Chapitre 24
L'Host bar était envahi par les badauds qui s'étaient regroupés en masse devant l'entrée. Le vigile ne savait pas où donnait de la tête pour empêcher les gens d'entrer. Il espérait que l'affluence diminue afin d'être plus tranquille. Entre les personnes soûles ou les nouveaux venus, tout le monde se bousculait pour voir le concert de ce soir.
Le gérant, un certain Lestat, regardait les gens dansaient sur le son du groupe local. Lestat organisait régulièrement des soirées concerts avec des groupes locaux afin de faire promouvoir la musique du quartier.
Les Night Bender. Trois personnes. Tous de sexe masculin dont le chanteur qui était aussi le guitariste ressemblait à un clone presque parfait de Billy Corgan, le chanteur des Smashing Pumpkins. Il vociférait des paroles inaudibles. Le chanteur se bougeait pour mettre de l'ambiance dans la salle. Le batteur, un petit chauve à la peau moite due non pas à la chaleur qui régnait dans l'établissement ou à l'effort fourni mais bien à sa graisse qui parcourait sa peau. Quant au bassiste, il était surnommé par ses amis, le Sid Vicious, célèbre bassiste des Sex Pistols dont il partageait la même addiction pour les drogues dures ou l'alcool.
D'ailleurs, on le voyait régulièrement quitté la scène pour aller sniffer de la coke devant les mines ravies du public. Le groupe faisait un show digne des plus grands groupes de rock lors de la grande époque du mouvement punk.
Gabriel était en train d'attendre les commandes. Le médecin était vêtu d'un jean baggy avec un tee shirt vert et noir. Le jeune homme cachait son crane rasé par un bonnet en laine. Il jetait des légers coups d'œil à la foule autour de la scène et au barman qui jouait habillement de ses mains pour préparer et servir les différentes boissons des jeunes et moins jeunes qui étaient agglutinés devant le bar. La serveuse lui donna sa commande, deux verres d'un litre remplis de bière. Le jeune homme se fraya un chemin entre les personnes. A sa gauche, deux hommes soûls et à sa droite, un groupe, hommes et femmes réunis, entamaient un pogo des plus sauvages. Lorsqu'il arriva à la table où était sa petite amie, il ne put s'empêcher de l'embrasser. Elle était sexy avec son bustier vert pomme et sa jupe ample noire. Il posa les verres et se dirigea vers ses lèvres.
Meilin ne remarqua pas que son petit ami fût revenu. Elle était obnubilée par le spectacle qui se tenait quelques tables plus loin. Une femme, habillée de manière provocante, embrassait deux hommes.
- Tu deviens perverse. Railla Gabriel.
- Non… Non. Balbutia Meilin. Je m'intéresse, c'est tout.
- Être intéresser par la chose, c'est être perverse ou obsédée. Tu choisis. Mais je pencherais par perverse.
En guise de réponse, Meilin lui donna un coup dans les cotes. Gabriel se tordit de douleur.
- Ça fait mal. Tu pourrais être plus douce.
- Je n'ai pas envie de l'être. Répondit Meilin en prenant une gorgée de sa boisson.
Gabriel s'assit à coté de la jeune femme et but avidement le contenu de sa boisson pour n'en laisser que les trois quarts.
- Parle-moi de ton père ? Demanda Meilin. Je ne connais rien de ta famille, alors que je t'ai dit l'essentiel pour la mienne.
- Il était flic. Je n'ai pas grandis avec lui. Je ne l'ai connu que très tard. Il est mort, il y a trois ans.
- Désolée.
- Ne le sois pas. J'ai fait le deuil. Enfin je crois. On change de sujet.
Gabriel ne savait presque rien de son père. Il ne l'avait réellement connu que lors de sa mort.
Marié une fois dont sa femme lui a donné un petit garçon. Lui, Gabriel. C'était l'héritage de son père, le nom de son arrière grand père paternel. Au début ce fut le bonheur mais au bout d'un moment, la routine s'installa et avec la masse de travail qu'il avait il délaissa sa famille. Peut être trop jeune à peine vingt et un an. Sa femme lui avait demandé de choisir son travail ou elle. Il avait choisi son travail et elle l'avait quitté sans demander son reste. Elle coupa les ponts avec lui et il n'eut plus aucune nouvelle de son fils. Il laissa son travail prendre une place importante dans sa vie, dormant même sur place. Il se détruisait à petit feu car il prenait des cachets pour tenir le coup. Il reçut de nombreux blâmes de ses supérieurs et même une mise à pied de quelques mois. Il entra dans un centre de désintoxication et c'est alors qu'il fit la rencontre de sa vie.
Des cheveux blonds bouclés, des formes envieuses, un fort caractère. Elle s'appelait Nancy Jones. Elle était infermière dans le centre, il la voyait de nombreuses fois sans pouvoir dire quoi que ce soit. Mais au bout d'un mois, il l'invita à diner. Ils couchèrent ensemble le même soir. Puis le silence total. Cela rendait fou Franklin, à tel point qu'il replongea dans sa dépendance. Il l'a revu une dernière fois mais il prit son temps et quelques temps après, ils marièrent et eurent une petite fille.
Gabriel n'avait vu qu'une fois sa demie sœur.
- On est venu faire quoi ici ? Demanda le rouquin.
- On est venu voir qui pourrait être la prochaine victime de cet agresseur qui a pour lieu de prédilection ce bar. Et je comprends mieux pourquoi il a choisi ce bar. Qui pourrait soupçonner un bar comme ça ?
- Heu, je ne comprends pas bien.
- Eh bien, regarde bien.
- Je vois des bourrés, des filles faciles et du métal de sauvage. On a l'impression d'être à une fête de néo nazis couplé avec un bar miteux.
- Parfaitement. Tu as vu le bassiste qui se drogue et je te parie que de la drogue circule entre ses murs.
- Tu penses vraiment que le gérant laisserait faire ça ? Questionna Gabriel, peu convaincu de la réflexion de son amie.
- Et pourquoi pas ? Il pourrait même avoir une partie des recettes de ces ventes dans l'enceinte de son établissement.
- Je suis d'accord avec vous. Intervint une voix.
Un jeune homme s'était installé à coté du duo avec un verre de bière à la main. Il était habillé d'un jean ample et d'un tee shirt blanc avec des motifs avec une veste noire à capuche.
- Lionel. Se présenta le jeune homme.
- Meilin et voici Gabriel. Répondit la jeune femme.
- Vous vous amusez bien ?
- Oui. Mais bon on est en mission. Plaisanta Meilin.
- Je sais qui vous êtes. Vous travaillez avec le détective O'donnell. Je l'ai entendu parler de vous avec le médecin légiste Taylor Thayer.
- Qui êtes vous ? Demanda Gabriel sur la défensive.
- Lionel, je travaille pour le FBI.
Merde ! Ça ne m'arrange pas. Si le FBI se met sur l'enquête, je crains le pire. Je dois prévenir Lestat. Et si Meilin fouille trop mon passé, elle risque de le découvrir. Et là, je serais obligé de faire un choix. Pensa Gabriel touten caresser le morceau de métal contenu dans la poche de son manteau.
Meilin était aux anges. Parler avec ce garçon de son expérience de policier français et sur les différentes hypothèses qu'elle avait faites lui donnait un nouvel champ de réflexion. Lionel était d'accord avec elle sur un point. Un agresseur était présent dans le bar et cherchait sa prochaine victime.
- Un petit jeu ? Proposa Lionel.
- Pourquoi pas ? Acquiesça Meilin.
- Bon, les règles sont simples. On va essayer de comprendre le comportement des gens en utilisant les compétences de nos métiers.
- De la déformation professionnelle ? J'adore le concept. Je peux commencer ?
- Oui. Honneur aux dames.
- Quel galant homme ! Plaisanta Meilin.
Meilin scruta les différentes personnes quand son regard fixa un homme avec un autre. Le premier avait la peau moite, les membres tremblants, le regard perdu dans le vide. L'homme avait des cheveux blonds coiffés de manière hirsute, sa barbe n'était qu'en partie rasée où des pansements étaient disséminés ici et là. Son visage était marqué et ses yeux étaient comme injectés de sang. Il donnait de rapides coups d'œil de droite à gauche comme s'il se sentait surveillé.
- Celui-ci a tout du paranoïaque. Il cherche à ne pas se faire remarquer. Mais manque de bol pour lui, il suinte énormément. Il ne contrôle plus son corps, il tremble de partout. Il doit être en manque. La preuve est qu'il ne contrôlait pas ses mouvements lors de son rasage. Il prend des drogues dures. De la cocaïne probablement.
- Pas mal comme raisonnement. Félicita Lionel. Je suis d'accord sur un point, c'est un drogué. Je pense même qu'il vient dans ce bar pour trouver sa came. Son fournisseur habituel n'est pas le type avec qui il doit un verre. C'est pour ça qu'il scrute les alentours. Quant au type…
L'homme en question était un homme habillé correctement, des cheveux bruns coiffés en arrière. Il était de dos. Il buvait un verre de whisky pur. Il saluait de temps en temps des personnes qui lui faisaient signe ou allez à sa rencontre.
- Il connait du monde, c'est un habitué. On le salue, on le respecte. Il tranche avec le reste des gens qui côtoient ce bar. Il profite des faiblesses de certaines personnes comme ce drogué pour se faire du fric. Il sait charmer les gens. Continua le jeune policier.
- Tu sais tout ça rien qu'en regardant les gens ? Demanda Meilin perplexe.
- Hé hé ! Non, pas vraiment. On le cherche depuis longtemps. C'est un dealer connu de nos services. On est en filature depuis quelques semaines. On veut le coincer.
- Je ne savais pas que les membres du FBI faisaient des heures supplémentaires. On en apprend tous les jours.
- Le salaire de flic ça n'est pas vraiment ça. Répondit Lionel en se grattant le derrière du crane. Bon, on reprend ?
Comme le jeu entre le policier et sa petite amie allait durer, Gabriel se rendit aux toilettes. Lorsqu'il en sortit, un homme lui fit signe de le suivre. Gabriel aperçut la bague à l'annulaire dont un loup était dessiné dessus et emboita le pas. Un déclic se fit dans sa tête. Un feu brulait dans son cerveau diffusant un éclair qui s'élança dans tout son être. Une agréable sensation de bien être. Il redevenait lui-même et à chaque fois ses grands yeux noisette s'enflammaient d'un tel éclat qu'il n'était plus qu'une bête assoiffé de sang. Il arriva à un des coins du bar et Lestat le fit signe de venir. Le vampire était entouré de divines créatures qui caressaient son corps musclé. On ne pouvait pas voir ce spectacle car le vampire était caché par des grands rideaux de couleur rouge sang. Lestat claqua des doigts et deux filles se séparèrent de lui pour aller vers le jeune interne. L'une d'elles lui servait un verre d'alcool tandis que l'autre commençait une danse sensuelle. Gabriel huma le doux nectar de la boisson et trempa ses lèvres dedans. Il embrassa la fille à la naissance de la poitrine et alla s'assoir en face de son hôte.
- Je croyais que tu avais une copine ? Railla le vampire. Elle ne…
- Je n'ai pas de petite amie. Coupa immédiatement son hôte. Gabriel en a une. Je suis Fenrir.
- Multiples personnalités.
- Non. Une seule personnalité. Fenrir. Héraut de Loki. Gabriel n'est qu'une façade comme m'intégrer dans ce monde.
- Héraut. Héraut. Répéta Lestat.
- Mais tu m'as fait venir pour une raison précise. C'est ce flic ? Je peux m'en débarrasser. Mais je ne sais pas si j'en ais envie.
- Tu dois m'obéir. Je…
- Je n'obéi qu'à Loki ! Coupa Fenrir Brutalement. Tu es peut être plus vieux que moi mais tu n'as pas d'ordres à me donner.
- En parlant de Loki. Ezekiel m'a fait dire que celui-ci est de plus en plus curieux. Il pense que ce n'est qu'une question de temps avant qu'il nous trahisse. Jacob veut que tu t'occupes de l'espionner.
- Ses désirs sont des ordres. Il ordonne et j'obéi.
- Tu es une marionnette des plus efficaces.
Fenrir se jeta sur Lestat qui ne put empêcher le coup de poing du jeune homme à cause des femmes qui étaient sur lui. Lestat se tenait le nez pour arrêter le sang de couler.
- Je suis un être complet. Pas une marionnette ! J'obéi à mon père. J'ai été élevé par Jacob. S'il veut que je tue son fils, alors je le ferais. Je connais ton petit secret. A propos de ta petite amie Samantha. Je sais que tu la protèges des loups. Comme je suis dans un bon jour, je tuerais ce flic. Et la petite amie de Gabriel. Elle m'a donné assez de plaisir.
- Tu parles comme Ezekiel. Tu n'as aucune personnalité. Tu copies les autres.
Fenrir rigola et prit une voix rauque.
- Pour quelqu'un qui au départ devait remplacer ce soldat. Je te trouve bien présomptueux de me donner des conseils. Je pense donc je suis comme disait Descartes. Et de toute façon, je suis un naturel comparé à toi.
Lestat se refrogna.
- Oh le petit vampire est vexé. Allez, bon vent.
- Fils de pute. Jura le vampire.
Il sortit de l'espace privé du vampire pour rejoindre ses deux nouvelles victimes. Il se rappelait de la sensation quand la mort allait s'abattre sur ses victimes.
Sa première victime était une personne âgée. Il avait auparavant tué mais en suivant un schéma classique. Il avait envie. Envie de changer. Pas son être mais de méthode. Se comporter autrement avant de la tuer. Sa victime ne l'avait pas entendue arriver. Trop occuper à faire la cuisine. Le Requiem en ré mineur de Mozart avait envahi toute la maison et donnait une impression bizarre à la scène qui se déroulait. Une ambiance solennelle, une ambiance presque biblique. David contre Goliath. Il était Goliath et sa victime David. Normalement c'était David qui battait le géant Goliath et devenait ainsi roi d'Israël à Hébron. Mais aujourd'hui, c'était l'inverse qui allait se produire. Goliath allait vaincre David. Le tueur sortit son couteau de chasse tout en s'approchant dangereusement de sa future victime en passant sa langue sur ses dents jaunies.
Sa future ex petite amie et le policier étaient partis de l'établissement. Fenrir en conclut qu'ils étaient sortis. Quand il les vit en train de rigoler, il eut un rictus mauvais mais il se calma très vite. Reprendre consistance avant de frapper.
- Tu faisais quoi, mon chéri ? Demanda innocemment Meilin.
- Rien, j'étais aux toilettes. Tu me passes ma veste, s'il te plait ?
- Tiens.
- Merci.
Fenrir palpa la poche pour voir si son arme y était toujours. Ouf, elle n'a pas bougé. Comme si tu le savais, ma chère Meilin. Tu viens de me donner l'arme qui courra à ta perte. Maintenant il faut que je trouve un moyen de les éloigner.
- Cela vous dit de marcher un peu. J'ai besoin de marcher pour prendre l'air.
- Dans ce quartier mal famé ?
- Tu as peur Meilin ? Tu ne crains rien entre moi et ce policier.
Meilin se laissa convaincre assez facilement. Ce qui l'étonna. Je ne suis pas comme ça d'habitude. Je suis indépendante et assez têtue je dois dire. Je dois être amoureuse.
Le trio marcha quelques mètres avec Fenrir légèrement en retrait. Meilin se retourna quand soudain Fenrir sortit un couteau de sa veste et poignarda Lionel. Celui-ci tenta de hurler mais la main de son agresseur se posa sur sa bouche. Le policier se débattit et Meilin, horrifiée, ne put empêcher le tueur de l'agripper par les cheveux de son autre main. Elle tomba au sol et Fenrir lui asséna un coup de pied dans le visage. Du sang dégoulinait de son visage. Fenrir planta son couteau à trois reprises dans le dos du jeune policier avant de reporter son attention vers sa prochaine victime.
Meilin voulut hurler mais aucun son ne sortit. Elle regardait son petit ami devenu une machine à tuer s'approcher d'elle. Elle ne comprenait pas son erreur. Ses erreurs. Comment elle en était arrivée à ce point ? Elle n'aurait pas du accepter d'aller faire un tour et rester à coté des personnes à l'extérieur du bar. Enfin si, elle savait. Elle connaissait son erreur.
Sa seule erreur, c'est d'être tombé amoureuse.
Fin du chapitre
Bonjour à tous et à toutes. Cela fait longtemps que je n'avais pas publié. J'ai bientôt fini l'histoire. Je mettrais un nouveau chapitre quand j'aurais cinq commentaires. Nouveau chantage. Je sais c'est horrible n'est ce pas?
Bonne soirée à vous.
