Merci à tous ceux qui m'ont laissé des reviews ! C'est normalement le dernier chapitre que je publierai ce mois-çi, après je serais en vacances sans internet !

Chapitre 24 : Mal

Une douleur aigue irradiant chaque parcelle de son corps le réveilla. Une infirmière toute de noir vêtue se tenait près du lit, une seringue à la main. Quand elle vit les deux yeux d'un bleu troublant se poser sur elle, elle esquissa un petit sourire timide et enfonça l'aiguille dans le bras du canadien, qui sentit en quelques secondes le mal se passer.

-Je suis désolée, je ne peux pas vous en donner plus, le commandeur l'a ordonné.

Rodney eut un sourire amer. Kolya ne voulait pas le tuer certes, mais il ne se privait pas pour le torturer l'air de rien. Ses blessures lui faisaient mal et il sentait s'ajouter à ça les effets de la diminution d'anesthésiants dans son organisme. Les guérisseurs ne voulaient pas totalement les évacuer de son système mais les garder à un taux qu'ils estimaient normal. Enfin, normal pour un prostitué ayant été drogué pendant plus d'un an.

L'infirmière souleva le drap et entreprit de changer le bandage qui entourait son tronc, serré autour de ses cotes cassées. La drogue s'évacuant de son organisme permettait à McKay de retrouver l'usage de ses sens, de percevoir des choses qu'il aurait ignorées il y a encore quelques jours. Il vit distinctement la jeune femme frissonner en découvrant la pâleur de sa peau. Une peau anormalement blanche, transparente, n'ayant pas vu le soleil depuis trop longtemps.

Rodney avait commencé à l'accepter. Il était devenu un monstre. Il était peut être libre de ceux qui l'avaient faits prisonniers, mais son corps allait devoir supporter le prix de sa capture. Cela semblait tellement loin maintenant, c'était comme si une autre personne avait vécu la majeure partie de sa vie. La Terre, Atlantis, Jeannie, Carson, Radek, Elizabeth, Ronon, Teyla, John. Juste des souvenirs dont la couleur était passée. L'accent de son meilleur ami semblait se faire de plus en plus incertain, l'odeur de l'after-shave qu'il utilisait aussi, et les traits du visage de Sheppard étaient flous. Oublier toutes ces petites choses le terrifiait, c'était comme de perdre une partie de lui, comme d'échanger cette identité là contre celle qui le caractérisait maintenant. Il était triste et détruit, misérable, monstrueux. Il se souvenait ne jamais avoir été heureux, mais s'il avait su à cette époque bénie ce qui l'attendait, il aurait sûrement...il se serait sûrement flingué.

L'infirmière avait commencé son travail, en serrant moins les nouveaux bandages parce que médicalement il semblait guérir, en changeant des pansements de moins en moins sanglants, administrant des médicaments prescrits de moins en moins utiles. Le scientifique regardait ailleurs, il avait tourné la tête en direction du mur de béton rutilant pour ne pas voir son propre corps. La lumière dans cette infirmerie était différente de celle du bordel, plus forte, plus crue. Plus cruelle aussi, comme si elle épinglait sans pitié sa laideur et ses blessures avant de les lui renvoyer en pleine face.

La couverture fut remontée jusqu'à ses épaules et la jeune femme fit le tour du lit et se pencha vers lui, une expression bienveillante plaquée sur son visage comme un panneau publicitaire pour l'humanité du personnel des hôpitaux Genii sur un immeuble.

-Ca va aller ? Lui demanda t'elle avec une douceur qui aurait pu faire pâlir d'envie Beckett.

-Pourquoi vous me demandez ça ?

-Vous pleurez...monsieur.

Elle avait hésité un instant sur le « monsieur », comme si la créature allongée devant elle était devenue tellement fragile qu'un simple titre aurait pu l'ébranler. Rodney porta les doigts à son visage et sentit qu'elle avait raison. Son visage ne sentait même plus ses propres larmes. Quelque part, ce fait aberrant ne l'étonnât même pas.

-Je suis désolé si je vous fait peur, lui répondit-il finalement d'une voix éteinte. Je suis juste fatigué.

Cela semblât effrayer encore plus la jeune infirmière, qui après un dernier sourire poli et incertain s'empressa de le laisser tranquille. Il ne lui en voulut pas.

Et c'était vrai, il était fatigué, très fatigué même. Fatigué de s'être battu pendant tout ce temps, au sens propre comme au figuré, pour finalement devoir être confronté à toute cette pitié. Et ça n'était pas tellement le fait que les Genii l'empêchait de rentrer sur Atlantis qui lui avait retiré le peu d'espoir qui lui restait, c'était surtout de constater que partout où il irait, même en se libérant de toutes les prisons de l'univers, il ne pourrait pas se libérer de lui même. Il ne pourrait plus se regarder dans un miroir sans penser à tout ça, il ne pourrait pas confier ce qui lui était arrivé à personne sans que cela ne suscite la pitié et la crainte. Les gens n'avaient pas envie d'entendre tout ce qu'il avait à dire, et pour être tout à fait honnête il n'avait pas non plus envie de le partager avec qui que ce soit. Il s'était battu pour se retrouver face à une coquille vide quand il se regardait dans un miroir. Vidé, c'était ce qu'il était, vidé de toute énergie et de tout espoir, prêt à se laisser mourir sans même lever le petit doigt.

Un éclair de conscience dans ses propres ténèbres lui indiqua qu'il devait sûrement traverser une bonne grosse dépression, et qu'il noircissait le tableau en mode « adolescente gothique et suicidaire ». Cette perspective le fit rire.

-Vous riez tout seul à ce que je vois. Eh bien j'ai l'impression que je vais avoir du pain sur la planche...

McKay leva la tête et constata qu'il n'avait pas entendu arriver la jeune femme qui se tenait devant lui. Elle était comme l'infirmière de toute à l'heure, sauf qu'on avait l'impression que c'en était le négatif. L'infirmière qui s'occupait de Rodney avait la peau claire et des habits sombres, comme tout le personnel médical. La femme qui le regardait du bout de son lit était noire de peau et portait une robe blanche et jaune. Et elle était magnifique...

-Votre infirmière attitrée est un peu peureuse, lui dit elle le plus sérieusement du monde. A l'entendre vous avez la tête d'un type suicidaire qui serait l'unique réfugié d'une planète attaquée par les Wraith.

-Ca n'est pas ce qui m'est arrivé, lui répondit-il un peu décontenancé.

-Je le sais bien, ce que je voulais dire c'est que vous n'avez pas l'air à l'article de la mort.

Un silence inconfortable s'installa, illustré par le sourire figé mais chaleureux de la jeune inconnue. Enfin, jeune, disons qu'elle avait entre 28 et 33 ans... Des pommettes rebondies et rosées, des lèvres pleines, des cheveux noirs, lisses et coupés courts, un air résolument sympathique et bienveillant.

-Euh, pourquoi êtes vous là ? demanda Rodney au bout d'un moment.

-Oh, je suis idiote, j'ai oublié de me présenter ! Je suis votre Aide, Dorba. Holth. Appelez moi Dorba.

-Docteur Rodney McKay, se présenta t'il, un peu décontenancé.

Le sourire de Dorba s'élargit et atteint cette fois ses yeux, qui prirent une lueur amusée.

-Je sais très bien qui vous êtes, je me suis penchée sur votre dossier depuis votre arrivée dans cette infirmerie.

-Et quand vous dites que vous êtes mon Aide...

-Je suis vraiment bête, ricana Dorba Holth, vous n'êtes pas Genii, vous ne devez pas savoir. Une Aide c'est...et bien comme son nom l'indique, une Aide vous aide dans différents domaines, en général pour assister une personne victime d'un abus, dans le domaine psychologique, juridique, social...

McKay leva les sourcils, ignorant une crampe en train de se manifester dans le muscle de sa jambe blessée.

-Je croyais que les Genii n'étaient pas en faveur de la solidarité, grimaça t'il.

-En général non, mais quand la victime est une personne importante ou utile, ça change la donne.

Oh, bien évidemment. Kolya voulait sûrement qu'il construise des bombes nucléaires ou je ne sais quel autre arme de destruction massive. Evidemment. En même temps, il se doutait bien qu'il ne le gardait pas en vie pour ses beaux yeux.

...quoique, un nombre certain de Genii s'étaient pris pas mal de coups de poing justement pour pouvoir admirer ses beaux yeux d'un peu plus près.

-Vous m'avez l'air fatigué. Je voulais juste me présenter et m'assurer que tout allait bien, je reviendrait demain pour vous poser quelques questions, décida Dorba en lui envoyant un autre sourire.

Génial, voilà qu'il avait une avocate/psy/coach de vie avec un physique de top model sur le dos !

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