Posté le : 02 / 09 / 2013
Note (about you & me) : Comme la date vous l'indique, nous avons dépassé l'anniversaire d'un an de cette histoire. Un an... Je n'ai jamais passé autant de temps sur un projet – je me lasse tellement vite, de tout. Je tiens à m'excuser pour mes retards mais nous y voici enfin, le dernier vrai chapitre de Harry Potter et les Braises de la Renaissance ! J'espère qu'il vous plaira, il a ses défauts, notamment une partie dont je suis peu fière, mais j'ai vraiment essayé, pour certaines scènes, de retransmettre une atmosphère de vérité, des sentiments plus forts que jamais...
Ce qui rend ce dernier chapitre peut-être un peu trop sentimental, pour dire la vérité. Je vous avoue qu'en ce moment, je suis dans ma période « je chiale pour un rien » (j'ai pleuré quand un ami m'a dit qu'il était mon ami, si, si, je vous jure) donc j'espère que vous pardonnerez ! Mais après tout, si on est là pour cette romance improbable, c'est qu'on est tous/toutes un peu romantiques, non ?
Il nous restera ensuite un court épilogue, que je n'ai pas encore écrit mais auquel j'ai beaucoup réfléchi. Je pense donc raisonnablement vous le livrer dans quinze jours grand maximum. Avec optimisme, j'ose vous l'annoncer pour la fin de cette semaine. Voilà, vous êtes prévenus et j'espère que nous pourrons nous faire nos adieux en temps et en heure... En tous cas, j'ai beaucoup apprécié votre présence, votre participation. Votre attention fait chaud au cœur. Merci mille fois.
RAR (guests) :
Fullmoon : Ravie que le précédent chapitre t'ait plu, j'espère que celui-ci te fera autant, sinon plus, plaisir. Oui, toutes les petits bouts de phrases que prononce Drago sont des déclarations d'amour... Des déclarations d'amour à sa façon. Harry saura-t-il s'en contenter ?
Il y a bel et bien un nouveau cataclysme dans ce chapitre – enfin on peut l'interpréter ainsi – mais, désolée, rien à voir avec le vacillement. Je vais te laisser le découvrir par toi-même.
En tous cas, je tiens à te remercier pour tout et je croise les doigts pour que « ça en vaille la peine ». Je m'y suis donnée à fond.
Guest : Un marathon ? Oh, cette idée me réjouit, tu n'imagines pas ! En tous cas, bravo à toi de t'être tartinée tout ça, et je suis bien sûr ravie que mes idées te plaisent ! Pour la confrontation... Grâce à vous tous / toutes, je vais sans doute finir par l'accepter comme elle est ! Merci de ce soutien !
Lolo : Comme toujours, je tiens à te remercier, vraiment, de tes commentaires et de tes compliments ! Merci beaucoup !
Dévoiler les non-dits... C'est amusant mais environ une semaine après la publication de ce chapitre, je me suis retrouvée avec un ami à dévoiler nos propres non-dits, ce qu'on se cachait depuis toujours, ce qu'on pensait l'un de l'autre... Et si ça ne ressemblait pas du tout à ma confrontation Harry / Drago, fort heureusement, il y avait néanmoins quelque chose qui me laisse penser que je n'ai pas fait tant d'erreurs lors de cette fameuse scène... A un moment ou à un autre, il faut que la vérité sorte et, parfois, on craint bêtement qu'elle va nous détruire alors qu'elle nous construit simplement... Voilà, c'était le petit monologue de Light-raconte-sa-vie, mais en tous cas, je suis contente que ça t'ait plu !
Note (about disclaimer) : « In memoriam » est le titre du chapitre 2 d'Harry Potter et les Reliques de la Mort (tome VII). Comme toujours, l'univers est à notre chère J.K Rowling.
« IT'S A STORY OF A MAN
WHO WORKS AS HARD AS HE CAN
JUST TO BE A MAN WHO STAND ON HIS OWN
BUT THE BOOK ALWAYS BURNS
AS THE STORY TAKES ITS TURN
AND LEAVES A BROKEN MAN
IF YOU COULD ONLY LIVE MY LIFE
YOU COULD SEE THE DIFFERENCE YOU MAKE TO ME
TO ME
I'D LOOK RIGHT UP AT NIGHT
AND ALL I'LL SEE WAS DARKNESS
NOW I SEE THE STARS ALRIGHT »
[So fine – Guns N' Roses]
25
In memoriam
Cette année-là, le ciel lui-même portait un costume de circonstance : un habit de nuages gris, éclaircis par les douces lueurs d'un soleil renaissant.
Un temps inhabituel pour ces premiers jours de mai, mais il y avait bien longtemps qu'Harry avait appris à oublier l'ordinaire. Le mois précédent n'avait été qu'une longue suite de pluies torrentielles et d'orages assourdissants. Alors que le monde magique pansait ses plaies béantes, la nature avait repris ses droits, n'en faisant qu'à sa tête, au mépris des expériences des années passées. Les scientifiques moldus étaient demeurés tout déconcertés devant les déchaînements du temps.
« Au moins, il ne pleut pas aujourd'hui », dit Hermione, simplement pour parler, tout en contemplant les étendues verdoyantes du parc.
Elle portait une robe de cérémonie qui lui donnait une allure mature, tellement adulte. Si elle ne s'était pas coiffée d'un chapeau pointu de sorcière, un inconnu aurait presque pu croire qu'elle travaillait dans une importante entreprise moldue, comme celle de l'oncle d'Harry. Il trouvait ça étrange de penser ainsi en regardant Hermione, de la voir de cette façon tout en se rappelant la petite fille sage qu'elle était huit ans auparavant. De l'observer comme une adulte. Parce que c'était ce qu'ils étaient finalement devenus, aux yeux de tous : des adultes.
Elle farfouilla un peu dans son petit sac en perles, pour s'occuper les mains, et Ron passa un bras amical autour des épaules d'Harry, sans doute pour la même raison. Une pression étrange s'exerçait sur eux, la pression d'un jour ordinaire élevé à un rang exceptionnel, et ils ne savaient plus vraiment quoi faire d'eux-mêmes.
Ils laissèrent leurs regards détailler l'horizon. On leur avait intimé, à eux et à tous les autres élèves, d'attendre sur le perron ou dans le Hall, tandis qu'on installait, en contrebas, les chaises, l'estrade, les visiteurs eux-mêmes. D'ici, Harry pouvait voir tout Poudlard. La face miroir du Lac Noir, l'amas vert sombre de la Forêt Interdite. Et le château, il le sentait derrière lui comme une personne, il ressentait son ombre sur son corps creux.
« Merci, Harry. »
La voix le tira de ses songes éveillés et Harry se retourna, le bras de Ron pesant toujours sur ses épaules. Ginny, accompagnée par Blaise Zabini, venait les rejoindre. Elle était charmante, avec son propre chapeau pointu légèrement incliné sur sa tête, sa petite mine des grands événements. Derrière elle, encore à l'intérieur du bâtiment, la foule des élèves s'amassait de plus en plus. Ils patientaient sagement, discutant à voix basse. Les souvenirs s'expriment souvent ainsi, prudemment, d'un ton de réserve.
« Je trouvais ça important de te le dire, reprit Ginny devant la moue sceptique d'Harry. On ne te le répétera jamais assez de toute façon.
― Je t'assure que si, répondit Harry en revenant vers le paysage. On me l'a déjà dit suffisamment de fois aujourd'hui. Sans même te parler d'hier. »
Ginny continua cependant de s'avancer vers lui, Blaise sur ses talons, et lui caressa doucement le bras.
« Merci tout de même », murmura-t-elle encore.
Harry soupira tandis que, non loin de lui, Drago grimaçait. Appuyé contre l'encadrement en pierre de la porte, les mains enfoncées dans les poches, son profil s'assombrissait d'heure en heure. Ce n'était qu'un jour comme les autres mais, avec tout le battage médiatique, on pouvait finir par se retrouver piégé dans de vieux souvenirs. Et Harry voyait que Drago s'était fait attrapé, qu'il avait l'esprit tout encombré par le passé. Son passé secret.
C'était un de leurs accords silencieux. Harry savait qu'il n'aurait jamais connaissance de ce que Drago avait fait sous les ordres de Voldemort, jusqu'où il avait dû aller. Une année presque entière d'actions, de sentiments, à tout jamais secrets. Une année devenue, pour eux, un fantôme : quelque chose qu'on n'oubliait pas, qui se dressait souvent comme un obstacle, mais qui demeurait flou, indistinct. Caché.
Jusqu'à la fin de sa vie, Harry ignorerait s'il avait caressé des mains de bourreau, s'il avait embrassé un tueur. Si ces lèvres tant adorées avaient déjà prononcé les fameux deux mots : Avada Kedavra. Pour se consoler, il se disait que c'était mieux ainsi. Il y avait sûrement peu de gens vivants qui connaissaient les réponses et ils les taisaient, bonne ou mauvaise nouvelle, comme ils les avaient tues lors des Procès Noirs. Harry se rappelait ce qu'avait dit l'avocat des Malefoy, ce jour-là : excepté les infructueuses tentatives de meurtre à l'encontre de Dumbledore, « aucun autre crime dont nous ayons connaissance ne figure dans son dossier ».
Alors, sans preuves, sans rien, on avait chuchoté bien des histoires, émis de nombreuses hypothèses... Avant de lâcher prise, comme toujours. Les secrets seraient bien gardés, comme en témoignait le regard douloureux de Drago.
Un coulis vermeille de mélancolie ruissela sur Harry, glacé au point qu'il brûla sa peau, l'irradia. S'il n'y avait pas eu tant de monde, à se presser autour de lui, il aurait sans doute essayé de prendre Drago dans ses bras, de le pousser à s'exprimer un peu, à dire quelque chose, n'importe quoi. Cependant toute l'école était dans le coin et il n'était pas d'humeur à déclencher une dispute, surtout en public. Leur relation n'était plus vraiment secrète – les choses ne demeureraient jamais privées très longtemps lorsque Harry y était associé – mais ils demeuraient aussi discrets que possible. De toute façon, Drago n'était pas vraiment le genre à afficher ses relations. D'ailleurs, il y avait un moment qu'il n'était simplement plus le genre à s'afficher vraiment.
Leur relation déplaisait peut-être à beaucoup de personnes mais, en tous cas à Poudlard, ils restaient muets. Harry avait repris son statut respectable depuis l'évincement de Willow et, pour une fois, ça n'avait pas que des inconvénients.
« Il faut que tu t'habitues », continua Ginny, sans remarquer qu'elle l'avait perdu, un instant.
Elle eut un petit sourire peiné et, se hissant sur la pointe des pieds, lui remit les cheveux en place. Harry posa une main sur sa taille étroite. Il sentit le regard de Blaise, puis celui de Drago, suivre le mouvement. Il secoua doucement la tête, amusé malgré lui, et il éprouva une impression de flottement à l'intérieur de lui-même.
Depuis la veille, il avait un vague pressentiment. Ça remuait tout doucement, par vagues, dans son cœur. Il ne savait pas si c'était bon ou mauvais. Mais, pour la première fois depuis près d'un mois, il avait la conviction que quelque chose allait arriver, qu'il allait se passer quelque chose.
La fin, peut-être, pensa-t-il en relâchant les hanches de Ginny. Parce qu'ils étaient à Poudlard, là où tout commençait, là où tout finissait, toujours... Cependant cette explication ne le satisfit pas vraiment. Son estomac se rétracta, réticent à cette idée. Contrairement à Drago, contrairement à ces gens qui pleuraient de tristesse et de soulagement à la fois, il ne la ressentait pas, cette fin dont tout le monde parlait. Tout ça lui semblait un peu faux. Cette année, ce n'était qu'un jour ordinaire, élevé à l'extraordinaire.
Il jeta un nouveau coup d'œil à Drago. Il ne voulait pas être remarqué mais Drago attrapa son regard, avec une pâle étincelle dans les yeux. Harry se libéra alors de l'emprise de Ron et se dirigea lentement vers lui.
Sans se toucher, sans même s'effleurer, ils demeurèrent côte à côte, le souffle synchrone, face au parc. La fin, songea encore Harry en regardant les silhouettes au bord du lac s'affairer, achever l'organisation. Décidément, non. Il en était persuadé. Si c'était la fin, de quoi que ce soit, il le sentirait et aucun pressentiment ne le meurtrirait.
« C'est une drôle de journée, n'est-ce pas ? » fit soudain la voix douce de Luna.
Elle les rejoignait à son tour, accrochée au bras d'un Neville plus maladroit que jamais.
« Tous les jours, ça tintinnabule à l'intérieur de chacun de nous, à des heures, à des moments différents mais, aujourd'hui, la musique de l'Histoire résonne à l'unisson dans tous nos souvenirs, dans tous nos corps. C'est une impression...délicate. »
Blaise la regarda comme si elle était folle et parut sur le point de dire quelque chose. Puis il regarda Ginny et garda le silence. Harry lui-même n'était pas certain de bien comprendre. La musique de l'Histoire... La musique de la guerre ? Mais Hermione hocha la tête, tout en se pressant contre Ron, redevenant l'enfant qu'ils étaient tous encore.
Une autre fille vint remercier Harry. Elle versait des millions de larmes. Pourquoi aujourd'hui ? songea encore Harry. Pourquoi précisément aujourd'hui ? Ce n'était pas un jour différent des autres. On l'avait juste choisi pour l'être. C'était le principe même d'une commémoration : ça n'avait pas beaucoup de sens, parce que, la guerre, on s'en souvenait tous les jours, et pourtant, c'était terriblement important. Peut-être que c'était cela, qu'à sa façon, Luna avait tenté d'exprimer.
Ensuite, le professeur Flitwick vint leur faire des signes avec sa baguette magique et, Hermione en tête, la longue colonne des élèves de Poudlard se dirigea vers le Lac Noir. Harry tint Drago par le poignet pendant un moment. Son pouls cognait lentement contre sa paume.
« Harry... »
Il avait la voix un peu rauque, après tant de mutisme.
« Quoi ? répondit Harry d'un ton tranquille.
― Je voulais juste te dire... Merci.
― Ah, non, tu ne vas pas t'y mettre aussi ! » s'exclama Harry.
Drago secoua la tête et se libéra de l'emprise d'Harry. Il s'écarta un peu de lui, rompit l'ordre de la file indienne. Harry se mordit la lèvre inférieure, pris au dépourvu, avant de hâter le pas pour rejoindre Ron et Hermione. Ils menaient la marche aux côtés du professeur Flitwick.
« Je vais emmener les autres élèves au fond tandis que vous irez au premier rang, on vous indiquera vos places à tous les trois, leur expliqua-t-il.
― On n'est pas avec les autres ? » fit Harry en fronçant les sourcils.
Flitwick sursauta, il ne l'avait sans doute pas vu les rejoindre, puis il soupira.
« Le gouvernement tient à ce que certains invités d'honneur soient bien installés, au plus près de l'estrade, pour les remercier. Bien sûr vous en faîtes partie. Vous, mieux que quiconque, représentez cette école, ses batailles... Ses élèves. »
Harry, Ron et Hermione échangèrent un petit regard gêné.
Un employé du Ministère les prit en charge dès qu'ils approchèrent l'estrade tandis que le professeur Flitwick menait leurs camarades vers l'emplacement qui leur était réservé. Pour rejoindre leurs places, ils passèrent devant les membres les plus éminents de l'Ordre du Phénix. Ils leur firent tous un signe, de la main ou de la tête. Ils prenaient Harry pour l'un des leurs alors qu'eux étaient... Les premiers et les derniers de l'Ordre. Rien de comparable avec lui. Hagrid, les parents Weasley, et d'autres qu'Harry connaissait trop peu. Il ne pût s'empêcher de penser à une chose, une phrase qui commença à tourner en boucle dans sa tête. Il manque Kingsley. A ses yeux, il avait incarné la société secrète, presque plus que Dumbledore, le fondateur. Peut-être parce que, pour Harry, Dumbledore incarnait Poudlard.
A présent, Kingsley manquerait toujours. Comme, au cours de l'année écoulée, tant de gens avaient manqué.
Harry, Ron et Hermione s'assirent aux dernières chaises libres, au milieu de la rangée. De l'autre côté, ils aperçurent ceux qu'on surnommait les « héros de la dernière bataille ». Le capitaine Shanerks et le professeur Kenledge, avec leurs uniformes du C.M.U et le drapeau américain brodé sur le cœur les Experts du monde entier les principaux représentants de la désormais défunte F.A.L.R. Et, derrière eux, il y avait des représentants venus de tous les coins de la planète, des célébrités, des inconnus des gens assis, des gens debout des riches, des pauvres toute l'école mais aussi tant d'étrangers. Réunis pour la cérémonie, la commémoration... La fameuse.
En se dévissant le cou, Harry parvint à distinguer plusieurs de ses connaissances, comme Gloria Rubio, la petite amie de Dudley, et il la salua de la main. Il la laissa ensuite retombée, moite, sur ses genoux. Son pressentiment le reprit brusquement, comme une crampe. Il se sentait serré de l'intérieur par une main de fer, oppressé.
Enfin, à onze heures précises, la nouvelle Ministre de la Magie, Margaret Jones, prit la parole. Elle monta sur l'estrade avec toute la solennité due à sa fonction, vêtue de noir. La main de fer broya Harry plus fort encore.
Margaret Jones avait le visage marqué par la vie et une voix de Ministre, à la fois douce et ferme. Harry ne savait pas quoi penser d'elle. Il n'était plus sûr de pouvoir penser quoi que ce soit à propos des politiciens. Il se méfiait d'eux comme de la peste à présent.
« Il y a un an, jour pour jour, commença-t-elle, alors que nous célébrions la mort du plus grand tyran de tous les temps et pleurions nos morts, qui aurait pu imaginer que des heures presque aussi terribles nous attendraient ? Qu'au premier anniversaire de la mort de Tom Elvis Jedusor, nous célébrerions la fin d'une autre menace, pleurerions d'autres morts ? Une menace initiée par le même...Je me refuse à l'appeler un Homme. Alors, je dirais simplement le même monstre. Il a bandé les yeux d'un d'entre nous. Thomas Willow n'était pas un homme mauvais. Il a seulement voulu ravivé le feu d'un monde meilleur et s'est brûlé avec les braises de l'ancien. Et les morts... Certains sont les morts de la peur, d'autres du courage. Tous méritent nos larmes. »
Elle marqua une longue pause, les mains jointes sur son pupitre.
« En ce deuxième jour du mois de mai, je célèbre avec vous la mort d'un monstre et remercie nos sauveurs, nos guides, qui nous ont menés à cette lumière. Merci Harry Potter. Merci Hermione Granger. Merci Ronald Weasley. Merci l'Ordre du Phénix. Merci à l'Armée de Dumbledore. Merci aux combattants de l'ombre. Merci à tous les résistants. »
Elle inclina lentement la tête. Harry tremblait un peu, malgré lui. Il se sentait nerveux, son pressentiment n'en finissait pas de grossir dans sa gorge et prenait de plus en plus de place, tout prêt à l'étouffer. Il serra plus fort ses genoux noueux.
« Nous sommes tous les victimes de Voldemort et, en ce deuxième jour de mai, nous pleurons ensemble tous ceux, toutes celles, et toutes les choses que nous avons perdus. Les enfants de notre patrie sont morts. A jamais. Mais ils seront toujours vivants en nous. En cet anniversaire, nous célébrons aussi la fin du vacillement. Notre dernière bataille contre les forces de Voldemort. La dernière menace qui, même après sa mort, a su nous recouvrir de son ombre. Nous avons su l'évincer, avec l'aide de la communauté magique internationale, et nous avons tout fait pour que, plus jamais, son fantôme ne revienne nous meurtrir. »
Elle redressa la tête et fixa l'assemblée. Elle avait des yeux immenses et noirs. Ils vous accrochaient, vous attrapaient par le cœur, et vous vous sentiez plonger en avant rien qu'à les regarder.
« Cependant, nous nous souviendrons toujours de lui. Nous nous souviendrons des guerres. Nous nous souviendrons du vacillement. Nous nous souviendrons des morts. Nous nous souviendrons des blessés, des torturés. Nous nous souviendrons de nos héros, de nos sauveurs et de nous-mêmes. Nous nous souviendrons de nos erreurs. Tous les ans, en ce deuxième jour de mai. Aujourd'hui n'est pas un jour ordinaire. Aujourd'hui, à Poudlard, là où tout a commencé, là où tout se termine, je proclame officiellement la fin de Voldemort. »
Elle frappa ses paumes l'une contre l'autre, très lentement, trois fois.
« Merci à vous tous. Vive les Humains. Vive l'Angleterre. Vive la Magie. »
Elle redescendit de l'estrade avec la même solennité qu'elle avait en la montant. Et, tandis qu'elle allait à la rencontre d'officiels étrangers, installés au second rang, juste derrière lui, Harry se mit à réfléchir à toute allure.
Elle aussi annonçait la fin. Une nouvelle étape de la fin une nouvelle fin de Voldemort. Après sa mort, après l'arrêt du vacillement, après la destruction de toutes ses possessions. Ils croyaient tous que c'était la dernière étape de cette fin, la véritable fin de Voldemort. Et ils s'apprêtaient à la commémorer, cette fin, aujourd'hui puis tous les ans, en le remerciant d'abord lui, qui l'avait tué, puis les membres de la F.A.L.R, qui avaient sauvé le monde de sa dernière menace.
Mais ils faisaient erreur, tous. Ils se trompaient, Harry en était certain à présent. Aujourd'hui, on ne commémorait pas encore. Quelque chose demeurait en suspens. Il ignorait quoi exactement cependant il le sentait, au fond de lui.
Tout n'était pas terminé.
« Ah, Harry, Ron, Hermione, vous êtes là. »
Ils stagnaient près du buffet, piochant dans les grandes assiettes, lorsque Mrs Jones s'avança vers eux. Elle leur tendit une main franche à chacun qu'ils acceptèrent sans rien dire, se contentant d'un sourire poli.
« Mr Malefoy n'est pas avec vous ? s'enquit-elle. Je comptais vous dire quelque chose, à tous les quatre. »
Harry nota qu'eux, les héros de guerre, elle les avait appelés familièrement, par leurs prénoms. Il ne savait pas vraiment ce qu'il aurait préféré. Il décida de rester sur la défensive.
« Non, répondit-il d'un ton un peu dur. Je crois qu'il est parti faire un tour. Ce n'est pas une journée évidente pour tout le monde. »
Mrs Jones parut un peu gênée par ces mots mais elle ne se détourna pas, garda le même regard franc.
« Bien sûr... Et vous ? Vous allez bien, Harry ?
Elle amorça un geste vers lui, se retint au dernier instant et ses bras se replièrent sur elle, ses mains se croisèrent élégamment sur le bas de son ventre. Harry fit mine de n'avoir rien remarqué.
« Oui, ça va, merci, dit-il. Je pense tous les jours à cette guerre et que ce soit, ou non, l'anniversaire de la mort de Voldemort, ça ne change pas grand-chose à mes yeux. Le 2 mai 1998 était un jour important. Un jour spécial, un jour extraordinaire. Mais aujourd'hui... Aujourd'hui, nous ne faisons qu'honorer ce jour. Jusqu'à maintenant, il ne s'est rien passé en ce 2 mai 1999. Alors je ne ressens rien... rien qui ne sorte vraiment de l'ordinaire. »
Il choisit volontairement de ne pas mentionner son sentiment d'inachèvement. Ce serait rabat-joie alors qu'il n'était certain de rien.
« Vous êtes beaucoup plus sage qu'on ne le raconte au Ministère, fit Mrs Jones avec un peu de maladresse. Vous devriez dire ces choses à Mr Malefoy, ça me ferait plaisir qu'il nous rejoigne.
― Drago sait toutes ces choses, rétorqua Harry Il sait que ce n'est pas un jour extraordinaire mais je crois que... Qu'il a envie de le prendre comme un jour extraordinaire, sinon il ne se serait pas laisser faire aussi facilement. Comme la plupart des gens ici. Le reste du temps, on n'a pas vraiment toutes les occasions de s'arrêter sur ce que nous avons fait, sur ce qu'il s'est passé, parce qu'il y a la vie, et tout le reste... Aujourd'hui, c'est le jour idéal. Personne ne vous en voudra de pleurer. C'est un jour fait pour.
― Et vous... Vous ne voulez pas vous arrêter ? demanda-t-elle avec douceur.
― On s'est arrêtés pendant un mois l'été dernier, intervint Hermione sincèrement. On a beaucoup parlé et réfléchi. On a fermé ce dossier.
― Mais Voldemort..., opposa Mrs Jones. Voldemort est revenu cette année et, d'une certaine façon, vous avez essayé de le combattre.
― Ce n'était pas Voldemort, c'était ses projets, c'était la guerre qui revenait... Ce n'est pas pareil. Et cette fois, ce n'est pas moi le héros. »
Il soupira, ces seuls mots le contentaient, et Ron sourit. Mrs Jones hocha la tête. Harry commença à éprouver une sorte de connexion entre eux, entre Ron, Hermione et lui, mais aussi avec la Ministre. Comme un cercle secret, amical et plaisant. Mais aussi très sérieux.
« Je comprends que ça vous soulage mais je tiens à vous remercier, tous les trois, et Mr Malefoy aussi, pour avoir essayé. Pour avoir fait un tour au Ministère. Pour veiller sur nous, pour votre rôle au sein du pays, dit Mrs Jones.
― De rien, répondit Ron avec franchise. Mais on compte sur vous pour ne pas avoir à intervenir trop souvent. »
Harry et Hermione étouffèrent un même rire tandis que Mrs Jones disait gravement :
« J'ai promis de protéger mon pays et je le ferai, du mieux que je peux. Et ce serait une trahison à mon serment de ne pas vous demander assistance. Son projet a rendu Willow aveugle et stupide. Il y aura toujours de la place pour vous trois au Ministère.
― Merci, répondirent Harry et Ron d'une même voix. On y pense sérieusement.
― J'espère bien. On pourrait trinquer à votre avenir au Ministère, qu'en dîtes-vous ? suggéra Mrs Jones. Mais ce serait bien que Mr Malefoy vienne aussi... J'ai une bonne nouvelle pour lui.
― Laquelle ? demanda Hermione.
― Il est de nouveau libre de son argent et de ses déplacements. Ça me paraissait juste. Bon, pour l'argent... Le Ministère a dû ponctionné une grande partie de l'argent de ses parents. Il n'était pas très...légal, si vous voyez ce que je veux dire, fit-elle avec une moue d'excuse. Dans une dizaine d'années, Mrs Malefoy connaîtra quelques années difficiles à sa sortie de prison mais... Je ne doute pas qu'ils s'en sortiront.
― Moi non plus, admit Harry du bout des lèvres. Mais l'argent de Drago... ? reprit-il, les sourcils froncés.
― Nous avons rendu accessible ce qui devait être rendu dans le cadre de la justice. J'y tenais beaucoup. »
Harry hocha la tête. C'était toujours ça. Néanmoins, il se permit d'ajouter, sans y croire vraiment :
« Et au sujet de son casier... ? »
― Harry, non. »
Harry ne fut pas déçu, pas vraiment. Il connaissait la réponse avant de poser la question, de toute façon. Il comprenait sans même avoir besoin d'écouter son argumentation :
« Accompagner Harry Potter pour surveiller le Ministère ne permet pas d'effacer un procès pour tentative de meurtre et vous savez qu'il avait été emprisonné provisoirement quelques temps avant le Procès. Ça restera toujours dans son casier judiciaire, dans ses dossiers. Je suis désolée, vraiment. Il y a des marques qu'on ne peut pas effacer et, de toute façon, ce n'est pas en mon pouvoir de...
― C'est bon, merci, finit-il par l'interrompre. On peut trinquer quand même ? ajouta-t-il en signe de paix.
― Si vous le voulez toujours, c'est bon pour moi », répondit Mrs Jones.
Elle semblait vraiment désolée. Pourtant, Harry savait que même si elle avait eu le pouvoir d'effacer le casier de Drago, elle ne l'aurait pas fait. Elle était sûre d'elle et humaine à la fois. Harry n'avait pas tout à fait envie de se fâcher avec elle. Il voulait bien travailler au Ministère pour elle, faire de leur mieux, ensemble. Pour protéger l'Angleterre et la construire. Il ne pouvait pas s'empêcher de rester un optimiste.
« A l'avenir alors, fit Hermione timidement.
― A tout ce qui vient après la fin », répondit Mrs Jones.
Cette phrase ranima le pressentiment d'Harry, qui l'étouffa presque, mais il n'en laissa rien paraître. Ils prirent des coupes, les cognèrent les unes contre les autres et burent en souriant légèrement. Ensuite, Mrs Jones les laissa seuls et partit vers d'autres rencontres. Harry la regarda disparaître dans la foule.
« Pour Drago, ce n'était pas une si bonne nouvelle, si ? remarqua Ron. Je veux dire... Son argent, ce n'est pas le plus important pour lui, non ? »
Harry secoua la tête.
« J'en sais rien... Je pense que ça l'emmerdait quand même d'être surveillé, de ne pas pouvoir acheter tout ce qu'il voulait. Il m'a dit une fois qu'il savait ce que c'était, quand on vous prend vos affaires, et que ce n'était pas très agréable. Mais... Heureusement qu'il n'était pas là. Il n'aurait pas aimé qu'elle lui parle de marques qu'on ne peut pas effacer. »
Hermione approuva avec une petite moue résignée et tapota l'épaule d'Harry.
« Tu devrais peut-être aller le retrouver, maintenant, non ? »
Harry jeta un coup d'œil à sa montre.
« Ça va faire environ deux heures qu'on n'a pas échangé un mot, je pense que ça devrait aller, admit-il. Mais si je ne suis pas revenu dans une autre heure, prévenez les Aurors, ajouta-t-il, sur le ton de la plaisanterie. Il était déjà de mauvaise humeur et je crois qu'il n'a pas apprécié quand j'ai pris ses remerciements à la plaisanterie.
― Ce mec est impossible, marmonna Ron.
― Tu as fait quoi ? » s'écria Hermione au même instant.
Harry préféra ignorer sa question et il vida son restant de champagne avant de partir à la recherche de Drago. Alors qu'il se glissait à travers un groupe d'étudiants, il se retourna juste à temps pour voir Ron embrasser Hermione. Des fois, ça lui faisait mal de les voir agir ainsi, en amoureux. Parce que lui, même s'il y avait Drago, ce n'était pas pareil. Parfois, il se sentait aussi seul qu'un célibataire.
Il trouva Drago au bord du lac.
Véritable statue de pierre glacée, il semblait se tenir là depuis au moins un millier d'année. Comme s'il surveillait ses remous depuis la nuit des temps. Il tournait le dos à Harry et, pour la première fois, celui-ci remarqua à quel point son costume, de couleur gris ciel, lui allait bien. Il avait dû être taillé sur mesure sinon comment pourrait-il tomber aussi parfaitement sur ses épaules ? Souligner avec autant de finesse l'étroitesse de ses hanches ? Harry ressentit soudain l'impérieux besoin de se rapprocher de lui, de le tenir par la taille, de lui baiser la nuque, sous ses cheveux blonds. Ses incroyables cheveux blonds.
Il se retint néanmoins, préférant s'avancer doucement.
« Salut, lança-t-il avec prudence. Tout va bien ?
― Oui, répondit Drago sans se retourner. Tu viens chercher un peu de tranquillité, loin des remerciements et des bruyants applaudissements de la communauté magique ?
― Si j'avais voulu de la tranquillité, je ne serais pas venu te voir, répondit malicieusement Harry. Et puis, pour les remerciements... Tu as donné ta part aussi. »
Il sourit, un peu, et continua vers la berge, les mains glissées dans ses poches. Il s'efforçait de donner un ton décontracté à une conversation qui, il le sentait, ne l'était pas tout à fait.
« Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça, fit Drago. Je le sentais, en le disant, que c'était ridicule. »
Harry baissa la tête, tourna en rond, gêné. Comme souvent dans ces situations, il avait une petite pointe au cœur.
« Ce n'était pas ridicule. »
Drago se retourna enfin vers lui, haussant un sourcil peu convaincu :
« N'importe quoi. Tu trouves tous ceux qui te remercient ridicules.
― Toi, c'est... Ce n'est pas la même chose.
― Tu penses que tu mérites mes remerciements, plus que ceux des autres, c'est ça ? demanda Drago d'un ton légèrement mauvais. Après tout ce que tu as fait pour moi, pendant la guerre et au Ministère, et tout ce que tu fais pour moi tous les jours, tu te dis que je devrais te remercier plus souvent, non ? »
Harry secoua la tête.
« Non. Bien sûr que non. Je ne recherche rien, je fais juste ce qu'il me semble juste. Bon... Peut-être qu'un peu de reconnaissance de temps en temps ne me déplaît pas mais... »
Drago l'interrompit d'un de ses baisers violents. Il lui attrapa l'arrière du crâne, enfonça ses doigts dans ses cheveux à le scalper de ses ongles, et Harry laissa ses mains lui tenir la taille. Il avait le cœur qui battait fort, toujours, encore, même des mois après le premier baiser, même un mois après la réconciliation dans le vestiaire de Quidditch.
Lorsque leurs lèvres s'arrachèrent, Drago glissa ses mains, froides, sur le torse de Harry et souffla :
« C'est l'heure de la reconnaissance, mec. »
« Désolant... », soupira Harry en reposant sa copie devant lui.
Ce n'était pas vraiment une surprise. Premièrement, on était au cours d'Études Magiques Avancées. Deuxièmement, cette matière était enseignée par l'abominable professeur Stiffman. Troisièmement, ce n'était pas comme s'il avait été particulièrement studieux durant cette année.
Pour dire la vérité, le temps qu'il avait passé à se préoccuper des cours était véritablement infime. Son niveau avait d'ailleurs baissé de façon inquiétante, ce que ne cessait de lui rappeler Hermione depuis la fin du vacillement. Il s'en préoccupait pendant un jour ou deux puis oubliait ses bonnes résolutions avant même d'avoir commencé à les mettre en pratique.
S'il était toujours excellent en Défense contre les Forces du Mal et en Sortilèges, on ne pouvait plus en dire autant pour toutes les autres matières. Les Potions devenaient chaque semaine plus ardues, les soins qu'il fallait accorder à la plupart des plantes de la serre de Botanique se complexifiaient trop pour lui et il peinait à suivre en Étude de l'Actualité Magique, bien que ce fut, et de loin, le cours le plus intéressant qu'il eut suivi dans sa vie. Quant aux matières enseignées par le professeur Stiffman, dont la Métamorphose, il préférait ne même pas y penser.
« Et toi, combien ? » demanda-t-il à Drago, secouant la tête pour échapper à ses remords.
Ils avaient révisé ensemble pendant la semaine écoulée, après le mémorial. Enfin, réviser était bien grand mot qui désignait, en réalité, la relecture rapide d'un cours incompréhensible. Ils avaient rapidement trouvé quelque chose de beaucoup plus passionnant à faire...
« Effort Exceptionnel, répondit Drago.
― On ne plaisante pas avec... »
Mais Harry s'interrompit en découvrant le grand E d'encre rouge qui ornait la copie de Drago, dans le coin supérieur droit.
« Attends, c'est sérieux ? Mais on n'a absolument pas révisé ! Attends... Tu as triché ? »
Drago le regarda d'un air consterné.
« Tu es dingue ? Toi, tu n'as absolument pas révisé. Qu'est-ce que tu crois ? J'ai travaillé dur... »
Harry manqua d'éclater de rire cependant Drago paraissait sérieux et il s'interrompit brusquement. Son sourire lui-même s'effaça.
« Tu as travaillé dur ? Mais quand ?
― Quand tu dormais comme un bienheureux dans la salle sur demande ou dans ton dortoir. Quand tu avais de longues conversations pendant les repas avec tes amis. Quand tu étais à ton entraînement de Quidditch. Dès que j'avais un instant de libre. »
Harry s'avachit sur son tabouret et passa mollement ses mains sur son visage. Il se sentait tout d'un coup honteux.
« On n'est pas capables de travailler ensemble alors je me suis débrouillé, poursuivit Drago d'un ton monocorde. Je ne pouvais pas me permettre de continuer dans cette voie...
― T'as toujours eu des meilleures notes que moi.
― Oui mais, sans te vexer, Harry, ces derniers mois, ce n'était pas difficile de faire mieux que toi. Et il faut que tu saches que même si j'ai à nouveau de l'argent, il va falloir que je travaille. Que je poursuive des études en sortant d'ici, que j'ai un emploi, si je veux récupérer un véritable statut social. Ron et toi, Jones vous embauchera, elle vous l'a dit. Même si vous ne saviez pas écrire, elle vous prendrait... et ça serait normal. Mais moi... Ça va être un petit peu plus compliqué. »
Harry baissa les yeux, mal à l'aise. Il réalisait vraiment qu'il s'était complètement laissé aller en ce qui concernait les cours et que ce n'était pas une bonne chose. Au début de l'année scolaire, Hermione lui avait dit que les études étaient importantes, qu'il ne devait pas s'y croire supérieur, et il avait été vexé qu'elle pense ça. Il commençait à se dire qu'elle n'était peut-être pas si éloignée de la réalité qu'il l'avait d'abord songé. Néanmoins, il chercha une justification :
« Je n'avais pas pensé à ça. D'ailleurs, je ne pensais pas vraiment à un futur plus lointain que le lendemain. On a bien le droit... de vivre un peu, non ? »
Il tenta un sourire, que Drago rattrapa élégamment.
« Oui. Mais je vais continuer à travailler, et seul. J'ai remonté partout. Je ne m'arrêterai pas là.
― Je serais débile de te demander de le faire », fit Harry.
Il détourna le regard. Pour la première fois, il réalisait que les cernes de Drago n'étaient pas dues seulement aux nuits blanches qu'ils passaient ensemble mais aussi aux nuits blanches qu'il passait seul pour rattraper les heures d'amusement.
Il était peut-être temps de se remettre à vivre plus sainement.
Une fois le dîner terminé, Harry passa une demi-heure avec Drago avant de quitter la Salle sur Demande, prétextant être fatigué. En réalité, il était en pleine forme mais, après leur discussion du matin, il avait passé la journée à culpabiliser d'empêcher Drago de travailler à des heures raisonnables et de lui causer des nuits blanches. Il avait donc résolu, à contrecœur, de lui laisser plus de temps seul. Lui-même pourrait aussi profiter de ces heures libres pour réviser, néanmoins, en dépit de sa mauvaise conscience, il ne se faisait pas trop d'illusions à ce sujet.
Il retrouva Hermione, seule, dans la salle commune, occupée par une recherche de Botanique. Pour l'avoir notée dans son agenda, Harry avait une vague idée du sujet : il lui semblait que c'était en rapport avec les glycines défigurantes...
« Ron n'est pas là ? demanda-t-il en se laissant tomber sur une chaise à côté d'elle.
― Non... Ginny voulait lui parler de quelque chose d'important.
― Ce doit être à propos de Blaise, dit Harry.
― Quoi, Blaise ? fit Hermione, haussant un sourcil.
― Justement, je n'en sais rien. Peut-être qu'elle va finalement dire à Ron où ils en sont précisément.
― Oh, Harry... », soupira Hermione.
Elle reposa sa plume et l'examina d'un air las.
« Tout le monde sait où ils en sont. Ils flirtent.
― Tu en es certaine ? insista Harry. Parce qu'ils flirtent depuis un moment, tout de même...
― Ginny a résolu de prendre plus son temps avec les hommes, maintenant, dit Hermione comme si ça expliquait tout.
― Ce n'est pas plus mal, reconnut Harry, entre ses dents, parce qu'il savait que ce n'était pas très gentil de l'admettre.
― Oh, Harry..., répéta Hermione, cette fois d'un ton plus moralisateur.
― Tu sais que j'ai raison.
― Oui... C'est vrai. Je ne vais pas le nier. Mais... Elle est jolie. C'était de son âge de sortir avec tous ces garçons. Je trouve ça bien qu'elle agisse plus prudemment avec Blaise.
― C'est plus...prudent de ne pas se précipiter, effectivement, surtout avec des types comme lui », fit Harry.
Il baissa les yeux sur l'ouvrage de Botanique posé entre eux. Il sentit le regard d'Hermione lui brûler la nuque. Une question était en suspension. Il l'entendait déjà résonner dans sa tête et elle faisait tambouriner son cœur, lui nouait complètement les entrailles.
« D'ailleurs, tu sais s'il...toujours...
― Je préfère ne pas le savoir, la coupa Harry avant même qu'elle ne mette les mots dans le bon sens. Je sais juste que Drago et lui sont réconciliés. C'est tout. Je ne veux pas savoir ce que « réconcilier » implique pour eux.
― Ce n'est pas parce que ça te déplaît que tu es obligé de me parler aussi sèchement », fit remarquer Hermione d'une voix glaciale.
Harry se frotta les paupières et releva lentement la tête.
« Désolé.
― Ce n'est pas grave... En tous cas... Tu es incroyablement courageux, Harry, soupira-t-elle. Supporter Drago tous les jours... On devrait te remettre une médaille pour ça.
― Oh, chuchota Harry, il y a déjà un certain nombre de récompenses...physiques. »
Hermione secoua la tête, retenant un sourire, puis se remit au travail. Le cœur serré, Harry se retourna vers le reste de la salle commune. Il plaisantait mais ça ne le faisait pas vraiment rire. Des fois, il avait du mal à croire que Drago en valait vraiment la peine. Mais d'autres, c'était une parfaite évidence.
Quand Ron les rejoignit près d'un quart d'heure plus tard, il paraissait d'humeur maussade. Harry s'empressa de lui pousser une chaise du pied et il s'écroula dessus lourdement, le visage sombre.
« Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Hermione en débarrassant vivement ses travaux. Tout va bien ? »
Ron ne répondit pas tout de suite, ce qui augmenta la nervosité d'Harry et d'Hermione d'un cran. Tout le temps de son mutisme, ils ne cessèrent d'échanger de petits coups d'œil anxieux. Enfin, il déclara gravement, comme si le monde entier pesait sur sa voix :
« Ginny a reçu une lettre. Pour nous deux. De la part de Percy, Charlie et Bill. »
Il frotta ses mains sur ses joues pâles, visiblement exténué par la conversation dont il sortait.
« A propos de... ? l'encouragea doucement Harry.
― George. Ils veulent... Ils pensent qu'on doit... Agir. Dans le dos de Maman. Le faire interner sans lui demander son avis. Parce qu'elle et Papa s'y refusent absolument. »
Harry resta immobile, à fixer Ron. Il lui semblait que les muscles de son visage avaient été métamorphosés en morceaux de béton. Il réussit à peine à cligner des paupières.
« Mais... pourquoi... Enfin, maintenant ? articula Hermione, péniblement.
― Il va de plus en plus mal, de jour en jour, depuis un mois et ils disent que ça ne peut pas...plus...durer. »
Ron appuya ses doigts sur son front, baissa les yeux sur la table.
« Il parle toujours à Fred – ou, parfois, il est Fred... Il reste cloîtré dans sa chambre. Quand Maman monte le voir, il est silencieux mais dès que c'est Charlie, Percy ou Bill, il se montre agressif, violent, même. Il leur demande de le ramener. Et chaque jour, il est de plus en plus en colère, de plus en plus brusque... Et, d'après Percy...C'est lui qui a écrit la lettre, même s'ils ont signé tous les trois... Il a frappé Charlie avant-hier. Il paraissait prêt à le, le détruire. Charlie ne s'est pas défendu, il n'allait pas répliquer, mais il s'est dépêché de sortir de la chambre... Apparemment, il a eu peur et Bill a ajouté qu'il avait le visage en sang... Ils ont réussi à le cacher à Maman mais ils nous demandent notre avis. Pour le renvoyer à Sainte-Mangouste. »
Ron referma la bouche, se frotta les arcades sourcilières.
« Oh, Ron, murmura Hermione. C'est tellement..."
Elle lui caressa doucement l'épaule, du bout des doigts, tandis que Harry observait la scène, comme un fantôme. Il se sentait toujours horriblement creux à l'intérieur et son effroyable pressentiment lui broyait de nouveau l'estomac, avec une force qu'il n'avait pas eu depuis des jours. Qu'est-ce qu'il va se passer ? songea-t-il, anxieux. Qu'est-ce qu'il va encore se passer ?
« Et... Tu as réfléchi ? demanda-t-il d'un ton hésitant.
― On n'a pas vraiment le choix, répondit Ron en secouant la tête. Maman a de la bouse de dragon dans les yeux pour s'y opposer. S'il est violent... »
Hermione opina doucement, lui prit la main et l'embrassa avec délicatesse.
« Je suis désolée », chuchota-t-elle, tout contre sa peau.
Harry acquiesça difficilement. Le béton lui engluait à présent tout l'intérieur du ventre.
« Et... Et Ginny ?
― Elle... Elle est d'accord. Elle a peur qu'on le perde si on fait ça mais... Mais elle sait qu'on va tout de même le perdre, forcément, quelque soit notre décision... Si on ne l'a pas déjà perdu. Je veux dire... George n'aurait jamais fait une chose pareille. »
Ces derniers mots touchèrent Harry en profondeur. Ils lui parlaient comme aucune parole ne s'était adressée à lui depuis longtemps. Il avait la gorge toute emmurée, à présent, toute coulée de ciment. D'un geste maladroit, mais qui se voulait réconfortant, avec une réelle sincérité, il pressa le bras de Ron. Il s'y cramponna presque. Sans le vouloir, il imaginait le visage rougi de Charlie, une contusion violacée sur la joue, mais il ne voyait pas George. Même si, au cours de l'année écoulée, il l'avait vu plusieurs fois se conduire de façon violente, il ne parvenait toujours pas à l'accorder avec ses souvenirs. George n'aurait jamais fait toutes les choses qu'ils l'avaient vu faire ces derniers mois. Ils étaient en présence d'un parfait étranger, qui le remplaçait.
Mais où était George ? Parti ? Avec un espoir de retour possible ? Ou définitivement perdu ?
Mai poursuivit sur sa lancée, accompagnée par un temps d'une grande douceur. Sous le soleil glorieux, le Lac Noir n'avait jamais si mal porté son nom : quiconque osait tremper ses jambes dans ses eaux froides les ressortait scintillantes d'arcs-en-ciel. Blaise Zabini, en dépit des interdictions ancestrales, osa même plonger depuis la berge dans les profondeurs. Il revint grelottant et écopa de cinq heures de colle par Rusard. Néanmoins, une nouvelle tradition était née : la baignade dans le lac devint un jeu. Un jour, quelqu'un finirait par être malade, ou pire. Mais, pour l'instant, on s'amusait bien.
Après tout, il fallait contrebalancer avec la pression causée par tout ce qui concernait leur avenir. Les septièmes et huitièmes années avaient dû remplir leurs dossiers d'inscription aux différents concours nationaux, aux écoles supérieures ou dans l'une des nombreuses facultés magiques d'Angleterre, ce qui était le cas de Drago et d'Hermione.
Ils s'étaient inscrits dans les environs de Londres, non loin du Ministère où Ron et Harry passeraient l'essentiel de leur temps, mais ça ne soulageait Harry qu'en partie. Il ignorait complètement comment sa relation avec Drago allait évoluer hors de Poudlard et n'osait pas lui en parler, certain qu'évoquer ce genre d'avenir, un avenir de « couple », avec lui était dangereux. Ces incertitudes troublaient Harry, malgré tous les efforts qu'il faisait pour se concentrer sur le présent. De plus, elles étaient bien loin d'être sa seule source d'angoisse du moment.
En effet, les examens allaient en se rapprochant. McGonagall avait fini par faire une annonce sur les dates précises des B.U.S.E et des A.S.P.I.C. et, paradoxalement, Harry se retrouva tellement stressé qu'il en était incapable de travailler. Comme si, inconsciemment, il se disait qu'il était trop tard, qu'il n'y avait plus rien à faire. Ron sembla connaître le même problème et ils se réfugièrent dans les entraînements de Quidditch, une parfaite excuse pour ne pas rester devant leurs cahiers sous le regard scrutateur d'Hermione. Cependant, une fois le dernier match de la saison passé (Gryffondor gagna la Coupe, une année de plus, et Drago fut exécrable pendant quatre jours), ils n'eurent plus d'échappatoire possible.
Une fois ou deux, ils allèrent réviser avec Blaise et Ginny au bord du lac mais les moindres gestes de Blaise vers Ginny déconcentraient Ron. S'ils flirtaient ensemble, comme disait Hermione, il était difficile de savoir jusqu'à quel point cette histoire pouvait aller, si ce n'était qu'un jeu auquel Ginny se prêtait ou s'ils pouvaient aboutir à une relation plus sérieuse. Depuis quelques temps, Harry s'en fichait : il avait décidé d'arrêter de se faire du souci pour ça et il se disait que Ginny était assez grande pour savoir ce qu'elle voulait. Ron, lui, comme tout le reste de l'école, ne s'en fichait pas du tout. Dès qu'il s'agissait de sa sœur, il était la pire commère de tout Poudlard.
De plus, il veillait sur elle avec plus de précautions que jamais depuis que George était retourné à l'hôpital. Elle avait été très affectée, surtout par la fureur de leur mère. Harry comprenait la réaction de Mrs Weasley mais il savait que Ron et ses frères avaient pris la bonne décision. Il n'avait pas cessé de le répéter à Ron et, finalement, Mrs Weasley avait fini, elle aussi, par l'accepter. Cependant personne ne savait ce qu'il allait arriver après, combien de temps tout ça allait encore durer.
Quand il ne songeait pas aux A.S.P.I.C ou au futur incertain de sa relation avec Drago ou encore à George, son pressentiment que quelque chose allait leur tomber dessus revenait oppresser Harry. Il se sentait meurtri parce qu'il ignorait toujours de quoi il s'agissait.
Un soir, alors qu'il ne restait plus qu'un peu de plus d'une semaine avant les épreuves, Harry et Drago se retrouvèrent seuls.
Ils étaient assis sur un muret, dans le parc de Poudlard. Drago révisait et Harry faisait semblant. Pour la première fois depuis longtemps, d'ailleurs : il s'était efforcé de s'y mettre sérieusement. C'était à cause du muret. Il lui rappelait trop de souvenirs pour qu'il puisse travailler. Ils avaient passé beaucoup de temps à cet endroit. Et puis c'était aussi là qu'il avait avoué ses sentiments à Drago pour la première fois.
Cette pensée lui donnait des papillons dans le ventre, le faisait sourire à la fois bêtement et tristement. Bientôt, ils quitteraient Poudlard, ne reviendraient plus jamais ici. Et nul ne savait ce qu'ils deviendraient, ce qu'il leur arriverait...
Harry abandonna son parchemin pour poser sa main sur l'épaule de Drago. Il se pencha vers lui, souffla dans sa nuque :
« Tu sais que je t'aime toujours... »
Il l'embrassa sur l'angle de sa mâchoire étroite, avant de commencer à remonter sur sa joue. Drago garda les yeux rivés sur sa page mais Harry devina un léger tressaillement de ses lèvres.
« C'est un simple mur qui te fait cet effet ? demanda-t-il, moqueur. Tu es un grand nostalgique...
― C'est ridicule, hein, fit Harry, sans le penser.
― Carrément », répondit Drago.
Harry éprouva un peu de peine, comme toujours, néanmoins Drago reposa Maléfices Ardus pour Sorciers Expérimentés pour lui attraper les doigts avec les siens, les lèvres avec les siennes.
« Tu m'empêches de travailler, lâcha-t-il d'un ton de reproche.
― Tu te laisses déconcentrer pour un rien, rétorqua Harry.
― Sûrement pas. Tu es trop laid pour déconcentrer quoi que... Aïe ! »
Harry avait empoigné le manuel pour le frapper sur la tête, à plusieurs reprises. C'était plutôt amusant.
« Arrête, moi, aucune préfète ne viendra me défendre ! »
Sous la surprise, Harry s'interrompit en plein mouvement.
« Tu ne nous rajeunis pas là, dit-il en plaisantant. On se parlait à peine à l'époque...
― Je fais mon nostalgique aussi. De la bonne vieille époque où on se balançait des insultes. »
Drago se retourna vers Poudlard, repliant ses jambes contre son torse. Il passa un bras autour des épaules d'Harry, tout doucement. Sa main lui effleura la base du cou. Harry frissonna.
« Hein, dis-moi, Harry, qui aurait cru qu'en quittant cette école, non seulement tu aurais fini par accepté de me serrer la main, mais, qu'en plus, on repartirait main dans la main ? »
C'était la première fois qu'il évoquait le départ et leur relation dans la même phrase. Harry réussit à réprimer un frisson à cette idée mais son estomac fit une cabriole.
« Non seulement tu fais ton nostalgique mais également ton romantique, nota-t-il, s'efforçant de paraître détaché.
― T'adores ça, hein ? Je sens que ça s'affole, là », ricana Drago.
Ses doigts glissèrent sur le torse d'Harry, comme une caresse, et martelèrent sa peau au rythme des battements de son cœur, de plus en plus fou. Puis, d'un coup, il l'empoigna au col, le renversa violemment sur le muret pour se retrouver au-dessus de lui. Sa deuxième main glissa sur son entrejambe.
« Mais je suis une bête, reprit-il avec ardeur. Je ne pense qu'à baiser et ce soir... Ce soir, ça va être ta fête, mec. »
Il lui vola un baiser brutal et il s'apprêtait à le déshabiller lorsque Harry se redressa brusquement, le repoussant avec force. Un peu affolé, il se rassit à sa place, les jambes pendantes au-dessus des herbes folles, le bras tendu pour maintenir Drago à distance.
« Pas ce soir.
― Pourquoi ? Tu as tes règles ? »
Harry lui décocha un regard noir, pour ne pas lui décocher un coup de poing, et Drago se recula prudemment. Il reprit une attitude détendue, les mains appuyées sur le muret, les jambes écartées.
« Je plaisantais, dit-il. On ne baise pas si tu n'as pas envie. Même si c'est assez incompréhensible de ne pas avoir envie de baiser avec un mec comme moi...
― Non, je n'ai pas envie, le coupa Harry. On n'est pas obligés de finir à poil à chaque fois qu'on se voit.
― Oh, toi, tu exagères. On fait pleins d'autres trucs que baiser. Tu le sais très bien. Blaise pense que notre relation ne tourne qu'autour du sexe – il ne peut pas croire qu'on s'intéresse à moi en tant qu'humain et pas seulement pour mon corps – mais toi, tu sais que ce n'est pas le cas. »
Drago essaya de lui ébouriffer les cheveux mais Harry esquiva habilement. Son cœur battait toujours fort. Cependant ce n'était plus exactement pour les mêmes raisons. Il savait bien pourtant. Oui, il le savait, que ce n'était pas le cas. C'était juste qu'il aurait bien aimé que Drago le lui dise plus souvent, qu'ils s'aimaient en tant qu'êtres humains, et qu'il lui assure que ça allait durer, leur histoire.
Mais c'était impossible que Drago lui dise tout cela parce qu'Harry savait pertinemment que s'il s'était si vite mis en action, c'était parce que Drago était mal à l'aise. Mal à l'aise d'être romantique pendant dix secondes. D'habitude, il tenait tout de même un peu plus longtemps.
« Oui, je sais, répondit Harry dans un soupir. Eh bien, faisons ça ce soir. D'autres trucs.
― Je vois bien que tu n'es plus d'humeur, maintenant. Tu sais que je ne voulais pas te sauter dessus comme ça. Je suis juste... un peu tendu. Les examens, tout ça...
― Je sais. C'est juste que ça m'a... un peu blessé. »
Drago détourna le regard. C'était devenu une sorte de code entre eux, à présent. Un code tacite, qu'ils n'avaient jamais expliqué. Ils n'avaient pas eu d'autres conversations semblable à celle de leur réconciliation. Harry ne savait pas s'ils en avaient besoin ou si c'était aussi bien de parler en sous-entendus. En tous cas, ça avait l'avantage d'éviter qu'ils se sentent trop gênés.
« Je suis désolé. Tu voudras... qu'on se tienne vraiment la main quand on partira ? » demanda Drago.
C'était un effort et ça se voyait. Mais Harry savait que ce n'était tout de même pas qu'une proposition en l'air.
« Quand on partira... », répéta-t-il, esquivant la question.
Qu'est-ce qu'il va se passer, quand on va partir ? ne put-il s'empêcher de se demander, une fois encore.
« Je n'arrive pas à le croire, reprit-il. Mais on ferait mieux de passer nos A.S.P.I.C avant de sortir les mouchoirs.
― Oui, si ça se trouve, tu seras obligé de revenir les repasser.
― Arrête, tu vas me porter malheur... »
Harry regarda l'horizon, le lac. Il devinait des silhouettes à son bord. Il se demanda si Ginny et Blaise y étaient, et si Ron les accompagnait, rien que pour les surveiller. Il faisait souvent ça quand il ne travaillait pas. Cette idée le fit sourire.
« Tu partages la plaisanterie ?
― Tu sais si Ginny va sortir avec Blaise ? » demanda-t-il, alors qu'il s'était promis de ne jamais lui poser cette question.
Pour se donner bonne conscience, il se dit qu'il le faisait pour Ron.
« J'espère. Si elle refuse, il va être malheureux pendant des semaines et devine qui devra le consoler ?
― Je croyais que Blaise était insensible, blessant en amour, et qu'il ne pensait qu'au sexe.
― Il est tout ça mais beaucoup, beaucoup, moins que moi. Si elle est moins chiante que Daphné, elle aura toutes les raisons d'être heureuse.
― Si j'avais su, je serais sorti avec Blaise, moi aussi. »
Drago ne rit pas et Harry sourit un peu plus. C'était une minuscule victoire. Il se rapprocha de Drago, sur le muret.
« On devrait peut-être rentrer réviser. Ou on peut rester ici, aussi, se ravisa-t-il.
― Non, tu n'avanceras pas. Je suis trop sexy, ça te déconcentre.
― Non, le sexe ne me déconcentre pas. »
Il lui prit doucement la main, commença à jouer maladroitement avec ses doigts. Ils étaient tout froids. Drago était toujours tout froid, même sous le soleil.
« Ce qui me déconcentre, c'est que quand tu travailles, tu fronces toujours tes sourcils comme ça (il haussa un sourcil et fronça l'autre) et tu gardes la bouche entrouverte, comme si tu allais protester contre ce qui est écrit... Et tu tapes du pied à chaque fois qu'il y a un truc que tu ne comprends pas. Et aussi... tu tiens toujours les livres à une main, au-dessus de tes yeux, avec cette allure décontractée... Comme si tu t'en foutais alors que ce n'est pas vrai. Donc, en fait, ce qui me déconcentre, c'est juste... toi. »
Il releva la tête vers Drago.
« Donc tu ne trouves pas que je suis sexy quand j'étudie ? » demanda Drago avec une moue déçue.
Harry ne savait pas s'il théâtralisait ou non alors, dans le doute, il éclata de rire. Il relâcha la main de Drago.
« Tu es très beau.
― C'est certain, fit Drago, la bouche en cœur.
― Mais il n'y a vraiment pas que ton corps qui m'intéresse. Loin de là. Il y a aussi toi et tout ce que tu fais faire à ce corps, ces mimiques et tout ça, qui montrent qui tu es vraiment. »
Harry renversa la tête en arrière, regarda les étoiles qui venaient peupler le ciel. Il commençait à faire vraiment frais mais il n'avait pas réalisé.
« Qu'est-ce que je dois répondre ?
― Pardon ? dit Harry en se redressant.
― Je te demande ce que tu veux que je te réponde. Tu veux que je fasse le nostalgique romantique ?
― Tu réponds ce que tu veux.
― Hmm. Je ne suis pas débile. »
Drago se laissa tomber dans les bras d'Harry et Harry manqua de ne pas le rattraper, d'étonnement. Il réussit néanmoins à le serrer contre lui. Il posa son menton sur le sommet de son crâne, croisa ses mains sur son torse.
« Je vais te répondre, commença Drago avec lenteur, que ça me fait plaisir.
― C'est vrai ?
― Oui, t'es vraiment trop mignon.
― Ou vraiment trop ridicule », compléta Harry en songeant à leur première nuit ensemble.
Il avait une pointe au cœur mais il préférait le dire lui-même. C'était moins douloureux.
« C'est vrai. En plus, c'est contagieux. Je dis de plus en plus de conneries depuis que tu me suis partout.
― Pas assez, dit Harry avant d'avoir pu s'en empêcher.
― Et là, je réponds quoi ? fit Drago avec une grimace dégoûtée.
― Tu pourrais dire que tu m'ai...m'apprécies aussi. Et qu'on sera... »
Il s'interrompit avant de parler de futur. Drago soupirait déjà.
« T'es vraiment ridicule, Harry. T'as besoin de dire et d'entendre les choses, c'est dingue. Tu le sais, que je suis content d'être avec toi, mais ça ne te suffit pas. Il faut que je l'exprime.
― C'est vrai », admit Harry, une nuance d'espoir dans la voix.
Il voulut resserrer sa prise autour de Drago cependant celui-ci se libéra de son emprise, demeura de dos.
« Je trouve ça assez gênant. J'ai l'impression que tu me forces.
― Désolé.
― On devrait retourner étudier.
― Oui... D'accord. »
Drago glissa au pied du muret et, la main tendue, il invita Harry à faire de même. Ils rassemblèrent leurs affaires et retournèrent au château en silence. Drago était plongé dans ses pensées et Harry essayait de ne pas s'en vouloir. S'il commençait à s'en vouloir d'être humain, ils étaient finis.
Au moment de se quitter, Drago resta immobile devant lui, à se balancer maladroitement d'un pied sur l'autre. Harry se décida enfin à l'embrasser doucement.
« A demain », dit-il.
Il commença à s'éloigner mais Drago le rappela :
« Harry !
― Quoi ? »
Harry se retourna lentement.
« Tu le sais, non ? Que tu me plais beaucoup et que je t'apprécie, vraiment ? »
Harry regarda Drago franchement.
« Maintenant, j'en suis certain », répondit-il avec simplicité.
Drago hocha la tête avant de détourner précipitamment les talons en direction de sa salle commune. Harry s'appuya contre un mur, le souffle un peu court. Drago trouverait ça ridicule, qu'il se mette dans des états pareils. Mais, malgré ses pressentiments, malgré les A.S.P.I.C., malgré George, Harry commençait à se sentir vraiment bien. Parce que Drago valait définitivement bien la peine d'être un peu blessé. Et, brusquement, il réalisa que ce qu'ils allaient devenir, ce n'était pas urgent. Ils verraient bien, plus tard, ce qui adviendrait d'eux. Il fallait laisser du temps au temps, laisser du temps à Drago.
Harry aurait apprécié que les officiels chargés des conditions d'examens prennent la même décision que lui et leur laissent plus de temps de préparation pour leurs épreuves. « Apprécié » signifie ici qu'il se serait précipité pour embrasser en pleurant les pieds de la personne qui annoncerait une semblable nouvelle. Il s'était rarement senti aussi peu prêt pour passer des examens.
Cette année, plus encore que les précédentes, ils furent d'ailleurs la source d'un grand chambardement dans tout Poudlard. En effet, il y avait trois niveaux d'élèves à être examinés pendant la même période : les cinquièmes années dans le cadre de leurs B.U.S.E, les septièmes années pour les A.S.P.I.C et les huitièmes années avaient leurs propres A.S.P.I.C. redéfinis à un niveau supérieur, comme se plaisaient à le répéter enseignants et employés de l'Éducation Magique. Ainsi il était quasiment impossible de se promener dans le château sans croiser quelqu'un avec le nez dans un bouquin.
L'un des autres soucis de l'organisation de ces A.S.P.I.C. était que les huitièmes années, pour un grand nombre d'entre eux, n'avaient jamais eu autant de matières à passer, entre leurs cours principaux, les options choisies en troisième année et celles de l'année tout juste écoulée. Ainsi la somme complète des épreuves, en comptant les B.U.S.E. qui commençaient plus tard, durerait presque deux semaines entières. Poudlard n'avait jamais été un si gros centre d'examens.
Dans les derniers jours qui précédèrent le début des épreuves, certains élèves, dont notamment Ernie Macmillan, devinrent absolument insupportables. Même Drago à côté d'eux prenait des airs angéliques – et pourtant, Harry avait rapidement appris à ne pas l'embêter pendant ses révisions. Ernie, lui, était juste tyrannique et le principal problème était tout simplement qu'on ne pouvait pas l'éviter. Il était impossible de se dire qu'on allait arrêter de lui parler jusqu'aux épreuves parce que c'était lui qui venait vous parler. Enfin, parler était un bien grand mot pour dire qu'il venait simplement se défouler les nerfs sur vous.
Malheureusement pour Harry, Ernie aimait sa compagnie et il passa quasiment toute la veille de la première épreuve à lui parler à sa manière. Il fallut l'intervention enragée de Drago et d'Hermione pour qu'il se décide enfin à retourner à sa salle commune.
Comme il se doit, personne ne dormit longtemps durant cette première nuit et ce fut les yeux cernés que les élèves de Poudlard entamèrent leurs sessions d'examens.
Heureusement, l'épreuve de Botanique, la première qu'Harry eut à passer, n'était pas trop difficile. Même si une mauvaise manipulation lui attira les foudres d'un Cactus Ardent (l'examinateur manqua de se recevoir une épine dans l'œil), il estima qu'il s'en était plutôt bien sorti. Sans doute avec moins de prestige que Neville qui, d'après Blaise qui avait passé son épreuve en même temps, avait tout fait impeccablement et en un temps record, mais toujours meilleur que Sally-Anne Perks qui avait oublié de mettre ses gants ainsi que son casque de protection et avait dû abandonner en cours d'épreuve suite à l'agression d'une bande de roses mordantes.
Le soir, ils voulurent attendre Seamus qui passait l'Astronomie en se racontant leurs exploits et leurs défaites lors de l'épreuve pratique de Sortilèges de l'après-midi. Comme en cinquième année, Harry et Drago étaient passés en même temps et, cette fois, ils étaient parvenus à s'échanger des encouragements discrets d'un côté à l'autre de la salle. Néanmoins, l'épreuve était particulièrement difficile et ces signaux les avait perturbés plutôt que détendus. Harry avait donc dû faire trois essais avant de parvenir à nouer correctement une corde d'un coup de baguette magique. Ce n'était cependant pas tellement étonnant : il éprouvait déjà des difficultés à le faire avec ses doigts.
Ils étaient toutefois trop fatigués suite à leur insomnie de la nuit précédente et finirent par aller se coucher. Seamus rentra très tard, épuisé par ses révisions ainsi que par la durée de l'épreuve, mais ils ne le découvrirent que le lendemain au matin, lorsqu'ils trébuchèrent sur leur ami, profondément endormi sur le tapis du dortoir. Dean se chargea alors de lui préparer un café revigorant et de lui assurer qu'il était certain qu'il avait brillamment réussi.
La journée du mardi fut consacrée à la Défense contre les Forces du Mal. La plupart des élèves trouvèrent les épreuves théoriques aussi bien que pratiques remarquablement agréables. A entendre les témoignages à la sortie des classes, Harry fut rapidement convaincu que personne ne serait recalé. Le soir, le professeur Kenledge passa à la salle d'études les féliciter et les encourager pour la suite.
Le mercredi matin permit aux élèves de dormir un peu plus longtemps car seule une poignée d'entre eux, qu'Harry et Ron qualifiaient de cinglés, passaient des épreuves d'Histoire de la Magie. Bien entendu, Drago en faisait partie mais ils furent rapidement forcés d'arrêter quand il les rejoignit, peu avant le déjeuner, pris d'une humeur massacrante :
« Les manifestations des centaures depuis le début du siècle ! ne cessait-il de répéter, furieux. Ce n'est pas un sujet, ça ! Ce n'est même pas un chapitre ! Il n'occupe qu'une trentaine de centimètres dans mon cours et on m'en demandait soixante !
― En même temps, c'est le professeur Binns..., fit remarquer Ron. Pour prendre cette matière, il faut être suicidaire ou cing... »
Drago l'interrompit d'un regard noir et Harry confirma d'un hochement de tête. S'il tenait à la vie, Ron avait tout intérêt à aller faire un tour et ne revenir que lorsque Drago serait calmé.
L'après-midi, tous passèrent la Métamorphose, une rude épreuve en deux parties : un écrit théorique d'environ deux heures puis un passage oral d'une vingtaine de minutes. Ron eut la malchance de tomber, lors de la pratique, sur toutes les formules qui lui avaient posés problème à l'écrit. Harry, au contraire, trouva que lui-même avait eu incroyablement de la chance : son examinateur s'était montré complètement à côté de ses pompes, un véritable imbécile sorti d'on ne savait où, et il lui avait posé pleins de questions dignes d'un niveau de quatrième année. Harry choisit consciencieusement de ne parler de son épreuve ni à Ron ni à Hermione parce qu'il les savait capable de vouloir dénoncer une telle injustice à l'administration.
Dans l'ensemble, ils pensèrent tous s'en être sortis aux Potions mais, le vendredi, de nouveaux drames survinrent. Hermione sortit en pleurs de l'épreuve d'Arithmancie et quand Ron demanda à Drago, qui suivait également cette matière, ce qu'il s'était passé, il répondit :
« C'était simplissime, pourtant, je t'assure. En plus, je l'ai regardée, elle n'a fait qu'écrire pendant quatre heures... Tout ça, c'est du cinéma. Elle va avoir Optimal, comme toujours. »
Harry n'était pas un expert mais il sut d'instinct que ce n'était pas la bonne réponse. Hermione vérifia presque instantanément cette conclusion en hurlant et pleurant encore plus fort.
Néanmoins, sa bonne humeur revint le soir quand, alors qu'elle, Ron, Harry, Dean et Seamus se détendaient dans la salle commune, Parvati vint leur raconter ses visions pour son épreuve de Divination. Elle choisit de les leur révéler d'une voix mystique qui se voulait inspirée par celle du professeur Trelawney mais qui, en réalité, la parodiait plus qu'elle ne l'honorait :
« J'ai vu, mes enfants, un avenir... brillant, où le soleil brillera de mille merveilles dans un azur plus pur que jamais, leur dit-elle sur le ton du secret. Et j'ai vu... J'ai vue des futurs individuels. C'est une des choses les plus dures à voir, vous savez. Le futur d'un être en particulier. Le professeur était impressionné.
― Le futur de qui ? demanda Ron, s'efforçant de conserver un minimum de sérieux.
― De toi, Seamus Finnigan », chuchota Parvati.
Elle se tourna vers Seamus avec des airs de conspiratrice.
« Et qu'est-ce que je vais faire alors ? fit-il.
― On va se marier, murmura-t-elle, et nous aurons six enfants. »
Seamus hoqueta de rire.
« Pardon ? demanda Dean, visiblement inquiet.
― Je t'assure. Il l'ignore pour l'instant mais un jour... Un jour, ça sera une évidence », conclut-elle avec un sourire.
Elle les quitta d'un pas noble, laissant derrière elle un moment de flottement silencieux. Enfin, Seamus éclata de rire :
« Putain, je suis gay ! Tu crois qu'il faut la prévenir que son troisième œil doit avoir besoin de lunettes ou d'un truc comme ça ?
― Là, ce ne sont pas des lunettes qu'il lui faut. Je crois qu'on ne peut rien pour les aveugles », fit remarquer Ron.
Harry, lui, regardait Dean qui paraissait véritablement soulagé.
Le samedi fut plus paisible. Pour leur épreuve d'Actualités Magiques, Harry et Ron présentèrent ensemble un exposé concernant une discussion toujours en cours entre l'Amérique du Sud et la Confédération des Gobelins au sujet des réserves minières d'or, ce qui était un sujet si peu passionnant que l'un des leurs examinateurs, un vieux gobelin rabougri, s'endormit pendant la conférence. De toute façon, ils savaient depuis leur préparation qu'ils n'auraient sans doute pas une très bonne note avec un thème semblable. Pendant ce temps-là, Hermione devait démontrer ses habilités de négociatrices avec les différentes espèces avec un important jury. Elle s'en tira sans doute beaucoup mieux qu'eux car revint avec la carte de visite de l'un de ses examinateurs.
« Il a une entreprise de ventes d'objets magiques qui intéressent particulièrement les Gobelins, leur expliqua-t-elle avec un large sourire, mais vous savez qu'ils sont horriblement durs en affaire... Alors il m'a proposée un poste d'intermédiaire !
― Hmm... », acquiesça mollement Ron.
Ni lui ni Harry n'avaient plus vraiment envie de parler de quoi que ce soit ayant trait aux Gobelins.
Quand ils retrouvèrent Seamus et Neville, à la sortie de leurs épreuves d'Initiation aux Sortilèges Médicaux, ils se surprirent à songer que, pour rien au monde, ils ne laisseraient l'un des deux les guérir. En effet, Neville avait découpé la jambe du mannequin en voulant lui découper son pantalon pour prodiguer des soins. Quant à Seamus, il avait confondu le sortilège de respiration artificielle et celui de Tête-en-bulle.
Bien qu'aucune épreuve de prévue le dimanche, ça n'empêcha pas ce jour habituellement creux d'être fourni en événements. Tout d'abord, Ron reçut une lettre inquiète de Mrs Weasley au sujet de George qui semblait entrer dans une nouvelle phase de dépression. Ces mots leur firent un choc et, ensemble, ils convinrent de retourner à Sainte-Mangouste dès la fin des épreuves.
« Il faut qu'on s'unissent tous autour de lui », décida Ginny.
Ils hochèrent tous la tête, feignant d'être convaincus, mais elle était la seule à y croire vraiment. Harry savait que c'était difficile à admettre mais Ron baissait les bras un peu plus chaque jour et il s'en voulait, de ne plus avoir autant d'espoir que Ginny. Ni Harry ni Hermione ne savait comment faire pour le réconforter.
Ensuite, en milieu d'après-midi, alors qu'ils travaillaient seuls dans la Salle sur Demande, les mauvaises habitudes reprirent leurs droits sur la vie de Harry et Drago. Harry avait résolu de ne pas se laisser distraire néanmoins Drago fut suffisamment machiavélique pour lui demander de « faire l'amour », ce à quoi, bien sûr, Harry était incapable de dire non.
Il ne réalisa qu'il avait été dupé qu'en quittant la pièce.
Enfin, lorsqu'il rentra à la salle commune, il dut subir les assauts de Ron qui, après avoir surpris Ginny en train d'embrasser Blaise, voulait absolument savoir ce qu'ils avaient tous avec les Serpentards. Ce n'était sans doute qu'un prétexte pour tenter d'oublier un peu George mais il se montra particulièrement virulent. En se couchant, Harry songeait presque que, en fin de compte, les A.S.P.I.C n'étaient pas si éprouvants.
Il oublia cette pensée dès qu'il se retrouva, le lendemain matin, face au sujet d'Études Magiques Avancées. Comme d'habitude, il lui semblait avoir été rédigé dans un mélange de chinois et de hiéroglyphes. Après avoir échangé un regard désespéré avec Ron, il se résolut au fait qu'il allait sans doute devoir rendre copie blanche.
L'après-midi, Hermione passait la Législation Magique tandis que Drago et Dean planchaient sur un sujet d'Écriture. Harry croisa d'abord Dean qui lui assura que c'était le sujet le plus facile du monde avec un large sourire et il se permit d'aller rejoindre Drago en toute confiance. Grave erreur. Dean avait oublié de lui préciser que le sujet exigeait de raconter une scène de rencontre amoureuse en employant un ton expressif et sentimental. Drago tempêta contre le sujet pendant près d'une heure, furieux qu'il soit aussi « stupide » :
« Ce monde a un problème, crois-moi, Harry... On utilise nos putains d'impôts pour construire des salles de l'Amour, on nous donne des sujets pareilles... Qu'est-ce qu'ils croient ? Que l'amour nous sauvera tous ? »
Le soir même, ils se réunirent au bord du lac, comme ils ne l'avaient encore jamais fait. Il leur restait moins d'une semaine s'ils désiraient recommencer avant de partir, à tout jamais. Et alors, impossible de savoir s'ils se reverraient une fois les grilles refermées derrière eux.
Ils, c'étaient Harry et Drago, Ron et Hermione, Neville et Luna, Blaise et Ginny. Et Dean et Seamus, toujours à quelques mètres l'un de l'autre. Plus près néanmoins que la dernière fois que Harry les avait vus ensemble. Mais il ne faisait que constater l'évidence : ils se rapprochaient de jour en jour. L'ultime étape de la réconciliation était proche.
Le lendemain, Hermione passerait ses dernières épreuves, l'étude de Runes et l'économie magique. Il y aurait ensuite quelques jours à passer à Poudlard, comme un inhabituel début d'été, à cause des B.U.S.E. Ce serait comme leurs dernières vacances à Poudlard.
Harry sourit, un peu nostalgique à cette idée, et porta le goulot de sa bouteille de Bièraubeurre à ses lèvres, son autre main posée à côté de celle de Drago. A côté, et non dessus, contrairement aux autres couples qui les entouraient. C'était une autre de leurs règles tacites.
Le reflet rougeoyant du soleil couchant ondoyait à la surface du lac tandis qu'un vent frais faisait frémir les herbes et les fleurs. Le spectacle était magnifique, là où ils étaient réunis, au bord de l'eau, et Harry en profitait pleinement.
« J'arrête », décida soudain Hermione en reposant son dictionnaire des runes anciennes dans l'herbe.
C'était une décision qu'elle prenait environ tous les quarts d'heure, puis, rongée par la culpabilité, elle finissait toujours par reprendre ses révisions avec frénésie.
« De stresser pour rien ? C'est une bonne nouvelle », commenta Blaise.
Il allongea le bras, le passant dans le dos de Ginny, pour attraper une chocoballe dans un des bols de confiseries. Elle rebondit quelques secondes dans sa paume avant qu'il ne la lance, d'un geste preste, directement dans sa bouche.
« Je ne stresse pas pour rien, rétorqua Hermione d'un ton agacé, avec Drago, on a envoyé nos dossiers à l'une des facultés magiques les plus réputées de Londres. Il faut qu'on soit à la hauteur.
― Je ne savais pas que vous alliez étudier ensemble, fit Blaise en se tournant vers Drago.
― On ne prépare pas le même Diplôme de Sorcellerie Universitaire Minimale. D'ailleurs, Hermione en prépare deux, ajouta Drago, comme si ça réglait la question.
― Deux, répéta Seamus en secouant la tête. Moi, si j'en ai un, ça sera déjà bien. »
Il prévoyait de poursuivre des études en soins magiques afin de, plus tard, s'il le désirait encore, accéder plus facilement aux concours de guérisseurs de Sainte-Mangouste. Harry avait préféré ne pas commenter cette décision mais il doutait fortement que quiconque accepte Seamus pour des soins après ce qu'il s'était passé à son examen.
« Je suis sûr que tu réussiras », dit cependant Dean.
Il continuerait sans doute à approuver et encourager Seamus jusqu'au dernier moment. Harry et Ron échangèrent un regard amusé.
« On va tous réussir, lança Neville avec optimisme. Tout ce qu'on entreprend. Tout ce qu'on fait va fonctionner. »
Il serra Luna contre lui, l'écrasant presque contre lui d'un air réjoui. Elle gloussa et roula de ses yeux ronds.
« Qu'est-ce que tu fais ? demanda Blaise par pure politesse en mangeant une autre chocoballe.
― Botanique. Et Luna va étudier les sciences naturelles magiques, notamment la magizoologie.
― Alors tu vas essayer de découvrir des nargoles, sans déc' ? rigola Blaise avant de prendre un air sérieux sous un regard furieux de Ginny.
― Il y a pleins d'espèces auxquelles les gens ne veulent pas croire parce que ça leur semble impossible que personne ne les ait jamais étudiées, répondit froidement Luna, alors que ces mêmes gens croient les scientifiques lorsqu'ils annoncent la découverte d'une nouvelle sorte d'atome. C'est vraiment du scepticisme choisi.
― Hum, tout à fait, Luna », acquiesça Ron avec un toussotement.
Il piocha une belle poignée de dragées surprises et les fit ruisseler dans sa gorge. Drago l'observa d'un air dégoûté.
« On pourrait parler d'autre chose que des études, suggéra Harry. Après tout, c'est bientôt les vacances...
― Oui, d'ailleurs, Blaise m'a proposé de passer l'été à son domaine, enchaîna Ginny.
― Quoi ? »
Ron recracha toutes ses dragées surprises dans un cri. Harry aurait presque pu parier qu'il en avait vu quelques unes ressortir par ses narines.
« Heurk, Weasley », commenta Drago.
Seulement les commentaires de Drago semblaient ne pas vraiment intéresser Ron à cet instant précis.
« Il est dingue ? s'écria-t-il. Tu as dit non, j'espère ? Il n'est pas question que tu mettes un seul orteil là-bas !
― Pour dire la vérité, je comptais accepter, répondit Ginny avec beaucoup de calme.
― Par les strings de Morgane, tu es malade ?! Nous parlons de Zabini, Blaise Zabini ! Tu le connais à peine... Et qu'est-ce que tu feras d'ailleurs quand, au beau milieu de la nuit, Drago viendra lui rendre visite ? Tu te boucheras les oreilles ? Non, franchement, tu n'as aucune idée de qui est ce type...
― Ron, je... », commença Ginny.
Néanmoins elle fut rapidement interrompue par différentes réactions :
« Drago ? Qu'est-ce que Malefoy fait dans cette histoire ? s'exclamèrent Dean et Seamus d'une même voix.
― J'imagine qu'elle dormira, au beau milieu de la nuit, fit Neville, sarcastique.
― Ron ! » s'écria Hermione en jetant un regard furieux en direction d'Harry et Drago.
Harry détourna les yeux et but une nouvelle gorgée de bière. Il n'aimait pas vraiment la tournure que prenait la conversation. Ron aurait dû ne pas aborder ce sujet, il était trop sensible pour quasiment chacune des personnes qui se trouvaient là.
« Quoi ? rétorqua Ron. Je la préviens simplement avant qu'elle ne s'amourache de Zabini...
― Ronald, tu ne fais que semer la panique pour rien, intervint Drago d'un ton cinglant. Comme si j'allais me pointer chez Blaise pour une nuit, au milieu de l'été, alors qu'il a sa gonzesse et que moi, malheureusement, j'ai aussi la mienne... »
Il jeta un petit coup d'œil moqueur à Harry, qui fit simplement mine de ne le voir, et Seamus parut offensé :
« Ne dis pas des trucs comme ça sur Harry, jeta-t-il, ou je te jette un sort, que la paix soit faite ou non. Et puis...
― C'est quoi cette histoire entre Blaise et Malefoy ? compléta Dean.
― Oh, ce n'est rien, répondit Ginny avec toujours autant de sang-froid. Ils couchaient ensemble lorsque Daphné, l'ex de Blaise, faisait la grève du sexe.
― Tu... Tu es courant ? » s'étrangla Ron.
Devant l'expression de Ron, Luna éclata de son rire si particulier, semblable à un hululement. Si toutes ces histoires ne lui déplaisaient pas tant, Harry aurait sans doute rit lui aussi. Il regarda Drago qui, de son côté, ne paraissait pas vraiment s'amuser.
« Drago et Blaise ? répéta Neville. Mais est-ce qu'il n'y a que des homosexuels dans cette école ?
― Je ne suis pas pédé, moi », le coupa Blaise.
Drago ricana bruyamment et tous les regards convergèrent sur lui. Il cacha son sourire derrière sa main et, quand il la retira, tout sarcasme avait disparu de ses traits.
« Désolé. Poursuivez donc, dit-il poliment.
― Je ne suis pas pédé, reprit Blaise, ce n'est pas mon...genre. Drago manquait sincèrement de... seins et de cheveux, bien que les siens soient incroyables, je ne le cache pas, mais... »
Il s'interrompit brusquement, soudain conscient qu'il s'enfonçait.
« Franchement, c'était seulement de la faute de Daphné. Elle me plaisait...Elle me plaisait vraiment et je crois qu'elle ne le méritait pas toujours. Je n'aurais peut-être pas dû m'engager là-dedans mais je ne crois pas être le seul coupable », assura-t-il en tapotant le vide du bout du doigt.
Ginny hocha la tête :
« Cette histoire, c'est du passé à présent. De toute façon, c'est moi qui décide ce que j'accepte ou pas de mes amis, Ron, et j'ai décidé que j'irais chez Blaise, cet été.
― Je crois qu'on n'en est plus à appeler Blaise un ami, fit sombrement remarquer Ron. Je t'ai vu le bécoter, je te rappelle.
― Laisse-tomber, Ron, intervint Harry d'un ton plus joyeux qu'il ne l'aurait souhaité. Elle est assez grande pour décider pour elle-même. »
Il était plutôt content d'apprendre que Drago et Blaise ne couchaient pas ensemble. Cette nouvelle aurait permis de lui faire accepter un grand nombre de choses.
« Merci beaucoup, Harry, répondit Ginny.
― Harry a raison, Ron, approuva Hermione en posant une main sur son épaule. Si ça ne va pas (à ces mots, elle jeta un regard noir à Blaise qui inclina la tête), elle pourra toujours rentrer plutôt.
― Je suis sûre que vous allez passer un merveilleux été, fit Luna en agitant la tête, faisant tinter les grelots qu'elle avait accrochés à ses oreilles.
― Voilà de vrais amis. En plus, ce n'était pas comme si j'étais la seule, ajouta Ginny d'un ton perfide.
― Comment ça ? Tu n'es pas seule à t'installer chez Blaise pour l'été ? » se réveilla Ron au quart de tour.
Hermione le retint doucement par le bras, riant à demi.
« Ron, je pense qu'elle parle du fait de passer du temps en couple ! sourit-elle.
― Nous ne sommes pas exactement un couple, protesta Blaise. On est...
― Officiellement, non, c'est vrai, assura Ginny. C'est plus compliqué et... On a besoin de temps ensemble, seuls. Comme vous tous, ajouta-t-elle en se glissant dans les bras de Blaise. Neville passe l'été chez Luna, Ron s'installe avec Hermione...
― Quoi ? s'écria Harry à son tour. Quoi ? Comment ça, ils s'installent ? »
Hermione détourna les yeux d'un air gêné tandis que Ron s'empressait de reprendre des dragées en quantité suffisamment abondante pour ne plus pouvoir parler.
« Ils vont signer pour un appartement, répondit Blaise d'un ton naturel. Tu ne le savais pas ? »
Harry le fusilla du regard.
« Non, je ne le savais pas. Comment ça... Pourquoi est-ce que lui, il sait, et pas moi ? » s'écria-t-il en se tournant vers Hermione et Ron.
Ils demeurèrent immobiles et silencieux un long moment. Ensuite, Hermione ouvrit lentement la bouche :
« Je t'assure que c'est tout récent... On n'en a parlé à personne... N'est-ce pas ? »
Harry regarda autour de lui et vit Seamus, Dean et Neville confirmer de la tête.
« On ne savait rien non plus.
― C'est un choc pour nous aussi...
― Félicitations...
― On ne voulait en parler à personne avant la fin des A.S.P.I.C , les coupa Ron, mais Ginny nous a vu regarder des catalogues immobiliers, un soir que tu étais avec Drago...
― C'est vrai, admit Ginny avec une grimace, mais je pensais que vous lui aviez dit du coup...
― On ne voulait pas l'embêter avec ça... Oh, Harry, on est désolés d'avoir fait ça dans ton dos ! Tu nous pardonnes, hein ? »
Hermione se retourna vers lui, l'air suppliant.
« Non, bien sûr que non, ironisa Harry. En tous cas, je vous conseille de m'inviter à la pendaison de crémaillère si vous voulez qu'on reste amis, peu importe le nombre de plans qu'on a déjoué ensemble, ajouta-t-il.
― Oh Harry ! »
Hermione se releva pour se jeter dans ses bras et il la serra dans ses bras, sans oser y croire. Il s'était inquiété de sa relation future avec Drago mais ne s'était pas posé plus de questions que ça au propos de Ron et d'Hermione... Pourtant, c'était évident qu'ils allaient vivre ensemble...
Cette pensée lui meurtrissait le cœur, tout en le rendant heureux. Ron et Hermione avaient de vrais projets de couple pour l'avenir, eux. Ils avaient choisi un appartement. Il ne pouvait pas s'empêcher d'être jaloux de leur relation.
« Désolé mon vieux mais c'est comme ça... Désolé », fit Ron en lui tapant le dos.
Harry l'étreignit brièvement.
« Félicitations », souffla-t-il à son oreille.
Quand chacun eut félicité Ron et Hermione, Harry se chargea néanmoins de faire une conclusion, d'un ton un peu amer :
« Alors tout le monde a des projets de couple, comme ça. »
Hermione se rassit à côté de Ron, les joues rouges de plaisir, les cheveux un peu ébouriffés par les étreintes. Elle lui tint la main et l'embrassa sur chacun des doigts.
« On dirait bien, répondit Ron avec un sourire.
― Et vous les garçons, fit Ginny d'un ton malicieux en se tournant vers Seamus et Dean, vous allez vivre quelque part en particulier ? Cet été ou l'année prochaine ? On n'est pas à un futur en particulier... »
Dean devint soudain aussi rouge que Hermione tandis que Seamus s'esclaffait bruyamment. Tout le monde, y compris Dean, lui jeta un regard surpris.
« En fait, expliqua-t-il, on va dans la même université et on a des chambres côte à côte. Ce crétin a fait une demande pour ça (il pointa Dean du doigt) et il pense que je ne le sais pas. »
Dean devint encore plus rouge, si c'était possible, et il s'absorba dans la contemplation de ses paumes écartés. Neville ouvrit de grands yeux. Luna et Ginny échangèrent un sourire amusé.
« Désolé, marmonna Dean. Je peux demander à changer si tu préfères... Je pensais que...
― Que si on n'était pas complètement réconciliés avant la fin de l'année, tu aurais toute l'année prochaine pour finir le travail, je me doute bien, compléta Seamus. Mais, franchement, pour moi, c'est cool. »
Il l'attrapa par les épaules en riant et le pressa contre lui dans une étreinte virile. Dean parut surpris et demeura silencieux. Seamus finit par le relâcher maladroitement. Harry sourit et Drago leva les yeux au ciel. Hermione chuchota « ils sont mignons » et finalement tous les autres, y compris Drago, confirmèrent d'un clin d'œil ou d'un hochement de tête dégoûté.
« Donc, récapitulons, fit joyeusement Ginny. Je vais chez Blaise...
― Juste pour l'été, crut bon de rappeler Ron.
― Ron et Hermione emménagent ensemble pendant les vacances, poursuivit-elle sans lui prêter attention.
― Je vais chez Luna, compléta Neville. Puis elle viendra chez moi.
― Quant à Dean et Seamus, ils vont bien finir par abattre la cloison qui sépare leurs chambres universitaires, ajouta Blaise en riant. Je parie pour le mois d'octobre au plus tard. »
― Il ne reste plus qu'Harry et Drago ! » s'écria Ginny, aboutissant à la conclusion que redoutait Harry.
Il sentit tous ses organes se retourner à l'intérieur de son ventre et il eut un sourire crispé. Il déglutit péniblement. Il s'était dit que le futur, ce n'était pas urgent, qu'ils allaient prendre leur temps. Laisser le temps à Drago. Mais aujourd'hui, particulièrement en cet instant, c'était difficile à accepter, alors que tout le monde avait de si beaux projets...
« Allez, c'est le soir des grandes révélations, on va conclure sur un truc encore plus incroyable, imagina Neville. Eux, ils n'ont pas acheté un appartement, ils ont acheté un...château !
― Non, ils vont seulement se marier », fit Luna d'un ton rêveur.
Harry voulut sourire encore, ne parvint qu'à grimacer. Il sentait presque les larmes monter. Il serra ses genoux contre son torse, les regarda tous.
« Non, dit-il, s'efforçant de conserver un timbre naturel. Rien de tout ça, et sûrement pas un mariage. On n'a pris aucune décision. On ne sait pas ce qu'on va faire. On verra bien... Il faut laisser le temps au temps. On ne se connaît pas depuis si longtemps, finalement. On...On verra bien. »
Il réussit à ne pas les lâcher du regard, à conserver son sourire.
« Oh, arrêtez, fit Ginny, sans cacher sa déception, Blaise et moi, on a bien prévu quelque chose ! Vous êtes vraiment sûrs ? ajouta-t-elle, de plus en plus désappointée, alors que Harry secouait la tête.
― Même pas un petit mariage ? ironisa Blaise en regardant Drago d'un air moqueur.
― Non, rétorqua Drago. Surtout pas de mariage. Comme Harry a dit... On ne sait pas vraiment ce qu'on va faire. Mais, devinez quoi ? » ajouta-t-il, un séduisant sourire naissant sur ses lèvres.
Hermione haussa un sourcil, Luna secoua la tête et Ron eut une moue sceptique. Alors, d'un coup, Drago se rua sur Harry et le renversa en arrière, s'aplatissant contre lui :
« Moi, je sais seulement qu'on va vraiment s'éclater, mille fois plus que vous ! Parce qu'Harry et moi, on est les meilleurs ! »
Drago commença à entraîner Harry, se cramponnant à lui, le chatouillant à demi, et ils roulèrent dans l'herbe, de plus en plus loin des autres, suffisamment loin pour oublier leurs éclats de rire, ils roulèrent ensemble. Drago riait follement, euphorique, et Harry finit par éclater en sanglots, sans savoir vraiment pourquoi, des sanglots incontrôlables qu'il étouffa dans la chemise de Drago. Celui-ci arrêta immédiatement tout mouvement. Il demeura allongé sur le torse d'Harry, le visage incrédule.
« Tu ne veux pas ? demanda-t-il, brusquement inquiet. Oh, par Merlin, Harry, ne me dis pas que tu ne veux pas ! Je te promets qu'on va bien s'amuser, rien que tous les deux. Nous, on va s'amuser, et eux, tu sais ce qu'ils feront pendant ce temps-là ? Ils passeront l'été à aménager des appartements miteux, à chasser les narguoles, à abattre des murs qu'ils ont eux-mêmes battis comme des cons, ou à subir d'effroyables attaques de moustiques-vampires !
― Des attaques de moustiques-vampires ? répéta Harry dans un hoquet.
― C'est une espèce encore pire que les normaux, expliqua Drago. Le domaine des Zabini est situé à côté d'un marécage où ils pullulent. En plus, ils raffolent des peaux blanches, je peux te l'assurer, tout mon corps s'en souvient encore. Ta copine va souffrir horriblement. »
Cette idée semblait l'amuser et, sans cesser de pleurer, Harry eut un petit rire.
« Non, nous, Harry, on a de meilleurs projets.
― On va baiser comme des bêtes, c'est ça ? » demanda Harry d'un ton anxieux, avec extrêmement de sérieux.
Drago le regarda et soupira.
« Harry, ne recommence pas avec ça... Si tu y tiens tellement, je ne te toucherais pas de tout l'été.
― Tu vas attaquer l'université couvert de piqûres avec des promesses aussi stupides, remarqua Harry d'un ton faiblement acide.
― Non, Harry, ça ne marche pas comme ça, les moustiques-vampires. L'été de mes vacances chez les Zabini, je l'ai passé évanoui à cause de ce bordel, tellement ils m'avaient pompé. Enfin, bref, peu importe. Ce qui compte, c'est que tu sais très bien qu'on ne va pas faire que...faire l'amour..., reprit Drago avec une grimace gênée. Tu sais très bien que... »
Il s'interrompit et lui caressa doucement la joue, essuya ses larmes du pouces.
« Je te donne le programme, poursuivit-il tandis qu'Harry demeurait silencieux, une grosse boule dans la gorge. D'abord, tu arrêtes de chialer. C'est une belle soirée.
― Ne me dis pas que tu apprécies leur compagnie à tous... ? ironisa Harry sans trop de conviction.
― Plus ou moins, fit Drago, évasif. Mais c'est surtout que je suis là pour toi. Donc c'est une belle soirée. »
Harry le regarda sans rien dire, incapable de faire autrement, et Drago soupira.
« Ok. Je sais que je t'ai fait passer des mauvais moments... Mais, s'il te plaît, ne nous arrêtons pas là-dessus... Parce qu'en fait, je sais très précisément ce qu'on va faire. J'ai vraiment un programme exceptionnel.
― Vas-y...
― On va être heureux. Voilà, c'est le programme. C'est mon programme pour tous les deux, mon plan. Tout ira bien et on va être très heureux.
― Et on va avoir beaucoup d'enfants ? plaisanta Harry, sans s'arrêter de pleurer.
― Plutôt mourir, Potter », marmonna Drago.
Il fit glisser ses doigts le long des lèvres d'Harry, dessina leur contour. Puis il se pencha au-dessus de lui, l'embrassa délicatement, avec une douceur qu'il n'avait encore jamais eue.
« Allez, arrête de pleurer, s'il te plaît, ou alors donne-moi une raison valable, murmura-t-il.
― D'accord », répondit Harry.
Il inspira profondément, espérant ainsi s'arrêter. Drago sourit étrangement, tendrement pour dire la vérité.
« Je t'aime, dit Harry sans même réfléchir. Je t'aime vraiment. »
Sa voix était complètement brisée et, cette fois, il ne s'en voulait plus vraiment de pleurer. Il avait l'impression de pleurer comme un homme.
Pour toute réponse, Drago l'attrapa par la nuque, l'écrasa tout contre lui, et sa peau suintait cette odeur que Harry associait à l'amour. Ils s'embrassèrent encore, avec plus de violence, plus de passion, plus de Drago. Et Harry réfléchit.
Il rêvait d'un appartement, il rêvait d'un couple solide et amoureux, comme les autres, et c'était pour cette raison qu'il avait commencé à pleurer, parce qu'avec Drago, ils ne formeraient jamais un couple de la façon dont il avait imaginé l'amour. Mais le bonheur, pensa-t-il, ça n'empêche pas d'avoir des soucis. Tant qu'il serait avec Drago, il aurait des raisons d'être blessé, d'être triste. Et ça en valait terriblement la peine parce que, malgré ça, malgré tout ça, Drago était incroyable et il l'aimait, à sa façon certes, mais il l'aimait et, finalement, il lui avait promis quelque chose de meilleur encore, meilleur qu'un appartement, meilleur qu'un avenir solide : il lui avait fait la promesse qu'ils allaient être heureux, ensemble, et Harry était certain que, au bout du compte, ils le seraient parce que déjà, en cet instant, alors qu'ils s'embrassaient dans l'air frais du soir et l'herbe frémissante, ils l'étaient déjà. Ils étaient déjà vraiment heureux, en dépit de tout ce qui était fragile, instable et blessant.
« Je t'aime », répéta Harry dans un nouveau sanglot, et cette fois, il pleurait de joie.
Ils retournaient tous ensemble au château lorsque, presque un mois après sa première apparition, le pressentiment d'Harry que quelque chose allait arriver, quelque chose à propos de la guerre, se réalisa.
A cause des ses examens, Hermione organisa sagement leur retour au château aux alentours de vingt-deux heures trente. Ils ramassèrent ce qu'il restait de nourriture, l'empaquetèrent, réunirent les dernières bouteilles vides et se mirent en route.
Neville et Luna, main dans la main, traçaient le chemin dans les hautes herbes. Harry avait toujours l'impression que Luna bondissait plutôt qu'elle ne marchait et il ignorait comment Neville faisait pour suivre son allure. Il se demandait même souvent s'ils n'utilisaient pas des sortilèges pour avancer de la sorte.
Dean et Seamus suivaient sans suivre, ce qui signifiait qu'ils partaient dans la même direction que tout le monde mais par des chemins à eux, des tours et des détours, pour chuchoter sans que personne ne les entende. Ensuite venaient Hermione et Ron, Blaise et Ginny, qui se tenaient par le bras et riaient fort, tous ensemble, comme des couples.
Harry et Drago clôturaient la marche. Ils ne disaient pas grand-chose et ils avaient tous les deux les mains glissées dans leurs poches, ce qui empêchait tout contact. Harry remarquait toujours ce genre de choses avec un œil avisé tandis que Drago n'y pensait sans doute même pas.
Ils arrivaient presque en haut des terrasses de pelouse lorsqu'ils virent des lumières de baguettes s'agiter dans ce qui, à leurs yeux habitués, leur semblait être une nuit très claire.
« Bonsoir, Neville, Luna... Est-ce que Ron ou Ginny sont avec vous ? » demanda une voix.
Harry la reconnut aussitôt : c'était celle de Bill.
« Oui, on est là ! » répondit Ron d'un ton un peu inquiet.
Harry les vit, lui, Ginny, Blaise et Hermione, hâter le pas pour rejoindre le petit groupe qui se formait déjà au pied du château. Il se dépêcha à son tour, Drago sur ses talons.
Il se glissa entre Dean et Seamus, avec qui il partagea des regards ignorants, mais très vite, Percy l'invita à se rapprocher.
« Viens là, Harry, toi aussi. »
Il avait la voix éraillée et Harry s'empressa d'obtempérer.
Un petit groupe s'était à présent formé au centre de leur groupe originel. Il y avait là Bill, Charlie, Percy, Ron et Ginny, et, seuls à ne pas être des Weasley, Harry et Hermione. Le cœur d'Harry se mit à marteler plus fort que jamais dans sa poitrine. Son horrible pressentiment lui asséna un coup brutal dans le ventre, plusieurs coups de plus en plus violents, qui le contractait tout entier.
« Je ne sais pas comment vous dire ça mais... », commença Bill d'une voix très grave.
Il attrapa les mains de Ginny. Elle tremblait et lui aussi.
« George est mort. Il s'est suicidé un peu plus tôt dans la soirée.
― Nooon ! »
Ginny éclata en sanglots et Bill la rattrapa dans ses bras avant qu'elle ne tombe par terre.
« Merlin, Ginny, je suis vraiment...vraiment désolée », murmura-t-il.
Il voulut la soulever comme une enfant. Elle se débattit une ou deux fois, avant de laisser tomber presque aussitôt et de s'accrocher à son cou.
Harry était pétrifié et il vit que Ron aussi était incapable de bouger. Il lâcha seulement la main d'Hermione, demeurant droit comme un piquet. Il était très blanc mais il ne pleurait pas.
« Harry... »
Hermione s'accrocha brusquement à son bras.
« Oh, Harry... »
Il l'attrapa par le sommet de son crâne, la serra contre lui. Mais elle non plus, il ne l'entendit pas pleurer. Quand il releva les yeux, il croisa le regard brillant de Percy. Celui-ci avait placé son poing devant sa bouche comme si seul l'honneur le retenait d'imiter Ginny. Charlie, de son côté, faisait face à Ron. Il paraissait l'étudier, ou quelque chose comme ça.
Puis, finalement, Ron parla. D'un ton monocorde, presque insensible :
« On l'avait déjà perdu. On l'a perdu depuis longtemps. Ça fait longtemps qu'il est mort. »
Charlie franchit précipitamment le dernier pas qui les séparait et ils s'étreignirent avec force, brutalité même. Là, Harry entendit clairement Ron étouffer un sanglot, un seul, semblable à un hoquet, dans l'épaule de son frère. Pour sa part, il se contenta de hocher faiblement la tête.
Il se recula légèrement et remarqua que leurs amis s'étaient éloignés. Luna, Neville, Dean et Seamus étaient allés s'asseoir sur les marches du perron. Aucun chuchotement ne parvenait à Harry, ils devaient être muets. Chacun d'entre eux avait connu, plus ou moins bien, Fred et George. Mais ils avaient tous fait partie de l'A.D, ils avaient tous combattu ensemble.
Quant à Blaise et Drago, ils étaient en retrait, eux aussi, mais ailleurs, et d'une façon différente. Silencieux, les bras le long du corps, ils se cachaient dans un recoin plus sombre, là où on voyait à peine leurs visages. Ils se donnaient une image d'hommes invisibles, gênés d'être là, comme des étrangers pris au piège d'un enterrement où ils ne connaissent personne.
Harry étreignit un peu tout le monde au hasard puis il s'écarta à son tour, laissant les Weasley s'emmêler, s'embrasser entre eux. Hermione alla s'asseoir à côté de Luna et lui-même divagua un peu autour du groupe.
George... Oh, George... Il le croyait avec plus de facilité qu'il ne l'aurait souhaité.
Il avait le cœur serré, à demi-brisé, et aussi une douleur au ventre, mais elle ne ressemblait plus en rien à un pressentiment. C'était un sentiment tenace de perte et de... de fin. Il le remarqua d'un coup, le nomma soudainement. Un sentiment d'achèvement brutal. Comme s'il avait raté une marche et qu'il se retrouvait brusquement au bas de l'escalier. La descente se terminait d'un coup, sans même qu'il le remarque. A présent, il regardait partout autour de lui et, sans savoir vraiment comme c'était possible, il savait qu'il n'y aurait plus d'autres marches.
La guerre avait fait sa dernière victime. Cette fois, il le ressentait, sans explication logique. La guerre était terminée et elle avait fait sa dernière victime. Et il avait fallu que ce soit George, son ami George, porté disparu depuis si longtemps... Il se frotta les yeux.
Il savait que la guerre était terminé avec autant de certitude qu'il s'appelait Harry.
Cette pensée lui arracha un sourire douloureux. Une main se glissa sur son épaule, les doigts fins de Drago, et il les attrapa avec les siens, pressa leurs mains l'une contre l'autre, par-dessus lui-même.
« La guerre est terminé », déclara-t-il parce qu'il avait besoin de le dire même si Drago ne comprendrait sûrement pas.
Voldemort, sa guerre, son vacillement, avaient tué leur dernier homme. Tout était fini.
Voilà, j'espère que vous n'êtes pas trop déçu ! Si vous l'êtes, n'hésitez pas à le dire ! On se retrouve pour l'épilogue !
