MAJ le 16/05 : petite remise en forme des paragraphes, c'était un peu écœurant.
Bonjour à tous ! :D
Mes écrits sont enfin terminés (Alléluia !) et je profite de mes 3 semaines de repos bien méritées avant la reprise des cours pour vous écrire un petit (hum, plutôt gros en fait!) chapitre !
Moi qui pensait devoir me battre pour remplir mes pages, j'avoue avoir été étonnée par la tonne de choses que j'ai pu mettre dedans. Mais je ne vous en dit pas plus ^^
Un grand merci à mon Strider pour sa review absolument exceptionnelle, à Melior Silverdjane, fuyuki417 et Toutouille pour leur fidélité, et à Maylilin-Chan, Tite Elfe, Luna dans les Etoiles, BibiCool360 et TS pour leurs reviews au dernier chapitre !
Voilà sans plus attendre je vous laisse avec ce nouveau chapitre, enjoy ! :)
Mais d'abord, un petit résumé de ce qu'il s'est passé avant, pour vous rafraîchir la mémoire.
Previously, in d'arc et d'épée :
La veille de la bataille, Elewë essaye d'arranger les choses avec Lindir, mais celui-ci refuse tant qu'elle n'aura pas fait son choix entre lui et Elrohir. Plus tard, ce dernier embrasse Elewë et lui demande de ne pas se faire tuer. Durant la bataille, c'est Lindir qui trouve la mort sous les yeux de Elewë, persuadée que son ami s'est laissé mourir après l'avoir vue avec Elrohir. Après avoir poursuivi le Roi-Sorcier et anéanti le reste de son armée, Elewë décide de ne plus adresser la parole à Elrohir après ce qu'il a dit sur Lindir.
Je sais que l'on se reverra
Lorsque Elewë se réveilla, le jour commençait à poindre et le ciel se peignait de rose et d'orange. Un frisson parcourant tout son corps finit de la réveiller, et elle réalisa qu'elle était dehors, toujours assise sur la même bûche que la veille au soir et non pas dans sa tente. Le feu était éteint à présent, et les braises froides. Elle avait du finir par s'endormir, épuisée, assise sur sa bûche. L'aube était fraîche et un nouveau frisson courut le long de son dos. L'hiver étendait de plus en plus son emprise, et la température chutait de jour en jour.
Voulant serrer sa cape autour d'elle, sa main rencontra un tissu inconnu posé par-dessus. Surprise, Elewë constata qu'une couverture recouvrait ses épaules et son dos. La faisant glisser vers elle, elle examina le tissu. Celui-ci n'était définitivement pas de fabrique elfique, il était plus grossier et rêche. Jetant un coup d'œil autour d'elle, la jeune Elfe ne vit personne autour ayant pu lui indiquer sa provenance. Une nouvelle brise la força alors à repasser la couverture par-dessus ses épaules, lui faisant oublier momentanément son propriétaire. Ce faisant, son bras gauche lui arracha un gémissement. Elle irait voir Elladan plus tard, le campement commençait à se réveiller et le départ ne tarderait pas à être donné.
Elewë se releva difficilement, le corps souffrant de multiples courbatures, contusions et hématomes récoltés deux jours auparavant. Elle se courba pour ramasser l'épée de Lindir et la glissa dans son fourreau dans un glissement métallique. Ramassant sa pierre à aiguiser, elle se dirigea vers sa tente pour se préparer au départ, et surtout, pour enfiler quelque chose de plus chaud. Une demi-heure plus tard, sa cape fourrée sur le dos et son paquetage sous le bras, Elewë se dirigeait vers l'enclos des chevaux, observant le fouillis total qu'était devenu le campement.
Peu habitués à la logique et l'organisation des Elfes, les Gondoriens semblaient avoir du mal à suivre et la discipline habituelle n'était plus qu'un vague souvenir. A vrai dire, la plupart des Hommes passaient leur temps à dévisager les Elfes, ces créatures de légendes si étranges qu'ils n'avaient, pour la plus grande majorité, jamais eu l'occasion d'apercevoir avant, pensant seulement que les récits de la Dernière Alliance n'étaient rien de plus que des histoires que l'on écoutait avant de s'endormir étant enfant. La situation aurait pu être comique si elle ne faisait pas perdre autant de temps et d'attention. De plus, Elewë pouvait sentir le poids des regards qu'on lui jetait, et son statut de seule femme au milieu de tant d'hommes ne cessait de lui être rappelé, elle qui avait enfin réussi à se faire oublier. De ce qu'elle avait pu comprendre, il était encore plus inhabituel dans le monde des Hommes qu'une femme brandisse une arme autre qu'un couteau de cuisine ou une fourche, d'autant plus que le Gondor connaissait enfin la paix depuis trente ans sur ses terres. (1)
Une fois en selle, Elewë rejoignit le contingent des Elfes de la Lórien, ou tout du moins ce qu'il en restait. Glorfindel, Eärnur et Círdan chevauchaient en tête, suivis par Legolas, Elrohir et Elladan. Derrière suivaient cavaliers elfiques et humains, les premiers tenant difficilement sur leur monture sous le poids de la fatigue accumulée ces dernières semaines et des blessures qu'ils avaient pu récolter durant la bataille.
Le retour à Fornost leur prit toute la journée. Il avait été décidé que les chevaux iraient au pas pour les ménager aussi bien que leurs cavaliers, et le temps et le paysage défilaient affreusement lentement aux yeux de Elewë. Quelques flocons vinrent taquiner les crinières des montures et les capes des soldats, mais par chance rien de plus ne vint perturber leur avancée. Par contre, le vent lui n'accordait aucun répit, s'insinuant dans chaque interstice et cheminant à travers les vêtements. À mi-chemin entre les Hauts du Nord et les Monts d'Angmar, dans les plaines glacées d'Arthedain, plus aucun obstacle ne s'opposait entre ce vent glacial et les cavaliers. À tel point que Elewë avait fini par sortir de ses sacoches la couverture découverte ce matin-là pour s'emmitoufler dedans, malgré sa cape et les nombreuses épaisseurs de vêtement qu'elle portait. Elle aurait tout donné pour une petite accélération qui aurait pu la réchauffer, et attendait avec impatience qu'ils puissent trouver refuge derrière les Hauts du Nord abritant la forteresse de Fornost.
À plusieurs reprises tandis qu'elle parcourait du regard le désert glacial qu'ils traversaient, Elewë avait croisé celui de Elrohir, retourné sur sa monture, et chaque fois elle avait rompu le contact, détournant les yeux. Les mots qu'il avait prononcé la veille restaient gravés dans sa mémoire. Bien qu'ils contiennent une certaine part de vérité, Elewë devait bien l'admettre, la jeune Elfe ne pouvait pardonner la façon avec laquelle il s'était exprimé, dans un pur mépris pour son ami défunt, blasphémant surtout sa mémoire. Comme s'il insinuait que Lindir s'était laissé mourir uniquement pour que Elewë ne puisse rester avec Elrohir, si lui-même ne pouvait l'avoir. Et cela, Elewë ne pouvait l'accepter.
Comme à chaque fois qu'elle pensait à Lindir, le cœur de la jeune Elfe se serra, souhaitant pour la énième fois qu'elle puisse remonter le temps et sauver son ami. Les mots ne pouvaient décrire ce que causait son absence, et si Elewë avait eu l'impression d'être seule au monde lorsqu'ils avaient décidé de ne plus s'adresser la parole quelques jours plus tôt, cette sensation était infime devant la douleur qu'elle ressentait à présent. Comme si une part d'elle-même lui avait été arrachée, qu'elle savait ne jamais pouvoir retrouver. Elewë réalisait à présent à quel point sa vie aurait été fade et misérable sans Lindir pour y mettre des couleurs, l'attachement qui les avait liés, et dont elle n'aurait jamais pu imaginer l'ampleur.
Mais il était trop tard à présent.
Il était tellement ironique de ne réaliser qu'une fois une personne disparue à quel point elle nous était indispensable, et Elewë eut un rire amer en voyant qu'elle s'était ainsi fait duper à deux reprises. On aurait pu penser qu'elle aurait retenu la leçon après avoir perdu son père. Mais non, Elewë n'avait jamais su reconnaître et comprendre ce qu'elle avait déjà avant de vouloir plus. Et maintenant, les deux êtres les plus chers à son cœur avaient péri sans qu'elle ait pu leur dire ce qu'elle ressentait. Un goût amer de bile lui restait dans la gorge alors qu'elle faisait ce constat. Les Valar l'avaient puni de la pire manière qui soit pour son aveuglement et son égoïsme.
Au grand soulagement de Elewë, les Hauts du Nord finirent par se laisser apercevoir à mesure que le Soleil poursuivait sa course dans le ciel, et l'Armée atteignit Fornost quelques heures avant la tombée de la nuit. La jeune Elfe put alors contempler l'ampleur de la situation : les alentours de la forteresse étaient totalement saccagés, et c'est comme si la plaine tout autour avait été repeinte du rouge le plus sombre qu'il soit, de brun et de noir, tout vestige de neige ayant été balayé par le poids de milliers de combattants. Les morts s'étendaient à perte de vue devant ses yeux, et malgré la distance Elewë pouvait apercevoir les angles peu naturels que prenaient les corps sans vie gisant sur le sol.
Pendant la traque du Roi-Sorcier et de son armée, les quelques Elfes encore valides chargés de soigner et surveiller les soldats sévèrement blessés avaient entrepris de rassembler les corps des Elfes et des Hommes, mais n'avaient eu ni le temps ni le nombre nécessaire pour brûler les carcasses des immondes créatures. Du surplomb d'où se trouvaient les cavaliers, Elewë pouvait sentir l'odeur de décomposition et de putréfaction provenant de la plaine, et fut soulagée de voir que le campement avait été monté là où l'Armée s'était arrêtée la veille de la Bataille, à une heure de chevauchée de Fornost.
Il fut long et fastidieux d'organiser l'arrivée supplémentaire des Gondoriens dans le campement, mais chacun trouva sa place au bout de quelques heures tandis que la lumière du jour commençait à décliner. Comme à son habitude Elewë s'occupa de soigner les montures, aussi fatiguées que leurs cavaliers par la bataille et la longue chevauchée qui s'en était suivie. Après une dernière caresse à Ninqueloté, la jeune Elfe entreprit de chercher Elladan pour qu'il examine son bras gauche, et chemina donc jusqu'à l'ensemble d'immenses tentes dressées à la limite du campement, tenant lieu d'infirmerie.
Quelques cris provenaient de ces dernières, rapidement noyés par le brouhaha des centaines de soldats parcourant le camp, mais Elewë frissonna en poursuivant son chemin dans leur direction. Elle trouva rapidement Elladan affairé à bander la jambe d'un Dúnadan qui faisait tout son possible pour réprimer un gémissement, le bandage se teintant d'écarlate à peine au contact de la blessure. La Galadhrim attendit que l'Elfe ait terminé de voir chacun des blessés, sa propre blessure bien superficielle devant celle que pouvaient arborer certains soldats.
Lorsque enfin il fit mine de se diriger vers la petite tente faisant office de bureau ayant été installée à côté, Elewë se manifesta. Malgré son sourire lorsqu'il l'aperçut, la jeune Elfe ne manqua pas la fatigue qui semblait tirer ses traits, et elle s'en voulut de s'imposer alors que son être entier réclamait le repos.
« Moi qui croyais pouvoir enfin me reposer, » plaisanta l'Elfe, renforçant la culpabilité de Elewë.
« Je suis vraiment navrée de vous importuner Elladan, je repasserai demain ... » commença la jeune Elfe, faisant mine de faire demi-tour.
« Ne dîtes pas de bêtises, puisque vous êtes là autant que ce ne soit pas pour rien. » l'interrompit fermement Elladan. « Que puis-je faire pour vous ? »
« Depuis que j'ai percuté un ouargue avec une lance s'étant brisée entre mes mains, mon bras gauche m'élance douloureusement, et j'ai peur que mon ancienne blessure datant d'il y a presque un mois ne se soit également ravivée. » se résigna Elewë.
« Rentrons à l'intérieur, que je puisse examiner cela plus en détails, » l'invita Elladan en désignant sa petite tente.
Une fois dedans, Elewë fut frappée par la douce chaleur y régnant. Elle entreprit d'enlever sa cape fourrée, son surcot et une chaude chemise pour n'en garder qu'une autre plus légère, dont elle remonta la manche gauche pour que l'Elfe puisse examiner son bras. Un large hématome s'étendait sur la peau, d'une couleur violacée tirant sur le brun. Elewë n'avait jamais eu assez chaud jusqu'ici pour retirer suffisamment ses vêtements, et elle grimaça en découvrant son bras. Elladan l'incita à s'asseoir sur une des chaises occupant la pièce et fit de même. Il prit le bras de Elewë entre ses mains, parcourant la peau et appuyant à divers endroits pour inspecter et essayer de détecter des lésions dans les chairs internes. La jeune Elfe retint un gémissement lorsqu'il pressa un muscle au cœur de l'hématome.
Après quelques secondes, Elladan reposa le bras de Elewë sur ses genoux et fouilla dans un de ses sacs, pour extraire finalement un pot et des bandages. Retournant vers la jeune Elfe, il ôta le couvercle et entreprit d'appliquer une étrange pâte verdâtre sur son bras, la fraîcheur du traitement soulageant légèrement Elewë, avant de l'envelopper dans des bandes. Enfin, il demanda à Elewë d'enfiler ses vêtements supplémentaires, puis il récupéra une longue bande de tissu qu'il noua autour du cou de Elewë, avant de délicatement déposer son bras dans le cercle ainsi créé.
« La bonne nouvelle est que l'ancienne blessure ne s'est pas ré-ouverte, les chairs ne sont pas endommagées, votre bras subit simplement le contre-coup d'un choc qui a dû être relativement violent pour qu'un hématome aussi large se forme. Vous devez cependant ménager votre bras pendant quelques jours encore, le temps que la douleur disparaisse, et plus important, vous ménager vous, Elewë » conseilla fermement Elladan en la fixant dans les yeux. « Vous êtes réellement pâle, reposez-vous, nous ne quittons pas cet endroit avant au moins deux semaines le temps que les blessés les plus sérieux soient aptes à voyager à nouveau. La pire des blessures n'est pas forcément celle que l'on croit, prenez le temps de faire votre deuil Elewë. » finit-il doucement.
Elewë baissa les yeux quelques instants, avant de les relever.
« Puis-je le voir ? » demanda-t-elle la voix tremblante, pas réellement certaine que cela soit une bonne idée.
Elladan hésita quelques instants avant d'acquiescer. « Suivez-moi. »
Se relevant, l'Elfe sortit de sa petite tente et conduisit Elewë vers celles tenant lieu d'infirmerie, la guidant à l'intérieur jusqu'à atteindre une pièce ouverte délimitée par des draps tendus. Allumant une bougie pour chasser l'obscurité commençant à s'étendre avec la nuit tombante, il pénétra dans la pièce, suivi par Elewë. Plusieurs dizaines de corps sans vie étaient étendus sur le sol, étonnamment préservés. L'odeur n'était pas très forte, et Elewë eut simplement besoin de couvrir son nez avec un pan de sa cape. C'est alors qu'elle le vit, allongé et les bras croisés sur le torse.
La lumière de la bougie et les ombres crées dansaient sur son visage et ses cheveux blonds autrefois si brillants, qui semblaient ternes à présent, comme si la mort avait réellement éteint la lumière intérieure de son ami. Il avait l'air si paisible ainsi, comme s'il était endormi. Elewë s'approcha de son corps et s'accroupit au niveau de son visage. Elle sut que cette image de Lindir ne la quitterait jamais. La jeune Elfe ajusta une mèche blonde autour de son beau visage avant de se relever, jetant un dernier regard à celui qui avait été tout pour elle. Elle regarda alors Elladan et lui fit signe qu'ils pouvaient partir. L'Elfe acquiesça et ils sortirent de la pièce.
« Combien des nôtres sont tombés durant la bataille ? » demanda soudainement Elewë.
Elladan soupira faiblement avant de répondre. « Un peu plus de trois-cents. Je ne doute pas qu'il y en aurait eu plus si le Gondor n'était pas arrivé. Leurs pertes à eux sont minimes, peut-être une ou deux dizaines, leur cavalerie les protégeant. On ne peut malheureusement pas en dire autant des Dúnedain … ils ont presque tous péri, ils ne sont plus que deux-cents tout au plus. » Dénombra tristement Elladan.
« Ils sont tant à avoir péri pour des peuples qui ignoreront tout de leur existence et de leur sacrifice ... » regretta Elewë.
« Chacun d'entre eux s'est porté volontaire en connaissant parfaitement ce qui pouvait lui arriver Elewë, respectez leur choix et honorez ce sacrifice, afin qu'il ne fusse pas vain. Ils perdureront dans votre mémoire, et c'est ce qui compte le plus. »
Les paroles de Elladan réconfortèrent légèrement Elewë, lui faisant accepter que la mort de Lindir n'était pas entièrement de sa faute. Même si elle avait tenté de le dissuader, il l'aurait quand même fait, de cela elle était sûre. Mais cela n'apaisait pas pour autant le chagrin prenant racine en elle.
« Merci, » réussit-elle à murmurer en désignant son bras en écharpe, et Elladan répondit par un simple sourire encourageant, sachant que cela ne concernait pas seulement sa blessure, ou tout du moins pas celle visible à l'extérieur.
Elewë se dirigea alors vers la sortie de la tente dans laquelle ils se trouvaient, et se retrouva face à face avec Elrohir. D'abord surprise, elle se renfrogna et s'arrêta quelques pas devant lui tandis qu'il bloquait sa sortie.
« Elewë, je ... »
« Votre Altesse. » répondit froidement Elewë, finissant par l'esquiver sans lui accorder un regard, sortant rapidement de la tente.
Elrohir demeura figé quelques instants avant de reprendre contenance, mais Elladan eut le temps de saisir furtivement une certaine tristesse sur le visage identique de son frère. Mi-inquiet, mi-amusé, il invita son jumeau à le suivre dans sa petite tente, remplit deux coupes d'un vin sombre, et en tendit une à Elrohir. Ce dernier l'accepta avec gratitude, et le descendit d'une traite. Son frère devina qu'il était troublé.
« Que se passe-t-il 'Rohir, pour que Elewë t'aies ignoré de la sorte ? » finit-il par demander, devinant que son frère avait besoin de se confier.
Ce dernier poussa un long soupir avant de répondre. « Je me suis conduit comme un imbécile ... »
« Que lui-as tu encore dit ? » demanda sérieusement Elladan. Pour que son frère parle de lui-même de cette façon, il avait dû être bien pire que le dernier des imbéciles.
« Je ne sais pas ce qui m'a prit, tout allait bien jusqu'à ce qu'elle s'offusque d'une de mes paroles, et je n'ai pas réfléchi avant de lui répondre que ... » il s'arrêta un instant, remplissant à nouveau sa coupe et faisant tournoyer le liquide pourpre. Levant les yeux vers son frère qui l'incitait à poursuivre, il reprit. « Je lui ait dit que son ami devait être bien heureux que sa mort ait crée une distance entre nous. »
Elladan s'attendait à la pire des stupidités, mais pas à celle-là. Désespéré, il poussa un grand soupire.
« Elrohir, j'ai beau t'aimer et te chérir comme le frère que tu es, tu es parfois le pire des crétins qu'il m'ait été donné de rencontrer ! Elewë pleure et fait le deuil de ce qui est probablement la personne la plus chère à ses yeux et toi tu trouves le moyen de l'insulter ?! »
« Tu crois que je ne sais pas tout cela ?! » répliqua son jumeau, se redressant de la chaise où il était assis. « Ne crois-tu pas que je regrette amèrement mes paroles ? Je n'ai juste pas supporté que même dans la mort, cet Elfe réussisse à m'empoisonner la vie ! »
Elladan prit un air affligé. Son frère n'apprendrait donc jamais à tempérer ses ardeurs.
« Que lui as-tu dit en premier lieu pour qu'elle s'offusque ? » finit-il par demander pour essayer de pleinement saisir la situation.
« Que j'étais soulagée qu'elle soit encore en vie, comme je l'avais espéré, » lâcha Elrohir.
« Son meilleur ami vient de mourir, et tu trouves le moyen de la séduire ? Ton tact me surprendra toujours mon frère. » lâcha cyniquement Elladan en se resservant du vin.
Elrohir lui jeta un regard noir. « Je ne suis pas venu pour écouter tes critiques faciles Elladan, alors épargne-les moi. »
« Pourquoi es-tu donc venu alors ? Pour que je te dise que tu étais dans ton bon droit et que Elewë n'a pas le droit de t'en vouloir ainsi ? Devine quoi, ce n'est pas le cas ! » répondit brusquement Elladan en se retournant vers son frère.
Ce dernier, surpris par la véhémence de son jumeau finit par se rasseoir et vida à nouveau sa coupe. Il resta silencieux pendant quelques minutes, Elladan devinant qu'il assimilait ce qu'il venait de lui dire. Quand Elrohir reprit finalement la parole, toute animosité avait disparu de sa voix, il semblait juste incroyablement las.
« Excuse-moi mon frère, tu as raison. Je ne sais ce qu'il me prend de réagir aussi impétueusement, ce n'est pas dans mon habitude. »
« Au contraire 'Rohir, tu parvins juste à mieux te contenir en temps normal. Je pense que cette bataille nous a tous profondément chamboulés, tu n'es pas une exception. » répondit doucement Elladan, conscient qu'il n'était pas facile pour son frère d'admettre cela. « Je vais te donner le même ordre qu'à Elewë tout à l'heure : repose-toi. Tu verras et penseras plus clairement lorsque tu ne seras plus autant épuisé, et alors tu pourras aller t'excuser correctement auprès de Elewë. »
« Encore faut-il qu'elle accepte de me parler, » lâcha amèrement Elrohir.
« Laisse-la faire son deuil mon frère, accorde-lui ce répit dont elle semble avoir cruellement besoin. Elle ne pourra accepter tes excuses tant qu'elle n'aura pas pleinement fait ses adieux à son ami. » conseilla sagement Elladan.
Elrohir contempla quelques instants son jumeau. « Pourquoi as-tu donc hérité de toute la sagesse de père sans ne rien me laisser ? » demanda-t-il dans un sourire.
« Parce qu'il faut bien quelqu'un pour te remettre les idées en place voyons ! » répondit son frère en riant.
Elewë s'éveilla en sursaut, tremblante et transpirante dans ses nombreux vêtements. Reprenant son souffle, elle se redressa sur son lit de fortune et essaya de chasser les vestiges de son mauvais rêve. La mort de Lindir s'était rejouée devant ses yeux, et encore une fois elle n'avait su le sauver, même en sachant ce qui allait arriver. Tantôt accusateurs, tantôt implorants, les yeux de son ami la transperçaient et elle s'était réveillée lorsque la lance l'avait transpercé de part en part.
Renonçant à se rendormir, Elewë enleva ses couches de vêtement pour enfiler en-dessous une chemise sèche, et après s'être à nouveau chaudement vêtue, décida d'aller prendre l'air. Au dernier moment avant de sortir, elle regarda la couverture dont elle ne connaissait toujours pas l'identité du propriétaire, et l'enfila par-dessus. Elle sortit alors de sa tente et fut heureuse d'avoir cette couche supplémentaire. La jeune Elfe se dirigea vers le centre du campement où le grand feu était toujours dressé la nuit, et s'assit comme à son habitude sur une des bûches en faisant le tour. Seuls quelques soldats veillaient encore, la plupart chargé de surveiller l'intérieur du camp, même si l'ennemi avait été décimé. Ignorant leurs regards, Elewë s'emmitoufla dans sa cape et la couverture, ne laissant que son visage soufflé par le vent glacial et la chaleur des flammes devant elle.
Comme toujours lorsqu'elle contemplai un feu, ses pensées s'égarèrent, et la scène du début de soirée de joua devant ses yeux éveillés. L'irruption soudaine de Elrohir l'avait surprise, et le premier réflexe qu'elle avait eu était de se cacher derrière cette armure de glace afin que plus rien ne puisse la blesser. Mais Elewë savait que ce n'était pas la bonne solution, et avait eu le temps de saisir la réaction de Elrohir sur son visage. Fugacement, une pensée mauvaise traversa son esprit : qu'il souffre de ses mots autant que le siens l'avaient blessée, elle n'en avait cure. Elle se ressaisit alors et pensa à ce que Elladan lui avait ordonné, l'incitant à se reposer et faire son deuil. La jeune Elfe ne savait juste pas où commencer et quoi penser. Ses tristes pensées furent interrompues par un mouvement à ses côtés.
« Vous autres Elfes ne dormez donc jamais ? » demanda malicieusement une voix masculine.
Levant les yeux vers la source de cette voix, Elewë vit avec surprise un Homme se dresser en face d'elle.
« Et vous êtes ? » demanda la jeune Elfe, intriguée par ce Gondorien lui adressant ainsi la parole alors que jusqu'ici tous ceux de son peuple avaient gardé leurs distances avec les Elfes.
« Elphir, fils d'Elchirion, pour vous servir. » répondit l'Homme en s'inclinant légèrement, une main posée contre son torse.
Elewë sourit devant ce semblant de cérémonie. « Elen sila lumenn' omentielvo Elphir. (Une étoile brille sur l'heure de notre rencontre Elphir) Je me nomme Elewë. »
L'Homme ne s'offusqua pas de ne pas comprendre la formule de politesse, et s'assit aux côtés de Elewë.
« Ne devriez-vous pas être endormie à cette heure-ci, Dame Elewë ? » lui demanda Elphir en souriant.
La jeune Elfe ne pu également retenir un sourire. « Je ne suis pas une dame Elphir, juste Elewë. Et je pourrai vous poser la même question. »
« Il semblerait que le sommeil me fuît depuis quelques nuits déjà, je préfère passer mes nuits à contempler les étoiles qui brillent d'un éclat incomparable dans ces régions septentrionales plutôt que de tourner sur moi-même en attendant de dormir. » répondit le Gondorien en levant les yeux vers les cieux. « Il me semble que cela est également votre cas, si je ne me trompe. » dit-il finalement en la regardant.
Elewë resta surprise pendant quelques secondes avant de se reprendre. « Comment le savez-vous ? » demanda-t-elle.
« Croyez-vous donc que cette couverture dont vous vous couvrez est apparue de nulle part ? » demanda-t-il malicieusement.
Ainsi donc elle avait enfin trouvé le mystérieux propriétaire. « Je vous remercie fortement pour votre délicate attention, » commença Elewë en détaillant l'objet. « Elle m'a été d'une grande utilité à mon réveil et pendant la chevauchée d'aujourd'hui. Je peux enfin vous la rendre à présent, » finit-elle en esquissant le geste de retirer la couverture de ses épaules. Elphir l'interrompit d'un geste.
« N'en faites rien, vous semblez en avoir plus besoin que moi, » répondit-il en souriant. Elewë lui rendit son sourire en s'emmitouflant de plus belle dans le tissu. Après quelques instants de silence, l'Homme reprit. « Si je puis me permettre, que fait donc une femme telle que vous au milieu de tous ces hommes ? » demanda-t-il, intrigué.
La jeune Elfe soupira, ses épaules s'affaissant légèrement. « Je ne crains que cela soit une très longue histoire Elphir. » finit-elle par répondre.
« Il me semble que nous avons toute la nuit devant nous, n'est-ce pas ? » répondit-il en désignant les étoiles et la noirceur de la nuit.
Elewë hocha la tête en souriant. La spontanéité de cet homme était rafraîchissante et bienvenue dans des temps comme aujourd'hui. La jeune Elfe l'observa attentivement. Grand, brun, aux yeux d'un gris orageux propre au peuple des Hommes du Gondor, il semblait jeune, peut-être à peine plus de trente ans, bien qu'avec le temps Elewë avait perdu la capacité d'estimer précisément l'âge d'un humain. Ayant délaissé son armure pour un chaud manteau fourré que complétait une lourde cape sur laquelle était brodé l'Arbre Blanc du Gondor, il était souriant et avenant, et semblait avoir été peu touché par les effets de la guerre.
Mais la jeune Elfe savait que le Gondor n'était pas un Royaume où il faisait bon de vivre tous les jours, sa proximité avec les anciennes terres de Sauron (2) et les peuplades de l'Est l'assombrissant. Bien que cet homme n'avait sûrement pas connu la guerre contre les Orientaux, ou avait oublié ses souvenirs d'enfant, elle se doutait que sa vie ne devait pas être non plus totalement paisible, et que le peuple entier du Gondor était forgé dans un acier des plus résistants par les nombreuses guerres et conflits ayant eu lieu depuis des décennies.
Se soumettant à sa requête, Elewë se mit alors en devoir de conter les événements l'ayant mené jusqu'à son désir de rejoindre l'armée, remontant ainsi plusieurs siècles en arrière. L'Homme l'écoutait avidement, impressionné par cette créature de légende ayant vécu de nombreuses vies humaines et ayant connu plus d'aventures et d'histoires, mais aussi de chagrin et de tristesse, que n'importe quel Homme qu'il ait pu rencontrer. Et à travers son récit il la trouva brave. Brave d'avoir lutté pour gagner l'amour de son père, brave d'avoir tenté sa chance et d'avoir risqué les interdits pour poursuivre son rêve, brave d'avoir combattu et d'avoir affronté des horreurs dont beaucoup se seraient détournés, brave d'avoir risqué sa vie pour un peuple qui n'était pas le sien. Et alors qu'elle parlait enfin de Lindir et de sa perte, Elewë sentait comme un poids se dégager de ses épaules, comme si le fait d'avoir partagé son amitié avec son ami depuis le tout début, pour enfin en donner la conclusion, l'aidait à ce que la douleur disparaisse un peu, parce que quelqu'un la comprenait enfin.
Lorsqu'elle finit de conter son histoire, Elphir entreprit de raconter la sienne. Il était le fils aîné d'une famille modeste vivant à Minas Tirith, et avait du à ses vingt ans passer cinq ans sous les ordres du Prince dans l'armée. Mais une fois son service de cinq années terminé, il avait décidé d'intégrer définitivement son poste, et servait depuis cinq autres années son Roi et son Royaume. Il lui conta également le voyage en bateau depuis la ville portuaire de Pelargir située au sud de Minas Tirith, et des désagréments entraînés par un tel transport.
Elewë rit en entendant les anecdotes du voyage ayant duré plusieurs semaines jusqu'aux Havres Gris, et ils discutèrent pendant une bonne partie de la nuit de leurs Royaumes respectifs. Si bien que quelques heures avant l'aube, tombant de fatigue et oscillant en avant, Elewë fut raccompagnée par Elphir dans sa tente, et la jeune Elfe s'endormit à peine couchée sur son matelas, épuisée mais apaisée.
Pour la première fois depuis plusieurs semaines, aucun cor ne retentit ce matin là dans le campement, il n'y avait aucune tente à démonter, aucun feu à dissimuler. Aujourd'hui, chacun avait l'ordre de se reposer autant qu'il le souhaitait et de se remettre de ses blessures et si son état de forme le permettait, d'ensuite aider aux tâches plus ou moins quotidiennes. Elewë réussit ainsi à dormir jusqu'au milieu de la matinée, puis décidant qu'il était temps qu'elle fasse sa part, se leva et s'habilla chaudement.
Un doux rayon de Soleil l'accueillit lorsqu'elle sortit de sa tente, et la jeune Elfe esquissa un sourire. Attrapant rapidement de quoi grignoter, Elewë se dirigea ensuite vers Haldir qui semblait donner des consignes pour les tâches à accomplir. L'Elfe blond l'accueillit par un sourire.
« Bonjour Elewë, que puis-je faire pour vous ? » demanda le Galadhrim.
« Que puis-je plutôt faire pour me rendre utile Haldir ? Une tâche quelconque que je puisse effectuer ? »
« Je ne puis à l'évidence pas vous assigner au creusage des tombes, » répondit-il en détaillant son bras en écharpe. « Et bien que j'aurai le plus besoin d'aide pour rassembler et brûler les corps d'orque, je doute que ... »
« Un bras est bien suffisant pour traîner une de ces créatures ou porter une torche, Monseigneur. » Affirma fermement Elewë.
Haldir soupira légèrement, rendant les armes face à la ténacité de la jeune Elfe. « Très bien, allez donc attendre avec le groupe de soldats massé là-bas, » fit-il en pointant du doigt un ensemble d'Hommes et d'Elfes groupés à la limite du campement. « On vous indiquera où vous rendre. Emmenez votre monture avec vous, la route est trop longue pour être effectuée à pied. »
Elewë le salua d'un signe de tête et partit chercher Ninqueloté avant de rejoindre l'endroit indiqué. Ignorant le regard des Hommes, elle discuta avec les Elfes s'étant regroupés un peu à part. Un Homme vint rapidement les chercher et ils se mirent alors en marche vers Fornost. Là, plusieurs dizaines de soldats œuvraient déjà à constituer une pyramide d'orques afin d'y mettre le feu. Malgré le nombre de personnes rassemblées, Elewë se douta que la tâche allait prendre plusieurs jours complets. Tant mieux. Elle avait besoin de s'occuper l'esprit pour ne plus réfléchir à tout ce qui l'accablait.
La jeune Elfe passa le reste de la journée à traîner majoritairement des corps d'orques et de gobelins, n'ayant pas assez de force avec un seul bras pour aider à s'occuper du cas plus ardu des ouargues. Les nuages étant dégagés ce jour-là, le Soleil pouvait les atteindre, mais tout comme le vent. Le travail était donc éprouvant, et malgré la chaleur que dégageait son corps sous l'effort, Elewë ne pouvait retirer de vêtements sous peine d'être frappée par la morsure du vent. Elle transpirait donc et respirait comme un soufflet de forgeron, assaillie par la chaleur et la douleur du travail. Mais la Galadhrim acceptait volontiers cette situation, comme pour mériter le fait d'être encore en vie quand tant d'autres avaient péri.
À la fin de la journée, une dizaine de piles s'élevaient de la plaine, qui continueraient de se consumer pendant la nuit pour que le travail recommence le lendemain matin. Ils avaient à peine gratté la surface, presque quinze-mille corps au total devaient être brûlés, moins les un ou deux milliers achevés lors de la fuite du Roi-Sorcier.
Le soir venu, Elewë retrouva Elphir autour du feu et passa à nouveau la nuit en sa compagnie. Exténuée par sa journée de travail et l'heure tardive, la jeune Elfe se fatiguait volontairement pour sombrer dans un sommeil sans rêve, et surtout sans cauchemars. Elle savait qu'elle ne pourrait fuir ainsi éternellement, mais jusqu'ici cela portait ses fruits, et elle n'avait pas encore l'envie ou l'énergie pour y faire face.
Cette routine continua ainsi plusieurs jours, jusqu'à ce que la plaine de Fornost se retrouve vide de corps. Avant de quitter l'endroit, Elewë jeta un dernier regard à la forteresse ayant causé la mort de tant de personnes. Elle espérait que tout cela vaudrait le sacrifice fait par des centaines de soldats.
Son bras allant beaucoup mieux, la Galadhrim pu aider à reconstituer partiellement les réserves de nourriture. Armée de son arc, elle sillonnait durant des journées entières les Hauts du Nord et les plaines alentour à la recherche de proies ou de plantes comestibles. Ses expéditions l'amenaient parfois à chevaucher à plusieurs heures du campement, mais elle finissait toujours par revenir le soir, qu'elle soit bredouille ou que la journée ait été fructueuse.
Elphir l'attendait chaque soir devant le feu, et Elewë sentait que le sentiment de solitude absolue l'ayant envahi quelques jours plus tôt s'estompait peu à peu, même si la douleur était toujours aussi vive. Elphir l'aidait progressivement à remonter la pente par sa gentillesse et sa spontanéité, et Elewë lui serait éternellement reconnaissante pour l'aide inconsciente qu'il lui procurait.
Quand elle pu enfin retirer son bandage et son écharpe et utiliser son bras normalement, plus d'une semaine avait passée et le départ se faisait sentir. La jeune Elfe aida à creuser les dernières tombes situées à quelques minutes de marche devant accueillir presque un millier de soldats tombés au cours de la bataille. Lorsque la majorité des blessés pu tenir debout et se déplacer pour rendre hommage aux morts, les enterrements commencèrent et durèrent plusieurs jours. Lorsque vint enfin le tour de Lindir, quelques jours avant le départ, Elewë était particulièrement bouleversée, et on lui fit plusieurs fois remarquer dans la journée à quel point elle était pâle.
Elewë avait fait ses adieux à Lindir la semaine précédente dans l'infirmerie, mais l'enterrer était admettre définitivement sa mort. Sa cape serrée autour d'elle cet après-midi là, la jeune Elfe se tint devant l'espace creusé qui ferait office de tombe. Aucun nom, aucun indice ne permettrait de reconnaître cette tombe une fois toutes les autres remplies, comme un brin d'herbe perdu dans l'immensité d'une prairie. Seule un immense stèle gravée indiquerait aux générations à venir ce que les hommes enterrés ici avaient accompli. On pourrait y lire jusqu'à ce que le temps et les éléments en aient raison les inscriptions suivantes : ''Aux braves soldats, Hommes et Elfes, ayant donné leur vie pour libérer l'Arthedain lors de la Bataille de Fornost''.
Un frisson courut dans le dos de Elewë lorsque le corps de son ami, couvert d'un drap, fut porté devant la tombe. Un tremblement incontrôlable prit alors possession d'elle, que la jeune Elfe essaya désespérément de refréner. Lentement, on le fit descendre jusqu'au fond du trou pour le déposer doucement. Avant que l'on ne recouvre son ami, Elewë essaya de maîtriser sa voix, pour lui offrir un dernier hommage, le poème elfique retentissant doucement dans le silence environnant, seulement entrecoupé par le vent venant les attaquer de ses ardeurs.
Lamassë elenëa lomëo
Hlaran òmar ohtarlon
I mahtanër huorenen
Umëa mornlë
Mana nortëa tallo?
Sì mornië entula
Vinya Antawa
I fairë caurëo tarsaryën
Ar uumin cenë uswë
Mallo tuluva cala?
Ma ëa er cala?
Dans l'écho d'une nuit étoilée,
J'entends les voix des guerriers
Qui combattirent avec courage
Les ténèbres maléfiques.
Que reste-t-il de tout cela?
Maintenant les ténèbres reviennent
Avec un nouveau visage.
Le fantôme de la peur me harcèle
Et je ne vois pas d'issue
D'où viendra la lumière?
Y a t-il encore une lumière? (3)
Ce poème était triste et sombre, mais Elewë n'avait rien d'autre lui venant à l'esprit, et trouvait qu'il reflétait assez tristement la situation. Quelques Elfes entreprirent après un moment de silence de recouvrir le corps, utilisant la terre creusée quelques jours plus tôt. Elewë resta le regard fixé sur la tombe tout le temps où cela dura, entendant difficilement les sons autour d'elle, comme si tout s'était arrêté.
Cette bulle temporelle fut rompue lorsqu'une main se posa sur son épaule, et en se retournant, la jeune Elfe eut la surprise de voir Annael se tenir derrière elle. L'Elfe avait le visage tiré et des cernes couraient sous ses yeux, et la même tristesse qui étreignait le cœur de Elewë se lisait dans ses yeux. La Galadhrim extirpa alors une main de sous sa cape et la posa sur celle de Annael pour la serrer, partageant ainsi une douleur commune. Gardant sa prise, Elewë se tourna à nouveau vers la tombe, et aucun des deux ne dit mot, cherchant simplement du réconfort auprès de l'autre personne ayant autant aimé Lindir. La jeune Elfe devina que cela serait le dernier contact qu'ils échangeraient tous les deux, la dernière fois qu'ils se verraient. L'espace d'un instant une trêve tacite interrompait leur querelle, qui depuis le début n'avait été menée que pour voler l'affection que Lindir portait à l'autre. Elewë esquissa un sourire. Son ami serait fier de les voir ainsi.
Annael finit par se retirer après que toute la terre soit retournée au sol et Elewë resta encore quelques minutes devant la tombe tandis que les Elfes passaient à la suivante. Au loin, Elrohir observait la jeune Elfe se tenir debout, la tête et les épaules affaissées. Il aurait tant souhaité pouvoir lui parler et la réconforter, mais il savait que cela aurait fait plus de mal que de bien. Son visage, si pâle, comme vidé de toute énergie, et son corps entier clamaient sa douleur. Mais ce qui fut le pire pour Elrohir, furent ses yeux.
Comme la semaine dernière dans la tente, lorsque personne ne se doutait de sa présence, l'Elfe vit la même tristesse briller dans ses yeux, mais surtout, tout l'amour que Elewë avait pour Lindir. Le Prince réalisa alors pleinement que malgré tout ce qu'elle avait pu se dire, Elewë aimait Lindir. Non pas de cet amour presque fraternel qu'elle clamait, mais d'un vrai et pur amour. Peut-être ne le réaliserait-elle jamais, mais Elrohir le comprit à cet instant là. Et il devina que jamais il ne pourrait espérer obtenir la même chose d'elle. L'Elfe se détourna alors, la laissant pleurer une dernière fois son ami.
La neige tomba dru durant cette nuit. Le lendemain matin, un épais manteau neigeux recouvrait les tentes et le campement, et il fut décidé que l'on ne pouvait attendre plus longtemps, qu'il fallait partir avant que l'hiver ne s'installe durablement et que les troupes soient bloquées par la neige. Le camp devint comme une fourmilière l'espace de quelques heures, les soldats courant dans tous les sens pour terminer de plier et ranger les tentes et préparer les montures pour le départ.
Quelques minutes avant que le cor ne retentisse, Elewë se rendit une dernière fois devant la tombe de Lindir, ayant mémorisé son emplacement. La neige avait également recouvert chacune des tombes, dessinant de petits tertres blancs espacés régulièrement. La jeune Elfe resta silencieuse quelques minutes devant la tombe de son ami, avant de lui parler pour la dernière fois.
« Adieu Lindir, je sais que l'on se reverra. Dans plusieurs années ou dans plusieurs siècles, on se reverra. Alors attends-moi, et ne fais pas trop de bêtises, » réussit-elle à murmurer.
Son capuchon rabattu sur son visage, ses cheveux s'extirpaient de ce dernier pour tenter de rejoindre les cieux, et sa cape volait dans son dos, portée par le vent chargé de flocons de neige. Une larme roula sur la joue de Elewë, qu'elle laissa glisser le long de son cou jusque dans le creux de sa gorge. Elle se promit que cela serait la dernière larme qu'elle verserait, car désormais plus aucune douleur ne rivaliserait avec ce qu'elle avait connu, et aucune larme ne mériterait d'être versée. La jeune Elfe se détourna alors, laissant derrière elle cet endroit qu'elle savait ne jamais venir revoir un jour.
(1) De 1851 à 1944 (3A), le Gondor a subi une guerre contre des Orientaux, nommés Gens-des-Chariots.
(2) On est d'accord je parle bien du Mordor, mais ne pas oublier qu'à l'époque Sauron n'a pas encore fait sa réapparition.
(3) Ce poème et sa traduction ne m'appartiennent absolument pas, je les ai trouvés sur un forum nommé 'de l'aube à l'aurore'
Et voilà ce chapitre est (enfin) fini !
J'espère qu'il vous a plu, même s'il ne s'y passe pas grand chose au final, je dois dire que ce chapitre était également ma façon de dire adieu au personnage de Lindir, qui au fil du temps, alors qu'il devait servir simplement de remplissage, a pris de l'ampleur et a su devenir mon personnage préféré. J'ai mi un peu de moi en lui, sa loyauté, sa passion, sa naïveté. Je dois vous avouer que jusqu'à il y a deux semaines à peine j'avais trouvé un moyen de ressusciter notre ami, mais j'ai finalement réalisé que cela n'aurait pas servi l'histoire. Comme quoi, c'est vraiment notre histoire et nos personnages qui nous contrôlent, je pense que tous ceux ayant déjà écrit me comprendront ^^
Anyway, si vous avez aimé le petit nouveau Elphir, si vous avez aimé Elladan et Elrohir, si vous pensez qu'en fin de compte Annael n'est peut-être pas un si grand connard, si j'ai réussi à vous faire pleurer (ah ah, on peut rêver!) ou si vous avez aimé ce chapitre pour une quelconque raison, n'hésitez pas à me laisser un petit message, ça ne vous prend qu'une minute et ça sublime ma journée.
Comme d'habitude l'éternel refrain où je vous dit ne pas du tout avoir la moindre idée de quand je publierai le prochain chapitre, alors soyez patients les loulous, et en attendant n'hésitez pas à passer jeter un coup d'œil à la traduction que j'ai commencée, un Boromir/OC nommé ''Une Rose parmi les Ronces'', je vous assure qu'elle vaut le coup !
Portez-vous bien les amis !
Mimi :)
