Bien le bonsoir, cet OS pourtant écrit depuis un certain temps s'est fait attendre. En contrepartie, il met en scène l'un des deux grands absents (pour le moment) de ce recueil : Zorro et Sanji. J'ai prévu d'écrire sur eux (séparément, il n'y aura pas de ZoSan dans ce recueil) mais chaque fois je bloque, parce que je les trouve beaucoup plus difficiles à mettre en scène que la plupart des autres personnages. Bref, en voici quand même un.
Petite précision : cette scène se déroule pendant le film Z. Pour ceux qui l'ont vu, vous situerez assez bien, et pour les autres, un groupe d'hommes de l'équipage est en train d'attendre à l'extérieur d'un bar, dans lequel Nami et Robin -rajeunies à cause d'un fruit du démon- essaient de trouver des informations sur Z.
Bonne lecture !
Cette confiance non méritée
S'il avait fallu nommer le plus grand gentleman de la terre, nulle doute que la première place serait dédiée au cuisinier de l'équipage du chapeau de paille : Sanji la jambe noire. Même si ses élans de perversité étaient presqu'aussi connus que l'amour de la boisson de son compagnon épéiste, il n'en demeurait pas moins qu'il respectait les femmes. Réellement. Ce n'était pas pour le geste qu'il n'avait pas répliqué face à Kalifa, qu'il avait accepté de voir Absalom lui planter des coups de couteaux pour sauver Nami, qu'il se battait avec toute sa rage dès qu'une femme se trouvait en danger.
Sanji respectait tant les femmes qu'il serait prêt à s'ouvrir le ventre sur le champ s'il venait à trahir l'une d'elles d'une manière ou d'une autre. Du moins, c'est ce que pensaient les autres.
Car en réalité, il avait déjà trahi. Et cette faute horrible, il la gardait pour lui, précieusement cachée dans un recoin de son esprit.
Il ne s'agissait pas d'une trahison directe. Jamais il n'aurait blessé une femme, jamais il n'en aurait envoyée une à la mort, jamais il n'en aurait fait pleurer une. Jamais.
Mais des années auparavant, il s'était juré de ne jamais bafouer leur beauté, uniquement de les idôlatrer. Et il avait faillit. Le plus grand gentleman de la terre avait succombé, lui qui avait promis de toutes les voir comme des égales, en aimait finalement une plus que les autres.
Il aurait voulu s'en excuser, mais cela aurait signifié admettre la faute. Même si tout le monde le taquinait avec ça, ils savaient tous que Sanji n'était jamais vraiment tombé amoureux. Jusqu'à présent.
Assis devant le bar avec ses nakamas, il ruminait, se maudissant encore et encore d'être si faible face au désir beaucoup trop primitif qu'il ressentait. Elle n'était pas là, mais à l'intérieur. Et pourtant, ça ne l'empêchait pas de penser à elle, trop pour que ça soit honnête.
-T'en tires une tronche, remarqua Franky.
Sanji haussa les épaules, n'ayant pas envie de répondre. Comment avouer à ses camarades que celui qui aimait trop les femmes pour tomber amoureux ne s'était pas révélé infaillible ? Tellement ironique.
-Allez, qu'est-ce qui t'arrive ? insista le cyborg.
Le blond fronça son unique sourcil découvert, agacé. Il alluma une cigarette, toujours sans répondre et se releva, signifiant silencieusement qu'il s'en allait. Franky le regarda faire, étonné, mais n'en rajouta pas. Sans doute savait-il qu'il y avait des fois où il fallait laisser le cuisinier tranquille.
Sanji marcha d'un pas égal jusqu'à se retrouver devant la porte du bar. Une infime hésitation s'empara de lui. Il savait ce qu'il trouverait derrière, et ne savait pas s'il pouvait vraiment y aller. Mais comme souvent, la faiblesse prit le pas, et il entra.
Comme dans tous les bars, la lumière était tamisée, offrant une ambiance intimiste à l'endroit plutôt bien entretenu. Beaucoup de marines étaient présents, et Sanji se cacha dans l'ombre, ne désirant pas se faire remarquer. Entre les tables slalommait une Nami rajeunie qui tentait d'obtenir des informations sur Z.
Et sur la piste de danse, Robin évoluait avec grâce, sublimée par la robe violette et les bijoux de style oriental qu'elle portait. Sanji l'observa, incapable de détacher ses yeux d'elle.
Il l'avait toujours trouvée belle. Certes, comme beaucoup d'hommes, mais pas pour la même raison. Là où les autres voyaient le corps parfait, les yeux sombres et envoûtants et la démarche féline, Sanji voyait la faille. La crainte qui assombrissait parfois son regard, ses légers réflexes dès qu'elle sentait quelqu'un s'approcher, son sourire empreint de reconnaissance qui disait mille fois merci de l'aimer telle qu'elle était.
Sanji avait vu la fragilité qu'elle cachait pourtant adroitement, et l'avait trouvée davantage magnifique que le reste. Il respectait les femmes. Mais il n'avait pas pu s'empêcher de la regarder d'un peu trop près, et s'était brûlé les ailes.
"Pardon, Robin-chan."
Tout en sachant que c'était indigne de lui, il regarda les cheveux flotter un court instant avant de revenir caresser le dos à moitié découvert dans un ballet sensuel. Il observait la robe se mouvoir et découvrir quelques secondes une jambe blanche comme la lune avant qu'elle ne tourne, entraînant le corps entier dans une ronde qu'il scrutait avec attention. Les bras, le menton, la boucle d'oreille, le buste : Sanji la regarda entièrement se mouvoir dans ce corps rajeuni qu'elle maîtrisait comme s'il ne l'avait jamais quittée.
Etre belle comme elle l'était n'était pas forcément un cadeau, mais elle s'en était accomodée, comme de tous les obstacles qui s'étaient accumulés sur sa route. Et ça, Sanji le savait mieux que quiconque après l'avoir observée tout ce temps.
Il n'aurait jamais dû céder, jamais. Il aurait dû être capable de la voir comme toutes les femmes qu'il adulait, certes, sans pour autant dépasser la limite. Mais pauvre homme faible face à l'amour, il n'avait pas réussi à lutter.
Comme toutes les autres femmes, Robin avait confiance en lui pour ne pas tomber amoureux. Il était le preux chevalier servant qui abreuvait la gent féminine de compliments tous plus sucrés les uns que les autres, qui veillait sur ces dames et les vengeait de ceux qui osaient faire couler leurs larmes. Mais il ne devait pas y avoir d'histoire sérieuse.
Mais en la regardant danser, virevolter et éblouir la salle de sa beauté, Sanji ne pouvait nier qu'il avait cédé. Mille pardons n'auraient pas suffit.
À trente ou à dix-huit ans, elle restait la même femme splendide qu'il embrassait dans ses rêves les plus fous et les plus interdits. Jamais il ne la toucherait. Il avait déjà trahi sa confiance en tombant amoureux d'elle, il ne recommencerait pas en le lui disant.
Quelle déception.
Malgré sa danse, Robin devait observer la salle, et l'avait repéré, puisqu'alors qu'elle tournait, elle lui envoya un sourire complice accompagné d'un clin d'œil. Elle semblait davantage ouverte depuis qu'elle avait rajeunie. Sanji répliqua par un signe discret, et attendit qu'elle ne le regarde plus pour soupirer.
Il la regarderait encore et encore, en se maudissant toujours plus à chaque fois de s'être montré si faible. Il continuerait de trop l'aimer, en sachant qu'elle valait mieux que ça. Qu'elle garde cette apparence ou non, elle resterait gravée au fer rouge dans sa tête, dans une brûlure qui lui plaisait malgré la douleur.
Quel crétin il faisait.
Doucement, il posa la main sur ses lèvres et fit mine de lui envoyer un baiser, chargé de toute sa culpabilité, et sans un mot, se retourna pour partir.
"Désolé d'avoir trahi ta confiance, Robin-chan.
Pardon."
Fin.
J'aime beaucoup Sanji, parce que sa loyauté envers les femmes est totale, même si c'est souvent tourné en dérision. J'adore ce genre de personnage qui reste fidèle à ses principes quitte à se montrer ridicule.
Bon, j'ignore totalement la date de venue du prochain OS, d'autant qu'il n'est pas encore écrit. Et comme vous le savez très certainement, c'est la période d'examen ! (Ô joie...)
Indice pour le prochain : elle qui voulait être utile à l'homme qu'elle aimait, il avait fallu qu'elle tombe sur celui qui n'avait besoin de personne...
Laissez-moi une review, et Sanji dansera pour vous !
