Bonsoir !

Voilà un chapitre dont je suis vraiment contente, non pas tant parce qu'il serait très réussi ou super innovant, mais parce que j'ai aimé l'écrire, je me suis sentie émue en le réalisant, « bêtement » touchée par ces petits moments simples que vivaient les personnages…

Et comme j'ai bon espoir que cela vous plaise aussi, je me dis que c'est un joli moment que nous allons partager.

Je vous laisse à votre lecture, et vous dis au passage encore merci pour votre fidélité et surtout votre attachement très tendre à cette histoire… Ca me touche beaucoup !

Disclaimer : la plupart des personnages et lieux cités sont à J.K. Rowling.

Rating : M (Comment ça, « il était temps ? » ! lol)

Dédicace : ma chère Ssounette, pour te souhaiter de bonnes vacances (au Snaky paladium, s'pas ? Chanceuse, va !), je t'offre ce nouveau chapitre… Et tu verras, contrairement à ce que tu craignais, point de fromage de chèvre à l'horizon (Merlin, tu détestes ? C'est un des fromages que je préfère ! Mais bref, là n'est pas le sujet…). D'autres éléments de décor plus… champêtre, ce sont glissés dans cette suite, qui, je l'espère, t'enchantera : ) Pleins de bisous à toi !

Bonne lecture à tous…


Destination ailleurs

Chapitre 25 : Un grand cru

Depuis trois jours à présent, Harry Potter et ses amis redoublaient d'efforts et d'ingéniosité pour aider le vieux McDonald à remettre à neuf la ferme de son vieil ami. Le temps était au beau fixe, les oiseaux gazouillaient, l'entente était parfaite et harmonieuse, et tout se déroulait dans la joie, la bonne humeur et l'allégresse les plus totales…

« AÏEUH ! Ce c###### de lapin m'a encore mordu le mollet ! » hurla Draco, tout en menaçant le rongeur de sa fourche.

« Draco, lâche cette fourche tout de suite ! Tu vas blesser quelqu'un avec… » intervint Harry, depuis l'échelle sur laquelle il était perché. Il finit d'ajuster la tuile qu'il était en train de replacer sur le toit, tout en marmonnant, inquiet et désespéré : « Et tu risques surtout de te blesser, toi. »

« Tu ne vas pas prendre la défense de ce lapin, quand même ! » fit, outré, le blond, en direction de son petit ami, qui feignit alors de ne pas l'avoir entendu, pour poursuivre sa tâche (sans quoi, d'ailleurs, ils passeraient encore une nuit à dormir dans la grange avec la pluie nocturne filtrant à travers le toit en gruyère).

Dobby, délaissant le petit parterre de fleurs qu'il était en train d'entretenir, trottina jusqu'au Serpentard, se mêlant de la conversation d'un ton réprobateur :

« Et pas qu'un peu, qu'il a raison, monsieur Potter, de défendre ce pauvre lapinou. Si monsieur Malefoy n'avait pas marché sur la queue de l'animal, il ne se serait pas fait mordre… »

« Mais je lui ai marché sur la queue il y a trois jours, et en plus, je n'ai pas fait exprès ! Il n'arrêtait pas de venir se rouler sur le dos sous mes pieds pendant que je balayais son fichu clapier tout pourri. Quelle reconnaissance, d'ailleurs… » pesta-t-il, en jetant un regard mauvais au lapin, qui lui montra alors les dents (de devant) d'un air féroce.

L'elfe haussa les épaules, et temporisa :

« Ben, peut-être que le petit lapin voulait montrer sa joie que son habitat soit nettoyé, justement… Faut pas voir le mal partout, monsieur Malefoy. »

L'arrivée du vieux McDonald mit heureusement fin à cet échange qui aurait pu -comme tant d'autres- être houleux. L'homme balaya du regard l'avancée des travaux, et ne put retenir un sifflement d'admiration. Tout en remontant sur son front son chapeau de paille (qui arborait maintenant une belle pâquerette sur le côté, grâce -ou à cause- des bons soins de Dobby) il annonça :

« Mes p'tits gars, j'crois bien que vous m'avez filé là un sacré coup de main ! J'me sens bien d'continuer tout seul, maintenant, vous savez… »

« Mais… » fit Draco, presque peiné. « Ca ne nous gêne pas de continuer à… » Il s'interrompit comme le fermier secouait la tête négativement.

L'homme s'avança jusqu'à l'adolescent, et lui tapota doucement l'épaule :

« Vous m'avez déjà tant aidé, tu sais. Et puis, faut bien qu'la vie continue, qu'on suive chacun notre route, et tout ça, quoi… » Il raffermit sa prise sur l'épaule de l'autre en voyant Draco s'assombrir un peu, et il lui souffla : « J'vous remercierai jamais assez pour tout ce qu'vous avez fait. »

« C'est vous qui avez fait beaucoup… » marmonna Malefoy, presque machinalement, en détournant le regard.

« Nos discussions vont m'manquer, p'tiot, crois-le bien. » sourit McDonald, avant d'ajouter : « Et puis, vous avez encore de la route à faire, s'pas ? Ton ami n'a pas encore atteint le bout de son voyage… »

A ces mots Draco regarda l'homme, un peu surpris, avant de tourner la tête vers Harry, qui s'était arrêté de travailler et l'observait depuis son échelle avec un visage bienveillant.

« Et toi non plus, tu n'as pas fini ton cheminement. » affirma le vieil homme au blond. Ce dernier réfléchit un instant, puis se contenta de hocher la tête, trop ému pour ajouter quoique ce soit.

Intervenant avec sa pétulance habituelle, Dobby s'exclama alors :

« Et pour fêter le dernier jour ici, un grand festin attendra tout le monde ce soir ! » Devant l'air étonné de Harry qui venait de descendre du toit pour rejoindre les autres, l'elfe ajouta : « Oui, monsieur McDonald et Dobby ont décidé de concocter un panaché de leurs meilleures recettes… »

Le visage de Draco se contracta immédiatement en une grimace horrifiée, tandis que son estomac gargouillait d'angoisse à l'avance. Harry ne put s'empêcher de rire, même s'il compatissait en même temps… Mais lui ayant été habitué à manger de tout, et cuisiné à peu près n'importe comment, ne se faisait pas de souci pour son propre estomac.

Le soir tomba doucement, et le brun se mit à dresser une table aussi jolie que possible dans la cour de la ferme, pendant que McDonald et Dobby s'affairaient aux fourneaux. S'arrêtant un instant pour profiter de ce moment de calme, Harry respira doucement l'air environnant. Enfin nettoyée, la ferme dégageait maintenant de bonnes odeurs -certes toujours fortes, mais si agréables en même temps : le foin fraîchement coupé, les aromates plantés dans le jardinet, les cuves de lait stockées dans l'enclos à vaches, l'odeur de la soupe sortant par la fenêtre…

Autour du bâtiment, les animaux étaient toujours aussi à l'aise dans leur environnement : les cochons se pressaient autour de la mangeoire toute neuve que leur avait bâtie le Survivant, et mangeaient tous en chœur, tandis que les vaches profitaient d'un moment de liberté pour faire une dernière petite sieste dans leur pré avant d'être rentrées. Les lapins couraient les uns après les autres, passant sans la déranger devant Lily qui dormait à poings fermés sous un banc posté sous une des fenêtres de la bâtisse. Dans un arbre voisin, on entendant Hedwige converser avec deux merles.

En comptant distraitement les lapins, qui s'amusaient sous la table et les chaises qu'il avait dressées, Harry constata qu'il en manquait un. Jetant un œil au lavoir au bord du champ, le jeune homme y aperçut le fameux lapin, en train de s'approcher furtivement de Draco, debout, de dos, en train de contempler le paysage. Le brun hésita entre crier pour avertir son compagnon, ou le laisser profiter de la quiétude des lieux, et détourner l'attention du lapin…

Il opta finalement pour le jet de petit cailloux et bouts de bois à côté du lapin pour attirer son attention. L'animal finit par se tourner vers les projectiles, qu'il regarda avec suspicion, avant de tortiller de l'arrière-train, et de se jeter sur une des branches pour l'attaquer sauvagement, comme s'il s'agissait d'une véritable proie.

Un peu surpris de l'attitude de ce rongeur, s'apparentant plus à celle d'un chien ou d'un chat, le Survivant finit par l'ignorer, constatant que Draco n'avait pas bougé de sa place. Un peu inquiet, il parcourut les quelques mètres qui les séparaient, et vint doucement poser sa main sur l'épaule du blond.

« Ca va, Draco ? »

L'adolescent se contenta de hausser les épaules, sans se retourner vers Harry. Ce dernier sentit qu'il avait la gorge serrée, et enlaça alors doucement sa taille, s'appuyant contre son dos.

« Je sais que ce n'est jamais facile de partir. Surtout quand on se sent bien quelque part. Et pardon de t'obliger, par égoïsme, à me suivre, quand j'ai besoin de poursuivre ma route. Merci de le faire, mais pardon de t'obliger à laisser tant de choses derrière toi. »

Malefoy saisit bien le double sens des paroles de Potter, et sentit également qu'il n'attendait pas de réponse. Ils restèrent un moment comme ça, en silence, sans rien demander de plus à la vie pour le moment.

Elle leur donnait et leur prenait déjà tant. Les deux sentaient confusément qu'il y avait un certain équilibre dans tout ça. Et qu'au fond, il valait mieux ne pas se poser trop de questions.

Et vivre, tout simplement.

« A TABLE ! » appela enfin Dobby.

Draco eut un petit sursaut angoissé, mais se détendit quand Harry glissa sa main dans la sienne, en lui murmurant :

« Allez viens… Allons profiter de notre dernière soirée ici. »

Malgré les craintes du blond, le repas fut délicieux. McDonald leur avait préparé un vrai repas du terroir, mettant à l'honneur tous les produits de sa ferme et ceux que la nature environnante pouvait leur offrir… Et, même si ses galettes de maïs restaient un peu sèches, le tout se mangeait avec appétit et gourmandise. Dobby également avait misé sur des choses simples, et avait réussi à ne pas trop ajouter de sa patte personnelle dans la préparation de ce qui se révéla finalement bien être un vrai festin…

A la fin du repas, le vieux fermier retourna dans sa cuisine chercher une bouteille de vin qui, si on en jugeait par l'étiquette et la couche de poussière accumulée sur le flacon, dormait là depuis de nombreuses saisons… Il sourit, et indiqua, tout en se lissant la moustache avec fierté :

« Voici un grand cru que mon ami gardait pour un jour spécial… Pour quand il aurait fini cette ferme, je suppose. » Il fixa un moment la bouteille, songeur, et aucun de ses invités n'osa troubler sa plongée dans ses souvenirs. Enfin, il murmura, presque solennel : « Je crois qu'il est temps de l'ouvrir. De boire à sa santé. » Il inspira une grande bouffée d'air, comme pour refouler des larmes naissantes, et s'adressa de nouveau aux autres : « Il est temps d'boire à votre santé à tous ! »

Il attrapa son couteau pour ouvrir la bouteille, mais Draco se leva et tendit le bras vers l'homme. McDonald leva un sourcil, surtout étonné par l'air grave de l'adolescent.

« Permettez ? » demanda seulement Malefoy, avec sérieux.

McDonald hocha la tête et lui tendit la bouteille. Attrapant son propre couteau, Draco ouvrit avec dextérité et application le vin, sans rien ajouter. Harry regarda son compagnon faire, se sentant à la fois ému et apaisé par le geste qu'effectuait le blond.

Ce dernier laissa ensuite leur hôte servir un verre à chacun, et porter le premier toast.

« J'lève mon verre à cette rencontre un peu étrange mais fort porteuse que nous avons eu. J'ai pas bien les mots pour vous dire merci pour ce qu'vous avez fait, mais l'cœur y est, et tout ça… » Il leva son verre et ajouta, la voix rendue un peu plus bourrue par l'émotion : « A vous ! Qui que vous soyez réellement, et quelle que soit votre route… Merci pour tout mes p'tiots maraudeurs ! »

Les trois autres levèrent leur verre, et crièrent en chœur, avec bonne humeur et déjà une pointe de nostalgie :

« Santé ! »

Un moment plus tard, l'apéritif terminé, et alors qu'arrivait le plat principal, Harry se pencha vers Draco, et posa sa main sur le bras du blond pour l'empêcher de se resservir du vin. Malefoy leva un regard étonné vers son petit ami.

« Ne bois pas trop, Draco. » Le brun leva son propre verre, cette fois rempli de jus de fruit, et murmura dans un sourire : « Profite, pleinement. »

Draco regarda l'autre pendant un moment, puis hocha la tête, et reposa la bouteille de vin.

Le repas se déroula dans une ambiance chaleureuse et animée, si bien que les heures défilèrent sans que personne ne s'en rende compte. Il fallut rapidement allumer une lanterne dans le jardin pour y voir plus clair.

Tandis que Dobby et McDonald, un peu avinés, échangeaient des recettes de cuisine et des conseils pour s'occuper des bêtes, et que Lily dormait sous la table, son petit ventre gonflé de tout le lait au miel qu'elle avait bu ce soir, Harry se pencha vers Draco, qui digérait tranquillement en regardant le paysage, ses doigts entrelacés à ceux du brun.

« Pssttt, Draco, si on s'éclipsait ? »

« Oh, tu es fatigué ? C'est vrai que si tu veux qu'on parte tôt demain matin… »

Le brun rit doucement, et murmura à l'oreille de l'autre :

« Oh non, je ne suis pas fatigué, loin de là… »

Si Malefoy n'avait pas vu l'autre boire du jus de fruit toute la soirée, il aurait juré que les yeux pétillants de Potter étaient dûs au vin. Cette ambiance électrisante et taquine entre eux lui rappelait la soirée au bord du lac à jouer à « Je n'ai jamais… ». Mais ce soir, ni l'un ni l'autre n'était ivre, et…

Et si le brun voulait…

Tout en suivant son compagnon, qui l'entraînait silencieusement jusqu'à leur chambre de fortune dans la grange, sous les toits, Draco sentit son cœur battre plus fort.

Harry voulait-il reprendre là où il avait arrêté le blond, ce soir où justement ils avaient tous deux trop bu ?

Ne voulant pas se faire de faux espoirs, et bien décidé à suivre les désirs de Potter (après tout, le suivre dans ce voyage n'impliquait que ça, quasiment), Malefoy se promit de ne rien tenter. De ne rien exiger. Même si la douceur de cette soirée, l'air mutin de Harry, l'intimité que leur offrait la grange, tout contribuait à créer une atmosphère propice à lui donner envie de se rapprocher encore plus du brun.

Une fois grimpés à l'échelle les menant dans les tas de foin, ils refermèrent le battant de bois derrière eux.

« Tu veux qu'on allume une des lanternes ? » demanda Draco, en chuchotant.

« Pas la peine. » répondit Harry aussi bas. « J'ai une surprise. » Il invita son compagnon à le rejoindre dans le ballot de paille qu'ils s'étaient octroyés pour dormir ces derniers jours, et chassa les quelques fétus qui s'étaient collés sur la vieille couverture prêtée par McDonald.

Draco s'allongea aux côtés de Harry, et lui sourit doucement. Le brun se pencha pour l'embrasser, puis lui souffla :

« Regarde… »

Dans la pénombre, le blond distingua que le bras du Survivant indiquait le plafond. Il leva alors les yeux, et retint une exclamation de surprise en découvrant un vasistas creusé dans le toit.

« Mais… quand as-tu… ? »

Le rire de Harry résonna doucement contre la joue de Draco, qui frissonna de sentir le jeune homme blotti contre lui. Tournant de nouveau la tête vers l'ouverture, qui laissait entrevoir un bout de voie lactée, le brun éluda la réponse, se contentant de dire avec un immense sourire :

« J'avais juste envie de t'offrir les étoiles, ce soir… »

Le blond ne sut que dire. Il était bien évidemment extrêmement touché, mais il avait encore si peu l'habitude d'être l'objet de tant de gentillesse sincère que cela le laissait toujours un peu désemparé. Dire merci n'était pas une chose aisée pour lui, être redevable une chose si peu familière… Pourtant, il voulait montrer à l'autre que cette attention lui allait droit au cœur.

Malefoy se contenta de contempler les étoiles, soulignant simplement avec ironie et gratitude à la fois :

« C'est agréable de pouvoir dormir à la belle étoile… avec un toit au-dessus de la tête ! » Il rit de sa propre remarque, mais sursauta en sentant Harry l'enlacer doucement mais fermement.

« Encore désolé de t'emmener de nouveau sur les routes, dès demain… »

Un peu décontenancé du ton soudain si sérieux et presque triste de l'adolescent, le blond fit, en ricanant gauchement :

« De toutes façons, je ne comptais pas vivre dans cette ferme moisie toute ma vie, tu sais, Potter ! McDonald est un brave homme, mais je préfère la compagnie de personnes plus… »

La prise se raffermit autour de sa taille :

« Je sais que ça te touche, Draco. Moi aussi ça me peine un peu de partir, mais je me dis qu'on a tant de choses à découvrir, tant de choses à vivre… ensemble… »

De nouveau, les lèvres du brun trouvèrent celles du blond, et cette fois Malefoy ferma les yeux, délaissant les étoiles pour se concentrer pleinement sur les sensations que lui offrait Potter, décidemment particulièrement câlin ce soir.

Impression qui se confirma quand le brun roula doucement sur le côté, pour passer ses jambes de chaque côté du bassin de son partenaire, s'asseyant ainsi sur lui. Rouvrant les yeux, Draco distingua les yeux brillants de Harry dans la pénombre. Aucun des deux ne parlait plus, seul les bruits de la nature se faisaient encore entendre.

Et puis, le bruit du tissu quand Harry retira son T-shirt, le passant par-dessus sa tête avant de l'abandonner plus loin dans le foin.

Un souffle qui se coupe brusquement quand la main du brun passa sous la chemise du blond… avant que le cœur de ce dernier ne se mettre à battre plus fort, comme s'il voulait s'arracher de sa cage thoracique.

De nouveau, un baiser. Plus long. Plus appuyé. Plus exigeant et impatient.

Le craquement de la paille sous la couverture, quand les corps s'alourdissent, se mouvant doucement pour mieux s'enlacer.

Le souffle -de qui ?- qui se hachure… La respiration -de l'autre ?- plus haletante… Tandis que les mains du brun viennent faire cliqueter la boucle de ceinture du blond, qui laisse, lui, ses mains descendre le long de la colonne vertébrale d'un Survivant dont une fine couche de sueur recouvre déjà la peau dénudée.

« Harry, je… »

« Mmh ? » répliqua distraitement l'interpellé, tout en descendant de quelques centimètres le pantalon sur les hanches fines de l'autre.

« Harry, je… écoute-moi ! » s'exclama Malefoy plus fort, attrapant pour les bloquer les poignets de Harry, qui partait déjà explorer plus bas que la décence ne le permettait. L'assurance sensuelle des émeraudes vacilla un instant, sous les rayons laiteux de la lune qui filtrait maintenant par la lucarne.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » balbutia à voix basse Potter, perdu et anxieux. « Ca ne te… tu ne veux pas ? »

Draco secoua la tête : « Si, bien sûr ! Mais j'ai… je n'ai pas envie de te perdre. »

« Tu ne me perdras pas ! » s'offusqua presque le brun en retour.

Malefoy se rassit doucement dans la paille, gardant un bras enlacé autour de la taille de Harry pour ne pas qu'il tombe. Embrassant doucement le torse nu de son compagnon, et le laissant jouer en retour avec ses cheveux, Draco ajouta dans un soupir :

« Harry, je vais être franc. Ca ne fait pas quinze jours qu'on est partis, que… Que nous sommes maintenant loin des ennemis que nous étions, et… »

« C'est rien de le dire ! » rit le Survivant, tout en mordillant le cou pâle.

« Nous sommes ensemble, mais c'est encore flou dans ma tête… » gémit le blond, déjà transporté par les caresses et baisers de l'autre, qui ne se calmait pas vraiment. « Harry, je suis complètement paumé ! Je ne sais même pas si j'ai envie que tu sois réellement mon… mon quoi ? Mon petit ami ? C'est si bizarre de dire ça ! »

« Alors ne le dis pas… » souffla Harry tout en faisant de nouveau face à son partenaire. Le visage du brun était calme, quoique légèrement triste. « Je ne t'oblige à rien, et je n'exige rien, Draco… Je pensais juste que, comme moi, tu aurais peut-être envie que… »

« Mais oui ! Par Merlin Harry, je ne suis sûr de rien, si ce n'est que tu m'affoles complètement ce soir ! » s'écria le jeune homme avec spontanéité.

Harry éclata de rire, et collant son front à celui de Malefoy, il souffla, une fois calmé :

« Alors, pourquoi ne pas juste arrêter de penser, maintenant ? »

« C'est que… j'ai peur que mes vieux instincts reprennent le dessus. » avoua l'autre avec franchise. « Pour ne rien te cacher, j'ai peur de te faire du mal, ou d'être méchant… et surtout, d'en avoir envie. Excuse-moi, Harry… Je comprendrais que tu me mépri… » Un baiser l'empêcha de finir sa phrase.

« Je te fais confiance. Peu importe ce que tu fais… tant que tu restes avec moi. »

De nouveau, cette acceptation pleine et franche. Ce don de soi, sans condition, et sans reddition non plus. Draco Malefoy avait beau connaître Harry Potter, il pensa ce soir qu'il ne se ferait jamais au caractère si entier et généreux de l'autre.

Mais au fond, était-ce vraiment grave ?

Repoussant doucement son compagnon sur la couverture, et venant se blottir de nouveau tout contre lui, Harry murmura, plantant ses prunelles dans celles, encore perdues mais pleines de désir, de Draco :

« Emmène-moi dans les étoiles ce soir, s'il-te-plaît… »

Malefoy plongea son regard dans celui de Potter, l'y ancra pour ne plus le lâcher.

« A vos ordres. » répondit-il dans un sourire séducteur.

Il fit ensuite basculer le Survivant dans leur lit de fortune, et sentit, sans qu'il puisse vraiment l'expliquer avec rationalité, son érection s'intensifier quand le brun éclata de rire en sentant la paille le chatouiller. Achevant d'ôter le pantalon de Harry d'un geste maladroit mais impatient, Draco resta bloqué un instant en redécouvrant le corps nu de son compagnon.

La première fois, c'était au bord du lac, après leur baignade nocturne. Et c'était déjà intense, bien que très apaisant en même temps…

Là, la seule envie qu'avait Malefoy, c'était de plonger dans le corps de Potter, pour n'en plus jamais ressortir.

Bien que pudique et peu accoutumé à apprécier les regards sur lui, Harry ne ressentait aucune gêne dans l'examen attentif et muet de l'autre. Il se sentait bien avec Draco, cela lui paraissait étrangement si naturel de s'abandonner à ses regards, ses caresses…

Et quand les lèvres de Draco vinrent embrasser, doucement d'abord, son sexe, le brun sentit que oui, tout ce qui allait suivre était ce dont il avait vraiment envie. Avec lui.

Et nul autre.

Son corps s'abandonna à la bouche experte du blond, et quand l'autre, entre de multiples caresses le long de ses jambes, ses cuisses et son aine, acheva de se déshabiller, Harry se releva pour rendre la pareille à son compagnon. Il aima le fait que Draco impose son rythme, alors même que la position eut dut le rendre passif.

Potter aimait sentir que même dans un moment d'abandon Malefoy restait Malefoy. Celui qui fait tout pour ne jamais perdre le contrôle.

Harry se surprit à jouir le premier, alors qu'il avait encore en bouche le sexe du blond. Mais comment résister au doux traitement que Draco infligeait de ses mains à son érection… surtout quand les doigts du blond se faisaient baladeurs, allant explorer un endroit dont le brun ne soupçonnait pas encore le potentiel érotique ?

Leur étreinte avait défait les ballots de foin, faisant s'échouer un peu partout des brins de paille sur le plancher qui craquait sous leur poids. La couverture avait à demi glissé, et l'air frais de la nuit commençait à se faire sentir. Mais ni les sensations inconfortables, ni la fraîcheur, ni même les bruits de la campagne ne venaient perturber les deux adolescents.

Au contraire, même : ils se sentaient tellement en symbiose l'un avec l'autre, et avec le monde environnant, que rien n'aurait pu les perturber. Chaque son, chaque odeur, chaque sensation venait s'ajouter à l'instant, rendant ce moment plus fort, plus intense.

Plus réel.

Et c'est sous la Grande Ourse cette nuit-là que Draco enlaça avec plus de passion que jamais Harry, et le fit sien, tout en veillant à chaque instant à ne lire qu'un plaisir semblable au sien dans ses yeux.

« Je t'emmène dans les étoiles, petit lion… » murmura-t-il au moment même où il le pénétrait.

Potter sourit, resserra son étreinte déjà si forte autour de la taille de son amant, et laissa son regard se perdre dans les cieux quand il sentit qu'enfin, Malefoy et lui s'étaient rejoints.