Trois jours. Il aura tenu à peine trois jours. Trois jours avant de prendre une décision. Il s'était promis qu'il ne le ferait pas, mais il n'y arrivait pas, et il ne voyait pas d'autre moyen. Il allait tout lui dire. Lui dire combien il était amoureux d'elle. Combien quelqu'un d'aussi odieux et méprisable qu'Elliot ne la méritait pas. Combien quelqu'un comme lui pouvait vraiment la combler et la rendre heureuse.

Mais il avait si peur de sa réaction. Cela faisait tout juste une demi-heure qu'il avait quitté Elena et il avait passé tout son temps à faire les cent pas dans sa chambre, imaginant tous les scénarios possibles, d'Elena le repoussant, à Elena se jetant dans ses bras. Merde, pourquoi était-il aussi terrorisé ? Il suffisait juste qu'il...aille la voir, déjà. Et puis ensuite...Il lui disait ces trois petits mots qui lui brûlaient la langue depuis plusieurs jour et...

Sa radio émit un cliquetis et il ferma les yeux de dépit. Quand enfin il se décide, le devoir l'appelait. Il était maudit.

/ - Lorne, ici Sheppard. Pouvez-vous venir dans le bureau du Dr Weir je vous prie ?

- Tout de suite ?, tenta-t-il de négocier

- Oui, tout de suite

- Très bien, j'arrive dans deux minutes Monsieur /

Poussant un profond soupir de désespoir, Evan prit sa veste et sortit de ses quartiers, trottinant jusqu'au bureau de la dirigeante. Il priait pour que l'histoire se règle vite. Ce soir, il allait prendre le risque de détruire sa vie et celle d'Elena, fallait pas non plus rajouter une catastrophe par-dessus. Il arriva devant l'office dans les temps et son cœur se serra lorsqu'il vit leurs visages graves.

- Vous m'avez demandé ?, dit-il poliment en saluant Elizabeth, John et Rodney

- Oui. Asseyez-vous Major, demanda Elizabeth en désignant le fauteuil qui lui faisait face

- Non merci. Je préfère rester debout. Et sans vouloir vous manquer de respect, pourriez-vous...hu...faire vite ? J'avais quelque chose de prévu et hu...enfin vous comprenez

- Bien sûr Major mais je crains que vous ne deviez...repousser cette 'chose', aussi urgente qu'elle puisse être

- Très bien. Alors, que se passe-t-il ?

- C'est...à propos du Dr Thomas

Le cœur d'Evan manqua un battement et il ferma doucement ses poings, tentant de contrôler les brusques frissons qui s'emparaient de lui.

- Que...Que se passe-t-il ?, articula-t-il d'une voix sourde

- Le Colonel Sheppard et le Dr McKay l'ont retrouvé il y a quelques minutes dans ses quartiers, gravement blessée. Il semblerait qu'elle ait été...battue, mais nous n'en savons pas plus. Carson s'occupe d'elle actuellement, nous aurons bientôt son rapport je pense...

Evan ne l'écoutait déjà plus. Tout s'était arrêté autour de lui lorsqu'elle avait prononcé les mots « blessée » et « battue ». Alors que tous les regards se fixaient sur Evan, dans l'attente d'une quelconque réaction de sa part, celui-ci fit brusquement demi-tour, le visage crispé par la colère. Sans un mot pour ses collègues, il s'enfuit du bureau d'Elizabeth, allumant sa radio au passage.

/ - Cardin, appela-t-il d'une voix rauque et froide. Où êtes-vous ?

- Au gymnase Monsieur. Un problème ?

- Ne bougez pas, ordonna Evan en descendant les marches de la salle de contrôle. J'arrive dans deux minutes /

Evan débrancha sa radio et l'ôta, l'envoyant se fracasser contre le mur du couloir. Il courut jusqu'au transporteur et tapa violemment sur la carte la zone des salles d'entraînements. Deux minutes plus tard, les portes du gymnase s'ouvraient devant lui et il repéra sans difficulté le Sergent Cardin, qui se retourna à l'ouverture de la porte. Evan vit un petit sourire traverser les lèvres du militaire, suivit par, visiblement, une tentative de discussion, mais Evan n'entendait rien. Rien à part les palpitations effrénées de son cœur, et une rage incontrôlable s'emparer de lui.

Il rassembla toute la force dont il était capable, et quand il fut à la hauteur d'Elliot, lui décocha un crochet du droit qui le fit vaciller, puis tomber lourdement sur les fesses. Elliot gémit de douleur ; Evan n'entendait toujours que son propre corps, sa respiration en accord avec les battements de son cœur, qui menaçaient d'exploser à tout moment. Il sentait tout juste la douleur qu'avait causé le coup sur sa main. Il regarda Elliot se relever tant bien que mal, s'aidant du punching-ball derrière lui. Son nez était fracturé et le sang qui s'en écoulait filtrait entre ses doigts.

- Non mais ça va pas !, s'écria Elliot, sa voix devenue nasillarde

- Espèce de sale petite ordure !, hurla Evan en serrant ses poings tellement forts que ses ongles s'enfoncèrent dans sa paume. J'aurais dû faire ça depuis longtemps...

- Quoi ?

- Vous tuer

Les yeux d'Elliot s'ouvrirent grands de surprise, et une lueur s'empara d'eux lorsqu'il comprit la raison de la colère d'Evan. Mais il n'eut guère le temps de dire quoi que ce soit.

Evan profita qu'il tenait toujours son nez entre ses mains pour le frapper de nouveau. Il prit une grande inspiration et leva le pied, avant de l'abattre brutalement dans l'estomac de son adversaire. Elliot recula de plusieurs pas, la respiration coupée alors qu'il encerclait son ventre de ses bras, plié en deux par la douleur. Evan aurait pu rire de la situation s'il n'avait pas été aussi enragé. Le Sergent enchaînait les erreurs, ne cherchant ni à se défendre ni même se battre. Il lui rendait la tâche facile. C'était presque décevant de lui régler son compte.

Serrant le poing autant qu'il le put, Evan se rapprocha d'Elliot mais celui-ci sembla reprendre ses esprits et cogna Evan. Le Major fut un peu sonné, mais à part une lèvre fendue, les dégâts étaient minimes et indolores. Il riposta presque immédiatement, donnant un autre coup à son adversaire, sentant avec délectation les os de son arcade se briser sous ses phalanges, elles-mêmes se fracturant. Elliot vacilla, la respiration lente, à la limite de la conscience, et Evan l'attrapa par le col de son T-shirt. Tout en lui faisant un croche-pied, il aplatit le Sergent sur le tapis, qui gémit lorsque sa tête heurta durement la surface.

Alors qu'il levait son poing pour frapper de nouveau Elliot, Evan se sentit partir en arrière. Quelqu'un passa ses bras sous les siens et l'empoigna fermement au torse, l'entraînant loin d'Elliot. Le jeune homme vit deux Marines ramasser le corps inerte de Cardin sous l'ordre du Colonel Sheppard et il tenta de se débattre.

- Lâchez-moi !, ordonna Evan en essayant de défaire l'étreinte des bras, en vain. Laissez-moi, je vais le tuer ce salaud, lâchez-moi !

- Vous ne ferez rien du tout Major

Evan se figea en reconnaissant la voix du Satédien et se laissa entraîner dans une salle adjacente le gymnase. Lorsque Ronon le relâcha, le poussant sans ménagement à l'intérieur de la pièce, il tenta de faire demi-tour, mais le Satédien l'en empêcha.

- Laissez-moi passer Ronon !

- Non

- C'est un ordre !

- Ronon ?

Les deux hommes se tournèrent pour voir Sheppard entrer dans la pièce.

- C'est bon, je m'en occupe. Merci

Ronon acquiesça d'un hochement de tête et d'un grognement et sortit de la pièce. John fixa Evan d'un regard dur et lui ordonna de s'asseoir...

Ouf ! Ça fait un bien fou dis donc !