsqu'il constata qu'il occupait encore la place arrière mais ne dit rien de plus.

« Bon, que fait-on maintenant ? » demanda Steve en bouclant sa ceinture.

« Nous allons voir ce que nos équipes ont pu dénicher » indiqua Tony. « Je n'ai pas suivi tout l'entretien, vous nous en ferez un compte rendu. »

« Mme Guilford ne parait pas être assez lucide pour s'occuper de tâches quotidiennes » souligna fort à propos Gibbs.

« En effet, elle semble souvent perdue dans ses pensées » renchérit Steve. « Si tu as vu juste et qu'elle souffre d'Alzheimer, elle ne nous sera pas beaucoup utile. »

« C'est sans doute la raison de la présence de l'infirmière à domicile » ajouta l'ancien Marine.

« Il faut vérifier qui paie les factures et le reste » indiqua Tony. « La maison est bien entretenue et il faut du monde et de l'argent pour ça. »

« Les dépenses courantes seront faciles à tracer » remarqua l'agent de DC.

« J'imagine que Mme Guilford n'a jamais travaillé de sa vie, donc elle ne doit pas posséder de retraite. Son mari a certainement dû assurer ses vieux jours par un compte épargne ou une assurance-vie » avança Steve. « Ce sera les factures particulières qu'il faudra pister. »

« McGee pourra se charger de cette partie-là, il adore pirater des bases de données » ironisa Tony. « A condition de ne pas se faire prendre, il va sans dire. Steve, il nous faudra un mandat pour ne pas compromettre les enquêtes. »

« Je vais demander à Chin de se mettre en contact avec un juge pour nous signer ça » approuva l'ancien Seal.

Gibbs écouta mais n'intervint pas et surtout ne se rebella pas. Il savait reconnaître une défaite et ne voulait pas aggraver la situation en contredisant les décisions de Tony. Perdre une bataille ne signifiait pas perdre la guerre, après tout. Il pouvait toujours revenir à la charge et reprendre les rênes de l'enquête un peu plus tard.

Le silence régna ensuite dans le véhicule jusqu'à l'arrivée au siège des bureaux du 5-0.

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Alors, on s'achemine vers le cœur de l'enquête et la théorie de Tony. Elle se développe dans les prochains chapitres que je dois malheureusement réécrire en raison d'une histoire qui a pris une tournure différente depuis l'écriture de cette partie qui date maintenant de plusieurs années.

En effet, en relisant, j'ai noté certaines invraisemblances que je ne pouvais laisser passer sous peine de détruire la théorie de notre enquêteur préféré et de le faire paraitre incompétent.

A bientôt

Chtimi