Oscar courait dans une allée assombrie par les immeubles environnants. Ah ça, la lune de miel était bel et bien terminée, André était reparti au tribunal, et elle … elle courait le drogué dans les sales quartiers du nord parisien. Le dealer qu'elle poursuivait ne pouvait s'échapper car cette allée était en fait une impasse. Et pourtant, en arrivant vers le mur qui marquait la fin de l'allée, personne n'était en vue. Elle passa rapidement en revue les différentes portes qui donnaient sur la rue, les essayant les unes après les autres, c'était étrange, elles étaient toutes verrouillées. Elle se retourna à nouveau vers le mur se demandant si le dealer avait pu l'escalader. Elle l'estima à environ 3 mètres de haut, l'escalader à mains nues lui semblait assez improbable.

Elle était sur le point de se retourner lorsqu'elle reçut un violent coup sur la tête lui faisant voir trente-six chandelles. Puis le noir, le néant.

Elle se réveilla assise et ligotée sur une chaise, elle observa la pièce dans laquelle elle se trouvait dans l'espoir de reconnaître l'endroit et commença immédiatement à étudier la situation et à se demander comment elle allait pouvoir se tirer de là. La pièce ne comportait pas de fenêtre, et n'avait qu'une seule et unique porte. Depuis combien de temps était-elle là ?

Elle entendit le cliquetis caractéristique d'une serrure que l'on déverrouille. Merveilleux, en prime la porte était fermée à clé … Elle baissa la tête et feignit de toujours être inconsciente.

« Merde elle est toujours KO, t'as cogné trop fort, le boss va être furax, il avait bien précisé qu'il la voulait en pleine forme ! » dit une première voix.

« Elle va bien finir par se réveiller cette greluche, t'inquiète ! »

« Le plus tôt sera le mieux, l'évasion du boss est censée avoir lieu aujourd'hui, il sera là ce soir, imagine un peu ce qu'il serait capable de nous faire subir si elle n'est pas d'attaque pour lui. »

L'autre ricana, « ah ça, pour être d'attaque, elle a intérêt à être d'attaque, depuis le temps qu'il en rêve … »

Oscar fut prise de sueur froide, au fond d'elle-même, elle savait que ce qu'elle venait d'entendre ne pouvait signifier qu'une chose, Borelli était sur le point de s'évader, et visiblement elle allait faire office de cadeau d'accueil.

Les deux hommes quittèrent la pièce, prenant bien soin de verrouiller derrière eux. Foutredieu, elle était au bord de la panique. Ils allaient la livrer à ce pervers ! Bon sang où se trouvait-elle et depuis combien de temps ? Il lui fallait impérativement trouver un moyen de sortir d'ici au plus vite. Elle gigota tant qu'elle le pouvait afin de libérer ses mains mais le résultat ne fut pas celui espéré. Au lieu de détendre ses liens elle ne réussit qu'à les resserrer, ce qui lui entailla quelque peu la chair au niveau des poignets. Mais bon sang il était passé où son sang-froid légendaire ?

Elle ferma les yeux et prit une grande inspiration dans une vaine tentative de se calmer. Elle ne ferait rien de bon avec un tel état d'esprit. Mais c'était plus fort qu'elle, ce gars lui fichait une trouille bleue. Rien que d'imaginer son regard se poser sur elle et elle tremblait de partout. Quant à la toucher … cela lui donnait la nausée. Foutre de foutre comment s'échapper ?

Devait-elle tenter de se lever et de briser la chaise de bois contre un mur ? Mais le bruit n'allait-il pas alerter ses geôliers ? Elle regrettait amèrement de ne pas être dans l'un de ses films américains dans lesquels les héros réussissaient toujours à se libérer in extremis avec un numéro de contorsionniste. Bon sang depuis combien de temps était-elle dans cette pièce ?

Elle tenta de se calmer et de retrouver une attitude inconsciente dès qu'elle entendit la clé dans la serrure à nouveau. Par pitié qu'il s'agisse à nouveau des deux hommes ! Elle osa entre-ouvrir un œil et constata avec soulagement qu'il s'agissait bien d'eux.

« Laisse la clé dans la serrure, comme ça on est sûrs de ne pas oublier de refermer derrière nous. » dit l'un des deux.

Elle entendit des clés s'entrechoquer contre le jean de l'un d'entre eux. Il avait un trousseau de clés qui dépassait de la poche. Subrepticement, elle s'en empara et les glissa au creux de sa main. Ils fermeraient la porte avec la clé qu'ils avaient laissée dans la serrure, mais peut-être y avait-il un double dans le trousseau qu'elle avait récupéré ?

Elle attendit un temps qui lui parut infini avant d'oser bouger à nouveau et d'ouvrir la main qui détenait les clés. Sa main était toujours ligotée et obtenir ainsi les clés tenait du miracle, il ne manquerait plus qu'elle les fasse tomber ! Tâtant les clés les unes après les autres elle crut mourir de joie lorsqu'elle réalisa d'un couteau suisse miniature se trouvait attaché au trousseau. Avec d'infinies précautions elle réussit à en ouvrir l'une des lames et s'attaqua immédiatement à ses liens.

Elle stoppait son mouvement régulièrement, à la fois pour se reposer car la position était incroyablement inconfortable, mais également afin de surveiller l'éventuelle arrivée des deux hommes devant la porte. Il lui semblait que jamais elle n'arriverait à ses fins et qu'elle avait commencé sa tâche des heures auparavant lorsqu'enfin, elle sentit la cordelette légèrement se relâcher. Elle redoubla alors d'efforts et fut enfin récompensée lorsque la corde tomba à terre, libérant enfin ses mains. Elle les frictionna rapidement afin de réactiver correctement la circulation sanguine puis s'attaqua à ses pieds qui étaient également ligotés.

Elle reprit son souffle et s'avança vers la porte, collant son oreille dessus afin d'entendre le moindre bruit suspect. Elle n'avait pas le choix, elle devrait sortir et risquer le tout pour le tout. A nouveau, une grande inspiration, puis elle tenta toutes les clés du trousseau, la dernière était la bonne ! Elle actionna la poignée de la porte. Toujours pas le moindre bruit, elle ouvrit la porte. Se retrouvant dans un couloir à sens unique, elle s'avança, bénissant le ciel d'avoir mis des chaussures qui ne faisaient aucun bruit.

Se plaquant contre l'extrémité du mur du couloir, elle écouta, à nouveau aucun bruit. C'était vraiment trop facile … Elle se décida enfin à tourner dans le couloir, prête à devoir bondir sur la première personne qu'elle y croiserait mais à nouveau, le couloir était vide. Elle se décida donc à accélérer le mouvement et à courir vers l'autre bout.

Deux portes s'offraient alors à elle. Elle les examina et réalisa que l'une d'entre elles donnait vraisemblablement vers l'extérieur, ayant un aspect bien plus lourd que l'autre. C'était cette porte qu'il lui fallait ! Avant de l'ouvrir, elle tenta les clés dont elle disposait. Si jamais quelqu'un s'apercevait de sa disparition, cela pourrait peut-être lui faire gagner de précieuses secondes. Bingo ! L'une des clés verrouillait cette porte.

Elle sortit donc et ferma derrière elle, heureuse de cette trouvaille. Elle examina ensuite les nouveaux lieux. Elle se trouvait dans la cour d'un pavillon de banlieue. Elle aurait été bien incapable de le situer mieux que cela. Un mur doté d'une grille assez haute en faisait le tour. S'avançant vers le portail, afin d'à nouveau utiliser le trousseau de clés providentiel et les tester les unes après les autres. Avec toutes ces qu'elle avait déjà essayées, il ne lui en restait plus que trois à tenter et elle …

« Alors comme ça on veut me fausser compagnie commissaire de mon cœur ? » fit une voix dans son dos.

Elle tressaillit tant que les clés lui échappèrent des mains. Le souffle court, elle sentit ses poils se hérisser de dégoût. Seigneur Dieu tout mais pas ça !

Elle se raidit lorsqu'elle sentit une main se poser sur l'une de ses épaules.

« Allons allons Léa chérie, vous saviez bien que cela arriverait un jour, je vous l'avais promis. »

Ne pas paniquer, se concentrer, trouver la faille, il était impératif qu'elle ne se laisse pas emporter par sa peur.