Merci à Myriam, amandinefere73, Greeneye07, Seorins et carolinagrillo pour vos reviews.
En réponse à la tienne Sylvie : Tu me flattes, lol. Des fois j'ai pourtant l'impression d'être à côté de la plaque dans l'avancée de mon histoire. On verra bien si ce chapitre te plait plus que le précédent. Ian et Soleil se comprennent, et cela n'a pas été simple de mettre des mots sur leurs sentiments, j'ai tourné plusieurs fois sur une même phrase, ça ne coule pas toujours de source et ça me stresse. Tina, tu as raison, elle se laisse attendrir par Jamie. J'aime parler d'eux, c'est assez différent des autres couples. Ian se rapproche de Gaby, tu en sauras plus sur ce qu'ils se sont dit et sur ce qu'ils vont se dire. J'ai aimé l'écrire, surtout le dernier passage !^^
Dur la reprise du taf. Dur les derniers évènements. Dur ma fille qui est partie quinze jours en classe de neige à Arâches.
Chapitre 25 : L'intersection
PDV DE SOLEIL
Il était si bon de me retrouver dans ses bras, si bon de croire à ses paroles, si bon d'être seule avec lui.
-Ne pars plus, ne pars plus jamais.
Je fouillai dans mes souvenirs pour me rappeler s'il ne m'avait jamais témoigné autant d'affection, en vain. Kyle me garda contre lui un long moment que je savourai dans la douleur. Et puis mes jambes commencèrent à vaciller, j'étais fatiguée, réellement. Il fut réactif et me guida jusque son lit.
-Assieds-toi.
Il prit place à mes côtés, ma main dans la sienne.
-Ta main est gelée, tu as froid ?
Il glissa son autre main par-dessus la mienne et la frotta vigoureusement puis il prit sa couverture qu'il posa sur mes épaules. Il m'attira contre lui avec douceur. J'eus du mal à m'y sentir à ma place tant c'était inhabituel.
-Ne fais pas ça Kyle.
Il me relâcha aussi vite, croisa ses mains, fixa le sol, le dos voûté.
-Je sais que je mérite tout ça, mais ne me rejette pas. Tout ce que t'a dit Ian est vrai, j'ai réalisé certaines choses quand je suis parti de la grotte, et ne plus te voir à mon retour c'était pire que tout.
-Tu nous espionnais ?
-Je ne dormais pas quand tu es entrée, mais je ne voulais pas te faire fuir, alors j'ai fait semblant de dormir.
-Ce n'est pas comme ça que tu parviendras à me donner envie de te faire confiance.
-Ce n'est pas en fuyant que ça réglera nos problèmes.
-Je ne fuis pas.
-Tu es partie ce matin, pourquoi ?
« Parce que j'allais céder à toutes tes exigences. »
-C'était mieux comme ça.
-Tu essaies encore d'esquiver. Réponds à ma question !
Je fus piquée au vif.
-Je ne te dois rien.
-Je sais, soupira-t-il. Je veux juste savoir. J'essaie de renouer, de te parler…
-Tu n'as pas fait que parler, lui rafraichis-je la mémoire.
-Ce n'est pas de ma faute si tu es une bombe atomique.
-Ravie que mon Hôte te plaise.
Je me sentis frustrée, je ne savais pas définir pourquoi.
-C'est surtout la personne dedans qui me fait saliver.
-A d'autre !
Il m'attrapa le bras un peu sèchement, je fronçai d'office les sourcils.
-Je n'aime pas les rousses, ni les filles anorexiques, j'ai toujours eu une préférence pour les brunes au teint mat.
-Et bien l'affaire est réglée, non ? Dis-je en me tentant de me relever.
-Non, elle n'est pas réglée, riposta-t-il en me forçant à rester là où j'étais. Tu n'es pas quelqu'un de susceptible, ça ne te ressemble pas.
-Comme si tu me connaissais…
-Tu as une oreille attentive, tu es discrète, tu aimes cuisiner, tu es prudente…
-Rien d'extraordinaire…
- Tu as une manie de te mordiller la lèvre quand tu es anxieuse, tu as cette façon lente de marcher en ondulant des hanches qui en a rendu fou plus d'un dans cette grotte, et aussi ce pli au milieu du front quand tu es fâchée, et cette petite moue que tu fais quand tu veux t'excuser de quelque chose, ou ta bouche que tu camoufles systématiquement de ta main quand tu as envie de rire, ton nez que tu grattes quand tu réfléchis intensément, tes bras que tu noues autour de toi quand tu te sens mal parce que tu crois que je ne te vois pas telle que tu es…
Il s'interrompit pour reprendre son souffle, je lui jetai un œil étonné, j'étais émue. Très émue. Je me détournai pour lui cacher mon émotion. Il m'obligea à revenir vers lui, sa main sur mon menton qu'il relâcha ensuite.
-Tout ça c'est toi, je te reconnais déjà à travers cette nouvelle femme que tu es. Je vois bien que tu veux ton indépendance, ta liberté mais…
Mon cœur bondit.
-Mais quoi ?
-Je te veux près de moi.
-Mais encore ?
-Je veux que tu partages ma vie.
La colère me gagna, je fis en sorte de la repousser.
-Est-ce que tu m'aimes, Kyle ?
Je le sentis se raidir.
-Tu as promis de me répondre.
Il se leva, dos à moi.
-Tu sais que je t'aime Soleil.
Ma réaction ne fut pas celle escomptée tant ses aveux manquaient de passion, j'étais à nouveau baignée dans la tristesse de Serena, baignée dans cette sensation que quelque chose clochait.
-Tu as dit que tu ne me mentirais pas.
-Je ne te mens pas.
-Regarde-moi, et dis-le-moi.
Je percevais sa subite tension. J'étais moi-même tendue, dans l'attente de quelque chose que je n'espérais même plus.
-Comment veux-tu que je m'exprime face à un mur, rétorqua-t-il. Tu fais tout pour que je me sente rejeté, que je me sente minable.
-Ce n'était pas mon intention, j'ai encore un peu de mal à me gérer dans ce corps. Il est plein d'imprévus, de volonté, plein de peine aussi.
-Pourquoi ?
Il consentit à se rasseoir vers moi, attentif à ma réponse. Je serrai les pans de la couverture sur moi telle une protection, j'avais peur de me dévoiler.
-Mon prédécesseur, Serena, avait un conjoint. Elle l'aimait, je ressens un manque.
-Je ne suis pas sûr de comprendre.
Il fixait le sol, apparemment non concerné, mais je le connaissais suffisamment pour savoir que ça le touchait.
-Je sais que tu comprends. Ça ne change rien à mes propres sentiments, tu sais.
-Tu veux dire… que tu en aimes un autre ?
Il restait inerte, complètement hagard, créant une anxiété dévastatrice.
-Il me manque, je l'aime aussi d'une certaine manière, mais…
-Ça ne va pas être possible, murmura-t-il.
Il se leva encore.
-Comment ça ?
-Je ne partage pas ! Tonna-t-il dans un contraste saisissant.
-Ne crie pas.
J'étais dans une contradiction, heureuse et indignée par cette affirmation qu'il avait violemment énoncée, j'en frissonnai de partout. Il me considérait donc comme étant à lui. Je ne devrais pas me réjouir, Serena n'aimait pas la jalousie, mais elle n'était plus là et moi Soleil, j'aimais qu'il se batte pour moi, j'aimais son côté exclusif et possessif.
-Je ne peux rien y faire, Kyle mais je peux le mettre de côté. Avec le temps, ça s'estompera.
-Comment tu peux le savoir ?
-J'ai discuté avec Gaby pas mal de fois au sujet de son prédécesseur, les émotions se tassent, pourquoi tu réagis comme ça ?
-J'ai vécu un truc dans le genre, et je t'ai fait souffrir à cause de ça, je ne veux pas qu'on retombe dans le même problème.
-Je comprends, Kyle. Je vais faire mon possible pour…
Je me tus, réalisant que je retombais dans mes vieilles habitudes, que j'étais déjà prête à tout lui concéder dans un sens unilatéral.
Il se rapprocha de moi (avait-il ressenti mes doutes ?), il attrapa mes mains, m'obligeant à me lever.
-On va y arriver.
Il m'enserra la taille, posa sa joue contre la mienne, il était si conciliant que le mur que je tentais de dresser peinait à se hisser. J'aimais le contact de son corps, il me serrait si fort que je devinais chaque ligne de chaque muscle, et je sentais les battements désordonnés dans sa poitrine. Son souffle devenait sporadique, signe d'une envie croissante similaire à la mienne. Mon corps peu réactif au départ, s'embrasa d'un seul coup, je ne savais plus comment revenir en arrière, je voulais que ses mains continue à me chercher, à me malaxer, à me consumer. Ses lèvres étaient plus douces qu'elles ne l'avaient jamais été. Et je le forçai à plus de déchainement, je le connaissais et je voulais ce que j'avais vu dans d'autres souvenirs. Il me repoussa un instant, son front contre le mien.
-J'assure pas, je lance les hostilités et j'ai aucune protection.
-Ce corps a été infertilisée, je suis donc stérile, il n'y a aucun risque de…
Je me retrouvai le corps ballant, sans plus aucun support à qui me retenir, je vacillai, surprise.
-Kyle ?
Je revins vers lui, attrapai ses joues, rapprochai mes lèvres, il s'écarta encore.
-Tu ne peux pas avoir d'enfants ?
Il semblait traumatisé.
-Non, mais pourquoi tu... ? En quoi ça…?
J'écarquillai les yeux subitement.
-Tu veux des enfants ?
Non, je le saurais…
-J'en… j'en sais rien, j'y pensais… parfois mais je me disais que c'était un truc impossible, qu'il valait mieux oublier.
-Je ne t'ai jamais vu jouer avec les petits de Lucina, ni même t'approcher d'eux, tu n'en as jamais parlé.
Je tombais des nues.
-Ce ne sont pas mes enfants, pourquoi je jouerais avec eux ? Pourquoi je m'occuperais d'eux ?
Que répondre ? L'ambiance torride était retombée, il n'y avait plus que malaise; je pris la décision de revenir vers lui, tant pis pour ma fierté.
-Ce n'est pas si grave, non ? Si on est que tous les deux ?
-Tu as raison…
Je le trouvai triste d'un coup.
-Ici, on aura tellement de choses à faire que ça te passera, tentai-je.
Il se raidit encore.
-On ne reste pas ici, on rentre chez nous.
-Je ne compte pas partir, je veux recommencer ma nouvelle vie ici. Reste avec moi.
-Non, on repart.
Ce fut le début d'une longue dispute…
OoooO
Au petit matin, je me réveillai, éreintée, je m'étais endormie sur le lit de Ian, seule. Sauf que je ne l'étais plus. Kyle s'encastrait dans mon dos, me communiquait sa sécurité. Je me rendormis, plus sereine.
Vers onze heures, j'ouvris les yeux, toujours à l'abri dans ses bras. Je profitais de ces moment qui (j'avais l'impression) ne se représenteraient pas de sitôt. Je perçus son réveil. Sa bouche se perdit dans mon cou.
-Ne m'en veux pas, chuchota-t-il d'une voix cassée.
-Je ne t'en veux pas, Kyle.
-Je t'aime tellement…
C'était un murmure d'agonie qui me lancina dans tout le corps.
-…à un point que tu ne t'imagines pas.
Je me mordis la lèvre, effondrée. Il resserra son emprise, me mordilla l'épaule.
-On aurait dû profiter de cette dernière nuit.
Je compris qu'il ne reviendrait pas sur son refus de rester. Et il savait que je camperais sur mes positions. La séparation était inéluctable, et en cet instant je ne rêvais que de nous unir.
-On peut encore…
J'étais faible, inconsciente de la douleur à venir ou la refusant, je ne savais plus.
Je me retournai sans réfléchir, il était déjà torse nu, j'en fis de même, embrumée par un désir accentué par la lumière crue qui le sublimait. Il déglutit avec peine, attrapa mon visage entre ses mains, ouvrant son âme à la mienne pour la première fois. Il était comme hypnotisé, ses yeux bleus grands ouverts étaient une mer des îles : chauds et profonds et je me reflétais dedans.
-Tu es tellement belle.
Il me trouvait belle, moi, cette petite chose minuscule…
Je l'étreignis furieusement (le désir me désinhibait toujours), mordillant ses lèvres, ses mains glissèrent sur mon corps, imprimant ses marques sur moi, me scannant manuellement et lentement, amplifiant le feu dans mes zones érogènes; il grogna en se débarrassant sans cérémonie de mon bas de pyjama, et du sien.
-Ça ne va pas être tendre, me prévint-il au creux de l'oreille, le souffle court en me sautant dessus littéralement.
Je fermai les yeux, entrouvris les cuisses pour lui signifier mon consentement. La pénétration fut brutale, j'exhalai un long gémissement proche du bonheur, proche du soulagement, je vis des étoiles…
Il se cacha dans mon cou, grognant encore et encore, je me cambrai pour accompagner chacun de ses mouvements, pour approfondir chaque contact jusqu'à me perdre dans un plaisir douloureux et orgasmique. Il agrippa mes hanches, se redressant, et je me délectai de son propre plaisir qui faisait gonfler les veines de son cou, de son front jusqu'à la délivrance.
Il ne s'était passé que quelques minutes en tout.
Au lieu de venir contre moi, il s'assit pour se rhabiller. Je me sentis seule, cassant ce bien-être qui me transcendait.
-Kyle, viens près de moi.
-Je te raccompagne à ta chambre.
-Non, viens, restons encore un peu.
-Ne me rends pas les choses plus difficiles.
-Tu as testé et cela ne te plait pas, c'est ça ?
Pourquoi je disais un truc pareil ? Il me lança un regard si mauvais que je sus que j'aurais mieux fait de ne rien dire.
-Je ne voulais pas que ça se passe comme ça, pas notre première fois.
-Et tu m'en veux pour ça ?
-Mais non, s'agaça-t-il.
L'agressivité cachait souvent de la peine chez lui.
-Si tu restais, on pourrait…
-Si tu revenais chez nous, on pourrait tout recommencer.
-Je ne veux pas recommencer, je veux commencer ma vie, ici, tu peux le comprendre ?
-Ici ou ailleurs… qu'est-ce que ça change ?
-Ça change que dans la grotte, il y a le souvenir de Jodi, et dans le caveau, son corps.
-Alors tu ne me laisses pas le choix, tu veux que je laisse tout derrière moi ?
-Oui mais de temps en temps, on y retournera.
Il termina de se rhabiller.
-Je te ramène dans ta chambre.
Mon cœur se brisa à nouveau car je ne comprenais pas son refus.
Dans le couloir, il me prit la main en signe de paix, nous marchions en silence quand nous tombâmes sur Jared et Nate, je les saluai d'un hochement de tête.
-On rentre dans une heure, nous prévins Jared. Vous êtes prêts ?
-Je suis prêt, confirma Kyle. Juste le temps de prendre une douche.
Nos mains se lâchèrent et je pris la direction de ma chambre sans me retourner.
PDV DE JAMIE
Nous étions partis depuis une heure, il y avait eu un premier arrêt à une station-service. Depuis, nous tanguions au rythme du camion, blottis l'un contre l'autre quand il y eut une deuxième halte un peu trop rapidement. J'observai Tina, lui posant une question muette.
-Non, pas ici, je préfère passer Phoenix.
-Tu veux retourner vers tes racines ?
-Non, mais je voudrais te montrer quelque chose.
J'entendis Brandt courir vers notre camion, il venait de lâcher l'autre sur le bas-côté, devinai-je. Lacey était descendue, pourquoi ?
-Oh lâche-moi, Brandt !
-Ah ça non, pour une fois qu'on est tranquille.
-C'est pas le moment.
Mais elle gloussa, contredisant ses paroles. J'écarquillai les yeux, j'avais peur de comprendre. Tina était comme moi sur le qui-vive, attentive, me jetant un œil étonné.
-Alleeez, pour une fois qu'on n'a pas à se planquer.
Alors là, je tombais des nues. Je n'avais rien vu venir. Il y eut un silence assez évocateur, j'étais mal, Tina aussi, je le devinai aux regards furtifs qu'elle me lança.
-Ils sont sérieux, là ?
Ils n'étaient pas prudents. Ici, à découvert, ils se roulaient des pelles !
-On a un truc à faire, Brandt ! Quand la nuit tombera, on s'arrêtera et on pourra aller à l'arrière.
-Pourquoi pas tout de suite ?
Tina se crispa, je n'en menais pas large non plus.
-Non, arrête de déconner, cette nuit ça t'a pas suffi ? Nous ne sommes pas des lapins, tu peux patienter, non ?
La veille au soir ? Je n'avais pas remarqué son absence pourtant.
-C'est toi qui veut qu'on se cache dans la grotte, et on a très peu d'occasions.
-C'est parce que je ne veux pas de commérages.
-Mouais…
-Allez monte ! On a encore de la route à faire.
-Tu veux que je conduise ?
-Non, je veux que tu sois en forme…
Je n'entendis pas le reste de la phrase, ils avaient claqué les portières. Je frissonnai d'écœurement.
-Tu as entendu, on ne pourra peut-être pas rester jusque Phoenix, faut se préparer à se barrer, Jamie.
-La nuit ne tombera que dans trois heures environ, ça nous laisse le temps d'arriver.
Elle sortit une bouteille d'eau de son sac pour boire.
-Ne bois pas trop, tu auras envie de faire pipi.
-Tu as raison.
Elle rangea sa bouteille, s'allongea sur mon blouson au sol.
-Tu me préviens s'il y a quoi que ce soit.
Elle fermait déjà les yeux, j'en profitai pour la contempler comme si elle était la huitième merveille du monde, réalisant la chance que j'avais de l'avoir rencontrée. Elle finit par somnoler, j'eus envie de faire comme elle, mais ce n'était pas prudent. Une longue attente commença, durant laquelle je guettai chaque éventuel arrêt, devinant un feu ou un stop. La nuit n'était pas encore tombée quand Tina émergea, un peu courbaturée et dans le coltard.
-Je commence à avoir faim, déclara-t-elle.
Je fouillai dans mon sac à la recherche de viande séchée; du sien, elle en sortit une boite de maïs. Nous dinâmes pas si mal, mais j'avais encore faim, je mangeais beaucoup en général.
-Tu as encore faim, devina-t-elle.
-Non, non, ça va.
-Bois un peu, ça te calera cinq minutes.
Elle, elle ne s'en priva pas en tout cas.
-Tu crois qu'on est bientôt à Phoenix ? La questionnai-je.
-J'en sais rien.
Elle sortit un couteau de son sac, entama la toile de son côté.
-Oh !Tu fais quoi ! La réprimandai-je à voix basse.
-Je vérifie notre position.
La voyant enfourner sa tête dans l'interstice, je la tirai en arrière.
-Fais gaffe au rétro, ils ont tendance à s'y fier pas mal.
Sa mine renfrognée se détendit, comprenant le motif de mes craintes.
-Ok, je jette juste un œil.
Après une bonne minute, elle referma le trou d'une épingle à nourrice récupérée dans l'ourlet de son short.
-Encore cent bornes et on pourra descendre.
-Où tu veux m'emmener ?
-Tu verras.
Elle me sourit avec connivence, j'en oubliais tout mon stress.
-Parle-moi un peu de toi.
-Je t'ai déjà tout raconté.
-Des choses plus personnelles, rectifiai-je.
-Comme quoi ?
-Ta couleur préférée ?
Elle éclata d'un rire qu'elle étouffa rapidement.
-T'es une vraie fille, Jamie.
Je me vexai.
-Oublie c'que j't'ai dit.
Je me calai dans un recoin, énervé.
-Oh arrête de faire le bébé.
Je me détournai encore plus quand elle m'approcha. Il y eut lutte, je me retrouvai allongé au sol, elle pesait de tout son poids sur moi, exacerbant mes hormones. Je fronçai les sourcils, me renfermai. Elle me sourit, m'embrassa.
Je décollai vers un monde plein de feux d'artifices.
-Alors encore fâché ?
-Tu ne vas pas m'avoir comme ça, contestai-je.
Mais mes paroles manquaient de conviction et mon corps me trahissait.
-Je pense que j't'ai déjà eu.
Je rougis, décomposé. Je me redressai d'un coup, la virant au passage. Je m'installai dans un autre recoin, oppressé. Elle me laissa tranquille un bon moment. Quand je parvins à réfléchir de nouveau, la nuit s'amorçait.
-Je suis désolée.
Des mots qu'elle ne prononçait pas souvent.
-Laisse tomber, marmonnai-je.
Elle me rejoignit, attrapa mon bras, se colla contre moi.
-Je ne voulais pas te mettre en pétard. Je t'aime bien.
C'était ça le problème.
-Mais moi je t'aime tout court.
Impossible de voir son expression, je me désintégrai devant son silence. J'aurais mieux fait de me taire.
Du coup on n'avait pas fait attention, des portières avaient claqué et les portes arrière s'ouvrirent sur nous.
PDV DE GABY
Jared partit en courant vers l'infirmerie pour y retrouver Mel. J'en fis de même, angoissée.
-Gaby !
Ian me hélait, j'étais déjà hors du réfectoire mais je ne pus que m'arrêter, déstabilisée par le fait qu'il ait employé mon petit nom. Quand il fut à ma hauteur, il passa sa main dans ses cheveux, il était mal à l'aise.
-Je voulais te parler.
Je jetai un œil vers le couloir qui m'emmènerait vers mes amis, hésitante.
-Maintenant ?
-Juste une minute.
Il piqua ma curiosité et puis c'était Ian, je ne pouvais rien lui refuser.
-D'accord.
Il me montra un petit siège poli dans la roche. Nous y prîmes place pour nous faire face. Je l'étudiai avec prudence, faisant tout pour cacher mon plaisir de le voir. Le voyant encore hésiter, j'intervins.
-Je suis si soulagée que vous soyez revenus, où est Kyle ?
-Dans sa chambre, Soleil n'est pas revenue et…
-Oh non…
Je me perdis dans une espèce de recueil, regrettant l'absence de mon amie même si je comprenais son choix.
-Kyle doit être effondré. Je devrais peut-être…
-Gaby, me coupa-t-il, j'aimerais te parler de quelque chose.
Cela me sembla être très solennel.
-Je t'écoute.
-Quand nous nous somme quittés il y a deux jours…
Je rougis, je le sentis, je me raidis, crispant mes mains sur mes cuisses, froissant mon pantalon.
-Je sais que je n'aurais pas dû, ce n'est pas dans mes habitudes, débitai-je, stressée. Tu es fâché ?
-Non, non, ce n'est pas de ça que je voulais te parler.
J'attendis la suite, anxieuse. Il tourna un peu autour du pot, accentuant mon malaise.
-J'ai beaucoup pensé à toi…
Oh…
-En bien ou en mal ?
-Un mélange des deux, j'étais anxieux et réticent envers tout ça, et puis j'ai eu comme un mauvais pressentiment de t'avoir laissée ici, de vous avoir tous laissés, se reprit-il.
Mais j'avais bien compris, et mon cœur papillonnait, mais ce n'était pas le moment.
-Et je constate que j'avais raison de m'inquiéter, Jamie s'est fait la malle, tu dois en souffrir énormément. Je sais que tu adores Jamie, Mel me l'a dit.
C'était vrai qu'ils étaient devenus si proches tous les deux. J'eus un pincement désagréable dans la poitrine.
-Ne te fais pas de souci pour moi, Ian.
Mais que j'adorais ça (c'était mal, oui, je le savais, de me réjouir mais une lueur d'espoir renaissait en moi et occultait le reste).
-Je dois vraiment rejoindre Jared et Mel.
Je me levais déjà.
-Je viens avec toi, décréta-t-il.
Nous avions à peine fait quelques pas que Jared repassait devant nous, sans nous répondre malgré nos interpellations. Nous le suivîmes, alarmés par son expression.
-Pourquoi va-t-il vers la sortie ? Me dis-je à moi-même.
Je pensais à Mel, avait-elle eu la folie de… ? Non, non, ne pas s'affoler. Jared nous avait distancés, Ian ralentit pour rester à mon rythme, je mettais trop de temps.
-Je peux ?
Il me soulevai déjà du sol. L'effet me coupa le souffle tandis qu'il prenait de l'élan. La tête calée dans son cou, j'eus envie de fermer les yeux et d'oublier tout le reste.
Devant la sortie, il me posa au sol, ce qui eut le don de contrarier mon bien-être. Jared revenait doucement avec Mel, ils étaient encore loin.
-Elle voulait partir le chercher toute seule ? Constata-t-il, effaré, elle est vraiment inconsciente !
-Elle l'aime.
-Je sais mais…
-Quand tu as été pris, je suis partie aussi te chercher sans réfléchir aux conséquences.
Je repensais à Soleil, mon amie, celle qui m'avait permise d'agir. Je sentis son regard sur moi mais il ne dit mot.
Alors que nous décidions de quoi faire avec Jared et Mel, Ian me prit par les épaules, je perdis alors la capacité de réfléchir. Et puis il décida d'aller manger, moi je n'avais pas très faim.
-Va te reposer, je te rejoins après.
Il avait déjà fait demi-tour, je fixai Mel et Jared comme une ahurie. Il me rejoignait après ?
-Qu'est-ce que tu lui as fait Gaby ? Du vaudou ?
Me voyant rigide comme une statue, elle se tourna vers Jared.
-Il s'est passé quoi, là-bas, pour obtenir un tel revirement ?
Il haussa les épaules.
-Bizarre, dit-elle. Bon, viens allons voir oncle Jeb. Gaby, tu vas te coucher, tu en as bien besoin.
Elle attrapa la main de Jared et ils avancèrent, discutant de la prochaine expédition.
Je les suivis comme une automate, sous le choc. J'avais loupé quelque chose mais quoi ? Que s'était-il passé au repaire de Nate ? Je les quittai à une intersection, leur souhaitant bonne nuit. Je longeai les dortoirs et fis une halte devant celle de Kyle.
-Kyle ? C'est Gaby ? Je peux entrer ?
-Non.
-Kyle, insistai-je.
-J'ai dit non !
Je reconnaissais le ton des mauvais jours. Je me permis d'entrer quand même, il était en train de ranger son armoire, de colère, il me lança des habits dans la figure.
-Depuis quand tu respectes pas les gens, Gaby ?
-Je m'inquiète pour toi.
Je ramassai les habits et les déposai sur le support le plus proche.
-Te sens pas obligé, dit-il en reprenant ce qu'il faisait.
-Tu es le frère de Ian.
-La belle affaire.
-Tu es un peu de lui-même, et donc tu es un peu de moi-même. Tout ce qui te touche me touche.
-Blablabla !
-Ne sois pas blessant.
-Si t'es pas contente, casse-toi !
Je l'ignorai, habituée à ses accès d'humeur.
-Laisse un peu de temps à Soleil, peut-être qu'elle te pardonnera.
-Elle m'a déjà pardonné.
Son assertion me prit au dépourvu.
-Alors pourquoi n'est-elle pas là ?
-Mêle-toi de tes affaires ! C'est ce que tu aurais dû faire depuis le départ !
Il reprit son petit rangement. Blessée, je le fixai avec tristesse.
-De quoi m'accuses-tu ?
-Tout ne tourne pas autour de toi.
-Ne sois pas de mauvaise foi.
Il m'en voulait de quelque chose.
-Je suis de mauvaise foi ? Cria-t-il. Tu t'es regardée dans une glace ?
-Je ne comprends pas.
-Tu dis que tu souhaites qu'elle revienne, mais tu étais la première à vouloir nous séparer !
-Mais non, je…
-T'es la pire amie qui puisse exister sur cette Terre. On aurait mieux fait de te réexpédier loin d'ici.
Il me poussa hors de sa chambre et tira le rideau. Je courus jusque ma chambre, désœuvrée. Je me retins de me jeter sur le lit, je me contentai de m'asseoir, le visage enfoui dans mes mains, débordée par mes émotions. Je ne sus combien de temps je restai prostrée, avant de décider de me reprendre. Finalement, je séchai mes larmes, évitant de réfléchir, pour fouiller dans l'armoire et enfiler un des t-shirt de Ian comme pyjama et un vieux short de Mel que j'aimais vraiment beaucoup.
-Je t'ai ramené un plateau.
Je fis un bond, la main sur le cœur.
-Je ne voulais pas te faire peur, j'ai fait aussi vite que j'ai pu car je pensais que tu aurais un petit creux malgré tout alors…
Ian s'interrompit, me regarda de haut en bas, puis se focalisa sur le t-shirt.
-Tu me l'avais donné au début de notre relation, ça ne t'embête pas j'espère ?
-Non…
Je m'approchai doucement pour attraper le plateau.
-C'est si gentil à toi.
C'était tout lui. Je lui souris avec tendresse, mon cœur se remplit d'amour, soulageant mon mal-être. Il fronça les sourcils.
-Pourquoi tu as pleuré ?
Que lui dire ?
-C'est à cause de Jamie ? Ne t'inquiète pas, on va le retrouver.
Je pris le plateau en acquiesçant, et allai m'asseoir sur notre unique siège près de notre petite table ronde en acier un peu bancale. Je commençai à manger pour lui faire plaisir, cependant j'avais du mal. Il était loin de savoir tout ce qui me minait et mieux valait garder ça pour moi.
-C'est une belle armoire, déclara-t-il.
-C'est toi qui l'as fait.
-Ah oui ? Je suis doué, rit-il.
A nouveau ce frisson. Je l'observai détaillant son travail avec intérêt, fouillant à l'intérieur. Il y avait encore quelques affaires à lui, il le remarqua, les examina.
-C'est à moi ça ?
-Oui, on a amassé des petits trucs en deux ans.
-Ah bon ?
Je voyais (ou croyait voir) la perche qu'il me tendait, je le rejoignis pour lui faire visiter, lui montrant le plaid de notre pique-nique plié sur le bord du lit, le vase de mon premier bouquet de fleurs posée sur le sol de mon côté de lit, le casque de moto trouvé aux abords d'une route (devant lequel il s'extasia) laissé sur l'armoire, un cd d'un groupe de rock au milieu de vieux magazines.
-Je te l'ai offert mais…
-Mais je n'aime pas le rock.
-Oui, mais tu l'as quand même gardé parce que j'avais eu du mal à le dénicher.
-On n'a toujours pas de quoi écouter de la musique ?
-Non…
-Pas la peine que je le prête à Kyle dans ce cas.
Au nom de Kyle, une boule se forma dans ma gorge. Il redéposa le cd, remarquai mon silence.
-Ça ne va pas ?
-Je suis juste un peu fatiguée.
-Allonge-toi un peu.
J'obtempérai sans contester. Je m'engouffrai sous les couvertures, sans le perdre de vue. Il se déshabilla sous mes yeux écarquillés, je voulus détourner les yeux mais c'était trop me demander, j'étais en transe. Il fouilla dans l'armoire, en sortit un de ses rares bas de pyjama pour l'enfiler et il s'allongea à côté de moi, tranquillement, sur la couverture.
-C'est plus confortable que dans ma ch… dans la chambre de Kyle.
Encore ce point sur le cœur. Je détournai le regard, mal en point.
-Tu as été le voir, c'est ça ?
Pas besoin d'acquiescer. Couchée sur le dos, je fixai le plafond. Le savoir si proche me chamboulait aussi. Il était sur le côté, bras croisés, les yeux braqués sur moi.
-Il peut se montrer un peu dur, surtout quand il souffre, tu ne dois pas t'en formaliser.
-Je sais.
Sauf que c'était plus fort que moi, ses mots tournaient dans ma tête, me blessant encore. Je serrai fort les paupières pour empêcher mes larmes de couler. Elles roulèrent malgré tout sur mes tempes. Il rattrapa la larme visible de son côté. Je tressaillis.
-Demain, j'irai lui mettre mon poing dans la figure si tu veux.
J'esquissai un sourire.
-Non, je ne veux pas que vous vous battiez, vous êtes frères, vous n'avez que l'un l'autre.
-Des fois je m'en passerais bien, râla-t-il. Kyle a le don d'agacer tout le monde.
-Mais non, il est gentil.
-On ne parle pas de la même personne.
-Tu vois bien ce que je veux dire. Quand il n'est pas en colère ou malheureux, ce qui revient au même, il peut se montrer sous un bon jour, il me fait penser à toi parfois.
-Tu vois vraiment le bien partout.
-Il y a du bon en chacun de vous.
-Et en toi qu'y-a-t-il Vagabonde ?
-Que veux-tu dire ?
Je n'osai pas le regarder.
-Qu'y-a-t-il de si beau pour que je sois attiré par toi ?
Mon cœur cognait, mes oreilles bourdonnaient, je perçus quand même son mouvement, mes yeux se rouvrirent d'un coup. Il était sur ses coudes, la tête surélevée penchée sur la mienne. Je clignai des yeux avec frénésie, ébloui par cet être merveilleux qui avait retrouvé la bonté qui le caractérisait. Je me surpris (les doigts tremblants) à effleurer sa cicatrice, souvenir de tout ce qui nous liait. Il se laissa faire, me gratifiant juste de halos bleus plus intenses que jamais.
-Je ne l'ai jamais su, répondis-je avec peine.
-Et pourquoi m'avoir choisi, moi ?
-Parce que tu es mon Âme-sœur.
Je le vis plisser les lèvres. Cela était dur à concevoir pour lui. Je le devinais. Je ne pouvais lui en tenir rigueur.
-Je ne suis pas une Âme.
-Je le sais, mais dans ton espèce tu es mon équivalent. Tu es l'espoir de ce monde.
-Je croyais que c'était toi ?
Sa proximité me troublait, et son regard franc et fixe aussi. Il me détaillait, me cherchait pourrait-on croire.
-Nous le sommes tous les deux. J'aspire à un monde en paix, mais j'aspire encore plus à un monde qui a le choix, un monde tolérant et « humain ».
-J'adhère à cette idée.
Il se pencha, effleura ma joue d'un baiser et se retourna :
-Bonne nuit, Gaby.
Cinq minutes après il dormait, ce qui ne fut pas mon cas. J'étais bouleversée, m'interrogeant sur ce qui avait pu se passer au repaire de Nate. Et pour la première fois depuis longtemps, je voyais peut-être enfin le bout du tunnel.
La suite bientôt.
