Salut à vous, chatons de tous horizons !

Je vous retrouve en ce jour fatidique (comprenez mon premier jour stressant de Projet de Fin d'Etudes) avec un nouveau chapitre bien gros pour votre bon plaisir =)

Pour les gagnantes du concours, je suis ravie que vous ayez apprécié vos petits colis personnalisés, notamment le packaging (j'aurais clairement dû être graphiste plutôt qu'architecte =p)

Azria : BIG UP à mamie licorne et sa box internet salvatrice !

Hinata des bois : Tu vas être servie en Legolas dans les chapitres à venir ;)

mimi70 : Oh oui j'aime les transitions ! En effet, en me relisant j'ai constaté les répétitions :/ mais je ne trouve aucun autre terme pour nommer Andreth c'est terrible (à prononcer tewible). Les retrouvailles entre Wulf et Elenna vont en effet amener leur petite touche, comme tu vas pouvoir le constater dans ce chapitre !

MMSSR : OMG j'arrive presque à t'arracher quelques larmes ! Ah, tu as vu juste concernant quelques personnages, mais je ne dirais pas lesquels mouaha-ha.

LegolasKili : Merci =) j'ai particulièrement aimé écrire le "rateau" que se prend Elenna durant le chapitre précédent !

.

La semaine dernière, la gagnante était mimi70, mais étant donné qu'elle ne m'a pas posée de question, j'ai choisi de citer une partie de sa review :

"Le gras pur des fois c'est pas bon :P"

Ce à quoi je réponds : "La joie de vivre et le jambon, y'a pas trente-six recettes du bonheur !" Celle ou celui qui trouvera la référence gagnera la prochaine question !

.

Bonne lecture =)


Chapitre 23 :

Le Roi Theoden avait choisi pour l'accompagner à l'Isengard une vingtaine de ses hommes qui étaient indemnes et qui possédaient des chevaux rapides, dont faisait parti son neveu Eomer. Ce dernier avait insisté pour que la prisonnière des Hommes Sauvages soit emmenée. Accompagnaient également le roi, Gandalf le Blanc, Aragorn, Legolas, Gimli et Andreth.

Lorsqu'ils étaient arrivés à la lisière de Fangorn, les cavaliers et leurs montures avaient répugné à pénétrer dans la forêt. Cet endroit était maudit et la plupart des Hommes en avait peur. Mais Gandalf avait poussé son cheval en avant tout en rassurant la compagnie.

- Les Ents ne nous feront aucun mal, avait-il annoncé aux cavaliers avant de les entrainer à travers les bois.

La compagnie traversait donc Fangorn depuis plusieurs heures. Tous dans le cortège étaient silencieux. Les arbres qui les entouraient étaient gris et sinistres, et une brume surnaturelle les entouraient. La nuit tombait et la pénombre envahissait peu à peu les bois. Les ombres des arbres s'agrandissaient et devenaient menaçantes. L'extrémité de leurs longues branches pendaient comme des doigts crochus, et leurs racines se dressaient hors de la terre comme des membres de monstres étranges. Les cavaliers ne voyaient pas à plus de quelques mètres, car au-delà les bois se perdaient dans l'obscurité.

Aucun cavalier de la compagnie n'osait parler, mais la forêt n'était pas silencieuse pour autant. De temps à autre, des craquements et des gémissements résonnaient depuis les sous-bois. Il sembla même à quelques Rohirrim qu'ils entendaient un murmure presque inaudible. Seuls Gandalf et Legolas ne paraissaient pas troublés outre mesure par les bois. L'Elfe fermait parfois les yeux et prêtait l'oreille aux sons de la forêt.

- Les arbres se parlent, indiqua-t-il à Andreth.

- Ce sont les arbres les plus étranges que j'aie jamais vus, murmura la jeune femme en retour. Que se disent-ils ?

- Non ! Protesta alors le Nain. Laissons-les tranquille ! Je devine leur pensée : la haine de tout ceux qui osent s'aventurer dans ces bois.

- Ils haïssent seulement les Orcs, répondit Legolas avant que le silence ne retombe sur la compagnie.

Tous deux chevauchaient côte à côte, en compagnie de Gimli qui partageait le cheval de l'Elfe. Andtreh apercevait de temps à autre la silhouette d'Elenna plus en amont de la compagnie. La jeune femme était ligotée à un cheval et escortée par deux cavaliers.

La compagnie finit par sortir des arbres alors que la nuit était bien avancée. Les cavaliers ne purent dissimuler leur soulagement d'enfin quitter Fangorn. Une vallée s'étendait devant eux jusqu'aux pieds des Monts Brumeux dont les sommets se détachaient de l'obscurité. La lune était haute dans le ciel et éclairait les herbages.
Le Roi Theoden finit par donner l'ordre d'établir le camp près de la lisière de la forêt. Les cavaliers posèrent le pied à terre et s'affairèrent à monter des tentes de voyage. Les Rohirrim organisèrent des tours de garde, peu rassurés d'être si près de Fangorn. Tandis que les premiers cavaliers s'endormaient, de longs hurlements de loups résonnèrent au loin.

o o o

Quelques feux étaient allumés à travers le camp et envoyaient des lueurs vacillantes sur les tentes. Aragorn, Legolas, Gimli et Andreth se trouvaient autour de l'un d'eux. Le Nain dormait profondément, et ses ronflements monotones troublaient le silence nocturne. Le Rôdeur était enveloppé dans son manteau gris, ses longues jambes étaient étendues et sa tête renversée en arrière. Un mince filet de fumée s'échappait d'entre ses lèvres alors qu'il reposait sa pipe sur ses genoux. Il fumait en silence, en contemplant les étoiles qui brillaient, plongé dans ses souvenirs.

Quant à Legolas et Andreth, ils étaient assis à l'écart et discutaient calmement. L'Elfe racontait le déroulement de la bataille à la jeune femme. Son récit la faisait frémir. Elle repensait au chaos qui régnait sur le rempart lorsqu'elle même y était venue. Andreth frissonna et se rapprocha légèrement de Legolas. L'Elfe passa un bras autour de sa taille et ce contact apaisa aussitôt la jeune femme. N'importe quel Rohir qui passait auprès d'eux pouvait en cet instant penser qu'ils étaient fiancés, ou tout au moins promis l'un à l'autre. Les joues d'Andreth étaient rouges et chaudes. Elle ne sut dire si cela était dû aux flammes qui crépitaient à quelques mètres ou à la soudaine proximité de Legolas.

A travers les flammes vacillantes du feu de camp, Andreth aperçut tout à coup une forme sombre, recroquevillée contre un arbre. Elle ne tarda pas à reconnaître les fourrures et les vêtements de cuir d'Elenna. La jeune femme s'excusa auprès de l'Elfe, se leva et traversa discrètement le campement. Elle slaloma entre les tentes dans lesquelles s'élevaient plusieurs ronflements et quelques discussions inaudibles entre des Rohirrim.

Andreth s'éloigna de la lumière du feu puis parvint à la lisière de Fangorn. Un rapide coup d'œil autour d'elle lui assura qu'elle était seule. Elle s'approcha alors d'Elenna qui dormait, attachée au large tronc d'un arbre gris. Les pas d'Andreth ne firent quasiment aucun bruit. Pourtant, les paupières de la jeune guerrière se soulevèrent aussitôt. Elenna mit quelques secondes à reconnaître la jeune femme qui se tenait face à elle.

- Il est amusant de constater que nos rôles sont à présent inversés, dit-elle alors d'une voix enrouée par le sommeil.

- Les Hommes Sauvages ont été de moins cruels geôliers à mon égard, répondit Andreth en s'asseyant à ses côtés.

- Êtes-vous parvenue jusqu'en Lorien ?

- La Dame de ces bois m'a été d'une grande aide. Nos pierres sont incontestablement liées au destin de cette Terre.

Un léger rire s'échappa de la bouche d'Elenna. Elle jeta un regard sceptique vers son collier enfoui dans les pans de sa cape.

- La guerre se prépare et aura lieu en Gondor. Nous devons nous y rendre.

- Il semblerait que je ne sois pas en état de me déplacer librement, répondit Elenna d'un air sarcastique en désignant ses liens. Le Gondor est bien loin de mes Terres, et son avenir m'est bien égal.

- Pourtant les Silmarils nous guident vers ce Royaume, répliqua Andreth. N'avez-vous pas vu l'Arbre blanc ?

Les yeux d'Elenna s'écarquillèrent. Au même instant, des bruits de pas se firent entendre non loin. Andreth se releva rapidement et retourna vers le campement sans un mot. Un garde ne tarda pas à rejoindre la prisonnière. Mais Elenna n'y prêta pas attention. Elle était plongée dans ses souvenirs. La guerrière se revit sur les berges du lac du Miroir, quelques mois auparavant...

Elle contemplait la surface sombre de l'eau. Une silhouette pâle apparut alors. C'était celle d'un arbre aussi blanc que la neige. La lumière semblait émaner de ses branches entremêlées et elle devenait plus vive à mesure qu'Elenna l'observait.

Puis son souvenir se transforma. La lumière de l'arbre s'éteignit peu à peu alors que les murs d'une cité se dessinaient en arrière-plan. La jeune guerrière sentit la pierre de son collier palpiter. Bientôt, les flammes envahirent la cité toute entière. Des cris et des bruits lointains d'une bataille semblaient résonner dans les oreilles de la jeune femme. Elenna sentait la chaleur des incendies contre sa peau. Malgré la nuit glaciale, des gouttes de sueur perlèrent sur son front. Bientôt, les flammes atteignirent l'arbre et le rongèrent progressivement. Et puis ce furent les ténèbres.

o o o

- Non !

La voix d'Ëari résonna dans toute la cabine. Le jeune homme s'assit en nage au milieu de sa couchette. Il sentait encore contre sa peau la chaleur terrible des flammes qui avaient ravagé la cité dans son rêve. Sous ses yeux, il voyait encore l'arbre blanc qui mourrait inéluctablement. A mesure qu'il reprenait ses esprits, ses yeux s'habituèrent à la pénombre. C'est alors qu'il remarqua une légère lueur qui émanait des vêtements qu'il avait déposé sur une chaise. La lumière provenait de petit sac dans laquelle était cachée son étrange pierre.

Il faisait à peine jour lorsqu'Ëari sortit de sa cabine. La capitaine fit le tour du pont principal avant de rejoindre Nabil, son second. Celui-ci tenait la barre du navire. Des cernes se dessinaient sous ses yeux, il ne semblait pas avoir beaucoup dormi.

- Nous n'avons plus qu'un jour ou deux de retard sur le restant de la flotte.

o o o

L'aube se leva en même temps que la brume au pied des Monts Brumeux. La compagnie n'avait que peu dormi durant la nuit, mais Theoden ordonna que les cavaliers lèvent le camp alors que les premiers rayons de soleil n'avaient pas encore atteint la vallée.

Bientôt, la compagnie rejoignit une grande route pavée qui sillonnait la vallée. Mais le brouillard s'épaissit, ralentissant les cavaliers. Seuls les yeux de Legolas parvenaient à percer les brumes qui s'étendaient devant eux. L'Elfe menait donc le cortège en compagnie de Gandalf.

Soudain, après plusieurs milles de chevauchée, les cavaliers aperçurent une pointe noire qui perçait le brouillard et pointait vers le ciel. Le Roi Theoden tira sur ses rênes pour mettre son cheval au pas, et le restant des cavaliers l'imitèrent. La compagnie finit par atteindre un mur d'enceinte circulaire. Une seule entrée était aménagée au sud du rempart. Un tunnel traversait l'épais mur d'enceinte. Les cavaliers le franchirent en silence et arrivèrent enfin en Isengard.

Le tunnel déboucha sur un vaste espace embrumé. Le sol descendait lentement en cuvette. Ce grand cercle avait jadis été verdoyant et rempli de promenades et de vergers. Mais il ne poussait plus rien de vert dorénavant, et tout n'était plus que désolation. Une eau sombre recouvrait la vallée. De grandes mares d'eau s'étendaient à perte de vue et ruisselaient entre les récentes ruines. On eut dit qu'il y avait eu une soudaine inondation.

Partout, des pierres brisées, des fragments de murs et de piliers étaient répandus au milieu de l'eau fumante. La plupart des bâtiments étaient réduits en ruines. Des épaves de madriers, de coffres et de barriques dérivaient entre les vestiges de l'Isengard.

A peine les cavaliers avaient-ils dépassés les vestiges de la porte qu'une voix fluette résonna à travers la vallée.

- Mes Seigneur, bienvenue en Isengard !

Du haut de sa monture, Elenna sursauta au son de cette voix inconnue. Elle plissa les yeux et découvrit alors deux petites silhouettes se tenant en haut des ruines de la porte.

- Oh jeunes coquins ! Une belle chasse dans laquelle vous nous avez entraînés, et on vous retrouve... à festoyer et... et fumer !

C'est alors que la jeune femme les reconnut, c'étaient les deux petites gens qu'elle avait aperçut s'enfuir dans la forêt de Fangorn lorsque les Rohirrim avaient massacré les Orcs. Des... Hobbits si sa mémoire était bonne. Elenna entendit vaguement la suite de la conversation.

- Nous sommes assis sur les champs de la victoire, et savourons quelques réconforts bien gagnés. Le porc salé est particulièrement savoureux.

- Le porc salé ?

- Vous parlez pour moi Gimli, dit alors Legolas. Encore que j'aimerais mieux savoir où ils ont trouvé le vin.

Elenna regarda leur échange en silence, alors que les autres cavaliers riaient. A n'en pas douter, les Hobbits, le Rôdeur, l'Elfe et le Nain étaient amis. Son regard dévia vers le paysage embrumé. De hautes silhouettes apparaissaient de temps à autre à travers les nappes de brouillard. C'étaient de hauts arbres rameux. C'étaient les seuls à avoir survécu à l'inondation de l'Isengard.

- Nous sommes sous les ordres de Sylvebarbe, reprit l'un des Semi-Homme, qui vient tout juste de reprendre les rênes de l'Isengard !

L'un des arbres bougea soudainement. Elenna, à l'instar de la plupart des autres cavaliers, retint de justesse un cri de stupeur. Ils regardèrent, bouche-bée, un immense Ent s'approcher. Sa silhouette était semblable à celle d'un vieillard. Deux grandes branches courbées formaient ses bras desquelles pendaient des mains noueuses. Sa figure était extraordinaire. Elle était semblable à celle d'un Homme, mais recouverte d'écorce verte et grise et soulignée par une grande barbe broussailleuse. Ses yeux d'un brun profond observaient avec attention la compagnie. On aurait dit qu'ils étaient emplis de siècles de souvenirs.

- Jeune Maître Gandalf, salua alors l'Ent d'une voix gutturale. Je me réjouis de votre venue.

- Sylvebarbe, le salua le Magicien Blanc en souriant. Vous avez eu fort à faire durant mon absence.

- Le bois et l'eau, les troncs et la pierre je peux en venir à bout, mais il y a un Magicien à mater ici, enfermé dans sa tour.

L'Ent tendit son long bras vers la brume. Celle-ci se dissipa peu à peu et laissa apparaître la tour d'Orthanc. Haute et sombre, elle dominait toute la vallée de l'Isengard.

Guidés par Sylvebarbe, les cavaliers s'enfoncèrent plus loin sur la route inondée. La tour était noire et luisait comme si elle était mouillée. Une étrange magie semblait l'avoir préservée de la colère des Ents. Les seuls stigmates qu'elle révélait étaient quelques éraflures et de petits éclats près de la base. Un escalier majestueux taillé dans la même pierre menait aux immenses portes. Deux Ents en gardaient l'entrée, empêchant Saroumane de s'échapper.

Alors que les cavaliers s'arrêtaient, une voix basse et mélodieuse s'éleva soudain dans les airs. Tous les regards se levèrent avec inquiétude vers les hauteurs de la tour, d'où semblait provenir la voix enchanteresse.

- Vous avez mené bien des guerres et tué nombre d'hommes, Roi Théoden. Et vous avez tout de même fait la paix ensuite. Ne pouvons-nous tenir conseil comme nous l'avons fait jadis, mon vieil ami ?

Le ton était celui d'un cœur bienveillant chagriné par des torts immérités. C'est alors qu'apparut, au sommet de la tour, un vieillard enveloppé d'un long manteau. Elenna l'avait déjà rencontré à quelques reprises et n'eut aucun mal à le reconnaître. Saroumane. En plissant les yeux, la jeune femme constata que ses habits n'étaient plus une blancheur immaculée, mais sale et grisonnante. Le magicien s'appuyait lourdement sur son bâton.

- Ne pouvons-nous faire la paix vous et moi ? Poursuivit-il.

- Nous ferons la paix, répondit Theoden d'une voix forte. Oui nous ferons la paix, lorsque vous répondrez de l'embrasement de l'Ouestfolde et des enfants qui gisent sans vie. Nous ferons la paix lorsque les vies des soldats, dont les corps furent dépecés devant les portes de Fort le Cor alors qu'ils étaient morts, seront vengés ! Lorsque vous pendrez un gibet pour le plaisir de vos propres corbeaux. Là nous serons en paix !

- Des gibets et des corbeaux ! Vieux radoteurs, rétorqua Saroumane.

Il quitta Theoden des yeux et porta alors son attention sur Gandfalf.

- Que voulez-vous, Gandalf Le Gris ? Laissez-moi deviner. La clef d'Orthanc, ou peut-être même celle de Barad-Dûr avec les couronnes des Sept Rois et les baguettes des Cinq Magiciens ?

- Votre traîtrise a déjà coûté de nombreuses vies et des milliers sont encore en péril, mais vous pouvez les sauver Saroumane, répondit l'intéressé. Car vous étiez dans les secrets de l'ennemi !

- Alors vous êtes venus quérir des informations. J'en ai pour vous. Quelque chose gronde en Terre du Milieu, quelque chose que vous avez omis de voir... Le Grand Œil attaquera très bientôt, et vous allez tous mourir. Mais vous le savez, n'est-ce pas Gandalf ? Vous ne pouvez croire que ce Rôdeur pourra un jour s'asseoir sur le trône du Gondor ? Cet exilé, sorti de l'ombre ne sera jamais couronné Roi.

Elenna jeta un regard en coin à l'homme brun à cheval quelques mètres plus loin. Ses sourcils se froncèrent alors que la jeune guerrière le détaillait avec plus d'attention. Ce rôdeur était donc l'héritier d'Isildur. Elenna le quitta des yeux, car il y eut un nouveau mouvement au sommet de la tour.

Un homme apparut aux cotés de Saroumane. Il était grand et puissant, ses cheveux blonds flottaient autour de son visage. Le cœur d'Elenna manqua un battement avant de reprendre un rythme effréné. Depuis les hauteurs d'Orthanc, son frère regardait la cavalerie avec mépris, pourtant il ne semblait pas l'avoir remarquée.

- Roi Wulf ! L'appela alors Theoden. Vous n'êtes pas obligé de le suivre ! Vous n'avez pas toujours été ainsi. Autrefois nos deux peuples vivaient en paix ! Descendez et votre vie sera épargnée.

- Gardez votre pitié et votre clémence, je n'en ai nul besoin, répliqua le Roi des Hommes Sauvages.

- Libérez-vous de lui ! Poursuivit Theoden.

- Libre ? Répliqua Saroumane. Il ne sera plus jamais libre !

- Wulf !

La voix d'Elenna s'était élevée au-dessus des autres. Son frère sembla enfin prendre conscience de sa présence. Ses yeux s'écarquillèrent en réalisant que sa sœur était belle et bien vivante. Un sourire bienveillant illumina son visage. Pendant un instant, plus rien n'eut d'importance. Leurs yeux ne se quittèrent pas et ils profitèrent de se retrouver enfin.

Wulf eut soudain un mouvement de recul. Il s'éloigna de Saroumane et se dirigea vers les escaliers. Mais le Magicien ne comptait pas le laisser faire. La fureur tordit son visage alors qu'il brandissait son bâton.

Mais le guerrier s'en aperçut à temps et se baissa. La bâton le manqua de peu et frôla ses cheveux. Furieux, Wulf dégaina son épée et la brandit vers Saroumane. Il chargea le Magicien mais ce dernier para l'attaque avec son bâton, empêchant la lame de l'atteindre. Saroumane n'avait pas perdu tous ses pouvoirs. Il invoqua une sombre magie et, d'un geste de la main, il parvint à désarmer le guerrier. L'épée de Wulf tomba lourdement sur le sol de marbre noir. Avant que le guerrier n'ait le temps de plonger pour la rattraper, Saroumane murmura une nouvelle incantation. Sous les yeux ébahis de Wulf, la lame se souleva du sol et fendit l'air.

Au pied de la tour, les cavaliers avaient du mal à comprendre ce qu'il se passait. Il apercevait de temps à autre les silhouettes de Saroumane et de Wulf qui luttaient, mais l'issu du combat leur était inconnue. Le guerrier apparut alors au bord de la tour. Il était seul. Des murmures s'élevèrent parmi les cavaliers. Ainsi Wulf avait-il gagné. Mais à peine ces mots furent-ils prononcer que le guerrier porta la main à sa gorge et tituba. C'est alors que Saroumane apparut derrière lui et, d'un coup violent de bâton, il le poussa dans le vide.

- Non !

Le cri d'Elenna déchira l'air. Au même moment, une déflagration retentit. Elle semblait provenir du cœur de la jeune femme. Une vive lumière en sortit, suivie d'un souffle qui balaya tout sur son passage. Des ondes circulaires se formèrent à la surface de l'eau, les feuilles mortes tourbillonnèrent, des nuages de poussière s'élevèrent.
Autour d'Elenna, les cavaliers durent maintenir fermement les brides de leurs montures pour ne pas perdre leur équilibre. Le souffle était tellement puissant qu'il brisa le bâton de Saroumane, et ce dernier vola en mille morceaux. Le vent eut aussi pour effet de ralentir la chute de Wulf. Son corps sembla flotter un moment dans les courants d'air avant d'atterrir moins violemment que prévu au pied d'Orthanc.

Elenna ne prêta pas attention aux cavaliers qui la dévisageaient. Sans réfléchir, elle sauta de son cheval et se précipita vers son frère. Elle s'agenouilla dans le marécage et hissa le buste de son frère sur ses genoux. Les jambes de Wulf formaient un angle étrange avec le reste de son corps, mais ce fut le sang qui s'échappait de son cou qui noua le ventre d'Elenna. La jeune femme porta aussitôt ses mains autour de la gorge béante de son frère pour empêcher le sang de s'écouler.

- Wulf ! S'écria-t-elle paniquée.

Sa respiration devint difficile. A chacune de ses inspirations, le flot de sang jaillissait plus vivement. Mais Elenna refusait de voir le liquide sombre. Son regard restait braqué vers les yeux clairs de son frère. Le ciel bleu s'y reflétait, ainsi que la peur, et l'amour. Wulf émettait une sorte de gargouillement, comme s'il était en train de se noyer. Ses lèvres bougèrent. L'effort qu'il devait fournir pour parler était insupportable.

- Elenna...

Ce fut la seule parole qu'il fut capable de prononcer. L'instant d'après, son cœur cessa de battre. Celui d'Elenna se brisa.

o o o

A des centaines de milles de là, Ëari ressentit soudain une vive douleur. Sa poitrine sembla exploser et il sentit un immense chagrin l'envahir. Suffoquant, il dut se raccrocher à la barre du navire pour ne pas s'écrouler. Il avait l'impression que son cœur se déchirait et ressentit une terrible détresse. Mais cette tristesse, ce n'était pas la sienne.

Un éclat lumineux semblable à un éclair l'éblouit durant une seconde. Il provenait de sa pierre. Lorsque celle-ci fut redevenue sombre, la douleur semblait avoir quitté Eäri. Le jeune homme reprit son souffle. Ses doigts desserrèrent lentement la barre du Valima. Ses yeux bleus se portèrent vers l'horizon, emplis de questions auxquelles Eäri n'avait aucune réponse.

o o o

Du haut de son cheval, Gandalf regarda avec tristesse Elenna qui hurlait. Ses cris de désespoir retentissaient dans tout l'Isengard alors qu'elle serrait entre ses bras tremblants la dépouille de son frère. Le Magicien aperçut Eomer descendre de son cheval et se précipiter vers la jeune femme. Quelques cavaliers le rejoignirent et l'aidèrent à mettre Elenna sur ses pieds. D'autres soulevèrent des eaux la dépouille du Roi Wulf. Le Magicien Blanc vit le visage livide et recouvert de sang d'Elenna. Le regard de la jeune guerrière était vide. En état de choc, elle se laissa guider à l'écart, telle une marionnette, sans jamais quitter le corps de son frère des yeux.
Gandalf soupira avant de reporter son attention vers le sommet d'Orthanc.

- Saroumane, votre bâton est brisé ! Dit-il lui-même étonné des pouvoirs du Silmaril. Vous étiez dans les secrets de l'ennemi, dites-nous ce que vous savez !

- Rappelez vos gardes et je vous dirais où votre destin se décidera. Je refuse d'être prisonnier ici !

Il se passa alors une chose à laquelle ni Gandalf, ni les autres cavaliers présents, ni même les Ents ne s'attendirent. Un sifflement fendit l'air et une flèche s'abattit dans la poitrine de Saroumane. La respiration du Magicien fut coupée sous la violence de l'impact. Son corps vacilla un court instant avant de pencher dangereusement vers le vide. Il n'eut put retrouver son équilibre à temps et bascula à son tour du sommet d'Orthanc.

Cette fois, aucun courant d'air, aucun vent puissant, ne vint à son secours. Saroumane tomba inéluctablement et s'écrasa lourdement sur l'immense roue d'un moulin. Son corps s'empala sur les piques de la roue dans un bruit terrible.

Lorsque les cavaliers purent enfin détacher leurs regards du cadavre de Saroumane, leurs yeux balayèrent la compagnie, à la recherche de l'archer. Ils s'arrêtèrent alors sur la silhouette frêle d'Andreth. Des murmures et des exclamations étonnées s'élevèrent alors que la jeune femme relâchait lentement son arc.

Andreth était tout aussi étonnée de son acte et évita les regards pesants des cavaliers. Elle sentit le rouge lui monter aux joues. Quelques instants auparavant, un sentiment étrange s'était emparé d'elle. Lorsqu'elle avait vu Elenna agenouillée auprès de son frère, elle avait partagé sa souffrance. La douleur avait été insupportable, et lorsqu'Andreth avait à nouveau porté son regard vers Saroumane, son cœur avait crié vengeance.

A présent, cette étrange sensation avait disparu et le silence s'était installé dans la vallée. Sylvebarbe fut le premier à parler :

- Les immondices de Saroumane s'en vont enfin. Les arbres vont revenir vivre ici. Des jeunes arbres... de jeunes arbres sauvages.

Des wargs apparurent alors à la lisière de la forêt mais restèrent à l'écart des cavaliers. Les sanglots d'Elenna furent bientôt accompagnés par de longs hurlements de loup.

o o o

Le soleil n'avait pas encore complètement disparu et ses derniers rayons se posaient sur les sommets enneigés des Monts Brumeux lorsque Theoden donna l'ordre de monter le camp. Les Rohirrim profitèrent de la faible lumière et se dépêchèrent de monter les tentes et d'allumer les feux de camp. C'étaient des gestes qu'ils répétaient depuis plusieurs soirs et dont ils avaient pris l'habitude, chacun savait ce qu'il avait à faire.

La compagnie avait quitté l'enceinte de l'Isengard quelques heures auparavant, après avoir emporté tout ce que le Roi ou Gandalf avaient jugé utile. Les Hobbits étaient repartis avec les cavaliers, chacun ayant trouvé place à cheval derrière Aragorn et Eomer.

Lorsque le camp fut installé, Eomer aperçut des gardes attacher Elenna à un arbre. La jeune femme se laissait faire. Elle paraissait à peine consciente du monde qui l'entourait. Tout le mépris que le Rohir avait ressenti à son égard avait à présent disparu, et il ne ressentait pour elle plus qu'une pitié grandissante. Il ne pouvait imaginer la douleur que la jeune femme devait ressentir. Perdre sa sœur serait pour lui une souffrance insupportable. Si Eowyn venait un jour à être tuée, il ne s'en remettrait jamais.

o o o

Lorsqu'Elenna ouvrit les yeux, le camp avait disparu et elle ne voyait plus que le ciel étoilé. Elle était allongée dans une position inconfortable, couchée sur un cheval. Elle sentait l'air s'infiltrer par sa gorge tranchée et le sang séché sur son visage. Elle était immobile et incapable de bouger. Elle aperçut deux gardes soulever son corps rigide du cheval et l'emmener à l'écart du campement. Ils la posèrent dans l'herbe et sa vue fut bientôt cachée par un épais tissu. Elle était morte.

Elenna haleta. Ses paupières se soulevèrent à nouveau et elle découvrit qu'elle était à nouveau assise, ligotée à l'arbre. La jeune femme tenta de calmer sa respiration. Ses yeux se posèrent aussitôt sur le cheval qui broutait un peu plus loin. Le corps de son frère n'y était plus. Elenna aperçut alors, à l'écart du campement, une silhouette recouverte d'une couverture sombre. Wulf.

Elenna eut un nouveau sanglot. Un terrible chagrin ne quittait plus son cœur, mais il n'en comblait pas pour autant le vide qui s'y était creusé. Elle doutait de pouvoir un jour vivre avec son absence insupportable.

Le campement tout entier était endormi alors qu'Elenna pleurait silencieusement. Soudain, elle aperçut une ombre se glisser hors du camp. Elle tenta d'essuyer ses yeux embués dans les pans de sa cape. Lorsqu'elle releva la tête, elle découvrit Eomer qui se tenait devant elle. A son grand étonnement, le Rohir s'accroupit et son visage se retrouva devant le sien.

Sans un mot, Eomer commença à détacher la corde qui retenait Elenna. Elle le regardait en silence, incapable de réfléchir ou de parler. Le Rohir l'aida ensuite à se lever et dû la soutenir un moment avant qu'elle ne puisse tenir sur ses jambes. Lorsqu'il la relâcha, les yeux d'Elenna plongèrent dans son regard sombre.

- Pars, murmura alors Eomer. Vas enterrer ton frère.

Elenna acquiesça vaguement avant de se diriger vers le corps de son frère. Eomer retourna alors discrètement vers le camp, ne voulant pas être accusé de trahison. Alors qu'elle s'agenouillait auprès de Wulf, Elenna aperçut un rapide mouvement aux abords d'un bosquet. En plissant les yeux, elle découvrit la silhouette familière d'un loup.

Elenna grimpa lestement sur Racà et jeta un regard aux deux autres loups qui l'accompagnaient, s'assurant que le corps de son frère était bien chargé sur le dos de l'un d'eux. Elle glissa ses mains dans la fourrure chaude du warg et s'apprêta à lui dire de se mettre en route quand une voix s'éleva derrière elle.

- Elenna !

La guerrière se retourna et vit Andreth qui s'approchait en courant.

- Vous ne pouvez partir, lui dit la jeune femme en arrivant à son niveau haletante. Contribuez maintenant à réparer le mal auquel vous avez participé. Les Hommes Sauvages été abusés par Saroumane. Un grand nombre d'entre vous ont reçu la mort en récompense de votre confiance.

- Je dois rentrer sur mes terres. La guerre est terminée pour les Hommes Sauvages

. - Mais la guerre ne s'arrêtera pas à votre frontière ! Vous devez vous battre, vous faites partie de ce monde ! Les Silmarils...

- Mon devoir est de panser les plaies de mon peuple, rétorqua Elenna. Je suis navrée, ajouta-t-elle avant de se détourner.

Elle murmura quelques paroles à Racà et le warg s'élança. Ils ne tardèrent pas à disparaître dans la pénombre de la nuit.

Fin du chapitre.