EH BIEN BONJOUR ! On se retrouve pour le chapitre 25 de cette fiction, en espérant qu'il vous plaise.
Merci encore à Ahriall pour m'avoir corrigé ( et aussi rapidement, sniff. )
Je mettrais un peu de temps à publier le 26, car à ce jour, je n'ai même pas ouvert un fichier au nom du chapitre, c'est pour dire !
Enfin, bonne lecture.
Jude.
Jude soupira en détaillant la feuille posée devant lui. Il jouait avec le stylo dans sa main depuis près de vingt minutes, sans oser faire couler son encre.
Il grimaça en laissant finalement son crayon retomber sur le bureau, puis il s'étira - juste pour perdre un peu de temps, pour ne pas faire face à ses mots trop durs, trop tranchants, trop froids, destinés à Caleb.
Pourquoi devait-il faire cette lettre déjà ? A part parce que Shawn avait passé une journée entière à lui dire de le faire - parce que lui, il l'avait fait, pour oublier Kévin, ne plus y penser, chasser les démons qui l'habitaient sans doute ?
Ca avait peut-être fonctionné pour lui, mais qu'est ce qui disait qu'il serait de même pour lui ? Il n'avait pas envie de reparler de Caleb - d'à quel point il l'avait aidé, relevé, redonné confiance en lui. D'à quel point il l'avait aimé, et d'à quel point l'autre l'avait, en définitive, détruit.
Après tout, ça fonctionnait toujours comme ça, non ? On s'attache toujours aux gens, et un jour ou l'autre, ils finissent par nous détruire - parce que c'est marrant, parce que c'est le cycle de la vie - s'aimer et se détruire, encore et encore.
Alors non, il n'avait pas envie d'écrire à Caleb, il n'avait pas envie de penser à lui - même si celui-ci finissait toujours par combler chacune de ses pensées, de ses soupirs, de ses pleurs. Même s'il ne quittait pas son coeur, Jude voulait au moins qu'il quitte son esprit.
Après plusieurs minutes, il délaissa finalement son bureau, sans lancer un regard à la feuille et au stylo abandonnés, se disant que se préparer un thé serait plus productif.
[...]
La lune éclairait sa chambre, la flamme de chaque bougie vacillant devant ses yeux.
Jude déglutit un peu trop bruyamment.
Son esprit était rempli, rempli - de trop de choses, de trop de pensées, de trop de mots - et il avait besoin d'extérioriser tout ça.
" Caleb, "
Rien qu'écrire son prénom sur cette feuille lui donna envie de pleurer, de hurler - et il pouvait entendre son coeur se briser un peu plus.
" Je t'ai vénéré, pendant longtemps. Je t'ai aimé - et mettre cette phrase au passé est un trop gros mensonge. Mais je préfère t'écrire au passé, parce que tu ne fais plus parti de ma vie - pour le moment. Je crois. Sûrement. Peut-être.
En fait, je n'en sais rien. Tu es encore trop présent pour que je t'oublie, que je raye ton prénom de mes souvenirs.
Je disais quoi, déjà ? Ah, oui. Je te vénérais.
Mais tu m'as fait, tellement, tellement de mal. Ca fait exactement un mois et trois jours qu'on ne s'est plus parlé - tu sais, depuis cette matinée où tu m'as lancé ces mots tranchants et plein d'amertume.
J'ai envie de te dire que c'est ta faute, seulement de ta faute. Mais je sais que j'ai ma part de responsabilité dans cette histoire.
Alors je vais m'excuser de ne pas avoir pris assez soin de toi, de ne pas avoir protégé la fleur de notre amitié - est-ce que je peux seulement parler d'amour ?
Je ne sais plus ce que je dois faire de ce nous, qui nous réunissait, il y a de cela quelques semaines.
Mais je ne veux pas le détruire. Alors je vais juste attendre ton retour, je crois, que tu viennes achever mon coeur - ou m'embrasser pour m'apprendre à voler une nouvelle fois.
Jude. "
Jude grimaça en reposant le stylo à côté de la feuille - et il fut presque surpris en voyant que celle-ci était mouillée, alors… Il porta sa main tremblante sur sa joue. Bien sûr.
Il soupira, enlevant ses lunettes pour frotter ses yeux fatigués et rougis par les pleurs, avant de plier le papier, et le ranger sous des vêtements.
Il savait qu'il ne donnerait jamais cette lettre à Caleb - par pur égoïsme, ou par peur, il n'en savait rien - alors autant la cacher loin de son propre regard amer.
Ce soir-là, il rêva de toucher les étoiles.
[...]
Jude s'affala presque sur son canapé, roulant sous le plaid qui était encore plié et bien rangé quelques secondes plus tôt, tandis que Shawn râlait à ses côtés parce qu'il n'avait plus de place.
Néanmoins, ce dernier jeta un regard inquiet à Jude, sans rien dire pourtant, se contentant de mordiller sa lèvre doucement. La châtain, lui, soupira, exaspéré. Il venait de rentrer d'une journée épouvantable - et il avait dû refuser les avances d'un homme un peu trop entreprenant. De plus, son patron lui avait encore refilé un dossier - et il savait d'ores et déjà qu'il n'en dormirait pas pendant des semaines.
Génial. Il en était fabuleusement heureux. Il grogna en se relevant, sous le regard interrogateur de Shawn, reprenant son manteau.
Il lança un " J'ai besoin de me changer les idées, je reviens pour manger. " pour que son ami ne s'inquiète pas plus que ça, et sortit de l'appartement en retenant l'envie de dégonder la porte violemment.
Jude souffla, avant de prendre une grande inspiration. L'odeur de la ville, du béton fraîchement mouillé par la pluie s'insinua entre ses sens, au même rythme que les passants qui profitaient du soleil timide et du vent joueur, les enfants qui s'amusaient dans les flaques d'eau, vêtus de leurs bottes aux milles couleurs - et tout d'un coup, le monde lui sembla plus apaisant, pour lui.
Il sourit, un peu - chose qu'il ne s'était pas autorisé de faire depuis un mois - avant de glisser ses mains dans ses poches, marchant sans but dans la ville.
Il n'était pas très tard - aux alentours de dix-sept heures, sûrement - alors les rues n'étaient ni bondées de travailleurs pressés de rentrer chez eux, ni trop calmes non plus pourtant - et, parfois, Jude se décalait un peu, pour laisser passer une famille sur le trottoir.
Et alors qu'il arpente les rues, il comprend ce qu'il se passe. Il suffoque un peu - parce qu'il a replongé dans l'océan. Un océan tyrannique, aux profondeurs sombres, avec ces milles et une espèces qui ne cessent de le regarder, le chercher, le provoquer, pour le blesser, le laisser mourir de ses plaies et le dévorer.
C'est ce qu'il ressent depuis un mois. Parce que Caleb n'est pas là, à essayer de le repêcher, le remonter à la surface, lui sortir la tête hors de l'eau, profiter du soleil et des vagues douces, de la couleur de la mer délicate, de ce turquoise presque idyllique.
C'est là, dans la rue, pétrifié sous la fine pluie qui s'est enfin décidé de s'échapper des nuages orageux, qu'il se rend compte que la seule personne qui lui permet de ne pas se noyer, c'est Caleb.
Alors ses talons raclent le sol, tandis qu'il fait demi-tour, le vent et la pluie flottant sur son visage fatigué - et il court, tel un ange qui fuit le combat des démons. Il court, pendant un long moment, jusqu'à que son coeur lui fasse mal, que ses jambes tremblent sous l'effort. Son regard se relève alors lentement, comme si une peur soudaine venait de prendre place dans son coeur, dansante dans son corps, et ses yeux éclatants de larmes percutent soudain la douce aura du bar.
Et bien sûr, Caleb est là, avec ses yeux indescriptibles, le dos droit - mais il sait, à la lueur de la nuit, que son regard est cerné et fatigué.
Et il s'approche, et il sait que le monde autour de lui cesse de tourner, quelques instants. Il n'a alors que ces instants de répit pour se rapprocher de Caleb, doucement, au rythme léger des battements de son coeur.
Et lorsqu'il se retrouve, là, tout, tout près de lui, que son interlocuteur le voit, et ne dit rien, n'ose faire aucun geste - par peur, appréhension, curiosité ? Jude n'en sait rien. Seulement, il ne s'arrête pas - et tandis que le monde autour d'eux reprend peu à peu de ses couleurs, il souffle " Je t'aime " que le vent emporte avec lui, pour le murmurer aux étoiles cachées.
Rebonjour.
C'est juste un petit PS : la fin, qui est au présent, contrairement au reste de la fic et du chapitre, n'est pas une erreur. Voilà voilà, dabisou !
