Il était vraiment bien.
Là.
Seul.
Au calme.
Il sentait ses muscles se décontracter un à un sous le jet bienfaiteur.
Il aurait pu aisément passer le reste de sa vie ici.
« Roy ! Tu peux venir deux minutes s'il te plaît ? »
Ou pas.
Le colonel éteint le jet et sortit de sa bien aimée cabine de douche. En entrant dans la chambre il découvrit une jolie blonde assise à un bureau en train de rédiger il ne savait quoi. La blonde en question eut un sourire en le voyant pénétrer dans la pièce.
« Tu sais, Roy. Je t'ai dit de venir. Mais tu pouvais quand même finir ta douche. »
Dit elle d'un ton mi sérieuse mi amusée en le voyant débarquer, trempé, couvert en tout et pour tout d'une simple serviette autour de la taille.
« Mhhgn, j'avais fini de toute façon » Grommela le colonel.
- Oui Oui. Répondit l'autre sans en croire un mot.
- Qu'est ce que tu voulais au faite ?
- Oh j'ai écrit une carte pour le QG. Je voulais que tu la signes. Bon je te laisse je vais prendre ma douche ! »
Elle déposa un rapide baiser sur ses lèvres et s'enferma dans la salle de bain de l'hôtel.
L'homme prit soin de se sécher et de s'habiller entièrement avant de s'intéresser à la carte. De toute façon, c'est bien connu les femmes restent toujours des heures sous la douche. Quoi que, vu la facilité avec laquelle celle-ci avait démonté ses opinions (préjugés ?) sur les femmes il aurait peut être du se méfier. Mais bon. Ce n'était qu'une carte après tout. Pas besoin d'en faire un drame.
Il s'approcha enfin de la table de bureau. La carte était assez jolie en elle-même, bien que très kitch au goût de la jeune femme. Elle représentait une superbe côte du coin où ils avaient pris leurs premières vacances à deux. Ils avaient mis des heures à trouver une carte qui ne montrait ni un de ses horribles chatons dans un panier, ni une bande de chiens tout-mignons-tout-plein-pitié-passez-moi-la-bassine-que-je-vomisse. Il se demanda vaguement si choisir celle avec les chiots dans un panier n'aurait pas été plus simple, mais vu l'aversion de son subordonné pour ceux-ci, ils avaient opté pour la côte.
Il retourna la carte et lu les quelques mots écrits par sa subordonnée et depuis bientôt deux mois petite amie.
Salut tout le monde.
On espère que tout se passe bien au QG.
Ici on a un temps super, la côte (voir au dos) est sublime.
Les gens sont hyper accueillants.
On a décidé de bien en profiter !
A bientôt.
Roy et Riza.
En dessous il reconnu le joli gribouillis avec lequel sa subordonnée avait l'habitude de signer.
La carte était simple. Les mots étaient justes. Allant à l'essentiel. Dans un style que seule Riza savait atteindre. Mais il savait que ces quelques mots n'avaient en eux même rien d'extra ordinaire. Certains l'auraient même considéré comme banal.
Mais Roy non.
Au contraire.
Son regard restait accroché sur ses quelques lignes ne pouvant s'en détacher.
On espère. On a décidé.
Le colonel relisait encore et encore ces quelques mots.
On.
Quel drôle de mot quand on y pense. Il désigne plusieurs personnes. Pourtant il se conjugue comme un singulier. A l'école, il l'avait maudit celui là, non mais il se prend pour qui ce pronom personnel ? Il ne pourrait pas faire comme tout le monde ? Mais non. On est orgueilleux. On est différent. Et On veut qu'on s'intéresse à lui. Et pour ça quoi de mieux que de jouer les exceptions !
Quand au collège, il avait enfin appris à manier les règles de conjugaison et qu'il était parvenu à dompter le « On ». Tout avait été à recommencer. Son professeur de littérature (non pas sa maîtresse, il faut dire professeur de littérature.) avait annoncé au rendu d'une rédaction particulièrement minable à sa classe, que les élèves avaient tendance à utiliser le « On » à tord et à travers. Toute l'année et les suivantes, l'austère professeur avait répété le même discours. On n'existe pas. On ne va pas à la plage, mais Nous allons nous rendre sur le bord de mer. Non On ne dit pas, mais il est incorrect de dire. La littérature, c'est sacré. Et il ne faut pas aller la souiller par de vulgaires impersonnels. D'ailleurs, c'est qui On ? Répétait souvent la vieille biq… euh l'enseignante expérimentée. Et devant la mine dépitée des enfants, autrefois si fier d'avoir su manier le On, elle répétait On n'existe pas.
Et puis adieu collègue, adieu vieille bique. Le colonel s'en était aller intégrer l'école militaire. Et là, dans un rapport de mission, le « On » était réapparu. Comme ça. Soudain. Sans raison valable. Sans même qu'il ne s'en rende compte. Le On avait tenté sa chance et On avait perdu. Son supérieur chargé de son instruction l'avait sévèrement réprimandé. Un rapport de mission est précis. Il demande des faits. De la précision. Et On n'est absolument pas précis. Il ne faut pas écrire on est entré dans l'entrepôt, mais Les agents GF3 et TR1 ont pénétré dans l'entrepôt numéro 5 de la zone C.
Et puis, il avait monté en grade, et les rapports de mission, il les signait. Il avait guetté, un moment, dans les rapport de missions un « On » égaré. Mais visiblement tout le monde se satisfaisait de l'exil du pronom. Peut être était il le seul à trouver injuste cet éxile.
Puis il s'y était habitué.
Il n'utilisait même plus « On » dans le langage oral. Il avait même finit par trouvé que Nous avait nettement plus de classe qu'un vulgaire On. Mais au nous il avait encore préféré le moi et …
En effet, il avait toujours eu du mal à se lier aux autres. Sans être orgueilleux ou narcissique, il aimait être libre de ses choix, de ses pensés. Alors perdre son individualité et se fondre dans la masse d'un On anonyme ? Jamais !
Oui. Moi et les autres. C'est ça. Après tout, dans son travail, il était constamment en danger de mort. (Enfin peut être pas constamment, mais quand même.) Aussi, ne prenait il pas le risque de se lier trop dans un on collectif et solidaire. Bien sur, il déplorait la mort de ses camarades tombés au combat, bien sur il était des plus courtois avec les vivants, mais il ne voulait pas donner trop de raison aux gens de le pleurer.
Et puis en amour.
Ah en amour ! Parlons en de ses amours !
Il n'avait jamais pris le temps de se fixer. De s'attacher. Les petites amies défilaient à son bras. Juliette. Marguerite. Elvire. Amélie. Si si. Au début il avait essayé de s'attacher à elles. De tout savoir sur elle. Mais il s'était lassé. Qu'elles soient brunes ou blondes elles se ressemblaient toutes. Toues belles parfaitement manucurées au rire cristallin. Dans les derniers temps, c'est à peine s'il se souvenait de leurs prénoms.
Et puis il y avait eu Riza. Sa subordonnée. Il ne savait plus très bien comment ils s'étaient rencontrés. Quand est ce qu'elle avait commencé à travailler pour lui. Quand sa présence lui était devenue indispensable. Quand ils étaient devenus amis. Quand est ce qu'il avait su percer sa carapace. Quand il s'était rendu compte qu'elle était belle. Quand est ce qu'il l'avait embrassé. D'ailleurs, n'était ce pas elle qui l'avait embrassé ?
Il ne savait plus très bien. En tout cas, ça allait faire deux mois qu'ils sortaient ensemble. (Officiellement s'entend).
Il ne savait pas vraiment s'il l'aimait. Il ne s'était jamais posé la question. Quand à elle… Il n'en savait rien non plus. Ils avaient toujours vécu comme ça. Au jour le jour. Ils préféraient aux grandes questions existentielles, la présence de l'autre. Ses bras aux disputes pourtant « si enrichissantes » pour un couple. Ils ne s'étaient rien promis, mais ils étaient toujours là. Ensemble.
Et puis voila que sans s'en rendre compte, le On avait surgit. Comme ça. Sur un coin de carte postale.
Peut être que cela aurait du lui faire peur.
Le On, c'est l'inconnu. C'est indéfini. Car c'est donner à l'autre un total pouvoir sur son avenir, sur ses choix. Peut être qu'il serait allé à la plage, et elle à la montagne, mais On ira à la campagne.
Peut être bien avait il envie de se laisser tenter par ce On.
Mais peut être s'était il lassé de ce « je » trop plat.
Peut être avait il envie de revisiter la conjugaison de sa vie. Réajuster leurs avenirs singuliers dans un On commun.
Peut être restait il encore des choses à découvrir qu'on ne lui avait jamais dites.
Ou peut être était il amoureux. Tout simplement.
Et voila !
Et un OS de plus !
Niark !
Je suis assez fier de celui-ci.
Il me trottait dans la tête depuis un moment. A vrai dire depuis deux jours, mais une gastro m'empêchait d'accéder à mon ordinateur, et à vrai dire m'interdisait simplement la position assise. J'ai donc eu le temps d'y réfléchir.
Dites moi si vous avez apprécié cet OS ou si c'est juste une hallucination dont la nullité est à mettre sur le compte de ma maladie (gastro ou mentale, à vous de voir)
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