- Je suis sûre que tout va bien se passer.

Oui, elle en était sûre. Ca, Ron le savait car cela faisait vingt bonnes minutes qu'il entendait l'esprit de la jeune femme user de propos scientifiques pour s'assurer que oui, Ginny allait donner naissance à son enfant, et ça sans aucuns problèmes.

Ron reposa sa tisane sur la table, et continua à fixer la nappe en tentant de ne penser à rien. Ou surtout, pas à une certaine chose qu'elle pourrait entendre.

Un bruit sourd se fit entendre à l'étage et il se surprit à sursauter. Pourtant, il n'eut le temps de réagir que déjà Hermione avait franchi les étages et était hors de sa vue. Elle avait bien plus l'habitude des mômes que lui-même. C'était flagrant. Et son esprit se tourna de nouveau vers cette vision cauchemardesque d'une Hermione serrant dans ses bras un enfant. Un enfant qui n'était pas le leur.

Il porta une nouvelle fois la tasse brûlante à ses lèvres, se surprenant d'avoir des pensées si idiotes. La fatigue réellement, pouvait lui faire penser n'importe quoi.

- Elle dort toujours…

Pour la seconde fois, il sursauta. Sursauta de ne pas avoir entendu sa meilleure amie redescendre mais sursauta surtout en imaginant qu'elle avait très bien pu entendre ce qu'il avait honte d'avoir pu penser.

- Harry devrait être revenu… poursuivit-elle.

Il leva un regard suspicieux. Pourquoi avait-elle dit cela si vite ? Pourquoi ne le regardait-elle pas ? Il frissonna en s'assurant que ce n'était qu'un simple hasard. Un hasard dû à son anxiété.

- Enfin, je sais que les naissances ne sont pas forcément très rapides… surtout dans ce cas là…

En effet, tu dois le savoir

Par Merlin, que lui avait-il pris ? Il cherchait la guerre ou quoi ? Que voulait-il ? La confirmation que oui, la gamine qu'elle tenait dans ses bras était bien la sienne ? Qu'elle lui confirme qu'elle avait refait sa vie et qu'il ne pourrait rien attendre d'autre d'elle, qu'une présence amicale ? Serait-ce avouer qu'il désirait plus ?

- Je peux savoir pourquoi tu penses ça ?

Non tu ne peux pas

Il releva la tête en entendant la tasse d'Hermione rencontrer la table avec force. Elle était mécontente, il avait au moins réussi à la faire réagir.

- Et cesses de faire l'idiot ! Tu sais très bien que j'entends aussi bien ce que tu penses que toi ! Alors utilises ta langue tu veux !

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise Hermione !

- La vérité, ça serait un bon début.

- Quelle vérité ? Celle que tu me caches et que je pense avoir découvert ?

Il avait touché le point sensible, il n'en doutait pas mais le regrettait presque. Le regard de Hermione était devenu soudainement sombre et sa voix se fit plus faible alors qu'elle reprenait :

- Tu parles de cet après-midi… de… Maxwell…

Maxwell… même son prénom semblait faire plus classe qu'un simple Ronald.

- Content de voir que tu te rappelles enfin de son prénom… assez pour me le dévoiler.

- Ron…

- Oui, ça c'est le mien. Tu l'usais assez auparavant quand tu avais quelque chose d'important à me dire. Alors pourquoi là…

- Parce que… parce que…

Il croisa son regard et se força à ne pas baisser les yeux. Pas avant qu'elle ne l'ait fait. Et à son grand soulagement, elle ne mit pas longtemps à regarder le fond de sa tasse.

Je ne veux pas que cela te regarde

Avait-il bien compris ? En gros, elle lui demandait de ne pas se mêler de sa vie. En gros, elle lui interdisait l'accès à ce genre de détails. Alors voilà donc, elle n'avait pas eu le courage de lui avouer que son départ pour l'Australie lui avait ôté le privilège d'être son ami.

Il se leva et dans un souffle, lui dit :

- Bonne nuit.

C'est tout ce qu'il eut la force de lui dire. Et alors qu'il montait les escaliers pour rejoindre sa chambre. Il regretta de ne pas sentir sa main se poser sur son épaule pour le retenir. Pour lui donner une chance d'ôter cette idée de ses pensées. Ainsi, il avait vu juste.

Jamais il n'avait autant regretté sa décision de partir qu'aujourd'hui. Jamais, il n'avait autant désiré posséder un retourneur de temps. Jamais il ne s'était autant haïs. Haït sa non capacité à dévoiler ses sentiments. Sa fierté mal placée qui ne voulait pas lui laisser penser qu'il pouvait être amoureux d'Hermione Granger, sa meilleure amie.

Sa mère avait eu raison quand elle lui avait dit un jour que l'homme n'était jamais plus conscient de ce qu'il possédait que quand il l'avait perdu.

Cela faisait sans doute une bonne heure qu'il tentait de se dire qu'il était fatigué et devait s'endormir, lorsqu'il entendit quelqu'un frapper discrètement à sa porte. Il la fixa sans un mot, son cœur battant plus promptement au moment où il la vit s'ouvrir.