Hello All !
Désolé pour l'absence de release pendant plus d'un mois mais j'ai réussi à trouver un job juste après mon diplôme (Lucky \(^o^)/) du coup mes journées sont chargées et lorsque je rentre le soir je suis souvent claqué.
Du coup j'écris moins car je confirme que la fatigue n'est pas le moteur de l'être humain XD
Bon assez parlé de moi, voici la partie 2 des Visites de Hrungrir aux différentes factions de Runeterra !
Bonne lecture ! :D
Chap 23 : Allégeances / Partie 2
Je ressors dans la pièce initiale avec un goût amer au fond la gorge. Pour l'instant je suis hors d'atteinte mais il va falloir que je reste constamment sur mes gardes pour conserver cette distance de sécurité. Après Lissandra je peux dire que Swain est de loin l'homme le plus intelligent que j'ai pu rencontrer. Je pense aussi qu'il est probablement lié à mon passé sinon je n'explique pas ma réaction de crainte à chaque fois que son ''partenaire'' croasse.
Je chasse ces pensées de ma tête car il est trop tôt pour que je me penche dessus. Me dirigeant vers la porte menant aux deux émissaires de Bandle City. J'ai une surprise aussitôt que je l'ouvre. Contrairement aux deux précédente, celle ci, il faut tirer dessus. Je découvre une ouverture bien trop petite pour n'importe quel humain sur le plan pratique. Elle doit mesurer à peine un mètre en hauteur.
Je dois m'agenouiller pour passer et je me retrouve sur un balcon tout aussi bas de plafond. Devant moi, attablé, il y a un de ces petits êtres que j'ai vu un peu plus tôt dont je reconnais la sacoche dorsale. Il ne semble pas m'avoir entendu où vu. Alors que la porte se referme derrière moi, toujours dans le plus grand des silences, je fais un pas dans sa direction avant de déclencher un piège invisible.
Une légère explosion disperse un nuage de couleur violette qui obscurci mon champ de vision. L'odeur, celle d'un narcotique dont heureusement je suis immunisé à ses effets par ma constitution, est épouvantable. On croirait sentir une plante pourrie. Je sens alors une brûlure au niveau de mon pied qui a activé le système.
Une substance de la même teinte que le gaz s'est répandu sur moi rongeant mes habits jusqu'à la chair. Je gèle ce poison en libérant mes pouvoirs et en conséquences toute la pièce se couvre de givre alors que la température chute brutalement. Mon corps se régénère dans la seconde avant que ce que je porte fasse de même. En levant la tête nous croisons nos regards, le sien est froid et détaché tel celui d'un tueur en quête d'une proie.
Je dégaine aussitôt mes deux armes prêt à combattre quand finalement son expression change du tout au tout. Il n'y a maintenant que de l'embarras sur ses traits et aussi étrange que cela paraisse je sens la tension palpable qui émanait de lui moins d'un instant avant disparaître aussi vite. Il se lève avec empressement pour venir me voir. Je reste sur mes gardes par principe.
« Je suis vraiment désolé. » S'exclame-t-il. « C'est une mauvaise habitude que j'ai prise avec le temps. »
« Vous posez des pièges chez vous par habitude ? » Je demande, toujours surpris de cet accueil.
Il semble mal à l'aise et ne me répond pas. Un sourire mal assuré s'affiche alors sur son visage et je pousse un soupir. En rangeant mes armes et calmant mes pouvoirs je sourie à mon tour pour lui dire que je met l'incident de côté pour le moment. Après tout ce n'est pas moi qui vais lui jeter la pierre pour agir avec prudence. Un bruit d'explosion retentit à l'extérieur avant qu'une voix ne résonne.
« Attention là dessous ! » Hurle-t-elle.
L'autre représentante que j'ai vu précédemment atterrit sur la table, le canon en avant, en la réduisant en bois de chauffage. L'expression de son visage est assez étrange. On dirait qu'elle est à moitié amusée et à moitié sérieuse. Observant la scène elle jauge la situation l'espace d'une seconde avant de pointer son arme dans ma direction et de saisir l'une des bombes qui pendent à sa ceinture. C'est le premier émissaire qui l'arrête alors que je dégaine de nouveau.
« Attends Trist ! » Interrompt-il. « Il n'y est pour rien ! C'est moi le responsable de tout ça ! »
« Tu as encore posé l'un de tes champignons derrière la porte ? » Demande-t-elle en se détendant. Il acquiesce d'un geste de la tête. « Ha ha ha ! Un jour tu vas avoir des problèmes ! » Dit la canonnière en éclatant de rire. « Le dernier match contre Cho'gath ne t'a pas suffi ? »
Il tente de se défendre, encore plus embarrassé, tandis que moi je reste à me demander ce que je suis en train de voir. L'échange dure encore plus d'une minute quand je finis par les couper. Il y a un ''détail'' qui me pose un problème mais qui apparemment ne les dérange pas.
« Désolé de m'introduire dans la conversation. » Je déclare sobrement. « Mais vous pourriez ranger cette bombe avant de blesser quelqu'un ? » Je fait en montrant l'engin qui est toujours dans sa main.
« Ça ? » Questionne-t-elle, amusée. « C'est sans aucuns risques ! Regardez ! » Elle la lance dans les airs avant de la rattraper plusieurs fois de suite devant son camarade, qui ne réagit pas, et moi. « Vous voyez ? »
Trop sûre de son geste elle la loupe au moment de la récupérer et la grenade tombe sur le sol. Je vois avec horreur un fin ruban de métal sauter de la tête de l'engin. Alors que vais la geler en espérant la rendre inoffensive je vois sa propriétaire se jeter dessus, la ramasser, puis la jeter dans les airs au loin avec une trajectoire parabolique.
Ajustant son arme Elle tire à quatre reprises dessus, ne manquant pas une seule fois sa cible. La cinquième touche fait exploser la bombe qui ne fait pas de dégâts autres qu'un peu de bruit. Elle va au balcon et s'adresse à tout ceux qui sont là-bas d'une voix sonore et enjouée qui m'apparaît totalement décalée.
« Ce n'est rien ! Petit tir d'entraînement ! » Je reste coi devant son aplomb alors qu'elle se tourne vers nous. « Vous avez vu ? Aucuns problèmes ! »
Passé le manque total de subtilité qui me laisse quelque peu... dépité, ne trouvant pas d'autre mot pour décrire, je suis impressionné par ce qu'elle vient de faire. De son entrée, certes théâtrale, mais pour atteindre une zone aussi étroite avec une telle précision en utilisant le recul d'une arme il faut être très douée. Sans compter son sang-froid au moment ou la bombe lui a échappée des mains, elle a prit la meilleure des décisions. Sans parler pas de son habileté au tir.
Ces deux là ont peut-être une apparence de peluche mais se serait une grossière erreur de s'arrêter à ça. Je sourie respectueusement avant de rengainer mes deux armes. Quelques paroles échangées plus tard je m'assoie sur le sol pour être au même niveau qu'eux. Lui a déposé son sac contre un mur près du canon de son amie. Je pense qu'ils le sont au vu de leur façon de se parler mais je ne connais pas grand chose de leur peuple alors je me trompe peut-être.
« Bienvenue à Bandle-City Hrungrir. » Sa façon familière de parler est assez étonnante mais je ne sens aucun manque de respect dedans. « Je m'appelle Teeemo et voici mon amie Tristana. Je m'excuse encore pour l'accueil. » Il fait un petit geste timide. « Je ne pensais pas que vous viendriez. »
« Pourquoi donc ? » Je questionne, honnêtement surpris.
« La plupart des humains nous ignorent, ou nous méprisent. Surtout les combattants » Répond-t-il sur le ton de la conversation. « Alors j'ai pensé que vous étiez pareils. »
« Je ne suis pas du genre à juger un livre par sa couverture. » Je déclare. « Et ce que vous venez de me montrer ne fait que me conforter dans cet état d'esprit. »
« Merci à vous Hrungrir. » Fait Tristana avec un grand sourire. « Finalement on dirait que Poppy à raison. Tous les soldats n'ont pas une épée à la place du cerveau ! »
Elle éclate de rire une nouvelle fois ce qui détend l'atmosphère. On dirait qu'ils sont bons vivants et c'est agréable au milieu de tous ces déballages politiques où la moindre parole malheureuse peut avoir des conséquences inattendues. Il y a échange de boutades et autres légèretés pendant plusieurs minutes quand finalement la discussion prend une tournure inattendue.
« Oh ! Nous parlons, nous parlons mais vous avez peut-être d'autre obligations à respecter Hrungrir ? » Demande Teemo. « Nous ne devrions pas vous retenir. »
« Attendez. » Je demande d'une voix étonnée. « Nous en restons là ? » Je marque une pause. « Nous ne parlons pas de la possibilité d'être convoqué pour les matchs officiels ? »
« Ce n'est pas la peine. » Assure la canonnière avec un grand sourire. « Nous savons nous défendre par nous même. »
« Mais si vous voulez nous aider alors nous acceptons avec joie. » Éclaircit le scout. « Quoique si vous voulez nous rendre visite simplement pour boire un coup où manger un bon repas alors ne vous gênez pas ! » Ajoute-t-il au bout d'une seconde avec une expression goguenarde.
Dire que je suis pris au dépourvu serait un euphémisme. Ils sont sûrs d'eux dans ce qu'ils viennent de me dire et je ne vois pas de raison de les contredire. Non ce qui me laisse le plus étonné c'est la confiance qu'ils me portent déjà alors qu'ils ne me connaissent que depuis moins d'une heure. Je reste sans réagir l'espace d'un instant avant d'acquiescer. Ils me répondent par un sourire encore plus large.
Tandis que je quitte la pièce d'un pas chaloupé à cause du manque de place je reste à moitié plongé dans mes réflexions. Je ne sais pas quoi penser de tout ça. Je ne crains pas pour leur sécurité. Ils m'ont prouvés leur valeur en temps que combattants mais ce qui reste assez déroutant c'est leur faculté de passer de l'humeur bon enfant quand tout va bien à un espèce de détachement résolu de guerrier en moins d'une seconde. C'est en entendant la porte se refermer dans mon dos que je décide de mettre tout cela de côté pour plus tard. Je vais avoir beaucoup à réfléchir quand cette journée se terminera.
« C'est une bonne personne en fin de compte. » Avoue Tristana, guillerette.
« Oui c'est vrai. » Confirme Teemo. « Quand ils ont dit qu'il était avant aux ordres de la Sorcière de Glace je croyais voir un tueur sadique et sans cœur. »
« Peut-être qu'il aurait pu le devenir vu comment tu l'as accueilli ! » Rigole la canonnière.
« Tu es encore la dessus... » Soupire le scout.
Je n'ai pas fait un pas vers ma prochaine destination qu'un Invocateur que je ne connais pas m'interpelle. Il ne se découvre pas et je ne vois pas son visage mais ça ne change pas grand chose à la situation. Il reste mon supérieur en ces murs. Je m'incline avec respect alors qu'il arrive à mon niveau en s'adressant à moi d'une voix ferme et autoritaire.
« Hrungrir, Héraut des Glaces, je viens vous informer que votre rencontre avec les deux représentants de Bilgewater devra être reportée. » Devinant ma surprise il n'attend pas pour expliquer. « Nous sommes au regret de constater que Sarah Fortune et Gangplank n'ont pas été capable de se contrôler et se sont battu au sein de l'Institut. Ils sont donc été renvoyés chez eux. »
« Pouvez-vous me dire quel est la raison de cet affrontement Invocateur ? » Je demande poliment en relevant surtout le ''n'ont pas été capable de se contrôler''.
« Ces deux Champions se haïssent depuis qu'ils se connaissent ou presque. » M'informe -t-il, évasif. « Nous leur avons demandés de ne pas se battre entre nos murs mais ils n'ont pas su le faire. »
« Je vois... » Je laisse une seconde de silence passer. « Puis-je vous informer que je ne désire pas m'allier à eux dans le cadre des matchs de l'Institut de la Guerre dans ce cas? »
« Si c'est votre choix, Héraut des Glaces. » Répond-t-il simplement. « Serait-il possible d'en connaître la raison ? »
« Bien sûr. » Je déclare calmement. « Je ne souhaite pas prendre parti pour une cité si ces représentants ne sont pas en accord ni même savent se contrôler. »
« Très bien. » Conclu le magicien. « Je transmettrais votre décision au conseil et aux deux représentants de Bilgewater. » Il s'éloigne de moi d'un pas décidé avant de terminer notre échange. « Continuez votre activité Hrungrir. »
Son ton est sec et impérieux. Je viens de probablement rencontrer le plus pédant des membres de cet Institut. Lorsqu'il se retourne je vois le symbole du clan de Ashe brodé sur son habit ce qui explique son attitude. Personnellement je lui reproche davantage son manque de contrôle que sa façon de s'exprimer. Car qui ne serait pas en colère devant l'un des responsables de la mort de la personne à qui l'on a juré fidélité.
« Votre reine était une des personnes les plus respectables et les plus compétentes que j'ai pu rencontrer Invocateur. » Il se fige dans son mouvement en m'entendant. « Je regrette amèrement de l'avoir menée à l'échafaud. »
« Gardez vos histoires pour les idiots qui veulent les écouter Hrungrir ! » Enrage-t-il à mon encontre. « Vous et cette maudite Sorcière avez assassiné la reine que je servais et appréciais alors taisez-vous ! »
Il s'en va, furieux, d'un pas qui a perdu toute sa retenue et son flegme. Peut-être n'était-ce pas le meilleur moment d'aborder ce sujet. Pourtant je sais que j'ai bien fait. Je n'ai pas menti en disant que je déplore la décision de prendre la vie de l'ancienne chef de clan. Tout cela est peut-être tombé dans l'oreille d'un sourd mais il fallait que je fasse. La vérité est aussi une manière de traiter avec dignité une personne.
Je me retourne pour aller en direction de la porte qui mène à la délégation de Shurima. En la touchant je sens qu'elle est brûlante comme si elle se trouvait en plein soleil. Ce qui n'a rien d'étonnant quand je repense à ce que je sais de Taliyah. Je me prépare à arriver dans un environnement aride car la chaleur reste pour moi une source de gêne. Poussant avec plus de force que pour les autres je vois le paysage changer une fois de plus.
Je me trouve dans une ville en bordure du désert et du sable bloquait l'entrée ce qui explique mon besoin d'utiliser plus de force mais c'est bien là le problème. Cette ville est abandonnée et on dirait bien qu'elle a été ravagé par un cataclysme il y a des siècles si j'en juge l'état des bâtiments. Sans compter qu'une tempête de sable approche à l'horizon. Si elle se comporte comme les blizzards de Freljord alors dans moins d'une heure il faudra que je trouve un abri.
En tournant la tête dans l'autre sens je remarque le centre la ville est encore plus étrange. Premièrement il est en bien meilleur état que ce qui l'entoure et en son centre se trouve l'une des architectures les plus insolites que j'ai pu admirer.
Au dessus de quatre arcs de pierres taillés en quart de cercle se trouve un gigantesque disque, qui semble taillé dans un seule bloc d'or, décoré d'un motif qui me fait penser à l'œil unique des Veilleurs. En dessous de ces arcs, taillée apparemment à même la roche, se dresse une cité sous laquelle une grande ouverture circulaire laisse s'écouler un torrent.
Cette construction est relié par deux ponts, diamétralement opposé, à la vaste vallée très encaissée qui l'entoure. La totalité des bordures de cette vallée sont recouvertes d'eau ce qui forme une gigantesque cascade ronde. Près du précipice se détache des obélisque de roche grossièrement taillées disposées de manière symétrique tout autour de la cité.
Deux grandes bandes de terrain avancent, sans pour autant se rejoindre, en direction de la ville centrale. Elles sont recouvertes de plusieurs contingents de soldats en rang bien que ce ne soit pas le plus surprenant. Étrangement ces guerriers semblent être constitués de sable. J'en ai d'ailleurs la confirmation quand plusieurs d'entre eux s'éparpillent pour que finalement leurs substances se regroupent pour former un pont de sable brut qui me mène directement à l'édifice principal.
Je traverse le gouffre sans trop me poser de question. Si une personne parvient à créer une armée de plusieurs milliers de soldats avec une chose aussi friable que du sable alors un pont n'est pas un problème. Une fois parvenu au plateau sous le disque je me retrouve face à mes deux interlocuteurs d'auparavant. Il y a en un troisième qui se situe sur un trône un peu plus loin.
« Shurima vous accueille en son sein Héraut des Glaces. » Déclare le géant à tête de chacal. « Cependant avant de rencontrer son souverain vous devez laisser vos lames. »
« Merci à vous. » Je vois une grimace de mécontentement apparaître furtivement sur le visage de Taliyah à l'entente du mot ''souverain''. « Pourtant je crains qu'il y ait un problème quand à mon armement. » Il me fixe avec un regard patient. « Ces deux armes et moi nous partageons une liaison symbiotique. Elle ne peuvent s'éloigner de moi. »
Autant le dire : c'est un mensonge éhonté. Car je peux très bien en poser une sur le sol et la laisser là plusieurs siècles sans pour autant que cela pose de problème en soi. Mais eux n'en savent rien et je ne suis pas assez fou pour rencontrer une personne dont j'ignore tout sans aucun moyen de me défendre surtout quand je repense à ce qu'il s'est passé entre la Tisseuse de pierres et moi lors de notre première rencontre.
Pour appuyer mes dire je saisis l'une d'entre elle et je la lance dans le vide. Il ne se passe rien pendant une dizaine de seconde avant qu'elle ne revienne en sifflant se placer dans ma main avec la précision d'un oiseau de proie qui chasse. Levant un sourcil amusé, le gardien à tête de chacal reste sans autre réaction tandis que Taliyah sourit de manière forcée. C'est alors qu'une voix forte résonne dans leur dos.
« Laissez le avancer Nasus. » Ordonne cette personne. « Il n'y a nul danger pour ma personne. »
Il s'écarte avant de faire un geste pour m'inciter à passer devant. Je m'exécute en remarquant que mon ancienne adversaire suit le pas. En m'approchant je peux enfin voir le seigneur de cet endroit et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il est tout autant insolite que ce sur quoi il règne.
Il doit aussi être un hybride d'homme et d'animal, probablement un faucon, si j'en juge à sa physiologie et à son armure couleur or qui recouvre la quasi intégralité de son corps. À sa droite, lévitant, il y a un sceptre qui ressemble à une lance dont la double pointe flotte toute seule. Il est assis dans un trône d'or et de marbre richement décoré qui semble cependant avoir érodé par le sable du dessert. Ce n'est que lorsque nous sommes face à lui que le dénommé Nasus prend la parole.
« Le souverain Ascendant de Shurima. » Déclare-t-il. « Azir ! »
Pour compléter sa tirade il s'agenouille avec respect, sa canne de combat bien droite. Je l'imite alors que Taliyah ne fait que s'incliner légèrement. Un instant de silence plus tard il nous incite à nous relever. Sa voix est aussi étrange que celle de son gardien. On dirait qu'elle ne vient pas de leurs bouches mais de quelque part au fond de leurs gorges. Bien que pour le roi je ne vois pas ses lèvres bouger du tout.
« En mon nom je vous accueille dans notre glorieuse cité. » Il se lève de son siège royal. « Rare sont les voyageurs du Grand Nord qui s'aventurent jusqu'à nous. » Saisissant son sceptre il se rapproche d'un pas. « J'avoue une certaine curiosité à votre égard. »
« Nous nous rencontrons dans le but de faire plus ample connaissance. » Je réponds poliment. « Votre gardien et vous êtes les êtres les plus atypiques qu'il m'ait été donné de rencontrer. L'intérêt que vous me portez est partagé. »
Je vois un rictus se former sur les traits de la jeune géomancienne à mes côtés. Elle ne semble pas apprécié la politesse que j'affiche envers cet ''homme''. Il est maintenant clair qu'elle ne le reconnaît en rien comme son roi et je pense comprendre un peu plus sa manière de réagir, excessive pour le moins, lorsque je suis arrivé à Rakelstake. Peut-être est-ce un tyran que j'ai devant moi.
« En temps qu'hôte, la politesse veux que je commence les présentations. » Statue le souverain. « Comme vous le savez d'ores et déjà mon nom est Azir. Je suis le roi de Shurima. Mon royaume s'étend de la côte occidentale jusqu'au aux montagnes de l'Est et du Nord. »
« Je m'appelle Hrungrir. J'ai été autrefois le commandant en chef de l'armée de celle qui se nomme ''la Sorcière de Glace'' mais suite à une trahison de sa part nos chemins se sont séparés. Désormais je suis indépendant. »
« Nasus m'a bien des fois fait état de la guerre qui déchirait les terres boréales glacées. » Dit-il d'une voix neutre. « Ainsi donc vous étiez celui qui menait son armée quand elle a uni les trois royaumes ? »
« C'est cela majesté. » J'acquiesce sur le ton de la conversation. « Par la suite sa manière de diriger m'est devenu insupportable. Ce qui nous a amené à rompre tous liens. »
« Je me range à ce choix, Héraut des Glaces. » Déclare-t-il avec assurance. « Un régent qui ne sait pas accorder pitié à un peuple vaincu ne mérite à aucun moment son pouvoir. »
Passé le jugement de valeur je trouve sa réflexion enfantine. Peut-être n'est-il roi que depuis peu. En tout cas ce qui est sûr c'est qu'il n'est pas un despote. Il n'en a pas le comportement ni les mimiques ou alors il n'en a pas conscience d'en être un. En revanche sa réponse déclenche une réaction quasi-instantanée de ma voisine de gauche.
« Vous pouvez parler Azir ! » Clame Taliyah en nous interrompant grossièrement. « Vous avez tués des dizaines de milliers de personnes ici par votre arrogance ! » Il y a une colère presque haineuse dans sa voix. « La terre hurle encore de leurs souffrances ! »
Il y a un silence de mort qui s'abat sur nous quatre. Le regard assassin de la jeune fille est braqué directement sur l'empereur qui le soutient sans ciller tandis que dans mon dos j'entends Nasus qui change imperceptiblement de position pourtant je ne sens pas d'agressivité dans sa démarche. On dirait que ces échanges houleux sont monnaie courante entre eux et qu'il doit les retenir d'en venir aux mains. Quand à moi je suis intrigué de son affirmation qui non seulement explique son aversion pour les oppresseurs mais aussi le fait qu'il n'y ait personne ici hormis eux trois.
« De quoi vous accuse Taliyah majesté ? » Je demande respectueusement.
« Il y a des millénaires de cela... » Commence Azir après plusieurs secondes sans répondre. « Alors que j'étais encore mortel j'ai demandé à un ami, un homme qui avait toute ma confiance, de préparer un rituel qui devait me permettre de faire rayonner la gloire de mon royaume sur tout ce monde... » Je le vois crisper sa prise sur son sceptre alors que la pointe semble crépiter d'énergie. « Il m'a trahi et l'a perverti... » Le sol sous son symbole de pouvoir se fissure sous la pression qu'il exerce avec. « Détruisant tout autour de lui et s'appropriant le pouvoir qui devait être mien. »
J'ai l'impression d'entendre une histoire vieille comme le monde. Cependant je sens qu'il me cache quelque chose. Non pas que cela me dérange. Seul un imbécile raconte la vérité et toute la vérité à des inconnus sans aucunes précautions. Il reprend la parole. Sa voix est froide mais montre une véritable volonté.
« Mais désormais je parcoure de nouveau ces terres et je jure que son crime ne restera pas impuni ! » Déclare l'empereur.
« Tous ça ce ne sont que des belles paroles ! » Objecte la Tisseuse de pierre qui était restée, jusqu'ici, étonnamment silencieuse. « Xerath parcoure le désert en tuant avec allégresse quiconque s'oppose à lui alors que vous, vous vous cachez derrière votre trône ! »
« Tu es une enfant de Shurima, jeune fille, et en temps que telle tu as le droit à la parole. » Dit Azir d'une voix glaciale. « N'oublie pas pour autant le respect que tu dois à ton empereur. »
« Notre peuple à survécu plus de trois millénaires sans vous Azir ! » Rétorque la jeune fille sans faiblir. « Nous n'avions et nous n'avons toujours pas besoin de vous ! »
« Silence ! » Ordonne le roi en faisant apparaître deux soldats de sable près de lui d'un geste menaçant.
Je vois les deux golems avancer vers la jeune fille qui arrache plusieurs pierres au sol pour se défendre. Posant mes mains sur la garde de mes lames jumelles je libère une vague d'air gelé qui oblige les deux belligérants à tourner leur attention vers moi. C'est finalement Nasus qui met fin à cet échange silencieux mais néanmoins révélateur.
« Reprenez-vous mon empereur. » Lui dit-il d'une voix calme et posée. « Vous êtes en présence de votre invité. »
Pendant un court moment la situation semble en suspens puis finalement il se détend et se redresse. Ses deux guerriers font de même alors que la jeune magicienne croise les bras l'air horriblement contente d'elle. C'est lui qui prend la parole pour reprendre la conversation.
« Vous avez raison Nasus. » Avoue-t-il en congédiant ses créations avant de se tourner vers moi. « Veuillez excuser mon emportement Hrungrir, Taliyah. »
La jeune magicienne laisse les éclats retrouver leurs place et je retire mes mains de mes épées dans le même temps. L'atmosphère s'allège tandis que je constante que ce gardien à tête de chacal est bel et bien le seul à pouvoir maîtriser ces deux là quand la situation dégénère. Ce qui me fait penser que c'est lui le plus instruit de tous et de loin le moins manipulable. Preuve, si l'en est besoin, qu'il a attendu le moment importun pour placer la phrase, savamment choisie, qui a calmé Azir.
Taliyah arbore un sourire mesquin, pour m'avoir montrée ce qu'est vraiment cet empereur à ses yeux, moi je suis plongé dans mes pensées. Il y a quelque chose que je faisais souvent avec Lissandra que je voudrais tenter avec lui pour jauger sa réaction. Après quelques instants supplémentaires de réflexion je finis par prendre ma décision.
« Votre Majesté ? » Je fait poliment. Il se concentre sur moi. « Puis-je parler librement ? »
« Faites Hrungrir. » Répond Azir après plusieurs secondes de silence. « Je vous écoute. »
« A mon humble avis... » Je commence d'une voix neutre. « Je pense qu'il vous faut, avec Taliyah, travailler à un moyen d'assurer une transition. » Je marque une pause. « Vous êtes roi de plein droit cependant vous avez été absent pendant trop longtemps pour juste réapparaître en prétendant qu'il ne se soit rien passé. »
Je vois la géomancienne sourire de plus belle en m'entendant mais il se dissipe aussi vite qu'il est venu quand elle remarque que je me tourne vers elle.
« Quand à vous, petit oiseau... » Un rictus déforme son visage en entendant comment je l'appelle. « Votre volonté de vivre indépendamment est compréhensible et défendable puisque vous avez vécu des millénaires ainsi. » Je m'arrête encore un court instant. « Mais ce n'est pas par ce que le passé est derrière vous que vous pouvez juste le repousser d'un revers de main. »
Un silence de gêne accueille mon argumentaire. Je pensais bien avoir ce genre d'impact bien que pas à ce point. L'empereur s'adresse à moi sur le ton de la conversation.
« Est-ce la une demande de critère à respecter pour nous accorder le droit de compter sur votre lame en cas d'affrontement ? » Demande Azir, perspicace.
« Ce n'est simplement qu'un point de vue majesté. » Je répond en m'inclinant. « Je comprendrais que cela paraisse compliqué. Je n'ai jamais eu à commander que des soldats. J'ignore donc beaucoup de choses sur la mailleur façon d'assurer une régence. »
« Je trouve qu'un étranger qui ignore presque tout de nous et qui le reconnais tout en nous donnant des conseils sur la manière de vivre nos vies, prend trop de libertés. » Déclare Taliyah d'un ton sec.
« Je suis en accord avec cette affirmation. » Ajoute l'empereur.
Je cache un petit sourire moqueur. C'est la première fois qu'ils sont en accord et à la réaction de Nasus c'est probablement inédit depuis qu'ils se connaissent. En me redressant je regarde Azir dans les yeux pendant une dizaine de secondes avant que finalement il ne reprenne la parole une dernière fois.
« Il semblerait que tout ait été dit. » Annonce-t-il. « Shurima vous remercie de votre visite Héraut des Glaces. »
« Merci de m'avoir reçu majesté. » Je dis avec honnêteté.
Je tourne pour repartir par où je suis venu tandis que lui s'assoie de nouveau sur son trône pour me voir m'éloigner. Ma visite à été courte mais très instructive. Je marche nonchalamment vers la sortie en me demandant à quoi ressemblerons mes prochaines rencontres.
« Sans nul doute il sait employer aussi bien les mots que l'épée. » Affirme Azir à Nasus maintenant que Taliyah est partie et qu'il est plus calme.
« Je pense que ses talents vont bien plus loin, mon roi. » Fait le gardien à tête de chacal, pensif.
« Chercherait-il à nous manipuler ? » Demande le souverain Ascendant, curieux.
« Je crois que ce qu'il vous a proposé est le reflet d'un désir cher à son cœur... » Devine l'ancien stratège. « Et pourtant il y a autre chose que je ne discerne pas... »
Fin du chapitre 23 !
Le prochain sera la troisième et dernière partie des rencontres !
A la prochaine ! :D
PS : Je viens de poster une (toute) petite surprise sur mon profil si vous êtes intéressé :)
