Note de l'auteur :

Bonjour !

Nous voilà au chapitre 24. Déjà ! C'est impressionnant de voir à quel point il est long d'écrire et rapide de publier… Bon cette histoire n'est pas finie, mais quand même ça fait bizarre.

Petit chapitre (enfin quand même dix pages Word), pas forcément très joyeux non plus, même si je pense que la fin va en soulager certaines… Mais ne vous en faites pas, comme je le répète régulièrement, ceci n'est pas un drame ! J'aime pas spécialement les histoires qui finissent mal et donc je n'en écrits pas. Que voulez-vous, je suis de nature optimiste !

Bon j'arrête mon blabla ici en espérant que cette nouvelle partie de Dawn vous plaira toujours autant !

Bonne lecture !

Réponse aux reviews :

Dorisse : Salut ! Merci beaucoup pour ton commentaire ! Ce n'est pas toujours évident de transmettre les émotions de son personnage à ses lecteurs. Il y a du vécu et des extrapolations, mais je ne voulais pas tomber dans le trop… Et tu as raison, ce genre de péripétie, même sans action est aussi là pour maintenir un certain rythme dans l'histoire. Faudrait pas que mes lecteurs s'ennuient quand même ! Encore merci pour ta review et à bientôt j'espère !

Zipi : Coucou ! Je commençais à m'inquiéter de ne pas avoir de commentaire de ta part, je me suis dit « Ca y est, Zipi est en grève ». Mais non ! Ouf ! Je suis d'accord avec toi, personnellement si je devais conseiller Isleen je lui dirais de s'intéresser à d'autre personne que Seth ou la meute. MAIS Isleen n'est pas ce genre de personne et généralement quand on lui conseille de s'ouvrir aux autres elle le prend presque de travers. Donc ça ne va pas être simple. Toujours en colère contre Seth ? C'est vrai qu'il lui fait des reproches, mais au fond c'est aussi dure pour lui que pour elle. Il souffre tout autant. Et la savoir qui dépérit parce qu'il n'est pas là, ce n'est pas évident à gérer. Battre un record ? Peut-être bien lol ! J'espère que ce chapitre te plaira ! Bises !

Disclamer : L'univers Twilight ainsi que la majorité des personnages sont la propriété de Sthéphanie Meyer.


Cyclone

Chaque matin, à la même heure, lorsque la nuit laisse place à l'aube, je me demande si le vent a tourné. Si le sort me sera de nouveau favorable. Car inlassablement il souffle, poussant mes pensées vers l'obscurité. Je résiste de toutes mes forces, mais cela reste insuffisant. Je plie régulièrement sous son poids, malgré les personnes qui m'entourent. Une ombre solitaire sur la face cachée de la lune. Sauf qu'il n'y a pas d'apesanteur ici, chacun de mes pas est plus lourd que le précédent. Je porte les jours qui passent comme un boulet.

Arriverai-je un jour dans l'œil du cyclone ?

Il semble pourtant que le repos ne soit pas encore pour aujourd'hui. Une nouvelle journée à tenter l'impossible pour continuer à vivre normalement. Lorsque je suis auprès de mes proches les choses sont moins dures, mais j'ai dû retourner à l'école. Faire comme si tout était normal. Me cacher derrière un sourire faux, même si dans le miroir mes yeux pleurent de douleur.

Seth n'est toujours pas rentré.

Et je reste prisonnière de mes propres envies. Mes rêves sont mon pire ennemi, toujours à me montrer nos instants chéris, amplifiant le manque. Et puis, ils se transforment invariablement en cauchemars. La peur irrationnelle que Seth me laisse définitivement, qu'il meurt, que nos vies soient séparées à jamais.

J'essaye de ne pas me laisser emporter par ces idées noires, tant elles sont improbables. Seth ne me quittera pas de manière définitive. Mais l'hypothèse qu'il meurt au combat me hante. Sa disparition est la seule raison d'une possible séparation. Il faut que j'arrête d'y penser. Seth a déjà été plus en danger qu'il ne l'est actuellement et il a survécu. Il n'est pas seul, Jacob et Leah ne lui laisseront rien arriver.

Je rêve de partir le chercher, rien que pour le voir au détour d'une rue. Mais ce n'est qu'une envie irréalisable. Je ne sais même pas où ils peuvent être. L'Alaska est un état immense. Je reste donc à la réserve, perdue sans mon soleil pour me repérer, mon imagination me jouant des tours.

Nous ne savons toujours pas avec exactitude si j'ai réellement vu Joham. Sam et sa meute ont doublé les rondes, mais ils n'ont pas trouvé une seule trace prouvant mes allégations. Je me sens un peu nulle d'avoir ainsi paniqué. La fatigue m'a certainement joué un tour et je me mords les doigts des conséquences.

D'une part je reste terrifiée d'avoir eu raison et d'une autre je m'en veux de les obliger à roder des heures dans la forêt pour ce qui est certainement une hallucination. C'est un cercle vicieux dont je n'arrive pas à sortir. Je n'ai plus les idées claires, ce qui rend impossible la distinction entre le vrai et le faux. Je n'ai plus confiance en moi, mes songes et mes inquiétudes prenant trop de place dans ma vision de la réalité.

Dehors la pluie dégringole du toit à grande vitesse. Des cascades de gouttes gelées coulent entre les tuiles plates dans une musique abrupte et répétitive. Elles parcourent un si long chemin des nuages noirs à la terre rousse. Une chute vertigineuse avant de se disperser en des milliers d'éclats sur le sol. Leur vie est simple et leur chemin tracé.

Ce chant m'endort plus qu'il ne me réveille. Je l'imagine comme un voile me protégeant de l'extérieur, même si cela signifie se replier sur moi-même de nouveau. J'aime le bruit de la pluie et l'odeur de la nature mouillée. Ça a quelque chose de réconfortant.

Un faisceau lumineux éblouit nos yeux, illuminant nos cahiers gribouillés de formules de mathématiques. L'orage raisonne dans la classe nous faisant sursauter à chaque éclair. Seul notre professeur, plongé dans les dérivées, prolonge sans interruption son monologue. Je reprends le fil de mes notes, espérant rester éveillée jusqu'à la pause. Je me suis déjà prise une remarque hier.

Peine perdue.

La sonnerie résonne enfin. Je sors avec mon baladeur pour respirer l'air électrique. Dehors les vagues projettent de l'écume jusqu'à mes pieds. Je dois faire partie des rares fous qui préfèrent subir le mauvais temps que de rester dans le brouhaha à l'intérieur des bâtiments. Il fait si sombre qu'il est impossible de distinguer la frontière entre l'océan et le ciel. Un éclair de plus déchire la toile noire au-dessus de nos têtes.

Mes yeux ne quittent pas l'eau qui se déchaîne. C'est si beau de voir la nature s'animer ainsi. Seattle est beaucoup plus calme. Il y a parfois des tempêtes et quelques inondations, mais la ville est protégée. Ici on est aux premières loges du spectacle.

Je fronce les sourcils en voyant un rocher bouger sous l'impact des vagues. Je frémis. Il y a quelque chose d'anormal. Un nouveau flash de lumière illumine le parking et je le vois. Et cette fois je suis certaine que ce n'est pas mon cerveau qui me joue des tours.

Joham est à l'autre bout du parking. Droit et souriant, ne me quittant pas du regard. Il ne bouge pas, comme une statue de marbre.

Tremblante, je cherche mon portable sans le quitter des yeux. Pourquoi me poursuit-il comme ça ? Est-ce de la malchance ? Ou bien que je suis une personne en lien directe avec les loups sans pour autant être protégée actuellement ?

Le téléphone sonne dans le vide. Allez réponds… J'ai l'impression que tout se passe au ralenti. Cette ombre figée à cinquante mètres de moi, les bips dans mon oreille et les Indiens autour de moi qui ne réagissent pas. Je tremble de plus en plus. La crise me parait inévitable vue la situation.

- Allô ?

- Il est là Sam. Juste devant moi.

- Ne bouge surtout pas. Tu es certaine que c'est lui ? Isleen ?

Je ne l'entends plus. Mon bras n'a pas la force de résister aux secousses qui me parcourent. La crise est plus forte que d'habitude, peut-être à cause de l'espacement depuis la dernière… Mes jambes lâchent. Effondrée au sol je ne vois que le ciel noir autour de moi. Des cris retentissent. Certainement les miens. J'ai mal tant mes muscles sont tendus. Ils se déchirent, crissent sous la douleur. J'ai l'impression que de l'acide me ronge les nerfs.

J'aimerais ne plus avoir conscience de mon corps, oublier la sensation qui me brûle. Ne pas voir les ténèbres qui m'engloutissent peu à peu. Un rideau noir me tombe sur les yeux. Je ne vois plus rien. Le mal n'en devient que plus grand.

Il n'y a plus d'air autour de moi. Je tombe. C'est la fin.

I&S

- Elle est en train de se réveiller. Le pire est passé, mais nous avons frôlé l'irrémédiable.

- Va-t-il y avoir des conséquences ?

- Son métabolisme s'est étonnamment remis, plus vite qu'on ne l'aurait cru. Il reste des stigmates de la crise, mais rien de définitivement alarmant.

Quelque chose me gêne dans le fond de la gorge. La sensation n'est pas inédite, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Dans les brumes de mon esprit j'entends les voix qui m'entourent sans réellement comprendre ce qu'elles disent. Il y a du bruit dans la pièce. J'ai envie de prendre une grande goulée d'air, mais je m'étouffe.

J'ouvre les yeux vivement. Mes rétines sont brûlées par la lumière, ce qui amplifie ma panique. Je ne sais pas où je suis et je ne respire pas, je ne respire pas !

- Calmez-vous Isleen, je suis le docteur Sullivan. Vous avez été intubée, c'est pour ça que vous ne pouvez pas respirer normalement.

Sa main sur mon épaule me force à me recoucher. Les liens commencent à se faire dans ma tête. La crise, le noir et mon réveil à l'hôpital. Mes yeux me renvoient des images floues. Des machines installées à ma gauche, la perfusion dans mon bras, mon corps amorphe sous la couverture bleue. Installés au pied du lit Lucas et Alma ont l'air défait. Ils ont d'immenses cernes sous les yeux et leurs visages sont tirés. Qu'est-ce que je leur ai infligé ?

- Isleen ? m'appelle le médecin. Regardez–moi.

Je tourne difficilement la tête vers lui. Il m'éblouit avec la lumière, testant mes réflexes et le fonctionnement de mon cerveau. Ses questions m'ennuient surtout que je ne peux pas y répondre oralement. A l'aide d'une infirmière il passe ensuite en revue toutes mes articulations, tâtant mes muscles. Je suis une poupée de chiffon entre ses doigts.

Mes yeux sont sur mes tuteurs. J'aimerais les rassurer, leur garantir que tout ira bien, mais ils ne seraient pas dupes. C'est la deuxième fois que je finis à l'hôpital en six mois. C'est plutôt un beau score pour moi, généralement c'était plutôt une fois tous les deux mois. Mais je ne peux pas me réjouir. Pas quand je ne sens plus mon corps à cause des anesthésiants, quand ma respiration dépend d'un tube dans ma gorge, quand je vois leurs mines sombres m'observer.

Je suis fatiguée. Ma main se tend pourtant vers eux. J'ai besoin de sentir un peu de chaleur humaine. Alma se saisit de ma paume, s'installant sur le matelas. Ses doigts serrent les miens. Lucas se perche au-dessus de moi, caressant doucement mes cheveux. Je me sens mieux grâce à leur présence.

Le tube m'est retiré quelques minutes plus tard. J'avale goulûment le verre d'eau qu'Alma me tend. Ma gorge est sèche comme si nous sortions du désert. Posée contre l'oreiller je regarde le médecin me tourner autour, écrivant dans mon dossier mes constantes. Ma bouche est emplie de questions, mais tant qu'il sera là aucun mot ne franchira ma bouche.

- Bien, je vais vous laissez. Appelez l'infirmière si vous remarquez quelque chose d'anormal : saignement, étourdissements, discours incohérents…

- Oui, encore merci.

Il sort enfin. Alma le suit pour acheter quelque chose à manger. Il est presque vingt et une heure, pourtant j'ai l'impression d'avoir dormi pendant plusieurs jours. Ce qui n'empêche pas mes membres d'être dans une profonde torpeur.

- Comment te sens-tu ? Tu as mal quelque part ?

- Non…

Ma voix est rauque et ces quelques mots me déclenchent une profonde quinte de toux. Je soupire. Comment vais-je arriver à obtenir des réponses si je ne peux même pas interroger Lucas ?

- Prends ton temps. Tu arrives à parler, c'est déjà beaucoup.

- Combien de temps…

- Tu as eu ta crise il y a trois jours. Nous sommes vendredi soir. Le médecin a dit que tu pourrais sortir dimanche. Si tu te remets bien.

- Et le vampire ?

- Ce n'est pas le moment d'en parler…

- Si !

Je lui attrape la main le forçant à me regarder. Je vois bien qu'il veut éviter le sujet, mais je ne le laisserai pas faire. J'ai besoin de savoir.

- S'il te plaît…

- Les loups n'ont pas réussi à l'attraper. La mer est sa meilleure alliée pour leur échapper…

Ses yeux me fixent, mais je sens qu'ils y a quelque chose qu'ils ne me disent pas. Alma revient et je remarque sa tension alors que Lucas semble réfléchir aux mots qu'il choisit.

- Qu'est-ce que tu me caches ?

- Il a tué quelqu'un. Une élève de la réserve. Elle était sur la plage. On a retrouvé son corps ce matin flottant dans le port.

- Vous êtes sûr que c'est lui ?

- Il y a des traces qui ne mentent pas.

Mais comment... Pourquoi... C'est insensé...

Il me prend tout doucement dans ses bras. Je tente d'en faire de même, malgré le manque de force. Enlacés nous ne disons plus rien. Ils ont perdus l'un des leurs. Je me demande de qui il s'agit. Est-ce que je l'ai déjà rencontrée ? Comment a-t-elle put croiser la route du vampire ? Et sa famille ? Peut-être se venge-t-il de la perte de sa fille…

Toujours est-il qu'une jeune fille est morte. Que le monde a perdu une nouvelle vie. Comment les choses ont-elles pu empirer ainsi ? Ça aurait pu être moi. Il aurait presque été plus normal que ça soit moi. Elle n'avait certainement aucun lien avec le monde surnaturel que je découvre. Et pourtant c'est elle qu'on a retrouvée décédée.

- Tu trembles…

- Ça aurait pu être moi.

- Chut… Ne dis pas ça…

- C'est moi qu'il regardait. Moi qu'il cherchait. C'est la quatrième fois que je leur échappe… Ce n'est pas normal !

- Isleen, un vampire tue des humains régulièrement. Nous sommes protégés généralement. Mais comme tout parent je suis heureux que ça ne soit pas ma fille qui ait disparu.

Il peut dire ce qu'il veut. Je sais que le chassé-croisé entre le vampire et moi ne fait que commencer.

I&S

Je pose mon sac sur la chaise de Quil le plus lentement possible. J'ai encore les muscles traumatisés, malgré les antidouleurs. Sortir de l'hôpital a pourtant été une libération, même si depuis, Sue me tourne autour pour veiller que tout va bien. Mes tuteurs sont aux petits soins, encore plus que d'habitude, comme si j'allais me briser au moindre coup de vent. C'est peut-être l'impression que je donne. Après tout, j'ai un traitement de choc : antidouleurs, compléments alimentaires, prises de sangs régulières… Retour à la case départ.

Revenir en classe est encore plus pénible que d'habitude. Les regards sont lourds. La plupart des étudiants ont vu mon corps se tordre sur le parking et l'ambulance m'emmener à l'hôpital de Forks. Ce qui est déjà plus que la normalité pour eux. Mais le pire est la tristesse qui habille chaque visage que je croise. La douleur dans leur corps. Ils sont raides et pâles. Comme si c'était eux qui étaient morts.

Je suis restée un long moment devant la photo de Susan. A ses pieds se trouvent des multiples présents et messages destinés à la disparue. Comment cela a-t-il pu lui arriver ? L'image date de l'année dernière. Ses cheveux sont noués dans une tresse qui part du haut de son crâne pour finir en cascade sur son épaule, entourant son visage. Elle a un sourire doux que je ne lui ai jamais vu. Enfin, on ne peut pas vraiment dire que je la connaissais. Et maintenant c'est trop tard.

L'amie de Seth est décédée sous les dents de Joham. Sa vie a pris fin alors qu'elle n'avait que seize ans. Trop jeune pour disparaître ainsi, surtout que rien ne le laissait présager. Je me demande s'il s'agit vraiment d'une coïncidence. Les amis humains des meutes sont très rares, voire inexistants. Seul Seth et Colin semblent avoir gardé un lien avec leurs anciennes connaissances. Que pensera-t-il quand il saura pour elle ? Je ne suis même pas auprès de lui pour partager sa peine. Non, je reste là, à ressasser sans fin les événements.

Je reste persuadée que la première cible du vampire c'était moi et qu'en échouant à m'atteindre il a dû se rabattre sur elle. Selon ses amies, elle était partie s'aérer au bord de l'eau malgré le déluge. Pourquoi fallait-il que ça soit aujourd'hui ? Qu'elle ait bravé la tempête pour se retrouver face à un prédateur beaucoup plus dangereux ?

On dirait que pour une fois ma maladie m'a sauvé la vie.

Je me sens coupable d'être encore là alors que j'ai plus de raisons qu'elle de mourir. Cette pensée me glace, même si j'y suis habituée à présent. C'est ma photo qui devrait être exposée dans ce couloir et mon corps à la morgue. Pas le sien.

Le professeur nous rappelle à l'ordre, sans réelle volonté. Comme la plupart des élèves j'ai décroché du cours d'histoire pour réfléchir à notre camarade disparue. Cinq jours qu'elle n'existe plus. Je pensais même que les cours seraient suspendus… Mais la vie continue.

La police de Forks a interrogé tous les témoins et les connaissances de Susan. Bien sûr ils n'ont aucune piste probante. La plage est donc fermée jusqu'à nouvel ordre. Je ne sais pas si j'arriverai un jour à regarder l'extrémité du parking sans penser au drame qui s'est produit. Je ne préfère pas imaginer ce qui a pu se passer avant qu'elle meurt. A-t-il joué avec elle ? Fait souffrir avant de se nourrir de son sang ?

Je ne me sens pas bien. Heureusement grâce à ma crise j'ai échappé à l'interrogatoire de Charlie Swan et de ses collègues. Je ne sais même pas si j'aurais su mentir correctement.

L'orage tonne encore. J'ai cru que nous allions nous envoler ce matin en sortant de la maison tant le vent est fort. Les éclairs déchirent le ciel. Le parking a subi une inondation pendant la nuit, le rendant en partie impraticable. Pourtant nous sommes tous là à faire semblant d'écouter notre enseignant.

Un coup à la porte nous fait tous sursauter. La secrétaire du principal ouvre la porte en s'excusant de nous déranger.

- Vous rentrez tous chez vous, nous sommes en alerte à cause de la tempête. Les cars vont arriver d'ici une demi-heure. Nous avons contacté vos parents. Pour ceux qui n'ont pas de véhicules, vous descendez directement dans le gymnase où quelqu'un viendra vous chercher.

Mécaniquement nous rangeons tous nos affaires. La plupart des élèves de ma classe ont leurs permis et s'organisent pour partir directement. Je regrette la chaleur de la voiture de Jacob. Je vais devoir attendre que Lucas ou Alma puissent passer me prendre. Je sors la dernière de la classe, mon baladeur sur les oreilles pour m'enfermer dans ma bulle.

Le gymnase est plein d'enfants qui attendent leurs parents. Je signale à la secrétaire ma présence avant de m'installer à l'écart dans les gradins. Il fait froid et l'ambiance est morose. Je voudrais être dans mon lit. J'espère que Lucas n'est pas loin, mais le connaissant il doit aider les habitants proches des côtes à calfeutrer leurs maisons avant de les emmener à l'abri dans leurs familles. La précédente tempête a laissé trop de traces à la réserve pour oublier.

Mes yeux se ferment. Au-dessus de nos têtes le toit résonne sous les assauts de la foudre. Ça n'a rien de bien rassurant. J'espère vraiment que le bâtiment va résister. Je tente de prendre mon mal en patience, mais plus le temps passe, plus je me demande si je ne vais pas être la dernière. Je vois enfin la secrétaire me faire signe de venir.

Je me dépêche de fermer mon manteau pour aller affronter l'orage. Le professeur de sport m'ouvre la porte. C'est encore pire que le bruit le laissait imaginer. Le parking est vide, mais une grande quantité d'eau se rapproche des murs de l'école. Le vent a décroché quelques morceaux de tôle les faisant voler au milieu des branchages. Un éclair m'éblouit.

Pourtant je reste figée entre deux vents, la bouche ouverte.

Je ne reconnais pas cette voiture, mais je sais sans nul doute à qui elle appartient et ce que cela laisse sous-entendre. La porte côté passager s'ouvre et je n'arrive pas à en croire mes yeux. Mon cœur bat de plus en plus vite effaçant tout ce qui m'entoure.

Seth est rentré.

Mes yeux ne semblent pas vouloir s'habituer à cette image. Ils papillonnent tentant de déterminer si c'est un rêve. C'est bien sa peau brune qui me parait si douce et chaude. Le même corps que dans mes souvenirs brouillés… Son sourire qui écarte l'obscurité dans mon cœur. Me suis-je endormie sans m'en rendre compte ? La chute pourrait être terrible tant j'ai envie d'y croire.

Pourtant c'est sa main qui se tend vers moi. Elle semble si réelle, comme la pluie qui me trempe. Puis-je la toucher ? Laisser mes doigts courir auprès d'elle sans avoir peur qu'elle s'efface ? Est-ce enfin la fin de cette solitude qui me brise ?

Mon esprit tourne sans cesse. Je n'arrive pas à prendre de décision.

D'un coup je sens sa chaleur sur moi et le lien qui se resserre. Si fort que j'en tremble. En un mouvement rapide il me tire dans la voiture et réussit à refermer la porte derrière moi. Je n'arrive pas à y croire. J'ai tellement espéré ce moment, tellement rêvé…

Ses orbes noirs sont plongés dans les miennes. Mon cœur tambourine enfin au même rythme que le sien. Et le lien revient, encore plus fort qu'avant. C'est comme si le voile devant mes yeux se levait enfin, laissant les couleurs et les odeurs reprendre leurs droits. Ma cage grise se casse autour de moi pour me laisser de nouveau libre.

Tout mon corps est enfin en accord : je l'aime.

Je me jette dans ses bras, malgré l'espace réduit. Je me heurte à lui à m'en faire mal. Peu importe. Je suis de nouveau entière. Notre long mois de séparation disparaît. De ses baisers sur ma peau il absorbe le manque et la douleur. Tant pis s'il me sert à m'en faire craquer les os, nous sommes enfin réunis. J'ignore si je dois pleurer ou rire, j'ai envie des deux. Je l'approche au plus près de moi, si bien que le plus mince des courants d'air ne pourraient nous séparer.

Nos corps retrouvent rapidement les gestes intimes qui nous font vibrer. Mes doigts frôlent sans vraiment y croire sa nuque. Sa main me caresse les cheveux pendant que sa sœur me frôle le bas du dos. Je me laisse emporter par le courant, incapable de résister. Mes yeux le dévorent. Je les retrouve enfin ce doux sourire, le tumulte incontrôlable des émotions et nos cœurs chantant ensemble.

- Je t'aime.

Mon front se pose sur le sien. C'est si fort. Notre lien s'épaissit, redevenant à sa taille originelle, se solidifiant encore plus. A chaque seconde je me rends compte à quel point le gouffre qui nous séparait était profond et en même temps minime par rapport à ce qui nous unit.

Il ferme ses yeux, sa main sur ma nuque se faisant plus présente. Les miens se sont clos dès que je sens son souffle sur mes lèvres. Nous restons un long moment ainsi. Puis je ne peux résister. Ma bouche caressant la sienne. C'est doux, timide. Comme si c'était la première fois. Il devient insistant refermant son emprise. Le baiser est exigeant, pour se marquer, pour montrer que nous sommes ensemble.

Un klaxon retentit derrière nous. Je regarde rapidement à l'arrière pour voir qu'une file de voitures attend pour récupérer les enfants. Je souris. Perdus dans notre monde nous n'avons rien vu.

- Il va falloir trouver un endroit plus adapté qu'une voiture…

- Ne t'en fais pas, je peux faire preuve de beaucoup d'imagination s'il s'agit de pouvoir t'embrasser.

Je rougis, mais je suis si bien avec lui que je ne laisse pas la gêne tout gâcher. Nos gestes sont emprunts de douceur, mais ils reviennent vite. J'aimerais oublier la douleur de notre séparation, mais la plaie est toujours là.

Ma main vient se loger sur sa cuisse. Je crois que je ne vais pas pouvoir m'empêcher de le toucher pendant un long moment. Sa chaleur me fait du bien alors que je reprends mon souffle. La tempête de sentiments que son retour a déclenché me renverse. Mes yeux se ferment alors que je tente de ralentir les battements de mon cœur affolé. C'est un peu trop d'un coup pour mon corps fatigué.

- Ça va ?

- Oui, j'avais oublié combien ça pouvait être fort.

Ses doigts se serrent sur les miens. Je n'arrive pas à croire que j'ai réussis à vivre sans. C'est tellement plus fort que dans mon souvenir.

- Je sais.

Non, il ne sait pas. Il ignore combien je l'ai pleuré, la peur qui m'a habité tout le temps de notre séparation, le manque qui m'habite encore. J'ai ressenti chaque pas qui m'a éloigné de toi. Quand tu es partie, tu as manqué à chaque parcelle de mon corps. Je n'avais jamais éprouvé une telle douleur. Je me suis totalement mise à nu devant toi. Pour nous. Tu détiens mon destin entre tes mains.

- Depuis quand es-tu rentré ?

- Ce matin, j'ai pris la voiture d'Edward pour rentrer à la maison. Lucas était en train d'appeler pour savoir si maman pouvait passer te prendre.

- Et tu as sauté sur l'occasion.

- Bien sûr. Tu m'as tant manqué…

- A moi aussi.

- Je sais. Je croyais d'ailleurs que tu devais prendre soin de toi.

Il me jette un regard en coin pour me faire comprendre qu'il n'est pas dupe. Je sais que j'ai maigri et que je parais en moins bonne santé qu'à son départ. Mais j'ai tenté de continuer à vivre sans lui.

- J'ai fait ce que j'ai pu. Et puis je sors de l'hôpital…

- Ce n'est pas un argument recevable ! Ne me regarde pas comme ça, je sais que tu ne maîtrises pas ta maladie, mais la situation serait moins grave si tu n'étais pas déjà à bout de force !

- Tu n'en sais rien…

- Bien sûr !

- Tu veux vraiment qu'on se dispute alors qu'on vient de se retrouver ? C'est toi qui es partie et c'est moi qui ai dû affronter les conséquences. Dont un vampire ! Je n'y peux rien !

- Tu es injuste… Moi aussi j'ai souffert de notre séparation et ce n'était pas mon choix. Quant à Joham…

Ses mains se serrèrent à en blanchir autour du volant. Je crois qu'on se laisse un peu emporter tous les deux. Nous devrions être simplement heureux de nous retrouver, mais tant de choses se sont passées. Mes rencontres avec Joham et la fin tragique qu'elles ont eues.

- Seth, tu n'y es pour rien…

- Si. Le pire c'est que lorsque j'ai appris qu'il y avait eu une attaque à l'école j'ai été soulagé de savoir que c'était Susan et pas toi. C'est horrible, elle était mon amie depuis la maternelle et j'étais heureux… Comment j'ai pu penser ça...

- Chut… Seth tu n'as pas en t'en vouloir… Moi aussi, j'ai égoïstement pensé qu'il fallait mieux que ça soit elle que moi. Mais aucun de nous deux n'est coupable. C'est Joham qui l'a tuée, pas nous.

Il se gare sur le bord de la route tant il tremble. Ses yeux se tournent vers moi, emplis de larmes. Je le prends contre moi, pour le rassurer. Nous ne sommes pas de mauvaises personnes, je pense que n'importe qui dans notre situation auraient réagi de la même façon. Ils nous arrivent simplement d'horribles choses.

Sa tête sur mes genoux il pleure la perte de son amie, sa peur de ne plus me revoir, la rage de ne pas l'avoir sauvée.

J'aimerais absorber son malheur. Qu'il puisse puiser dans mes forces pour se relever. Comme il le fait avec moi.

Oui, faites que je puisse le protéger…


Voilà pour cette semaine ! Dit-moi ce que vous en pensez ! A la semaine prochaine !