*Se montre discrètement* Bon, bon, Il y a encore quelqu'un ici ?
Je sais, je sais, pas de nouvelle, pas de nouveauté pendant une éternité, bon... Je m'en excuse, encore et toujours. Pour ce chapitre, qui annonce le début d'une période peu réjouissante pour notre petit couple, je tiens a remercier Lætitia (et Justine !) qui sans le vouloir, m'ont redonnée envie d'écrire. Cette fiction me tient vraiment un cœur, et j'ai bien l'intention de la finir, peu importe le temps que ça prendra. Je vous laisse découvrir la suite, et j'espère qu'elle vous plaira :)
Dites moi tout mes petits !
Nota : Ce chapitre est le plus long de la fiction pour le moment :P
Bella
Chapitre 23 : Du sang, des larmes et du café
La Volvo d'Edward disparut au bout de la rue. De ma fenêtre, je pouvais suivre des yeux les nombreuses personnes qui allaient et venaient en ce samedi plus chaud et ensoleillé que ce qu'on pouvait attendre de la saison. Dans la rue mes contemporains s'agitaient avec entrain, s'affairaient en tous sens formant des vagues informes pleine de cris, de rires et de bruits. Cette joyeuse fourmilière qui évoluait sous mes yeux me fit sourire.
De manière assez étrange, je me sentais plutôt heureuse et soulagée. Bon, bien sur, son frère était accro à la cocaïne, ce n'était pas rien, mais j'avais imaginé tellement pire ! C'est vrai quoi, Edward m'avait laissé dans le flou pendant si longtemps. Mon inquiétude naturelle et surtout ma faculté à me faire des films avaient fait naitre un tas d'idées saugrenues : Un mafioso, un transsexuel, un serial killer... Et autres personnages improbables m'avaient traversé l'esprit et j'étais presque soulagée que ce ne soit qu'un cocaïnomane. Je me sentais monstrueuse de penser un truc pareil mais en même temps, ça aurait pu être tellement pire ! Dans tout les cas, j'étais plutôt contente. Ce qui me fit culpabiliser encore davantage.
Je ne pouvais pas m'empêcher de sourire comme une idiote en repensant à ce matin, à sa douceur, à ce qu'il était et à tout ce qui faisait que j'étais éperdument amoureuse de lui. Je lui pardonnais tout, car je savais maintenant qu'il n'avait jamais cherché à me blesser ou à me faire souffrir, il voulait simplement aider son frère et que tout aille pour le mieux, mais il ne pouvait pas tout faire, il s'était assigné une tache difficile et je l'admirais pour ça. Je laissai échapper un soupir de contentement, le sourire aux lèvres et l'esprit dans les nuages.
Des coups frappés à la porte me tirèrent de ma rêverie. Je supposai, et espérai, pendant un instant que c'était Edward, qui avait oublié quelque chose mais un coup d'œil sur la rue m'indiqua que sa voiture n'était pas revenue se garer en bas. Pas déçue au point d'en éprouver de la tristesse, c'est de bonne humeur que j'allai ouvrir la porte.
Sur le palier se trouvait une jeune femme qui m'était totalement inconnue. Sa petite taille et ses cheveux coupés court et son manteau écarlate lui donnaient des allures de petit chaperon rouge égaré. Affichant un sourire un peu forcé, elle cherchait à paraitre ouverte et chaleureuse, mais un élément dans sa personne, qui aurait pu passer inaperçu pour n'importe qui d'autre, me frappa, cassant la gentillesse apparente qui semblait prédominer chez elle. En effet, ses yeux d'un bleu qui confinait presque au noir exprimaient une froideur et une angoisse grandissante. Nous nous dévisageâmes mutuellement pendant quelques secondes, puis elle inspira un bon coup tout en tripotant machinalement un bout de papier froissé entre ses mains. Sentant qu'elle avait du mal à sortir une phrase correcte, j'entamai la conversation, histoire de l'encourager.
-Bonjour mademoiselle. Fis-je d'un ton plus cérémonieux que de coutume.
-Bonjour...euh...Bonsoir. Enfin oui, bon. Je...Vous êtes Isabella Swan ?
-Eh bien oui, effectivement, comme c'est écrit sur la porte. Plaisantai-je en indiquant l'étiquette ou figuraient le nom d'Edward et le mien.
-Oui, bien sur, je suis bête. Fit-elle en baissant la tête.
Elle regarda ses pieds pendant quelques instants puis elle s'attarda ensuite sur les miens avant de relever la tête en souriant.
-J'adore vos chaussures ! S'exclama-t-elle de manière plus qu'inattendue.
J'en vint à me demander si cette fille n'était pas carrément timbrée. Mais elle était plutôt marrante. Elle rougit en un clin d'œil en réalisant ce qu'elle venait de me dire.
-Pardon, désolée, je...Balbutia-t-elle penaude.
Mon rire lui coupa la parole et elle en profita pour retourner à la contemplation de ses chaussures.
-Merci, les vôtres sont pas mal non plus ! Fis-je en posant les yeux sur ses jolies bottines noires.
Elle releva la tête pour la seconde fois avec un air plus assuré.
-Je m'appelle Alice Pace, vous ne me connaissez pas, mais moi, j'ai beaucoup entendu parler de vous. Je dois vous entretenir de quelque chose de très important. Je sais que vous ne devez pas comprendre mais il faut absolument que vous m'écoutiez, c'est primordial.
Après son petit monologue, j'hésitais entre rire et...rire. C'était une blague ? Je voyais le scénario basique se dérouler en temps réel juste devant ma porte. Genre elle était (rayer les mentions inutiles) un agent secret, double, infiltré qui devait à tout prix rentrer en contact avec moi car j'étais désignée pour sauver le monde, l'univers, la galaxie, d'un risque atomique, de l'invasion martienne, ou de je ne sais quoi d'autre.
-C'est une caméra cachée ? Demandai-je la bouche déformé par un rire qui ne demandait qu'à sortir.
Elle me regarda d'un air ébahi.
-Mademoiselle Swan, c'est très sérieux vous savez, c'est assez difficile pour moi de venir vous voir alors rendez moi la tache plus facile, s'il vous plait.
Oh là...Elle avait vraiment l'air désespéré. Voyant son désarroi et sa difficulté, je repris mon sérieux et m'écartai de l'entrée.
-Pardon, je suis désolée. Je n'ai pas voulu vous froisser. Allez-y, entrez mademoiselle Pace.
Elle passa la porte avec prudence et se retourna vers moi presque immédiatement.
-Asseyez-vous sur le canapé, faites comme chez vous. Vous voulez boire quelque chose ?
-Un café, si vous avez. Répondit-elle en retirant son manteau.
-Bien sur !
Je filai dans la cuisine nous préparer deux cafés, ne voulant pas la laisser seule trop longtemps. Cette fille était vraiment bizarre et je n'étais pas vraiment rassurée en sa compagnie.
-Alors quel est-ce sujet si important dont vous devez me parler ? Annonçai-je en m'approchant du canapé.
-C'est à propos de votre mère, Renée.
Je stoppai net, laissant tomber les deux tasses de café brulant sur le parquet. En arrivant au sol, elle se brisèrent en grand fracas, déversant du café dans tout les sens. Totalement interdite l'une comme l'autre, nous restâmes à contempler les bris de mugs trempant dans le café. Des volutes de chaleur se dégageaient de la flaque noire et celle-ci ne tarderait pas à me tremper les pieds.
-Je...euh...Il faut que je nettoie...Balbutiai-je en reprenant contenance.
L'esprit confus j'attrapai sans vraiment m'en rendre compte une éponge et une bassine et m'agenouillai devant la flaque. Frottant énergiquement, me défoulant sur le parquet telle une possédée, je tentais de faire le point mais n'arrivais pas à réfléchir.
-Je n'ai pas vu ma mère depuis mes sept ans, alors si vous la cherchez parce qu'elle vous doit de l'argent ou je ne sais quelle autre raison, vous frappez à la mauvaise porte, j'ignore totalement où elle se trouve.
Ma pression sur le parquet ne faisait que s'accélérer, frottant les lattes en bois comme si ma vie en dépendait. Cette Alice me regardait avec stupeur et compassion malgré sa posture qui indiquait clairement qu'elle était des plus mal à l'aise.
-Non, je ne cherche pas votre mère, au contraire, je...
-De toute façons je n'ai aucune envie de parler d'elle, elle n'est plus rien pour moi, si tant est qu'elle est ait représenté quelque chose à mes yeux. Éclatai-je, furieuse en lui coupant la parole.
Je frisais l'hystérie, une larme ou deux commençaient à naitre au bord de mes yeux alors que je ramassais les bouts verres brisés, les jetant violemment dans la bassine.
-Je n'ai aucun respect pour elle, elle est égoïste, lâche et détestable, elle ne mérite même pas d'être considérée comme une mère ! Hurlai-je à la figure d'Alice qui n'était pourtant en rien responsable de l'horreur que m'inspirait ma mère. Quand je pense à tout ce qu'elle à fait à ma famille et à moi je...
Mon état qui frisait la crise nerveuse, me fit faire un faux-mouvement, et le bout de verre que je tenais dans les mains vint se loger assez profondément dans le creux de ma paume, me faisant stopper mon monologue haineux.
-Votre mère m'avait prévenue que ce serait difficile. Constata Alice qui n'avait apparemment pas remarqué ma blessure.
-Vous la connaissez ? Vraiment vous...enfin...Je...C'est elle qui vous envoie me voir, moi ?
-Oui, Isabella, elle m'envoie pour...
Et c'est à ce moment là, très précisément, que je me mis à fondre en larmes, de manière totalement incontrôlable et au point d'en voir flou. J'essayais tant bien que mal d'essuyer le liquide salé qui trempait mon visage, mais plus je tentais d'éponger ces larmes, plus je barbouillais mon visage de sang et de pleurs mêlés tachant même mes vêtements qui déjà n'avaient pas été épargnés par le café répandu au sol. Je devais donner un spectacle lamentable. Je me sentais épuisée, trop d'émotions contradictoires venaient de m'être balancées au visage et l'ascenseur émotionnel que j'avais subi depuis ce matin allait avoir raison de moi.
-Oh mon dieu ! Isabella, tout ce sang !
Les paroles d'Alice furent la dernière chose que j'entendis alors qu'elle se précipitait sur moi. Ma vision devint floue puis mes yeux se fermèrent tout à fait, je n'avais même plus le courage de me porter, ma tête allait exploser, mes membres gourds et alourdis lâchèrent. Totalement à bout de force, mon corps heurta le parquet en un bruit sourd, je sentis ma chair se déchirer sous les attaques des bouts de verres qui jonchaient le sol, avant de sombrer totalement.
Il faisait noir, noir comme dans un four. Je sentais un poids énorme peser sur ma personne, mes muscles étaient engourdis, et la douleur parcourait mon corps tout entier comme si des milliers d'aiguilles me transperçaient de toute part. Mes yeux étaient clos, et j'eus besoin de faire un effort surhumain pour ne serait-ce que les entrouvrir. Petit à petit, mon esprit revint à la réalité je réussis à percevoir des voix indistinctes et sentis du mouvement juste à coté de moi. Le bip à intervalle régulier d'un électrocardiogramme s'installa en fond sonore, de manière désagréable. Plus je revenais à moi, plus la douleur devenait vive, attaquant de part et d'autre de mon corps.
-Bonjour Bella.
Une voix familière et chaleureuse accueillit mon premier battement de cils, mais mon esprit était encore trop confus pour que je puisse reconnaitre tout à fait la personne. Une main fraiche me caressa doucement le front avec prudence. J'émis un petit gémissement.
Mes yeux s'ouvrirent totalement, les formes autour de moi se dessinaient de plus en plus distinctement, jusqu'à devenir totalement nettes. A mon chevet, arborant son habituel sourire chaleureux, Carlisle était là, les yeux rivés sur moi, plein de compassion.
-Tu nous a fait des frayeurs, tu sais.
La bouche pâteuse et la mâchoire douloureuse, je ne répondis pas tout de suite.
-Tu te souviens de ce qui s'est passé ?
-Oui, je crois...euh...mais en fait...non.
Je regardai autour de moi, encore désorientée, la chambre m'était inconnue, mais la présence de Carlisle, la décoration neutre et les ustensiles médicaux me mirent la puce à l'oreille
-Je suis à l'hôpital ? Marmonnai-je
A cet instant, une petite silhouette au cheveux noirs passa la porte avec deux cafés à la main.
-Alice, elle s'est réveillé ! S'exclama Carlisle à l'intention de la nouvelle arrivante.
Elle ne prit même pas le temps de poser les gobelets qu'elle avait dans les mains et fonça sur moi.
-Oh vous avez repris conscience ! Je suis tellement désolée mademoiselle Swan, j'aurais du mieux vous préparer à entendre ce que j'avais à vous annoncer. J'ai été si maladroite.
-Alice, calme-toi. Tout va bien maintenant. Rassura Carlisle.
Il me caressa le dos de la main doucement.
-Tu as fait un malaise après t'être blessée et tu es tombée sur les bouts de verre qui restaient. Répondit Alice soucieuse, tenant toujours les gobelets. Mais euh...je peux...vous...heu... te tutoyer ?
La phrase d'Alice si inattendue provoqua un rire franc chez Carlisle. J'aurais voulu rire aussi mais le seul soulèvement de ma poitrine me fit tant souffrir que je m'arrêtai presque immédiatement.
-Bien sur que tu peux me tutoyer. Dis-je en essayant de m'assoir.
-Ne bouge pas Bella, tu as perdu beaucoup de sang. Tu t'étais tranché une artère, il faut que tu te reposes. Me conseilla Carlisle. Alice a pratiqué les premiers soins et a appelé l'ambulance presque immédiatement et heureusement sinon tu aurais pu vraiment y passer. D'ailleurs, il faut lui changer sa perfusion, tu veux bien t'en occuper Alice ?
-Sans problème, tu dois avoir un million de choses à faire ! Dit-elle en souriant. Tiens, au fait, ton café ! Il n'y avait plus de lait, alors je te l'ai pris à la vanille, comme tu l'aimes. Bella, tu veux que j'aille t'en chercher un ?
Je pris une mine caricaturalement dégoutée.
-Euh...non merci, le café je crois que je vais éviter pendant quelque temps.
-Tiens toi, ton café et ton sucre.
-Merci 'lice
Je ne comprenais pas tout là.
-Mais, vous vous connaissez ? Demandai-je
Carlisle s'esclaffa de plus belle.
-Effectivement. Tu lui expliques Alice ? Il faut que j'y aille, on m'a déjà bippé trois fois. Bella, je te laisses entre de bonnes mains, reste tranquille et tu guériras vite. Je viendrai voir comment tu vas tout à l'heure, d'accord ?
Il s'apprêtait à passer la porte, lorsqu'il se retourna, le regard mutin.
-Au fait, j'ai prévenu Edward, il sera bientôt là.
-Quoi ? M'écriai-je, payant ce sursaut d'une douleur à l'omoplate. Non, tu n'as pas fait ça ! Il n'a pas le temps à perdre ici, Jasper a besoin de lui pour...
Je m'arrêtai en portant ma main à ma bouche, craignant d'en avoir trop dit.
-Ne t'inquiète pas Bella, Jasper fait des progrès tous les jours. Et puis, Edward m'en aurait voulu pour l'éternité si j'avais gardé le silence quant à ton hospitalisation. Allez, à tout à l'heure !
Il passa la porte nous laissant en tête à tête Alice et moi. Elle ne me quittait pas des yeux, son regard s'était incontestablement radouci, et je la trouvais très mignonne avec ses mèches en bataille et son petit sourire gêné. La froideur qu'elle dégageait un peu plus tôt dans la journée semblait s'être volatilisée, j'en vint même à me demander si je ne l'avais pas imaginé de toutes pièces.
-Tu ne m'en veux pas, hein ? Demanda-t-elle, les épaules affaissées, pleine de honte.
-T'en vouloir ? Bien sur que non ! J'avais passée une journée plutôt mouvementée tu sais, et tout le stress accumulé à fait que j'ai craqué subitement. Tu n'y es pour rien, je t'assure.
-J'étais émue tout à l'heure, et puis...tu es très intimidante tu sais.
Elle s'affairait à me préparer ma perfusion avec une grande concentration. Elle installa celle-ci et se rassit en souriant.
-Alors tu connais Carlisle ?
-Eh oui ! Je suis interne dans cet hôpital, Carlisle est mon chef de service, il m'a vraiment aidée quand j'ai commencé ma formation ici. Je ne le remercierais jamais assez. Tout à l'heure quand je suis arrivée à l'hôpital avec toi sur un brancard, baignant dans ton sang, j'étais vraiment affolée, je ne savais pas qui prévenir, en plus je me sentais coupable. Carlisle a vu tout de suite que j'étais à deux doigts de la crise de nerfs et il est venu me soutenir, et c'est là qu'il t'a reconnue. Il est devenu blême en un instant, je ne l'avais jamais vu si bouleversé, lui qui est d'habitude si calme et maitre de soi. Je n'ai su que tout à l'heure d'où il te connaissait. Alors tu sors avec Edward ? C'est dingue comme le monde est petit ! Carlisle me parle de ses trois fils, Emmett, Edward et Jasper, en permanence ! Je n'ai jamais eu l'occasion de les rencontrer, sauf Emmett une fois, mais j'ai l'impression de les connaitre déjà ! J'espère que...
D'un seul coup, elle stoppa son petit discours plein d'entrain et plongea son regard dans le mien. Elle souffla un bon coup.
-Je suis désolée, je parle trop, hein ? On me le dit tout le temps ! La plupart du temps, quand je connais pas la personne, je suis très timide et renfermée, mais dès que je sympathise un peu, on ne peut plus m'arrêter. Et toi, comme tu es la petite amie d'Edward, je suis certaine que tu es quelqu'un de bien ! Mais Carlisle m'avait caché ton existence ! Enfin, pas caché consciemment, mais il ne m'avait pas encore parlé de toi, tu vois, et...Ooops ! Pardon je recommence. Je me tais, promis.
Je me mis à rire doucement, évitant de provoquer à nouveau ma douleur à l'omoplate.
Le changement était saisissant ! La fille qui s'était tenue toute frêle devant ma porte, bafouillant de gêne, n'avait absolument plus rien à voir avec l'adorable pipelette qui se tenait à coté de moi, le sourire aux lèvres.
-Ma relation avec Edward est assez récente, ça explique surement le fait que Carlisle ne t'ait pas encore tout raconté, mais je suppose qu'il aurait finit par le faire assez rapidement sans ce petit incident. Affirmai-je amusée
-Je suis contente qu'il soit avec quelqu'un et que ce soit sérieux, j'ai eu vent de la période Rosalie et surtout de l'après Rosalie, et c'était vraiment pas la joie.
Je lui lançai un regard plus que surpris. C'était vraiment perturbant de se voir raconter les épisodes de la vie de son petit ami par une parfaite inconnue qui plus est quand celle-ci ne connaissait même pas le dit petit ami.
-Ah il t'a parlé de ça aussi ? Je ne savais pas Carlisle si loquace.
-Je crois que c'est surtout parce qu'il est très attaché à sa famille, tu verrais les étoiles qu'il a dans les yeux quand il parle d'Esmée ! J'aimerais qu'un homme parle de moi avec une telle expression.
-Voilà un point sur lequel je ne peux qu'être entièrement d'accord. Carlisle est certainement l'homme le plus dévoué à sa famille qui soit. Ils sont tellement unis ! Pour moi ils représentent l'idéal familial, une sorte d'image d'Épinal presque trop belle pour être vraie.
Ma phrase m'imposa la comparaison entre la famille d'Edward et la mienne, et de constatation en affliction je ne pus m'empêcher de repenser à ma mère avec toute l'amertume qui s'installait en moi chaque fois que son image me traversait l'esprit.
Alice comprit sans un mot de ma part ce à quoi je pensais et elle se raidit, reprenant tout son sérieux.
-Ta mère est malade Bella. C'est pour ça que je suis venue te voir chez toi, elle m'a demandé de te retrouver, ce qui n'a pas été facile d'ailleurs, je suis son assistante médicale permanente, et comme elle à besoin de soins constants, j'ai passé pas mal de temps avec elle. Elle me parle de toi tout le temps.
-Elle est très malade ? Demandai-je sous le choc.
-Elle souffre d'une tumeur au cerveau, suite à une biopsie nous avons pu effectuer une excision dans la tumeur, mais celle-ci s'est étendue dans une partie du cerveau malheureusement inopérable. Les séances de chimiothérapie l'ont déjà beaucoup affaiblie et elle n'en a plus pour très longtemps. Elle est mourante Bella.
J'aurais voulu dire quelque chose, prononcer un mot, ou même une onomatopée, mais rien ne voulut franchir mes lèvres, et je restais muette comme une carpe.
-Elle voudrait te voir, toi et ta sœur Jane, une dernière fois avant de mourir.
-Elle est dans cet hôpital ?
-Oui, depuis trois mois. Au début je faisais le déplacement jusqu'à chez elle pour la soigner, mais quand son état à empiré, elle a commencé à perdre la mémoire et il est devenu impossible pour elle de vivre seule. Parfois elle me confond avec toi, c'est comme ça que j'ai appris ton existence.
L'idée même que ma mère pouvait être quelque part dans cet hôpital, si près de moi, à quelques chambres à peine me mit dans un état second. Brusquement, sans que je m'y attende, je fus obligée de reconsidérer ma mère comme une présence réelle, de la matérialiser dans l'espace. Jusqu'à aujourd'hui je l'avais toujours envisagée comme un lointain souvenir, à l'instar des amis imaginaires que l'on se crée étant petit. Je n'étais encore qu'une enfant lorsqu'elle avait fui et en grandissant, de manière inconsciente, elle devint un spectre dans mon paysage.
Jamais je ne vis ma mère autrement que comme elle était quand j'étais enfant petite, jamais l'idée ne me traversa l'esprit de tenter de l'imaginer dans une nouvelle vie, se remariant ou ayant d'autres enfants. Le fait qu'elle est ait pu continuer son existence de son coté, sans nous, ne m'avait jamais paru envisageable. A mes yeux, c'était comme-ci elle s'était évaporé dans l'air, perdant son statut d'être humain, sa place dans l'univers.
Cette impression très enfantine, se mua, en vieillissant en une haine ponctuelle et un désintérêt permanent. Bien sur je savais qu'elle existait encore quelque part, mais cela m'apparaissait comme dans une autre galaxie. Mon esprit fit des bonds dans tout les sens, imaginant des situations, des vies qu'elle aurait pu vivre, des personnes qu'elle aurait pu rencontrer.
J'essayais de creuser dans ma mémoire, tentant de déterrer le peu de certitudes que j'avais sur ma mère. Ce qu'elle avait apprécié à l'époque, les mots qu'elle avait l'habitude d'employer, les vêtements qu'elle préférait porter, l'odeur qu'elle dégageait, et toute une multitude de petits détails aussi insignifiants les uns que les autres. Mes souvenirs d'elle devinrent de plus en plus douloureux, je tentais de me fabriquer une image fidèle, me basant autant que possible sur mon enfance, mais le résultat fut des plus décevant, même son visage ne m'apparaissait pas nettement. De quoi se souvient-on quand on a sept ans ?
-Bella, est-ce que ça va ?
Alice me regardait avec toute la sollicitude possible se voulant réconfortante et compréhensive. Décidément, je l'aimais bien. Malgré les recommandations de Carlisle, je m'assis sur le lit, non sans effort, Alice vint me soutenir.
-Merci Alice.
Sans trop savoir pourquoi, elle me fit un grand sourire et me serra doucement dans ses bras. Je restais immobile un instant, ne m'attendant pas à ce qu'elle se montre si familière, mais son étreinte me fit du bien et je refermai vite mes bras autour de ses petites épaules.
-C'est la première fois que tu m'appelles par mon prénom ! dit-elle absolument ravie.
-Alice. Répétai-je pour lui faire plaisir.
Elle émit un petit gloussement en guise de réponse.
-Tu sais, je ne suis pas là pour te juger, ni t'obliger à faire quoi que ce soit, je ne suis qu'une messagère et je refuse de prendre parti. Mais si tu désires la voir, je peux te conduire à elle.
J'inspirai profondément, sentant que je commençais à manquer d'air. Depuis que Carlisle avait quitté la pièce, je savais que cette phrase viendrait à un moment ou un autre de la discussion, menaçante comme une épée de Damoclès au dessus de ma tête.
-Laisse toi le temps Bella, tu n'es pas obligée d'aller la voir tout de suite.
-Montre moi. Lâchai-je en un souffle.
-Tu es sure que...
-Oui, je crois.
Elle m'aida à sortir du lit et à me lever, je me sentais faible, mais j'arrivais à marcher sans trop de difficultés, néanmoins elle préféra me soutenir pendant toute la durée du trajet. Ce dernier se fit dans un silence digne d'un recueillement religieux. Alice était la plus embarrassée du monde, ne (sachant pas quels mots prononcer dans de telles circonstances, et moi je me sentais bien incapable de tenir une conversation quelle qu'elle fut.
Parler de ma mère avait toujours été difficile pour moi, et cela était d'autant plus vrai maintenant. Quant à aborder un autre sujet de discussion, cela ne me semblait même pas envisageable. Seul le brouhaha feutré de l'hôpital, généré par des médecins pressés et des malades patients, troublait le silence. Mais les discussions alentours eurent vite fait de devenir un bruit de fond quasi inaudible pour moi, car à défaut de parler de ma mère, je ne pouvais m'empêcher de penser à elle.
Considérer que cette femme, qui était sortie de ma vie quinze ans auparavant, avait foulé ces couloirs interminables, parlé, souri aux infirmières ou pris un café à la machine, cette idée me glaça le sang et me dégouta en même temps. Me retrouver en face d'elle piquait ma curiosité, bien sur, mais me plongeait surtout dans le doute le plus épais. Je me sentais prête à n'importe quoi si je me retrouvais en face d'elle. Assaillie d'un tumulte d'émotions contradictoires, je n'excluais aucune possibilité, pouvant tout aussi bien me jeter dans ses bras et pleurer comme une enfant ou au contraire avoir envie de l'étrangler de mes propres mains.
-Elle est dans cette chambre.
Je ne pus rien répondre de significatif. Le couloir de l'hôpital était désert, une grande baie vitrée derrière nous vers la gauche révélait que le soleil amorçait sa descente journalière, et juste en face, se trouvait une porte d'un blanc immaculé.
-Tu veux que je la prévienne de ta visite ? Demanda-t-elle en s'approchant de la porte.
Je la rattrapai par le bras en un geste brusque.
-D'accord, Bella, je comprend. Tu as toutes les cartes en main maintenant. Prends tout ton temps.
Elle me serra une seconde fois dans ses bras, pour me donner du courage et s'éloigna en me lançant des regards plein de compassion.
Je suivis Alice du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse au bout du couloir, se dirigeant vers le pavillon des grands brulés avant de poser une nouvelle fois les yeux sur cette porte. Il aurait certainement suffi d'une petite pression pour qu'elle s'ouvre, mais je m'en sentais incapable, elle me semblait impénétrable et stupidement, je restais là, à fixer cette porte sans oser l'ouvrir.
Cent fois, par un regain de courage chimérique, je posais ma main sur la poignée, mais jamais je ne réussis à faire le geste ultime qui m'aurait fait pénétrer dans la chambre. Je faisais les cent pas devant cette pièce, encore et encore, pleine d'indécision. Parfois je me perdais dans la contemplation du soleil couchant, jusqu'à ce que celui-ci disparaisse pour laisser place à un crépuscule dont les ombres m'angoissèrent plus encore.
La baie vitrée du couloir de l'hôpital donnait sur un petit jardin qui devait certainement être très sympathique pendant la journée, mais à la tombée de la nuit, faiblement éclairé par un lampadaire à la lumière orangée, le parc semblait plongé dans un calme trompeur de vieux polar, qui n'attendait qu'a être troublé par quelques meurtres étranges ou crimes sordides. Une pluie fine débuta, mouchetant la vitre de petites taches d'eau qui firent peu à peu leurs leur chemin sur la paroi.
J'aurais pu me laisser distraire par à peu près n'importe quoi, tout me paraissant préférable à la pensée de ce qui pouvait se passer derrière cette porte. J'aurais pu en décrire chaque imperfection à force de la regarder, chaque tache, chaque minuscule éclat dans le bois, chaque rainurage, étaient inscrits dans mon cerveau.
Mais cette mémorisation stupide me plaça devant un fait que je ne pouvais ignorer : Jamais je n'aurais le courage d'ouvrir cette porte. J'aurais beau rester là pendant des décennies, j'étais incapable de revoir ma mère. Je n'étais pas prête à l'affronter ni à lui pardonner ce qu'elle avait fait et surtout ce qu'elle n'avait pas su faire. Et si c'était de la lâcheté alors tant pis, qu'il en soit ainsi. Je fis courir une dernière fois ma main sur la poignée en plastique, et repartis vers ma chambre, tournant le dos à cette porte imbécile, sans me retourner.
