Lorsque Derek entendit frapper trois coups contre la porte du manoir Hale, il huma l'air par réflexe. L'alpha était en train de petit-déjeuner sur le plan de travail central de la cuisine et au travers des odeurs de café et de pain grillé, le loup garou tenta de reconnaître la personne qui se trouvait dehors grâce à son empreinte olfactive.
Etrangement, l'odeur lui parut familière mais il n'arrivait pas à trouver à qui elle appartenait parce qu'elle ne collait entièrement à aucun parfum qu'il connaissait. La personne frappa de nouveau et Derek se leva avec prudence, les sens en alerte, méfiant. Sans bruit, l'alpha traversa le couloir, cherchant fébrilement à se rappeler où il avait déjà senti cette odeur.
Qui pouvait bien venir au manoir, à une heure aussi matinale ? Après avoir écouté combien de battements de cœur il décelait et avoir été rassuré de n'entendre qu'un seul pouls, le loup garou ouvrit la porte d'un geste vif pour découvrir Melissa McCall sur le perron.
Derek retint un soupir d'agacement. Il savait enfin d'où il connaissait cette odeur. Elle ressemblait à celle de Scott. Un soupçon de féminité et une touche de bienveillance en plus. L'alpha s'attendait à tout, sauf à voir l'infirmière débarquer chez lui de bon matin, vu que Stiles, qui avait discuté avec son meilleur ami, lui avait expliqué que la femme était désormais au courant de la vraie nature de son oncle et l'avait viré de chez elle la veille au soir. C'est pourquoi il n'avait pas fait le rapprochement avec l'odeur de son bêta aussitôt.
Melissa se racla la gorge et le loup garou s'ébroua :
— Vous venez voir Peter ? présuma-t-il.
— Je suis désolée de vous déranger, mais …
Le jeune homme coupa court à ses excuses d'un geste de la main avant de se tourner vers l'étage :
— Peter ? C'est pour toi !
Derek s'effaça pour inviter l'infirmière à entrer.
— Je vous en prie. Sa chambre est au premier étage, la première porte sur votre droite. Je vous conseille de monter de vous-même parce que vu qu'il boude, il risque de ne pas descendre vous voir de sitôt.
Un sourire s'afficha sur le visage de l'alpha et il précisa :
— Et là, il vient de ronchonner qu'il ne boude pas du tout.
Melissa leva un sourcil et hocha la tête, pas certaine du comportement à adopter face à un homme qui pouvait entendre ce que les gens disaient un étage plus haut. Le loup garou désigna l'escalier du menton avant de retourner s'installer dans la cuisine pour finir son petit-déjeuner. L'infirmière monta lentement les marches, se demandant intérieurement si elle avait bien fait de venir.
Arrivée en haut de l'escalier, elle se dirigea vers la première porte du couloir sur sa droite et cogna doucement contre le battant. La voix de Derek la fit sursauter :
— N'attendez pas qu'il vous autorise à entrer, sinon, on n'a pas fini ! cria l'alpha depuis la cuisine.
Melissa entendit Peter bougonner quelque chose derrière la porte, sans parvenir à saisir le sens de ce qu'il marmonnait. L'infirmière hésita encore quelques instants avant de se saisir de la clenche et d'entrer dans la chambre du loup garou.
Les volets n'avaient pas été fermés la veille, par conséquent les rayons du soleil éclairaient pleinement la pièce. Peter était assis sur son lit, les yeux fixés sur son matelas, les bras croisés. Melissa l'observa un instant sans savoir quoi dire et décida de croiser à son tour ses bras devant elle.
Le loup garou finit par lever son regard vers elle et l'infirmière fut surprise d'y lire de la culpabilité. Il avait le même regard que Scott avait eu lorsqu'il avait appris que ses parents divorçaient.
« C'est de ma faute, maman, si papa s'en va ? Il ne t'aime plus à cause de moi ? »
Alors que son fils de six ans la dévisageait avec cet air coupable qui lui avait fendu le cœur, Melissa était venu s'asseoir près de lui et l'avait pris dans ses bras pour lui murmurer des paroles de réconfort.
« Non, mon chéri. Ce n'est pas ta faute. Tu sais, ça arrive, parfois, que les papas et les mamans ne s'aiment plus. Ton papa et moi, on s'est aimé très fort un jour, mais maintenant, on ne s'aime plus. Alors plutôt que de rester triste ensemble, on préfère se séparer pour être heureux chacun de notre côté. Mais ce n'est pas à cause de toi. Et ça ne change rien à l'amour qu'on a pour toi. Tu restes mon fils chéri et tu le resteras toujours. Et c'est pareil pour ton papa. »
L'infirmière chassa ce souvenir dans son esprit. Scott n'était pas Peter. Peter n'était pas Scott. La situation était totalement différente et aujourd'hui, c'était elle qui avait besoin d'être rassurée. Melissa prit une grande inspiration avant de se lancer :
— J'aimerais que tu me racontes tout. Depuis le début.
Le loup garou la fixa un instant, toujours de ce regard dans lequel brillait la culpabilité, avant de lui faire signe de venir s'installer sur le lit, en face de lui. Après avoir hésité, l'infirmière s'avança et s'assit sur le bord du matelas. Peter se passa une main sur le visage et lui raconta. Tout. Depuis le début.
# #
Il était le frère du père de Derek, de quatre ans son cadet, et il était un loup garou de naissance. De fait, il se maîtrisait plutôt bien et les nuits de pleine lune ne lui causaient aucun souci.
Sept ans plus tôt, le clan Hale s'était rassemblé au manoir pour une réunion qui était organisée chaque année, durant laquelle la famille discutait des éventuels problèmes qu'ils avaient afin de trouver une solution pour les résoudre. Profitant de cette occasion, un chasseur avait mis le feu à l'habitation, sans se soucier des humains qui étaient présents, dans le but d'éradiquer un maximum de lycanthropes.
Par miracle, Peter n'avait pas péri dans cet incendie comme le reste du clan Hale. Les secours avaient pu le sortir des ruines encore fumantes et le transférer à l'hôpital de Beacon Hills, dans lequel il avait passé six ans, paralysé, à attendre que son pouvoir de guérison se mettre en route et régénère doucement chaque cellule endommagée de son corps brûlé. De cette période, il ne gardait que des souvenirs flous, la vague impression que Laura et Derek étaient venus lui rendre visite plusieurs fois et une succession de visages sans noms, probablement des médecins et des infirmiers.
Une seule personne restait gravée dans sa mémoire. Le visage d'un homme, un infirmier qui venait lui changer toutes les dix heures l'une de ses perfusions et qui le regardait pendant plusieurs minutes, allongé dans son lit ou assis sur sa chaise, un sourire confiant sur les lèvres.
Au départ, Peter essaya désespérément de crier, de l'appeler à l'aide, de faire un signe, pour montrer qu'il était toujours présent et qu'il n'était pas une carcasse vide. Mais aucun son ne sortait de sa bouche. Et son esprit était fatigué, abîmé par le drame, embrumé par les images de l'incendie, ravagé par la fumée, les flammes et la chaleur du brasier. Les cris des humains et des loups garous résonnaient encore dans sa tête et il avait cru qu'il allait sombrer dans la folie.
Il s'était alors recroquevillé sur lui-même, se préparant à mourir, emprisonné à l'intérieur de son propre corps. Son seul regret était de ne pas avoir pu dire au revoir à Laura et Derek.
Blanc.
Gris.
Noir.
Le loup s'était révolté.
Noir. Gris. Blanc.
Il refusait totalement d'abandonner la partie, refusait la facilité, refusait la mort.
Il avait alors tenté de transformer le corps inerte de Peter, avait tenté de hurler, avait lutté pour sa vie.
L'humain l'avait regardé faire, reprenant un peu confiance en lui, essayant parfois lui aussi de faire se lever le corps, restant souvent en retrait pour observer les efforts que déployait le loup. Les nuits de pleine lune, il sentait l'attraction de l'astre agiter le loup, qui rêvait de pouvoir courir dehors et cherchait frénétiquement le moyen de guérir.
Et puis était arrivé le jour où Peter avait senti que son corps commençait à guérir. Ce n'était au début qu'une sensation légère, un fourmillement minime dans le bout de ses doigts. Et puis, la sensation s'était doucement accentuée, jusqu'à ce qu'il reconnaisse les signes qui indiquaient que son pouvoir de régénération agissait, soignant son corps blessé.
Le loup avait hurlé, triomphant, tandis que Peter reprenait vraiment confiance en l'avenir.
Il avait fallu plusieurs mois avant qu'il ne sente le fourmillement parcourir chacun de ses membres, prouvant qu'il était en voie de guérison. Et puis, la nuit qui avait bouleversée sa vie était arrivée.
Le rond nacré de la lune se découpait nettement dans le ciel d'encre. Peter s'était assoupi. Il n'avait pas de raison de rester éveillé. Son corps n'était pas encore en état de fonctionner. C'était pour bientôt. Mais pas tout de suite.
Le loup, lui, était bien éveillé. Et lorsque le premier rayon de lune se posa sur la main de Peter, il était prêt. L'animal avait pris le contrôle.
Le corps de Peter avait été parcouru d'un violent frisson qui avait réveillé la partie humaine de son esprit. Eberlué, il s'était vu lever un bras.
La joie avait envahi Peter avant qu'il se rende compte que ce n'était pas lui qui commandait son corps. C'était le loup qui décidait de ses mouvements. Et malgré les tentatives de Peter pour le refouler au fond de son esprit, l'animal n'avait pas cédé.
Sans qu'il puisse contrôler ses gestes, Peter s'était vu se couler hors de l'hôpital, une nuit, échappant à la surveillance des infirmières, suivant un plan qu'il ne s'était pas rappelé avoir conçu. Le loup avait le pouvoir. Et son seul souhait comportait neuf lettres: vengeance.
Peter s'était enfoncé dans la forêt, traquant une biche entre les arbres. Il avait planté ses crocs dans son cou, le goût métallique du sang emplissant sa gorge alors que la vie quittait peu à peu le corps de l'animal. Une partie de lui avait trouvé ça détestable. Mais son côté humain était étouffé par le loup, qui lui, adorait ça. Après avoir gravé une spirale sur le flanc de la biche, Peter était reparti se glisser dans son lit d'hôpital, sans que personne ne se soit douté de son escapade nocturne.
Le loup triomphant.
L'humain luttant pour reprendre le contrôle de son corps.
Après cette sortie, le corps de Peter n'avait plus bougé. L'humain en avait conclu que c'était l'influence de la lune qui avait permis au loup de le faire se mouvoir. Il avait essayé de bouger mais chaque tentative s'était soldée par un échec. Il avait donc attendu la prochaine pleine lune.
Lorsqu'elle était arrivée, il se tenait prêt. Mais le loup ne lui avait pas laissé la possibilité de prendre le contrôle. L'appel de la lune aidant, il avait repoussé l'humain et avait fait se redresser le corps dans le lit. Il était prêt pour une nouvelle sortie. Il avait une enquête à mener. Et il avait soif de sang.
Laura Hale avait fini par revenir à Beacon Hills, alertée par la photo de la biche qui était passée aux informations. Elle avait rendu visite à son oncle au passage, lui annonçant qu'elle resterait plusieurs jours. Le loup appréciait la jeune fille. Mais elle possédait quelque chose dont il avait besoin pour mener à bien son plan. Son rang d'alpha.
Les images du plan du loup arrivaient en flashs devant les yeux de Peter. Comprenant ce qu'il comptait faire, il lutta de plus belle pour reprendre le contrôle de son corps, cherchant à dominer l'animal, pour l'empêcher de tuer sa nièce.
Peine perdue.
La pleine lune était arrivée et le loup avait quitté l'hôpital. L'infirmière de garde l'avait vu. Avant qu'elle ne puisse dire quoique ce soit, il lui avait ordonné d'appeler Laura pour lui dire de se rendre dans la forêt. L'humain avait voulu hurlé à l'infirmière de ne pas le faire. L'animal ne lui en avait pas laissé l'occasion.
Sa nièce était venue. Et le loup avait attaqué Laura sans lui laisser le temps de riposter. La jeune femme ne s'attendait déjà pas à voir son oncle debout. Comment aurait-elle pu penser que son oncle préféré allait la trancher en deux ?
Alors qu'un fourmillement parcourait le corps de Peter, témoin de son rang d'alpha nouvellement acquis, l'humain se recroquevilla au fond de son esprit pour pleurer, laissant le loup faire ce que bon lui semblait. Il pleura sa nièce. Il pleura son frère. Il pleura sa famille. Il pleura son incapacité à se contrôler.
Il pleura.
Jusqu'à ce que le loup capte l'odeur de Derek.
Dans un sursaut, Peter se réveilla. Il sécha ses larmes et reprit la lutte. Son cœur brisé ne s'était pas encore remis de la mort de Laura. Mais l'humain n'accepterait pas que le loup s'en prenne encore à un membre de sa famille.
Ce n'était cependant pas dans les intentions de l'animal. Il avait besoin de Derek comme bêta. Tout comme il avait besoin de ce jeune qu'il avait mordu, la nuit de la mort de Laura.
Si la nuit, Peter ne pouvait pas lutter contre le loup, qui grâce à l'appel de la lune, était beaucoup trop fort, le jour, il se battait pour tenter de reprendre le contrôle. Mais bien que l'animal soit moins puissant la journée, il ne laissait pas la partie humaine reprendre le dessus.
Alors Peter se contentait d'être le spectateur passif des actions menées par le loup. Les nuits d'errance. La soif de vengeance. Les meurtres.
Grâce à son nouveau statut d'alpha, le loup pouvait désormais se lever de plus en plus fréquemment tandis que l'humain perdait peu à peu espoir de réussir à regagner le contrôle de son corps. Même s'il avait réussi à lever un doigt, une fois, surpassant la volonté du l'animal, lorsque Derek était venu le voir à l'hôpital. Mais son neveu était parti sans voir son exploit.
S'en était suivi la traque inlassable de Scott pour qu'il rejoigne la meute. Et puis cette fois où Stiles était venu à l'hôpital et avait découvert que Peter avait quitté sa chambre. Où Derek était intervenu. Où le loup s'était battu avec son neveu. Où l'humain avait tenté d'arrêter l'animal.
Jusqu'au bal d'hiver où il avait attaqué Lydia. Et kidnappé Stiles pour qu'il lui permette de retrouver Derek, qui s'était fait emprisonner par les Argent. Le soir où le loup avait retrouvé et tué Kate, bouclant la boucle, assouvissant ses envies de vengeance. Le soir où Stiles et Jackson l'avaient stoppé en lui jetant un cocktail Molotov dessus. Où il s'était écroulé, la peau brûlante, le loup hurlant, l'humain triomphant malgré la douleur.
Derek s'était approché de lui, griffes dehors et le loup, sachant très bien ce qu'il allait arriver, l'avait provoqué. L'humain s'était juste senti triste. Triste de mourir après avoir tant lutté. Triste de se faire tuer par son propre neveu. Triste de ne pas pouvoir lui dire qu'il était fier de lui.
Son corps n'était plus que douleur et c'est à peine s'il sentit les griffes de son neveu s'enfoncer dans sa gorge. La vie l'avait quittée et ses membres s'étaient raidis.
Noir.
Noir.
Noir.
Gris.
Blanc.
Peter avait ouvert les yeux. Les murs qu'il ne connaissait que trop bien. Le bruit des machines. Un homme qu'il ne se rappelait pas avoir déjà croisé à son chevet.
Sa tête se tourna sans qu'il l'ait décidé. Ses doigts bougèrent sans qu'il l'ait voulu. Sa bouche s'ouvrit pour parler sans qu'il l'ait choisi.
— Où est-ce que je suis ?
C'était une voix féminine qui s'était élevée dans la pièce. Bien loin de celle qu'avait Peter. Il tentait de comprendre ce qu'il se passait mais il se sentait faible. Si faible …
— Tu es à l'hôpital … annonça doucement l'homme près de lui.
— Mais … Qu'est-ce qu'il m'est arrivé ?
— Je … On ne sait pas vraiment, ma chérie. C'est Jackson qui t'a trouvée. Tu ne te souviens de rien ?
— N … Non …
— Ce n'est pas grave. Repose-toi, Lydia. Tu es en sécurité, ici.
Lydia.
Bien sûr.
Le loup avait toujours un plan de secours.
Il avait tenté de prendre le contrôle du corps de la rousse, d'abord de manière douce, puis, voyant que la jeune fille ne se laissait pas faire, avec plus de brutalité, luttant contre l'esprit de l'adolescente, la partie humaine de Peter ballotée entre les deux volontés qui s'affrontaient.
Lydia s'était battue. Avec courage. Avec force. Avec acharnement.
Le loup avait failli prendre le pouvoir. Failli.
La jeune fille avait eu du mal à garder le contrôle d'elle-même. Son esprit était tellement focalisée sur la lutte avec le loup qu'après s'être enfuie de l'hôpital, elle avait erré plusieurs jours dans la forêt, jusqu'à ce qu'elle parvienne à repousser le loup. Peter avait assisté au duel, sans pouvoir rien faire. Pourtant, il aurait adoré donner un coup de pouce à l'adolescente.
Lydia avait retrouvé la raison. Mais le loup n'avait pas abandonné. Il avait tenté plusieurs fois de déstabiliser la jeune fille pour réussir à prendre le contrôle de son corps mais elle ne s'était pas laissé faire. Et au fur et à mesure que le temps passait, ses forces décroissaient.
Peter avait fini par se rendre compte que le loup était de moins en moins puissant mais quand il avait essayé de s'attaquer à lui, il s'était fait envoyé valdinguer d'une pichenette dans un recoin de l'esprit de Lydia. L'humain avait donc patienté, guettant le bon moment.
Le loup avait changé de tactique et plutôt que de tenter de prendre le contrôle de son corps, il avait manipulé son esprit, parvenant à lui imposer des visions pour que l'adolescente fasse ce qu'il attendait. Peter l'avait laissé faire, attendant son heure.
Etait arrivée la nuit des vers. Où le corps de Peter, grâce à Lydia, manipulée par le loup plus fort grâce à la pleine lune, avait ressuscité. Sensation étrange que de se sentir glisser d'un corps vers un autre.
Blanc. Gris.
Gris. Blanc.
Le corps de Peter avait retrouvé la vie. Il s'était extirpé du trou dans lequel il avait été enterré et le loup avait souri, fier de son coup.
Pas longtemps.
L'humain lui avait sauté mentalement dessus, prêt à se battre. Le loup avait été surpris. Il avait oublié cette partie de lui qui était restée si bien tapie pendant qu'il se battait avec l'esprit de Lydia.
Peter s'était préparé à devoir lutter de toutes ses forces pour battre le loup, prenant exemple de la ténacité avec laquelle Lydia avait lutté contre l'animal. Mais il avait réussi à reprendre le contrôle de son corps avec une facilité déconcertante. Le loup s'était incliné sans résister devant la part humaine de son âme et s'était reculée, laissant la place à l'homme. Comme il l'avait toujours fait avant l'incendie.
Peter avait ensuite repris contact avec Derek, même si son neveu était furieux contre lui. Ils s'étaient associés pour vaincre le Kanima et l'oncle avait intégré la meute, réussissant à se faire accepter de tous.
Tout avait repris comme avant.
# #
Peter se tût enfin, la gorge sèche d'avoir tant parlé. Melissa l'observait d'un air neutre, le dos droit, les bras croisés devant elle, immobile. Le loup garou s'éclaircit la voix.
— Je … Ça fait beaucoup d'informations à assimiler d'un coup et je pense qu'il va te falloir du temps pour digérer. Mais je voudrais savoir si tu m'en veux de t'avoir menti ?
L'infirmière poussa un soupir et son dos s'affaissa légèrement.
— Non. Tu as bien fait de ne pas me révéler tout de suite que tu étais un loup garou. C'est un secret lourd à porter et qui n'est pas facile à avouer. Je comprends que tu n'aies rien dit. Je suis quand même en colère que ce soit Scott qui m'ait tout raconté en premier mais je ne peux pas t'en vouloir d'avoir tenu à garder le silence. Le monde serait déjà au courant de votre existence si vous racontiez à tous les inconnus que vous croisiez votre secret. Je veux dire, ça ne fait même pas trois mois qu'on se fréquente et tout juste trois semaines depuis qu'on s'est embrassé pour la première fois. Ce n'est rien. Je ne sais même pas si on est vraiment proches.
— Justement, en parlant de ça … bredouilla Peter. A propos de nous … On fait quoi ?
Melissa haussa les épaules.
— Je ne sais pas trop. Est-ce que tu as d'autres secrets à m'avouer ?
— Non. Je crois que là, j'ai tout dit.
L'infirmière se mordit pensivement la lèvre inférieure.
— J'ai besoin de temps. Pour réfléchir à tout ça. Pour prendre du recul et assimiler tout ce que tu viens de me dire. Je veux dire … Tu as tué des gens.
— Non, pas moi ! s'écria Peter. C'était le loup ! Il était devenu complètement fou !
— Je veux bien croire qu'une partie de toi était folle … admit Melissa. Mais ce n'est pas ce qui va me faire avoir plus confiance. Qu'est-ce qui me dit que le loup ne va pas redevenir fou un jour ?
Peter ne sut quoi répondre. Parce qu'il craignait exactement la même chose. Que l'animal ne reprenne le contrôle de son corps au moment où il s'y attendait le moins. Il ne faisait plus confiance au loup qui sommeillait en lui et s'en méfiait. Même s'il se montrait de nouveau docile, il craignait qu'il ne prépare une rébellion en douce et ne reprenne le dessus un jour ou l'autre.
L'infirmière se leva du lit et se tordit les mains, l'air gênée.
— Je vais … Je vais y aller. Je commence le boulot dans une heure et …
— Je t'appelle ? proposa Peter.
Melissa secoua la tête.
— Je … J'ai besoin de réfléchir à tout ça, de prendre le temps de prendre une décision. Je te rappellerai, d'accord ?
— Dans combien de temps ? demanda le loup garou d'une voix déçue.
— Je ne sais pas. Je … Je t'appelle dès que j'y vois plus clair, c'est promis
L'infirmière fit volte-face et sortit de la chambre sans un regard en arrière. Peter entendit la porte d'entrée du manoir se refermer derrière elle et sa voiture démarrer. Lentement, il se laissa tomber sur son matelas, la tête vide. Et le cœur en miettes.
# #
Accoudé contre le rebord de sa fenêtre, Stiles observait la lune dans le ciel. Haut et rond, l'astre trônait au-dessus de Beacon Hills.
Derek ne viendrait pas le voir ce soir. Il était l'alpha et devait veiller sur ses bêtas. Ils se contrôlaient tous de mieux en mieux. Même Jackson commençait à se maîtriser et à résister à l'appel de la lune. Pourtant, Stiles savait que quelque chose de mauvais aller se passer.
Toute la journée, Scott avait été nerveux et irritable. Il était toujours un peu tendu, les heures précédant la pleine lune. Mais cette fois, l'adolescent était sur les nerfs parce qu'il savait qu'il devrait passer la soirée avec Peter, qu'il considérait comme un traitre pour avoir osé s'approcher de sa mère et qu'il ne décolérait pas.
Isaac avait fait part à Stiles de ses inquiétudes quant au déroulement de la nuit et si le garçon avait tenté de le rassurer, le loup garou frisé était resté dubitatif. Stiles le comprenait. Lui-même n'était pas certain que son meilleur ami saurait se tenir correctement.
Mais l'adolescent ne pouvait absolument rien faire. Il devait simplement attendre le texto de Derek qui lui dirait que tout s'était bien passé.
Et cette fois-ci, le garçon craignait que le message qu'il recevrait soit tout, sauf rassurant. Pour preuve, la lettre qu'il avait trouvé dans la boîte aux lettres en rentrant du lycée. Stiles avait aussitôt alerté Derek pour qu'il fasse encore plus attention, le corbeau en ayant après la meute. L'alpha lui avait assuré qu'il prendrait les mesures nécessaires mais l'adolescent ne pouvait empêcher de s'inquiéter, la menace dansant dans son esprit.
« La nuit, tous les chats sont gris. Lors de la pleine lune, tous les loups sont de sortie. Amusez-vous bien, toi et ta meute »
