Chapitre 25

Sherlock et Jim se mirent en route vers les bureaux des autres étages, les huitièmes et les neuvièmes à la recherche de Martin.

- C'est assez désert, par là, fit Sherlock alors qu'ils marchaient dans des couloirs sans vie, regardant dans les bureaux tout équipés, mais vides. Bizarre, des bureaux équipés mais non occupés. C'est normal ?

- Oui, on est tous descendu l'étage plus bas, c'était plus pratique pour la connexion Internet et tout ce que le patron avait besoin. Martin et Rodrik ont fait des huitièmes et neuvièmes étages leur fief. Ils sont tranquilles, là haut.

En effet, Sherlock voyait des bureaux qui étaient remplis de boites en carton contenant divers matériel de bureau, d'autres étaient remplies de produits chimiques pour le nettoyage et certain avait des objets insolites comme un vélo d'appartement, un rameur... Une autre pièce, qui devait être une salle de réunion avant, avait été vidée de ces bureaux et un grand filet de tennis coupait la salle en deux.

- Et bien, ils s'amusent bien par là ! fit Sherlock en souriant.

- Ils ont deux étages entiers, comme bureau, s'exclama Jim. Ils peuvent ! Manquerait plus qu'ils s'y installent avec leurs meubles et c'est bon.

Ils continuèrent de déambuler dans les couloirs vides quand ils arrivèrent devant un mur, au bout du couloir, qui était lacéré de toute part.

- Waw ! fit Jim en touchant les lacérations du bout de la main. C'est quoi ça ? Jurassic Park ? On a un T-rex dans l'entreprise ?

- Pas assez discret comme bestiole, je dirait plutôt Freddy Krueger ! fit Sherlock en mesurant à vue d'œil les lacération.

Il s'était souvenu du dernier film débile que John avait regardé, un soir de pluie : les griffes de la nuit.

- Ah non, Freddy, il avait quatre griffes, la il n'y en a que trois dans le mur c'est donc ce cher Wolverine le coupable, fit Jim en imitant le personnage et en faisant semblant de griffer le mur.

- Très spirituel, fit Sherlock en levant un sourcil devant l'imitation de Jim et en se demandant pourquoi tant de gens perdaient de la place dans leur cerveau pour retenir des bêtises pareilles.

Ils entendirent du bruit et tournèrent la tête vers un bureau. Lorsqu'ils s'approchèrent, ils virent Martin avec un grand sécateur de jardin, en train de découper littéralement du plaquo. Jim se cacha derrière Sherlock.

- à trois, on se tire ! fit Jim soudain apeuré, se cachant derrière le détective.

Gentiment mais fermement, Sherlock se dégagea et se tourna vers son collègue. Mais quelle poule mouillée, celui-là, se dit-il en lui-même. John, lui, il courait vers le danger pour faire monter l'adrénaline, il cherchait le danger, il se nourrissait du danger. L'autre, encore un peu, il faisait pipi dans son pantalon.

- Tu oublies qu'il faut le ramener au directeur, se contenta-t-il de dire en le regardant comme on regarderait un môme caché sous le lit.

- Tu es malade ou quoi ? fit Jim à grands renforts de tapotements de son index sur sa tempe. Tu veux te faire trancher ? C'est un gros malade ce type ! Il est comme ça à la moindre contrariété.

Malade ? Anderson et Donovan auraient abondé dans le sens de Jim. Mais sans danger, la vie était d'un monotone !

- Voyons, laissons le se calmer et jouons de ruse, fit Sherlock en entrant dans la pièce.

- Gaby, nooonn ! fit Jim qui avait peur pour son collègue d'un coup. Reviens ! Je ne suis pas médecin légiste. S'il te découpe en morceau je vomi et je m'évanoui.

- Ça te fera un puzzle grandeur nature, ironisa le détective tout en avançant d'un pas ferme et décidé.

Il entra dans la pièce et fit, nonchalamment :

- Ah, Martin, on vous cherchait.

- Pas le temps, grommela Martin en lacérant encore le mur.

- On a… retrouvé le CD, bluffa Sherlock.

- Pas moi, murmura-t-il en poursuivant sa tâche.

- Oui, je sais, il était… caché, figurez-vous. Quelqu'un l'aura fait tomber derrière une armoire, fit Sherlock d'une voie calme pour apaiser Martin qui s'arrêta aussitôt, le regardant avec des yeux surpris.

- Alors… je ne serai pas viré ? fit-il comme un enfant qui a peur d'être puni.

- Mais bien sur que non, certifia-t-il d'un ton sérieux. Le directeur veut vous parler, certainement pour changer le mode de rangement de la salle !

- Alors… Je vous suis, c'est ça ? fit Martin alors que Sherlock passait un bras autour de son épaule.

- Mais bien sûr ! Vous savez, j'ai eu le temps de regarder comment c'était rangé et...

Sherlock continua de le baratiner comme ça tout en prenant la direction des couloirs sous le regard inquiet de Jim qui s'efforçait de sourire. A la moindre contrariété, pensa-t-il, le pauvre Gaby sera découpé en tranche.

Sherlock l'amena à bon port et le passa au directeur qui l'emmena sans une parole dans son bureau, sous les soupirs de soulagement de tout le monde, qui réintégra ses bureaux. Sherlock fit un signe de tête à Molly et retourna dans le sien.

Quelques minutes après, quelqu'un frappa à sa porte. Il pensa d'abord à Molly, mais quand la porte s'ouvrit, son cœur manqua un battement et tout son corps se refroidit d'un seul coup.

- Tu as l'air étonné… Sherlock, fit Anna avec un sourire mauvais sur le visage.

Sherlock ne répondit pas, établissant toute l'horreur de la situation dans laquelle il était. Ce que Lestrade avait craint se déroulait sous ses yeux.

- Tu ne m'as pas oublié quand même, chéri ? fit Anna en s'approchant de Sherlock qui recula d'un pas.

Sa démarche était toujours aussi féline, comme un prédateur quand il traverse la forêt tropicale avant de sauter sur un pauvre animal sans défense. Comme le serpent, elle avait le don de subjuguer sa proie, le laissant pantelant, désarmé.

- Ne m'appelle pas comme ça, fit-t-il d'une voix glaciale.

- Je t'appelle comme je veux, mon chou, fit-elle en passant sa langue sur ses lèvres, de manière sensuelle. Après tout, on a partagé le même lit, à une époque.

- Très lointaine ! compléta Sherlock en repensant au documentaire sur les mantes religieuses que sa logeuse regardait avec passion, l'autre jour.

- Certes, minauda-t-elle en poussant sa poitrine en avant. Tu as brisé mon cœur de petite fille, en te barrant dès l'aube... Ta spécialité. Dis-moi, tu as tenu un registre ? Parce qu'on pourrait former une sacré association, toi et moi.

- Qu'est ce que tu veux ? laissa-t-il tomber froidement, utilisant le même ton que son frère devait employer avec des terroristes.

- Hum…, fit-elle en posant son ongle rouge carmin sur ses lèvres, toutes aussi rouge carmine. Je me posais plusieurs questions, il y a quelques minutes, c'est vrai. Je reviens de vacances et je trouve mon ordinateur planté par une stupide petite garce qui faisait la sécurité. Bien sûr, je me suis chargée de remédier à tout ça.

- Ce sont des aveux ? fit Sherlock en la toisant de loin, les bras croisés sur son torse.

- Ah, oui, mais bien sûr, fit-elle en s'esclaffant de cette manière si particulière distinguée qu'elle avait. J'oubliais le journal : sept meurtres, et puis hier soir, on me présente un certain Gabriel... Et oh, que vois je ? Ce bon vieux Sherlock.

- J'ai décidé de me recycler dans la finance, ça nourrit mieux parait t'il, mentit-il.

- Ne plaisante pas avec moi, fit-elle en haussant la voix et en se collant à lui.

Il y en a qui auraient tué père et mère pour avoir la poitrine pulpeuse d'Anna collé contre eux et la sentir se déhancher contre leur entrejambe. Sherlock aurait bien tué père et mère, mais pas pour subir ce genre de traitement qui avait fait perdre la raison à bons nombres de chefs d'entreprise et hommes politique... Cela le laissa de glace.

- Tu es détective privé, lui susurra-t-elle à l'oreille, comme si elle lui glissait des mots cochons pour exciter un client. Ce n'est pas pour enquêter sur les actions de l'entreprise que tu es là. Non ! C'est pour cette petite garce et ces amies.

Ses hanches roulèrent un peu plus et Sherlock tenta de s'échapper.

- Ils ont tous été tués, Anna, lui dit-il en la regardant avec mépris.

Elle eut son petit rire cristallin, celui qui rendait fou la moitié de l'université, l'autre moitié étant constitué de filles. Elles, elles l'auraient bien trucidée.

Les mauvaises langues disaient même que seul le train et le métro ne lui étaient pas passés dessus.

- Oui, tu as vu à quel point le service ressource humaine fonctionne bien ? ironisa-t-elle en se léchant le haut de la lèvre. On nous envie notre système qui fait économiser des sommes folles en indemnités de préavis.

- Tu sais que je pourrai utiliser ça contre toi ? lui dit-il d'une voix encore plus froide.

- Tu ne le feras pas, tu n'es pas aussi stupide, parce que tu sais de quoi je suis capable, fit-elle en regardant par la petite fenêtre de son bureau, vers le couloir où Molly discutait avec une collègue.

Sherlock ne fut pas dupe et vit QUI elle regardait avec ses yeux sadiques.

- C'est dommage, elle est très compétente, fit-elle avec une voix et le style « ravissante idiote » ce qu'elle était loin d'être. Mais dans une salle d'autopsie, pas dans le monde la finance. Tu devrais lui dire.

- Tu as enquêté sur nous ?

La sueur se mit à couler dans son dos quand il compris que toute l'affaire était en train de lui échapper à cause d'une bêtise faite il y longtemps.

- Dis-moi, Sherlock ? lui susurra Anna dans l'oreille, de manière archi sensuelle, mais qui ne lui fit aucun effet, si ce n'est de s'énerver. Tu l'aimes, cette fille ? Je ne t'ai jamais vu comme ça.

Oui, elle était en train de fulminer intérieurement car Sherlock ne répondait à aucunes de ses avances. Tous les hommes, même les plus fidèles bavaient comme des escargots devant elle et sa poitrine opulente, ses hanches aguichantes, et lui, ce stupide petit détective ne ressentait plus rien ! Il avait même poussé le comble jusqu'à la planter après une nuit torride. Le salopard ! Elle ne lui avait jamais pardonné. C'était ELLE qui plaquait les hommes et pas le contraire.

- Anna ! grinça la voix du détective, énervant encore plus la mante religieuse qu'était Anna.

- Et ce bon vieux Mycroft ? Comment va-t-il ? fit Anna, se moquant comme d'une guigne de la remarque outrée du détective.

- Laisse mon frère tranquille, fit Sherlock, menaçant.

- Ah, oui, bien sûr, toujours aussi intouchable, fit-elle en posant ses mains de chaque côté du visage de Sherlock qui avait blanchi. Tu sais, il peut se vanter d'être le seul homme qui a résisté à mes charmes, mais pas à mon chantage. Oui, jusqu'où irait-t-il pour son cher, très cher, petit frère ?

- Je te hais, Anna, ne te fait pas d'illusion, lui cracha-t-il au visage.

Elle prit son air « maîtresse d'école sadique » et le menaça de son index où pointait son faux ongle en forme de griffe.

- Oh, mon pauvre chou, ce n'est pas ce que je voulais entendre ! Et pour la peine, ta punition sera la dénonciation de ta véritable identité, à toute notre chère petite mafia, que tu as dû apprendre à connaître...

- Que veux-tu ? soupira-t-il, ayant perdu la manche.

Elle lui fit le sourire de « maîtresse sadique » prête à récompenser son brillant élève.

- Ah, tu te souviens de la leçon... Voyons qu'est ce qui me ferait plaisir ? dit-elle en regardant en l'air.

Sherlock ferma les yeux et tenta de contrôler sa peur. Elle était diabolique et pouvait lui demander n'importe quoi. Le regard de serpent d'Anna se posa sur Molly, toujours dans le couloir et retourna son attention sur Sherlock. La sentence tomba comme un couperet :

- Je veux que tu la fasses souffrir.

- Quoi ? fit-il parce qu'il avait peur d'avoir mal compris.

- Cette chère petite, je veux que tu l'as fasse souffrir, dit-elle d'un ton sadique. Je veux la voir pleurer !

- Anna ! s'insurgea-t-il en essayant d'échapper à son corps qui le dégoûtait au plus haut point.

- Je sais que tu as des sentiments pour elle, lui dit-elle en faisant monter ses mains le long de ses bras, déclanchant des frissons de dégoût chez le détective. Ce sera ta punition, le gage de la bonne continuité de ton enquête, disons si elle abouti un jour. Je t'interdis de l'aimer.

- Et tu crois m'en empêcher comment ? ironisa-t-il, détestant au plus haut point qu'on lui donne des ordres ou qu'on lui dise quoi faire. Tu vas me suivre jusqu'à dans mon lit ?

Anna jubila intérieurement : elle tenait ce salopard dans ses griffes et allait en faire son pantin. Il allait comprendre qu'on ne se moquait pas impunément d'elle. Oh que non ! Encore un peu, elle en aurait joui de bonheur. D'ailleurs, savoir qu'elle tenait sa vengeance lui faisait monter des délicieux frissons dans la colonne et ailleurs, aussi.

- Oh, non, ne t'inquiète pas ! Tu vas la haïr pour moi, mon cher amour d'antan, dit-elle en le griffant violemment dans le cou avec son faux ongle, mais vrai griffe.

Il sursauta et posa sa main sur son cou. Il saignait, abondamment même.

- Si jamais, par malheur, tu venais à oublier notre petit arrangement, mon chou, ce sera Martin qui lui rappellera. J'espère que tu mesures à quel point il peut être instable, surtout que j'ai l'adresse où vous résidez, tout les deux. Bonne journée.

Elle sortit du bureau et claqua la porte.

Molly vit sa patronne sortir du bureau de Sherlock avec un sourire sadique. Elle trouva cela bizarre et entra. Bizarrement, elle le trouva assit sur sa chaise, pressant des mouchoirs sur son cou. Remarquant sa pâleur inhabituelle, elle s'approcha de lui.

- Qu'est-ce qu'elle t'a fait ? lui demanda Molly, inquiète, en voyant les mouchoirs rouges de sang et la griffure dans le cou.

- C'est bon, lâche moi, je suis pas un gosse, fit-il brutalement, en la repoussant.

- Très bien ! Dans ce cas débrouille toi ! fit-elle en sortant et en claquant la porte.

Elle marcha rageusement jusqu'aux toilettes et claqua la porte derrière elle. Se pencha sur un lavabo et se regarda dans le miroir. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer entre eux pour qu'ils perdent cette complicité qu'ils avaient tous les deux ? La fin de l'enquête commençait à sonner, voilà ce qu'il y avait. Sherlock n'avait presque plus besoin d'elle. Elle soupira, retenant ses larmes de rage qui menaçaient de couler. Non, elle n'allait pas se laisser faire après tout.

Sherlock, de son côté, se sentait mal. Il avait mal au cou, déjà. Cette garce l'avait carrément griffé dans le cou, avec ses ongles de sorcière. Il allait avoir une belle cicatrice. Ça saignait beaucoup, et puis, il avait encore une fois rejeté Molly. Il était abattu, sachant désormais que les disputes seraient son quotidien, car il devait la protéger contre ce tueur fou. Il allait peut-être y passer des nuits blanches sur le sofa, mais il résoudrait cette enquête. Au plus vite, si possible, avant de faire plus de dégât avec Molly. Il fouilla dans une boite de secours accrochée dans son bureau et trouva un pansement assez grand pour recouvrir les traces.

Molly retourna à son bureau, ses collègues mirent sa mauvaise humeur sur le compte des menstruations et ne se posèrent pas trop de questions. Elles discutaient de ce fameux CD qui avait disparu et que personne ne trouvait, même pas les huissiers. Anna fit son apparition dans l'open space et fit signe de la tête à Molly de la suivre dans son bureau. Cette dernière le sentait mal.

- Vous n'êtes pas sans savoir qu'un CD a disparu ? commença-t-elle directement.

- Je le sais, madame ! fit Molly en grognant dans sa tête. Toute l'entreprise est au courant.

- Je ne sais pas, moi, mais... Comment dire ? Il s'agit d'un enregistrement important ! Pas pour ce qu'il y a dessus, mais pour ce qu'on pourrait en faire. Je ne donnerais pas cher de la peau de celui qui l'a volé.

Hors de question que cette pimbêche siliconée ait le dessus, pensa Molly.

- Je ne sais pas ce que vous insinuez, madame, mais je n'ai rien à voir dans cette histoire.

- Hum… Pas sûr, déclara Anna à la manière d'un inspecteur dans une série policière à petit budget. Vous étiez, après tout, dans un couloir interdit.

- C'était une porte de secours qui partait des archives papier, se défendit Molly avec véhémence. Je n'était pas dans….

- Et qui rejoint, comme par hasard, les archive, informatiques, asséna la chef en pianotant avec ses ongles sur le bureau.

- Je n'ai rien volé, fit Molly, aussi raide qu'un militaire au garde-à-vous.

- Personne ne sait ou est ce CD, déclara pétasse siliconée. Alors voilà, j'aimerais qu'il revienne... Disons dans les quarante-huit heures et je veux un coupable, sinon je serai forcée de vous signaler au directeur. Regardez, fit-elle en ouvrant une armoire bizarre.

Dedans, il y avait deux télévisions de surveillance, montrant le fameux couloir où ils étaient et une salle de réunion, qu'elle n'avait jamais vu.

- Vous comprenez, poursuivit Anna, comment je vous ai vu. Et tout ceci est enregistré.

- Bien madame ! fit Molly.

Anna lui mettait la pression en sous entendant qu'elle savait tout. Elle ne pouvait pas savoir pour leur enquête. Mais en même temps, elle ne savait pas où se trouvait ce CD, ni comment elle allait le retrouver.

- Bien, fit Anna en sirotant un café. Ce sera tout. Bonne journée, Molly !

Molly se figeât en l'entendant prononcer le prénom de « Molly ». Elle n'était pas sûre d'avoir bien entendu, mais elle l'avait appelée par son prénom, là ! Elle ne pouvait pas savoir, impossible, elle ne connaissait personne. Elle pensa aussitôt à Sherlock et se demanda ce qu'il avait encore bien pu faire. Il n'avait quand même pas vendu la mèche ? Elle n'y comprenait plus rien. Il fallait en avoir le coeur net !

- Pardon, excusez-moi, mais comment m'avez-vous appelé ? fit-elle en se retournant.

- Amie ! ça change de Émilie non ? fit-elle d'une voix enjouée, comme si rien ne s'était passé. Au travail ! fit-elle d'un voix un peu plus autoritaire cette fois, ce qui fit détaler Molly de son bureau.

La journée se passa lentement, Molly réfléchissait au moyen de trouver ce fameux CD. Comment faire ? Personne n'avait l'enregistrement de l'intérieur de la salle informatique puisque Martin était censé la surveiller du fait que les caméras ne marchaient pas.

La pause du midi arriva et Sherlock se retrouva avec Molly dans leur restaurant habituel. Molly ne mangeait pas beaucoup et picorait dans son assiette. Un silence de mort régnait à table.

- Tu ne manges pas ? l'interrogea Sherlock, pour tenter d'ouvrir le dialogue.

Lui qui habituellement aimait le silence, il détestait celui-là.

- Pas envie ! fit-elle d'un ton hargneux.

- Tu aimes ça, d'habitude, fit-il en montrant son plat qu'elle avait à peine touché.

- Quand je dis « pas envie » c'est « pas envie de discuter », alors, merci de la fermer ! Le silence, ça te connais, non ? fit-elle d'une voix hargneuse.

- Bon ok ! fit-il en levant les mains. Je te laisse te calmer ! fit Sherlock, agacé de se faire attaquer par avec ses propres méthodes.

- Je suis très calme, figure-toi, mais si tu continues à m'énerver, je te jure que tu prends le contenu de la carafe d'eau sur la tête, ok ?

- D'accord, fit Sherlock, surpris.

Il n'avait jamais vu Molly aussi en colère et il s'en voulait. Il allait tous gâcher, mais au moins, elle serait en sécurité.

Le repas prit fin dans un silence de mort. De retour à leur bureau, ils reprirent le travail. Molly avait acheté une bouteille de soda sucré car elle n'avait pas mangé grand-chose. Elle le sirotait tandis que Sherlock lui expliquait son plan d'action pour accéder au bureau de sa patronne.

- On va avoir un soucis, lui expliqua Molly. Cette furie me soupçonne de vol. Figure toi qu'elle nous a vu dans le couloir. Elle a deux caméras branchées dans cette partie là. Il faut que je lui ramène le CD avec un coupable, sinon, elle me dénonce au directeur.

- Ah, oui, le CD, bien sûr... fit Sherlock en se penchant sous sa chaise.

- Qu'est ce que tu cherches ? fit Molly.

- C'est moi qui l'ai ! fit-il en relevant la tête, une pochette de CD à la main.

- QUOI ? fit Molly, soudain très en colère.

- Je vais m'en servir pour entrer dans le bureau de ta patronne, expliqua-t-il comme si Molly ne venait pas de hurler.

- Tu l'avais depuis tout ce temps et tu ne me l'as pas dit ? Je sers à quoi, moi, dans cette enquête ? De figurante ? De minette de décoration ? fit-elle en s'approchant de lui pour lui donner des tapes sur le bras.

Sherlock recula mais elle était noire de colère.

- C'était calculé ! se défendit Sherlock, surpris de la voir en colère. Si jamais Anna te mettait la pression, je voulais être sûr qu'elle ne te refroidisse pas et que tu lâches tout le morceau !

- Moi, j'aurais lâché le morceau ? fit-elle en s'approchant de nouveau. Tu me connais mal, Sherlock ! Je ne suis pas ton animal de compagnie ! J'avais juste le droit d'être un peu au courant de ce qui m'attendais ! J'ai été menacée et elle m'a appelée par mon vrai prénom. Elle est au courant, Sherlock !

- Tu ne sais pas de quoi elle est capable, fit-il en haussant le ton, lui aussi.

Molly s'approcha de Sherlock et renversa le contenu de son soda glacé sur lui. Il tenta de se lever de sa chaise, mais il était trop tard. Le soda froid venait de lui mouiller le pantalon. Heureusement que la bouteille était presque vide.

- Tiens, pour te rafraîchir un peu, au cas ou Anna voudrait le faire maintenant, ironisa-t-elle en lançant la bouteille vide dans un coin. Tu vas m'écouter et tu vas me dire exactement ce qu'il y a entre toi et cette affreuse Barbie espagnole ! Je ne parle pas pour moi, mais pour le bien de l'enquête. Est-ce que je peux encore te faire confiance ?

- Je ne peux pas t'en dire plus, Molly, fit Sherlock en baissant les yeux.

Il ne voulait pas l'exposer au danger. Surtout pas !

- Très bien, alors je quitte cette enquête puisque tu te débrouilles très bien tous seul, fit elle en s'en allant vers la porte. J'ai autre chose à faire que de jouer les figurantes dans un jeu particulièrement dangereux où sept personnes sont mortes, j'ai un travail moi !

- Parlons-en, tiens ! Tu serais prête à faire ce coup là à Lilo ? fit Sherlock en dernier espoir pour qu'elle ne quitte pas l'enquête.

Une vraie bassesse, mais indispensable pour l'empêcher de partir.

Molly se tourna vers lui et le fusilla du regard.

- Tu es un véritable pourri et un manipulateur ! Tu te sers d'une gosse de quatre ans pour m'amadouer. C'est abject, tu es abject !

- Oui, je l'utilise pour t'amadouer, fit-il en se levant. Lilo compte sur nous deux. Lestrade compte sur nous deux, Mycroft aussi ! Tout le monde ! Alors, je suis peut-être un pourri, mais si tu quittes cette enquête sur un simple coup de tête, pour une dispute banale, tu ne vaux pas mieux que moi.

Voilà, l'argument était lancé. Le poignard était planté dans son dos, plutôt...

- Banale ? fit-elle, écartant les bras en signe de stupeur. Tu appelles ça une dispute banale ? On s'entendait bien au début, voilà notre enquête qui se finalise et tout redevient comme avant ? Tu crois peut-être que tu pourras revenir tous les jours au labo et que la gentille Molly t'apportera ton café ?

Ses yeux lançaient des éclairs, elle était plantée devant lui, les poings sur les hanches, le mettant au défi d'y trouver à redire.

« Son café, pensa-t-elle, il pourra se la coller quelque part... »

- Reste, s'il te plait ! supplia-t-il presque. Si c'est pas pour moi, que ce soit au moins pour Lilo. Nous devons - arrêter Anna et ce fou furieux de Martin avant qu'il ne recommence.

- Je reste juste pour l'enquête, fit-elle en le pointant du doigt ! Mais je vais faire de ton quotidien un enfer ! Moi aussi je peux être imbuvable, quand il le faut ! Autant que toi, si pas plus, bien que se soit assez compliqué d'être aussi insupportable que toi...

« Tiens, pensa-t-elle, prends ça dans les gencives ! ».

- Merci, fit-il avec un petit sourire crispé.

- Maintenant, je te laisse trente minutes pour trouver une solution au problème Anna plus CD. Pas une de plus !

- J'y ai déjà réfléchi, fit-il tout heureux de revenir dans un domaine qu'il maîtrisait. Tu peux attendre deux secondes que j'aille chercher Jim ?

- Pourquoi faire ? fit Molly en croisant les bras.

- Je t'expliquerai, lui dit-il avec la fougue d'un chien de chasse au trousse d'un cerf aux abois. Tiens, fais une copie du Cd en attendant, ajouta-t-il en lui passant le CD.

Sherlock sortit du bureau alors que Molly s'asseyait en face de l'ordinateur.

Il entra en trombe dans le bureau de son collègue.

- Jim, Jim, Jim, mon ami ! fit Sherlock en se frottant les mains

- Holà, toi, tu as un coup foireux à me proposer ! fit Jim méfiant.

Sherlock marqua un temps d'arrêt et se promit de ne plus être aussi enjoué et aussi « j'ai besoin de toi » quand il était sur une enquête. Comment diable John faisait-il pour que cela reste naturel, quand il avait besoin de quelqu'un ?

- Exactement ! répondit-il, se promettant d'analyser l'autre problème une autre fois.

- C'est non !

Aie, se dit le détective, le Jim allait me faire payer mes sarcasmes de l'autre jour, ou quoi ?

- S'il te plait, juste un service à me rendre. Et je te rends tes vingt livres, plus dix en guise d'intérêt.

Trêve de politesse et de minauderie, s'était dit Sherlock. On obtint plus avec l'appât de l'argent.

- Hum… Ah lala, fit Jim en voyant Sherlock sortir les billets. Ça n'a vraiment pas de morale, un mec ! Bon, qu'est ce que tu veux ?

- Viens avec moi, ordonna-t-il avec fébrilité.

- Je suis en ligne avec Hong-Kong, là ! fit Jim en roulant des grands yeux.

- Mais lâche-les un peu, s'impatienta le détective. Ils ne vont pas s'enfuir, c'est l'heure des nouilles chez eux ! Allez viens !

Sherlock attrapa Jim par la manche et le traîna plus qu'il ne le suivit, jusqu'à son bureau. Sherlock marchait à grandes enjambées et le collègue avait du mal à suivre.

- Ah, salut Rebecca ! fit Jim en saluant celle qu'il pensait être la fiancée de son ami. C'est un plan à trois, c'est ça ?

Sa vois avait pris une intonation érotique.

- Sûrement pas, fit Sherlock, se demandant si cet homme pensait parfois à autre chose qu'au sexe.

S'il avait posé la question à Jim, celui-ci aurait répondu « Oui, aux fesses, aussi ».

- Oui, pourquoi pas ? fit Molly avec une voix intéressée. En même temps, nous ne sommes pas obligé de faire ça à deux...

Elle regarda avec envie le Jim qui en devient bouillant.

- Rebecca ! fit le détective, voulant mettre de l'ordre dans toutes ces propositions plus qu'indécentes.

- Toi, fit-elle d'une voix sensuelle en attrapant Sherlock par la cravate, tu vas gentiment bosser et moi, en tant que belle figurante, je vais me détendre un peu avec ton cher ami... Dis-moi, Jim, tu connais la méthode « shiatsu » ? Avec mes doigts, je vais appuyer sur certaines parties de ton corps...

- Heu… Vous vous êtes disputés tous les deux ? demanda Jim en voyant l'air ironique de Molly et l'air affreusement contrarié de son fiancé.

Sherlock rit de manière légère.

- Nous ? Nooonnn ! Ne t'inquiètes pas, on adore se taquiner un peu et puis, tu sais comment sont les femmes au moment de… leurs menstruations, chuchota Sherlock en regardant Molly d'un air mauvais parce qu'elle venait de le mettre dans une situation embarrassante, surtout en connaissant la concierge qu'était Jim.

- Figure-toi, mon cher Jim, continua Sherlock, que nous avons retrouvé le CD.

- Le cd ? répéta Jim sans avoir l'air de comprendre.

- Celui que tout le monde cherche, lui dit Sherlock sur le ton d'un conspirateur. Tu as déjà fini de ranger ton bureau ?

- Non, malheureusement, soupira-t-il, au bord de la crise en pensant à tout ce qu'il restait à faire. Je n'en peux plus... Ils ont tout mis par terre...

- Et bien, on va aller voir le directeur pour lui remettre ce CD et tu diras que c'est toi qui l'a trouvé.

- Pourquoi je ferais ça ? demanda Jim, pas con tout à fait. Et comment vous l'avez trouvé ?

Sherlock éluda la question :

- Heu… il traînait quelque part… Tu sais, nous sommes nouveaux ici et les nouveaux n'attirent pas souvent la sympathie. On prend la place des anciens collègues, il y en a à qui ça plait pas. Bref, tu connais les mauvaises langues... Si on le rapporte, on va se faire suspecter de vol.

- Ah, je vois ! fit Jim en se tapant sur la tête. Comme je suis ancien, tout va marcher comme sur des roulettes.

- C'est ça !applaudit Sherlock.

- Et nous, on veut bien t'accompagner, fit Molly qui était toujours sur l'ordi de Sherlock.

- Bon bah, fit-il en haussant les épaules en signe d'accord. C'est super on….y va quand ?

- Et pourquoi pas maintenant, hein, Rébecca ? fit Sherlock pour être sûr qu'elle ait fini la copie. Comme ça, on sera débarrassé.

- ça marche ! fit Molly qui les suivit dans le couloir.

Ils marchèrent dans les couloirs et entrèrent dans le bureau du directeur, qui était en pleine discussion avec Anna.

- Ah, monsieur le directeur, je suis désolé de vous interrompre, mais avec l'aide de mes collègues, nous avons retrouvé le CD manquant ! fit Jim en agitant la pochette du CD que Sherlock lui avait donnée.

- Merveilleux, Jimmy ! s'exclama le directeur, enthousiaste. Vous avez vu ça, Anna ?

- Vous êtes trop naïf, monsieur le directeur, fit-elle de sa voix froide. Et s'ils étaient les auteurs du vol ?

- Voyons, Anna, fit le directeur sur un ton paternaliste. Vous regardez trop de film. Tout le monde a cherché ce CD. Je ne doute pas de Jim et de ses collègues pour nous avoir si gentiment ramené ce CD qu'ils ont dû retrouver quelque part dans un bureau.

- Ah oui, quelque part dans un bureau ? fit Anna en croisant les bras. Et où, exactement ?

- Derrière un radiateur, lui expliqua Sherlock.

- Heu... oui, derrière un radiateur, confirma Jim. Quelqu'un l'a fait tomber par là.

- Vous voyez ? fit le directeur en prenant Anna à témoin. Rien de suspect dans leur comportement.

- Rien de suspect, monsieur ? fit-elle glaçante. Et si je vous disais que ces deux là rodaient dans le couloir interdit au personnel, pendant les heure de travail ?

- Anna ! Regardez-les, ils travaillent comme des bêtes... Ils vont voulu se retrouver un peu et puis, ce n'est pas le premier couple que l'on surprend dans cet endroit, vous le savez Anna, fit le directeur en faisant un clin d'œil à Molly et Sherlock.

- Mais, monsieur le directeur… commença Anna.

- ça suffit, Anna ! ordonna le directeur. On a déjà assez de soucis comme cela aujourd'hui avec nos clients. Vous n'en avez pas assez et vous vous en créez encore ? Le cd est revenu et c'est tant mieux. On reverra le système de rangement, ce n'est pas à nos employés de chercher nos affaires perdues.

Anna se liquéfia devant le directeur, faisant jubiler Molly.

- Merci beaucoup, messieurs et mademoiselle, les remercia le directeur. Retournez au travail.

- Bien monsieur, fit Jim en partant avec Sherlock et Molly.

Une fois que la porte du bureau du directeur se fut fermée, Jim les attrapa par la manche, tout en effervescence.

- Hé, vous m'aviez pas dit que vous vous étiez donné rendez-vous dans le couloir interdit au personnel, vous deux ? Cochons, va !

- ça ne te regarde pas encore, Jim, fit Sherlock en le regardant de travers.

- Ah si, s'insurgea Molly, toujours de sa voix ironique. Je voulais tester s'il en valait encore la peine, avant de partir avec un des plus gros capitaux de l'entreprise...

- Waw, elle est remontée, ta petite souris, fit Jim en sifflant devant l'air mauvais de Molly. Les vannes qu'elle t'envoies !

- Ne t'inquiète pas, c'est affectueux. C'est une fois par mois ! fit Sherlock ayant trouvé la bonne excuse devant Jim.

Ce dernier sourit d'un air entendu.

- Bien, je vous laisse moi, j'ai un bureau à reconstruire avant de bosser vraiment ! fit Jim en baissant les épaules.

- Très bien, à tout à l'heure, Jim, le salua Sherlock.

Jim les quitta et Molly dépassa Sherlock pour rejoindre l'open space. Elle se retourna et marcha en arrière pour lui parler.

- Je n'ai pas mes règles, fit-elle furieuse. Et juste pour ton info, ça dure cinq jours... Je risque d'être imbuvable plus de cinq jours ! Tu vas trouver quoi après ?

- Je ne sais pas, tronçonneuse ? Cyanure ? Arme à feu ?… fit-il en énonçant les armes sur le bout de ses doigts, mais Molly était déjà partie.

Il s'arrêta dans le couloir et la regarda s'éloigner. Il sentit sa vue se brouiller et secoua la tête. Ah non, il n'allait pas en pleurer, quand même ! Pas comme un ado de 13 ans.

« Voyons, ressaisis-toi, Sherlock ! Tu es à bout de nerf ! Oui, c'est ça. C'est pour ça que tu as envie de craquer ».