Chapitre 25
Bonjour à toutes, je vous livre l'avant dernier chapitre de cette fic.
Je vous remercie encore et toujours pour vos lectures et vos commentaires. Oui je sais que je fais durer le plaisir - la torture - pour Castiel et Dean mais ça va s'arranger...
Merci Delicity-Unicorn pour ton rôle de beta. Tu es irremplaçable...
Ça faisait maintenant six mois que Castiel n'avait pas remis les pieds à la Nouvelle Orléans. Il était revenu avec Sophie pour voir Gabriel et Balthazar à l'occasion de Mardi Gras. Cette fête était la plus importante de l'année et était incontournable pour tous les néo-orléanais qui se respectaient. Sophie était heureuse et ça faisait déjà plusieurs jours qu'elle se montrait intenable tellement elle était excitée de revoir ses oncles. Il avait fallu qu'il la menace de la priver de défilé pour qu'elle se montre plus sage. Elle avait bien sûr prévu de voir Dean durant ces quelques jours et c'est ce qu'il faisait le plus peur à Castiel. Il n'avait pas prévu de le voir pour ne pas rendre les choses plus compliquées mais il allait très certainement être invité à la fête que Balthazar organisait toute les années chez lui.
Il ouvrait sa maison à tous ses amis, collègues, employés, et les groupes se succédaient pour entretenir l'ambiance jusqu'au milieu de la nuit. A minuit, Mardi Gras prenait fin, la police équestre clôturait le dernier défilé et les fêtards étaient priés de rentrer chez eux. Ils avaient suffisamment profité. Les défilés de Mardi gras commençaient fin janvier et tous les weekends les différents krewes défilaient et le jour de Mardi gras les chars se suivaient en apothéose.
Castiel avait promis à sa fille qu'elle pourrait assister à une partie de la parade puis il la déposerait chez Rowena pour qu'elle passe la soirée avec son petit-fils comme avant alors qu'il passerait la soirée chez Balthazar.
Le matin de Mardi Gras, tout le monde était installé autour de la table du petit déjeuner et le planning de la journée était revu une dernière fois. Ils feraient un tour sur Canal Street et sans que personne ne dise rien, le quartier français serait évité. Sophie fut la première prête, habillée de son costume de Tiana et sa peluche de grenouille à la main. Son père aurait juré qu'elle se déguiserait en Elsa mais il fallait croire que NOLA lui manquait assez pour qu'elle choisisse le déguisement de la princesse de la Nouvelle Orléans. Quand Castiel s'était levé pour partir, Gabriel l'avait arrêté en lui faisant les gros yeux.
- « Où est ton costume ?
- Je n'en ai pas… »
Il allait lui expliquer qu'il n'avait pas eu le temps de s'en préoccuper et de toute façon, il n'aimait pas se déguiser mais après que Gabriel ait grimacé, il disparut pour revenir deux minutes plus tard avec une paire d'ailes d'ange duveteuses et les glissa sur les épaules de son frère.
- « Je ne pense pas que ce soit nécessaire », tenta-t-il.
- « Si papa, il faut que tu sois déguisé aussi. »
Gabriel arborait déjà une chemise hawaïenne rouge avec des fleurs blanches et Balthazar portait un costume de pirate. Il n'avait donc plus rien tenté et Balthazar s'était levé en sifflotant un air qu'ils connaissaient tous par cœur, Mardi Gras de Professor Longhair. Sophie se mit à sauter sur place et accompagna son oncle pour chanter les paroles alors que Gabriel dansait.
« Welle I'm goin' to New Orleans
I wanna see the Mardi Gras
When I get to New Orleans
I wanna see the Zulu King »
Castiel les regardait faire avec un sourire et fermant la marche de ce cortège. De nombreuses personnes costumées étaient déjà dans les rues et convergeaient vers le centre ville et les rues où les chars passaient.
Ils déambulaient maintenant dans les rues, Sophie sur les épaules de Balthazar pour qu'elle puisse voir un minimum de chose vu le monde qu'il y avait et qu'elle attrape les colliers envoyés depuis les chars à la foule qui criait pour en obtenir et qui seront peut-être échangés ou donnés en souvenir. Ils étaient de trois couleurs dont chacune avait une signification, le vert émeraude pour la foi, le violet pour la justice et l'or pour le pouvoir. Ils s'arrêtèrent un moment sur Dumaine Street pour écouter les fanfares jouer. Les cuivres et les tambours raisonnaient et les musiques entraînantes incitaient les carnavaliers à bouger au rythme de la musique. Ils virent passer le char du krewe Zulu, un des plus célèbres du défilé avec celui du Rex qui avait un des chars les plus beaux chaque année. Ils virent défiler la fanfare du Semper Fi constituée de marines. Des rangs droits et bien organisés, un rythme maintenu sans aucune fausse note ni aucun faux pas. Leur avancée fut ralentie par un embouteillage des chars et après avoir attendu quelques secondes, une première trompette raisonna, suivi immédiatement par les grosses caisses qui entamèrent une musique encore plus dansante. Les rangs se rompirent et les musiciens dansèrent le long de la rue en attendant de pouvoir reprendre. Les carnavaliers étaient ravis et applaudirent.
Balthazar et Gabriel les abandonnèrent en début d'après-midi pour accueillir les invités et commencer la fête chez lui. Quand Castiel et Sophie remontèrent ensuite sur Saint Ann Street ils tombèrent sur le défilé d'un Indian Krewe. Le big chief portait un costume fait de plumes vertes et son torse était orné d'un tableau confectionné en perles. Le chef lança son cri et Castiel sentit ses entrailles se contracté à ce cri si puissant. Il parlait au nom de ses ancêtres et à leurs descendants.
Après avoir fait pratiquement le tour de la ville à pied, Castiel déposa Sophie chez Rowena en fin d'après-midi, elle portait une dizaine de colliers autour de cou et en enleva un pour le donner à son père. Il lui souhaita une bonne soirée en lui rappelant qu'il viendrait la chercher demain matin pour passer la journée avec ses oncles. Sur le chemin du retour, il était heureux de pouvoir passer la soirée avec eux et de retrouver l'ambiance du Mardi Gras mais son appréhension de revoir Dean s'intensifia. Quand il arriva devant chez son ami, les portes et les fenêtres ouvertes laissaient la musique se rependre dans la rue. Il monta les quelques marches et aperçu des dizaines de personnes qui chantaient, discutaient, buvaient et riaient. Dans le salon, le groupe du club jouait des standards et il se faufila pour faire le tour des pièces et trouver le propriétaire du lieu.
Castiel tentait de contrôler ses pensées mais à chaque fois qu'il apercevait un jeune homme qui ressemblait vaguement à Dean, son cœur ratait un battement. Il se dit pour se tranquilliser qu'il ne serait peut-être pas présent, Balthazar avait surement dû lui dire qu'il était là et il ne voudrait sans doute pas le voir après le mal qu'il lui avait fait. Son ami lui avait expliqué qu'il s'était repris en main après les fêtes de fin d'année et Castiel avait pensé qu'il l'avait oublié et qu'il passerait plutôt la soirée avec ses amis. Il se détendit au fil des minutes et il fut encore rassuré par Gabriel qui lui expliqua que Dean ne devait sans doute pas passer. Il sentit une main se poser dans son dos et son corps se raidit, il tourna la tête et aperçu Balthazar qui lui fit un grand sourire et l'entraîna jusqu'au bar qui avait été dressé et qui occupait toute la cuisine. Il lui prépara un cocktail avant de lui fourrer un gobelet dans la main. Ils trinquèrent tous les trois.
- « A Mardi Gras », lança Castiel en levant son verre.
- « A ta visite », répondit Gabriel.
- « A nos retrouvailles », compléta Balthazar.
Ils burent une gorgée et Balthazar fut appelé et les laissa seuls un moment. Castiel vit un parasol en papier planté dans les cheveux de son frère.
- « Ça va parfaitement avec ta tenue ».
- « Merci, c'est le détail qui fait tout. Et ton déguisement te va comme un gant. »
Castiel passa une main par-dessus une de ses épaules pour toucher les plumes blanches. Il s'était habitué à les porter et ne sentait plus l'armature.
- « Je ne suis pas sûr mais je préfère celui-ci, à celui que tu m'as fait porter quand j'avais dix ans ». Il n'eut pas besoin de préciser lequel c'était, Castiel ressortait cette histoire à Gabriel toute les années.
- « Tu étais adorable dans ce costume de hérisson.
- Peut-être si j'avais eu cinq ans mais là j'étais déjà trop grand et tu m'as surnommé le hérisson pendant presque un an », en grimaçant à ce souvenir avant de rire avec son frère.
- « Ça va ? », lui demanda Gabriel tout à coup sérieux.
- « Oui, tout marche bien et la belle saison arrive », en regardant autour de lui.
- « Non, je veux dire… te retrouver ici. Et si tu le vois… »
Castiel se sentit moins à l'aise tout à coup et but une gorgée de son verre en se tournant vers son frère.
- « On est adultes, il n'y a pas de problème.
- Ok », en hochant la tête doucement. « Tu veux que je reste avec toi?
- Non », en fronçant les sourcils et ne comprenant pas la réaction de Gabriel. « Balth' m'a dit qu'il avait tourné la page ».
Gabriel ne le contredit pas mais il ne se méfiait pas de la réaction de Dean mais plutôt de celle de son frère. Il avait beau avoir pris une décision, leur avoir soutenu qu'il avait une nouvelle vie, il n'oubliait pas qu'il lui avait aussi avoué avoir des sentiments pour le jeune homme. Et connaissant son frère, quand il avouait en avoir, c'est qu'ils étaient profonds. Il avait peur qu'en le revoyant, tous ses sentiments refassent surface et qu'il n'arrive pas à les gérer. Il fuirait encore une fois mais il espérait vraiment que s'ils se voyaient, ce soit la chance qu'ils aient le temps de parler et que Castiel se rendrait compte qu'il l'aimait encore et que leur différence d'âge maintenant était bien peu de chose pour les garder éloignés.
Castiel déambulait dans la maison, il avait vu quelques visages qu'il connaissait, parlé avec certaines personnes, il avait passé le plus de temps possible avec Gabriel et Balthazar et leur avait donné un coup de main pour ravitailler la cuisine en bouteilles et nourriture. Et maintenant, il se dirigeait vers le salon pour écouter le nouveau groupe qui s'était installé. Toute cette ambiance festive avait allégé son humeur, peut-être aussi les cocktails de Balthazar et il se sentait moins tendu que lorsqu'il était arrivé. Il se mit à rire quand une femme déguisée en wonder woman voulu l'attraper avec son lasso et il réussit à se dégager en lui offrant son verre. Il tourna la tête vers le reste du salon et son sourire se fana dans l'instant. Il était là. Dans un coin de la pièce, un garçon de son âge discutait avec lui, adossé au mur, et accaparait toute son attention et lui n'arrivait pas à le quitter des yeux, se demandant s'il était réellement là. Il paraissait toujours aussi jeune et ce constat lui serra le cœur. Il le vit tourner la tête vers lui et quand il rencontra ses yeux verts, il sentit sa bouche s'assécher et sa gorge se serrer. Il tenta de lui sourire mais il le sentait se craqueler.
Dean le regardait lui aussi et leurs regards restaient rivés l'un à l'autre. Il ne manifestait aucune sorte d'émotion et Castiel fit un premier pas pour se rapprocher de lui presque sans s'en rendre compte. Son cœur s'était mis à cogner, il sentait le poids d'une pierre au fond du ventre mais il savait aussi qu'il avait besoin d'entendre sa voix et le voir.
- « Bonsoir », commença Castiel.
- « Bonsoir », lui répondit Dean sans bouger.
Le jeune homme à côté le salua mais il n'y prêta pas attention. Castiel ne quittait pas le regard de Dean et il avait du mal à décoder ses émotions, pas de froncement de sourcil, pas de mâchoires contractées, il ne semblait pas tendu mais pas complètement à l'aise non plus. Il cherchait ce qu'il allait pouvoir lui dire et il avait du mal à se concentrer, son regard redécouvrant son visage fin et ses tâches de rousseur. Il devait parler pour ne pas passer pour un idiot mais il ne pouvait pas lui demander s'il allait bien, il lui renverrait sans doute une répartie cinglante. Son regard se porta sur son déguisement de cowboy.
- « Sympa le chapeau », avec un sourire gauche.
Dean se passa la main sur la tête en la baissant et le fit glisser dans son dos pour le retirer.
- « Je ne me moquais pas », précisa Castiel, encore plus gêné maintenant.
Ils se faisaient de nouveau face sans parler et Castiel commençait à ne plus savoir quoi faire. Il pensait qu'ils auraient pu simplement discuter mais ça ne semblait pas être dans les envies de Dean.
Il se tourna vers le jeune homme qui accompagnait Dean, il avait l'air encore plus jeune que lui et il ne se sentit pas à sa place. Il n'aurait pas dû venir lui parler, maintenant face à eux, il ne savait plus comment se comporter alors que l'ami de Dean ne le lâchait pas des yeux, méfiant.
- « Et toi ton déguisement… Robin des bois ? », en se tournant vers lui.
- « Arrow », lui répondit l'autre et son regard prit un air blasé en voyant qu'il ne savait pas de qui il lui parlait.
Castiel hocha la tête avec un sourire gêné et reporta son attention sur Dean qui ne l'avait pas lâché du regard. Il se sentait étudié et de plus en plus mal à l'aise. Il n'avait jamais ressenti ça face à Dean et il était encore plus déstabilisé que ce à quoi il s'attendait.
- « Tu vas bien ? », tenta-t-il mais à peine la question eut-elle franchit ses lèvres qu'il savait qu'elle était déplacée. Il avait fait souffrir ce gamin en lui laissant croire qu'il pourrait y avoir plus qu'une amitié, et quelques nuits partagées, entre eux.
Dean n'en croyait pas ses yeux. Castiel était là, devant lui, il tentait de faire la conversation et tous ses gestes montraient qu'il était mal à l'aise. Il avait rêvé et redouté cet instant et maintenant, il se sentait presque anesthésié. Il ne savait pas quoi ressentir. Il aurait pu le prendre dans ses bras pour ne plus le relâcher mais la douleur qu'il avait ressenti quand il était parti avait été si intense qu'il ne pensait pas qu'il pourrait y survivre à nouveau. Il avait mûri, Castiel lui avait servi de leçon et il ne se laisserait plus avoir aussi facilement. Il étudia le brun et se rendit compte de quelques détails qu'il avait oublié, sa façon de se mordiller la lèvre inférieure, certaines intonations de sa voix. Son regard ne portait plus cette ombre qui ne le quittait pas, il avait les cheveux légèrement plus longs et une barbe naissante qui lui donnait un air un peu plus viril.
Castiel suivit le regard de Dean qui l'analysait sans répondre. Il se tenait adossé contre le mur et semblait vouloir éviter à tout prix la discussion. Il allait pour dire qu'il ne voulait pas plus les déranger que Benny venait se pendre au cou de son ami en passant devant son ami qui l'accompagnait et qui était resté silencieux durant cette pitoyable conversation avec Dean qu'il avait fait seul.
Benny, un gobelet à la main, semblait s'accrocher à chaque personne qu'il croisait pour pouvoir rester droit, il se mit à parler à son meilleur ami sans se soucier des autres autour, alors que seulement un mot sur deux était compréhensible. Puis il se tourna dans la direction de Castiel, le vit et un sourire éclaira son visage. Il relâcha Dean pour s'approcher de lui et le prendre dans ses bras.
- « Cas'… tu nous as manqué. Je suis content de te revoir », alors que Castiel lui donnait une tape dans le dos, surpris de cet accueil chaleureux.
- « Moi aussi Benny ». Il observa son déguisement quand Benny se recula un peu, un béret noir sur la tête, un tee-shirt rayé et une moustache fine. « Tu es déguisé en français ?», en fronçant les sourcils.
- « Non », en se redressant avec un sourire, « en stéréotype ». Il se mit à rire, ravie de sa plaisanterie et le serra encore une fois dans ses bras. « On doit faire la fête ce soir mon ami », avant de partir à la recherche d'une bouteille pour remplir son gobelet.
A peine Benny fut hors de vue qu'ils entendirent un cri suivit d'un grand bruit.
- « Je dois aller voir s'il va bien ». Castiel ne savait pas si ces mots lui étaient adressés et Dean le dépassa pour s'éloigner et partir à la recherche de son ami.
Il le suivit du regard quelques instants avant de le perdre de vue et se retourna vers le jeune homme qui n'avait toujours pas bougé. Il lui sourit faiblement en lui faisant un signe de la tête et s'éloigna. Ça l'avait beaucoup plus secoué que ce à quoi il s'attendait de le revoir mais il repoussa encore une fois toutes les émotions qui se réveillaient. Il était en ville pour peu de temps et il voulait profiter de sa famille avant de devoir repartir.
Minuit était passé, la plupart des invités était parti et la maison semblait bien vide. Castiel arriva dans le salon où quelques personnes traînaient encore, il s'arrêta sur le seuil et son regard se posa sur Dean qui était de profil, assis sur une chaise et à côté de lui Lucas, dont il avait appris le prénom par Benny, qui ne l'avait pratiquement pas quitté de la soirée. Balthazar jouait une ballade à la guitare accompagné par Jo au piano. Un couple qui se tenait enlacé tanguait au rythme des accords. Il balaya le reste de la pièce du regard, Gabriel un gobelet à la main et adossé au mur regardait Balthazar jouer. Il se demandait si son frère allait enfin lui donner une autre chance. Ils semblaient s'être un peu plus rapprochés ces derniers temps mais il maintenait des distances de sécurité. Bien qu'il donnait l'image de quelqu'un de fort, Gabriel avait besoin de se protéger et c'était particulièrement vrai en ce qui concernait leur ami.
Il prit appui contre le chambranle de la porte et son regard se posa de nouveau sur Dean. Lucas était penché vers lui et lui parlait à l'oreille, il vit un sourire se dessiner sur les lèvres du jeune homme. Il se sentit triste tout à coup et un sentiment de solitude le gagna. Il vit le jeune homme passer un bras dans le dos de Dean et poser sa main à la base de sa nuque alors que ses doigts venaient caresser la naissance de ses cheveux. Son sourire lui rappela le son de ses éclats de rire quand il s'amusait avec Sophie. Et le geste du blond réveilla les souvenirs de l'odeur de sa peau et de sa douceur. Ses muscles fins qu'il sentait sous ses doigts quand il posait les mains sur son corps. Il revoyait les éclats dans ses yeux verts, le désir qui les assombrissait quand ils s'étaient retrouvés la dernière fois et qu'il avait voulu lui donner du plaisir.
Il tourna la tête pour arrêter de se faire souffrir. C'était lui qui avait pris cette décision et c'était la meilleure. Il sortit, sans apercevoir Dean qui tournait la tête vers lui au même instant, descendit les quelques marches et s'installa sur l'une d'elle, contre la rambarde. Les notes de musique lui parvenaient toujours et dans la pénombre de la rue, il se sentit plus à l'aise. La fraîcheur de l'air le fit frissonner et il baissa la tête en s'accoudant sur ses genoux. Il souffla sous l'effet de l'idée qui était maintenant présente dans son esprit. Il pensait s'être défait des sentiments qu'il avait ressentis pour Dean mais c'était loin d'être la réalité. Il avait même l'impression de les ressentir de façon encore plus brutale. Ça faisait six mois qu'il était parti et il n'avait pas réussi à l'oublier.
Castiel était perdu dans ses pensées quand il sentit quelqu'un s'assoir à côté de lui et Benny passa un bras sur ses épaules. Il était encore légèrement éméché mais plus calme que plutôt dans la soirée.
- « Ça va ? », lui demanda Benny et avant qu'il ait pu répondre, « il te manque. » La fin de sa phrase était une affirmation et Castiel se défendit.
- « Non », en le regardant dans les yeux. Benny lui sourit tristement.
- « Tu as le même regard que lui quand il me dit qu'il va bien et qu'il ment ». Son regard était doux et compréhensif et Castiel finit par tourner la tête pour ne plus avoir à supporter cette vérité si difficile à affronter.
- « Il sort avec le garçon avec lequel je l'ai vu… », dans l'intention de faire comprendre à Benny qu'ils avaient maintenant prit des directions différentes.
- « Lucas ? Non… même si lui le voudrait bien… mais Dean… », en faisant une grimace.
Castiel ne dit rien mais il était touché d'apprendre que Dean ne semblait pas aller si bien que ça. Ils étaient maintenant assis côte à côte, silencieux, quand la voix de Dean s'éleva derrière eux alors qu'il descendait l'escalier.
- « On y va Benny », en les dépassant sans les regarder.
Benny donna une tape dans le dos de Castiel avant de se redresser.
- « Ça m'a fait plaisir de te voir Cas'.
- Moi aussi », répondit celui-ci.
Dean s'arrêta en bas alors que Benny le retrouvait et il fit quelques pas de plus pour s'éloigner et les laisser discuter. Le jeune homme se retourna vers le brun qui l'observait.
- « Tu diras à Sophie qu'elle me manque. Castiel hocha la tête et sentit sa gorge si serrée qu'il en eut mal.
- Tu lui manques aussi », répondit Castiel d'une voix qu'il tenta de faire paraître la plus neutre possible. Il leur manquait toujours.
Dean se détourna et avança dans la rue pour rejoindre Benny sans se retourner vers Castiel. Celui-ci le suivit des yeux, le regardant s'éloigner dans la nuit aux côtés de son ami. Il sentit son cœur s'alourdir en pensant qu'il lui en voulait toujours et les quelques échanges qu'ils avaient eu avaient été très limités et tendus. Une nouvelle personne s'assit à côté de lui alors que les silhouettes de Dean et Benny s'effaçaient dans la nuit.
- « Je crois que tu es un idiot. Tu aimes ce gamin », dit Gabriel d'une voix lasse.
- « Et toi ton meilleur ami ». Cette réplique eue pour effet de secouer Gabriel.
- « Ce n'est pas de moi dont on parle…
- Mais ça changerait un peu ». Castiel se tourna pour regarder son frère qui avait le regard perdu sur la rue.
- « Si je franchis le pas… et que je le perds… », en se tournant vers son frère.
- « Alors je te dirais qu'il faut savoir prendre des risques pour ce qui compte », avant de regarder de nouveau la rue où Dean était partit et Gabriel fit de même sans relever que ce conseil pouvait s'appliquer aussi à sa situation.
Lucas descendit les marches d'un pas rapide et se tourna vers eux arrivé en bas.
- « Vous avez vu passer Dean ?
- Oui, il est parti », répondit Castiel.
- « Dans quelle direction ?
- Par-là », indiqua Gabriel dans une direction opposée de celle qu'avait pris Dean.
- Non par-là », en indiquant la direction réelle.
Le jeune homme s'éloigna en les remerciant et Castiel fit les gros yeux à son frère.
- « Quoi ? Je trouve qu'ils ne vont pas ensemble », pour se défendre.
Comme promis, Castiel avait dit à Sophie qu'elle manquait à Dean et sans attendre, elle avait demandé s'ils pouvaient le voir avant de partir. Castiel n'avait pas immédiatement répondu et avait préféré en discuter avec Balthazar. Il le connaissait mieux que lui maintenant et il voulait faire au mieux pour Sophie. Son ami avait alors téléphoné au jeune homme pour lui proposer de passer chez lui car Sophie voulait le voir et il avait accepté avec plaisir.
Castiel l'avait attendu avec un peu d'appréhension, il n'avait pas été certain qu'il accepte de venir après les quelques mots qu'ils avaient échangés lors de la soirée. Il savait qu'il était attaché à Sophie et ça se confirmait. Dean toqua à la porte en milieu d'après-midi, le bruit des pas de course de Sophie résonnèrent dans la maison et la porte fut à peine ouverte qu'elle se jeta dans ses bras. Castiel, qui était en train d'aider Balthazar à ranger, assista à la scène. Dean la souleva de terre pour la prendre dans ses bras et la serrer contre lui, Sophie resserra ses bras autour de son cou alors qu'il passait ses bras dans son dos. Puis il la relâcha et les salua d'un signe de tête alors que Sophie lui parlait déjà de sa nouvelle école. Elle lui prit la main et l'entraîna à l'intérieur, il retira sa veste et demanda à Sophie de déposer ce qu'il avait à la main à la cuisine. Il avait apporté une couronne des rois et la petite fille demanda à en manger un morceau, Castiel lui donna l'autorisation alors qu'elle entraînait Dean jusqu'à la cuisine. Il sortit du sachet, la brioche recouverte de sucre glace aux couleurs du carnaval et lui coupa une tranche tout en lui demandant si elle s'était fait des amis et si son enseignant était gentil.
Ils restèrent tous les deux à discuter dans la cuisine et Castiel les écoutait rire par moment. Sophie n'arrêtait pas de parler et quand elle finissait par se taire, Dean lui posait de nouvelles questions. Balthazar voulu faire une pause dans le rangement et ils les rejoignirent à la cuisine pour manger eux aussi un morceau de brioche. Le jeune homme discuta avec Gabriel et Balthazar mais il regardait à peine Castiel et celui-ci ne savait pas comment lui parler.
A la fin de l'après-midi, Dean finit par se lever pour les laisser en famille et profiter des dernières heures qu'ils avaient à passer ensemble. Castiel avait envie de lui dire qu'il pouvait passer la soirée avec eux, il était comme de la famille mais il eut peur qu'il le prenne mal ou qu'il comprenne mal ses intentions. Le jeune homme prit Sophie dans ses bras et la serra contre lui pour lui dire au revoir.
- « Il faudra que tu viennes voir ma nouvelle maison. Je suis sûre qu'elle te plaira. Hein papa ? », en se tournant vers lui. « Dean pourra venir ?
- Oui », en hochant la tête. Il sentit à peine le regard de Dean se poser sur lui qu'il avait déjà retrouvé Sophie quand il le regarda.
- « Si j'ai le temps ça sera avec plaisir… », répondit-il à Sophie en lui souriant.
Il la reposa à terre et salua les autres d'un signe de tête avant de souhaiter un bon retour à Castiel. Il sortit et descendit les marches en respirant plus facilement maintenant. Il s'était contenu tout l'après-midi, ça lui avait fait très plaisir de revoir Sophie mais passer autant de temps près de Castiel le remettait dans cet état qu'il ne voulait plus ressentir. La veille, il avait réussi tant bien que mal à rester éloigner et à se convaincre que Castiel était de l'histoire ancienne mais à le voir face à lui, si mal à l'aise et gauche, il avait dû réprimer une envie de le prendre dans ses bras. Et pour réprimer cette envie, il n'avait pu que le regarder froidement en se tenant le plus loin possible de lui. Perdu dans ses pensées, il allait remonter la rue quand il entendit la porte claquer et Castiel l'appeler. Il se demanda si c'était son imagination avant de s'arrêter pour se retourner et de voir effectivement Castiel se rapprochait.
- « Merci d'être passé voir Sophie ».
Il hocha la tête sans répondre, semblant vouloir garder ses distances et Castiel se tendit un peu plus.
- « Ne t'inquiète pas, je sais que l'invitation n'était que pour la forme.
- Non, je le pensais vraiment. Tu es le bienvenu si tu veux… » et Castiel fut blessé de voir que Dean ne le croyait pas quand il sourit en coin. « Et tu pourras venir avec Lucas ». Il s'en voulut immédiatement d'avoir prononcé ces mots en voyant Dean secouer la tête de dépit.
- « Tu n'as pas changé… », alors que son regard le fuyait pour se perdre au loin. « Au revoir Castiel », en se tournant et en s'éloignant.
Castiel resta planté là, à le regarder s'éloigner, ne comprenant pas sa réaction, touché par le fait qu'il n'utilise pas son surnom et en prenant conscience qu'il avait eue peur de ce qui aurait pu se passer si Dean était venu chez eux. Il avait eu peur de ses sentiments et de ce qui paraissait maintenant possible. Il ne pensait plus que la différence d'âge était un si grand obstacle mais il avait fallu que sa peur parle pour lui. Il rentra chez Balthazar, fit claquer la porte derrière lui, traversa la maison d'un pas rapide et claqua la porte de sa chambre. Il était en colère contre lui pour avoir été aussi idiot. Il comprenait pourquoi Dean ne voulait plus le voir, il faisait tout ce qu'il fallait pour le faire souffrir.
Gabriel qui venait de voir sortir son frère pour courir après Dean, le voyait maintenant contrarié et son espoir revint. Si Castiel était touché ça signifiait qu'il n'était pas insensible à cette rencontre et qu'il y avait peut-être encore un espoir pour ces deux idiots.
Gabriel, debout au milieu du salon de la maison de la plage, était perdu dans ses pensées. Depuis Mardi Gras, il pensait à la conversation qu'il avait eue avec Castiel et à la réaction que son frère avait manifestée après le départ de Dean. Il avait mis un moment à ressortir de sa chambre et ni Balthazar, ni lui ne lui avait reparlé du jeune homme. Il avait échangé quelques regards avec Balthazar mais il avait tenu sa langue même si ça lui avait demandé un effort et Castiel avait l'air trop secoué pour lui passer encore derrière.
Le lendemain, il avait essayé d'aborder le sujet en tournant autour du pot mais son frère ne l'avait jamais laissé aller au bout de sa pensée. Son départ avait été difficile, Sophie avait pleuré et Castiel semblait en être pas loin lui non plus. Gabriel l'avait serré dans ses bras pour lui faire ressentir tout ce qu'il ne lui avait pas laissé lui dire. Il avait alors vu son frère repartir, une pierre au fond du ventre, en s'inquiétant de son état. Seul sans avoir quelqu'un à qui parler quand il en aurait besoin.
Castiel n'avait pas quitté son esprit depuis son départ et sa discussion avec lui lors de la soirée de Mardi Gras l'avait poussé à réfléchir. Il relâcha un soupir et se passa les mains dans les cheveux, il devait le faire. Il se mit en marche décidé, ouvrit la porte vitrée et se stoppa net sur la terrasse. Balthazar revenait de sa séance de natation et ça le percuta de plein fouet. Son ami releva la tête et lui sourit en le voyant. Un sourire simple, amical, mais qui pour lui comprenait tout ce qu'ils avaient partagé. Il sourit à son tour et quand Balthazar n'était plus qu'à quelques pas de lui, il s'avança, prit sa tête entre ses mains et l'embrassa. Il posa à peine ses lèvres sur les sienne qu'il eut l'impression de sentir battre son cœur à nouveau et son corps se réveiller. Il n'eut pas le temps d'en goûter plus que son ami le repoussait en le regardant durement.
- « Si c'est une de tes plaisanteries, elle est de mauvais goût ». Il lui avait retiré ses mains de sa tête et son regard était blessé.
Gabriel se sentit fautif de tout ce qu'il lui avait fait supporter et s'expliqua sans attendre.
- « J'ai parlé avec Castiel et j'ai compris que j'étais lâche. J'espère que si j'ai le courage de t'aimer…, il laissera Dean le faire ».
Il attendait maintenant sa réponse avec appréhension. Il prenait le risque que son ami de toujours et son amant le repousse mais il devait se jeter à l'eau pour essayer d'être heureux. Balthazar ne bougeait pas et il priait de toutes ses forces pour qu'il leur accorde une seconde chance.
- « Tu es sûr de toi? », d'une voix dure, « … parce que je vais t'embrasser … et je ne vais pas m'arrêter là … je ne pourrai pas… », en le regardant presque en colère.
Gabriel voyait la peur dans son regard et un sourire soulagé fleurit sur ses lèvres. Il se jeta en avant pour se rapprocher de son ami qui en fit de même. Leur baiser cette fois-ci fut brutal et passionné et les mains de Balthazar se resserrèrent sur le corps de Gabriel pour le tenir fermement contre lui. S'il pouvait mettre ses peurs de côté et les surpasser, Castiel pouvait en faire de même.
A dans une semaine pour le dernier chapitre. Je vous embrasse
