Chapitre 25 :
James tentait désespérément de trouver la trace du loup. Il avait dû renoncer à sa forme animagus, le cerf était trop grand et trop large pour courir dans le souterrain. Il avait donc laissé Moony prendre une légère avance pour ne pas courir de risque en redevenant humain et ne s'était retransformé qu'une fois sorti du saule. Peter niché dans ses ramures, il huma l'air un long moment avant de prendre la direction de la Forêt Interdite.
Il avait beau chercher, il ne trouvait pas la plus petite piste qui pourrait le conduire à Remus. Il avait reconnu l'odeur de Padfoot, près de la cabane d'Hagrid, mais elle n'était plus très récente. Bon sang, Sirius, où te caches-tu ?! Il avait été en colère toute la journée, il était maintenant furieux. Contre Sirius, bien sûr, qui avait été assez stupide pour mettre Remus hors de lui quelques heures avant sa transformation, qui n'avait pas été assez avisé pour rentrer dans Poudlard avant la nuit, mais aussi – surtout – contre lui-même. Il sentait qu'il avait une grosse part de responsabilité, dans tout ce qui arrivait maintenant. Il avait croisé le regard de Sirius, lorsqu'ils s'étaient affrontés avant le petit-déjeuner. Tant de lassitude, de dégoût… Il est en train de mourir… Pourquoi n'arrivait-il pas à se sortir les mots de Rogue de la tête ?
Il aurait dû faire en sorte que les choses n'aillent pas si loin, ne pas traquer Sirius pour lui reprocher le moindre faux pas. Ne pas le pousser à bout, alors qu'il voyait bien qu'il n'était plus capable d'encaisser. Peut-être qu'alors Sirius ne se serait pas emporté comme il l'avait fait contre Remus. Peut-être qu'il ne se serait pas enfui du château pour se cacher on ne savait où et qu'il serait maintenant à l'abri dans la salle commune des Gryffondors.
Il ne servait à rien de s'appesantir sur leurs erreurs. Il n'y avait qu'une chose à faire : s'assurer que Remus ne ferait pas de mal à Sirius.
§§§§
Sirius avait passé la journée dans la Forêt Interdite, sous sa forme animagus. Etre un chien avait des avantages indéniables : il ne s'appesantissait plus autant sur ses problèmes.
Dans le début de l'après-midi, poussé par la faim, il s'était rendu jusqu'à la cabane de Hagrid. Le garde-chasse lui avait donné quelques restes, sans montrer la moindre surprise envers ce gros chien sorti de la forêt. Mais Hagrid avait sans doute vu des animaux bien plus étranges qu'un chien. Padfoot avait dévoré la nourriture qu'il lui tendait avec reconnaissance. Pourtant, il s'était enfui sitôt son repas terminé, se dérobant aux tentatives du brave homme pour l'approcher.
Sirius éprouvait maintenant une réelle répugnance à se laisser toucher, et elle demeurait même sous sa forme animale. Même s'il était par ailleurs bien conscient qu'Hagrid ne lui ferait jamais de mal.
Il était retourné dans la forêt, sans se soucier de réapparaître au château. Sans doute MacGonagall était-elle furieuse contre lui. Peut-être même était-elle allée se plaindre auprès de Dumbledore… Au fond de sa tête de chien, il savait que les quelques heures de répit qu'il s'octroyait maintenant seraient chèrement payées par la suite. Mais il était si près de craquer qu'il préférait ne pas y songer. Et puis, que pouvait-on lui faire de pire que ce qu'on lui avait déjà fait, de toute façon ?
Il se dénicha une petite clairière ensoleillée au milieu de laquelle il s'allongea. Il savoura la chaleur des rayons du soleil sur ses flancs, l'odeur douce de l'herbe sous lui, et il s'endormit.
Lorsqu'il se réveilla, le soleil se couchait. Il était temps de rentrer. Et d'affronter la colère du corps enseignant, et sans doute aussi celle de James. James qui avait pris la défense de Remus contre lui. Il frissonna subitement. C'est la pleine lune… Il accéléra sa course. Sans doute Remus était-il dans la cabane hurlante… Mais il n'en jurerait pas. Moony avait perdu l'habitude de rester enfermé, depuis que les Maraudeurs se joignaient à lui les nuits de pleine lune. Et peut-être James l'avait-il libéré.
Il n'était guère prudent de s'attarder dans la forêt cette nuit. A tout prendre, mieux valait faire face à la fureur de MacGonagall qu'à celle d'un loup-garou.
Il allait quitter le sous-bois quand une masse sombre le percuta de plein fouet, l'envoyant rouler sur le sol. Il se redressa aussitôt sur ses pattes et fit face à son agresseur.
D'une brusque détente, le loup se jeta sur lui. Il ne l'avait pas senti venir.
Il ne veut pas jouer, réalisa aussitôt Sirius. Il veut me tuer.
Il sentit la panique le submerger lorsque les crocs de la bête s'enfoncèrent dans son cou.
§§§§
Le loup avait rapidement repéré la trace du chien. Aussi ténue que soit sa piste, il savait qu'il n'allait pas tarder à le retrouver, lui, le traître. Lui, qui ne se joignait plus à lui, comme avant, pour leurs jeux nocturnes. Trois nuits qu'il ne l'avait pas vu.
Il s'était enfoncé dans la Forêt Interdite, l'oreille aux aguets et le cou tendu, humant l'air à la recherche de sa proie.
Pourquoi le chien était-il là, dans cette forêt, si ce n'était pour le retrouver ? Et pourquoi n'était-il pas avec ses deux autres amis, le cerf et le rat ?
A cause de l'homme. Celui qu'il sentait s'agiter au fond de sa conscience, là où la lune l'avait enfoui. L'homme ne voulait pas de Padfoot auprès de lui. Une fois de plus, il se fichait des ses besoins à lui, le loup. Et sa rage n'en était que plus profonde.
Il l'avait repéré.
Il s'était rapproché de sa proie avec précaution, comme il le faisait lorsqu'il s'amusait à chasser ensemble. Mais cette fois, il n'avait absolument pas envie de jouer.
Il bondit, le renversa, attaqua encore.
Ses crocs acérés percèrent sa gorge et un flot de sang chaud lui emplit la gueule. Le chien gémit et secoua la tête pour se libérer de l'emprise de ses mâchoires, mais le loup pesa sur lui de tout son poids pour l'immobiliser et le mordit plus profondément encore.
Le chien geignait doucement. Sans doute lui faisait-il mal. Et le loup sentit son excitation grandir : le goût du sang, l'odeur de la peur… Il s'en délectait, voulait s'en repaître. Ses instincts carnassiers lui hurlaient de déchirer cette chair palpitante à pleines dents, de dévorer sa proie, mais quelque chose de plus puissant s'imposa à lui. Son désir allait au-delà d'un désir de mort.
Il desserra les mâchoires, libérant le chien, et enfouit sa truffe dans sa blessure, se gorgeant de l'odeur de son sang. Il aimait cette odeur, elle évoquait bien plus, pour lui, que celle d'une simple proie. Elle lui parlait de compréhension et de connivence, elle lui rappelait la fin de sa solitude et l'atténuation de ses souffrances. L'odeur de son ami.
Avec un grondement de gorge qui disait sa profonde satisfaction, il se mit à lécher la plaie sanglante, savourant le chaud liquide sur sa langue, sa texture presque onctueuse, sa saveur subtile.
Le chien ne bougeait plus. Les oreilles plaquées vers l'arrière, il semblait dans l'expectative.
Le loup relâcha son étreinte sensiblement, concentré sur sa tâche.
§§§§Il va me tuer…pensa Sirius.
Il était terrorisé. Le poids de la bête sur son dos, son souffle chaud, ses crocs… Après ce qu'il avait vécu pendant les vacances, il avait cru que plus rien ne pourrait l'effrayer. Mais le loup-garou était incontrôlable, et il était sa proie désignée.
C'est de ma faute, pensa Sirius, je l'ai agressé, il se venge…
Il poussa un gémissement de douleur lorsque Moony accentua la pression sur son cou.
Jamais il n'aurait pensé se faire tuer un jour par l'un de ses meilleurs amis.
Non, Remus n'est plus ton ami, tu l'as trahi… Il a failli mourir par ta faute, tu t'es servi de lui… Si le loup veut te tuer maintenant, tu l'as bien cherché…
Il ne savait plus ce qui était le plus douloureux. Les crocs de Moony enfoncés en lui, déchiquetant ses chairs, ou la preuve flagrante que plus rien ne subsistait désormais de leur amitié. Ainsi, malgré tout ce qu'ils avaient vécu ensemble, le chien et le loup, il n'était plus rien d'autre, maintenant, qu'une victime à mettre à mort.
Cette dernière constatation le brisa un peu plus. Et il cessa de se débattre. Tue-moi, Moony, si c'est vraiment ce que tu désires…
Non. Remus ne pouvait pas souhaiter sa mort. Quels que soient les désirs du loup, ils n'auraient jamais l'aval de Remus.
Si Moony me tue, Remus ne se le pardonnera jamais.
Cela n'avait rien à voir avec les liens qui les unissaient, il en était conscient. Mais il connaissait Remus. Il n'avait jamais accepté cette part de lui qui prenait le dessus tous les mois pour tout ce qu'elle impliquait de violence et de bestialité. Il ne se supporterait pas meurtrier.
Et Padfoot, lui, refuserait de se laisser tuer. Son instinct de conservation lui hurlait de se défendre.
Tandis que le loup se détendait, le museau enfoui dans son cou, il s'efforçait de reprendre ses esprits et d'évaluer sa situation rationnellement. Il devait trouver un moyen.
§§§§
Moony ferma les yeux, grondant doucement sa satisfaction. Son museau barbouillé de sang s'attardait dans le pelage emmêlé du chien, humant son odeur. Il ne réalisa pas immédiatement que Padfoot se glissait entre ses pattes.
Brusquement, le chien se redressa et se dégagea d'un coup de rein.
Furieux, le loup se ramassa sur lui-même et se jeta sur lui de nouveau. Mais Padfoot fit un écart et chercha à prendre un peu de champ. En vain. En deux enjambées, Moony fut de nouveau sur lui, et il sentit sa gueule se refermer sur sa hanche. Un aboiement étranglé lui échappa, tandis qu'il se tordait sur le sol, contraint par le loup à s'allonger sur le flanc. La douleur était trop vive, il chercha à éloigner son agresseur d'un coup de griffes qui l'atteignit sur le museau.
L'attaque décupla la rage du loup. Il lui laboura les flancs de ses griffes tranchantes, sourd aux gémissements du chien. Son envie de tuer fut décuplée par l'abondance du sang versé. Son odeur était si forte qu'elle l'enivrait, le poussait à blesser sa victime plus profondément encore. Tuer.
Le chien gisait, immobile sur le flanc. Ses plaintes n'étaient plus guère qu'un soupir.
Les yeux jaunes du loup le contemplèrent avec avidité, comme s'il anticipait d'avance le plaisir de la mise à mort. Mais il capta le regard du chien et s'immobilisa, dans l'expectative.
Il y avait plus que de la peur ou de la douleur, dans ce regard.
Et il se souvint subitement d'une chose : ce chien était son ami. Il lui devait les quelques rares moments joyeux de son existence.
Il se pencha sur le chien, ouvrit sa gueule ensanglantée… et lui lécha doucement le bout du museau. Le chien releva la tête, les oreilles plaquées en arrière et gémissant. Mais le loup avait perdu de sa rage. Il s'allongea près de lui, comme il le faisait souvent lorsqu'ils jouaient et, délicatement, commença à lécher ses blessures.
Il soignait maintenant son camarade avec autant d'ardeur qu'il en avait mis à le blesser. Il nettoya chaque plaie avec application, épanchant le sang qui s'en écoulait et dégustant celui-ci avec un plaisir si manifeste que Sirius eut peur à plus d'un moment de voir ressurgir son désir de le dévorer.
Mais le loup se contentait de grogner doucement, tandis que sa langue passait d'une blessure à une autre. Et il enfouissait sa truffe dans les longs poils du chien, retrouvant son odeur sous celle, entêtante, du sang.
Il aimait son odeur.
Mais quelque-chose le troubla. Un souvenir de l'homme.
Il se redressa et posa ses pattes sur le chien. Il le renifla plus attentivement. Il reconnut l'odeur humaine, mêlée à celle du chien, qui caractérisait Padfoot. Il chercha encore.
C'était davantage la trace d'un effluve qu'une véritable odeur identifiable, mais elle était présente. Et Moony comprit que l'homme ne s'était pas trompé.
Il y avait sur Padfoot une odeur qui n'aurait pas dû y être. Une odeur humaine qui n'appartenait à aucun de leurs amis – des amis de l'homme que le loup tolérait. Une odeur désagréable.
Il sentit sa colère ressurgir.
Il se jeta sur le chien en grondant. Celui-ci se ramassa sur lui-même, dans une tentative plutôt vaine de se protéger des griffes et des crocs de la bête.
Morsures, griffures. Le sang jaillit de nouveau, de blessures toujours plus nombreuses.
Mais brusquement, le loup s'éloigna. Il avait noyé l'odeur de l'intrus dans le sang, il était satisfait. Il s'allongea à quelques pas du chien, dardant sur celui-ci ses prunelles jaune d'or.
Padfoot finit par bouger, légèrement. Le loup lui adressa un grondement d'avertissement. Mais le chien se remit sur ses pattes et avança lentement jusqu'à lui, tête basse, la queue entre les jambes, dans une attitude de parfaite soumission. Il se coucha devant le loup, sa tête posée juste sous sa gueule. Moony posa une patte sur lui avec un grognement satisfait.
§§§§
La nuit s'achevait.
Le loup se convulsa violemment, hurlant sa douleur, tandis que la métamorphose s'inversait. Et Remus s'écroula sur le sol, nu et grelottant. Une légère plainte sortait de ses lèvres rougies par le sang et ses doigts se crispèrent sur la mousse trempée de rosée.
Il glissa sur ses genoux jusqu'à Padfoot et s'affala sur lui, la tête posée sur son flanc.
Il avait si froid que la chaleur du corps du chien lui apparut comme une bénédiction. Il ferma les yeux et se laissa bercer un moment par la respiration de l'animal. Il était si épuisé, son corps était si douloureux qu'il ne voulait penser à rien. Il n'avait aucune envie de courir après les souvenirs de la nuit passée, souvenirs qui s'effaçaient aussi rapidement qu'un rêve.
Mais Padfoot bougea sous lui et il glissa sur le sol moussu et froid. Il ouvrit les yeux juste au moment où Sirius reprenait forme humaine et il ramena ses genoux contre lui, le corps agité de tremblements. « Sirius… ? » murmura-t-il. Son visage lui apparut horriblement pâle, dans le jour naissant.
Sans un mot, Sirius retira sa robe et la laissa tomber à ses pieds avant de s'éloigner lentement, en boitant de manière si prononcée que Remus sentit la peur le gagner.
J'ai blessé Sirius…« Sirius, attends ! » cria-t-il. Sirius tourna la tête vers lui. Ils échangèrent un regard. J'ai failli le tuer… Merde, Sirius… Remus voulait au moins s'excuser, et surtout s'assurer qu'il allait bien…
«
Je ne voulais pas… commença-t-il,
gauchement.
- Si, tu le voulais… » répondit
Sirius. Et il y avait bien plus de douleur que de reproche dans sa
voix.
Remus n'eut pas le temps de répondre, Sirius se
métamorphosa et le chien reprit sa marche claudicante sans lui
accorder plus d'attention.
Remus était trop faible, trop harassé, pour se lancer à sa poursuite. Et il avait terriblement froid. D'une main tremblante, il prit la robe de Sirius sur le sol et l'enfila. Elle était encore pleine de sa chaleur, et il se sentit immédiatement mieux.
Il se redressa lentement. Il n'était guère prudent de rester seul dans la Forêt Interdite, surtout sous sa forme humaine. Et il devait rejoindre la cabane hurlante avant Mrs Pomfresh.
Et retrouver Sirius.
Il se mit en marche, péniblement.
§§§§
James avait renoncé à retrouver Sirius ou Remus. Le loup semblait s'être enfoncé très avant dans le sous-bois, et il n'était pas prudent de le suivre. Malgré son imposante stature, il y avait là des créatures qui n'hésiteraient pas à prendre en chasse un cerf. Il n'avait pas peur de prendre des risques, si ceux-ci étaient justifiés. Mais se lancer ainsi, de nuit, au plus profond de la Forêt Interdite, sans savoir précisément où chercher, ni même si Sirius était réellement en danger, lui paraissait totalement stupide.
Il s'était donc résigné à rentrer dans Poudlard, et Peter et lui avaient regagné leur dortoir, la mort dans l'âme. Seulement, il n'arrivait pas à trouver le sommeil.
Il était inquiet. Terriblement.
Et si Remus avait retrouvé Sirius ? Et si le loup l'avait attaqué ? Et si Sirius ne revenait pas ?
La pensée que Sirius puisse être blessé, ou même tué, lui était insupportable. Et il dut bien se rendre à l'évidence : il était bien trop attaché à son ami pour l'oublier. Toute la colère qu'il avait pu ressentir contre lui n'y faisait rien. Et maintenant qu'il craignait de le perdre vraiment, son absence lui sembla plus intolérable encore.
Il quitta son lit, sur lequel il s'était jeté tout habillé et prit la carte du Maraudeur. Sirius n'était pas rentré. Il la replia en soupirant. Est-ce que Moony pourrait réellement s'en prendre à Sirius ? Il aurait aimé se persuader que non. Mais Remus lui-même avait semblé réellement inquiet, avant sa transformation. Et cela ne présageait certainement rien de bon.
Il jeta un coup d'œil vers Peter. Après s'être longtemps retourné, celui-ci avait fini par s'endormir, mais son sommeil, visiblement, n'avait rien de paisible.
Il ne pouvait pas rester là, dans cette chambre. Il était trop angoissé. Une nouvelle fois, il sortit dans le parc.
Sous sa forme de cerf, il refit tout le chemin depuis le Saule Cogneur jusqu'à la Forêt Interdite, dans l'espoir de trouver une trace. En vain. Il passa le reste de la nuit à parcourir le parc et les abords immédiats de la forêt.
Au petit jour, épuisé, il reprit la route du Saule, pensant que Remus y reviendrait sans doute, maintenant qu'il était redevenu humain.
Il aperçut une frêle silhouette qui avançait en chancelant. Il bondit aussitôt vers elle, à moitié soulagé. A moitié seulement.
A deux pas de son ami, il reprit forme humaine.
« Remus ! » fit-il, le dévorant du regard.
Ce qu'il vit lui donna un nouveau coup au cœur. Remus était couvert de sang, son visage en était barbouillé. Et il paraissait si faible… « Tu es blessé ? » demanda-t-il, tentant en vain de maîtriser l'angoisse qui perçait dans sa voix. Remus leva un regard incertain vers lui, la ligne de ses sourcils s'arquant d'un air interrogatif, comme s'il ne comprenait pas vraiment ce qu'il lui disait. « Tu es plein de sang ! » ajouta James.
Remus baissa les yeux sur ses mains et les contempla un moment. Comme s'il essayait de se souvenir. « Non… C'est le sang de Sirius… »
James n'aurait jamais pensé que ces quelques mots puissent lui faire si mal. Il sentit ses jambes se dérober sous lui.
« Remus… fit-il, d'une voix étranglée. Où est-il ?! Où est Sirius ?! »
Remus pencha la tête, cherchant un souvenir. « Il est rentré… Je crois… » répondit Remus. Sa voix était si faible… « Il m'a donné sa robe… et il m'a laissé dans la forêt… » poursuivit-il.
Il chancela et James le retint par le bras. « Je vais te ramener à la cabane…dit-il.
- Pas comme ça, répondit Remus, s'accrochant à lui. Pomfresh ne comprendra jamais… pourquoi j'ai tout ce sang… sur moi… » James sortit sa baguette de sa poche et jeta un sort de nettoyage sur son ami. Puis, il passa un bras autour de sa taille pour l'aider à marcher.
Ils revinrent vers le Saule Cogneur en silence. James mourait d'envie de presser son ami de questions, mais il le sentait si faible et si fatigué qu'il se retint. Les questions viendraient ensuite, lorsqu'ils auraient regagné la Cabane Hurlante. Sirius ne doit pas aller si mal que ça, puisqu'il est rentré… se répétait James, tentant de se rassurer. Mais il y avait tant de sang, sur Remus… James ne pouvait pas imaginer Sirius en perdre autant et aller bien. Surtout dans l'état qui était le sien maintenant.
Ils s'engagèrent dans le tunnel, Remus devant James, et celui-ci pouvait voir à quel point cela lui demandait d'efforts. Il aurait voulu l'aider, le soutenir, mais l'étroitesse du souterrain ne le permettait pas vraiment. Avec un soupir, Remus déboucha enfin dans la cabane délabrée. Encore quelques marches à grimper, et il s'affala dans le lit. James rabattit la couverture sur lui.
« Pomfresh ne devrait plus tarder, je vais y aller… dit-il.
-
Trouve Sirius, James… murmura Remus, les yeux fermés et déjà
prêt à sombrer dans le sommeil. Il est blessé…
» Ses traits se crispèrent, tandis qu'un souvenir
remontait à sa mémoire. Et James sentit son inquiétude
grandir encore. Remus semblait tellement désolé… «
James, je t'en prie… insista Remus. Ne le laisse pas tout seul,
il a besoin d'aide…
- Bien sûr, que je vais
trouver Sirius ! assura James, serrant ses doigts dans les siens.
-
Je sais que tu es toujours en colère contre lui, ajouta Remus,
rouvrant les yeux pour le regarder avec insistance, mais essaye de
dépasser ça…
- Je ne suis pas en colère
contre lui à ce point-là, Remus ! Je vais le
trouver, ne t'inquiète pas. Et je te rejoins à
l'infirmerie. »
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Remus se recroquevilla sur le lit délabré, le cœur lourd. Il avait blessé Sirius, il avait failli le tuer…
«
Je ne voulais pas…
- Si, tu le voulais… »
Sirius avait raison. Et il pourrait continuer à nier, cela ne changerait rien. Le loup ne s'en serait jamais pris au chien, s'il n'avait pas voulu réellement lui faire mal. Et il aurait beau essayer de se retrancher derrière l'idée qu'il n'était pas le loup, il ne ferait que se mentir à lui-même. Le loup était une partie de lui. Sa colère contre Sirius n'était qu'un reflet de celle de l'humain en lui.
Remus sentit des larmes lui échapper. Il enfouit son visage dans l'oreiller poussiéreux, retrouva la trace de l'odeur de Sirius.
Sirius était blessé. Il souffrait, par sa faute. Il ne pouvait pas simplement rester là, à attendre de James qu'il le soigne, il devait le rejoindre et lui dire simplement combien il était désolé.
Il se força à se redresser, mit un pied à terre et concentra toute sa volonté à se mettre debout.
Il parvint à faire quelques pas dans la chambre, avant de s'effondrer sur le sol, inconscient.
