Chapitre 25: Ennemis publics n°1 et 2

Cinq jours s'étaient écoulés depuis l'abominable spectacle qu'ils avaient vu. L'humeur du groupe devenait maussade de jour en jour. Ils
avaient mal aux pieds, Garett commencait à se plaindre du manque de nourriture, Lina disait qu'elle avait des ampoules, bref, tous
commencaient à perdre de nouveau courage. Eléana remonta finalement le moral de la troupe de façon assez brutale:
- Faut-il que l'on aperçoive un autre village massacré pour vous donner du courage?
Ce pic suffit à les faire taire et ils repartirent d'un pas plus rapide. Ivan quant à lui, avait apprécié:
- Wow! Parfois, tu m'épates! lui avait-il glissé.
Un peu plus tard, cependant, l'accroissement de la végétation alentours leur fit comprendre qu'ils allaient quitter la plaine. Ivan consulta
sa carte et dit:
- Bon, je crois qu'on va aller dire bonjour aux Naëks, alors préparez vos armes...
- Génial, de la baston! dit Garett en brandissant sa hache.
Mais Eléana avait un air sombre:
- Je connais assez les Naëks pour vous dire qu'ils sont non seulement très malins, mais qu'en plus, ils détestent les mystiques. Soyez
prudents, voulez-vous?
- Ils ne nous attaqueront pas avant qu'on ait rejoint la forêt, dit Ivan. On est encore tranquille.

Ils marchèrent donc avec une vigilance accrue, mais sans paniquer. Au bout d'un moment, le sentier disparut, et ils se retrouvèrent avec
de l'herbe jusqu'au ventre.
- Ca doit être bourré de serpents ici, grimâca Sofia. On a intérêt à faire attention!
- Ne parle pas de malheur, dit Vlad.
Ils s'avancèrent, et bientôt, atteignirent la forêt. Ivan et Cylia commencèrent à tout passer au crible à coups de vision.
- S'il y'a des pièges, ce sera au sol, dit Ivan. Même avec vision, on ne peut pas les voir avec cette fichue herbe! Avançez prudement!
Ils avancèrent donc en tâtant le sol du bout de leurs pieds. Mais les Naëks étaient aussi malins qu'Ivan lui-même et ayant une bonne
connaissance des mystiques, les piéger malgré leur pouvoir ne leur posait aucun problème...
Pavel trébucha sur une pierre.
La minute d'après, le sol se déroba sous eux:
- Qu'est-ce que je disais? Aaaaaaaah!
Ils se retrouvèrent dans un grand trou. Avant qu'ils n'aient le temps d'activer leur psynergie, une espèce de poudre rose leur tomba
comme un nuage dessus et dés la première inhalation...
- Je ne peux plus bouger, gémit Pavel.
- Bon sang, cria Cylia, qu'est-ce que c'est...
Vlad remarqua qu'ils étaient tombés sur ce qui semblait être un grand tas de cordes; visiblement, le piège était bien fait...
Sofia, quant à elle, tenta d'activer un sort de récupération contre la paralysie, mais sa psynergie semblait hors d'usage.
- Ha, ha! Voyez comment on réduit des mystiques à l'impuissance! dit une voix de femme au-dessus. Empêchez-les d'utiliser leur
psynergie, empêchez-les de bouger et ils sont aussi inoffensifs que ces imbéciles de marchands...
Eléana, quant à elle, se mordit les lèvres, avant de dire:
- Je crois que je me suis foûlée la cheville...
Elle sentait la douleur augmenter de seconde en seconde et elle avait très mal.
- Bon, remontez-moi ces petits chiens!
La minute d'après, un homme aux vêtements bruns et aux longs cheveux tressés jetait une corde dans le trou et l'attachait à une espèce
de crochets au mur. Puis il tira d'un coup. Ce que Vlad avait pris pour des cordes apparut soudain autrement; un immense filet qui se
replia sur eux, les jetant les uns sur les autres, avant de les remonter et de les suspendre à quinze mètres au-dessus du sol.
- Bravo, Ivan, Cylia, dit Garett. Vous avez bien fait votre boulot! Vous avez besoin de lunettes, mystiques de Jupiter de pacotilles!
- Tout le piège était à la base caché dans le sol, ricana de nouveau la femme. Tes amis n'avaient aucune possibilité de le détecter!
Ivan, quant à lui, fulminait. Garett avait raison, ils s'étaient laissés avoir comme des bleus. Il avait horreur de passer pour un idiot.
- Vous n'êtes que des lâches! cria-t-il en direction de la femme.
Cette dernière avait également de longues tresses noires retenu par un bandeau sur un front buté et des yeux verts clairs pétillants de
ruse. Elle était vêtue en homme, pantalon de cuir marron moulant et une chemise blanche. Deux dagues pendaient à sa ceinture. Son
visage était couvert de tatouages verts.
- Des lâches? répliqua-t-elle. J'utilise des moyens à votre hauteur, voilà ce que je fais. Comment se fier à des gens qui peuvent lire
dans vos pensées, faire brûler notre forêt, déclencher des innondations et des séïsmes? Vous n'êtes que des monstres, voilà ce que
vous êtes, vous!
- Et vous, une bande de pillards, répliqua Ivan.
- Les étrangers sont une source permanente d'ennui. Nous les détestons tous, si cela peut vous consoler. Des cavaliers ont visité
également notre forêt, il y'a quelques jours... Ils n'iront pas le raconter...
Tous les hommes ricanèrent. Puis la femme dit:
- Je vois que vous avez pas mal de petits trésors sur vous... Des armes de bonne facture, peut-être même un ou deux anneaux et autres
bijoux? Les mystiques sont généralement de bons clients, nous en savons quelque chose!
Eléana répliqua:
- Comme si nous ignorions que des mystiques de Vénus et de Jupiter servent également vos rangs. Bande d'hypocrites!
La femme fusilla Eléana du regard:
- Surveille ta langue si tu ne veux pas qu'on te la tranche, jeune fille! Nos chamans ont un profond respect de la nature, ce qui est loin
d'être le cas de la plupart des humains à franchir cette vallée! Nous autres Naëks accueillons volontiers dans nos rangs les vrais
sages...
Ivan comprit la façon de penser des Naëks. Pour eux, tout étranger était une menace. Ils essayaient de protéger leur territoire. Il dit:
- Nous garder prisonniers n'est pas une bonne façon de vous protéger! Car si vous ne nous relâchez pas, l'Empire du Soleil Noir
triomphera de tous les mondes libres et ca en sera fini de votre paix ici!
- Nous n'avons pas peur des cavaliers noirs, nous les avons déjà combattus! Et si le sort du monde dépend de vous huit comme tu le
prétends, alors il est déjà perdu, vu que vous n'avez pas été capable d'éviter ce petit piège... Vous n'êtes pas plus forts que les autres!
Les cavaliers et mages de l'Empire s'y laissent prendre autant que vous! Allons, enfermons ce petit monde dans les cages, nous
verrons quoi faire d'eux ensuite! Les effets de la poudre ne vont pas tarder à se dissiper!

Dix minutes après, ils se retrouvèrent tous les huit dans une cage suspendue et leurs armes entre les mains des Naëks, dans leur
village; les maisons étaient taillés dans les troncs des plus grands arbres, un peu comme à Kolima, et reliée par des ponts suspendus.
- Et inutile d'employer votre psynergie dessus, elle est conçue pour y résister!
Ivan eut un mauvais sourire:
- Oh, je vois, vous êtes très malins, n'est-ce pas? J'ai quand même envie de voir si vous l'êtes autant que vous le prétendez... Eléana?
La jeune fille le regarda d'un air malicieux:
- Je saisis ton idée, Ivan...
Elle se concentra, et libéra la puissance de son cristal. Mais ce ne fut pas la cage qu'elle attaqua... Ce fut l'arbre sur laquelle elle était
suspendue.

Les racines du végétal jaillirent du sol et attrapèrent la cage. En moins de deux minutes, leur puissance écarta, tordit violement les
barreaux de fer. L'idée était tout simplement diablolique. Ivan et Eléana avait bien compris qu'ils ne devaient pas chercher à la fondre,
ni à la faire éclater avec leurs psynergies; Mais en revanche, provoquer une attaque physique par l'extérieur devait obligatoirement
fonctionner. La cage n'agissait pas comme un sortilège de constriction, qui de toute façon, se révélerait inefficace sur des mystiques
assez puissants; elle était juste conçue pour résister à la plupart des sortilèges. Ils furent donc libre en moins d'une minute, et Sofia
soigna au passage la cheville d'Eléana.
Face à ce spectacle, la chef des pillards ne se démonta pas et des racines surgirent à nouveau du sol, pour emprisonner les sept amis.
Eléana se redressa et provoqua un séisme qui secoua son adversaire.
- Tu oses me défier? lança la femme.
- Et comment! Tu ne nous ennuieras pas plus longtemps!
La minute d'après, elle arrachait des pics de roches du sol et les projetait vers la guerrière qui les esquiva lestement, ses tresses
noires volant derrière elle. Celle-ci sortit ses dagues et se préparait à une sanglante riposte quand soudain:
- Arrêtez ce boucan! On ne peut donc pas méditer en paix?
La guerrière se figea brusquement, Eléana la regarda, abasourdie. Une autre femme venait de surgir; elle avait des cheveux violets et
des prunelles vertes comme celle de la chef de la troupe.
- Mère! fit celle-ci en se ployant dans une révérence.
- Qu'est-ce qui se passe?
- Des étrangers, répliqua celle-ci. Ils prétendent venir sauver notre monde, mais ce ne sont que fadaises!
- Ce ne sont pas des fadaises! répliqua Ivan qui s'était redressé.
La femme se tourna vers lui:
- J'avais pressenti la venue d'une troupe de guerriers... Voyons ca...
Elle s'approcha d'Ivan et posa une main sur son front. Le jeune homme se laissa faire; il n'avait pas particulièrement envie qu'on lise
dans son esprit, mais combattre les Naëks serait une sottise, il le pressentait.
- Qu'on les laisse en paix! ordonna-t-elle une seconde plus tard. C'est un ordre!
Les hommes obéirent, stupéfaits.
- Leur histoire est vraie. Florana, tu devrais apprendre à écouter les gens avant de les piller. Rend-leur ce que tu leur as volé, car ce ne
sont pas des ennemis pour nous et ils auront besoin de leurs armes pour vaincre Antinos!
La dénommée Florana se plia de nouveau en une révérence et fit un signe à ses hommes.
- Pffiou, on a eu chaud, dit Garett.
- Tu parles, Eléana allait les écraser, dit Pavel.
Déjà, la femme se tournait vers les guerriers:
- Veuillez pardonner à ma fille et ses hommes, d'ordinaire, j'évite de me mêler de leurs affaires. Je suis Lavana. C'est un honneur de
rencontrer les guerriers élus pour sauver notre monde...
A cet instant, une voix qu'ils auraient reconnu entre mille se fit entendre:
- Ouch! Mêlez-vous en un peu plus, Madame! Ca fait une heure que je suis coincé ici! Et je vous jure bien que je n'ai nul dessein
belliqueux envers les Naëks!
- Piers! s'exclama Pavel. Tu t'es encore fait emprisonner?
- Je vous expliquerai ca, mais faudrait qu'ils me descendent...
- Vous vous connaissez? demanda Lavana. Par tous les dieux, Florana, tu as vraiment mis le paquet! Relâche ce jeune homme
immédiatement!
- Oui, maman...
Et le jeune homme aux cheveux bleus fut relâché, tandis que la mère apostrophait violemment sa fille. Les guerriers regardaient, ne
sachant quel parti prendre.
- Mais qu'est-ce que tu fais ici? demanda Vlad en s'approchant de lui pour le saluer. Tu as changé, en deux ans...
- Antinos s'interesse lui aussi au secret de jeunesse des Lémurians, répliqua-t-il. Je me suis enfui et je suis recherché dans tous les
territoires civilisés, raison pour laquelle je m'étais réfugié dans cette forêt... J'ai eu droit au charmant accueil des Naëks...
Il regarda Eléana et lui dit:
- Tiens, salut à toi, Ennemi Public n°2! C'est donc ce petit bout de femme qui fait tant peur à Antinos et ses sbires?
Eléana le fusilla du regard:
- Le petit bout de femme en question pourrait te renverser sur le sol rien qu'en haussant les sourcils!
- C'est qu'elle le ferait, tu sais, le prévint Pavel.
Piers eut un léger rire:
- Voilà une femme de caractère, très cher Ennemi Public n°2! Tu me plais, je crois qu'on va s'entendre! (Il lui serra la main) Je m'appelle
Piers, mais tu avais sans doûte déjà deviné.
En deux ans, il avait changé; il était moins taciturne et plus enclin à la plaisanterie. D'ailleurs Garett saisit l'occasion au vol:
- Si elle te plaît, méfie-toi, Piers, la chasse est gardée!
Piers le regarda d'un air faussement étonné:
- Ah, sans blague? Et par qui?
- Garett, gémit Ivan.
- Oh, arrête Ivan, répondit Garett, tout le monde sait!
Piers regarda Ivan:
- Ah oui, c'est vrai, tu as bien grandi, toi... Félicitation mon gars, tu as beaucoup de goût...
- Mais... n'importe quoi, d'abord, et...
Il était écarlate. Tout le monde rit sauf Eléana qui rougissait également.
- Garett, je te le ferai payer un jour, grommella le jeune mystique Air.
- J'attends encore, hé hé!
Pendant ce temps, la mère avait fini de disputer sa fille et elle dit:
- Vous pouvez rester ici pour la nuit, personne ne vous y embêtera. J'aimerais cependant beaucoup avoir une conversation avec vous
tous d'ici ce soir. J'aimerais que nous discutions de votre quête. Je peux peut-être vous aider.
- Alors ca, c'est classe, dit Garett.
On les laissa donc en paix et les neuf amis s'éloignèrent pour discuter en paix.
- Tu sais quoi sur Eléana? demanda Pavel.
- Qu'elle posséde un cristal dont veut à tout prix s'emparer Antinos et qu'il la cherche donc avec acharnement. Mais franchement, je me
doûtais que vous seriez dans le coup, dit-il d'un ton taquin. Chaque fois qu'il y'a du grabuge, vous en êtes... Et moi aussi, du coup...
- Que veux-tu que je te dise, Piers, c'est écrit dans notre destin, rit Pavel. Je me demande ce que Lavana va nous apprendre...
- Nous n'aurons plus beaucoup de temps à attendre pour le savoir, dit Cylia.
En effet, le soir tombait...