Note : Re... ^^ ! Voici donc le dernier chapitre publié - et le second de la journée.
Je ne vous dis pas à la semaine prochaine ou un truc dans le genre, vu que j'ignore complètement quand je mettrai en ligne l'épisode suivant ^^'.
Ceci-dit, (re)bonne lecture et bonne continuation à touuuus =^o^ = !


N'ayant pas le temps de faire face aux objections des deux hommes car pressé par les cris qui perduraient au loin, Dumbledore n'insista pas. Accompagné de Rogue, il quitta donc précipitamment son bureau, laissant derrière lui Flitwick, avec Fumseck pour seule compagnie.
Songeant que son geste ne servirait probablement à rien, le vieux sorcier s'était tout de même employé à protéger la pièce qu'il quitta en lançant plusieurs sorts d'antipassabilité sitôt la porte refermée derrière lui.
Dévaler les escaliers en colimaçon ne leur prit ensuite que quelques secondes.

Au bas des marches, Dumbledore et Rogue se retrouvèrent au milieu d'un long couloir désert où venait résonner l'affolement des élèves paniqués par le tremblement qui avait secoué le château quelques minutes plus tôt. Les deux professeurs ne perdirent pas un instant et s'engagèrent sur leur gauche, en direction du Grand Escalier. Tout en marchant, Dumbledore sortit sa baguette magique de l'une des poches de sa robe émeraude et la pointa vers sa gorge avant de prononcer : « Sonorus ». Les mots qu'il dit par la suite purent ainsi être clairement entendus de tous dans le château.

« Tous les élèves, sans exception, sont priés de regagner immédiatement leur salle commune. Des informations y seront communiquées dans les meilleurs délais. Merci à tous et ne traînez pas… n'est-ce pas, messieurs Weasley...! ».

Loin de là, dans la stupéfaction la plus totale, les deux jumeaux les plus indisciplinés de l'école stoppèrent net tout mouvement et se dévisagèrent incrédules. Sans même les avoir vus ou entendus, leur directeur connaissait déjà leurs projets et venait de mettre prématurément fin à leur tentative pour s'extraire du flot d'élèves de Gryffondor pour aller voir ce qui se tramait. De plus, les dernières paroles prononcées les ayant placés sur le devant de la scène, l'ensemble de leurs camarades se tourna vers eux d'un même mouvement tandis que leur préfet leur intima de venir le rejoindre pour mieux les avoir à l'œil jusqu'à ce qu'ils regagnent leur salle commune.


Empruntant des accès secondaires, Dumbledore et Rogue évitèrent ainsi les élèves qui, à n'en pas douter, les auraient interpellés pour connaître les raisons de cette agitation. Mieux valait qu'ils ne sachent rien… pour le moment.

Les deux enseignants se hâtaient, Dumbledore ouvrant la marche, Rogue sur ses talons, se contentant pour le moment de le suivre – le Maître des Potions ayant en outre la certitude que son directeur savait parfaitement où il avait à se rendre. Et il ne leur fallut en effet que peu de temps pour trouver les trois magiciens. Car sans crainte d'être vus et sachant également que le mot avait été donné de déserter les salles et autres couloirs du château, Ewan, Adel et Roger se tenaient le plus tranquillement du monde au beau milieu du Grand Hall.

Dumbledore et Rogue les aperçurent alors qu'ils dévalaient les marches du Grand Escalier. Mais au-delà de les voir, ils les avaient tout d'abord sentis. Ainsi, la barrière invisible qui avait déjà repoussé bon nombre de personnes dans la matinée avait considérablement gagné en force et en ampleur. Elle atteignait à présent une ampleur telle qu'elle se diffusait peu à peu de partout, et une force telle que le directeur de Poudlard, malgré son immense pouvoir, fut tout à coup stoppé dans son avancée et contraint de rester à bonne distance, au sommet de la dernière volée de marches. Au bas de celles-ci, un pouvoir pur et inconnu émanait des trois magiciens. Un pouvoir qui rayonnait avec une telle intensité qu'il rendait leur silhouette floue.
… ces sensations étranges ne faisaient que renforcer le décalage existant entre les deux mondes.


Alors que les deux sorciers restaient sur leurs gardes - même si, fidèle à lui-même, Dumbledore l'était nettement moins que Rogue - Ewan se tourna face à eux, l'air résolu, et laissa échapper un souffle de son pouvoir. Dans un craquement sinistre, le carrelage qui tapissait le hall se fendit brutalement en myriades d'éclats qui, dans une lente ascension, se mirent à léviter autour de lui.
Ce qui allait suivre s'annonçait délicat.

Soudain, un cri étouffé retentit tout près d'eux : un élève de deuxième année qui avait tardé à quitter la Grande Salle n'avait plus osé en sortir après l'arrivée des trois magiciens et leur démonstration de force, préférant se cacher derrière les lourdes portes de bois. En apercevant le jeune garçon, Rogue fronça les sourcils et pensa s'élancer pour aller le récupérer - oubliant qu'il lui serait impossible de descendre quelques marches supplémentaires. Mais au moment où il bougea, le bras de Dumbledore se tendit subitement sur le côté, lui bloquant le passage. Le maître des Potions retint une exclamation et observa son directeur avec acrimonie. Le vieux sorcier n'en fit pas cas et conserva son regard posé sur le petit groupe, où Adel et Roger fixaient l'élève apeuré.

L'immobilité et le silence perdurèrent de longues secondes. Ses « opposants » savaient que Dumbledore ne supporterait pas que l'on touche à l'un de ses élèves. Ainsi, dans son malheur, le deuxième année allait servir de test pour savoir si oui ou non, Lynch tiendrait parole.
Quelques instants plus tard :

- Laisse-le aller, dit doucement Ewan à Adel, qui fit aussitôt un pas en avant et libéra un passage dans l'atmosphère repoussante qui avait été créée.

En le voyant faire, Dumbledore se figea et l'aura qui l'enveloppait se durcit brusquement, interpellant Rogue.

- Dépêche-toi de passer... avant que je ne change d'avis, dit alors Adel d'une voix dure à son ancien camarade – qui ne traîna pas et traversa le hall au pas de course, prenant la direction de la tour de Serdaigle.

Dumbledore en éprouva un léger soulagement... qui s'estompa sitôt qu'il reporta son attention sur Adel.

- Amath..., murmura-t-il.

Malgré la faiblesse de sa voix, ledit-nommé ainsi qu'Ewan tournèrent leur tête vers lui, un rictus mystérieux aux lèvres.

- Comment ?, interrogea discrètement Rogue.
- Amath... Le garde du corps d'Idhren... Observez attentivement monsieur Rhomson, Séverus - il n'est plus le même. Son pouvoir à présent libéré, il a recouvré son entière identité.

L'homme s'exécuta. Cinq secondes plus tard, Dumbledore le sentit se raidir et respirer plus fort.

- Ils ont poussé la chose jusque-là..., grogna-t-il.
- S'il s'était présenté sous sa véritable apparence, Filius l'aurait reconnu au premier coup d'œil. Amath... Il était déjà présent lors de la « Guerre des Deux Rois ». Mi-elfe, mi-fée, il est l'un des rares à pouvoir prétendre assurer la sécurité du roi. Après la disparition de celui-ci, il aura attendu son retour pour le suivre et le protéger à nouveau. C'est quelqu'un à ne surtout pas sous-estimer.

Rogue se remémora alors avec aigreur la facilité et rapidité avec lesquelles le garçon l'avait immobilisé quelques jours plus tôt.
Ainsi, se trouvait aux côtés d'Ewan et Roger la même troisième personne qui les avait toujours accompagnés. La personne qui était la plus proche d'Ewan – et d'Idhren en son royaume. Adel montrait seulement là son vrai visage. Toujours grand et élancé, les traits de son visage s'étaient toutefois légèrement affinés, le vert de ses yeux devenu encore plus profond. Sa peau avait perdu son métissage doré pour laisser apparaître sa blancheur naturelle. Ses cheveux courts et crépus étaient à nouveau lisses et avaient retrouvé un peu de longueur que le flou de la bulle avait masquée jusqu'à présent.
Dans ces conditions, il était impossible à quiconque le connaissait sous le nom d'Amath, de reconnaître le guerrier sous son apparence d'élève.

Rogue força ensuite sa vue sur la troisième personne, mais ne remarqua rien d'inchangé chez Roger. Dumbledore s'en aperçut.

- Il n'en est pas de même pour « monsieur Davies » ni « monsieur Lynch », Séverus, indiqua-t-il. Car le premier n'était pas encore né à cette lointaine époque et le second, en se réincarnant, aura trouvé naturellement un corps différent.
- Cependant, commença le Maître des Potions, monsieur Davies n'est pas…
- … évidemment pas celui qu'il a toujours prétendu être, évidemment. Si mes renseignements sont exacts, il s'agit d'Idhar - le prévenant - celui qui prend soin du roi et sait le conseiller. Le complément d'Amath en termes d'efficacité.

Le vieux sorcier observa Rogue par-dessus ses lunettes puis ajouta :

- Monsieur Davies ne possède « que » des pouvoirs féériques. Sachez néanmoins qu'ils comptent parmi les plus puissants de son royaume.
- Hum… Il eut été surprenant qu'un roi se déplace sans une véritable escorte, grommela Rogue.

Dumbledore agréa la remarque. Se tournant ensuite vers le bas des marches, l'air décidé, il força la barrière invisible... qu'Ewan relâcha légèrement pour lui permettre de se rapprocher. Descendant lentement l'escalier, le vieux sorcier posa à tour de rôle son regard pénétrant sur les trois magiciens. D'abord Adel, puis Roger, pour finalement s'attarder sur Ewan. S'arrêtant là où la barrière le lui imposa, il soupira.

- Si tu savais comme je regrette de ne pas avoir compris plus tôt qui tu étais, dit-il chagriné. J'aurais tellement aimé pouvoir discuter avec toi, échanger nos opinions, nos façons de voir et concevoir les choses. Tout cela aurait été si riche, si instructif... si extraordinaire. Et regarde où nous en sommes aujourd'hui... Quel dommage...
- Vous êtes certainement de nous deux, celui qui en est le plus frustré, Dumbledore, répondit calmement Ewan. Car même si vous ne m'avez jamais considéré tel que j'étais réellement, de mon côté, en sept années, j'ai mainte fois eu l'occasion de vous observer et d'apprécier à la fois votre façon de faire et la considération que vous apportez à chaque chose en ce bas-monde.

Le vieux sorcier redressa la tête et regarda Ewan avec un air rassuré.

- Merci pour ces compliments, altesse.

Sur quoi il se courba, le saluant respectueusement. Adel et Roger, s'interrogèrent. Amadouement ? Sincérité ? Ils connaissaient à la fois trop bien et trop peu Dumbledore pour ne pas se demander si le futé sorcier ne tentait pas là quelque chose ou reconnaissait au contraire leur roi. Ewan, lui, ne se posa pas la question – ce qui s'avèrerait fort utile plus tard.

- Je vous en prie, dit-il en faisant à son tour un léger salut. Pensif, il ajouta : « Je me suis souvent dit, tout du temps où je suis resté ici, que si des hommes de confiance tels que vous avaient été présents dans les intenses moments de l'Histoire, nombre de heurts et de chagrins auraient été évités ».
- Je sais, Ewan... Pardon, Roi Idhren.
- Hum… Je me suis relativement habitué à ce prénom. Tout du moins, je saurai le supporter encore quelques temps. Vous pouvez donc continuer à m'appeler ainsi. Je le préfèrerais, même. Autrement, j'aurais l'impression que vous me considèreriez autrement.

Dumbledore acquiesça silencieusement puis,

- Maintenant que je sais qui tu es, tout me semble si évident... tellement évident. Cependant, poursuivit-il en fronçant légèrement les sourcils, une chose m'intrigue.
- Laquelle ?
- Pourquoi êtes-vous venus ici ? Vous et moi savons pertinemment que le joyau se trouve bien loin de ce lieu.

Ewan afficha alors un grand sourire amusé qui ne laissa rien présager de bon.

- Ah ! Il y a deux raisons à cela, Dumbledore. Ne les devineriez-vous pas ?

Mais Dumbledore, sous ses apparences amicales et accommodantes, n'en demeurait pas moins le directeur de Poudlard. Bien sûr qu'il se doutait quelle était au moins l'une de ces deux raisons. Mais il ne tendrait pas la perche. Il s'obstinait à garder malgré tout un maigre espoir... même si cette conversation ne permettrait probablement que de gagner un peu de temps. Un temps qui ne changerait rien à l'issue finale.

- Non, Ewan, feignit-il. Pardonne ma fatigue, mais je vais te laisser me les expliquer… si tu n'y vois pas d'inconvénient, bien entendu.

Rogue remarqua alors l'agacement d'Adel. Autant conscient que les autres – et peut-être même plus que certains – que tout ce baratin était inutile, il ne put retenir un énervement qui se solda par l'éclatement spontané et bruyant de tous les vitraux décorant les murs du Grand Hall.
Une fois les derniers débris de verre multicolore retombés à terre, Rogue afficha un air offusqué, Dumbledore regarda Adel avec une bienveillance déstabilisante, Roger sourit devant le tempérament volcanique de son ami et Ewan soupira en levant les yeux au plafond. Il se tourna ensuite vers le fautif, une expression éloquente sur le visage.

- Tu veux bien te tenir tranquille encore quelques minutes, s'il te plaît ?

Ce à quoi Adel ne répondit rien, se contentant de bouillonner intérieurement.
Ewan se retourna ensuite vers Dumbledore et poursuivit leur conversation comme si rien ne s'était produit.

- Aucun inconvénient, bien entendu, répondit-il toujours poli. La première, vous vous en doutez – ne serait-ce parce que je vous l'ai déjà confiée, est que je ne peux partir d'ici sans avoir puni une dernière personne.

Dumbledore n'objecta rien mais son regard étincelant parla pour lui.

- La seconde est plus personnelle, dit Ewan en fixant son ancien directeur avec malice. Mais pour avoir mis autant d'énergie à nous faire nous rencontrer, je peux bien vous l'avouer. J'avais à dire au revoir à une personne à laquelle je tiens profondément et dont je ne doute pas un seul instant que vous la ferez venir ici pour essayer de jouer une nouvelle fois sur mes sentiments.

Admiratif devant la perspicacité du jeune homme - alors qu'Adel et Roger avaient inconsciemment réagi à ce dernier propos - Dumbledore tenta toutefois de le faire revenir sur sa décision.

- Ewan, insista-t-il, tu n'es pas homme à cultiver la vengeance. Réfléchis, je t'en prie. D'autres ont déjà payé si chèrement. Ne peux-tu donc pas...?
- Vous avez raison Dumbledore, le coupa le garçon d'un ton soudain sec. Je ne suis pas homme à me venger. Mais peut-on réellement parler de vengeance grossière et stérile quand il s'agit d'innocents et de rendre un honneur à leur âme bafouée ?

Là-dessus, sans plus prêter attention aux revendications que le sorcier aurait pu apporter, il leva une main en l'air, ferma les yeux et se concentra. Rogue eut alors pour réflexe de profiter de son attitude pour l'attaquer, mais à cet instant, une force brute le plaqua soudain contre le mur, tel un maléfice de Glu perpétuelle. Parvenant toutefois à remuer les yeux, il vit Adel, le regard menaçant posé sur lui, et comprit qu'il l'avait empêché d'agir par la simple pensée. Mais au fil des secondes, l'intensité du sort augmenta terriblement et Rogue finit par émettre un gémissement de douleur. Dumbledore s'interposa aussitôt, mais sans être réellement touché, Adel ayant levé son sort sitôt qu'il eut deviné les intentions du vieux sorcier.
Rogue glissa lentement le long du mur et resta quelques instants à terre, le temps de reprendre sa respiration. Prudent, Dumbledore recula d'un pas vers lui, sans lâcher les magiciens des yeux.

- Séverus, lui dit-il à voix basse en massant le bras douloureux qui avait seulement été effleuré par le sort, que vous ai-je dis ? N'intervenez pas. Car croyez-moi, certainement que si ordre n'avait pas été donné à « monsieur Rhomson » de ne plus tuer personne, vous...

Mais une incantation funeste retentit soudain dans le hall vide, brisant leur dialogue, résonnant aussi fort contre les pierres sèches que dans la tête des deux hommes.

« Eau, Air, Terre, Feu,
je vous invoque aujourd'hui en ces lieux.
De la quintessence naîtra l'Ether,
suprême à tous, pour briser les frontières.
Pouvoir ultime, révèle-toi
et dès cet instant, prends vie en moi.
Terre sur laquelle tout repose,
Eau et Feu, par qui tout explose,
retrouvez le malin et amenez ici
dans un souffle glacial, celui qui a trahi
»

Une énergie palpable, semblable à un souffle, se dégagea brusquement du garçon qui demeura bras tendu et yeux clos, et s'étira, s'éparpillant doucement, insidieusement dans l'espace, traversant et palpant ce qu'elle rencontrait, pour se disperser ensuite à travers le château.
Une tension rongeante souleva le cœur de Dumbledore et Rogue qui, impuissants, ne savaient trop qui était à présent recherché.
Adel fit ensuite un pas en avant, se plaçant tel un bouclier devant Ewan, silencieux, les bras croisés, un air impérieux sur le visage.


Les minutes passèrent, interminables et angoissantes, lorsque tout à coup, le silence qui s'était abattu sur le hall fut rompu par des cris mêlés de plaintes. Dumbledore baissa la tête. Ainsi, ses sorts n'avaient en rien pu protéger son bureau et ce qu'il abritait. Comme il l'avait redouté, Flitwick fut trouvé et rien n'avait pu empêcher qu'il soit capturé.

Emergeant du couloir par où Dumbledore et Rogue étaient arrivés, gesticulant dans les airs avec frénésie, le minuscule professeur apparut. Emprisonné dans le souffle, il se débattait dans l'espoir de s'en échapper… en vain.
Flottant dans les airs, Flitwick passa devant son directeur sans même s'en rendre compte. Mais Dumbledore lui, eut le temps de découvrir sur son visage la rage et la terreur qui s'étaient emparées de son être. Un nouveau soubresaut et le vieux sorcier aperçut dans l'une de ses mains trois plumes dorées. Fumseck.
Assurément, l'oiseau fabuleux se serait interposé pour protéger Flitwick. Mais à quel prix ? Qu'en était-il de lui à présent ? Car si les phénix avaient ce merveilleux pouvoir de régénérescence dans ce monde, que devenait-il face à de la magie elfique ?

Le cœur de Dumbledore se serra. Mais conscient de ce qu'il avait à faire à ce moment-là, il se reconcentra sur Flitwick et de conserve avec Rogue, fit instinctivement un pas en avant et tenta d'agripper le corps malmené dans les airs qui se retrouvait balloté tantôt sur les côtés, tantôt les pieds en l'air. Mais dès qu'ils s'en retrouvèrent trop près, tels des aimants de même polarité, ils furent brutalement repoussés en arrière. Aucun contact n'était permis.

Ainsi, il ne fallut que quelques secondes après son arrivée dans le hall pour que Flitwick soit déposé aux pieds de celui qui l'avait fait rechercher et patientait depuis si longtemps de pouvoir enfin le retrouver.

Ewan ouvrit les yeux, conservant un regard vague, et abaissa doucement sa main, mettant ainsi fin au souffle. Aussitôt, espérant tirer profit de la disparition de ce pouvoir, Rogue brandit sa baguette magique et cria : « Accio Flitwick ! ».
… Mais aussi justement que Dumbledore l'avait précisé, la sorcellerie n'était pas de taille face à la magie. Et telle une balle en mousse, le sortilège rebondit mollement sur Flitwick qui, s'il n'avait entendu son collègue crier, n'aurait pu se douter qu'il avait été lancé.


Dès qu'il fut posé à terre, le minuscule professeur cessa de s'agiter en tous sens. Il resta quelques secondes immobiles, décontenancé, puis ses esprits recouvrés, il leva craintivement les yeux vers celui qui, plus encore que les deux autres, le dévisageait avec écœurement. Comme si cette simple vision avait fini par le convaincre que tout était bien réel, son visage laissa soudain apparaître une expression horrifiée. Lui qu'il pensait ne plus jamais revoir. Lui dont il avait été un jour si proche. Lui qui... Oui, c'était bien lui... Il avait peut-être changé d'apparence, mais à cet instant, son regard fut le même que celui qu'il lui avait adressé jadis lorsqu'il s'était rendu coupable de trahison. Idhren était bien de retour et Flitwick sut immédiatement qu'aucun salut ne lui serait accordé.

Toutefois, Ewan prit d'abord soin de s'adresser à Dumbledore.

- Ne vous en faites pas. Votre compagnon est sain et sauf. Pour être aussi loyal et fidèle, je n'ai pu me résoudre à le détruire. Il vous attend dans votre bureau.

Dumbledore comprit qu'il faisait allusion à Fumseck - qu'il avait deviné ses craintes.

- Se pourrait-il d'ailleurs que vous alliez le rejoindre dès à présent, Dumbledore ?, ajouta Ewan. Votre présence ici n'est d'aucune utilité, vous le savez…

Il y avait un tel calme, une telle maîtrise de soi dans le ton employé. Tout en lui dégageait force et assurance.
Mais malgré la vérité partielle de ces dires, Dumbledore savait qu'il aurait encore un rôle important à jouer. Il savait aussi qu'il ne pouvait pas abandonner. Il hocha tristement la tête et...

- Ewan, supplia-t-il de nouveau en forçant la descente d'une autre marche, je t'en prie, écoute-moi et épargne-le. Je peux comprendre, crois-moi, la haine qu'il t'inspire après les actes qu'il a commis, mais... cela ne ramènera pas ceux qui ont péri. Les choses ont changé. Il a changé. Il a compris ses erreurs et ne les re-commettrait plus. Épargne-le, s'il te plaît...

A l'étonnement général, le garçon sembla prendre un instant de réflexion. Mais lorsqu'il fixa Dumbledore droit dans les yeux :

- J'épargne déjà vos élèves, Dumbledore.

Dur, glacial, inflexible.

- Vous me dites que les choses ont changé ? Qu'il ne re-commettrait plus de tels actes ? Qu'il aurait pris conscience de ses fautes… Regardez donc dans ses yeux, au plus profond, et venez m'attester ensuite qu'il a ne serait-ce qu'une once de remord pour tout ce qu'il a fait subir à mon peuple. Venez me dire qu'il a espéré le pardon et n'a jamais souhaité notre destruction, ici, à Poudlard, dans ce monde de sorciers qui l'a recueilli. Venez me le dire et j'en prendrai considération.

Ewan fit un simple geste de la main et aussitôt, un souffle naissant souleva Flitwick, le plaçant à plusieurs mètres de distance face au directeur de Poudlard. Les deux hommes s'observèrent. Un affichant un regard désespéré et suppliant, tandis que l'autre, un malaise irréversible.
Non. Jamais Dumbledore n'aurait pu attester que son collègue, qu'il souhaitait pourtant voir vivre, regrettait ce qu'il avait fait. La peur, l'incrédulité, la supplication, voilà ce qu'il y avait au plus profond de ses yeux. Mais pas le regret. Il n'en avait jamais fait preuve, que ce soit en sa présence… ou dans son cœur. Pour lui, tout ce qui avait un lien avec le royaume d'Idhren était mort depuis longtemps.

Descendant des gobelins, dès son premier contact terrestre occasionné par les sorciers qui avaient fondé leur communauté - et bien avant que la « Guerre des Deux Rois » n'ait lieu -, il avait compris que sa place ne se trouvait pas dans le royaume d'Idhren. Cette réaction constitua alors une opportunité magnifique pour le roi Poudlard, convoiteur du pouvoir elfique, qui lui promit alors un avenir plus en convenance avec ses origines, plus valorisant – gagnant la responsabilité de gérer le trésor des sorciers ou encore celle de diriger et veiller sur ceux qui défendraient le précieux joyau : les Inopportuns. Il n'avait qu'une chose à faire, une juste cause selon le roi sorcier : consentir à l'aider à protéger d'un danger réel et permanent son peuple du pouvoir d'Idhren.

En personne intelligente et rusée comme le sont les gobelins, il avait réfléchi à la question. Ainsi, il y avait d'une part cette Terre qui l'attendait et l'attirait de plus en plus, et d'autre part, l'éloignement dont Idhren faisait preuve à son égard à cette période - comme s'il avait pressenti que quelque chose changeait. Ce statut qu'il perdait. Celui qu'il gagnerait une fois parti, loin de ce monde où il avait vécu des siècles durant. Loin de ce monde où il gagnerait une autre vie et où son passé disparaitrait.
Tout ça lui avait permis de faire un choix – un choix qu'il finissait par regretter… à cause du sort funeste qui y était lié.

Depuis son arrivée au château, il n'avait jamais fait que considérer ce groupe d'individus comme une menace et souhaiter son élimination pour préserver le joyau. Mais petit à petit, les évènements et tragédies se succédant, la donne avait changé. Et voilà que ce passé, qu'il pensait à jamais oublié, se dressait à présent devant lui, tel un mur menaçant… qui s'effondrerait bientôt en l'emportant dans les ténèbres.

- Alors, Dumbledore ?, répéta Ewan en fixant le sorcier de deux yeux ombrageux. Devrais-je éprouver la moindre compassion ?

Le directeur de Poudlard ne répondit pas et soupira faiblement, mais suffisamment pour avouer son renoncement à aller dans ce sens. Cependant...

- Tu n'y gagnerais rien. Tu es en passe d'obtenir ce qui t'est le plus cher : pouvoir à jamais protéger ton peuple. Penses-y, Ewan. Pense aussi à elle et l'image qu'elle veut garder de toi… S'il te plaît...

Flitwick retomba sans ménagement à terre où il se recroquevilla. Rogue se crispa. Le garçon sourit. Décidément, ce vieux sorcier aurait fait appel jusqu'au bout à ses bons sentiments... mais bons sentiments qui avaient malheureusement volé en éclat par la faute d'une seule personne. Celle qui se trouvait à ses pieds.

Alors… Le sourire d'Ewan se tordit en grimace et son visage se fit plus dur. Il leva une main et Flitwick se retrouva à nouveau dans les airs, mais cette fois-ci, face à lui. Il fit un nouveau mouvement, fugace geste devant le visage du petit être et tous les sons qui sortirent à partir de cet instant de sa bouche restèrent inaudibles. Il le rapprocha au plus près de lui et plongea son regard enflammé dans celui qui hurlait silencieusement sa terreur. Il posa son index sur le front perlé de sueurs et brusquement, des convulsions secouèrent le corps lévitant.

Ewan ferma les yeux et formula silencieusement une nouvelle incantation.

Dumbledore cria Rogue s'élança pour s'écraser la seconde suivante contre le mur de pierres, un filet de sang coulant au coin de ses lèvres des bruits de bas précipités se rapprochèrent du hall les yeux exorbités de Flitwick se posèrent soudain sur ses pieds… qu'il vit peu à peu disparaître en fines paillettes scintillantes qui s'élevaient doucement vers le ciel.
Et le scintillement monta jusqu'aux genoux. Et Dumbledore luttait avec une concentration extrême contre la barrière invisible qu'Adel et Roger maintenaient infranchissable. Et les pas se faisaient plus proches. Et Flitwick se débattait dans les airs, hurlant sourdement, bavant de douleur, roulant des yeux, sursautant au rythme des convulsions qui se faisaient de plus en plus fortes quand deux silhouettes apparurent en haut de l'escalier.

- Albus !
- Ewan ! Nooon !

Emy hurla, dévalant les marches, passant devant le Maître des Potions toujours inconscient, devant son directeur en lutte contre les forces magiques et se précipita vers Ewan pour s'arrêter à deux mètres de lui, le corps mourant de Flitwick entre eux.

- Ewan…, murmura-t-elle, de grosses larmes incontrôlées s'échappant de ses yeux, l'air paniqué. Ne fais pas ça...

Les doigts du garçon se refermèrent légèrement et le maléfice ralentit. Le jeune homme tourna alors vers elle un regard navré.

- Je suis désolé Emy… mais je ne suis pas le gentil garçon que tu imagines...

Sur quoi il se retourna vers Flitwick, et le maudissant, exécuta le sort au plus haut de sa puissance.
C'était fini. Les dernières paillettes s'étaient envolées pour disparaître. Du minuscule professeur, il ne restait plus rien.

Ewan abaissa lentement sa main et toute la magie qui baignait le lieu s'estompa peu à peu. Il resta immobile au milieu du hall, le regard indéchiffrable et lointain. Adel et Roger resserrèrent leur garde autour de lui. Rogue commençait à donner des signes de conscience. McGonagall soutenait Dumbledore. Emy, sous le choc, s'était figée telle une statue, la tête lourde et tournante, incapable de penser. Elle ne pouvait qu'attendre... sans savoir quoi.


Arrivées en plein dénouement, elles avaient tout d'abord aperçu la scène sans vraiment comprendre ce qu'elle représentait. Elles avaient regardé qui se trouvait en ces lieux et la place que chacun occupait. Aussitôt, la main de McGonagall s'était refermée sur la rambarde où elle était appuyée. Comment Flitwick, qui aurait dû rester caché dans le bureau directorial pouvait être là ? Le connaissant, elle était certaine qu'il n'aurait pas commis l'imprudence de venir. Et Rogue? Et Dumbledore ? Ainsi, aucun des deux, malgré leurs pouvoirs, n'avait pu empêcher que...
Le professeur de Métamorphose dut faire appel à tout son sang-froid d'écossaise pour ne pas se laisser aller. Dumbledore avait eu beau dire après la découverte de la véritable identité de Lynch qu'ils se retrouvaient tous à sa merci, elle se rendit compte qu'elle n'avait pas entièrement réalisé ce que cela signifiait. Maintenant si...

Quant à Emy... Depuis que sa directrice était venue la chercher à la bibliothèque en imposant que ses amis restent derrière elle, elle s'était d'abord demandé ce qu'il pouvait se passer qui nécessite sa présence, puis ce que Hermione, Harry et Ron avaient fait lorsque les grondements avaient secoué le château, lorsque la voix de Dumbledore avait retenti avec force. Si seulement elle avait pu être rassurée sur le fait qu'ils aient bien regagné leur salle commune, que cet air inquiet affiché au moment où elle les avait quittés avait disparu de leur visage... Mais tout ce que McGonagall lui avait répondu, c'était qu'elle devait la suivre sans perdre de temps.
De la véritable identité d'Ewan ou des craintes qu'elle avait concernant le professeur d'Enchantements, elle ne dit rien. Ainsi, le choc qu'éprouva Emy en retrouvant ce dernier en pareille posture n'en fut que plus violent.


Après plusieurs minutes, Ewan bougea enfin. Faisant abstraction d'Adel et Roger qui l'encadraient ou des sorciers qui s'inquiétaient de savoir ce qu'il ferait, il se tourna vers Emy, l'air abattu.

- Pardonne-moi. Je suis vraiment dé…
- Je m'en moque ! Je m'en moque, tu entends ?

Emy ne lui avait pas laissé le temps de répéter ses excuses. Poussant d'un coup de coude les deux autres magiciens qui la laissèrent faire avec surprise, elle s'était jetée dans les bras d'Ewan, enfouissant son visage dans son torse, hurlant ces paroles qui l'avaient brûlée de rage.
Elle se demanda alors quel genre de personne elle était devenue. Comment, après avoir assisté à un assassinat, elle pouvait n'accorder d'importance qu'à celui qu'elle aimait… Comment pouvait-elle à cet instant se moquer de tout le reste… Etait-ce de la cruauté, de l'inconscience, cette folie dont on dit qu'elle prend les amoureux ?

- Je me moque de ce que tu as pu faire ou de ce que tu feras !, hurla-t-elle. C'est toi… C'est seulement toi qui…

Les sanglots étouffèrent les mots. Elle crispa ses mains contre cette robe de sorcier qu'il portait pour la dernière fois. Elle ne voulait pas la lâcher et refusait que quiconque la force à le faire. Sûre comme elle ne l'avait encore jamais été, elle sut que sa place était à ses côtés et nulle part ailleurs.
… Et quand elle sentit enfin deux bras l'enlacer et la serrer avec force, toutes ses interrogations, tous ses doutes, tout ce qui l'entourait alors disparut. Ce fut comme si un voile s'était posé sur eux, les rendant invisibles et inaccessibles aux autres. Quelle étrange et merveilleuse sensation ce fut.
Il la garda contre lui, posant délicatement une main sur sa chevelure qu'il caressa longuement. Et les yeux fermés, bercés dans leur rêverie,

- Si tu savais ce que ta présence représente pour moi, Emy. Comme je suis heureux que tu sois là… que tu ais été là…
- Je le serai toujours, promit-elle en frottant son visage rougi contre son torse. Toujours…
- Tu partiras donc dans ce royaume ?
- J'irai partout où tu seras… Oui, j'irai là-bas.
- Tu y seras bien… Crois-moi et souvient-en à jamais.

De ces paroles, elle ne perçut la douleur, pas plus qu'elle ne put lire la tristesse qui peignit son visage et meurtrit son cœur.

- Emy…

Il décolla doucement son visage de son torse puis appuya son front contre le sien. Elle ouvrit timidement les yeux, craignant que la magie ait disparu. Mais elle demeurait et dans ce bonheur, elle ne vit que lui, lui et son regard rassurant, pétillant… et rien d'autre. Elle sentit ses mains se poser sur ses joues et embraser son cœur.

- … melin le.

Elle ne comprit pas. Il lui posa ensuite un unique baiser sur le front et... le château réapparut brusquement dans toute sa sauvagerie. Froid, sombre, rempli de craintes et de misères. La peur l'agressa. Elle sentit des regards braqués sur eux - inquisiteurs, impatients, insoutenables. Elle tenta de se réfugier à nouveau dans les bras d'Ewan, mais tendrement, il l'écarta. A son expression incrédule, il opposa un sourire tendre.

- Ça ira, murmura-t-il. Ça ira, ne t'inquiète pas…

Alors pourquoi paraissait-il si triste ? Pourquoi refusait-elle de le voir partir, même en sachant qu'elle le reverrait ?


Sans qu'un mot ne soit prononcé, Adel et Roger vinrent rejoindre Ewan. Ce dernier serra une dernière fois ses mains autour de celles d'Emy, impatiente et inquiète de le retrouver au plus tôt, puis se recula de quelques pas. Son regard se porta alors vers les sorciers et s'arrêta sur Dumbledore, un étrange mélange de tristesse et de soulagement brillant dans ses yeux.
Le moment était venu. Ne craignant pas que le vieux sorcier intente quoi que ce soit contre eux et sachant qu'il n'essaierait plus de le faire changer d'avis, il sut qu'il pouvait s'en aller. Une fois le joyau détruit, ils disparaitraient – il l'avait toujours dit. Il s'agissait de son au revoir.

Ainsi, leurs pas résonnant dans le couloir vide, les trois magiciens quittèrent le hall et se dirigèrent vers le lieu secret où avait toujours été conservé le joyau.
Aussitôt, d'autres bruits de pas dévalant les marches se firent entendre dans le dos de Dumbledore. Mais celui-ci interposa immédiatement un bras qui barra cette fois-ci le passage à McGonagall et Rogue.

- Restez ici tous les deux, leur dit-il sans même se retourner.
- Mais Albus !, s'écria McGonagall. Il faut faire quelque chose, voyons ! Oubliez-vous donc Filius ? Où ils sont partis !
- Minerva…, soupira-t-il patient. J'ai pour mission de veiller sur ce château mais avant tout sur ses occupants. Je ne pense pas qu'il soit utile de vous rappeler que vous n'êtes pas de taille à lutter contre eux. Il est donc hors de question que je vous laisse entreprendre quelque action insensée que ce soit.

Les deux enseignants savaient qu'il ne servirait à rien d'insister sur ce point. Si la sorcellerie ne pouvait venir à bout de la magie, tous deux n'étaient pas plus de taille face à Dumbledore.
Cependant,

- Pourquoi Albus ? Pourquoi les laissez-vous agir ? Allons-nous rester ici et seulement attendre ?, ne comprit McGonagall.
- Minerva, Séverus, vous devez comprendre que malgré toute notre volonté, il est certains évènements que l'on ne peut empêcher de se réaliser. C'est un fait. Mais il en est également d'autres sur lesquels nous pouvons intervenir. Reste à savoir alors si l'on fait bien ou mal en s'immisçant dans des affaires qui, dès le départ, ne nous concernaient pas. Pour ma part, j'ai pris ma décision car c'est à mes yeux ce qu'il y a de mieux à faire pour garantir le meilleur futur qui soit à ceux qui nous suivront – que ce soit ici… ou ailleurs.

Rogue et McGonagall échangèrent un regard interrogateur.

- Maintenant, termina Dumbledore, veuillez vous assurer que chaque élève se trouve bien dans sa salle commune. Immédiatement, je vous prie.

McGonagall souleva un sourcil.

- Pardonnez-moi, monsieur de directeur, glissa aussitôt Rogue. Mais compte tenu de la situation actuelle et des risques aussi bien magiques que matériels qu'encourt le château, ne serait-il pas au contraire plus prudent de faire évacuer Poudlard et d'envoyer tous les élèves dans le parc ?
- « Dans le parc » ?, répéta Dumbledore, ses yeux étrangement brillants. Non, Séverus. Croyez-moi : que personne ne s'aventure dans le parc cette nuit et que chacun reste dans sa salle commune.
- Vous ne craignez donc pas que...?, commença McGonagall.
- Non, Minerva, répondit-il calmement. Je ne crains pas que le château s'écroule. J'y ai ardemment travaillé et je lui fais également confiance.
- « Vous lui faites… » ?, s'étrangla le professeur de Métamorphose.
- Maintenant, allez-y, coupa court Dumbledore.

Les deux professeurs ne dirent plus rien. Et tandis que Rogue disparaissait déjà vers les cachots, McGonagall songea, avant de monter vers sa tour, à récupérer Emy, restée muette au milieu du hall, s'inquiétant à présent de son sort. Cependant, lorsqu'elle vit sa directrice avancer vers elle, elle lui devina des intentions plus aimables qu'alarmantes.

- Minerva !, l'interpella pourtant Dumbledore. Laissez miss McLane faire comme bon lui semblera, je vous prie. Les mesures de sécurité ne s'appliquent pas à elle.

McGonagall tourna ses sourcils en accent circonflexe vers Emy - qui eut du mal à les soutenir. Elle détourna plutôt son visage, marquant ainsi son désir de rester là elle était. La femme étouffa un soupir, tourna les talons et remonta l'escalier pour gagner la tour de Gryffondor.

Un nouveau silence pesant se posa sur la place circulaire où ne restait plus que Dumbledore et la jeune fille. Passèrent plusieurs minutes. Evitant d'avoir à croiser les yeux vifs et perçants de son directeur, Emy ne put toutefois ignorer le bruit de ses pas qui descendirent les marches et se rapprochèrent d'elle. Ses lèvres se pincèrent et ses poings se fermèrent. Se pouvait-il que son directeur ait deviné qu'elle ne remonterait pas dans sa salle commune et qu'ainsi, il se retrouverait seul avec elle ? Elle avait confiance en lui, pourtant… les pas se rapprochant, son angoisse grandit.
Enfin,

- Hé bien Emy, dit-il doucement en posant une main réconfortante sur ton épaule. Voilà que tu as enfin fait ton choix.

Elle osa relever le visage, il la regardait avec bienveillance.
Oui. Malgré ce qu'il venait de se produire et de savoir qu'elle était comme « eux », il était à ses côtés, lui apportant un peu de soutient. Oui aussi, elle avait fait son choix. Mais comme si souvent, elle eut cette terrible impression que tout allait trop vite. Elle se tourna vers son directeur, déboussolée.

- Qu'est-ce que je dois faire, professeur ?

Il agrandit son sourire et pressa légèrement sa main sur son épaule, lui apportant chaleur et douceur.

- Tu dois faire ce que tu estimes être le mieux pour toi, Emy. Les choix ne sont jamais totalement bons ou mauvais, ils ne sont pas non-plus faciles à prendre et il y a toujours des conséquences. Mais sache que quoi que tu décides, il se trouvera toujours quelqu'un pour penser à toi, prendre soin des tiens ou comprendre tes choix. Alors, sois en paix avec ça.
- Merci…, souffla-t-elle avec un maigre sourire.
- Bien ! Maintenant Emy, dit-il en s'intéressant au couloir emprunté par Ewan, Adel et Roger peu avant, je te prie de bien vouloir me pardonner, mais j'ai quelque chose de très important à faire. Il y aurait bien des choses que tu aurais besoin de savoir, mais je pense que cela peut un peu attendre. Je vais donc te laisser. Mais si je puis me permettre cette petite recommandation : ne t'éloigne pas de ce lieu tant que tout ne sera pas fini.

Emy fronça les sourcils. Si seulement son directeur pouvait cesser de s'exprimer toujours de manière énigmatique.


Ils marchaient depuis un petit moment, empruntant différents couloirs, montant puis descendant des escaliers, traversant des passages connus pour finalement atteindre la Salle des Trophées. Ils avaient toujours trouvé ça amusant. Mettre cette salle où Poudlard étalait son prestige comme lieu de passage pour atteindre le cœur du château.
… Un ultime pied de nez à ceux qu'ils avaient volé, symbole de la victoire des sorciers.
Mais dans peu de temps, il n'en serait plus rien.

Une porte secrète dissimulée dans le mur du fond, un nombre de marches interminable qui descendaient toujours plus bas dans les entrailles du château, de l'obscurité, de l'humidité, des gouttes qui suintaient des joints entre les pierres noires et froides. Tout ne faisait que renforcer l'atmosphère mystérieuse et inquiétante qui baignait ce tunnel secret.

Adel ouvrait la marche, brisant les enchantements et autres sortilèges mis en place, Ewan lui indiquant instinctivement les chemins à prendre lorsque des carrefours se présentaient. Car tout ce que les sorciers, vaniteux, avaient pu créer, n'avait pour but que de barrer le passage à des êtres comme eux. Les magiciens ? Ils n'auraient jamais pu trouver un moyen de les retenir. Mais avaient-ils seulement pensé qu'un jour, l'un d'entre eux viendrait en ces lieux ?

Au fur et à mesure qu'ils avançaient, le tunnel se faisait plus sombre, plus froid. Une atmosphère lourde et palpable leur tombait dessus. A plusieurs reprises, Adel s'était retourné vers Ewan, donnant cette impression qu'il avait quelque chose à lui dire. Mais à chaque fois, le garçon s'était ravisé, et sous le regard expressif de Roger, avait repris sa route. Ewan savait ce qui le rongeait mais souhaitait ne plus en parler. Songer que ce qui l'attendait était ce qu'il aurait de plus pénible à faire de toute sa longue vie était déjà tellement douloureux pour lui…

Soudain, un grésillement entêtant leur parvint et mit fin aux réflexions de chacun. Au bout d'un long couloir, ils distinguèrent une salle faiblement éclairée par une lueur rougeâtre qu'ils ne purent encore identifier. D'un pas plus soutenu, ils continuèrent à progresser silencieusement jusqu'à arriver dans la pièce. Circulaire et bâtie de ces mêmes pierres sombres dont le château était construit, ne s'y trouvait aucun mobilier, aucune fenêtre. Mais au fond, transperçant l'épais mur dur et froid de son intensité, brillait une lumière écarlate qui pulsait comme un cœur.

- Rouge ?, s'étonna alors Roger. Je croyais que le Joyau…
- Ce n'est qu'une enveloppe qu'il a tissé de lui-même avec le temps, murmura Ewan, ses yeux braqués sur la lumière. Sitôt emprisonné ici, il se sera protégé par lui-même.

Adel n'avait toujours rien dit. Il fixait également la lumière, visualisant ce qu'il se trouvait derrière et réalisant avec violence et stupeur que leur mission ici-bas touchait à sa fin et allait bientôt provoquer un cataclysme dans son cœur.


Ils restèrent tous trois de longues minutes immobiles et silencieux face au mur illuminé. Le temps semblait s'être arrêté. Ils auraient bien pu rester ainsi pour l'éternité. Mais brusquement, la luminosité explosa et le mur en devint incandescent. Le Joyau avait perçu sa présence. Lui qui avait scellé son destin avec le sien. Lui qu'il n'avait plus senti si proche depuis les temps anciens. Lui qui était le seul à pouvoir s'en approcher… et par son sacrifice, le détruire.

- Amath ! Idhar !, commença Ewan d'un ton solennel, ses yeux toujours tournés vers le joyau. Vous allez monter la garde ici jusqu'à ce que le temps soit venu pour vous de partir. Agissez avec votre cœur si quelqu'un se présente et n'oubliez pas…
- Idhren…, intervint Adel.
- …n'oubliez pas le rôle que vous avez dès à présent à jouer vis-à-vis de ceux qui attendent votre retour.
- Il y a forcément autre chose à faire qui ne t'obligerait pas à…, persista Adel. Tu n'as jamais voulu envisager une autre solution que celle de…

Ewan se tourna alors vers lui, un sourire affectueux posé sur ses lèvres tel qu'il empêcha le garçon de poursuivre.

- Mon ami…, lui dit-il en posant une main sur son épaule. Mon plus fidèle ami à qui j'aurais fait endurer tant de tracas et d'énervements tout du temps où tu m'auras suivi.

Adel sentit la main se serrer.

- Tu sais ce qu'il en est et je sais ce qu'il t'en coûte… Accepte-le, tu vivras plus serein. Tu sais aussi qu'il n'y a qu'à toi, grâce à ta loyauté et ta force, que je puisse confier la protection de notre peuple.

Conservant sa main en place, Ewan se tourna alors vers Roger, qui les observait la mâchoire crispée et l'expression aussi digne qu'il pouvait.

- Je compte sur toi, Idhar… car il peut cruellement manquer de patience quand il s'y met, dit-il souriant en faisant un signe de tête vers Adel, avant de prendre une attitude grave. Et puis… il aura besoin de toi… très bientôt.
- Oui, altesse, murmura difficilement Roger en le saluant. Je veillerai.
- Merci.

Puis, se retournant vers Adel, digne,

- Gouverne notre royaume avec honneur et garde toujours la tête haute… ainsi qu'un œil posé sur elle, s'il te plait. Elle ne comprendra certainement pas, mais j'espère qu'avec le temps et votre présence à tous deux, les choses deviendront belles pour elle.
- Aussi longtemps qu'elle sera à nos côtés, je la protègerai. Comme je l'ai fait pour toi… Comme je l'aurais toujours fait si tu me l'avais demandé… jusqu'à la fin.
- Je sais Amath… Je sais mon ami. Merci…

Péniblement, Ewan retira sa main de l'épaule et s'écarta de ses compagnons. Au bout de la pièce, l'intensité était devenue telle que le mur donnait l'impression qu'il allait fondre. Ewan lui fit face puis s'en approcha.

- Retournez-vous maintenant et restez vigilants, déclara-t-il.

Il leva sa main et lança un sortilège sur le mur qui disparut progressivement, laissant apparaître une énorme sphère d'où se dégageaient des énergies telles qu'elles mirent quelques instants à mal Adel et Roger, pourtant puissants et éloignés. D'autres flux s'échappèrent aussitôt de la sphère et envahirent l'espace jusqu'à rencontrer Ewan. Reconnaissant le souverain, les flux se densifièrent, devenant aussi épais et vigoureux que des bras, et enlacèrent le corps pour l'entraîner vers le Joyau qui n'aspirait plus qu'à faire un avec son roi…