Bonsoir, désolée, désolée… bien de l'eau a coulé sous nos ponts depuis le chapitre précédent mais bon, c'est la vie qui va, alors réjouissons-nous! Bonne lecture si vous choisissez de vous noyer ici.

Bien amicalement,

calazzi.

Petit message personnel à Mimija :

Tu me bouleverses… trop d'amour dans tes commentaires ma très chère lectrice. Ah, si je pouvais ensoleiller quelques unes de tes sombres heures… j'aurais gagner mon paradis! J'espère que tu ne perdras pas trop de plaisir à lire cette suite maintenant que tu sais quelles connexions existent entre ces personnages.

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calazzi

«Il est temps que je me repose;

Je suis terrassé par le sort.

Ne me parlez pas d'autre chose

que des ténèbres où l'on dort !»

V. Hugo, Pauca meae,Trois ans après, Les Contemplations.

N'avez-vous jamais ployé sous le fardeau de fautes commises en un temps passé, par une personne que l'on n'est plus? A peine éveillée, elle était déjà accablée par le sort qui n'en finissait plus de déployer ses affreuses facéties. Elle avait perdu l'illusion de se forger un bonheur amoureux au creux des bras d'un homme dont la douleur lui devait beaucoup. Ses yeux demeuraient secs, follement secs alors que tout en elle pleurait, de honte, de dégoût de soi, de tristesse infinie. Toutes ses incertitudes sur le rôle qu'elle jouait dans la vie de son amant avaient été balayées par l'aveu de celui avec qui elle avait ruiné, une fois de plus, un équilibre déjà bien précaire. Si sa chère Charlotte n'avait pas nécessité toute son attention, elle se serait enfuie encore plus vite, jusqu'à disparaître totalement, dans une retraite définitive pour expier. Comment pourrait-elle jamais se pardonner? Elle se convainquit qu'elle parcourrait le reste de sa vie, les yeux baissés, la conscience flétrie par ce déshonneur qu'elle s'était elle-même infligée. Mécaniquement, elle avait fini d'organiser son départ, simple témoin de ses propres gestes. Oh, comme elle avait regretté d'avoir tant insisté pour connaître la vérité! Comme l'ignorance peut être douce pour celui ou celle qui avait tant à se reprocher! L'image qu'elle s'était formée d'elle-même était si éloignée de cette nouvelle réalité qu'elle en avait perdu tout repère, mettant en cause son identité dans ce qu'elle avait de plus intime. L'auto-flagellation renforçait le sentiment de honte qui ne la quittait guère, elle se répétait alors que la trahison de Frédéric n'était plus que la réponse du berger à la bergère et qu'elle l'avait amplement méritée.

Darcy tout entier à son incompréhension, n'avait pas su obtenir davantage d'informations sur le caractère impérieux de cette débâcle bien qu'il ait perçu le profond désarroi de celle qui après l'avoir caressé paraissait si froide. Georges n'était plus lui-même non plus. Un terrible malheur semblait s'être abattu, sans qu'il en ait discerné l'existence. Il avait réussi à l'attirer près de lui tandis que les autres résidents écoutaient ou affectaient d'écouter les habituels soliloques de Lady de Bourgh.

«Élisabeth… pourquoi tant de hâte? Que fuyez-vous? Peut-être devrais-je vous demander qui vous fuyez?

-Non, je vous prie de croire que vous n'êtes en rien responsable de cette précipitation. Je m'inquiète pour mon amie. Je suis persuadée que le changement d'environnement ne peut que lui être bénéfique. Elle ne le regardait même pas, débitant son argumentaire avec si peu de passion qu'il eut envie de l'attraper par la nuque et de coller un bruyant baiser sur ses jolies lèvres menteuses - Par ailleurs, votre tante a bien assez toléré notre présence et nous avons certainement abusé de sa complaisance.

-Vous faites une bien piètre comédienne, ma chère. Finalement, il se conforma à son modèle et refusa de la dévisager davantage.

-Je vous assure que le bien-être de Mme Collins compte davantage que le mien aujourd'hui!

-Élisabeth, qu'advient-il de nous deux? Ses mâchoires s'étaient crispées malgré lui.

-Eh, bien… Je… je ne crois pas que le moment soit bien choisi pour évoquer ce sujet.

-Il n'y a jamais de bon moment, n'est-ce pas? Il n'y en aura jamais. Il avait chuchoté la dernière phrase.

-Ne regrettez rien. Il sentit son souffle sur sa joue - C'est juste… juste moi qui ne suis pas à la hauteur. Adieu, monsieur.»

Elle était partie rejoindre le reste des invités, sans remord apparent. La soirée s'était étirée dans la douleur, pour au moins deux des participants. Élisabeth s'était rapidement éclipsée pour s'enfermer dans ses quartiers de femme désolée, tandis que son malchanceux prétendant cherchait un abri entre les murs chargés de la bibliothèque toujours inoccupée. Il avait abandonné le compte des verres qu'il avait déjà avalés lorsqu'il dut se résigner à partager sa cachette.

«Que fêtez-vous Sacha?

-Un nouvel échec, Georges… Il avait levé son verre presque vide dans sa direction - Une nouvelle porte qui se ferme au nez du plus grand perdant que vous ayez jamais eu sous votre aile, enfin, façon de parler! Il ricana bêtement - Vous n'êtes pas prêt de les obtenir vos ailes, mon vieux avec des protégés comme moi!

-Soyez plus précis, je suis un peu éteint ces derniers temps.

-Oui, j'ai remarqué, d'ailleurs Élisabeth a changé de comportement en même temps que vous avez dépéri. J'ai imaginé que vous partagiez un bien sombre secret tous les deux. Me trompé-je?

-Hum… Une ombre était passée sur son visage aux traits fatigués - Je ne vous comprends toujours pas Sacha. Vous ne croyez tout de même pas que Lady Winslow et moi…

-Cessez de feindre l'imbécillité Georges! Il reposa brutalement son verre sur le guéridon, faisant sursauter le vieil homme - J'ai le sentiment que vous savez des choses que j'ignore et que d'une façon ou d'une autre vous préférez me tenir à l'écart. Quand me direz-vous enfin toute la vérité sur toute cette histoire? Qui êtes-vous réellement pour moi? Pourquoi avez-vous été choisi pour remplir cette tâche ingrate qui consiste à me chaperonner? Sa colère retombait en même temps qu'il l'interrogeait, jusqu'à ce qu'il se sente totalement abattu - Vous avez dû tomber bien bas pour mériter une telle mission! Un sourire difforme soulignait ses propos - Pauvre Georges … si vous saviez comme je vous plains! Il était pourtant incapable de contenir son hilarité.

-Pffff… ainsi donc vous n'êtes plus qu'une victime? Vous pleurez de nouveau sur vous-même. Il est vrai que votre cas est formidablement compliqué mais une telle attitude ne peut aboutir qu'à d'autres chagrins. Allons, secouez-vous un peu Sacha! Battez-vous!

-Oooooh, quel boute-en-train vous faites George! Son rire grinçant horripilait son interlocuteur déjà bien agacé. C'est l'hôpital qui se moque de la charité! Non… vraiment…!

-L'ivresse ne vous autorise pas toutes les outrances. Laissez ce verre et écoutez-moi.

-Ah...ah...ah… Le jeune homme gloussait comme seul un homme pris de boisson peut le faire, pathétique et grotesque à la fois.

-Taisez-vous donc! Que croyez-vous? Qu'un ange est insensible? Bien au contraire! Bon, puisque vous ne voulez rien entendre, je vais vous expliquer la situation… Rira bien qui rira le dernier comme disent les Français. Figurez-vous que votre bien-aimée a découvert que j'avais épousé la femme qui vous a trahi… Il s'était tu, hésitant à continuer mais la mine indifférente de son vis-à-vis le poussa à poursuivre - Oh, j'ai oublié de préciser que je faisais référence à Anne bien sûr…

-Encore un mensonge… Un ange ne doit-il pas mieux se conduire Georges? La raillerie avait perdu sa façade divertissante.

-Vous m'avez mal compris, Sacha. Je vais vous éclairer: elle renonce à vous car elle est persuadée d'être responsable de votre …

-Je ne comprends rien! Fichez le camp, j'en ai plus qu'assez de vos sermons!

-Non. Je ne partirai pas. Je ne vous laisserai pas abdiquer. Il avait redressé ses épaules, bien campé sur ses jambes - Peu de créatures obtiennent une seconde chance et nous ne pouvons décemment pas la laisser nous échapper.

-Non mais écoutez-vous mon ange! Son visage affichait un air buté qui le rajeunissait - Que souhaitez-vous exactement? Que j'aille me jeter à ses pieds afin qu'elle me piétine encore et encore? Que je l'emprisonne jusqu'à ce qu'elle me supplie de l'épouser? Alors, quel est votre plan Georges?

-Allons lui parler avant qu'il ne soit trop tard.

-pffff… Je ne suis pas en état. Remettons cela à demain voulez-vous?

-A la première heure.»

L'alcool, le désespoir aussi sans doute l'avaient maintenu éveillé, la position allongée lui avait rappelé combien l'excès de boisson pouvait atteindre la dignité et le confort d'un homme. Il ne trouva le sommeil qu'aux premières lueurs du jour.

Ses yeux brûlants parcoururent une fois de plus les liés et déliés déposés par la main qui achevait de broyer ses espoirs mêmes infimes.

« Très cher Sacha,

N'espérez rien d'autre que le renouvellement de mes excuses les plus sincères ainsi que quelques explications nécessaires. Soyez sûr que j'aurais aimé vous offrir bien davantage mais lorsque vous aurez lu ce que j'ai à confesser, vous comprendrez aisément les raisons de mon départ.

Vous savez déjà que depuis quelque temps je rêve… ou plutôt je me souviens de certaines scènes déjà vécues il y a bien longtemps. Quelques conversations avec Georges W m'ont confirmé la nature de ces images nocturnes qui m'ont tant ébranlée.

Le dernier d'entre eux m'a révélé sans ambiguïté la laideur de mon âme. Sacha, vous devez savoir et accepter que j'incarne cette femme que vous avez aimée si follement et qui vous a trahie, de mille façons. Non seulement je suis responsable de la divulgation de votre terrible secret mais j'ai également pris pour époux celui qui partageait la charge de cette condamnation. Je suis celle qui vous a fait disparaître encore une fois, qui vous a abandonné à un sort insupportable et qui s'est finalement octroyé une part de bonheur si indécent que j'en tremble de honte aujourd'hui.

Je ne vous demande pas de me pardonner, ce que j'ai commis est impardonnable mais j'espère que vous saurez trouver une voie la plus proche possible de vos aspirations.

Je suis profondément navrée de vous avoir infligé tant d'embarras, tant de coups plus cruels les uns que les autres.

Ces aveux se révèlent douloureux au moins autant pour vous que pour moi mais ils m'ont semblé indispensables à la fois pour éclairer ma décision de me retirer définitivement et pour balayer le moindre regret que vous auriez pu conserver à mon égard. Je peux me considérer soulagée d'emporter avec moi l'ultime soupir d'un amour indigne de vous.

Que Dieu vous garde.

Élisabeth Bennet »

Il releva lourdement la tête pour plonger son regard désenchanté dans celui de son compagnon.

«Alors Georges? Que pensez-vous de ce nouveau coup de théâtre?

-Sacha, je n'ai pas évoqué avec vous ces événements car je n'ignorais pas combien cela vous blesserait. Ma trahison est bien la raison de ma mission. J'ai été désigné pour réparer tout le mal que j'ai initié. Il avait perdu toute arrogance, un air de sincérité appuyait ses propos - Il n'y a pas de pardon pour les gens comme moi, j'en ai bien conscience et ne vous ferai pas l'affront de vous supplier. Cependant, Élisabeth fait erreur en s'accusant.

-Ah oui? Elle paraît néanmoins bien assurée… notamment par vos propres réponses.

-Non, elle se trompe gravement, elle est convaincue d'être Anne.

-Mais ces rêves étranges… ces réminiscences… l'autorisent pourtant à croire qu'elle est son incarnation actuelle. Il se frottait les tempes du bout des doigts - Comment l'expliquez-vous?

-Un malentendu supplémentaire dans votre histoire. En revanche, Élisabeth est ma descendante, le fruit lointain de mon union avec Anne. Il existe une connexion entre elles du fait de cette filiation.

-Bien, cela étant élucidé, quel est le prochain coup monsieur le stratège? Un éclair blanc zébrant le ciel qui arrêterait la belle dans sa course désespérante?

-Ironisez tant que vous voudrez Sacha, cela ne fera pas avancer votre cause. Le vieil homme s'agitait, parcourant la pièce de long en large - Voyons, réfléchissons au meilleur moyen de l'atteindre et de la convaincre…

-Georges, je suis las. Vraiment. Dois-je encore la poursuivre alors qu'elle a choisi de me fuir?

-Mais ce n'est pas vous qu'elle fuit! Elle ne sait pas qui elle est, il suffit de rétablir la vérité et tout s'arrangera enfin! Il ne cherchait pas à dissimuler son agacement

-Vous êtes un incurable optimiste mon cher. Peut-être est-il plus sage de renoncer à cette rencontre. Tout s'avère si compliqué lorsqu'il s'agit de nous. Il soupira amplement - Je ne veux plus aimer, Georges. C'est une agonie chaque fois renouvelée.

-Non, c'est le seul moyen de restaurer le bon ordre des choses. Sacha c'est votre salut qui se joue ici! Gagner le cœur d'Élisabeth vous ouvrira les portes de la mort. Finie l'immortalité!

-Mais alors qu'attendez-vous pour me conduire à elle?»

A suivre