25.

A côté de l'Arche des Carsinômes, Terra IV semblait bien petite, perle verte dans la mer d'étoiles.

- C'est une jolie planète. Je n'en avais jamais entendu parler jusqu'ici.

- Terra IV ne figure pas sur les cartes galactiques, question de sécurité pour la Colonie Sylvidres.

- Encore heureux que nous avions ses coordonnées, en ce cas !

- Je pourrais te guider les yeux fermés, et même à travers les dimensions.

- Les moyens de transport naturels me conviennent parfaitement, assura dans un grincement le capitaine de l'Arcadia.

Il capta alors les regards surpris et pas trop rassurés quant à son mental des membres d'équipage présents sur la passerelle.

- Dis donc, espèce de fantôme, tu ne pourrais pas apparaître pour tout le monde ? aboya-t-il. Ça m'éviterait de passer pour un demeuré ou quelqu'un de juste bon à enfermer ! ?

- S'il n'y a que ça pour te faire plaisir, mauvais coucheur ambulant, s'amusa Aldéran en se matérialisant, ce qui ne rassura nullement les Marins, Kei déjà debout une main sur la crosse de son arme !

Mais tous étaient également interloqués par l'inévitable troublante ressemblance entre leur capitaine et le spectre.

- Il va vous falloir également le supporter, pas de raison que je sois le seul, ce lointain ancêtre ! se contenta d'expliquer le grand corsaire balafré.

- Si tu le dis, capitaine, fit la blonde seconde du cuirassé en se rasseyant.

Albator reporta son attention sur la petite planète verte.

- Si je me souviens bien de ce que tu as raconté, ma venue va surprendre ces créatures que tu appelles Sylvidres !

- C'est peu de le dire, rit Aldéran.

- Tu les as prévenues ?

- Oui, j'ai envoyé un rêve à la Reine Sandromange.

- Envoyer un rêve ? Tu es givré !

- Ce qui explique que nous nous entendons parfaitement, s'amusa encore le grand rouquin balafré.

Vexé, Albator ne dit plus rien.

- Tu es certain de ne pas vouloir que je vienne ? insistèrent Kei et Fulker alors que leur capitaine s'apprêtait à embarquer dans son spacewolf.

- Le moins nous serons, le mieux ce sera.

- Et moi ? glissa alors Clio.

- Qui sait, entre créatures femelles… Je reviens très vite !

- Oui, ne t'attarde pas, Surlis doit te faire passer un check-up complet avant que nous ne nous dirigions vers la Terre !

- Comme tu voudras, maman, ironisa Albator.

- Je ne plaisante pas !

- Allez, dégagez avant que je ne dépressurise le pont d'envol !

Clio s'assit derrière lui et peu après la catapulte projeta le spacewolf dans l'espace.


Très maquillée, longue chevelure violette tombant jusqu'à ses chevilles, les yeux en amande aux prunelles bleu glace, la robe d'un vert profond striée de jaune au corsage, Sandromange était un remarquable spécimen de Sylvidre.

Elle s'était inclinée devant le roux protecteur du Sanctuaire puis avait posé son regard sur le grand brun borgne et balafré.

- Vous êtes exactement comme… lui.

- J'ai été créé pour lui ressembler, j'ai fini par devenir lui, en effet. Par contre, je ne comprends toujours pas les raisons de notre présence !

- Je t'avais fait visiter l'endroit. Il était important que tu le découvres « en vrai ». Quant à Sandromange, elle n'aurait jamais accepté de lancer ses sœurs dans un combat sans savoir pour qui !

- Mais il n'y a pas de guerre, s'emporta Albator. Ces foutues Carsinoés prennent le contrôle des esprits et ce sont les peuples qui s'entretuent pour elles !

- Il finira pourtant par y avoir confrontation physique et bien plus tôt que tu ne le crois, fit Aldéran, sombre.

- Que vois-tu d'autre dans mon avenir ? questionna Albator, soudain intéressé.

- Je ne peux pas te le dire. Il y a déjà bien assez d'influences sur une destinée sans en rajouter. Tout viendra le moment venu, le bon comme le mauvais.

- La vie, quoi !

- Puis-je vous garder à déjeuner, capitaine ? proposa Sandromange.

- Je ne refuse jamais une invitation !


Galahane la leader des Carsinômes, avait reçu à son tour le capitaine de l'Arcadia.

- Mon père m'a laissé sa place.

- Comment va Jéhobald ?

- Il est un peu comme nous tous, il laisse les événements le porter.

- Et comment vivez-vous sans vos Carsinoés ?

- Oh, même si elles n'interagissent plus avec nous, nous savons qu'elles sont là, nous constatons les ravages qu'elles font auprès des peuples. Et qui sait, peut-être se serviront-elles un jour de nous aussi !

- Votre Arche sera leur point de passage le jour où elles voudront poser une aile physique dans cet univers, rappela Albator.

- Si en la détruisant on pouvait… Mais je ne peux pas sacrifier ma colonie. Nous poursuivrons donc notre errance.

- Je vous souhaite un bon voyage, fit Albator en tournant les talons.

Quelques minutes plus tard, ses réacteurs à puissance maximale, l'Arcadia se dirigeait vers la Terre.