Le premier réveil fut rude et accompagné d'une seule envie, retrouver mon lit au Manoir. Quitter cet endroit à n'importe quel prix. Cette couche affreuse et l'humidité permanente de l'air.
Pourtant, un détail suffit à me faire changer d'avis. A rendre mon éveil moins pénible, plus agréable. Lorsque mes yeux s'étaient ouverts, la première chose que je vis fut Hermione. Paisiblement endormie, les traits détendus et une expression comme lumineuse. J'en tirais une sorte de satisfaction, dont mon égo profitait sans autre forme de procès.
En fait, cela me rendait bêtement heureux. Merlin, on croirait entendre un Poufsouffle ! Ce sourire d'idiot collé à mes lèvres et le cœur débordant de bonheur inexplicable. Si le Serpentard qui sommeillait en moi s'en voyait offenser, je ne fis rien pour y changer quoi que ce soit. Ces moments rares de répit étaient bons, et je me devais de les apprécier à leur juste valeur !
Mes mains pâles se perdirent dans la masse brune de boucles emmêlées. Je les caressai doucement, avec une tendresse non feinte et que je savais nouvelle. Il me semblait construire quelque chose, sans que je m'en rende vraiment compte. Je réalisais en cet instant à quel point j'avais changé, à quel point elle m'avait changé ! Je voyais la douceur dont j'étais capable et j'en étais encore tout étonné.
Si un vieil homme avait pu lire en moi, prédire celui que je suis maintenant ... Je lui aurais sans doute ri au nez, crus fou et aurais eu vite fait de balayer ce présage improbable. L'idiot prétentieux et bourré de préjugé n'aurait pu y croire, tout simplement !
Tout cela suffisait à mon bonheur. Ce petit rien, cette lumière belle et fragile, que je protégeai plus que tout. Ce que je construisais avec elle était ce que j'avais de plus précieux, et bien que je le savais éphémère, je pouvais bien l'oublier. Le chemin que j'empruntais, invisible et pourtant bien là, était incertain, mais je n'étais plus seul ! L'incertitude, la peur et même la douleur en était que plus supportable à mes yeux. C'était bien peu, mais cela pouvait bien me suffire !
J'embrassai le sommeil de son crâne. C'était bien chaste, mais la tendresse valait bien plus qu'une quelconque passion matinale. Un léger mouvement m'indiqua son réveil et ma main ne quitta pas ses mèches brunes. Je pouvais presque voir son brillant cerveau se mettre en marche, à grands réconforts de mécanismes compliqués. Rien n'était réellement simple avec Hermione Granger. La difficulté se cachait partout et c'était ce que j'avais compris, d'elle et de moi !
Elle se redressa péniblement et j'imaginais que je ne devais pas avoir meilleur allure au réveil, bien que mon orgueil refuse de me le laisser admettre. Encore endormie, le regard vague, le sommeil ne l'avait pas encore complètement quitté. Je dégageai son visage en coinçant une mèche derrière son oreille, faisant fi de l'ancien moi qui hurlait son désaccord. Je déposai mes lèvres sur celles de la sorcière, presque pudiquement, une manière bien à moi de la saluer.
-Bien dormi ?
-Ca allait. Dit-elle, avant de poursuivre, plus prudemment. Et toi ?
Je pris un moment avant de répondre, rassemblant cette bonne humeur que ne m'avait pas quittée :
-Bien. Merci pour hier soir ! Enfin ... Je veux dire, avec la Marque et ...
-Ne crois pas que j'ai fait ça juste parce que tu allais mal !
Elle semblait indignée, comme insultée par mes propos sans que je ne comprenne exactement pourquoi. Je m'empressai de renchérir :
-J'ai bien compris, Hermione et je l'espérai bien !
-Qu'est-ce que tu « espérais » ?
Je secouai la tête, exaspéré. C'était tout juste ce genre de dialogue de sourd qui m'énervait le plus. Inutile de surcroit.
-Que tu ne dises pas ça à la légère, juste sur un coup de tête ou pour me rassurer.
-Parce que tu penses réellement que c'est le genre de mots que l'on dit sans réfléchir ? C'est peut-être le cas de Pansy, mais ce n'est pas le mien. Dire « Je t'aime » n'est pas quelque chose que je prends à la légère, si c'est ce qui t'inquiète !
Cette fois, elle semblait furieuse. Hors d'elle. Je faisais des efforts inconsidérés pour ne pas exploser à mon tour. Pour prendre un minimum de recul sur la situation, faire preuve de calme bien que la patience ne soit pas mon fort dans ce genre de situation.
-Je le sais bien. Je ...
Mon agacement menaçait de prendre le dessus, malgré les bonnes intentions. J'inspirai un grand coup et me lançai :
-Merde ! J'en ai jamais douté, d'ailleurs. Merlin ! Si j'ai bien appris quelque chose, c'est que tu n'avais rien en commun avec Pansy.
Je me sentais autant offensé qu'Hermione. Par le simple fait qu'elle est pue penser une telle chose de moi. La tension présente dans la pièce redescendait difficilement et une apparition inattendue aida considérablement. Une sorte de spectre se dessina sur le seuil de la porte pourtant close. L'ombre bleuté de l'animal ne laissait aucun doute quant à son origine. Un Patronus ! Je le reconnus immédiatement, et son possesseur s'imposa sans attendre à mon esprit.
-Professeur Rogue ...
Les mots susurrés auraient tout aussi bien être mien, puisque le même nom flottait à mes lèvres. C'était une biche qui se tenait juste devant nous et les questions pouvaient bien m'envahir ! Une voix que je reconnaissais entre toutes s'éleva dans le silence :
-Drago, Miss Granger. Je ne sais pas où vous avez trouvé refuge et n'essayez surtout pas de me le faire savoir. Au Manoir, la situation est de pire en pire ! Le Seigneur des Ténèbres puni autant qu'il peut, il sent que tout est en train de lui glisser entre les doigts. Tes parents ont fui, Drago, je ne sais comment Narcissa a réussi à convaincre ton paternel, mais ils ont disparu peu après vous. Ils ont en sécurité, tu n'as pas à te faire de soucis pour eux !
Nous échangeâmes un regard entendu, un brin inquiet aussi. Nous savions que Severus n'avait pas pris le risque d'envoyer un Patronus simplement pour donner des nouvelles aussi simplistes.
-Harry Potter a été aperçu à Près-au-Lard tard cette nuit.
La voix trainante de mon parrain marqua une pose après ces quelques mots. Comme pour nous laisser le temps d'en saisir la portée.
-Lui et Weasley ont échappé aux Mangemorts et personne ne sait où il se trouve maintenant. Des bruits courts dans le Château, même le Seigneur des Ténèbres ne peut plus l'ignorer !
Mon cœur battait jusque dans mes tempes. Le silence fut court mais sembla durer des heures. J'avais inconsciemment peur de ce que j'allais entendre. La main d'Hermione trouva la mienne et nous nous comprîmes sans un seul mot. Une terreur commune et légitime !
-Les choses bougent et ça ne sera plus très long maintenant. Je ne sais pas ce que Potter et l'Ordre prévoient, mais ça ne devrait plus tarder. Il y a de l'agitation autant ici à Poudlard qu'au Manoir et le Seigneur des Ténèbres perd peu à peu le contrôle. Quoi que vous comptiez faire et où que vous soyez tous les deux : faites attention, le danger est partout. Miss Granger, j'imagine que vous avez l'intention de prendre une fois de plus part à cette guerre ?
Ce n'était pas réellement une question, en vérité, et Hermione le savait aussi bien que moi. Un léger sourire triste se peignit sur ses lèvres et un soupir las se fit entendre avant que mon parrain ne reprenne la parole :
-Quoi qu'il se passe, ce sera bientôt, très bientôt. Potter n'a pas quitté Près-au-Lard, il est peut-être même déjà à Poudlard à l'heure qu'il est ! Il y aura un combat bientôt, ce n'est qu'une question d'heure et les deux camps s'y sont préparés. Il n'y aura qu'un vainqueur et chacun de nous sait le risque encouru. Je ne compte pas vous empêcher de faire quoi que ce soit, je souhaite simplement que vous soyez bien certain de votre choix. Poudlard sera le théâtre de tout ça, quoi que l'on puisse penser !
Les informations m'atteignaient de plein fouet, et je retenais ma respiration sans même m'en apercevoir.
-Je ne peux rien vous dire de plus. Les choses sont toujours incertaines et beaucoup dépendent de l'humeur de Seigneur des Ténèbres, ainsi que de celle de Potter. Quel que soit votre choix, je vous souhaite d'y survivre, quoi qu'il advienne !
Je n'avais jamais douté de l'intelligence du Maître des Potions, mais ses paroles touchaient un point sensible en moi. La biche semblait savoir, elle me rappelait une certaine mélancolie, un sentiment inexplicable. Je ressentais une profonde affection pour mon Parrain.
Le Patronus disparut subitement, laissant un vide immense derrière lui. Les dires de Severus résonnaient encore une fois à mes oreilles, comme s'il se trouvait en face de moi. Il n'avait jamais semblé aussi humain, aussi émotif. Et ses informations ne me quittaient pas.
Le regard de la sorcière croisa le mien et j'y lus tellement de choses. Une détermination que j'avais appris à connaître, une terreur que je ne pouvais que partager. Une Gryffondor, cela ne faisait aucun doute pour moi. Etrangement, la voire face à moi, fidèle à elle-même, me réchauffa le cœur, y créant la certitude.
C'était l'heure du choix, pour tous les deux. Une décision qui avait déjà été prise mais que l'urgence rendait atroce. Nous allions nous jeter dans la gueule du loup, sans la moindre protection. Et qui savait ce que nous trouverions une fois là-bas ? Le combat était proche, Potter n'était peut-être même pas à Poudlard. Rien n'était moins sûr ! Où nous nous rendions, le danger était partout et la Mort sans la moindre pitié. Comment ne pas douter ? Comment ne pas s'effondrer de terreur ? Il me semblait revivre ma sixième année, une angoisse perpétuelle dont je ne croyais pas voir la fin.
Mais un regard pour Hermione me rappela la chose la plus importante. Je n'étais seule ! Elle était là, à mes côtés et c'était ma seule certitude, l'unique élément dont je n'avais pas à douter. Elle demanda simplement :
-Maintenant ?
J'acquiesçai, presque mécaniquement. Et cela suffit, nous nous comprîmes en un regard. Je ramassai nos quelques affaires alors qu'elle semblait être en proie à ses propres réflexions. Je m'efforçai de laisser les miennes de côté et de me concentrer sur le reste.
Nous nous retrouvâmes face à face, une nouvelle fois. Il y avait tant de chose à se dire, à échanger encore. Me dire que tout pouvait prendre fin ainsi me déchirait le cœur, mais que pouvais-je à y faire ? Je lui faisais confiance sur toute la ligne, sur notre destination et je pouvais lui confier ma vie s'il le fallait. C'était sur cette dernière pensée que je pris sa main, après un dernier regard entendu, nous disparûmes dans un bruit sonore. Nous quittions le calme de ce taudis contre l'horreur de la guerre. Et formulé ainsi, cela semblait presque simple, léger.
Chapitre plutôt long puisque nos deux loulous vont rejoindre la guerre. Ca leur pendait au nez depuis leur départ de Manoir et même avant ça. Les choses sérieuses vont commencer !
On se rapproche doucement de la fin de l'histoire malgré tout et les prochains chapitres vont être chargés (autant pour ce qui est de l'action ou de l'émotion). J'ai pris des libertés quant au scénario original (celui du film, je parle) mais je garde les grandes lignes. Il n'y aura pas de morts supplémentaires, je préviens directement.
Voilà pour cette partie, encore 5 chapitres et cette histoire sera définitivement bouclée. La suite patiente au chaud :3 J'attends vos avis avec impatience sur ce départ, ça m'est très important ^^
Bisous les lapins ~
