DANS UNE CAGE OU AILLEURS
Chapitre 25
Don't stop the dance
Retour sous des cieux plus radieux, pas du tout d'actualité un jour de Noël, mais bon… c'est la magie de l'écriture, pas vrai ? Bonne lecture !
"Don't stop the dance" est une chanson de Bryan Ferry
oOo oOo oOo
Et je regarde ceux
Qui s'endorment aux fenêtres
J'me dis qu'il y en a parmi eux
Qui m'oublient peut-être (W Sheller)
L'été suivant
Tara tape comme une folle sur son joujou en forme en portable, en hurlant dans le faux combiné téléphonique–j'espère qu'elle n'imite pas sa mère, sinon j'ai du souci à me faire. Elle trône au milieu de ses jouets tous étalés sur son tapis, les joues bien rouges, ravie, tandis que Lily regarde les dessins animés affalée sur le canapé. Il est presque 18h, il fait encore très chaud, Esmée va bientôt rentrer de son soin de beauté et elle va m'engueuler, j'avais promis d'amener les petites à la mer. Mais c'est une telle expédition de prendre les seaux, les pelles, les ballons, le parasol et les crèmes solaires que je suis resté dans la villa, à somnoler au bord de la piscine. Pourquoi aller en voiture sur une plage surpeuplée quand on a une superbe piscine pour soi ?
Nous sommes arrivés depuis une semaine, je décompresse lentement en ne regardant mes e-mails qu'une fois par jour. Addiction, on appelle ça à la télé. Tu parles. Chaque jour j'attends le mail qui va me dire que je suis remplacé au journal du week-end, et qui va me gâcher mes vacances. Je n'aurai pas beaucoup de temps pour me retourner, le mercato télévisuel est presque terminé, toutes les bonnes places sont prises. Je sais que Marie, ma remplaçante, a fait des pieds et des mains pour avoir mon poste, et je suis d'autant plus inquiet que Thierry m'a juré que je n'avais aucun souci à me faire, évidemment. Elle est plus habile et mieux « introduite » que moi, elle connaît le patron de la chaîne depuis son enfance, leurs pères siégeaient sur le même banc de l'Assemblée Nationale.
Après avoir bu un grand verre de Perrier je décide de piquer une dernière tête dans l'eau tiède de la piscine, foutu pour foutu autant en profiter avant le retour d'Esmée. Par la porte-fenêtre ouverte je vois Tara sur le tapis, que je tiens à l'oeil, et j'entends la télé de Lily – house music en HD, les clips sont navrants mais elle n'aime que ça. Avec Secret Story.
Je m'étends quelques instants sur un transat à l'ombre du pin parasol, je suis réveillé par une voix amère :
- Et c'est comme ça que tu surveilles tes filles ?
- La barrière de sécurité de la piscine est fermée, non ? Et puis j'aurais entendu le plouf… je venais juste de m'allonger.
- Tu parles ! Je parie que ça fait une heure que tu roupilles ici, les filles sont devant une émission de télé-réalité, tu te rends compte ?
- Hé oui, c'est la vraie vie, chérie, elles sont tout à fait dans la cible des annonceurs, faut croire. Les enfants sont des prescripteurs importants aussi…
- Je croyais que tu devais aller à la mer avec elles ? reprend-elle d'un ton soupçonneux en ramassant les serviettes sur les transats. Vous êtes restés ici toute l'après-midi ?
Ca y est, c'est reparti pour la litanie des plaintes, je la regarde, elle est superbe et bronzée –comme toujours- mais ne semble pas détendue par le spa, hélas.
- Il fait trop chaud pour sortir… et toutes ces voitures, c'est l'enfer. On a une belle maison climatisée, pourquoi tu veux absolument aller sur la plage ?
- C'est mieux, pour les filles. Comme ça elles profitent du bon air marin et elles voient d'autres enfants…
- Hum… C'était bien, ton soin ?
- Ah oui, elle fait des merveilles cette masseuse, ça m'a fait un bien fou ! dit-elle en souriant enfin. Et Dieu sait que j'en ai besoin… je suis crevée. Tiens au fait j'ai rencontré la femme de ton patron, ils nous invitent demain soir chez eux, il y a un cocktail ou un truc comme ça.
- La femme de Thierry ? Tu la connais ?
- Mais non, la femme du patron de la chaîne, Dupuis. Je l'ai vue au pot de départ de Sébastien, tu te rappelles ? Elle était juste à côté de moi au hammam, on a un peu discuté…
- Ah bon ? De quoi ? De mon éviction ?
- N'importe quoi ! Arrête ta parano, Carlisle, je ne vois vraiment pas pourquoi ils voudraient se débarrasser de toi. Bon, je vais doucher les filles et après on sortira dîner…
Peut être parce que je me suis tiré comme un voleur d'Angleterre deux fois de suite, me dis-je en grimaçant. Je revois la mine excédée de Thierry à mon retour, le lundi :
- Tu peux me dire où tu étais vendredi dernier, Carlisle ? a-t-il interrogé avec son sourire faux, en jouant avec sa petite balle en mousse.
- En Angleterre, pourquoi ? ai-je fait naïvement.
- Ah bon ? Pourtant Mortimer et les producteurs ne t'ont pas vu ce jour-là… ils voulaient visionner ce qui avait été tourné par ton équipe, avant votre départ, et tu n'étais plus là. Etrange, non ?
- C'est justement pour ça que je suis parti avant, pour ne pas rendre de comptes, ai-je répondu sans me démonter. Je croyais qu'ils n'avaient pas de droit de regard sur le reportage ?
- Sur le reportage en lui-même non mais ils voulaient vérifier qu'il n'y avait pas d'extrait du film dedans, car nous n'avons pas les droits dessus, et les extraits ne peuvent être diffusés que sous contrôle, au moment de la sortie officielle du film.
- Ca veut dire qu'on ne pourra pas diffuser le reportage avant deux ans ?
- En gros, oui. Ou alors que des images hors plateau et ne donnant aucune info, ce qui est concrètement impossible.
Sur le coup j'ai senti la colère monter, je me suis penché en avant, le fixant droit dans les yeux :
- Attends, ne me dis pas que j'ai fait tout ça pour assurer la promo du film ?
- Non, bien sûr. C'est un vrai reportage d'investigation que tu as fait, mais les intérêts financiers sont tels que…
- Je croyais que c'était une procédure de sécurisation du tournage, à la base… C'est pas ça que tu m'as vendu, à l'époque ? Pour éviter les débordements de Mortimer –qui est un fou furieux, il faut le savoir.
- Oui, bien sûr mais les clauses sont telles qu'on est bloqués pour l'instant. Tu sais comment ça marche, non ? Et leurs avocats sont impitoyables, crois-moi. T'inquiète pas, ça fera un gros buzz à la sortie du film, tant pis s'il faut attendre un peu, a-t-il conclu d'un air satisfait.
- Putain... j'ai fait tout ça pour rien alors ? ai-je dit en sentant la colère monter. Qui a négocié un contrat merdique comme ça ?
- Moi, a-t-il répondu froidement. Compte tenu des circonstances, je n'avais pas le choix, ou on perdait l'affaire. Tu essayeras de faire mieux quand tu seras à ma place, Carlisle, mais la chaîne est aussi partenaire de la production, donc…
J'ai écouté son blabla d'une oreille lointaine en fixant les immeubles au loin, par la baie vitrée. Amusant comme tout ce qui nous paraît si important aujourd'hui deviendra dérisoire demain, en si peu de temps. Trois semaines de ma vie pour rien, un vague clip de promo… J'en aurais ri si je n'avais pas eu ce poids, sur le cœur.
Edward m'avait laissé deux messages auxquels je n'avais pas répondu, la page était tournée. Les studios étaient loin, j'étais redevenu Carlisle, père aimant et mari fidèle, et je fermais mes yeux et mes oreilles quand on me parlait de lui. Si seulement il n'y avait pas ces battements de cœur gênants, parfois…
Gérard, mon producteur, a passé la tête par l'entrebâillement de la porte et s'est exclamé :
- Ah Carl t'es là, toi ? Tu viens et tu repars quand tu veux, hein ? Tu te rends compte de l'enjeu du truc ?
- Enjeu ? Tu te fous de ma gueule ? Un simple making off à la noix, sous contrôle des producteurs américains ? Et c'est pour ça que tu me fais chier ?
- Mais on n'avait pas le choix, et puis l'impact va être énorme, au moment de la sortie. On a déjà prévu une émission spéciale en prime time et…
- OK, j'ai compris, ai-je dit dégoûté, en me levant.
- Attends ! Où sont les bandes ?
- Vois avec Georges et Steph, c'est eux qui ont tout.
- Et toi tu n'as rien gardé ?
- Non, ai-je menti en claquant la porte.
oOo oOo oOo
Une musique agréable parvient jusqu'à nous dès l'entrée de la propriété du « petit mas » de Carine, l'épouse de mon patron de chaîne, niché au pied des Alpilles. Je souris à Esmée qui est resplendissante dans sa robe vaporeuse, bien bronzée et maquillée, très star derrière ses lunettes noires. Deux malabars nous attendent à l'entrée et prennent notre voiture en charge, je sens que ce ne sera pas une soirée entre amis. De dos je reconnais Gael Servier et son épouse Manon, les deux acteurs à la mode qui marchent main dans la main, l'air faussement modeste.
Je déteste ce genre de pince-fesses, les mondanités et les sourires de circonstance, je réalise un peu tard qu'on n'aurait pas dû accepter le prêt de la maison provençale de Gérard, mon producteur, mais l'hiver a été si long qu'Esmée a aussitôt sauté sur la proposition, délaissant l'Ile de Ré, notre refuge favori d'ordinaire. Il y a déjà des groupes autour de la piscine immense, on entend les cliquetis des verres en cristal et les murmures des convives, un rire distingué couvre parfois la musique.
- Dis donc, c'est chic ici, me glisse Esmée. T'as vu ce jardin ?
- Oui. C'est normal, c'est le patron de TV2. J'espérais qu'il y ait moins de monde, on se croirait à la remise de 7 d'or, tout ce que je déteste, dis-je en reconnaissant deux journalistes télé et une vedette du petit écran.
- Je sais que tu n'aimes pas trop ça mais on ne pouvait décemment pas refuser, ton patron l'aurait mal pris. Et je ne vois pas pourquoi tu n'aimes pas ça, tout le monde se fréquente entre collègues, dans tous les milieux.
- Moui, dis-je, peu convaincu.
Je ne connais pas tous les milieux mais il y en a peu où on se jalouse autant, sous couvert de saine émulation, et où les langues de putes sont aussi féroces. Carine Dupuis –qui porte pratiquement la même robe que Esmée- vient vers nous, mains tendues :
- Comme c'est sympathique à vous d'être venus. C'est notre nuit bleue de l'année, une tradition ici, et nous avons la chance d'avoir de plus en plus d'invités. Heureusement que nous avons fait faire des travaux sinon je ne sais pas où je les aurais mis, glousse-t-elle en me déposant un baiser collant sur la joue. Dans la piscine peut être…
- C'est vraiment magnifique…
- Merci, vous êtes gentille. Votre séjour se passe bien ? Esmée, cette coloration vous va à ravir, ce blond illumine votre bronzage.
- Merci, c'est le soleil, fait ma femme un peu sèchement –qui est d'un blond plus foncé au naturel mais ne veut pas que ça se sache.
- Carlisle, vous êtes superbe dans cette chemise en lin pâle, et vous paraissez en pleine forme, reprend Carine. Vous faites du ski nautique ?
- Heu oui, un peu, dis-je rapidement sous l'œil narquois de mon épouse. Mais je profite bien de la piscine, aussi.
- Ah oui c'est vrai vous êtes logés chez Gérard. Quel dommage qu'il soit en Corse, il participe toujours à nos fêtes, d'ordinaire. Mais suis-je bête, s'il était là vous n'auriez pas pu profiter de sa villa ! Un peu de champagne ? Servez-vous, il est glacé… Ah, voici mon mari. Tout va bien Rémi ? Tu as vu Alain ? Heureusement qu'il a pu se libérer pour la soirée, Nicolas est tellement exigeant avec ses ministres… Oh, j'aperçois Sophie et Christophe, je vais les saluer.
Jean-Paul Dupuis me tend une main molle, avec un sourire de circonstance :
- Carlisle, c'est la première fois que vous participez à notre fête bleue, non ?
- Oui, d'habitude nous sommes à l'Ile de Ré, à cette période, glousse Esmée.
- C'est bien aussi, c'est… autre chose, lâche Dupuis. Vous avez vu Thierry, je crois qu'il souhaitait vous parler ?
- Thierry ? Non, j'ai rendez-vous avec lui à la rentrée, pas avant. Me parler de quoi ? dis-je, sur mes gardes.
- Oh ça, il faudra lui demander… c'est lui qui gère la grille, pas moi.
- La grille ? Aurais-je du souci à me faire ? je réplique avec acidité alors que Esmée me file un coup de coude gêné.
- Vous devriez, vous croyez ? De toute façon, le changement est toujours salutaire, sinon on s'encroûte pas vrai ?
- Il parait mais comme je ne suis jamais resté plus de trois ans sur un poste, contrairement à d'autres, je l'ignore… dis-je en le fixant droit dans les yeux.
A bon entendeur… Son sourire descend un peu, il recule d'un pas :
- Ca doit être lassant de présenter le journal tous les soirs, non ?
- Je ne sais pas, je ne le présente que le week-end. Je préfère ça à une émission hebdomadaire en seconde partie de soirée, avec le journal on ne se répète jamais, l'actualité change tous les jours, c'est passionnant.
- J'ai pourtant l'impression d'entendre toujours les mêmes infos, au 20h. Mais ce n'est pas de la faute du présentateur, bien sûr. Et avec une émission à 22h30 on a tellement plus de liberté… je ne dis pas ça pour vous convaincre, j'ignore tout à fait le sort qu'on vous réserve.
- Quand on a peu de public on a beaucoup de liberté, c'est sûr, je lance amer.
- En tout cas vous faites du bon boulot avec votre émission mensuelle. J'ai vu les bandes du making-off du film de Mortimer, c'est très fort. Vous avez eu de ses nouvelles ?
- De qui ?
- Mortimer.
- Non. Aucune. J'aurais dû ?
- Je suppose que ce type d'expérience créé des liens, non ?
- Parfois, oui. Mais pas avec Mortimer, il est trop taré pour ça.
- Taré ? mais c'est un réalisateur génial. D'exception.
- Oui, c'est vrai… mais ça ne l'empêche pas d'être fou.
- C'est une manière de voir les choses Je vous laisse, on m'attend… conclut-il sans nous regarder.
Il s'éloigne pour accueillir de nouveaux invités, j'entraîne Esmée un peu à part, une coupe à la main.
- Mais pourquoi tu m'emmènes sous les lauriers roses ? On ne va pas se cacher toute la soirée, non ?
- Non non mais je… ah le salopard !
- Pourquoi ?
- Tu n'as pas compris son manège ? Je suis débarqué du journal à la rentrée, ils vont me cantonner aux reportages et à mon émission hebdo. Ah les salauds, je n'aurais jamais dû accepter d'aller sur le tournage de Mortimer, c'était un piège pour m'éloigner, j'en suis sûr.
- Tu ne crois pas que tu t'emballes, là ? Il n'a jamais dit ça ! Tu psychotes, là…
- Je ne sais plus. Je déteste tout ça, Esmée. Je déteste ce milieu, ces sourires forcés. Et si on partait ?
- Pour vexer ton parton ? Bonne stratégie. Continue comme ça, tu te feras vraiment virer. Bon, moi je n'ai pas l'intention de faire tapisserie. Oh regarde c'est Vanessa Hell, je l'adore. Tu la connais ?
- Je l'ai reçue au journal, oui, dis-je avec réticence.
- Tu me la présentes ? Regarde, il y a son mari, l'acteur. Qu'il est beau !
En soupirant je m'approche d'eux et fais les présentations, un peu gêné. Esmée exulte –elle qui prétend détester la jet-set- et s'enquiert de la santé de leurs enfants comme si elle les connaissait, attitude familière que je déteste. Vanessa répond poliment puis tourne les talons, laissant Esmée désemparée. Il ne suffit pas de passer à la télé pour être une star, j'ai déjà essayé de lui expliquer, elle me dit que je suis fou.
Je lui prends le bras pour rejoindre le buffet bien garni –bouchées diverses et légumes bio- quand j'entends une voix dans mon dos :
- Alors, on fait de la lèche ?
- Très drôle, Patrick. Je croyais que tu ne fréquentais ce genre d'endroit vérolé par le fric ?
- Et je croyais que toi non plus ? Moi je suis juste de passage dans la région, je couvre le festival d'Avignon.
- Veinard… tu es ici avec ta femme ?
- Euh… pas à proprement parler. J'accompagne une amie journaliste, tu comprends ?
- Parfaitement, dis-je en croquant dans une petite tomate jaune alors qu'Esmée s'éloigne –elle ne supporte pas mon pote Patrick.
Immédiatement un homme vient l'aborder, qui semble la connaître, elle nous tourne le dos. Patrick se gave de mini sandwichs en pain polaire, se plaignant que ça ne le nourrit pas et me lance :
- Et toi, tu traînes toujours maman ?
- Ne l'appelle pas comme ça, elle déteste.
- Remarque, elle est belle dans sa robe seventies, on dirait une gitane. Et maigre avec ça.
- Elle fait très attention…
- Et on a du plaisir avec des portemanteaux osseux comme ça ? Tu dois te cogner aux coins, non ?
- Patrick, je t'en prie, dis-je en essayant d'effacer l'image d'Edward nu dans la baignoire de ma mémoire.
Je finis mon verre en frissonnant, il y a une silhouette qui lui ressemble, là-bas, près des cyprès. Mon cœur accélère, je sens comme une faiblesse dans les genoux. Pourvu que…
- Alors ? fait mon pote en posant sa main sur mon bras. Allo la lune ?
- Pardon, je… j'avais cru reconnaître quelqu'un.
Mais non, ce n'est pas lui, juste une ressemblance de dos. J'en suis quitte pour une bouffée de chaleur, va falloir que j'arrête l'alcool, moi. La nuit est lourde, des insectes bruissent autour de nous, Patrick se démanche le cou pour suivre mon regard.
- Une poulette ?
- Non.
- Pff. Petit joueur. Tiens, je nous reprends deux verres. En tout cas mon gars ça fait un bout de temps qu'on ne s'est plus vus au squash, t'es fâché ?
- Qui, moi ? Non. J'ai été occupé, c'est tout…
- Tu parles. Tu deviens paresseux, comme moi. Bientôt t'auras la même bedaine, regarde-moi ça, fait-il en soulevant un peu sa vieille chemise bleue fripée.
- Salut les filles ! C'est pour quand ? fait Francis, un humoriste télévisuel en tapant sur le ventre rebondi de Patrick.
- Crétin !
- Ben quoi ? Tout est possible de nos jours, non ? Et c'est qui le père ?
- Ah ah très drôle, dis-je, morose.
- C'est moi ! affirme Patrick. Pas question que je fasse la femme…
Les images provoquées par ce commentaire me filent une nouvelle suée, merde ça faisait plusieurs jours que je ne pensais plus à lui, ni à ça… Tout était bon avec lui. Fort. Profond… Je ferme brièvement les yeux pour lutter conter la vague de désir qui m'envahit, brûlante. Mon corps dans le sien, nos jambes enlacées, son souffle dans mon cou et sa bouche qui…
- Tu dors ? me souffle Esmée en se serrant contre moi, provoquant un frottement involontaire de mon sexe déjà érigé contre la table.
- Mmm ? Non, non, j'ai tellement chaud…
- C'est tes copains qui te racontent des conneries ? Viens, on va aller plus loin il y a une fontaine de fruits au chocolat.
- Au chocolat ? Est-ce bien raisonnable ?
- Allez, une petite folie de temps en temps… dit-elle en m'attirant sous le patio éclairé de spots bleus. Tu n'en as pas envie ?
- Oh si, j'en ai envie…
Elle trempe un morceau d'ananas dans le chocolat tiède et je tends la langue pour l'attraper, soudain je pense à Edward, sa langue impudique et habile, oui, j'en ai envie. Je choisis un morceau de banane au hasard, il fond dans ma bouche, j'aimerais être avec lui, j'aimerais que ce soit sa queue sur ma langue, je me cambre malgré moi, fou de désir.
Les effluves de pin et de lavande me montent à la tête, et ce parfum que je viens de sentir… c'est le sien. Je tourne la tête pour regarder l'homme disparaître, un peu déçu. J'aimais cette odeur dans tous ses états, fraîche et raffinée le matin, masquée par la sueur et l'empreinte olfactive du sperme, le soir. J'aimais la lécher et la sentir virer, je passe presque inconsciemment la main sur ma verge, à la recherche de sensations.
Esmée m'embrasse en se collant à moi :
- Si on allait danser ?
- De la house ?
- Non… à l'intérieur il y a une salle plus intime qui diffuse des slows. Viens mon chéri…
Je la suis docilement, je ne suis pas en état de penser. J'ai bu pour oublier les menaces voilées de Dupuis, je plane. La musique et les lumières maquillent la nuit, une nuit magique sous les étoiles, une nuit à faire l'amour jusqu'au matin…
A l'intérieur il fait plus frais, là aussi les lumières sont tamisées, un couple s'embrasse sur les canapés blancs, une femme nous frôle et nous sourit en penchant un peu la tête, je tangue doucement. Mais Esmée ne me lâche pas la main, elle m'entraîne dans la pièce à côté où une télé débite des slows en série dans la pénombre, sous la boule à facettes. Les couples qui dansent déjà ne prêtent pas attention à nous, c'est l'heure intime où les autres n'existent plus, j'enlace Esmée qui ronronne et se colle à moi comme une chatte –ce qui lui ressemble peu, en public.
- Tu n'as pas peur qu'on nous voie ? je lui glisse à l'oreille.
- Et alors ? On est mariés, non ? On n'a pas à se cacher…
- Tu as raison… dis-je en fermant les yeux et en la serrant fort contre moi, la tête pleine d'un autre.
Un air un peu arabisant nous ensorcelle, je me demande ce qu'il fait en ce moment. Avec qui il est. Esmée m'embrasse lentement dans le cou, je l'aime. Enfin, j'ai envie d'aimer. De faire l'amour, pour être plus précis. Un homme me fait un clin d'œil quand elle pose ses mains sur mes fesses, je détourne les yeux.
- Et si rentrait, ma chérie ?
- Déjà ? On commence à peine à danser…
- Oui, mais tu es si belle ce soir… j'ai tant envie de toi. J'aurais du mal à attendre tu sais…
- Allons, ne sois pas si pressé, la nuit ne fait que commencer…
Night is young disait Edward, que j'avais cru oublier. Je me frotte doucement au ventre d'Esmée, espérant remplacer un désir par un autre mais certaines images restent plantées au fond de mes pupilles, obsédantes.
Sur l'écran des jeunes gens s'enlacent et font l'amour, l'un d'eux ressemble tant à Edward que je me mords la lèvre pour ne pas gémir, en détournant les yeux. L'homme de tout à l'heure me lance un nouveau clin d'œil et me montre quatre doigts, je me méprends avant de comprendre qu'il me propose une partie à quatre, à côté. Je secoue la tête gentiment, mon seuil de perversité est déjà atteint, depuis longtemps. Esmée me caresse les fesses et j'observe le jeune acteur se faire sucer par une blonde épilée, je ne peux quitter les yeux de sa queue fine et longue, si familière… Oui, la nuit est jeune…
A suivre…
Merci à vous qui lisez et commentez, je vous souhaite d'excellentes fêtes à tous ^^
Je tiens à remercier tout particulièrement ceux d'entre vous qui ont acheté un exemplaire de « Mon ciel dans ton enfer », déjà près de 70 vendus, c'est inespéré, merci, mille fois merci, c'est mon plus beau cadeau de Noël ! Je m'attaque à la mise en forme du second dès la semaine prochaine. Vous êtes plusieurs à vouloir une dédicace, n'hésitez pas, je vous scannerai un petit mot personnalisé par mail, si vous me donnez votre adresse, ça me fera très plaisir ^^
Et puis merci à vous qui suivez mon histoire « Dans une cage ou ailleurs », je suis heureuse qu'elle vous plaise… je vous souhaite à tous un très joyeux Noël !
Je réponds ici aux non inscrits :
- Wendy : Merci de tes compliments, ils me font vraiment très très plaisir ^^ C'est vrai que les persos se cherchent et qu'ils sont souvent poussés dans leurs derniers retranchements, je ne leur épargne rien ! Est-ce que Mortimer leur prépare un sale coup ? Va savoir… Affaire à suivre ^^ Merci de ta review !
-Katymina : T'as raison, quand les digues vont céder, on risque le tsunami ! Merci de trouver mon récit fluide et mon orthographe impeccables, j'essaie de faire attention mais parfois il se glisse quand même des coquilles, arghhh… Merci d'être toujours là, mille fois merci ^^
MERCI BONNES FETES A TOUS !
