Chapitre 25

Palaemon passa en courant dans les rues d'Éphèse comme s'il avait été lui-même une harpie affolée avant d'atteindre la zone du marché centrale. Là, parmi la foule, il s'efforça de se calmer, et de se mêler à l'activité ambiante. Il essuya la sueur sur son front avec sa manche et se rendit compte qu'il devait absolument changer de vêtements. Son uniforme de Capitaine était reconnaissable de loin et beaucoup trop visible.

Il commença à chercher un vendeur de vêtements. Palaemon décida de se faire passer pour un Éphésien. La coloration de sa peau le trahirait, le rendant même encore plus suspect. Au lieu de ça, il chercha un marchand grec. Quand il en trouva un, il se glissa à l'intérieur de sa tente, essayant de disparaître de la circulation. Le marchand recula en voyant un officier de la Garde Royale. "Comment puis-je vous aider ?" Le ton insolent qu'avait employé l'homme indiquait clairement qu'il ne souhaitait pas vraiment être d'aucune aide.

Palaemon fronça les sourcils, n'ayant pas envie de négocier avec l'hostilité de cet homme en plus de tout le reste. "J'ai besoin de me trouver de nouveaux vêtements de voyage."

L'homme hésita, "Pourquoi ? La Conquérante ne vous autorise pas à porter autre chose que vos uniformes." Il ne voulait rien avoir à faire avec un déserteur. Déjà que la Conquérante était assez terrifiante quand on était dans ses bonnes grâces, qu'est ce que se serait avec un inconnu qui ne l'était pas. Il ne voulait pas avoir affaire à elle d'aucune façon.

Palaemon appuya un couteau sur la gorge du marchand et lui envoya son souffle chaud sur le visage. "Ne m'oblige pas à te prendre tes propres vêtements."

Les mains du marchand se tendirent devant son corps, indiquant qu'il allait obtempérer. "Prenez tout ce que vous voulez et partez."

Palaemon hocha vivement la tête, rengaina son poignard et choisit une tunique qui semblait lui aller. Une fois son choix fait, il se déshabilla et se changea. S'assurant que ses armes étaient toujours clairement visibles, il passa un peignoir sur ses épaules et l'ajusta convenablement. Puis il partit aussi furtivement qu'il était arrivé.

Le marchand lâcha un soupir de soulagement, très reconnaissant d'être toujours vivant. En se prenant la tête dans les mains. Il sursauta quand quelqu'un entra à nouveau dans sa tente. "Par les Dieux, ne me fais plus jamais ça," gronda-t-il à son visiteur.

L'autre grec inclina la tête avec bienveillance. "Est-ce que ça va, Arrol ?"

L'homme haussa les épaules, "je pense que oui."

Palaemon n'était pas certain de savoir comment faire pour retrouver Gabrielle, mais il savait que le temps pour les subtilités était depuis longtemps passé. La lueur démente dans les yeux de sa régente avait transformé son cœur en pierre, et il savait combien celui de Xena était devenu de glace en l'espace d'un instant.

Le seul point de départ logique pour sa recherche était le temple. Le dernier endroit où Gabrielle avait été vue, si Cefan disait vrai, corrigea-t-il mentalement. Il ne pouvait pas comprendre ce qui c'était passé avec son lieutenant. Pourquoi a-t-elle amené Gabrielle au temple pour commencer ? Cefan savait que la Conquérante projetait d'aller au temple pour embêter les Amazones. Pourquoi a-t-elle délibérément mit Gabrielle dans une situation dangereuse ? À moins de vouloir elle-même se rapprocher de l'action. Cefan n'était pas particulièrement enchantée de son assignation du jour.

Les rues et ruelles transversales fournirent un itinéraire un peu plus sûr pour le Capitaine. Éphèse était peuplé d'une grande quantité de résidants et les rues étaient bondées de gens qui vaquaient à leurs occupations. En se déplaçant avec assurance, mais pas trop rapidement, Palaemon réussit à se fondre dans la foule. Il regrettait ne pas avoir quelque chose pour couvrir sa tête, mais ce n'était pas la coutume chez les hommes Éphésiens et cela servirait seulement à attirer l'attention sur lui.

La culture multi-ethnique d'Éphèse servit bien au Capitaine. Un peu paniqué, il ne prêta pas attention aux vêtements colorés et brillants des hommes et des femmes. Il ne s'arrêta pas non plus pour examiner la multitude de stands qui offraient de petites statuettes d'ivoires représentant Artémis et son temple. Un petit quartette de musiciens jouait des airs religieux près de la Porte d'Agora et il ne fit pas non plus de pause pour les écouter. Tout ce que fit Palaemon fut de se concentrer brièvement sur chaque personne qu'il rencontrait, pour déterminer s'ils représentaient une menace potentielle.

Il attendit que le crépuscule soit tombé avant de s'approcher du temple. Il était heureux de ne pas avoir vu ou même rencontrer n'importe laquelle des troupes de la Conquérante qui devait fouiller la ville à sa recherche. Peut-être, avait-elle décidé de le laisser faire. Palaemon secoua la tête, pour chasser cette idée ridicule. Il n'avait jamais vu Xena relâcher une proie. Et ceux qu'elle pourchassait, elle les retrouvait toujours. Le parcours à travers l'allée à découvert du temple serait le trajet le plus dangereux qu'il n'ait jamais emprunté.

Inspirant une longue bouffée d'air et se rappelant qu'il protégeait non seulement sa propre vie, mais aussi celle de Gabrielle, Palaemon emprunta la promenade à vive allure.

Il était à mi-chemin quand il entendit un rire insignifiant. "Penses-tu vraiment qu'elle voudra de toi maintenant qu'elle est retournée parmi ses Amazones ?"

Palaemon stoppa net et dégaina son épée, puis se retourna en direction de la voix. "Cefan, pourquoi fais-tu ça ?"

L'Égyptienne sortie des ombres au pied du temple. Elle avait attendu là pendant plusieurs marques de chandelles, sachant que s'était la seule destination logique pour Palaemon. "Juste à penser que je t'admirais. Maintenant je te méprise." Son épée se balança dans un arc paresseux devant elle.

"Il doit y avoir une explication à tout ceci, Cefan. Penses-y."

"Je l'ai fais. Et la Conquérante m'a demandé de lui apporter ta langue perfide." Sur ce, Cefan s'avança en balançant son épée et le visa à la tête.

Palaemon para rapidement son coup avec son épée. Il recula de quelques pas et nota que plusieurs Amazones étaient maintenant debout au sommet de l'escalier. Se rappelant que ce n'était pas un combat d'entraînement, il feinta et frappa sur la droite en tentant de la désarmer.

Son coup porta et le métal vibra dans les mains de Cefan, mais elle tint bon. Ils commencèrent à échanger des coups, le bruit du métal chantait dans l'air du soir créant une musique funeste pour leur danse mortelle.

Ils se tournèrent autour l'un et l'autre, évaluant les forces et les faiblesses qu'ils connaissaient bien pour avoir combattu côte à côte pendant plusieurs années. Elle savait qu'il préférait parachever un cycle rapide de coups, pour étourdir et fatiguer son adversaire. Il savait qu'elle aimait frapper bas et happer son ennemi, afin de pouvoir lui trancher la gorge. Pendant de longues minutes ils se battirent, n'obtenant ni l'un ni l'autre l'avantage.

Un heurt de métal et ils se retrouvèrent appuyés l'un contre l'autre, leur épée embrouillés. "Arrête cette folie, Cefan," plaida Palaemon.

"Jamais," elle jura, se débattit, se libéra enfin et lui donna un coup de pied derrière la jambe, essayant de lui faucher les pieds.

Le Capitaine sauta par-dessus sa jambe et abattit son épée à l'arrière de sa cuisse comme elle passait. Il sentit sa lame trancher sa chair et l'Égyptienne hurla de douleur. "Cefan, va-t-en. Je ne veux pas te tuer."

Elle réussit à se remettre debout, en mettant son poids sur sa jambe gauche et indemne. Le sang coula abondamment de la blessure, mais elle sembla ne pas remarquer le sable souillé au-dessous d'elle. "Allez Capitaine. Battons-nous." Cefan resta là sans bouger à attendre qu'il se déplace à sa portée.

Palaemon, comprit qu'il avait blessé son adversaire, et continua à s'éloigner d'elle, augmentant ainsi la distance entre eux. "Je ne te tuerai pas, Cefan. Pas tant que je n'y suis pas forcé."

"Sois damné, Palaemon ! Bats-toi !" Cefan se déplaça pour décroître la distance entre elle et le Capitaine, mais sa blessure était trop profonde et elle avait déjà perdu beaucoup trop de sang. Sa jambe se déroba sous elle et elle tomba par terre.

En Atteignant l'escalier, il jeta un coup d'œil aux Amazones qui étaient toujours debout prêtes à attaquer. Il rengaina son épée et se retourna pour monter l'escalier.

Comme il se tourna, il sentit qu'un poignard s'enfonçait dans son bras. Hurlant de douleur, il stoppa son ascension. Il tomba à genoux sur la surface de marbre dure, gémit un peu puis retira la lame de sa chair. Déchirant une bande de tissu de sa tunique, il l'entoura autour de son bras blessé et l'attacha solidement.

C'est à ce moment qu'il remarqua qu'il était entouré par un mur vivant d'Amazones. Et elles ne semblaient pas trop heureuses de le voir là, sur leur site sacré.

La Conquérante rencontra Charis et les sentinelles comme prévu pour revoir leur plan d'attaque du lendemain matin. Depuis la défection de Palaemon, Xena avait retravaillé les détails pour que ses connaissances soient inutiles aux Amazones ou aux Romains.

Elle avait attendu un mot sur la capture ou la mort de Palaemon pendant le reste de l'après-midi, mais rien de tel n'était venu. Quand le soleil glissa sur l'horizon rougeâtre, la Conquérante sut que le moment de faire quelque chose était venu. Elle convoqua ses Gardes Royales et elle se tint là debout devant eux, sa peau miroitant sous le soleil couchant. "Le temps est venu pour nous, de détruire la Nation Amazone.