Titre : La Ligue
Auteur : Ruth Dedallime
Spoilers : Tome V (ne tient pas compte du tome VI)
Disclaimer : L'univers Harry Potter et ses personnages sont la propriété exclusive de J.K. Rowling. En revanche tous ces fabuleux Beauxbâtonneurs sont à moi (et ils sont nombreux !)
Rating : T


Beaucoup de retard. Je sais. J'ai honte. Mais les chapitres deviennent vraiment complexes (et longs !) et je peux vous assurer que ma béta et moi suons sang et eau pour vous les faire parvenir dans des délais brefs. Mais l'heure est aux réjouissances… Vous l'attendiez ? Le voici, le voilà ! La partie II dans toute sa splendeur ! Attention, l'histoire repart en arrière ! Nous ne sommes plus dimanche, mais mardi, au cours du voyage des anglais vers Beauxbâtons. On aurait pu nommer ce chapitre 'Et pendant ce temps à Vera cruz…' ou 'La Loi de Murphy', mais le choix s'est porté sur l'explicite :

Une semaine en enfer

(POV McGonagall)

Mardi 3 septembre 1996, 17h00. Heure locale. Frontière franco-anglaise.

Sensation désagréable de décalage horaire : en France, il est déjà l'heure du thé, alors qu'en Angleterre, il n'est que 16h00. Etrange, d'être à cheval sur les deux ! Enfin, le moment n'est pas aux considérations temporelles. Dix minutes que cette personne des douanes inspecte nos bagages, sans que je sache ce qu'il cherche, au juste. Pendant ce temps, nous restons plantés au-dessus de la Manche, ce qui ne me réjouit pas du tout. Le temps d'invisibilité de nos calèches est compté. Heureusement, pour m'occuper, cette personne m'a donné une trentaine de formulaires à remplir ! Chose curieuse, car il ne jette pourtant qu'un coup d'œil rapide aux autorisations du ministère anglais.

Mardi 3 septembre 1996, 18h30. France. Ministère des Affaires étrangères. Département de l'Immigration, centre des Buttes Chaumont

Maudits soient ces français et leur fichue bureaucratie ! Certification du contrôle des douanes, autorisation ministérielle, formulaires divers et variés, attestation de responsabilité civile pour chaque élève... Et il faut bien entendu que cette femme les vérifie tous un par un ! Elle ne semble heureusement rien remarquer d'anormal, pour l'instant. Aurais-je du boire de la potion de chance avant de quitter Hogwarts ? Mais Albus en aura certainement plus besoin que moi... Je soupire... Combien de barrages allons-nous devoir encore franchir avant d'arriver à Beauxbâtons ? Que de temps perdu ! Heureusement, tout à l'air de correctement se dérouler. Il ne manquerait plus qu'ils se rendent compte de la supercherie. Ce serait une catastrophe ! Nous ne pouvons pas faire demi-tour... Escalier F. Oui, chère madame, j'ai parfaitement compris. Adieu, en espérant ne plus jamais avoir affaire à vous !

Mardi 3 septembre 1996, 19h02. Métro parisien. Station Botzaris

Nous devons rejoindre le quartier d'Haxo, maintenant. Pourvu que notre contact soit au rendez-vous... Métro ligne 7bis, direction 'Pré St-Gervais'... Voilà, le quai ! ... J'espère que Malfoy ne s'imagine pas que je n'ai pas remarqué son petit manège, même si je ne sais pas exactement ce qu'il est en train de trafiquer avec Goyle. Mais qu'est-ce que... J'en étais sûre ! Je ne peux pas m'éloigner de ce Slytherin sans qu'il ne fasse un sale coup à sa manière sournoise. Malfoy. En voilà un qu'il faudra tenir à l'œil. Trop de choses sont en balance pour que je le laisse ruiner nos efforts de manière inconsidérée.

Mardi 3 septembre 1996, 19h15. Métro parisien. Quartier d'Haxo

Le bruit de la foule est assourdissant. Dans mes souvenirs, Haxo n'était pas aussi bondé... Mais en une dizaine d'années, les lieux ont forcément changé... Heureusement, notre contact est là. Marin Constan, du ministère de l'Education. Une connaissance d'Albus, me suis-je laissé dire. Mais qui Albus Dumbledore ne connaît-il pas ? Et combien de sorciers et de sorcières lui doivent une faveur, un service ? ... Ce Constan m'a l'air plus au courant que je n'aurais cru de prime abord. Mais sa conversation en reste aux allusions et rien ne transparaît réellement dans son discours... Un homme prudent. Je préfère cela.

Mardi 3 septembre 1996, 19h25. Quartier d'Haxo. Auberge 'Le Verre Galant'

Le Verre Galant ! C'est bien des français, cela ! J'observe les lieux. Le standing parait nettement plus élevé que le 'Chaudron Baveur'. Ceci dit, ce n'est pas très difficile, malgré toute l'estime que j'ai pour Tom... La conversation de Constan a changé du tout au tout et le voilà qui commente le menu avec animation. Comme si j'ignorais tout de la cuisine française ! ... Cherche-t-il à donner le change devant le maître d'hôtel ? Il me jette des regards en coin, l'air de rien. Je donnerais cher pour savoir ce qu'il sait de notre affaire... Mes allusions à Albus le font sourire, mais n'entraînent aucune confidence. Il reste dans les généralités me posant quelques questions sur le système éducatif anglais. 'Hogwarts est si réputé !'... Mais bien sûr ! ... 'Faites-moi plaisir Minerva, appelez-moi Marin !' Hem, hem... Cet homme commence à passablement m'irriter. Même sur ses fonctions, il reste flou, se contentant d'évoquer les problèmes de paperasserie sous lesquels croule l'administration. Je sens mon attention faiblir. La cuisine capiteuse et la fatigue du voyage commencent à avoir raison de moi. Heureusement que ce dîner touche à sa fin...

Mercredi 4 septembre 1996, 10h25. Académie Beauxbâtons. Grand vestibule.

Enfin, voici les élèves français ! Merlin, qu'ils sont nombreux ! ... Et dissipés ! Je n'ai rien contre les tenues moldues, mais là, certains exagèrent ! Comment le port de l'uniforme a-t-il pu tomber en désuétude dans une école aussi ancienne ? ... Aucune rigueur, de l'insolence, de la désinvolture, peu de respect envers l'autorité... Il n'y a guère que les jumeaux Weasley ou les Maraudeurs pour atteindre ces extrémités ! ... Je plains les enseignants... Et j'ai quelques remords à l'idée d'abandonner mes élèves ici... Mais je ne peux m'attarder en France. Le plan de Dumbledore doit fonctionner.

Mercredi 4 septembre 1996, 10h30. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur.

Je laisse les jeunes anglais aux mains des délégués français pour suivre Madame Maxime jusqu'à son bureau. Un rapide coup d'œil à la pièce me dépayse quelque peu : pas d'objets hétéroclites comme dans le bureau d'Albus, elle est plutôt fonctionnelle. Seul un tableau égaie le mur d'en face. Olympe m'invite à avancer et la vision qui s'offre à mes yeux me coupe le souffle. Ce que j'avais pris pour un simple portrait vide est un véritable chef-d'œuvre. Il parait si vivant ! les arbres peints bruissent doucement sous une brise légère, il me semble presque distinguer les rossignols qui chantent dans leurs branches. J'ai à peine eu le temps de m'y habituer que Mme Maxime frappe sur le cadre du tableau, comme s'il s'agissait d'une porte. Un homme aux yeux pétillants surgit devant moi. Nicolas Flamel. J'ai eu deux-trois occasions de discuter avec lui par cheminée, mais je n'ai jamais eu la chance de le rencontrer de son vivant... Un homme d'exception, sans aucun doute.

Il a l'air pleinement au courant des plans d'Albus. D'ailleurs, il a des doutes sur leurs résultats. Mais avions-nous seulement le choix ? L'urgence s'imposait et il a bien fallu agir, avant même de pouvoir prévenir les parents d'élèves. Nous en venons à mon départ, fixé à demain après-midi. Il semble les peiner l'un et l'autre. Il est vrai que cela leur occasionnera aussi un surplus de travail... En effet, en l'absence d'un représentant légal anglais à Beauxbâtons, mes élèves devront s'en remettre aux décisions d'Olympe ou, en cas de conflit, à celles de l'Ambassade britannique elle-même. Enfin, ce n'est pas comme s'ils devaient rester des mois ici...

Ce qui nous amène aux questions pratiques : logement, repas, cours et emploi du temps, Cérémonie de la Roue... Comment cela, 'Cérémonie de la Roue' ? Flamel laisse fuser un petit rire et m'explique dans les grandes lignes son fonctionnement. C'est bien intéressant tout cela, mais quel rapport avec mes élèves ? Olympe me regarde, stupéfaite. Elle défend alors avec véhémence les spécificités de Beauxbâtons, arguant que c'est une réelle chance de pouvoir connaître son alter. Une force. 'D'ailleurs, n'est-ce pas là le meilleur moyen de faire croire que les anglais vont rester longtemps sur place ?' argumente Flamel. Il marque un point. Mais quelque chose me retient. Cela ne risque-t-il pas de perturber mes élèves ? Le vieil alchimiste insiste : il est curieux, et ne le cache pas, de savoir avec qui le Survivant va être associé... Après tout, pourquoi pas ? Si cela pouvait renforcer les liens entre les maisons de Hogwarts. Je ne suis pas aussi idéaliste qu'Albus... Mais l'essai vaut le coup d'être tenté.

Mercredi 4 septembre 1996, 11h40. Académie Beauxbâtons. Bureau du conseiller principal d'éducation

Olympe tient ensuite à me présenter celui avec qui elle travaille en étroite collaboration. Tellement étroite qu'elle frappe à la porte d'un bureau, puis entre sans avoir attendu de réponse ! Un homme d'une cinquantaine d'années est en train d'essayer d'attraper un dossier rétif qui volète dans tous les coins. Pourquoi n'utilise-t-il pas sa baguette ? Les Accio sont faits pour cela ! Olympe vient elle-même à sa rescousse et le dossier reprend tranquillement sa place. L'homme éponge son front avec un mouchoir, puis se présente sous le nom de Roger Davel. Je serre sa main tendue et quelque chose me frappe aussitôt. Il n'émane de lui aucune magie. Comme s'il était un... cracmol ? L'homme semble deviner mon trouble et précise qu'il est tout ce qu'il y a de plus moldu. Je crois avoir mal entendu... Mais Monsieur Davel s'amuse beaucoup de mon étonnement. Sa sœur est une sorcière, mais lui n'a jamais eu la moindre étincelle de magie. Il m'explique qu'il a été détaché du Ministère de l'Education Nationale moldu au poste de CPE. Olympe intervient et me raconte que Pernelle, la femme de Nicolas, s'est longtemps occupée des questions administratives et disciplinaires. Mais elle n'était ni reconnue, ni même payée et, après la fronde de mai 68, il lui était devenu très difficile de gérer les humeurs des professeurs et des élèves. Elle avait donc demandé que l'école fasse appel à un professionnel de l'éducation. Seulement, la fonction n'avait jamais existé chez les sorciers ! Nicolas s'était donc tout logiquement tourné vers les moldus.

Mercredi 4 septembre 1996, 13h20. Académie Beauxbâtons. Réfectoire des professeurs

C'est vraiment surprenant d'être à table avec un moldu. Rien ne semble fonctionner, avec lui. Il doit indiquer les plats sur le parchemin de son voisin. La salière s'enfuit de ses doigts quand il ne l'a pas bien en main. Les chaises ont du mal à reconnaître sa présence. Mais rien n'a l'air de vraiment le gêner. L'habitude, me dit-il. Cela fait plus de vingt ans qu'il travaille à Beauxbâtons. Il découvre sans cesse de nouvelles choses.

Alors que le repas touche à sa fin, Olympe m'invite à visiter Beauxbâtons avec Davel ; elle et deux autres professeurs vont recevoir les élèves anglais pour les répartir dans les différentes séries. Le conseiller principal me montre les jardins, dont il me présente le responsable, Isidore. Il m'explique le rôle prépondérant des nains de jardins, qui protègent les abords de Beauxbâtons et veillent à son incartabilité. Je me demande si ces alliés sont de même nature que ceux auxquels nous faisons appel, à Hogwarts…

Je ne peux m'empêcher de poser à Davel des questions sur sa position de moldu à Beauxbâtons. N'a-t-il jamais eu des soucis d'autorité sur les élèves ? Il rit alors et me répond qu'au contraire, être moldu offre de grands avantages en la matière. Je ne comprends pas. Il m'explique avec sérieux que, en tant que moldu, il n'est pas soumis aux décisions des sorciers influents. La seule autorité qu'il reconnaît est celle de Flamel ou d'Olympe. Et, bien entendu, celle de l'Education nationale moldue. Mais comme on peut s'y attendre, elle ne met jamais son nez dans les affaires de Beauxbâtons ! Quant aux élèves, ils apprennent dès les premiers jours que lui lancer un sort, quel qu'il soit, équivaut à un renvoi sans condition.

Un pigeon nous interrompt cavalièrement. Je découvre avec stupeur que ces fragiles oiseaux remplacent ici nos traditionnels hiboux. Mais je n'ai pas le temps de me pencher davantage sur la question : Olympe m'invite à la rejoindre toutes affaires cessantes.

Mercredi 4 septembre 1996, 17h05. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Une psychométriste. Je n'étais même pas sûre qu'ils existaient réellement. Olympe me la présente sous le nom de Pythagora Maimonide... Ce nom m'évoque vaguement quelque chose. La nouvelle-venue sourit et m'explique qu'elle descend de Moïse Ben Maimon. Ca y est, ça me revient ! Moïse Maimonide, le médecin du sultan Saladin. Et secrètement, un puissant sorcier, enseignant aux Enfants de Djibril. Peut-être la plus ancienne école de magie du monde.

Donc, il y a un psychométriste parmi mes élèves... Jamais je ne l'aurais imaginé. Quoiqu'au vu de son histoire personnelle, ce n'est pas si surprenant... Il va falloir prévoir un emploi du temps spécifique. Heureusement, il y a une psychométriste française de son âge. Elle saura l'aider à développer son don. Pythagora Maimonide me tient un petit discours sur la rareté des psychométristes et sur leur statut tout à fait particulier. Il est peut-être un peu tôt pour aller prévenir les autorités à l'Ambassade britannique ; mais il faudra penser à les informer à un moment ou un autre. Je suis stupéfaite d'apprendre qu'il n'y a pas eu de psychométriste anglais depuis le XVIe siècle ! Mais nous n'avons guère le temps de poursuivre cette conversation. La cérémonie de la Roue de Fortune requiert notre présence.

Mercredi 4 septembre 1996, 17h50. Académie Beauxbâtons. Vieux réfectoire

Olympe me présente aux différents professeurs qui sont déjà arrivés. Elle semble y mettre un certain souci de l'ancienneté. Le premier d'entre eux est une femme vêtue de voiles gris qui la couvrent de la tête au pied. A l'énoncé de son nom, Circé de Lusignan lève la tête et se dépouille des oripeaux qui lui tombent bas sur le front. Un oeil unique me fixe alors avec une intensité insoutenable. J'entends à peine Olympe préciser qu'il s'agit du professeur de Soin aux Créatures Magiques, je n'ai qu'une envie : m'éloigner d'elle. La femme sent le rejet dans mon attitude mais ne s'en offusque pas. Elle rabaisse son voile sur son visage et je soupire de soulagement quand elle va enfin s'asseoir au dernier rang des stalles.

Je suis ensuite présentée au Marcou, l'infirmier de Beauxbâtons, puis à Scipion Lefunest, mon collègue dans l'enseignement des Métamorphoses. Mais au vu de ses dires, nos méthodes pédagogiques sont aux antipodes. Quand je lui demande si je peux assister à un de ses cours, il me rabroue d'un ton bourru et me tourne le dos. Olympe a un sourire d'excuse, puis m'entraîne vers Evariste et Euménide d'Armorghast, respectivement professeur de Duel et de Destruction des Arts Noirs. Autant Lefunest semblait peu intéressé par ma conversation, autant la Comtesse me pose d'emblée plusieurs questions sur Hogwarts, notamment en ce qui concerne les cours de DCFM. Les problèmes que nous avons eu il y deux ans me reviennent en mémoire et je lui expose la conduite du mangemort infiltré dans nos murs. Mais lorsque j'aborde la question des impardonnables, elle parait presque froissée.

Pendant ce temps est apparue une femme décharnée, qui me dit s'appeler Callisto Fortimbrer, enseignante en latin, grec et runes. D'autres arrivent et prennent tour à tour place dans les stalles. Un bruyant trio de jeunes hommes me distrait de ma conversation avec le professeur de runes. Ils me saluent d'un petit geste courtois de la tête ou d'un sourire, sans cesser de parler. Les sourcils froncés d'Olympe les font baisser d'un ton.

Les élèves commencent à entrer dans le réfectoire. Les anglais ont remis leur uniforme noir aux couleurs de leur maison et les français ont revêtu leurs robes bleu ciel. Les mêmes tenues que portaient nos invités de Beauxbâtons lors du tournoi des Trois Sorciers. Les traditions ne se sont heureusement pas toutes perdues ! Dans un certain tapage, ils gagnent chacun leur place, sous l'œil indifférent des professeurs. Madame Maxime demande le silence et la cérémonie de la Roue peut enfin commencer.

Un par un, les résultats tombent. Des évidences, mais aussi beaucoup de surprises. Sur quoi s'appuie donc cette Roue pour prendre ses décisions ? ... Susan Bones et Seamus Finnigan... Je me demande comment Finnigan va s'en sortir... L'association de McDougal et de Boot ne m'étonne pas vraiment. Tous les deux ont un don pour les charmes sur objets inanimés, si je me souviens bien ce qu'en disait Flitwick ... En revanche, Midgen et Bullstrode, je ne comprends pas... Crabbe avec Goyle ? sans commentaires ! ... Ah ! Voyons Miss Granger... Avec Neville Longbottom ! Fort bien ! Ce sera un duo intéressant à suivre ... Malfoy avec Luna Lovegood ? Mais que... Co... Comment est-ce possible ? Et que vient faire miss Lovegood dans tout cela ? ... La peste soit de Flamel et de sa maudite curiosité ! Qu'allons-nous faire maintenant ? Quelle situation ! ... Weasley et Malfoy vont-ils bientôt se taire ! Est-ce que je vitupère tout haut, moi ? ... Voyons la suite : Moon et Nott... Parkinson et Zabini... Patil... Quoi ? Je n'ai pas entendu la question que m'a posée la comtesse... Non, les jumelles Patil n'ont pas un potentiel magique si exceptionnel. Quelle question ! Les trios sont donc si rares ? ... A Potter maintenant... Solo ! ... Le pauvre a l'air déçu, au vu des regards qu'il lance vers Weasley... Ah oui, d'ailleurs... Et Ronald Weasley ? Avec qui va-t-il être puisque tous les anglais ont déjà été répartis ? ... Marc-Horus Volauvent ? Mais qui est-ce ? ... Une voix furieuse retentit à mes oreilles, alors qu'un énorme brouhaha envahit le réfectoire. Mais qu'y puis-je, moi, si Ronald Weasley n'est pas alter avec la bonne personne ? Et qui est ce Marc-Horus Volauvent, d'ailleurs ? ... La Comtesse n'a pas l'air de vouloir se calmer et je ne comprends pas un traître mot de son énervement. Evidemment que monsieur Weasley est un bon élément ! ... Non, il n'a jamais pratiqué le duel ! ... Mais enfin, pourquoi toutes ces questions ? ... Je m'apprête à répondre quand une chape de plomb tombe soudainement sur nous. Je me retourne et aperçoit le... la... Circé de Lusignan 'inviter' tout le monde au calme. Je frissonne. Cette femme est terrifiante. Je n'ai jamais vu son pareil auparavant... Mais, attendez une seconde ! Olympe veut régler le cas de Weasley, sans même me consulter ? Mais il n'en est pas question ! C'est un membre de MA maison ! Et je n'ai pas l'intention d'être spectatrice des décisions prises !

Mercredi 4 septembre 1996, 19h05. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur.

Ce qu'ils sont irritants ! C'est la troisième fois qu'Olympe repousse les tentatives des autres professeurs d'en savoir plus. Aucune décision n'a encore été prise et les voilà déjà à la porte du bureau ! La demi-géante se plaint de l'absence de Davel : c'est à lui de gérer ce genre de débordements. Elle le prévient de la situation par un pneu, qu'elle assorti d'un sort de coussinage. Les pneumatiques n'ont guère d'égards pour les moldus ! Un nouveau coup frappé fait froncer les sourcils d'Olympe, mais ce n'est pas un professeur. Un jeune homme entre, le sourire un peu forcé. Il a l'air déjà au courant et, visiblement, la nouvelle lui a fait un choc. Mais il se contrôle avec un rare sang-froid. Olympe m'a déjà expliqué qui était ce Marc-Horus et je comprends son désarroi... Mais pourquoi ? Pourquoi ai-je écouté Flamel ? Celui-ci, d'ailleurs, n'a pas pointé le bout de son nez depuis notre arrivée ! ... Le nouveau-venu me salue très poliment, puis sert brièvement la main de Ronald, avec un sourire chaleureux. L'air penaud qu'arborait le rouquin fond immédiatement. Les deux garçons s'asseyent, sur l'invitation d'Olympe. La directrice s'éclaircit la gorge, puis explique en quelques mots ce qui vient de se produire. Au vu des attentions que la demi-géante déploie, je comprends qu'elle tient ce garçon en grande estime. J'ai eu le temps de jeter un rapide coup d'œil à son dossier et tout porte à croire que c'est un élève brillant, consciencieux et apprécié. Son association avec Ronald Weasley serait peut-être très profitable au Gryffindor... Lui apporterait cette confiance qui lui a toujours fait défaut... Malheureusement, le temps risque de leur manquer ! ... Au fur et à mesure de la discussion, le jeune Volauvent parait de plus en plus intéressé par l'idée d'avoir un alter. Mme Maxime leur annonce qu'un emploi du temps spécifique sera créé pour leur ménager des heures d'entraînement communes. Ronald a du mal à garder la bouche fermée. On dirait qu'il vient seulement de comprendre qu'il était associé à un élève plus âgé. Je contiens difficilement un sourire alors qu'il s'empêtre dans sa chaise en se levant.

Les deux jeunes gens partis, nous abordons la question de Luna Lovegood et de Draco Malfoy. Olympe semble favorable à l'idée. Je suis plus réservée. Miss Lovegood m'a toujours semblé trop étrange pour travailler en équipe. Bien entendu, le fait qu'elle ait fait partie de l'expédition au ministère en juin dernier pencherait plutôt en sa faveur, mais quelque chose me retient. Une jeune fille pareille associée à... Malfoy ? ... Non, vraiment, c'était inconcevable ! Avec un Gryffindor, un Ravenclaw ou un Hufflepuff, pourquoi pas ? Mais avec un Slytherin ? Celui-ci en particulier ! On court droit à la catastrophe ! ... Sans compter que la faire venir pourrait déranger le plan de Dumbledore... Il est vrai que je pourrais laisser Albus prendre lui-même la décision. Mais je me méfie de ses excentricités... Il serait capable, au nom de l'entente entre les maisons, d'encourager miss Lovegood à tenter l'aventure ! Je sens que, de toutes façons, je n'aurais guère voix au chapitre. Flamel est apparu pour donner son opinion et il semble décidé à prévenir Dumbledore. Un courrier partira dans l'heure qui suit. Admettons ! Après tout, aux vues de ses excentricités, Miss Lovegood n'acceptera peut-être pas de venir.

Puisque nous parlons de Malfoy, Flamel songe enfin à m'informer qu'un français lui a lancé un défi en potions. Quelle histoire absurde ! ... Malfoy. Mais que cherche-t-il, celui-là ? Je peux vraiment pas le laisser seul deux minutes ! Ce garçon ne nous cause que des soucis depuis son entrée à Hogwarts. Même ces têtes brûlées de Potter et Weasley n'y mettent pas autant de bonne volonté ! ... J'ai maintes fois mis Albus en garde contre les manigances de ce Slytherin, mais il ne m'écoute jamais. Flamel, lui, devrait se montrer plus raisonnable : il faut empêcher ce défi ! Pourtant, les deux français me regardent sans comprendre les raisons de ma véhémence. Je les sens de plus en plus sceptiques, voire moqueur en ce qui concerne Flamel. Il doit croire que j'ai peur que mes élèves ne soient pas à la hauteur. Allons donc ! Je n'aime pas Malfoy, mais il est second de la promotion derrière Miss Granger et plus que doué en Potions aux dires de Severus Snape.

Cette conversation ne semble mener nulle part. Les français apprécient l'émulation créée par les duels et cela fait tellement partie de leurs fameuses 'traditions' qu'il est difficile de les y faire renoncer. J'essayerai d'en toucher un mot au professeur d'Alchimie, Belladone Boudreaux.

Juste avant que je ne quitte enfin le bureau, Olympe m'informe que chaque solo à Beauxbâtons doit avoir un tuteur, solo lui aussi, qui lui enseigne les bases. Le tuteur d'Harry Potter sera donc le seul solo disponible à Beauxbâtons : Junon Sorlimus. Je ne me serais pas arrêtée à cette simple information si la voix de la demi-géante n'exprimait pas une certaine répugnance. Je l'interroge du regard et elle soupire. A ce que je comprends, Junon Sorlimus n'a pas un caractère facile. Marc-Horus Volauvent aurait été préférable, mais il n'est plus solo et n'aura d'ailleurs guère le temps cette année.

Jeudi 5 septembre 1996, 9h35. Académie Beauxbâtons. Quartier professoral. Appartement des invités

Un coup retentit à ma porte. C'est Olympe. Son air n'est pas aussi serein que la veille. Elle me tend un papier, avec une certaine gêne. C'est le ministère des Affaires Etrangères m'annonce-t-elle. Ah ! Il semblerait que la supercherie de Dumbledore ait été découverte. Il fallait s'en douter... Même noyée dans toute sa paperasserie, l'administration française finit toujours par trouver quelque chose qui cloche. Ce n'est pas comme si j'étais réellement surprise.

Tandis que j'examine attentivement la convocation, Mme Maxime peste contre le zèle des stagiaires du ministère. Maintenant il y avait fort à parier que le ministère de l'Education, sans compter celui de l'Intérieur, soit également au courant. Olympe connaît mieux que moi les rouages complexes de l'administration, aussi j'écoute soigneusement ses consignes : en dire le moins possible et acquiescer à tout. Et surtout, surtout, de la patience !

Une fois prête à partir, elle m'accompagne jusqu'à sa cheminée personnelle et me tend une étrange carte de tarot, sur laquelle je reconnais l'Académie Beauxbâtons. Je l'interroge du regard et elle m'explique que seules ces cartes peuvent permettre aux étrangers de trouver le juste chemin vers l'école. Pas de problème, en revanche, pour la quitter.

Olympe m'encourage du regard et la petite lueur de pitié qui luit dans son oeil ne me rassure guère sur la matinée qui m'attend. J'étouffe un soupir et disparaît dans la cheminée, en direction du ministère des Affaires Etrangères.

Jeudi 5 septembre 1996, 10h25. Champ de Mars. Ministère des Affaires étrangères. Accueil du service de régulation de l'immigration

Une grande effervescence règne dans la salle où je viens d'atterrir. Déjà d'autres personnes se pressent dans la cheminée derrière moi et je préfère ne pas m'attarder. Un bureau indiquant 'accueil' semble m'attendre, au fond de la pièce. Je m'approche. Ce qui m'avait semblé être un bureau est en réalité une drôle de chose qui distribue des tickets, si j'en crois ceux qui me précèdent. Il faut appuyer sur des gros boutons. Merlin ! Que tout cela est étrange ! Voyons… 'Vous avez une requête' ou 'vous êtes convoqué'. Je crois que je suis plutôt convoquée… Ah, il faut tourner cette espèce de molette. Voilà… 'Rentrez les références, notées en haut à gauche de votre convocation'… Hemhem… 2Z09MCGO… Un parchemin sort de la machine. J'y jette un œil rapide. 'Présentez-vous à 10h55 précise, auprès de Mme Suzon Rhône, bureau 34, immigration clandestine.'

Jeudi 5 septembre 1996, 10h55. Champ de Mars. Ministère des Affaires étrangères. Bureau 34, immigration clandestine

Le bureau est au troisième étage. Je frappe un coup sec contre la porte et me trouve face à une jeune femme, immergée dans ses papiers presque jusqu'aux yeux. Un café déjà refroidi l'attend sur un coin du bureau. Elle me lance un bonjour sans lever le nez et envoie trois-quatre papiers dans la direction de la poubelle, qui ouvre grand la gueule pour les récupérer au vol. L'objet se referme brusquement avec un bruit de déglutition satisfaite. Je demande Mme Rhône et elle daigne enfin lever la tête. Je reste de marbre sous son air accusateur. Après tout, c'est elle qui m'a convoquée. D'un coup de baguette, elle réchauffe sa tasse de café, puis, sans me quitter des yeux, prend un dossier dans un tiroir.

'Il y manque une pièce' m'annonce-t-elle. Le document d'authentification de demande d'échange scolaire du ministre anglais, signé par le ministre français de l'Intérieur. Un doute soudain m'assaille : ce charabia administratif est-il incompréhensible ou est-ce moi qui suis idiote ? La stupeur lisible sur mon visage ne déride pas mon interlocutrice. Bien au contraire, son expression se fige dans une moue méprisante. Aucun doute : elle me prend pour une idiote. Elle me répète son galimatias d'une voix lente, comme si elle parlait à une demeurée. J'acquiesce de la tête comme me l'a dit Olympe, prend le parchemin qu'elle me tend et écoute ses recommandations. Il faut aller au ministère de l'Intérieur, au bureau des Fraudes, pour éclaircir cette affaire avec eux, puis aller chercher le document manquant au ministère de l'Education, et le ramener, ici, dans les plus brefs délais. Si je refuse d'obtempérer, mes élèves et moi seront considérés comme des immigrés clandestins et donc expulsables par le premier portauloin venu. Je quitte son bureau un peu étourdie. Le parchemin qu'elle m'a donné n'indique qu'une simple demande de pièces administratives. Mais il est assorti d'une mention en rouge indiquant 'Urgent'.

Bon, je crois que je dois aller au Ministère de l'Intérieur maintenant... Première question : Ou se trouve-t-il ? Deuxième question : Comment y aller ? Troisième question : En fait, où suis-je actuellement ?

Jeudi 5 septembre 1996, 12h15. Arsenal. Ministère de l'Intérieur. Hall d'accueil

Une heure et quart ! Une heure et quart ! C'est le temps qu'il m'a fallu pour 1) comprendre que le Ministère des Affaires Etrangères se trouvait à la station de métro 'Champ de Mars'. 2) localiser la station 'Arsenal' pour le Ministère de l'Intérieur, ma destination. 3) acheter des tickets (mais pourquoi n'y a-t-il pas des tickets spéciaux pour les sorciers ?) 4) me tromper de changement à 'Opéra', ce qui m'a forcé à prendre la ligne 3, dont je n'avais que faire, jusqu'à 'République', où j'ai pu prendre la ligne 5, direction Place d'Italie. 5) Descendre enfin à 'Arsenal', sans trop bousculer de moldus, pour aboutir enfin dans le hall du Ministère. Je suis déjà fatiguée... Bon, où se trouve ce maudit bureau des fraudes ?

Jeudi 5 septembre 1996, 12h25. Arsenal. Ministère de l'Intérieur. Bureau des Fraudes

Après quelques errements, j'atteins enfin le bon bureau. La porte indique 'Messieurs Léonce Pluvinec et Cyprien Rabout'. Je frappe. A peine si quelqu'un me répond. J'entrouvre la porte et jette un oeil. Deux hommes dans la trentaine, l'un en costume moldu, l'autre en bras de chemise, une robe posée sur sa chaise. Ils me jettent le bref regard exaspéré que l'on réserve habituellement aux intrus. Le premier force quand même un sourire et dit à l'autre de le rejoindre à la cantine, puis il sort de la pièce. L'autre saisit sa robe, qu'il ré-enfile prestement, et me demande en même temps ce que je désire. Façon de parler, bien sûr... Il n'a pas l'air le moins du monde intéressé. Je lui tends le parchemin du ministère des Affaires Etrangères, qu'il lit en fronçant les sourcils. Il est mécontent, aucun doute là-dessus. Puis, il empoche le document et me dit d'attendre son retour. Il quitte son bureau d'un pas pressé et je me retrouve seule. Un quart d'heure passe... Il n'est quand même pas parti déjeuner ?... Un autre quart d'heure s'écoule... Si, c'est très probable à la réflexion... Je commence moi-même à avoir faim. J'envisage d'aller m'acheter un sandwich quand un panneau indiquant 'interdiction de manger dans les bureaux' attire mon attention. TRES BIEN ! J'attendrai donc le ventre vide !

Ce n'est qu'une heure et demie plus tard que ces messieurs daignent revenir dans leur bureau, un gobelet de café dans les mains. Ils ont l'air surpris et ne semblent même pas se souvenir des raisons de ma présence ici. Celui à la robe farfouille dans sa poche et en ressort le parchemin qu'il passe à son collègue. Ils me regardent tout deux d'un air goguenard. Le premier s'apprête à parler, mais leur cheminée crépite et il s'interrompt pour répondre. Au bout d'une trentaine de secondes, il sort la tête de la cheminée et se tourne vers moi avec un nouveau parchemin qui m'est destiné. Une nouvelle convocation ! Au ministère de l'Education, maintenant. Merlin, vais-je m'en sortir un jour ! Les deux hommes sourient devant mon expression. Ils me mettent à la porte avec un 'Convoquée par le ministre. Ben, vous allez passer un sale quart d'heure, ma p'tite dame ! Revenez nous voir si vous n'en avez pas eu assez pour vot' grade !' Ma baguette me démange...

Jeudi 5 septembre 1996, 14h40. Haxo. Ministère de l'Education. Hall d'accueil

Et de nouveau quarante minutes de perdu dans ce maudit métro ! Retour à Haxo. Est-ce une impression où je tourne en rond depuis mon arrivée en France ? Le ministère est heureusement parfaitement visible, en plein milieu de la station. Un drapeau français claque au vent sur sa façade. Heureusement, ma nouvelle convocation semble être un parfait passe-droit : l'accueil me délivre un ticket prioritaire, qui me conduit directement au 3e étage du bâtiment. Il y a peu de bureaux dans ce couloir. Une jeune secrétaire aux lunettes rondes vient à ma rencontre et me sourit gentiment. Mon premier sourire sincère de la journée ! Elle me conduit dans un grand bureau dont les fenêtres donnent sur un parc. Un homme est en train de discuter par cheminée. Il se tourne brièvement à mon arrivée et je le reconnais immédiatement : il s'agit de notre contact de mardi dernier, Marin Constan. Il me fait signe de patienter une seconde, tandis que la conversation se termine. Eberluée, j'entends que son correspondant l'appelle 'Monsieur le Ministre'. Je comprends enfin que je me trouve devant le ministre de l'Education en personne. Le Ministre !

Marin Constan est heureux de me revoir, mais il est beaucoup moins satisfait de la tournure que prennent les évènements. Pourquoi me suis-je rendu au bureau des fraudes ? Mais enfin, parce que j'y avais été convoquée ! Le Ministre me regarde, surpris. Visiblement, le fait d'obéir à une convocation lui parait une idée très farfelue. Ses explications sont claires : dans la mesure où je n'avais rien à me reprocher vis à vis de l'administration française, je ne devais pas accepter cette convocation à l'Intérieur. C'était un problème anglais, donc à régler soit avec l'Ambassade, soit avec les Affaires Etrangères. Mais comment pouvais-je le savoir ? Je me suis contentée de faire ce que l'on me disait. Il me précise que la procédure qui a été appliqué à mon cas est en général appliquée aux immigrés clandestins, sortant du cadre des réfugiés politiques. Or, je ne suis ni réfugiée politique, ni immigrée, je reste une ressortissante anglaise. La juridiction française ne s'applique que partiellement à mon cas. Pour la plupart des choses, je demeure, tout comme mes élèves, sous l'autorité de l'ambassadeur anglais en France. Je rougis de gêne et de colère mêlées. A quoi s'attendait-il au juste ? Que je maîtrise parfaitement tous les rouages de l'administration française ?

Voyant que je perds patience, son ton s'adoucit et il me propose de déjeuner, puisque je n'ai pas eu cette chance à l'Intérieur. Mais je n'ai qu'une hâte : régler tout cela au plus vite et rentrer dès que possible en Ecosse. Les élèves n'ont pas besoin de moi ici et mes classes m'attendent à Hogwarts. Le Ministre est déçu de mon refus, mais ne laisse rien paraître. Il m'invite alors à utiliser sa cheminée privée pour aller à l'Ambassade britannique. Cela m'évitera de reprendre le métro. J'accepte son offre avec soulagement. Tout plutôt que reprendre ce transport de malheur ! Je prends congé tandis que Constan m'assure que je n'aurai plus à m'occuper du problème avec le ministère de l'Intérieur. 'Olympe devrait y arriver sans mal...' précise-t-il, à mon grand étonnement, juste avant que je disparaisse dans les flammes vertes.

Jeudi 5 septembre 1996, 15h15. Champ de Mars. Ambassade du Royaume-Uni. Secrétariat administratif.

J'ai rarement autant apprécié la poudre de cheminette qu'en ce moment ! Le secrétaire de l'accueil est heureusement assez coopératif. Il faut dire que c'est un ancien élève d'Hogwarts, un Ravenclaw si je me souviens bien. Il me fait une attestation de permis de séjour en France, mais insiste néanmoins pour que je lui procure le papier manquant. L'absence de ce document d'authentification risque de poser problème. 'Les français sont si pointilleux !' se moque-t-il. Je ne peux que l'approuver, tout en me demandant comment Olympe allait pouvoir obtenir ce parchemin qui n'a jamais existé... Un peu plus détendue, néanmoins, je lui demande des nouvelles de l'Angleterre. Son front s'assombrit aussitôt. Mais il refuse d'en dire plus, même à un ancien professeur. 'Seul l'ambassadeur pourrait vous en parler, ce n'est pas de mon ressort' m'explique-t-il. Si j'avais un peu plus de temps, je demanderais volontiers audience auprès de l'ambassadeur. Mais je dois auparavant régler ces problèmes administratifs. De toutes façons je rentre dès demain en Angleterre et j'aurais bien le temps de lire les journaux ou de prendre contact avec l'Ordre.

Je m'apprête à retourner au Ministère des Affaires Etrangères. Si seulement je pouvais utiliser la cheminée de l'Ambassade pour m'y rendre ! Je louche dessus avec envie, mais le secrétaire, devinant mes pensées, rit avec entrain. Le Ministère des Affaires Etrangères est juste à coté. Il est inutile que je prenne un moyen de transport. Mon soulagement ne connaît pas de limites.

Jeudi 5 septembre 1996, 15h35. Champ de Mars. Ministère des Affaires étrangères. Régulation de l'immigration

Heureusement que le secrétaire de l'Ambassade m'a soigneusement expliqué dans quel bureau je devais me rendre. La régulation de l'immigration est un vaste service, qui a l'habitude de traiter tous les cas de permis de séjour, ainsi que les situations en cours de régularisation. Une femme prend l'attestation de permis de séjour délivrée par l'Ambassade et hoche la tête. D'un sort, elle la transforme en avion en papier qu'elle envoie à un collègue à l'autre bout du couloir. Puis elle me demande combien d'élèves sont concernés et me tend le nombre équivalent de formulaires à remplir. Je la regarde, excédée. Je vais devoir remplir tous ces formulaires ? La femme se contente de m'indiquer un bureau libre, en appelant la personne suivante.

Je lis l'en-tête des documents : 'Autorisation Provisoire de Séjour pour mineur – validité de 3 semaines' Bon, ça nous laisse quelques semaines pour régler le problème. Il me faut finalement trois quart d'heure pour en venir à bout. Je suis alors envoyée vers une autre femme, peut-être la chef de service. Elle saisit les formulaires, les classe dans un dossier, qui va se ranger tout seul sur une étagère déjà bien remplie. Je l'interroge alors sur mon propre cas. Autant je ne veux pas que mes élèves soient expulsés de France, autant je dois moi-même rentrer en Angleterre dans les plus brefs délais ! Pressés qu'ils étaient de nous renvoyer dans notre pays, j'imagine que ce ne sera pas une démarche difficile. La femme ouvre des grands yeux et secoue vivement la tête. Quoi ? Complètement impossible dans la mesure où notre dossier est en cours de traitement ? Comment ça, qu'est-ce que j'imaginais ? Mais je veux rentrer dans mon pays ! Oui, je viens de remplir des autorisations provisoires de séjour pour mes élèves et alors ? Quel est le rapport avec mon propre cas ? Oui, je suis leur responsable légale ! Alors, je dois être présente tant que leur situation n'est pas régularisée, c'est cela ? Mes poings se crispent nerveusement alors que la chef de service m'assène un 'Vous êtes assigné à Beauxbâtons avec vos élèves, jusqu'à régularisation de votre dossier'. Maudits soient ces français et leur fichue bureaucratie !

Jeudi 5 septembre 1996, 17h20. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Quand j'entre dans le bureau d'Olympe, j'écume encore littéralement de fureur. La directrice m'attend avec une expression inquiète sur le visage. Aussitôt la porte refermée, elle me tend un gobelet que je regarde avec avidité et méfiance mêlées. 'C'est du Nectar' me dit-elle, en m'encourageant à boire. J'avale d'une traite, je sens une douce chaleur m'envelopper et, paradoxalement, une certaine fraîcheur baigner mes tempes. Presque instantanément, mes membres paraissent plus souples, moins engourdis. Ma fatigue s'estompe quelque peu et je peux déjà penser plus clairement. Pas que la colère m'ait quittée, mais elle n'a plus autant de prise sur moi. Je me laisse couler dans le fauteuil le plus proche. Je résume en quelques brèves phrases ma journée à Olympe, qui ne m'interroge pas davantage, sentant que j'ai besoin de repos.

Jeudi 5 septembre 1996, 19h30. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Après deux heures de sieste, je me sens déjà beaucoup plus d'attaque pour faire le point sur la journée. Olympe m'explique que Marin Constan, le Ministre de l'Education, est notre principal allié. Mais nous ne pouvons pas affaiblir sa position politique en lui demandant de couvrir nos situations administratives irrégulières. Je l'interroge du regard et elle sourit, confiante. Elle a déjà trouvé le moyen de régler le problème. 'Tout devrait se régulariser dans les...' Elle hésite. 'Dans les 48 heures'. Je serais donc libre de quitter la France, comme je le souhaitais à l'origine, dès samedi. Donc tout est pour le mieux.

Passant un peu du centaure à la branchiflore¹, Olympe m'annonce qu'il faut convoquer Ronald Weasley et Marc-Horus Volauvent pour leur remettre leurs emplois du temps respectifs. Puis elle me fait quelques petites réflexions sur la famille même de Marc-Horus. Les Volauvent sont des gens très impliqués dans la vie de leur fils. Il faudrait donc prévoir que Ronald aille chez eux un week-end. Ils ont visiblement hâte de le rencontrer, d'après une lettre qu'Olympe a reçu tout à l'heure. J'ai à peine le temps de hocher la tête que quelqu'un frappe à la porte. Les deux jeunes hommes entrent dans la pièce. Il est surprenant de voir la force tranquille qui émane de ce Volauvent. Le Gryffindor paraît emprunté à ses côtés, comme s'il ne savait pas quoi faire de son grand corps. Olympe leur indique que leurs nouveaux horaires sont consultables sur leur parchemin. Tout a été aménagé afin qu'ils aient un maximum de temps pour pratiquer le Duel. Marc-Horus pose alors une question à propos de tatouages. De quoi s'agit-il encore ? Les explications ne traînent pas : il s'agit de tatouages magiques, qui permettent d'appeler son alter et, éventuellement, de le rejoindre en cas de besoin. Ce sont en fait des sortes de portauloins éternels. Weasley a l'air enthousiaste. C'est loin d'être mon cas ! Le seul équivalent que je connaisse est la marque noire de 'Vous-savez-qui' et cela ne me plaît guère. J'en fais part à Weasley, qui se renfrogne. J'en suis navrée pour lui, mais étant encore mineur, il ne peut outrepasser mes ordres. Je lui promets néanmoins d'entrer en contact avec ses parents pour discuter de la question. Volauvent paraît peiné, comme si je mettais en doute son intégrité et son sens des responsabilités. Même Olympe me regarde bizarrement.

Vendredi 6 septembre 1996, 5h45. Académie Beauxbâtons. Quartier professoral. Appartement des invités

De grands coups à ma porte me font jaillir de mon lit. six heures moins le quart ! Merlin ! Mais que se passe-t-il ? Les coups redoublent. J'ouvre la porte et me trouve nez à nez avec une des déléguées françaises, bafouillant je-ne-sais-quoi à propos d'un élève. Sans attendre ses explications, je m'élance dans le couloir, où je me heurte aussitôt à Olympe. 'Harry Potter' me souffle-t-elle. Un frisson. Qu'a-t-il 'vu' ? L'attaque a-t-elle déjà eu lieu ? Si tôt ? Ont-ils mordu à l'hameçon ?

J'ordonne à la rouquine de me conduire. Course haletante jusqu'au couloir indiquant '1ères'. Un vieil homme vient d'entrer dans une chambre, je crois que c'est le guérisseur. Tension palpable. Weasley, Longbottom et Finnigan protestent. Olympe les calme, je suis trop inquiète pour en prendre le temps. S'il arrivait quelque chose à Harry, je ne pourrais jamais me le pardonner... Derrière la porte, un terrible hurlement m'accueille. Merlin tout puissant ! Qu'a donc cet enfant ? Est-ce... Le Marcou a posé une main sur le front de Harry et de l'autre, il agrippe son poignet. Je ne sais pas ce qu'il fait, mais les cris de Harry redoublent et il se débat plus que jamais. Je tente de m'approcher du vieillard. Sa force magique me repousse. Je la sens fuser dans le corps de Harry, qui tente de s'en protéger. Le pauvre est toujours inconscient. Ses yeux sont grands ouverts, mais ne me voient pas. La force du Marcou parait brusquement faiblir, des gouttes de sueur perlent à son front et je vois son visage se rider davantage sous l'effort. Il ne me repousse plus et je peux m'approcher du lit. Le corps de Harry s'apaise peu à peu, mais je ne peux manquer la lueur verte qui irradie de sa cicatrice sous la main du vieillard.

Le Marcou se détache enfin d'Harry et essuie la sueur de son visage. Je voudrais l'interroger, mais je sens qu'il n'en a pas terminé. Il porte la main à une pierre noire et brillante suspendue à son cou et la serre fort dans son poing. Quelques secondes plus tard, il lève son regard vers moi et me fait signe de sortir. J'hésite. Il faut que je sache ! A-t-il parlé ? Le Marcou me regarde avec reproche. Comme si je ne voyais pas qu'il avait besoin de calme pour soigner Harry ! Il me promet de m'informer dès que possible. Je sors de la chambre alors qu'il s'apprête à reprendre son combat contre les souffrances du pauvre garçon.

Ronald Weasley bondit aussitôt à ma rencontre, Longbottom sur ses talons. Ils me supplient du regard, mais que puis-je leur dire ? Je me contente de les rappeler à l'ordre quand ils protestent un peu trop fort. Je remarque enfin l'absence de Thomas. Un mensonge de Weasley me confirme qu'il est parti à la volière écrire à Albus. Tiens donc ! Saurait-il quelque chose ? Je l'interrogerai à son retour, avant de le renvoyer auprès de ses condisciples. Et ensuite, nous pourrons nous occuper de Harry.

Vendredi 6 septembre, 1996, 6h40. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Harry est maintenant hors de danger, et sous la surveillance du Marcou. Ce cauchemar m'inquiète. Est-ce un leurre pour nous faire tomber dans un piège, ou quelque chose s'est-il réellement passé ? 'Celui-qui-ne-doit-pas-être-nommé' a toujours été retors. Olympe explique la situation à Flamel. Le vieil homme ne parait pas très éveillé. Je rédige un certain nombre de courriers. Il faut informer le plus de personnes possibles pour prévenir tout attaque ou attentat des mangemorts. A l'Ordre du Phoenix, Square Grimmaurd. A Tonks, au Ministère. Aux Weasley. A Lupin. A l'attention d'Albus, évidemment, pour compléter ce qui a déjà été envoyé par Thomas. C'est-à-dire rien ! D'après lui, Harry n'avait rien dit dans son sommeil. Rien de rien ! ... Je froisse un parchemin de frustration et recommence une lettre à destination des Dursley. Il faut bien les informer, eux aussi... Enfin, ils seront moins choqués par un pigeon que par un hibou ! ... Merlin ! Comment savoir ce qu'a vu Harry ? ... Et le Marcou dit qu'il ne risque pas de reprendre connaissance avant la fin de l'après-midi, voire en cours de soirée ! ... Impossible de retourner me coucher. Mieux vaut veiller Harry, au cas où il prononcerait quelques mots... Aussi obscurs soient-ils...

Vendredi 6 septembre 1996, 9h35. Académie Beauxbâtons. Infirmerie

Harry repose depuis quelques heures sur un des lits de l'infirmerie. Sa cicatrice a repris une couleur naturelle. Il semble juste dormir paisiblement. Mais quand va-t-il enfin se réveiller ? Je dois savoir ! C'est le sort d'un pays qui en jeu, Potter, et nous comptons sur vous ! J'aimerais le secouer pour le tirer de son coma léthargique ou lui envoyer un bon 'enervate', mais je sens le regard du Marcou dans mon dos. Je doute qu'il me permettrait de faire une chose pareille. Je me lève lentement de ma chaise et lui demande des précisions. Mais le médicomage répond qu'il a besoin que le patient soit conscient pour établir un diagnostic plus exact. De ce qu'il en sait, Harry a un flux magique puissant, mais étrangement variable. Il atteint parfois des pics de puissance difficilement imaginable, comme s'il était possédé par la magie d'un autre sorcier, en plus de la sienne propre. 'Ce n'est pas une vraie possession' précise le Marcou pour me rassurer. 'C'est quelque chose dans son sang...' Qu'essaye-t-il de me dire ? Que Harry Potter est comme un fragment de 'Vous-Savez-Qui' ? Mais alors, quelle est la part du sacrifice de Lily Evans dans son sang ? Ces deux parties peuvent-elles cohabiter dans son corps ? Ou s'affrontent-elles constamment ? Harry est-il une sorte de mutant ? Je quitte l'infirmerie, encore plus inquiète qu'à mon arrivée. Merlin ! Que ferait Albus ?

Vendredi 6 septembre 1996, 10h20. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Je retourne sans cesse les mêmes pensées : pourquoi Harry a-t-il fait ce cauchemar ? Que se passe-t-il en Angleterre ? Est-ce un leurre ? Une prémonition ? Et qu'en est-il du piège monté par Albus ? Olympe pour me rassurer me propose de joindre Marin Constan. Il saura bien par ses collègues ministres si un attentat a eu lieu en Angleterre. J'acquiesce tandis que les flammes de la cheminée verdissent sous l'effet de la poudre de cheminette. Nous attendons quelques minutes, mais nous tombons sur un répondeur. Je suis de plus en plus inquiète. Que se passe-t-il ? Olympe fronce les sourcils et coupe la communication. Je tente d'appeler l'Ambassade, qui est tout aussi muette. La demi-géante consulte son emploi du temps sur son parchemin. Son seul cours est à 15h30 : elle peut filer sur Paris et essayer de comprendre par elle-même de quoi il retourne. En espérant que tout se soit déroulé comme prévu. Je voudrais la suivre ! Mais mon assignation à demeure à Beauxbâtons n'est pas encore levée. Je suis donc séquestrée ici.

Vendredi 6 septembre 1996, 10h55. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Mes allées et venues jusqu'à l'infirmerie ne m'apportent aucun calme. Je ne peux rester ainsi les bras croisés. Ai-je bien contacté toutes les personnes de ma connaissance ? Je dois avoir une lointaine cousine, installée en France, peut-être pourrait-elle tenter de joindre le ministère de la Magie anglais ? Alors que j'établis cette théorie, un éclair me frappe. Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ? J'écris quelques lignes sur un parchemin et prie l'un des professeurs de Beauxbâtons, Michel de Nostredame, de me rejoindre dans le bureau de Maxime le plus rapidement possible. Michel de Nostredame. Le plus grand astrologue de tous les temps. Je ne sais comment il peut être encore en vie de nos jours, mais à l'heure qu'il est, je ne m'en soucie guère. Il doit m'aider.

L'homme qui entre dans le bureau une dizaine de minutes plus tard n'a pas l'air serein. Il porte sous un bras toute une série de parchemins roulés et sous l'autre quelques livres bien épais. Il dépose le tout sur le bureau avant de me saluer d'un air sombre. Il m'explique que les étoiles ont eu des déplacements inattendus depuis mercredi dernier et pour illustrer son propos, il déplie trois cartes du ciel devant moi. L'une est un relevé précis des étoiles à deux heures du matin, lundi dernier. La suivante, la projection logique du ciel à la même heure le vendredi, c'est à dire le ciel tel qu'il aurait du être. Et la dernière, le relevé exact des astres cette nuit à deux heures. Les cartes sont dissemblables. Sans un mot, Nostradamus m'indique du doigt le cheminement tout à fait erratique de Saturne. Puis, le léger décalage d'un amas d'étoiles de sa trajectoire normale. L'une d'elles semble même s'être détachée de l'amas. J'interroge l'astrologue du regard, m'inquiétant de son silence. Mais il semble perdu dans ses pensées. Il sort un compas de sa manche et prend diverses mesures qu'il reporte sur un parchemin vierge. 'Cette carte me rappelle quelque chose' marmonne-t-il dans sa barbe, sans plus de commentaires. Allons bon ! J'espère qu'il est un peu plus bavard que les centaures... Au bout de vingt minutes de calcul silencieux, il relève enfin la tête et me montre, tiré d'un de ses livres, une carte datée de 1611. 'Ce sont des relevés de Johannes Kepler', m'explique-t-il d'un air un peu triste. 'Il a tracé bien des cartes du ciel pour moi. Un authentique génie et un grand sorcier... Je me souviens que sa propre mère, moldue, a été accusée de sorcellerie et il lui a fallu six ans pour prouver son innocence. La pauvre femme a echappé de peu à la torture...' Pourvu que Nostradamus ne se perde pas dans ses souvenirs de jeunesse... Mais il revient bien vite à notre affaire et me raconte brièvement l'histoire de l'Empereur Rodolphe II et de sa cour de sorciers à Prague. J'ai du mal à saisir le rapport... 1611 est l'année de la malédiction. L'année où Rodolphe s'est fait évincé par son propre frère comme roi de Bohème. Pourtant, il y tenait sa cour depuis quarante ans. Nostradamus ferme les yeux et récite doucement : 'Prague, ingrate Prague, tu as été élevée par moi et aujourd'hui tu renies ton bienfaiteur. Que la vengeance de Dieu te poursuive ainsi que toute la Bohême !' J'ai toujours du mal à saisir le rapport... L'astrologue soupire et replie ses cartes en secouant la tête.
« Une malédiction aussi terrible atteint des milliers de personnes. Plusieurs centaines d'entre elles, autochtones comme étrangères, ont perdu la vie à cause de ces quelques mots. Ce thème astrale semblerait donc indiquer qu'une chose tragique, impliquant toute une population, s'est brusquement déclenchée. Je redoute... un massacre... » ajoute-t-il douloureusement.
« Mais ce qui me trouble plus, c'est cette impression d'écho... Comme un mal qui revient régulièrement, » explique-t-il en m'adressant un regard compatissant. « Et au final, le véritable fléau pourrait bien plutôt être ce cycle... »
Je garde le silence, confondue.
« Je ne peux pas m'avancer davantage, » reprend brusquement l'astrologue. « Je dois réfléchir... Faire des comparaisons. Mettre de l'ordre. Consulter d'autres ouvrages. Je vous ferai parvenir mes conclusions, » termine-t-il plus doucement.
Et l'homme quitte le bureau, me laissant assez abattue. Comment ce lointain XVIIe siècle pourrait-il s'être concrétisé dans notre propre guerre contre 'Vous-Savez-Qui' ?

Vendredi 6 septembre 1996, 13h45. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Olympe rentre bredouille. Tout à l'air normal au ministère, mais elle n'a pu rencontrer Marin Constan, en déplacement pour la journée. Allez savoir pourquoi, ça ne me rassure pas... Mais j'y songe brusquement : Flamel ! Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ? Il peut certainement avoir des nouvelles par tableaux interposés. Le vieil alchimiste disparaît en promettant d'essayer. ... Les tableaux sont nombreux dans le bureau d'Albus et Flamel, de par sa longévité, a du connaître bien des directeurs et directrices de Hogwarts... Phinéas Nigellus ou Armando Dippet, par exemple ! Ou bien Dilys Derwent, qui est directement reliée à l'hôpital de St Mungo. J'aurais du penser à en parler à Flamel ! ... D'ailleurs un tableau de St Mungo pourrait facilement nous informer s'il y a eu un attentat ou non : les éventuelles victimes y seraient aussitôt dirigées. Quelle idiote de ne pas y avoir songé plus tôt ! ... Je demande à Olympe s'il y a un hôpital français relié à celui de Londres. La demi-géante lance immédiatement de la poudre de cheminette dans les flammes et demande 'Hôpital, Croix Rouge'. Au bout de trois minutes d'attente, une infirmière à l'air revêche nous accueille d'un brusque 'Est-ce une urgence ?' Nous hésitons : il y a urgence, oui, mais pas pour un malade. L'infirmière en a profité pour disparaître de la cheminée. J'étouffe un juron entre mes dents. Nous rappelons aussitôt et une autre personne nous répond. Nous demandons aussitôt à parler à quelqu'un en rapport avec l'Hôpital de St Mungo à Londres. 'Les consultations avec les spécialistes sont uniquement le matin. Quant à notre secteur de recherche de pointe en collaboration avec l'étranger, il n'est pas joignable par cheminée. Veuillez envoyer une demande écrite,' nous répond-t-on. Je finis par me demander si le mieux n'est pas d'aller nous-mêmes à l'Hôpital Croix Rouge et d'y chercher un tableau susceptible de nous aider.

Mais Olympe a une nouvelle idée. Elle consulte à nouveau son emploi du temps et demande à Belladone Boudreaux, par pneu, d'échanger son cours de 15h30 avec le sien du lendemain. Ceci fait, elle envoie un second message à un mystérieux destinataire. Quoiqu'il arrive, elle me recommande de ne rien dire.

A peine cinq minutes plus tard, une élève essoufflée entre dans la pièce. Elle porte un morceau de velours rouge plié sur son bras. Olympe ne dit rien et la laisse s'asseoir face à elle. Je m'approche avec curiosité. La jeune fille étale son velours sur le bureau de la directrice et sort de sa manche un jeu de tarots. Sa main gauche est posée sur le dos du paquet de cartes et elle inspire doucement. Puis elle coupe et pose la deuxième moitié du jeu dans sa main droite. Elle retourne la première carte et la pose au centre du velours. Nous découvrons une carte nommée la Maison-Dieu. Sans dire un mot, la jeune fille tire quatre autres cartes qu'elle dispose autour de la première : la Tempérance, alliée au Pendu et la Force alliée à la Roue de Fortune. La jeune fille commence à annôner quelques phrases : 'Nous sommes à la croisée des chemins. Mais rien n'est comme nous le pensons. Et pourtant tout est dit. La victoire sans victoire. La défaite sans défaite.' Qu'est-ce que c'est que ce charabia ? Je m'apprête à intervenir pour interroger cette fille, mais Olympe m'en empêche d'un regard sévère. D'accord. Patientons... 'La Maison-Dieu échappe au temps. Mais non au combat. La victoire sera en d'autre temps' poursuit la jeune fille. Elle tire deux autres cartes qu'elle dispose sur le velours en dessous des cinq premières. Le Mat et l'Etoile. 'L'exil involontaire' dit-elle. A ses mots, je me penche et écoute avec beaucoup plus d'attention. Une troisième carte : l'Hermite renversé. 'Les questions trouveront réponse, ici.' annonce la devineresse de sa voix monotone. Et une dernière : Le Jugement. La jeune fille ne fait aucun commentaire. Lentement, elle rassemble ses cartes et replie le tapis de velours. Puis, elle lève son regard sombre vers nous et nous annonce avec un calme rare : 'Je vois une guerre d'isolement. Mais le vrai champ de bataille sera ailleurs.' Puis, elle se lève gracieusement, nous salue d'un signe de tête et quitte la pièce.

Je n'ai guère compris les prédictions de cette gamine. D'autant que je ne vois pas comment les relier à celles de l'astrologue. Pourtant, d'après Olympe, il s'agit d'une devineresse déjà réputée et consultée par de grandes personnalités. La demi-géante est songeuse. Elle doit réfléchir à tout cela calmement. Bien, je suppose que je ferais mieux d'aller voir Harry…

Vendredi 6 septembre 1996, 15h05. Académie Beauxbâtons. Infirmerie

Harry n'a toujours pas bougé. Il continue à dormir tranquillement. Par moment, il marmonne quelques mots entre ses dents, mais rien qui concerne son cauchemar. Le Marcou ne semble pas inquiet, même s'il est assez curieux au sujet de la fameuse cicatrice d'Harry. Mieux vaut ne pas traîner ici.

Vendredi 6 septembre 1996, 15h50. Académie Beauxbâtons. Quartier professoral. Appartement des invités

Un coup sec me distrait de mes angoisses. Je lève les yeux et aperçoit une forme qui s'agite derrière ma fenêtre. Je l'ouvre de quelques centimètres et un pigeon me tend sa patte. Je détache un bout de ruban rouge qui retient un petit tube creux. Un message y a été glissé. Je déplie soigneusement le bout de parchemin, mais ne découvre qu'un charabia innommable. Mon regard court vers la signature. Tony Murray-Head. Le secrétaire de l'Ambassade. Ce charabia n'en est pas un. Il y a certainement un code quelque part. Je sors ma baguette et lance quelques petits sorts de révélation basique, mais rien ne fonctionne. Il faut que je trouve ce qui est spécifique à ce jeune homme et que moi seul connaît. Suis-je bête ! 'Rowena Ravenclaw'. La lettre se décode enfin. A peine trois lignes, mais elles confirment toutes mes angoisses. Une attaque massive des Mangemorts a été lancée sur Hogsmead. Mais les nouvelles sont pour l'instant confuses et contradictoires. Tout cela est sous le sceau du secret défense et il risque gros à me faire ces révélations. Je ferme les yeux. Le piège a fonctionné. Qu'en est-il de la suite du plan de Dumbledore ?

Vendredi 6 septembre 1996, 16h05. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Je me précipite, la lettre à la main, vers le bureau d'Olympe. Il faut que je les informe au plus vite. Au moment où j'arrive au niveau du bureau, une jeune fille d'une quinzaine d'années en sort. Ses longs cheveux noirs cachent en partie son visage et je ne distingue que son menton un peu frémissant, comme si elle se retenait de pleurer. Elle ne lève pas la tête en m'entendant arriver, et se contente de s'enfuir dans la direction opposée. Mon moment de distraction s'évanouit aussitôt. Je frappe à la porte du bureau. Olympe n'est pas là et Flamel m'accueille d'un maigre sourire. A croire qu'il est déjà au courant... Ce qui est peut-être le cas ! Au cours de ses pérégrinations de tableaux en tableaux, il a sans doute appris ce qu'il se passait en Angleterre. Je lui lis la lettre du secrétaire et il hoche sombrement la tête. Puis m'annonce qu'il ne lui est plus possible d'aller en Angleterre. Je ne suis pas sûre de comprendre. Les frontières anglaises sont bloquées depuis une heure environ. Il voulait aller à St Mungo pour avoir des nouvelles, mais ce n'était plus possible. Quant à ce matin, l'hôpital était... Il hésite, cherche ses mots, puis finit par marmonner qu'il y avait beaucoup de blessés graves. Je comprends qu'il minimise les faits pour ne pas m'alarmer, mais il n'est plus temps de se voiler la face.

Vendredi 6 septembre 1996, 16h25. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Olympe rentre dans le bureau et, à son expression, je la devine furieuse. Avant même que je ne l'interroge, elle m'explique qu'une certaine Junon Sorlimus a pris la liberté d'entraîner Harry Potter contre les ordres du Marcou. Elle l'a droguée avec je-ne-sais quelle potion pour qu'il tienne debout et ils ont quitté l'infirmerie. Je reste bouche-bée. Cette Sorlimus a enlevé Harry Potter ? Un de mes élèves. De ma propre maison. Le Survivant ! Y aurait-il une infiltration Mangemort à Beauxbâtons ? Olympe me rassure immédiatement, cette jeune personne est le tuteur d'Harry Potter et la fille d'Axelle Messidor. Certes, mais qui nous prouve qui s'agit bien de la bonne personne ? Qui nous dit qu'il ne s'agit pas d'un coup monté au polynectar ? Aucun risque, d'après Olympe. Leurs deux noms étaient bien inscrits à l'entrée des Arènes et il est impossible de les tromper. Mais quand bien même ! Qu'attend Olympe pour la convoquer ? Car la colère de la directrice semble surtout dirigée vers Belladone Boudreaux qui aurait, selon elle, fourni lesdites drogues. Elle s'apprête à lui écrire un pneu pour la voir immédiatement, puis pousse une exclamation. Elle vient de réaliser que le professeur d'alchimie est en cours en ce moment. Il faut attendre. Coupant court, je lui demande s'il ne serait pas également nécessaire de mettre les choses au point avec la jeune Sorlimus. Olympe ouvre la bouche, mais c'est Flamel qui répond. Il tourne curieusement autour du chaudron², digressant sur le fait qu'en France, l'école n'est obligatoire que jusqu'à seize ans et que certains parents ne sont pas très favorables à la poursuite d'études supérieures. Mais quel est le rapport, par Merlin ? Il y a comme de la peine dans le regard du vieil alchimiste. En bref, cette Junon Sorlimus aurait déjà eu du mal à obtenir de sa mère son autorisation pour revenir à Beauxbâtons cette année. Et au moindre problème, cette dernière aurait une excuse pour la retirer de l'Académie. Je suis ébahie. Je m'apprête à répliquer que tout cela n'a rien à voir, que je ne demande en aucun cas son renvoi, qu'il faut juste faire acte d'autorité, lui expliquer qu'elle n'a pas tous les droits ; mais quelque chose me retient.

Plutôt que de déclencher un conflit, je préfère montrer la lettre du secrétaire de l'Ambassade à Olympe. Ses yeux s'agrandissent d'effroi. Bien sûr, l'attaque massive était prévisible, mais cela fait un choc tout de même de savoir qu'Hogsmead est peut-être un champ de ruines à l'heure qu'il est. Quant à Hogwarts, il sera sûrement la cible suivante... Pourvu qu'Albus ait bien tout prévu... Pourvu qu'il ait eu le temps.

Nous passons la demi-heure suivante dans l'angoisse. Flamel essaye régulièrement d'entrer en Angleterre et se fait refouler à chaque fois. Je sens qu'il commence à s'énerver. Plutôt que de tourner comme des hippogriffes en cage, Olympe me propose d'aller parler de cette affaire de drogues avec Belladone Boudreaux. Son cours vient de se terminer. Je ne peux qu'approuver. En temps de guerre, nous n'avons guère besoin d'une empoisonneuse ! Ou tout du moins, pas pour décimer nos propres rangs !

Vendredi 6 septembre 1996, 17h30. Académie Beauxbâtons. Salle des professeurs

D'après Olympe, la salle des professeurs est l'endroit-clef pour un enseignant de Beauxbâtons. Pour la simple et bonne raison qu'il recèle l'artefact le plus vital : la machine à café ! Pour moi qui suis anglaise, le café reste malgré tout une excentricité de continentaux. Mais les faits confirment les dires d'Olympe : trois hommes sont en train d'en déguster une tasse, au moment où nous entrons. Je reconnais les bavards que j'avais aperçu avant la Cérémonie de la Roue de Fortune. Olympe en profite pour me les présenter rapidement : Aimé Zéphyr, professeur de sport et de vol, Maël Keryizau, professeur de littérature et Sylvius Wyatt, professeur d'anglais et de musique. Ils me sourient largement et complimentent Olympe sur sa tenue. La directrice coupe court à ces politesses pour s'enquérir de Belladone Boudreaux. Un rire étouffé lui répond, tandis que le grand noir, Aimé Zéphyr, se renfrogne. 'Belladone est déjà partie, mais notez qu'Aimé a essayé de la retenir...' fit Keryizau. 'Et elle n'a pas aimé...' renchérit Wyatt, pince-sans-rire. Je sens qu'Olympe fait de réels efforts pour ne pas sourire. Je suis personnellement assez perplexe face au comportement de ces jeunes professeurs. Imaginerait-on à Hogwarts, Severus Snape courir après Sybil Trelawney ? J'étouffe un petit rire dans un toussotement. L'idée a beau être farfelue, sur le moment je la trouve amusante. Olympe se détourne et se dirige à grand pas vers un casier au nom de Belladone Boudreaux, dans lequel elle glisse un message sur un bout de parchemin. Je suppose que nous la verrons demain.

Vendredi 6 septembre 1996, 17h40. Académie Beauxbâtons. Infirmerie

Boudreaux partie, nous ne pouvons qu'aller constater les dégâts à l'infirmerie. Olympe elle-même ne peut retenir un cri en voyant l'état où se trouve Harry. Le pauvre garçon est couvert de plaies, de bosses et de bleus que le Marcou s'affaire à réduire. En apercevant la directrice, il semble perdre tout contrôle. Seule la présence du blessé l'empêche de hurler sa colère. Qu'attendons-nous pour renvoyer cette Sorlimus, Messidor ou pas ? Garderons-nous ici une personne capable de torturer physiquement un camarade ? Allons-nous nous rendre complice de ce crime ? Olympe ne sait comment calmer le vieil homme. Il faut dire qu'il a en grande partie raison. Je m'approche de Harry. Il dort toujours. Qui sait s'il a dit quelque chose pendant sa phase de réveil ? Des plaques rougeâtres sur le dos de ses mains attirent mon attention. Des brûlures. Cela me rappelle l'an passé, les séances de punition de Dolorès Umbridge... Dumbledore me pardonnera-t-il de laisser Harry revivre cela une seconde fois ? Tout se mêle dans ma tête : le cauchemar d'Harry, l'attaque d'Hogsmead, Junon Sorlimus, l'administration française... Je ne dois pas me laisser dépasser par les évènements... Non, je ne dois pas me laisser abattre...

Samedi 7 septembre, 8h00. Académie Beauxbâtons. Quartier professoral. Appartement des invités

L'histoire semble curieusement se répéter : à nouveau quelqu'un tambourine à ma porte. Heureusement que cette fois-ci je suis bien réveillée. Il s'agit encore d'Olympe, un parchemin décacheté à la main. Que se passe-t-il ? Avons-nous des nouvelles de l'Angleterre ? La directrice me tend le document : c'est une convocation du Ministère de l'Intérieur. Pourquoi l'Intérieur ? J'aurais plutôt cru que ce serait les Affaires Etrangères... Enfin, peu importe ! Nous allons bientôt en savoir plus.

Samedi 7 septembre, 8h40. Champ de Mars. Ministère de l'Intérieur. Bureau des Auror

Contrairement à ce que je pensais, ce n'est pas à un bureau administratif qu'on nous attend. Mais au bureau des Aurors. La machine d'accueil est formelle. Nous montons au 1er étage et sommes accueillis par un homme taciturne du nom de Claude Messidor. Encore un Messidor ? Olympe ne me laisse guère le temps de m'étonner et demande aussitôt les raisons de notre convocation. L'homme a un geste apaisant de la main et nous fait entrer dans un bureau éclairé par deux grandes fenêtres. Il répugne visiblement à nous mettre dans la confidence, mais finit par nous révéler qu'il y a des troubles importants en Grande-Bretagne. Nous mimons l'effroi. Je suis impressionnée par la prestation d'Olympe. Je demande à rentrer tout de suite en Angleterre, mais l'homme nous invite à nous rasseoir. Tout ce qu'il nous a révélé tient du Secret Défense et nous ne devons en dire un mot sous aucun prétexte. La raison de notre convocation est tout autre. Un individu non identifié à réussi à franchir le blocus anglais. Ils ne savent ni qui il est, ni même s'il est de nationalité anglaise. Le Ministère anglais, soumis lui aussi au blocage des frontières, n'est pas en mesure de leur répondre sur ce point. Je reste muette. Quelqu'un s'est introduit en France illégalement ? Est-ce un Mangemort à la recherche de Harry ? Bellatrix Lestrange ? Peter Pettigrew ?

Claude Messidor semble lire mes sentiments sur mon visage. Il nous recommande la plus grande vigilance. Bien entendu, l'individu n'a été aperçu qu'aux abords de la Bretagne, donc fort loin de Beauxbâtons... Mais on n'est jamais trop prudent... Olympe demande si un signalement de ce criminel existe. Mais la seule chose que les Aurors savent est qu'il voyage sur une moto volante. Une moto volante ? ... Cela me rappelle quelque chose. Une moto... Une moto volante ! Celle de Black ? Un événement vieux de plus de quinze ans : Hagrid amenant Harry Potter bébé, monté sur la moto de Sirius. Je tâche de garder un visage impassible. Rien ne prouve formellement qu'il s'agit bien d'Hagrid... Et puis pourquoi braverait-il le blocus ? Peut-être pour m'apporter un message de Dumbledore ? Je me prends à espérer.

Olympe est toujours aussi inquiète et je ne peux rien dire pour la rassurer. Claude Messidor explique rapidement que les meilleurs éléments français traquent cet individu. 'La Sénéchale, elle-même' précise-t-il. Il y a donc tout lieu de croire que l'affaire devrait être réglée dans les plus brefs délais. Olympe semble rassurée. Qui que soit cette Sénéchale, elle risque de nous poser des problèmes si c'est bien d'Hagrid qu'il s'agit.

Claude Messidor nous raccompagne à la porte de son bureau, avant de nous soumettre à un sort de secret. J'aimerais expliquer mes soupçons à Olympe, mais il y a trop de témoins. Où pourrions-nous parler sans risque d'être écouté ? ... Marin Constan ! Nous devons trouver une cheminée publique.

Samedi 7 septembre, 9h35. Haxo. Ministère de l'Education. Bureau du Ministre

Marin Constan a accepté volontiers de nous faire venir au Ministère de l'Education, mais il n'a que quelques minutes à nous accorder. Il y a un Conseil des Ministres de crise dans dix minutes. La réunion risque de durer une grande partie de la journée, aussi nous n'avons que peu de chances de le revoir aujourd'hui. Nous l'interrogeons, mais il ne sait presque rien. Il promet de nous joindre en fin de journée. Je lui demande si je peux utiliser sa cheminée ministérielle pour communiquer avec l'Angleterre, mais il m'explique que c'est impossible. Elle ne fonctionne plus du côté anglais du fait du blocus. Personne n'a pu communiquer avec le Royaume-Uni depuis plusieurs heures. Depuis la nomination du nouveau ministre de la magie anglais, en fait. Un nouveau ministre ? Rufus Scrimgeour ? N'est-ce pas l'ancien chef des Aurors ? C'est mieux que Fudge, de toutes façons... Mais plus aucun moyen de joindre l'Angleterre... Mon inquiétude doit être visible sur mon visage, car il propose immédiatement les services de son propre hibou de crise, en me recommandant toutefois de ne pas l'envoyer jusqu'à Hogwarts. Le chemin est trop long et trop dangereux. J'acquiesce et rédige une missive au nom de Lupin. Il doit être à Grimmaurd Place avec les membres de l'Ordre du Phoenix qui ne sont pas Aurors. Je pourrais aussi lui confier une lettre pour les Weasley, mais je préfère ne pas trop le surcharger. Olympe me regarde avec un certain désarroi, ne sachant trop que dire. Elle doit songer à la sécurité de son école et aussi au mystérieux criminel anglais sur une moto volante.

Samedi 7 septembre, 9h50. Haxo. Ministère de l'Education. Perron du ministère

Olympe et moi nous séparons sur le perron du ministère. J'ai pu lui confier mes soupçons au sujet d'Hagrid. S'il s'agit bien de lui, il tentera de rejoindre Beauxbâtons coûte que coûte. Et si c'est un Mangemort… Ce sera probablement pareil ! Maxime me remet une nouvelle carte de tarot. Elle transplane quelques instants plus tard pour l'Hôpital Croix-Rouge, dans l'espoir de trouver quelques tableaux informés. De mon coté, je me dirige vers le métro. Je soupire. Je n'ai pas voulu abuser de la bonté du Ministre. En ces temps troublés, cela pourrait lui être reproché... Bon, direction l'Ambassade !

Samedi 7 septembre, 10h45. Champ de Mars. Ambassade du Royaume-Uni

Et bien, je me débrouille de mieux en mieux avec le métro. Me voici maintenant à l'ambassade. Faisons l'innocente… Le jeune Murray-Head n'est pas à l'accueil. Je le cherche de droite et de gauche, mais il semble absent. J'espère que son indiscrétion de la veille n'a pas été découverte. Ce serait catastrophique pour sa carrière dans le monde diplomatique ! Je demande si quelqu'un peut me recevoir, mais le personnel est un peu débordé. Ils m'annoncent la création d'une cellule de crise pour l'après-midi où nombre de mes questions trouveront réponse. J'en doute, mais ne vais pas les contredire pour si peu ! Puis j'évoque mes soucis de permis de séjour et de droit à rentrer sur le territoire anglais. Ils me conseillent alors d'aller aux Affaires Etrangères au bureau des réfugiés politiques. Je suis méfiante. Les événements de jeudi me sont restés en travers de la gorge. Mais il semblerait qu'il n'y ait pas d'autres solutions pour régulariser la situation de mes élèves et surtout garantir leur sécurité en France.

Samedi 7 septembre, 11h10. Champ de Mars. Ministère des affaires étrangères. Hall d'accueil

Les Affaires Etrangères grouillent de monde. Mais ce sont plutôt des visiteurs comme moi que des personnels du ministère. J'avais tout de même pensé qu'en cas de crise, il y aurait davantage de fonctionnaires réquisitionnés ! ... Bref, où est le bureau des réfugiés politiques ? ... Le bureau des réfugiés politiques... 2e étage... Ascenseur rouge... Ah, le voilà ! Les portes se referment sur moi et un jeune couple anxieux, des gallois si j'en juge par leur accent.

Samedi 7 septembre, 11h20. Champ de Mars. Ministère des affaires étrangères. Bureau des réfugiés politiques

Les portes s'ouvrent sur un couloir noir de monde. Merlin ! Comment faire ? Sur une table placée en plein milieu du couloir, un bureau de fortune a été aménagé. Quatre personnes y sont tassées et répondent aux questions paniquées de la foule. Bien, prenons notre tour... Le brouhaha est étourdissant. Une dizaine de minutes passent et je peux enfin m'approcher suffisamment de la table pour me faire comprendre de mon interlocuteur. Mon cas a l'air de lui dire quelque chose. Il s'excuse une minute. Je me cramponne à la table pour ne pas me faire éjecter par les autres solliciteurs, tandis qu'il revient avec un gros dossier. Il en survole quelques pages rapidement et m'annonce que la solution adéquate est l'asile politique. L'asile politique ? Apparemment, cela permettrait de garantir à mes élèves le statut de réfugié politique, et ainsi de régulariser définitivement leur situation. Je demande quelles sont les autres solutions. Mais au vu de la situation en Angleterre, il n'en voit pas d'autres. 'On ne peut même pas vous expulser, alors facilitez-nous la tâche et demandez ce fichu asile politique !' finit-il par brailler, excédé. Je lui lance un regard réfrigérant pour le calmer et lui pose alors une question sur mon cas. La réponse ne tarde pas : 'Quand on pourra vous expulser, on y réfléchira ! En attendant, remplissez ces formulaires de demande d'asile !' Il me tend une liasse de papier et me fait signe de déguerpir. Encore des formulaires ! Et un par élèves ! Rien de moins ! Je vais dans une pièce rapidement aménagée en salle d'attente pour m'attaquer à cette lourde tâche.

Samedi 7 septembre, 13h05. Champ de Mars. Ministère des Affaires Etrangères. Perron

Encore aucune nouvelle d'Olympe. Je griffonne quelques lignes sur un parchemin que je confie à un pigeon public. Je lui donne l'adresse de Marin Constan. C'est plus sûr que de l'envoyer à l'Hôpital Croix-Rouge. Ceci fait, je m'interroge sur mes prochaines actions. La situation administrative ? C'est réglé ou tout du moins, c'est en cours... Le logement ? Est confirmé sur Beauxbâtons. Les finances ? ... Les finances. Direction, la banque !

Samedi 7 septembre, 13h15. Champ de Mars. Succursale des Marsides. Guichet d'accueil

Le gobelin de l'accueil ne semble guère aimable. Je lui expose calmement mon problème en ignorant son air méprisant. Comme s'il n'y avait que les humains qui avaient des soucis d'argent ! Le nom de Hogwarts, associé à celui de Dumbledore, le plonge dans ses pensées. Il fait tinter une clochette et un gobelin de grade plus élevé me reçoit dans l'un des bureaux du 1er étage. Le deuxième gobelin m'écoute sans me regarder. M'informe que les finances d'Hogwarts, aux dires de Gringotts, ne sont guère brillantes et qu'un emprunt ne peut se faire sans davantage de garanties de remboursement. Je lui fournis la liste des élèves. Un certain nombre d'entre eux ont déjà un coffre à Gringotts, notamment les plus fortunés des Sangs-Purs et les enfants de moldus qui ont bien du s'ouvrir un compte en entrant dans le monde sorcier. Pour ceux-là, il existe des garanties ; il sera donc aisé de créer un autre coffre, ici-même à Stoffmink. Cela peut être fait pour trois gallions par coffre pour les frais avec signature du responsable légal. Par chance, c'est moi. Mais le problème reste entier en ce qui concerne les autres élèves, la grande majorité d'entre eux. Même si peu sont aussi pauvres que les Weasley, avec le blocus il sera difficile de transférer de l'argent. Le gobelin n'a pas l'air de vouloir se laisser fléchir. J'évite d'entamer le couplet sur la solidarité entre les peuples - les gobelins y sont très peu sensibles - pour aborder celui de la guerre civile. Peut-être ai-je des informations à vendre... Une nouvelle clochette sonne.

Samedi 7 septembre, 13h40. Champ de Mars. Succursale des Marsides. Bureau centrale de Gréal Stoffmink

De bureau en bureau, d'étage en étage, je finis par atteindre celui de Gréal Stoffmink, le directeur de la banque. C'est la première fois que je me trouve face à un gobelin d'une telle importance. Il est seul, mais je sais que de nombreux autres nous observent et nous écoutent. Il va falloir jouer serré. Qu'avais-je à offrir ? La liste des Mangemorts repérés par l'Ordre du Phœnix ? Le récit circonstancié de l'attaque du ministère ? Le plan de Dumbledore ? ... Mais avant même que j'ai pu prononcer un mot, le vieux gobelin prend la parole pour me demander quels sont mes besoins précis. Je me racle la gorge et demande une trentaine de gallions par élèves avec création d'un coffre à leur nom. J'évalue le tout à 600 gallions en tout. La somme n'est pas si élevée et le gobelin me regarde déjà avec beaucoup plus d'indifférence. Il sait que pour ce prix-là, il n'appendra pas grand chose.

Samedi 7 septembre, 14h10. Champ de Mars. Ambassade du Royaume-Uni. Cellule de crise

S'il y a une raison pour laquelle j'apprécie les gobelins, c'est bien leur rapidité à traiter leurs affaires. Finalement, j'ai obtenu gain de cause sans trop en dire. Le marchandage était serré, mais juste en définitive. J'ai dû tout de même leur donner la liste des Mangemorts de l'Ordre du Phoenix et résumer les événements de juin dernier.

Maintenant, retour à l'Ambassade. Depuis ce matin, ils ont pris le temps d'installer une cellule de crise pour accueillir tous les ressortissants anglais en quête d'informations. Certains résident en France depuis des années et s'inquiètent pour leur famille, d'autres sont juste là pour quelques jours de vacances et ne peuvent repartir. On trouve aussi des étudiants, des gens en mission, des malades soignés dans les villes thermales françaises... J'essaye d'en apprendre le plus possible en écoutant les conversations. Mais, elles se révèlent bien pauvres. Ah ! L'ambassadeur est annoncé dans quelques minutes. Peut-être pourrais-je échanger quelques mots avec lui ? Je verdis littéralement en entendant le nom de l'ambassadeur : 'Son Excellence Stanley Flint !' Je n'avais pas noté que l'ambassadeur était un parent de Marcus Flint. Trop âgé pour que je l'ai eu comme élève, heureusement. Je ne me souviens pas non plus avoir été à Hogwarts en même temps que lui... Merlin, que vais-je faire ? ... Mais pourquoi je m'inquiète ? Les Flint n'ont jamais été recensés comme Mangemorts. Je ne devrais pas être autant paranoïaque. Mais les circonstances ne font rien pour m'y aider ! Le diplomate commence par nous saluer et nous tient un petit discours sur la situation en Grande-Bretagne. Ses informations sont précises : la rébellion des Détraqueurs qui ont permis aux Mangemorts emprisonnés de s'enfuir d'Azkaban mercredi au petit matin ; l'attaque surprise sur Hogsmead vendredi aux alentours de 5h00 du matin ; le rapide débordement de l'hôpital St Mungo ; la nomination de Rufus Scrimgeour en urgence aux alentours du vendredi midi ; la fermeture des frontières par sécurité vers 16h00 ; et enfin le siège d'Hogwarts. A cette dernière information, je me sens défaillir. Ai-je bien compris ? De nombreux parents poussent des cris, mais l'ambassadeur les rassure. Un certain nombre d'entre eux ont pu être évacués... Je retiens mon souffle. Mais la priorité a été donné aux plus jeunes. Rien de surprenant, bien qu'à mon avis, Hogwarts soit plus sûr que moult foyers sorciers.

Un des secrétaires de l'ambassadeur se penche vers lui et lui murmure quelques mots à l'oreille. Son Excellence tourne immédiatement son regard vers moi. Il s'approche et me tend sa main. Il est heureux de savoir qu'une génération d'élèves se trouve en France et ainsi à l'abri de ces terribles attaques. Et me souhaite beaucoup de courage pour affronter cette épreuve. Je le trouve presque trop poli pour être honnête. Immédiatement, j'essaye de savoir s'il y a moyen d'entrer en contact avec les familles des élèves. Mais hélas, pour le moment, toute communication avec l'Angleterre est impossible. Bien entendu, à la moindre possibilité, il m'avertira personnellement. Puis il m'assure de son plein soutien, me recommandant de faire appel à lui, si je me heurtais à quelque difficulté que ce soit.

Il interrompt ensuite ces civilités pour aller saluer quelques personnalités anglaises en villégiature en France, rassurer quelques familles éplorées, encourager les étudiants à poursuivre leur année universitaire envers et contre tout. Certains, plus agités, réclament le droit de rentrer afin de se mettre à la disposition du Bureau des Aurors. L'ambassadeur leur promet de faire son possible pour rétablir le contact, mais tout cela ne dépend malheureusement pas de lui.

Une heure passe. L'ambassadeur évolue de groupe en groupe, rassurant, consolant, conseillant, exhortant à la patience les plus téméraires. Je n'ai guère confiance en lui, mais visiblement, il connaît son métier de diplomate jusqu'à la pointe du chapeau³. Il y a déjà moins de monde dans le hall de l'Ambassade. Il vient me voir une seconde fois pour me préciser les mesures légales qui concernent mes élèves. Du fait que j'aie signé des attestations de responsabilité légale, tous les élèves sont soumis à mon autorité. Je suis cependant également responsable de la moindre atteinte qu'ils pourraient faire à la Loi française. Il sort sa baguette et conjure un Code Civil Sorcier qu'il me tend, me conseillant de le compulser dans les jours qui viennent. En revanche, si je venais à quitter Beauxbâtons et le territoire français, l'autorité lui reviendrait, en tant que représentant légal du gouvernement britannique. Les élèves seraient alors de nouveau soumis à la Loi anglaise. Et qu'en serait-il si le statut de réfugié politique leur était accordé ? Un administrateur serait nommé pour les accompagner dans leur vie quotidienne, probablement quelqu'un de Beauxbâtons comme Madame Maxime ou son adjoint. Enfin, une bonne nouvelle !

Une collaboratrice de l'amabassadeur s'approche de moi et me glisse qu'il y a un appel urgent du Ministre de l'Education pour moi. Elle me précède jusqu'à la cheminée d'une petite salle privée et ferme soigneusement la porte pour garantir la confidentialité de notre conversation. Mais Marin Constan refuse de me parler par cheminée. Je le rejoins donc directement au Ministère.

Samedi 7 septembre, 16h20. Haxo. Ministère de l'Education. Bureau du Ministre

Je rejoins immédiatement le bureau du Ministre. Olympe est là aussi. Elle est en train de prendre connaissance du message que je lui ai envoyé ce midi. Elle fronce un sourcil : 'Asile politique ?' Le Ministre émet de son côté quelques réserves en ce qui concerne Harry Potter. Comment ça Harry Potter ? Quel est le problème avec Potter ? 'Donner l'asile politique au jeune Harry pourrait être perçu comme une prise de position du gouvernement' me répond-t-il. Je m'insurge ! Encore heureux que le gouvernement français prenne fait et cause pour Harry. Leurs politiciens entendent-ils se mettre du coté de 'Vous-savez-qui' ? Mais pour Marin Constan les choses ne sont pas si simples. La communauté sorcière française a beaucoup souffert au cours de la dernière guerre. Elle se remet à peine de ses blessures. Abriter Harry pourrait signifier la fin de cette période d'accalmie. Nombre de gens ne veulent plus entendre parler de guerre ou de mage noir. Ils pourraient réclamer l'expulsion du problème... L'expulsion de Harry. La France a la mémoire bien courte, alors ! Qui l'a délivrée de Grindelwald ? Albus Dumbledore lui-même ! Et maintenant, elle refuserait l'asile à celui qui a survécu à un autre mage noir ? Le Ministre a un signe apaisant de la main. Il comprend parfaitement ma prise de position et souhaite, pour sa part, offrir le statut de réfugié politique à Harry Potter. Mais il se doit de me dépeindre la situation avec exactitude. Au moindre trouble à Beauxbâtons, beaucoup ne mettront pas en balance la sécurité de leurs enfants face à celle du jeune Potter. Bien, nous devons donc renforcer les défenses de Beauxbâtons pour minimiser les risques de protestation. Comment sécuriser davantage l'Ecole ?

L'incartabilité de Beauxbâtons est certainement sa meilleure arme. Même un chasseur de trésor aurait les plus grandes difficultés à la trouver. Mais alors, qu'en est-il de ces cartes de tarot ? Marin Constan m'explique qu'elles ont été conçues comme des clés d'accès à Beauxbâtons. Elles sont très rares. En fait, seuls Olympe et lui en possèdent. Et la Sénéchale bien évidemment... Encore cette Sénéchale ? Mais qui est-ce, par Merlin ? Ah. Axelle Messidor. Je n'avais pas fait le lien.

Mais si les élèves n'ont pas de carte de tarot, comment font-ils pour retrouver leur chemin tous les lundis matins ? 'Ils ont le parchemin !' répond Olympe comme si c'était une évidence. Et alors ? Le parchemin sert-il aussi de clé ? Mais dans ce cas-là, n'importe qui peut utiliser le parchemin pour venir à Beauxbâtons ? Le Ministre secoue la tête. Le parchemin ne peut être céder à un tiers... Je ne vais pas en démordre si vite ! ... Un élève, animé de mauvaises intentions, pourrait conduire des ennemis jusqu'à l'Ecole ? 'Non'. Comment cela, non ? Le parchemin ne peut pas empêcher quelqu'un de suivre un élève ! Olympe sourit en m'expliquant qu'il est impossible d'arriver à Beauxbâtons par transplanage ou portauloin. Seuls ceux qui ont des cartes de tarot le peuvent. Quel casse-tête ! ... Marin Constan est plutôt confiant. Beauxbâtons n'a jamais été découverte par Grindelwald, mêmes aux heures les plus sombres de la collaboration. Le Ministre de l'Education de l'époque avait fait détruire toutes les cartes de tarots, hormis ceux se trouvant à Beauxbâtons même. En cas d'alerte, il sera toujours possible de détruire celles du Ministère.

Samedi 7 septembre, 18h45. Champ de Mars, Ambassade du Royaume-Uni. Cellule de crise

Sentant ma présence inutile au Ministère, je préfère rejoindre l'Ambassade. Olympe elle-même a l'intention de rentrer à Beauxbâtons pour s'occuper un peu des affaires courantes avec Davel. Les choses ont peu changé. Il y a toujours autant de monde. Les gens attendent des nouvelles. Surtout de St Mungo. La crainte d'avoir un parent, un ami, parmi les victimes se lit sur chaque visage. Beaucoup cherchent à se convaincre qu'il ne s'agit que d'un attentat et non du début de la guerre. Je ne tente pas de les détromper. A quoi bon ?

Quelques heures passent. Les nouvelles sont rares et leur contenu parcimonieux. Je ne pense pas en apprendre davantage. Autant rentrer.

Dimanche 8 septembre, 02h35. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Trois heures que nous discutons ! La fatigue commence à se faire sentir. Je ferme les yeux quelques instants. Olympe me tend un verre. Je l'interroge du regard. 'Potion Sans Sommeil' me dit-elle. Je la bois d'une traite tout en me demandant comment la demi-géante parvient à tenir. Les informations fournies par l'Ambassade font état d'un vrai siège d'Hogwarts. Merlin ! Nous n'avions pas prévu cela... Et comment faire l'annonce à mes élèves sans que ce soit la panique ? Nombreux sont ceux qui ont un frère ou une sœur là-bas. Pour le moment, peu de personnes sont au courant dans les ministères et les ressortissants anglais sont soumis au sort du secret défense, ce qui les empêche de faire des révélations. Quant à la Grande-Bretagne, depuis la fermeture de ses frontières, c'est comme si elle avait disparu de la surface de la terre.

De combien de temps disposons-nous ? Vingt-quatre heures, peut-être ? Avec un peu de chance... Après ce sera la panique. Mieux faut faire une annonce au plus tôt. Dans la journée... Le soir au plus tard, le temps que nous en sachions plus sur ce mystérieux criminel. Cette moto volante... Ca ne peut être un hasard !

Il n'est plus question d'agir aussi rapidement que nous l'avions prévu. Retourner en Angleterre paraît exclu. Je n'ai pourtant pas l'intention de rester ici les bras croisés. Mais les autorisations pour quitter le territoire vont être toutes suspendues maintenant que les frontières anglaises sont fermées. D'un autre côté, la situation pourrait stagner des mois ainsi. Je ne peux pas rester. Maxime et Flamel sont d'avis d'agir avec la plus grande prudence. D'entraîner au mieux les élèves. J'ai comme l'impression que d'une certaine manière ce qui se passe les arrange... L'aube filtre, mais nous n'en avons pas encore terminé.

Je jette un coup d'œil à la grande horloge du bureau. La matinée est déjà bien engagée. Je dois prendre du repos. Davantage de fatigue me ferait faire des erreurs. Je m'excuse auprès d'Olympe et ouvre la porte du bureau. Je me trouve nez à nez avec un Harry Potter, planté devant la porte. Il m'était complètement sorti de l'esprit avec tous ces événements ! Bon, il a l'air d'aller bien. Mieux que ce que j'escomptais. C'est déjà çà ! La lettre qu'il a écrite à Dumbledore est revenue intacte... Sans plaisanter ? Voilà qui est étonnant ! ... Je dois me reposer, la fatigue me fait faire de l'humour douteux... Ah oui, son cauchemar. De quoi s'agit-il ? Une femme torturée. Et c'est tout ? Le pays est à feu et à sang et tout ce que Potter a comme information prioritaire, c'est une malheureuse qui s'est faite enlever ! ... Je tâche de rester impassible et de masquer ma déception. De plus, il insiste. J'hésite à le renvoyer sans autre forme de procès. Après tout, il n'est pas encore au courant. Mais il est trop tôt pour faire une annonce. Demain. Oui, demain sera beaucoup plus indiqué. Merlin, il ne faut pas que la situation nous échappe ! Mais je dois avant tout dormir, ne serait-ce que quelques heures...

Dimanche 8 septembre, 13h10. Académie Beauxbâtons. Quartier professoral. Appartement des invités

Nouveau tambourinement à ma porte. Il est dit que je n'aurais pas de repos en ce pays ! Encore Olympe, je parie. Gagné ! La voilà avec une nouvelle lettre en main. Ces fonctionnaires travaillent-ils donc même le dimanche ? Mais la demi-géante n'a pas la même expression que ces jours derniers. Elle a plutôt l'air excité. Et la lettre qu'elle me tend ne vient définitivement pas du ministère. Elle est tachée de boue et écrite sur un vieux bout de parchemin crasseux. La stupeur me cloue sur place. C'est de Hagrid. Il est avec miss Lovegood ! Tout ce que Dumbledore a trouvé pour m'aider, c'est de m'envoyer miss Lovegood ? Dites-moi que je rêve ! Pourquoi pas Binns ? … Où sont-ils ? Cachés dans une vieille église d'Autun... Olympe a déjà tout prévu, elle va faire atteler son carrosse et prétexter une visite chez les Piscies, en Saône-et-Loire, pour prendre Hagrid et la jeune Luna au retour. Mais quelle fable va-t-elle bien pouvoir raconter à cette famille pour expliquer sa venue ? Olympe n'a pas l'air de s'en soucier. Elle prend un parchemin et écrit quelques lignes à leur attention pour annoncer sa venue aux environs de 17h30. Puis elle répond à Hagrid pour fixer un rendez-vous en dehors de la ville au crépuscule. Là, voilà qui chantonne...

Dimanche 8 septembre, 19h10. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Olympe a du quitter la demeure des Piscies, à l'heure qu'il est. Dans peu de temps, elle arrivera avec Hagrid et miss Lovegood. Je ne suis pas enchantée de son arrivée. Cette petite doit passer ses OWLs cette année ! Pas servir de partenaire de duel à ce prétentieux de Draco Malfoy ! Comment Filius a-t-il pu accepter de laisser partir une de ses Ravenclaw dans une année aussi capitale que la cinquième ? Et surtout, à quoi Dumbledore a-t-il bien pu penser pour envoyer une élève hors d'Hogwarts en pleine guerre civile ? C'est complètement déraisonnable ! ... J'ai tout de même hâte d'échanger quelques mots avec la jeune Lovegood. Elle est un peu bizarre cette élève - enfin connaissant son père, rien de surprenant ! – mais elle aura certainement des nouvelles fraîches d'Angleterre et d'Hogwarts à me donner. Tout comme Hagrid d'ailleurs, mais lui, n'aura guère le temps de s'attarder.

Ma main tambourine impatiemment sur le grand bureau d'Olympe, mais il n'y personne pour m'en faire reproche. Nicolas Flamel est absent de son tableau, vaquant à je-ne-sais-quelle occupation. Je soupire, mes pensées dérivant vers Hogwarts. Que vais-je donc pouvoir faire, maintenant que je suis assignée à résidence à Beauxbâtons ?

Dimanche 8 septembre, 20h45. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Enfin, la porte s'ouvre et laisse passer la petite silhouette de Luna lovegood. Elle parait encore plus menue à coté de l'imposante Olympe Maxime. Hagrid n'est pas avec elles, mais la demi-géante me rassure vite. Il est juste en train de dételer les chevaux du carrosse. Tout à l'air de s'être passé pour le mieux. Miss Lovegood ne pipe pas mot, l'air absente comme à son habitude. M'y ferai-je un jour ?

Je l'interroge à mi-voix sur Hogwarts et sur l'Angleterre, mais ses réponses sont déconcertantes. J'apprends que Peeves a disparu depuis deux jours, que Trelawney refuse de faire cours, que le professeur Dumbledore a un nouveau chapeau vert, et que, bien entendu, ce sont les Mandis à nez plat qui ont encouragé les Détraqueurs à se rebeller contre l'administration pénitentiaire d'Azkaban. Pas un mot sur l'attaque. Mais il semblerait qu'ils aient quitté Hogwarts le jeudi soir. Au sujet de Londres, ses réponses sont plus claires : le chemin de Traverse est désert, il y a des patrouilles d'Aurors, elle et Hagrid ont dû fuir par la Cornouaille et monsieur Weasley lui a montré sa collection de prises électriques qu'il a caché dans le garage. Comment ça monsieur Weasley ? Arthur Weasley ? Cette petite a vu les Weasley ! Comment vont-ils ? Qui avait-elle vu exactement ? Qu'ont-ils dit quand ils ont su qu'elle partait en France ? N'avait-elle aucun message ? Miss Lovegood ouvre de grands yeux exorbités, surprise par cette avalanche de questions.

Une fois tiré d'elle tout ce que je peux, Olympe la confie à Davel pour qu'il la mène se restaurer dans la salle à manger des professeurs. 'Il est hors de question que cette petite voit ses camarades ce soir ! Allez, savoir ce qu'elle pourrait leur raconter !' m'explique-t-elle, une fois Luna sortie. Elle a également prévu pour elle une chambre dans le quartier des invités, située non loin de la mienne.

Hagrid entre quelques minutes plus tard dans le bureau. Il est dans un état de saleté rare et même sa bonne humeur habituelle semble être encrassée. Olympe est aux petits soins pour lui et fait apporter un dîner gargantuesque. Je me sens presque de trop. Une fois rassasié, il nous raconte leur périple, s'attardant longuement sur la situation anglaise. Je lui demande pourquoi il a fait un crochet par chez les Weasley. Il me répond qu'il avait lui-même laissé la moto volante de Black à Arthur des années auparavant. 'Compr'nez-moi, Prof'sseur' plaide-t-il. 'C'tait plus possible d'partir par des moyens normaux !' Je rassure Hagrid. Aucun reproche de ma part. Il prend bientôt congé pour se reposer.

Puis, Olympe me résume son entrevue avec Julien et Lou Piscies. Elle leur a fait part de ses craintes concernant la sécurité de Beauxbâtons et Lou Piscies a été relativement sensible aux arguments de la demi-géante, du fait que ses deux petit-fils sont élèves ici. Julien semblait plus suspicieux sur les raisons de sa présence, mais c'est un homme naturellement méfiant aux dires d'Olympe. La directrice de Beauxbâtons leur a donc proposés de créer une alarme magique, afin qu'à la moindre attaque, ils en soient immédiatement informés. La famille Piscies, réputée pour ses qualités guerrières, pourrait alors intervenir au plus vite et renforcer les défenses de l'école. Ma foi, l'idée n'est pas mauvaise.

Un coup à la porte interrompt net le récit d'Olympe. Sur un sec 'entrez', cinq adolescents, dans un état de saleté qui n'a rien à envier à Hagrid, font irruption dans le bureau. Trois d'entre eux ont l'air sérieusement blessé. Je reconnais aussitôt Terry Boot de Ravenclaw parmi eux. Je fronce en sourcil en écoutant leur récit. Une bagarre ? Il ne manquait plus que ça ! ... Quoi ? Ce serait la faute de mes élèves en plus ? Je peux faire confiance aux Slytherin pour rendre les situations encore pires que possible, mais là, ces français exagèrent ! Terry Boot peut à peine placer un mot. Olympe demande le silence et j'interroge alors le Ravenclaw. Il m'explique l'hystérie et la panique déclenchée par la lecture d'un journal anglais. Il baisse le nez et m'annonce la mort de la mère de la jeune McDougal et le chaos né de cette situation. Je ne sais trop quoi lui dire. J'aimerais être plus sévère, mais il paraît déjà mal en point à la seule idée de la guerre civile qui fait rage aux portes d'Hogwarts. Olympe n'est pas aussi conciliante. Il était du devoir des français d'arrêter cette bagarre et certainement pas d'y participer. Une des jeunes filles essaye de placer un mot, mais l'œil flamboyant de la directrice la coupe dans son élan. Il n'est plus temps de se justifier. La punition tombe : tous les élèves valides impliqués dans ce pugilat feront deux heures de travail demain sous les ordres des nains de jardins. Quant aux élèves soignés à l'infirmerie, ils en feront tout autant dès que leur état le leur permettra. Les élèves français n'ont pas l'air ravi de la punition. Olympe me fixe du regard. Que veut-elle ? … Ah oui ! Bien entendu la même punition s'appliquera à tous les élèves anglais impliqués.

Dimanche 8 septembre, 11h55. Académie Beauxbâtons. Couloir du quartier professoral

Je quitte enfin le bureau d'Olympe, épuisée par cette semaine infernale. J'espère que les jours à venir seront plus calmes. J'arrive devant la porte de ma chambre et entends un piaillement paniqué. Je tourne la tête. Agrippant dans ses petites griffes un morceau de crayon, un écureuil rose et vert me fixe de ses grands yeux terrifiés. Puis, d'un coup d'incisives bien placé, il détache un petit copeau qu'il avale prestement avant de disparaître, emportant son précieux butin. J'ai besoin de sommeil.


Un regard sur Olympe Maxime

Jeudi 5 septembre 1996, 15h10. Académie Beauxbâtons. Bureau du proviseur

Le coup de cheminée du ministre reçu, Olympe savait exactement ce qu'il lui restait à faire. Comment s'appelait cette jeune fille déjà ? La demi-géante saisit son agenda, qu'elle ouvrit d'un coup de baguette.
« Voyons... Voyons... Anciens élèves... Promotion 1989, si je ne m'abuse... Carrière administrative... Voyons... Voyons... Secrétariat du ministère de l'Intérieur... Ah ! Voilà ! Roxane Castri, secrétaire de direction, détachée auprès du ministre de l'Intérieur depuis le 3 juillet 1996... Quel est son numéro de cheminée déjà ? ... 'Roxane Castri, ministère de l'Intérieur, gouvernement, France' ... Très bien ! »

Olympe saisit une pincée de poudre de cheminette et appela sa cible.
« Ministère de l'Intérieur. Roxane Castri, que puis-je pour vous ? » fit une jeune femme, en voyant le feu de sa cheminée crépiter puis verdir. Puis elle eut un sursaut en reconnaissant le visage de Mme Maxime.
« Chère Roxane ! » fit Olympe en étirant les syllabes. « C'est un tel plaisir de vous voir ! »
« Je... Mme la directrice ! Qu... Quelle surprise ! » bégaya la jeune femme, destabilisée.
« Et moi donc ! » reprit Olympe, avec un grand sourire. « Imaginez ma surprise et surtout ma fierté quand j'ai appris votre mutation au ministère ! J'ai aussitôt insisté, auprès du Ministre lui-même, pour que vous vous occupiez de l'affaire Beauxbâtons/Hogwarts. Connaissant vos compétences, je n'avais aucun doute sur l'efficacité avec laquelle vous avez traité notre dossier ! »
« Votre... Votre dossier ? » pâlit Roxane. « Oui, bien sûr, votre dossier ! » se rattrapa-t-elle presque immédiatement. « Ca m'a fait tellement plaisir de m'occuper des... des affaires de mon ancienne école... »
« Toutes les formalités se sont magnifiquement passées grâce à vous et je ne saurais trop vous remercier pour avoir si bien rempli votre mission ! » continua Olympe, ignorant consciencieusement le malaise de la jeune femme en face d'elle.
« Et bien, je suis vraiment ravie que vous soyez satisfaite... » fit cette dernière, se creusant la tête pour se souvenir de quoi il était question.
« D'autant qu'en plein mois d'août, je savais que vous seriez une des rares présentes au ministère ! » ajouta Mme Maxime.

La jeune femme pâlit davantage. Elle avait pris une semaine de vacances mi-août et à son retour, son bureau croulait littéralement sous les dossiers. Mais c'était quoi ce truc ? Ooooohh ! Pourvu que sa poubelle ne l'ait pas avalé par mégarde !
« Il y a un problème, ma chère ? » fit la voix de Mme Maxime.
La jeune femme releva brusquement la tête.
« Oh, non... Non... Aucun problème... Bien entendu ! Je me demandais juste si... si... si le directeur anglais était aussi... aussi satisfait de nos services. »
« Oh, oui, Albus Dumbledore est ravi de cet échange scolaire entre les 6e années d'Hogwarts et nos 1ères. Et comme je vous l'ai dit, tout s'est remarquablement passé grâce à votre zèle ! » s'enthousiasma la directrice de Beauxbâtons.
« L'échange scolaire, oui... » fit la jeune femme, tentant de compléter le puzzle avec les pièces manquantes.
« Le ministre de l'Education, Marin Constan m'a fait part de sa grande satisfaction. »
« Le ministre ? ... Oui bien sûr... Et bien, c'est... Je suis ravie qu'il soit satisfait ! » répondit Roxane Castri, tentant de camoufler son ignorance.
« Mais vous savez, je suis très mécontente de vos collègues de l'Education ! J'ai eu leur secrétariat ce matin et il semblerait qu'ils aient égaré une des pièces du dossier. Comme si ça n'arrivait pas tous les quinze jours ! » maugréa Olympe d'un air exaspéré. « Inorganisé au possible ce ministère ! ... Je me demande comment Marin Constan fait pour supporter cela ! En fait, il lui faudrait des gens comme vous ! »
Roxane rougit sous le compliment.
« Bref, j'ai immédiatement pensé que vous, qui aviez constitué tout le dossier, vous pourriez leur renvoyer ! Je sais que c'est terriblement abuser de votre temps et croyez bien que si j'en avais la possibilité, je... » s'excusa la demi-géante.
« Mais non ! Pas du tout ! » coupa la jeune femme. « Je serais ravie de vous rendre ce service. Que... Quel est le document manquant ? »
« Un document signé du ministre de l'Intérieur stipulant l'authentification de la demande de son homologue anglais. »
« Le document d'authentification de la demande anglaise signé par notre ministre, » répéta soigneusement Roxane, avec un sourire un peu figé. « Je vais de ce pas vous le retrouver ! Euh... Vous rappelez-vous de sa date éventuellement ? »
« Il me semble qu'il est du 18 août. Mais vous devez tout avoir dans votre dossier... » remarqua Olympe d'un air serein.
« Bien entendu, suis-je idiote ! » rougit la jeune femme. « Ne vous souciez de rien, j'envoie immédiatement ce document au sécrétariat du Ministère de l'Education ! »
« Adressez-le directement au ministre, Marin Constan. Au moins, le papier ne sera pas perdu par ses collaborateurs, en route. Et puis, je lui ai dit tellement de bien de vous ! » fit la demi-géante. « Au revoir Roxane et merci encore ! »

Olympe retira sa tête de la cheminée d'un air satisfait. Aucun doute sur la question, cette petite Roxane allait créer un dossier de toutes pièces dans les minutes suivantes, l'antédater du 18 août, le faire discrètement signer par le ministre de l'Intérieur et le renvoyer à Marin en un temps record.
« Je ne devrais pas manipuler mes anciennes élèves comme ça... Non vraiment, je ne devrais pas... » fit Olympe en conjurant un verre de vin.
Nicolas Flamel la regardait d'un oeil complice :
« Vous avez une très mauvaise influence sur moi, Nicolas ! » reprit-elle, en lui portant un toast. « Une très mauvaise influence... »


¹ Passer du centaure à la branchiflore : passer du coq à l'âne pour les sorciers.
² tourner autour du chaudron : autour du pot, vous l'aviez compris !
³ jusqu'à la pointe du chapeau : sur le bout des doigts.


L'un de mes reviewers m'a posé de très intéressantes questions et j'ai mis les réponses dans le forum Radio Beauxbât (voir mon profil)

Merci d'avoir patienté, merci d'avoir reviewé, merci de m'encourager.
Je vous embrasse.

Ruth (in her own dedalic world)