CHAPITRE 24 :
Quand le soleil se leva en ce jour de mars, un mois après le drame, Harry dormait encore profondément, plongé dans son coma.
Ginny avait été amenée hors de Poudlard pour l'enterrement, mais Ron n'était pas revenu en cours, contrairement à Colin et Justin qui avaient été dépétrifiés.
Albus avait fait son annonce public sur la mort du monstre et la mort de Ginny, ainsi que le coma de Harry, suite à quoi Lily était devenue plus furieuse que jamais, accusant le poufsouffle de tous les maux du monde.
Gilderoy, quand à lui, avait prévenu le directeur qu'il prenait sa démission en fin d'année, comme l'avait demandé, ou ordonné, Théodore, et toujours du côté des élèves de Serpentard, Blaise avait fini sa potion.
-Mais si ça marche pas ? demanda Draco en traînant les pieds derrière Blaise à travers les couloirs du château.
-Bah c'est pas grave, on aura essayé au moins.
-Tu auras essayé, je ne fais pas partie de cette expédition moi, là je te suis mais après je rentre.
-Bien sûr que si, j'ai besoin de ton aide.
Draco le regarda avec des yeux ronds, n'en croyant pas ses oreilles :
-Pardon ?
-Et bien oui, comment je peux vider l'infirmerie sans toi ? Il faut qu'il n'y ai personne quand j'irais !
-Mais... Mais...
-Dracooo, s'il-te-plaiiiiit...
Blaise se tourna vers lui, plantant ses yeux dans ceux orages de son meilleur ami.
-Tu sais, tu es le seul qui peut le faire.
Bégayant, il se rendit à peine compte qu'il acceptait, et quand Blaise se détourna, ravi, Draco se frappa le front de désespoir.
Les serpentards étaient parfois un peu trop manipulateurs pour son propre bien...
Ils s'arrêtèrent devant l'infirmerie et le mulâtre souffla alors d'une voix mignonne :
-A toi, Drake.
Il ferma les yeux, boudant intérieurement puis invoqua presque sans hésiter :
-Viens à moi, Morphée dieu des rêves. Viens et répands sur ton chemin, pour me servir, ce qui me permettra d'avancer.
Il attendit un peu, n'étant pas sûr d'arriver à maîtriser ce sort (qui était une belle incantation de magie noire) sans voir ses victimes.
-Alors ? On peut y aller ?
Draco haussa les épaules, incertain, et lui répondit qu'il n'avait qu'à essayer pour voir. En réponse, aussi prudent qu'un griffondor, Blaise avança et poussa la porte, jetant un rapide coup d'œil à l'intérieur avant de rentrer totalement en laissant la porte entrouverte.
-Ça m'a l'air bon.
Le blond soupira et entra à son tours. L'infirmerie avait l'air vide, le sort devait avoir marché. Il se redressa sur la pointe des pieds pour avoir une vue sur le bureau de l'infirmière par la petite fenêtre, mais ne vit rien. Soit ça avait marché, soit elle n'était pas là, mais en tout cas, la voie était libre.
-Bon, alors, Figg est par où à ton avis ? Demanda Blaise en regardant autour de lui.
-Au fond, sûrement derrière le rideau là-bas.
Sautillant, Blaise s'avança jusque là et repoussa le grand tissu blanc, découvrant Figg allongé dans son lit, que Draco ne put s'empêcher de trouver bien trop grand pour le corps mince du poufsouffle, mais il ne fit aucun commentaire, restant silencieusement derrière son ami qui s'en approchait.
-Alors, on est bon, je peux y aller ? Interrogea le mulâtre en sautillant.
-Bah vas-y, je te regarde.
-Tu surveilles, d'accord ? Tu me dis si quelqu'un arrive, faut pas que je sois interrompu.
Draco haussa les épaules et Blaise s'en contenta. Mais qu'est-ce que ça pouvait faire si il était interrompu, après tout, au pire, Figg se réveillerait pas et ce ne serait pas tant un problème que ça...
Il observa Blaise sortir de sa poche la fiole qu'il avait rempli plus tôt, et... une pomme ? Comment il comptait lui faire manger une pomme ? Figg était en train de dormir ! Le mulâtre versa sur le fruit le contenu de la fiole qui se répandit uniformément autour, comme c'était prévu.
-Tu surveilles, hein ?
-Oui, oui...
Mais Draco ne surveillait plus grand chose quand il vit son meilleur ami croquer lui-même dans la pomme.
-Mais qu'est-ce que tu fais ?! s'exclama-il en écarquillant les yeux.
-Ché dans la pochion, expliqua Blaise en postillonnant quelques bouts de pomme. T'as pas lu les inchtruchions ?
Draco plissa le nez voyant les postillons que son ami cracha en lui répondant, puis secoua la tête de gauche à droite. Il essayait de lui faire abandonner l'idée de sauver Figg et il pensait qu'il allait réussir, il n'avait donc pas de raison de lire les instructions de cette potion expérimentale.
-Bah en gros ché comme dans les contes de fées moldus, expliqua le mulâtre avant de mordre encore dans la pomme.
-Est-ce que j'ai une tête à connaître les contes moldus ?
Blaise soupira et, après avoir avalé son bout de pomme, consentit à expliquer :
-Quand une princesse est endormie, avec l'aide d'une pomme ou non, il faut que le prince lui donne un baiser pour la réveiller.
-Un BAISER ?! s'exclama Draco, choqué.
Ah non, ça il était pas au courant ! Pas au courant du tout même ! Pourquoi son Blaise devrait embrasser ce cancrelat de poufsouffle au juste ? Et de quel point de vue Figg était une princesse ? C'était n'importe quoi cette histoire !
-C'est ça. Donc je mange la pomme, je pose mes lèvres sur les siennes et POUF, il se réveille !
Draco fronça les sourcils.
-Ça a l'air trop facile.
-Peut-être, peut-être pas, on verra bien, conclu le mulâtre en croquant la pomme à pleines dents.
Dès qu'il eut fini jusqu'à ne laisser que le trognon, Blaise jeta un dernier avertissement à Draco pour ne pas être déragé pendant le « rituel de prince et princesse » (la bonne blague) avant de se pencher vers le poufsouffle.
C'est avec une curiosité malsaine (et malvenue surtout) que Draco suivit le mouvement de son meilleur ami, qu'il aimait soit-dit en passant, se rapprocher de l'un de ses deux meilleurs ennemis. Blaise appuya ses mains de chaque côtés de Figg, entre l'épaule et l'oreiller, et posa un genoux sur les draps. Il posa alors ses lèvres sur celles du poufsouffle un court instant avant de se redresser.
Pas de réaction.
-Hm...
-Ça marche pas, je te l'avais dit, dit Draco en soupirant. On devrait partir...
-Il faut peut-être mettre la langue.
-Hein ?
.
Harry devait courir, toujours courir, toujours plus vite, parce que si jamais il ralentissait... il ne devait pas y penser, il avait trop peur de mourir. Fierz ne lui ferait pas de cadeau si il était déçu, il ne devait pas décevoir Fierz...
Harry ne voulait pas mourir, mais il ne voulait pas continuer pour autant.
Daniel était mort, ou gravement blessé. Il ne s'en sortira pas parce que personne ne lui viendra en aide ici, et que lui ne pouvait pas rester.
« Regarde moi » qu'il lui disait. « Je veux pas mourir »
Mais personne ne veut mourir, mais on a pas le choix, Dani, t'entends ? On a pas le choix du tout ! On va mourir si on reste sur place, si on arrête de courir, si on abandonne... Tu es perdu mais pas moi, tu comprends Daniel ?
Pas moi...
Soudain, tout se trouble.
C'est comme si l'air avait eu un espèce de sursaut et que le sol se dérobait sous ses pieds, tombant dans le vide jusqu'à...
.
-Oh, il se réveille !
-Viens partons.
-Je te l'avais dit que ça marcherait !
-Faut pas qu'on nous voit, Blaise !
-Oui oui !
Blaise se précipita à la suite du blond, intérieurement ravi d'avoir pu embrasser Figg et d'être parvenu en même temps à lui rendre service, même si il ne le saura jamais !
.
Harry ouvrit lentement les yeux, et fixa un long moment le plafond, se fichant complètement de la douleur que lui infligeait la lumière, son esprit à mille lieues de là...
Il se rappelait. Pas de tout, mais de beaucoup de choses. Il se rappelait de Là Bas, il se rappelait de l'horreur, il se rappelait de Daniel aussi...
Daniel...
Il avait envie de vomir, il avait mal à la gorge, et ses épaules étaient douloureuses.
Il ne comprit pas tout de suite pourquoi, puis, comme des flashs, il revit Jedusor-l'éctoplasme, le corps de la griffondore, le basilic qui s'écroule, les paroles de Tom... « N'es-tu pas resté là-bas pendant deux ans ? » et aussi « Tu es quoi, alors, une pièce rapportée ? Un raté ? ».
Harry ferma douloureusement les yeux.
Un raté ? Lui ?
C'est Daniel le raté, c'était Daniel qui était mort, qui avait supplié. Harry, lui, avait survécu, il avait été libéré, et avait obtenu quelqu'un...
Il fronça les sourcils en comprenant sa pensée. Quelqu'un ? À quoi pensait-il à l'instant ?
À moi...
-Mais que s'est-il passé ? Fit soudain une voix endormie à ses côtés.
Il ouvrit les yeux à nouveau et tourna la tête dans sa direction, malgré le martèlement dans le crâne qu'il reçut aussitôt en réponse.
-Il est réveillé ! Oh Merlin je dois prévenir Albus ! Ne bouge pas mon garçon !
Et l'infirmière sortit aussitôt de son champ de vision, se dirigeant sûrement vers son bureau, ou peut-être dehors.
Il s'en fichait, il était si fatigué...
Il referma les yeux.
.
Voici le commencement de l'histoire d'Harry, ce garçon que personne n'aimait et qui n'aimait personne. Celle de Draco que l'on déteste et qui en profite. Et celle de Wellan que tout le monde adule mais qui ne voit rien.
En un an et demi, ils ont bien grandi, mûri, mais ce n'est que le début de leur histoire.
Continuez de les suivre, car les aventures de ses trois garçons et de leurs amis ne font que commencer...
FIN.
Et à suivre dans le tome 2 : triangle incertain
