Auteure : Tch0upi.
Titre : Under My Skin
Disclamer : Tous les petits personnages présents dans cette fanfiction appartiennent à Masashi Kishimoto.
Rating : T (Pour les possibles futurs lemons)
Couples : Naru/Sasu.
Under My Skin ~ Chapitre 25
Sasuke se retourna vivement, s'étant raidi d'un coup à l'entente de la voix qu'il avait reconnue. Il contempla un long moment le visage, là à quelques mètres de lui, familier tout en étant méconnaissable et son expression méfiante et dure s'apaisa aussitôt. Un coup de vent balaya ses cheveux vers l'arrière tandis qu'il regardait le jeune homme devant lui, ses traits, sa longue cape noire qui ressemblait à de vieux haillons, et l'épée… La fameuse épée.
- Toi… ?
Sakura demeura figée comme une statue de longs instants. Elle venait de se prendre une belle gifle en plein visage, les mots semblaient lui avoir coupé la langue au passage. Elle ne réalisait pas, Naruto crut même qu'elle n'avait pas entendu. Il restait devant elle, le cœur battant, le masque tombé, il était devant elle tel qu'il était, dévoilant le monstre qu'il avait été ce soir-là. Elle allait enfin comprendre et même s'il redoutait le moment où elle ouvrirait la bouche, il se sentait allégé d'un poids énorme. Malgré ce sentiment de repos, de légèreté, la honte le rongeait, il fallait l'avouer, et le rabattait au sol comme un animal dompté et soumis par la rage de ses crimes…
La jeune femme fixait les yeux bleus devant elle sans comprendre qu'elle était dans la réalité. Le visage de son ami de toujours, de Naruto Uzumaki. Le visage de la gentillesse et la générosité et les paroles qu'il venait de prononcer n'avaient aucun sens.
- Quoi ? murmura-t-elle.
Naruto serra les lèvres, la douleur se lisant sur ses traits.
- Tu as bien compris, Sakura, ne me fais pas répéter.
- V… violé… Comme… comme dans…
Elle secoua la tête et ferma les yeux, grimaçant comme si le mot ne voulait pas franchir ses lèvres. Elle n'imaginait même pas avec quelle force le cœur du blond battait. De rage, de honte, de colère, de remords.
- Comme dans… Tu l'as forcé à… Tu as voulu coucher avec lui, mais…
La jeune femme rouvrit les paupières, et fut éblouie comme une aveugle découvrant la lumière pour la première fois. La réalité était toute autre: en fait, elle ne découvrait pas la lumière, elle découvrait les ténèbres. L'envers de la médaille, l'envers du décor qu'avait toujours été sa vie. Le bien qui, elle le croyait depuis sa plus tendre enfance, était son terrain de jeu, était le voile qui recouvrait son village. Le mal, les ténèbres, ne pouvaient jamais se faufiler chez elle, ne pouvait jamais atteindre ceux qui vivaient autour d'elle. Elle avait vécu dans une utopie, un rêve, une illusion. Jamais elle n'aurait cru quelqu'un lui disant que l'un de ses amis, un membre de sa famille ou même un professeur de son village avait commis un meurtre, un viol, une agression quelconque.
Comme elle s'était trompée…
Oui, elle connaissait très bien la définition du mot « viol ». Forcer quelqu'un à avoir une relation sexuelle contre son gré. C'était un acte d'un dégoût d'une telle profondeur et qui aspirait la peur. Toutes les femmes du monde craignaient ce mot, cet acte, elles craignaient toutes que cela leur arrive un jour. Sakura aussi avait souvent imaginé l'horreur et le cauchemar que ce serait. Plusieurs fois, en mission, elle s'était retrouvée toute seule devant des ennemis masculins plus gros et plus forts qu'elle et elle était passée près de vivre ça. C'était la réalité de beaucoup de kunoichi malgré leur force parfois plus grande que certains shinobi.
Elle savait ce que c'était, un viol. Elle l'imaginait, faute de l'avoir un jour vécu. Et le mot n'allait pas du tout avec le visage de Naruto, quoiqu'à l'instant, et depuis quelques jours, le jeune Uzumaki semblait avoir changé de visage. D'expression faciale, de lueur dans le regard. Il était différent.
Il avait changé depuis le jour où il avait quitté le village. Juste avant leur baiser, dans la chambre d'hôpital de Sasuke.
Et tout revint comme une bourrasque froide et féroce au visage de la jeune femme.
« Sasuke, je t'en prie, dis-moi que je n'ai pas fait ça ! »
« Sasuke, dis-moi ! Dis-moi ! criait maintenant le blond en le serrant entre ses doigts et en le secouant. Il faut ! Il le faut ! Dis-moi ce que je t'ai fait, pitié ne me dis pas que je t'ai fait cette chose horrible ! »
Sasuke s'était braqué comme un animal sauvage que l'on agresse, à qui l'on faisait très peur. Il s'était mis à respirer si vite, Sakura en avait très bonne mémoire. Sur le lit, comme un rescapé, il fuyait Naruto, il le repoussait comme si sa vie en dépendait, comme si le souffle du blond un peu plus longtemps sur lui allait le faire fondre et le brûler comme de l'acide. Il s'était mis à hyperventiler, seul la présence de Kakashi avait su le calmer.
Naruto avait été si détruit après cela. Avec elle, il lui avait enserré le poignet et, les yeux remplis de larmes, avait murmuré à répétition : « Qu'est-ce que j'ai fait… ? ». Sakura était vraiment confuse, c'était un euphémisme de le dire ainsi, d'ailleurs. Elle ne voyait que Naruto, elle n'imaginait pas qu'il puisse être capable d'un tel acte, surtout envers un ami. Elle revoyait son baiser, d'ailleurs, ses lèvres sur les siennes, elle les ressentait encore, pour en avoir été troublée longuement les jours suivant. La douceur du blond, sa tendresse, sa fragilité…
Sakura fronça les sourcils en songeant ensuite à Sasuke. Un homme comme lui, violé ? Par Naruto ? Elle devait admettre que depuis son retour, Sasuke était plus petit et plus misérable que Naruto, et qu'il était blessé également. Le blond, physiquement, avait plus de force que lui surtout dans l'état dans lequel il avait été après son affrontement contre Madara durant la guerre. Évidemment, avec les chevilles et les poignets brisés, comment se défendre lorsqu'un homme de tout son poids nous surplombe et a l'intention de nous faire du mal ?
Son cœur se serra à l'idée. De toute sa vie, jamais elle n'avait apprécié voir les deux garçons se faire du mal l'un l'autre. Et l'image, l'idée, la vérité lui faisait mal. Elle retournait ses entrailles et lui donnait la nausée. Mais autre chose se faufilait également en elle. Une espèce de peur, de dégoût, de déception, de répulsion… Elle releva lentement la tête vers Naruto et ses yeux verts étincelaient maintenant de distance et de froideur. De jugement. Malgré elle, elle regarda Naruto comme elle regarderait un criminel et elle comprit tout ce qu'elle n'avait pas compris depuis des jours et des semaines.
- Tu… Comment ?
- Comment ? répéta Naruto, perdant ses moyens.
- Comment as-tu pu… ? Naruto, tu as… Tu veux dire que tu… tu l'as… ?
L'incompréhension se lisait sur le visage horrifié de la jeune kunoichi. Naruto la fixait en ravalant sa salive, sentant ses tripes se retourner et son estomac faire un salto-arrière. Son cœur, au fond de sa gorge, menaçait de remonter. Ce regard… Ce n'était pas ce regard et toutes ses couleurs de jugement, de honte, de dégoût qui lui faisait mal. C'était la vérité cachée dans chacun de ces sentiments. C'était le fait que tout ça était vrai et qu'il avait vraiment commis ce geste. C'était d'endosser officiellement le rôle.
Sakura était dans le néant total. Ce n'était pas de l'incompréhension face au viol que l'on pouvait lire dans ses yeux. C'était l'incompréhension face au violeur. À son identité, à sa face, à son vrai visage. Elle ne comprenait pas.
- Sakura, dis quelque chose.
- Et toi, dis-moi comment tu as pu faire ça ? À Sasuke-kun ? Tu lui as fait… Mon Dieu…
Elle se détourna légèrement et plaqua une main sur sa bouche, dans une délicatesse précise et une lenteur calculée. Naruto avait des sueurs froides, mais il ne tremblait pas. S'il ne savait faire face à Sakura, jamais il ne retrouverait Sasuke et jamais il pourrait faire face à sa souffrance, à ce qu'il avait lui-même causé. C'était un pas à faire. Il le savait très bien.
Deux larmes glissèrent sur la peau claire de Sakura, de chaque côté de son nez aquilin, qui brillèrent dans les rayons du soleil. Naruto ravala les siennes, et tenta de balbutier, comme un misérable:
- Je… Je n'ai pas vraiment de souvenirs de cette nuit, si tu veux tout savoir. Je sais juste ce que j'ai fait, j'ai des bribes qui me reviennent. De lui sous moi. De lui qui pleure et qui se débat. Et je me suis réveillé dans son lit, un trou noir à la place du cerveau, le pantalon baissé…
- Ça suffit ! hurla alors Sakura. Je sais ce que c'est qu'un viol, je le sais !
Elle se jeta alors sur lui et le poussa violemment des deux mains sur le torse.
- Naruto, comment as-tu pu ? Toi ? Toi, celui que j'admirais le plus ? Tu es dégoûtant, tu me répugnes, tu me déçois terriblement ! Pourquoi t'as fait ça, pourquoi ? Dis-moi ce qui t'es passé par la tête, nom de Dieu ? Bon sang, qu'est-ce que Sasuke-kun t'a fait ? Qu'est-ce qu'il t'a fait pour que tu en viennes à un geste aussi cruel ?
- J'étais en colère, Sakura-chan ! cria à son tour Naruto en empoignant les bras de la jeune fleur d'un geste brusque.
Sakura s'immobilisa, déchirée entre être figée d'effroi ou intéressée à entendre la suite. Son monde s'écroulait. Plongée dans les perles d'océan qui la surplombaient maintenant, elle ne put qu'écouter, soumise à la force brute du blond.
- Tu entends ça ? J'étais en colère ! Toute cette histoire du Conseil qui voulait vous marier et vous forcer à vous reproduire comme si vous n'étiez que des animaux ! Je n'étais pas remis de toutes les émotions et les épreuves que la guerre nous avait fait vivre. Sasuke était revenu, enfin, après tout ce temps auquel on a passé toi et moi à essayer de le ramener, mais il était brisé et plus comme avant, ça me faisait mal. Et toi… Je t'aimais, Sakura-chan, mais tu ne voyais rien, tu étais prête à te jeter dans les bras de Sasuke qui lui n'avait jamais bougé le moindre petit doigt pour toi ! Bordel, je suis humain moi aussi ! Je ne suis pas en train de dire que je ne suis fautif de rien, je ne suis pas en train de me justifier, rien ne pourra jamais me blanchir, mais j'ai perdu les pédales, d'accord ? J'ai bu comme un ivrogne ! J'ai bu, parce que j'avais le cœur piétiné par tes bons soins, et j'ai perdu la lumière de vue. Tu comprends ça, Sakura ?
Bousculée par les mots, dépassée par les vérités qui éclataient, Sakura demeura longuement aussi vide d'âme qu'une poupée en porcelaine. Elle fut partagée entre colère, rage folle, tristesse, souffrance et dépression. La partie du discours du blond qui parlait du retour d'un Sasuke psychologiquement et physiquement brisé fit monter un flot de larmes à ses yeux, mais celle qui disait que Naruto l'aimait et qu'elle ne l'avait jamais vu solidifia son cœur comme si elle se transformait en monstre. Chacun son tour, non ? Elle savait qu'elle n'avait jamais rien vu, elle savait que le blond l'avait aimé, et qu'elle avait choisi Sasuke plutôt que lui. Mais un amour aussi profond et vieux ne mourait jamais vraiment, et elle savait aussi qu'elle aimerait Sasuke encore longtemps. L'amour qu'elle avait pour Naruto était juste un peu plus différent.
Malgré tout ça, les larmes, le cœur serré, l'impression de culpabilité que le blond fit naître en elle, elle ne put que penser à une chose et ne put réagir autrement qu'ainsi…
Elle serra les dents et sa main partit toute seule. Elle gifla le blond. La gifle du siècle, sa main en pulsait encore. Naruto, qui pensait avoir déjà goûté à la force phénoménale de la jeune fille, fut magnifiquement désillusionné. Sa tête fut brusquement dévissé sur le côté, ses yeux se fermèrent sous la force de l'impact.
Tout autour d'eux, un silence de plomb s'installa, après le départ précipité de quelques oiseaux dans les arbres alentour.
Naruto n'eut pas le temps de se remettre qu'une nouvelle claque fit de nouveau résonner les remords dans sa tête. Quand il tourna le menton, portant une main à sa joue meurtrie, Sakura s'approcha, telle une prédatrice et lui empoigna brutalement le col à deux mains.
- Non, en effet, ça ne justifie rien et rien ne pourra te blanchir, tu l'as bien dit. Je ne sais même pas avec quel culot tu m'as incluse là-dedans ! Je n'arrive pas à y croire. Tu m'aimes ? Tu m'as aimée ? Alors fais-moi le plaisir de ravaler tes mots sinon c'est moi qui te les ferai ravaler ! Si tu n'es pas fichu de te rappeler de ce que tu as fait, ce n'est pas mon problème. Nous, on va chercher Sasuke-kun. T'as intérêt à ce que je te revois au village parce que t'as des excuses et des choses à te faire pardonner.
Sur ces dernières paroles, Sakura le lâcha et, tournant sur ses talons, disparut devant lui dans la forêt.
Naruto regarda, tel un poisson sorti de l'eau, la silhouette de son amie se perdre au loin. Il observa ensuite ses alentours, passant des arbres alourdis de neige et, derrière lui, le bas des falaises. En fait, il était au sommet d'une montagne. Le soleil brillait sur lui, sur le blanc du tapis sous ses pieds. Il se retourna et contempla le village en bas, la vue exceptionnelle qu'il avait. Mais il n'arrivait pas à voir de beauté dans quoique ce soit.
Il s'effondra, ne supportant plus depuis longtemps le poids de son corps sur ses jambes. Le poids de sa bêtise.
- Mais oui, c'est vraiment toi !
Le jeune homme devant Sasuke se précipita vers lui et, dans une série de mouvements rapides que Sasuke ne put vraiment tous capter, il planta son épée au sol et tendit les mains pour lui empoigner les épaules fortement. L'Uchiha esquissa une expression surprise et embarrassée tandis que Suigetsu l'attirait contre lui. Deux bras s'enroulèrent autour de son cou et un corps se plaqua au sien.
- Putain, tu peux pas savoir à quel point je suis content de te trouver, mon pote !
Déjà étourdi par la bonne humeur de son ancien coéquipier, Sasuke repoussa le jeune homme. Suigetsu recula et lui sourit largement. Son visage le ramena quelques mois en arrière et, pour une raison obscure, Sasuke se sentit, non pas nostalgique, mais bien. Suigetsu représentait une vie antérieure à son viol.
- T'es vivant, vieux ! s'exclama-t-il en lui tapotant la joue et en riant comme un enfant. C'est super !
Il semblait perdre ses moyens et Sasuke remarqua même qu'il tremblait. Et pourquoi cet excès de joie, aussi ? Il le regarda sans comprendre, fronçant ses fins sourcils noirs. Suigetsu se calma progressivement, non sans pouvoir se départir de son sourire, d'où l'on pouvait voir briller ses dents effilés. Il ressemblait à un survivant d'une éruption volcanique, d'un homme ayant passé à un fil de la mort et ayant survécu, pendu à une chance inattendue.
Avant qu'il n'ait pu penser à le questionner, Suigetsu s'expliqua.
- Ça fait trois mois que je déambule tout seul, à la recherche de l'un de vous. J'ai cherché partout, mais y'avait rien à faire. Sas'ke, tu peux pas t'imaginer, à quel point je suis heureux de ne plus être tout seul. Enfin !
Suigetsu avait l'air d'avoir maigri, nota Sasuke. Il avait des cernes et derrière ce sourire énorme, il paraissait cacher une tristesse et sa peau était plus blême que dans son souvenir. Il était différent d'avant et l'information rentra très vite dans la tête de l'ex-dirigeant de Taka.
Seul ? À la recherche de l'un d'eux ? Sasuke releva ses yeux vers ceux du jeune homme et le questionna du regard avant de dire, d'une voix pratiquement murmurée:
- Tu nous cherchais ?
- Depuis la guerre, avoua Suigetsu, l'air devenu grave.
- Où sont les autres ? demanda Sasuke, incapable de prononcer leurs prénoms.
- J'ai perdu leur trace après la fin des combats. Comme je viens de te le dire, je les ai cherché longuement. Si tu veux mon avis, je crois qu'ils sont morts, mais je m'étais leurré, j'ai nié ce que je savais au fond de moi. Je ne voulais pas y croire. J'ai même cru que toi aussi, tu étais mort. Mais bordel, Sasuke, où est-ce que tu étais passé pendant tout ce temps ?
Sasuke baissa à son tour la tête, cherchant stupidement quoi répondre alors que Suigetsu le reluquait de la tête au pied.
- Habillé comme tu es, tu n'as sûrement pas dû dormir à la belle étoile durant les trois derniers mois. Tu étais chez toi, c'est ça ? À Konoha ?
- Ce n'est pas chez moi, siffla aussitôt Sasuke en guise de réponse. Ça ne l'est plus.
Sur ce, il tourna les talons et poursuivit son chemin, comme si personne ne venait de l'accoster. Suigetsu prit soudainement conscience des passants et de la vie qui continuait autour de lui, sortant de son rêve éveillé, et fit les yeux ronds. Il attrapa son épée et s'empressa de rattraper son ami qui s'éloignait, bousculant certaines personnes et s'excusant piteusement, de mauvais souvenirs de solitude lui remontant à la tête.
- Aller, Sas'ke, tu vas pas faire la tête. Tu y étais, ou pas ?
- Oui et alors ? Je n'y suis plus, ça n'a donc plus d'importance.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Rien, va emmerder quelqu'un d'autre.
- J'ai passé les trois derniers mois seul en tête à tête avec la lune, Sas'ke. J'ai pas envie de continuer à me parler à moi-même. J'ai cru que j'allais devenir fou, la solitude, ça ne me réussit pas. Je t'ai enfin trouvé, mon gars, enfin ! Je n'ai pas l'intention de te laisser m'échapper. Je te suis. Visiblement, tu as encore quitté ton village, tant pis, on ira ailleurs.
Sasuke s'arrêta brusquement et se tourna face à Suigetsu. Il analysait chacun de ses mots tout en le regardant comme on regarderait un fou échappé d'un asile. Suigetsu se mit à sourire bêtement, lâchant quelques petits rires devant la mine ahurie du si calme Sasuke Uchiha.
- Quoi ? se défendit-il après quelques secondes, haussant les épaules.
Sasuke roula des yeux et secoua la tête de dépit.
- Rien, laisse tomber.
- On va où ? poursuivit le jeune Hôzuki.
Sasuke poussa un profond soupir.
Ils marchèrent côte à côte durant l'avant-midi entière. Enfin, côte à côte. Plutôt l'un devant et l'autre derrière qui n'osait pas trop emmerder le premier de peur que celui-ci ne se fâche. Suigetsu le trouvait étrange, d'ailleurs. Sasuke avait toujours été calme et, quelque part, nonchalant, mais là, il dépassait largement ce stade. Tandis qu'ils déambulaient dans le village, le long du large, au bord d'une eau étincelante sous le soleil qui montait progressivement, Sasuke ne s'était pas retourné pour s'assurer qu'il était toujours suivi, il était comme dans son monde. Il était absent, dans sa bulle.
Mais à un certain degré, Suigetsu s'en fichait totalement. Il n'avait plus ou moins conversé avec aucun être humain depuis presque deux mois. Depuis la fin de la guerre, il avait perdu de vue ses coéquipiers et s'était malgré lui retrouvé propulsé dans le monde seul comme un rescapé d'une terrible tragédie. Le monde ne lui avait jamais paru aussi vaste et immense, aussi vide. Cela avait été l'enfer, la définition même de l'enfer pour lui. Et le sentiment de soulagement, de bonheur pur et dur lorsqu'il avait aperçu la silhouette de Sasuke. Ses cheveux hérissés, ça ne pouvait être que lui et quand il s'était retourné et qu'il avait pu en être certain en regardant son visage et ses yeux noirs... Oui, c'était bien lui ! Le jeune Uchiha n'avait pipé mot durant leur longue marche, mais Suigetsu s'en fichait bien. Au moins, il était là. Il n'était plus seul.
Ils arrivèrent dans un endroit qui ressemblait à un port, le bord désertique des circulations se changeant peu à peu en habitations. Ils avaient dépassé les longues routes désertes et semblaient être arrivés dans un autre village. À l'horizon des eaux, on distinguait une ville et à droite, plus loin, un pont s'élevait et rejoignait cette contrée de l'autre côté de la baie.
Sasuke ignora les embarcations et les maisonnées qui bordaient la côte, il se dirigea vers les rochers. Un quai se dressait vis-à-vis une maison mais il l'ignora aussi, il monta sur un petit rocher entouré de galets et fut plus grand de quelques dizaines de centimètres. Suigetsu s'approcha et se planta à ses côtés, hésitant, regardant le profil de l'Uchiha. Celui-ci fixait le large, les cheveux au vent. À nouveau, il semblait perdu dans son monde.
- Où est-ce qu'on est ? demanda-t-il, attirant l'attention de Suigetsu qui ne s'était pas attendu à entendre sa voix.
Hébété, le propriétaire de l'épée de Zabuza leva le menton vers le paysage. Il se retourna et observa les architectures dans le style pêcheur qui s'étendaient par là. De petites maisons. Il regarda les montagnes en arrière plan - là d'où ils arrivaient. Le brouillard qui camouflaient leurs sommets. Un ciel si bleu, il n'y avait qu'un endroit où il pouvait être d'une couleur aussi prononcée. Il se retourna vers Sasuke.
- Je crois qu'on est au Pays des Vagues, déclara-t-il. Mais je ne suis pas sûr à cent pour cent.
Sasuke baissa la tête vers lui. Son regard insistant était un peu moins vide tout à coup, presque curieux et intéressé.
- Un problème ?
- Non, déclara Sasuke.
Il sauta du rocher doucement.
- Je… Je suis déjà venu par ici, auparavant.
Avec cette pensée en tête, le jeune homme aux cheveux noirs jeta un regard sur l'étendu des maisonnettes. Il vit le quai relier chacune d'elles et créer une sorte de passage. Son regard suivit ce dit passage et il se revit, marchant accompagné de l'équipe 7. Un homme avec une barbe grise les guidant vers son domicile. Une brève vision qu'il effaça en secouant la tête aussitôt qu'elle était venue.
- Ouais, acquiesça Suigetsu, attirant son attention. Avec moi. On était à la recherche de mon épée, tu te souviens ?
Sasuke le contempla un moment, fronçant les sourcils, comme s'il était à nouveau en train d'avoir des visions du passé. Il finit par acquiescer, retombant dans son tombeau de silence.
Il reprit sa marche le long de la côte, et Suigetsu le suivit en retenant plusieurs soupirs. Sasuke était vraiment bizarre. Différent.
- Tu sais au moins où tu te diriges comme ça ? demanda-t-il en se mettant au niveau du jeune Uchiha.
- Pour l'instant, je cherche de quoi manger.
- Ah, voilà qui n'est pas bête ! sourit l'Hôzuki.
Ils continuèrent à marcher, dépassant plusieurs mètres et contournant pratiquement l'îlot, quand Suigetsu eut une illumination.
- Hé ! Sasuke, on pourrait pêcher. On n'a qu'à demander la permission à l'un des villageois du coin. Il pourrait même nous…
- Impossible. Avec nos statuts respectifs, ils nous reconnaîtront.
- La dernière fois, ils n'ont pas semblé savoir qui nous étions, protesta l'épéiste.
- Mieux vaut ne rien risquer. Je n'ai pas envie de me mêler à quelques problèmes que ce soit.
Sur ce, Sasuke continua sa route. Suigetsu demeura immobile, le regardant s'éloigner. Puis, un sourire moqueur étira ses lèvres.
- Je ne te connaissais pas si trouillard ! Écoute, la guerre est finie. Tu as réintégré les rangs de Konoha. Tout le monde s'en fiche désormais ! Et moi… Pff… Je n'ai jamais été célèbre. Au sein de Taka, il n'y avait que toi qui étais sous les projecteurs…
Sasuke s'arrêta brusquement et se mit face à Suigetsu. Son regard était sombre et agacé, mais il y avait aussi autre chose, que le jeune homme aux cheveux blancs ne put déchiffrer. Il eut quelques frissons, avant que Sasuke ne lâche, aussi brusquement que possible:
- Tu as l'autorisation de partir, tu sais. Je n'ai pas besoin de toi.
- Quoi … ? marmonna Suigetsu, perdant son sourire lentement.
La réalité s'ancra dans ses veines et il comprit les paroles de Sasuke. La solitude sembla se faire ressentir de nouveau, du moins la perspective d'y replonger dans un avenir très proche. Il dévisagea Sasuke, cherchant dans son regard quelque chose qui lui dirait qu'il ne pensait pas ses mots, qu'il avait parlé trop vite, sous le coup de la colère et de l'agacement. Suigetsu pouvait comprendre qu'il parlait vite, qu'il était chiant et énervant, mais il ne pouvait pas s'en empêcher, il était trop heureux de l'avoir retrouvé… Mais rien. Sasuke était aussi sérieux que jamais et aussi froid qu'une barre de glace.
- Je croyais… qu'on était amis, bafouilla-t-il, blessé.
Sasuke ne parut pas s'adoucir. Et son absence de réponse fut suffisant pour Suigetsu. Ses traits se durcirent à son tour.
- Eh bien, tu sais quoi ? Laisse tomber ! Et reste seul ! Moi qui étais heureux de t'avoir enfin retrouvé après tout ce temps. J'ai été idiot, vraiment. J'aurais préféré tomber sur Juugo ou… (il lâcha un rire ironique) même Karin ! Tu n'as pas changé au final. Tu es toujours aussi égoïste et ne pense qu'à toi ! J'arrive pas à croire que j'ai été sincèrement content de te retrouver.
Sur ces paroles, Suigetsu se précipita vers la côte et continua son chemin tout seul. Sasuke le regarda partir, le visage un peu moins dur, s'étant pris en pleine figure chacun des mots du jeune Hôzuki. Une bourrasque de vent ramena ses mèches vers l'arrière et caressa sa peau. C'était agréable. Mais quelque chose était amer. Il resta là, baissant les yeux, essayant d'effacer la culpabilité. Jamais il ne s'était senti ainsi, c'était nouveau. Il y avait une époque où il se fichait complètement du sort des membres de Taka. Ils n'étaient pas ses amis. Il n'avait pas d'amis.
Mais la voix de Suigetsu lui revenait, continuant de résonner dans sa tête, agissant comme des claques sur sa conscience.
Il tourna de nouveau la tête: Suigetsu était une toute petite silhouette à l'horizon.
Ino s'approcha de Sakura, prudemment. La jeune fille était assise contre un arbre et ne disait rien. Son regard était vide, elle fixait un point devant elle et demeurait immobile telle une poupée désarticulée et dépouillée d'âme. Elle était ainsi depuis qu'elle était avait suivi Naruto et qu'elle était revenue. Personne ne savait ce qu'elle avait échangé avec le blond, ce qu'il s'était passé, mais celui-ci n'étant pas avec elle et Sakura affichant une tête d'enterrement, on se doutait que ça n'avait pas dû bien se finir.
La jeune Yamanaka, morte d'inquiétude, lança un regard à Shikamaru, à quelques pas derrière, et celui-ci hocha positivement la tête pour l'encourager. La blonde reposa ses yeux bleus sur sa meilleure amie et se pencha lentement pour s'assoir à ses côtés, une gourde d'eau dans les mains.
- Tu ne veux rien boire, Sakura ? S'il te plaît, tu es déshydratée…
- Laisse-moi tranquille, Ino, souffla la jeune fille, sans détourner le regard de cette fixation intense.
- Pas tant que tu n'auras rien avalé, protesta Ino. Tu pourras continuer à sombrer dans tes réflexions après.
Elle approcha la gourde de Sakura, mais celle-ci attrapa brusquement le poignet d'Ino, prenant soudainement vie en tournant également la tête vers elle, la faisant fondre sous un regard froid, mais également brûlant d'un sentiment inconnu et indéchiffrable, et la repoussa en serrant jusqu'à ce que la blonde lâche la gourde et gémisse de douleur.
- S-Sakura, arrête !
- Je t'ai dit de me laisser tranquille, s'énerva la rose.
Ino s'écarta, se relevant, non sans lâcher son amie de son regard désormais écarquillé et horrifié. Au même instant, Kiba apparut auprès de la Yamanaka, ayant bondi pour voir ce qui n'allait pas entre les deux filles. Il observa les dégâts, la jeune blonde se massant le poignet avec une grimace, et tourna finalement la tête vers Sakura.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? demanda-t-il fermement, fronçant les sourcils.
- Rien. Fiche-moi la paix, Inuzuka.
- On se fait du souci pour toi, Sakura. Tu as poursuivi Naruto, on ne t'a pas retrouvée pendant environ une heure, aucune trace non plus de Naruto et non seulement tu reviens les mains vides, mais avec cette tête… Excuse-nous de nous inquiéter pour toi !
Les autres s'étaient lentement approchés, derrière Kiba et Ino. Sakura les regarda, tour à tour, puis se leva.
- Pardon, Ino, murmura-t-elle machinalement, comme un mécanisme automatique.
Elle se tourna vers les autres.
- Je ne voulais pas vous inquiéter. Mais rien n'a changé. Notre mission, du moins la mienne, demeure de retrouver Sasuke.
- Et Naruto ? grommela Kiba.
- On s'en fiche de Naruto, grogna Sakura en réponse à Kiba, le fusillant du regard.
- Quoi ? s'exclama Ino, de nouveau choquée. Sakura… ?
- Naruto rentrera à Konoha, ne vous inquiétez pas pour lui. L'important, c'est Sasuke.
Après ses paroles, Sakura se pencha et attrapa la gourde d'eau. Elle but tout son contenu et bouscula ses amis pour faire quelques pas et se trouver un autre coin où ruminer toutes ses pensées.
Kiba et Ino s'échangèrent un regard consterné et se tournèrent ensuite vers les autres. Hinata semblait tout aussi choquée, hésitant à aller parler à Sakura. Shikamaru arborait une expression pensive, sombre, tout comme Chôji qui suivait des yeux Sakura, se demandant ce qu'elle pouvait bien avoir échangé comme conversation avec Naruto - et où celui-ci pouvait bien se trouver en ce moment. Tenten échangea avec Lee et Neji des regards inquiets. Shino restait appuyé contre un arbre, ayant suivi la scène depuis son emplacement à l'écart.
Shikamaru observa un long moment la jeune Haruno. Lee s'approcha de lui tout en regardant aussi Sakura de loin. Le Nara tourna la tête vers le disciple de Gaï-senseï lorsque celui-ci parla.
- Les choses s'empirent, marmonna-t-il.
- J'aimerais tant pouvoir aider Sakura-chan, mais… comment faire ? souffla Lee, tristement.
- Peu importe ce qu'il se passe…, les interrompit Kiba derrière eux.
Shikamaru et Rock Lee se retournèrent, alertés par la voix du maître des chiens. Aux côtés d'Ino, l'Inuzuka attendit que tous ses amis le regardent. Shino se leva finalement et les rejoignit. Kiba put ainsi poursuivre, les traits durs et la voix ferme.
- …peu importe ce qu'il se passe sous nos yeux et que, visiblement, nous ne saisissons pas, reprit-il, la seule chose à faire désormais, et logiquement…
Il suspendit un temps, en silence. Chacun de ses amis attendit, curieux de connaître le raisonnement de Kiba. Tous se préparaient à entendre quelque chose du genre « Rentrons à Konoha. Sasuke n'en vaut pas la peine, mieux vaut rattraper Naruto et rentrer avec lui », car c'était ce que Kiba voulait faire depuis le début, ils furent donc surpris d'entendre plutôt :
- Compte tenu de tout ceci et de l'état de Sakura, la seule chose qui nous reste à faire, pour comprendre, à mon avis, c'est de retrouver Sasuke.
À SUIVRE...
