Liberté d'Avenir

Disclamer : J'ai essayé d'enlever la femme d'Oda pour demander les droits de One Piece en rançon… Malheureusement, ça n'a pas marché. Donc One Piece et ses personnages originaux : pas à moi, le reste oui.

« Merci à Kisara Hamagasaki et Arménius, mes betas lectrices adorée qui font le maximum pour moi !

C'est peut être inutile de la mettre vu que à bloquer les copier/coller mais : Je n'autorise personne à reproduire cette fiction sur son blog ou autre site internet, même si il précise bien l'auteur et la provenance.

NdA : Et oui ! J'ai tenu bon et j'ai réussi à publier à un mois d'intervalle ! ^^ Bon… Faut pas se réjouir trop vite, tout peut changer… Mais le plus important c'est que le prochain chapitre est là ! En dessous ! Me reste juste à vous dire Merci. Pour les rewiews, le compteur de View qui augmente, aux nouveaux et anciens lecteurs qui ajoutent ma fic ou moi dans leurs favoris et follows.

Bonne lecture et à bientôt !

DeathGothika.


Chapitre 24 : Vengeance.

Lorkarn attendit qu'Akio rejoigne sa chambre avant de se diriger vers le balcon. Ce qu'il venait d'apprendre l'inquiétait. Si Lîn avait partagé ce genre de sentiments avec son frère et malgré l'étrangeté d'une telle relation, il l'aurait accepté. Mais la violence des émotions du prince lui faisait craindre le pire.

La chimère s'arrêta sur le balcon. Elle s'approcha vivement de la jeune femme quand elle la vit assise contre le mur et recroquevillée sur elle-même. Lîn tremblait et serrait fortement son épaule, elle était très pâle.

- Altesse ! Qu'y a-t-il ?! demanda Lorkarn en s'arrêtant devant elle.
- J'ai très mal... A l'épaule. Akio... gémit la princesse.

Lorkarn montra furtivement les dents. Le lien devait y être pour quelque chose et il ne pouvait rien faire contre ça.

- C'est de ma faute. Votre frère a voulu enfoncer votre porte. Je l'ai repoussé un peu trop fort. Pardonnez-moi, s'excusa sa chimère.

Pour toute réponse Lîn attrapa le chat pour le serrer contre elle. Elle sanglotait et n'arrivait pas à se maîtriser. Ses tremblements ne s'estompaient pas et elle serra le chat un peu plus fort par réflexe. N'arrivant plus à prononcer un seul mot, elle laissa ses pensées parler pour elle.

- Je m'en veux... de m'être énervée... de cette façon.
- Vous avez eu raison de le remettre à sa place, lui répondit l'animal en laissant sa presque fille l'étouffer si cela pouvait l'aider à se sentir mieux.
- Mais... objecta la jeune femme.
- Vous devriez aller vous coucher. Ne vous en faites pas pour lui.

Le temps passa longuement avant que Lîn ne se décide à relâcher le chat. Elle renifla une dernière fois et se concentra pour pouvoir se lever. La douleur ne la torturait plus, mais les sentiments de son frère lui vrillaient toujours le cœur et martelaient dans sa tête. Épuisée, elle s'allongea sur le lit sans prendre le temps de se déshabiller, le visage tourné vers la lune qui éclairait la pièce. Puis elle se rappela d'une chose très importante.

- Lorkarn ! Ma chemise de nuit ! Elle est...
- Dans votre salle de bain. Je l'ai récupérée, même si elle ressemble plus à un chiffon.

Un souffle d'air caressa le visage de la princesse, la chimère changeait de forme pour se retrouver dans le corps d'un petit marmouset. En quelques secondes, il avait fait l'aller-retour et posé l'habit devant le visage de la princesse. Sans attendre, Lîn plaqua le tissu contre elle et remercia mentalement sa chimère d'avoir évité le scandale. L'odeur iodé et épicé du pirate encore présente sur son habit l'enivra. Ses sanglots se tarirent et sa détermination à rejoindre le brun lui revint. Elle bascula sur le dos et fixa le plafond. Repensant à tout ce qu'il s'était passé, la jeune femme en était sûre, elle n'abandonnerait pas.


- Nous voilà !

Ace monta souplement sur le pont suivi de Thatch. Le cuisinier se massa le bas des reins.

- Ton striker n'est vraiment pas confortable, Ace.
- Je pense que c'est l'âge qui veut ça ! répondit Ace avec son sourire mutin.
- Sale gosse ! Je peux encore te mettre la fessée si j'en ai envie ! répliqua Thatch faussement vexé.

Puis ils aperçurent Marco qui, grâce à son fruit du démon, avait pris quelques heures d'avance sur eux. Ils vinrent à sa rencontre en demandant des nouvelles.

- Marco ! Alors ?
- Vous voilà, vous en avez mis du temps, dit-il dans un sourire.

Instantanément, ses compagnons surent que tout était en train de s'arranger pour Izou.

- Ce remède est extraordinaire. Plus de fièvre et Izou s'est même réveillé.
- On peut le voir ? demanda Ace.
- Il va falloir négocier avec notre infirmière préférée, répliqua Marco.
- Autant rentrer dans la cage aux lions, plaisanta le cuisinier. Aïe !

Le châtain se frotta l'arrière du crâne, à l'endroit où venait de durement le heurter le seau de l'un des mousses. Mya lui envoya un baiser face à son regard noir et rentra de nouveau dans le bateau, souriante. Elle était heureuse de les voir tous de retour sain et sauf. Thatch soupira. Pendant que ses compagnons se moquaient de lui, largement amusés. Puis Ace remarqua une chose.

- Il n'y a pas grand monde.
- Oui, la routine a déjà repris son cours. D'ailleurs si vous voulez un peu d'action, Père a quelque chose pour vous.

L'exclamation joyeuse de son ami de toujours lui répondit. Thatch hochait vivement la tête et se frottait les mains, déjà excité par ce qui se profilait à l'horizon. Ace, lui, n'écoutait déjà plus, absorbé par sa contemplation de la lune. Il se demandait déjà ce que pouvait faire Lîn. Il se sentait vraiment obsédé par elle.

- Qu'est ce que vous avez prévu tous les deux ? demanda le phénix, faisant sursauter le brun. Il lança un sourire à Marco avant de répondre.
- Je crois que je vais devoir apprendre ce qu'est la patience.
- Alors ça, ça ne peux te faire que du bien gamin ! Guararara !

Barbe Blanche émergea du bateau, une imposante bouteille de saké à la main. Il la leva vers le ciel.

- Venez donc fêter la réussite de votre mission. Ensuite, nous parlerons du reste. Je crois que nous nous sommes un peu reposés sur nos lauriers. Il y a quelques rookies auxquels nous devons apprendre la vie. Guararara !


Impossible de trouver le sommeil. La jeune femme fixait le plafond de sa chambre depuis presque cinq heures et elle n'avait pas fermé l'œil, même après s'être forcée à prendre une douche. Elle savait pourquoi elle n'arrivait pas à dormir et quand elle avait voulu y remédier, Lorkarn s'était interposé.

- Si vous lui pardonnez si vite, il ne va pas s'empêcher de recommencer.

Lorkarn avait décidé de ne pas parler à Lîn des véritables sentiments de son frère à son égard. Même en connaissant parfaitement sa presque fille, il était dur pour lui de prévoir la réaction de la jeune femme. L'incompréhension ou une réaction de fuite imminente pourrait la mettre en danger. Pour le moment, la chimère avait prévu de mettre un maximum de distance, affective ou physique, entre eux. Mais c'était mal parti, Lîn ne souhaitait qu'aller voir son frère et les éloigner l'un de l'autre deviendrait de plus en plus compliqué quand ils auront repris les missions ensemble. Sa protégée se leva de son lit sans prévenir et traversa sa chambre, ignorant les arguments de sa chimère. Elle se tourna vers lui et lui adressa un sourire.

- Reste là.

Lorkarn voulut objecter que la porte se refermait déjà.


La lumière de la chambre d'Akio était allumée, elle filtrait en un rai lumineux dans le couloir. Lîn prit une profonde inspiration et ouvrit le battant. Son frère, allongé dans son lit, sursauta et relâcha le livre qu'il tenait entre ses mains. Il tentait depuis de longues heures de s'occuper l'esprit autrement, mais sa dispute avec Lîn et la réaction de la chimère en apprenant son secret lui revenait sans cesse à l'esprit. Il cherchait désespérément à trouver ce qu'il avait fait de mal pour sa sœur. Lîn remarqua les bandes sur ses épaules, il avait pris soin de panser les marques que lui avait laissé Lorkarn. Sa jumelle fit un premier pas hésitant, puis elle soupira et se dirigea vers le lit, complètement déterminée. Akio ne bougea pas, ébahi quand elle repoussa les couvertures pour se glisser à ses côtés.

- Pousse-toi, tu prends toute la place, lui demanda la jeune femme.
- Lîn, tu...
- N'en veux pas à Lorkarn. C'est moi qui te le demande. Quant au reste, on oublie tout, mais je compte sur toi pour faire des efforts.

Akio ne répondit pas. Il se décala enfin et s'allongea à côté de sa jumelle. Face à face, Lîn enlaça ses doigts aux siens. Elle se mordilla les lèvres un instant, faisant s'interroger son frère sur les raisons de sa gène.

- Lîn ?
- Je l'ai sentie, ta blessure à l'épaule.

Akio cligna rapidement des paupières et passa sa main libre sur son cœur.

- Il y a trois mois, j'ai ressentit la douleur que tu vivais dans cette cellule.

Un début de panique atteignit son cœur. Il lui sourit et repoussa une de ses mèches de cheveux ébène derrière son oreille, geste innocent pour la rassurer. Mais maintenant qu'ils ressentaient officiellement la douleur physique, ils allaient devoir faire encore plus attention l'un à l'autre.

- Ne t'inquiète pas pour ça. A mon avis, ça n'a lieu que lors d'émotions violentes comme celles de tout à l'heure.

Le prince fronça les sourcils quand Lîn eut une grimace de douleur après quelques secondes de silence. Elle porta la main à ses lèvres et Akio compris.

- Ne me dis pas que tu viens de te mordre la langue ?
- Juste pour essayer, répondit la princesse avec un regard innocent.

Son frère leva les yeux au ciel. La princesse bougea pour s'installer plus confortablement et tenta de rester immobile. La lumière de la bougie faiblissait, elle n'allait pas tarder à s'éteindre. Mais la jeune femme ne trouvait toujours pas le sommeil.

- Je n'ai pas envie de dormir, murmura-t-elle.
- Moi non plus petite sœur, lui répondit son frère sur le même ton.
- Comment va Rika ? demanda Lîn. Pour se venger des "petite sœur" que son frère continuait à lui donner. Akio soupira, se sentant pris au piège.
- Mmhhh, Elle va bien, dit-il en fermant les yeux pour clore le sujet. S'il y avait bien une personne avec qui il ne voulait pas parler de Rika, c'était bien sa moitié.

- Tu l'aimes ? Questionna Lîn, elle ne voulait laisser tomber si facilement.
- Lîn, je ne sais pas ce que je ressens pour elle, alors ne m'embête pas avec ces futilités.
- L'amour n'est pas futile... répliqua-t-elle. Très bien, mais on en reparlera plus tard. Bonne nuit.

Sa sœur restait dormir avec lui. Il en était tellement heureux qu'Akio n'objecta pas ou ne répondit pas à sa moitié qu'il n'était pas amoureux de Rika. Akio serra brièvement sa prise sur la main de sa moitié clôturant ainsi leur échange. Il voulut passer son bras par dessus la jeune femme pour l'attirer contre son torse mais le regard rougeoyant d'une souris sur sa commode l'en dissuada.

Rageant contre la chimère, il laissa retomber son bras et quand ce fut Lîn qui se colla contre lui, il en ressentit un sentiment de victoire.

Personne ne pouvait lui prendre sa sœur.


- Akio ! Lîn n'est... Pas dans sa chambre.

Le réveil en fanfare de leur père fit sursauter les jumeaux dans le lit. Akio s'écarta rapidement de Lîn devant le roi figé par la scène et encore un peu affolé. La jeune femme lui lança un regard qui en disait long sur son humeur et utilisa l'un des oreillers pour se couvrir le visage. Akio souriait amusé, quand il remarqua que le roi était maintenant mécontent. Il passa sa main dans ses cheveux et se décida à sortir du lit.

- Que faisiez-vous ?
- Je ne vois pas ce que l'on peut faire d'autre que dormir dans un lit.

La réponse étouffée de la jeune femme leur parvint pendant qu'Akio récupérait de quoi s'habiller. Le roi repéra les pansements mais ne fit aucun commentaire, pensant que cela résultait de son combat avec le pirate.

Akio se mit à sourire en voyant son père tirer sur l'oreiller de sa sœur. Il entra dans la salle de bain laissant le battant entrouvert pour suivre la suite de la conversation. Sa sœur était vraiment innocente, lui avait fait penser à de multiples choses cette nuit, le confortant dans l'idée que la chimère ne pouvait plus lire à nouveau dans ses pensées. Il avait peu dormi car luttant contre ce qu'il ressentait et ressassant encore les paroles de Lorkarn.

- Qu'y a-t-il de si urgent, Père ? demanda Lîn en s'asseyant sur le matelas.
- Lîn, Vargas t'attend.

Akio finissait de boutonner sa chemise. Le sage attendait sa sœur ? Mais pour quoi faire ?

- Déjà... Mon nouveau poignard est prêt ?
- Je l'ai déposé dans ta chambre, répondit le roi pendant qu'Akio réintégrait la pièce.
- Et pourquoi Vargas veux te voir ? demanda le prince même s'il se doutait déjà de la réponse.
- Pour vérifier que je n'ai pas perdu la main.

Un combat... Sa sœur n'avait pas tenu d'arme depuis trois mois. Elle n'avait aucune chance.

- Akio, tu pourrais me faire confiance s'il te plaît.

La princesse avait posé sa main sur son cœur, signe qu'elle ressentait ses doutes. Il reprit la parole.

- Contre qui ?
- Yumiko, soupira son père. L'inquiétude se lisait sur ses traits.

L'ambiance de la pièce devint tout à coup glaciale. Le roi et sa fille se tournèrent vers le prince qui se calma aussitôt. Sa sœur le rassura immédiatement, malgré la boule qui venait de se former dans son estomac.

- Ça va bien se passer. Peut-être que cela nous permettra de reprendre le contact. Je vais aller me préparer. Merci de m'avoir prévenue Père.

La jeune femme se leva et passa à côté du monarque en lui caressant le bras, mais il était loin d'être rassuré. Il interrogea son fils quand Lîn eut refermé la porte.

- Vous dormez ensemble maintenant ?
- Nous nous sommes disputés hier soir. Lîn est venu crever l'abcès.
- Disputés ? C'est très rare. A quel propos ?
- Rien d'important. Mais cela nous a permis de constater que le lien nous transmet aussi la douleur.

Le roi hocha la tête. Il réfléchit rapidement mais il n'y avait rien à faire contre ce lien. Il préférait tout de même mettre en garde son fils.

- Ils vous faudra faire attention. Je compte sur toi pour ne pas réaliser une autre "prouesse" comme celle d'hier. Celle- ci pourrait à partir de maintenant avoir de plus graves conséquences pour toi et ta sœur.

La remarque du roi vexa le prince. Son père le vit bien, alors il se détourna et quitta la chambre. Akio soupira longuement, cette histoire allait le poursuivre encore longtemps.


Malgré l'assurance qu'elle avait montrée devant son père et son frère, Lîn était angoissée. Elle enfila son second gant mécaniquement en pensant à autrefois, quand Yumiko et elle truquaient le combat. Elles avaient appris par cœur les parades de l'autre, leurs permettant ainsi d'anticiper les attaques et de riposter en fonction de ce que les deux jeunes femmes avaient décidé à la base. C'est-à-dire : qui gagnerait.

- Je peux vous indiquer ses pensées si vous le souhaitez, proposa la chimère.
- Surtout pas Lorkarn. Tu me perturberais encore plus et je ne me concentrerais pas assez sur le duel. De plus, je ne me rendrais pas réellement compte de mon niveau.

Lorkarn se leva du lit sur lequel il était installé, approuvant mentalement cette décision. Lîn le fixa longuement. Il était rare que Lorkarn prenne sa forme de panthère au palais. Il préférait largement celle du chat, bien moins encombrante. Captant sa remarque, la chimère bailla longuement en s'étirant, comme si la situation était normale.

- Juste envie de changer.

La princesse haussa les épaules. Elle s'observa à nouveau dans le miroir. Elle avait opté pour le short et les bottes hautes, lui permettant ainsi d'y glisser son poignard. Son débardeur moulant ne la gênerait pas dans ses mouvements, sa cape complétait le tout, elle glissa sa dague d'argent dans l'étui dissimulé à l'intérieur de la doublure.

- Vous avez bien dormi ?
- Oui, pas beaucoup mais bien. Je devrais dormir avec Akio plus souvent, plaisanta la jeune femme.

Lorkarn montra les dents mais rabattit bien vite les babines avant que Lîn ne puisse le voir. Il se rappela au même instant qu'Ace avait fait remarquer à la jeune femme l'attitude d'Akio. Peut-être qu'elle comprendrait à son tour les véritables sentiments dissimulés par l'attitude du prince. La chimère se trouvait un peu stupide de ne pas avoir vu ce que "gringalet" n'avait mis que quelques minutes à entrevoir.

Le son d'une caresse le sortit de ses pensées. Lîn passait le bout de ses doigts sur le couvercle d'un coffret en bois noir laqué posé sur sa coiffeuse. Elle en sortit son nouveau poignard de granit qu'elle avait demandé au conseil la veille. Son caprice avait amusé ou déplu selon les sages. Elle le souleva et le fit tourner autour de sa main rapidement et avec adresse. Sa phrase fétiche y était toujours inscrite, seul les spirales sur le manche avait disparut. Elle avait demandé d'y faire graver des flammes rougeoyantes, représentant Akio et Ace. Lîn se sentait un peu stupide d'avoir autant de sentimentalité.

La jeune femme secoua la tête et attacha sa lame dans sa botte. Elle repoussa sa cape, dévoilant son tatouage, il faudra qu'elle le fasse modifier plus tard, il était vraiment trop reconnaissable. Elle tourna une fois sur elle-même.

- Alors ?
- Vous voir dans cette tenue ne m'a pas manqué, grommela la chimère. Altesse, vous ne devriez pas prendre tout cela à la légère... Yumiko ne plaisantera pas.

Sa presque fille retrouva son sérieux, une légère rougeur aux joues de s'être fait reprendre par son protecteur. Elle attrapa ses cheveux pour les attacher en une queue haute en pensant à Yumiko. Elle espérait vraiment que tout s'arrangerait après ce duel. Elle posa ses mains sur la coiffeuse, ferma les yeux et pris une profonde inspiration. Quand elle les rouvrit, le miroir lui renvoya un regard dénué de toute émotion.

- Allons-y.


Yumiko trépignait d'impatience. Quand Vargas lui avait demandé d'être l'adversaire de Lîn, elle avait remercié un dieu en lequel elle ne croyait pas. La princesse n'avait aucune chance. Elle tira son poignard de son étui, elle joua avec un instant sous le regard de Vargas. La porte de la salle d'entraînement s'ouvrit, laissant entrer Lîn. Lorkarn devait rester à l'extérieur. Akio, sur la demande de Lîn, était allé voir Tirésias, le seul capable de bloquer plus ou moins le lien. Il n'avait pas objecté, ne voulant pas perturber sa moitié.

La salle était presque comme avant le combat, hormis le mur détruit caché par une tenture noire, le reste avait été totalement déblayé. Les lourds stores d'acier avaient été abaissés, la salle était éclairée par trois chandeliers qui entouraient la zone de combat de forme triangulaire. Lîn salua le sage maître d'arme et Yumiko. Si Vargas lui répondit d'un signe de tête, la brune avait le regard d'un fauve devant son jouet.

- Altesse. Êtes-vous prête ? demanda le sage.
- Oui Vargas.

La jeune femme dégaina sa dague d'argent et retira sa cape, Yumiko ne portait que sa combinaison, inutile de s'encombrer avec son habit.

- En trois coups, imposa le maître d'arme.

Trois coups, soit trois blessures à infliger à son adversaire. Lîn hocha la tête et se mit en position. Son ex-meilleure amie en fit de même, un sourire carnassier aux lèvres. Vargas donna le signal, les deux jeunes femmes n'attendirent pas plus longtemps et se jetèrent l'une sur l'autre. Lîn piqua sa dague en avant et Yumiko, reconnaissant immédiatement la posture de la princesse, l'intercepta. La brune sortit son autre lame qu'elle avait accrochée à sa ceinture et en profita pour entailler profondément l'avant bras de la princesse. Elle sauta de côté pour s'écarter de quelques mètres. Lîn poussa un gémissement et serra son bras, l'entaille était profonde. Jamais durant les entrainements au combat elle n'avait été blessée ainsi. Elle perdait déjà beaucoup trop de sang.

Yumiko jubilait, puis elle ressentit un picotement sur le dos de sa main. Elle fixa la légère estafilade qui lui barrait la peau. Quelques gouttes carmin s'écoulaient sur le sol. Lîn avait l'air de vouloir quand même jouer... Yumiko sentait que ce combat allait être intéressant.


- Prince, essayez de vous détendre. Je ne peux pas vous aider si vous continuez ainsi.
- Pardonnez-moi Tirésias.

Le sage maître de l'esprit lui fit un signe de main. Akio s'affala dans le fauteuil du salon du vieil homme. Tirésias tentait de contrer le lien qui unissait Akio à sa sœur, mais l'agitation du prince ne l'aidait en rien.

- Une double douleur, l'une forte, l'autre faible. Les deux participantes sont blessées.

Akio grommela une réponse que ne comprit pas le sage. Le brun se cala au fond de son siège en croisant les bras, comme un enfant boudeur. Il soupira bruyamment et se concentra sur les ondes qui émanaient de l'aveugle.

- Les sentiments que vous ressentez pour votre sœur vous perturbent.
- De quoi parlez-vous ?
- Inutile de nier prince, l'amour que vous portez à Lîn est viscéral. Il vous désespère et vous comble de joie à la fois.

Le prince crispa la mâchoire, Tirésias leva la tête vers le plafond. Ses appartements étaient au sous-sol. Il avait vécu ainsi de longues années dans le noir, obligeant son cerveau à développer son don extra sensoriel. Les bougies ne s'allumaient maintenant que pour les visiteurs.

- Comment... Mais le vieux sage l'interrompit.
- Une autre douleur mon prince. Impossible de savoir de qui elle provient. Les auras sont trop mêlées.

Akio soupira, le sage prenait sûrement le désir qu'il éprouvait pour sa moitié comme l'amour protecteur d'un frère. Ce serait le comble qu'en moins de vingt-quatre heures, deux êtres apprennent son secret.

- C'est intéressant. Peut-être ce lien serait responsable de vos sentiments ? Cette jalousie, cette envie de la protéger et de la garder près de vous.

Devant les nombreux scénarios qui s'établirent dans son esprit, le prince préféra garder le silence. Akio s'attendait aux mêmes remarques que Lorkarn. Peut-être que le conseil déciderait de le séparer de sa jumelle, le croyant fou. Aussi, les paroles du maître de l'esprit l'étonnèrent dans un premier temps.

- Je me demande ce que pourrait transmettre à leurs enfants deux parents possédant le lien que vous avez avec la princesse. Peut-être un pouvoir encore plus fort, ressentir et anticiper les réactions d'autrui.

Akio écarquilla les yeux, le sage l'encourageait. Même si c'était évident qu'il faisait ça pour la curiosité de ce lien qui reliait son âme à celle de sa moitié. L'idée du sage le révolta.

- Comment osez-vous envisager une telle chose ! Vous devriez plutôt m'aider à étouffer ce que je ressens pour elle ! hurla-t-il en se levant brusquement de son siège.
- Faire ça nuirait à vos capacités. Mais ne tenez pas compte d'une hypothèse comme la mienne. Un mélange consanguin serait peut-être plus néfaste, répondit calmement le vieil homme. Concernant le reste, je vous invite à méditer pour analyser vos sentiments. Cela apaisera votre cœur et rééquilibrera votre corps, proposa-t-il en fermant ses yeux aveugles.

L'idée horrible que venait de lui donner le sage révoltait le prince. Toutefois, tant qu'il n'avouerait rien à Lîn et qu'il ne connaîtrait pas les sentiments de sa moitié, l'espoir subsistait qu'un jour ce rêve se réalise.


Lîn faiblissait. L'entaille sur sa cuisse la faisait boiter et lui avait fait perdre en rapidité. Elle passa son avant-bras par réflexe sur son front pour essuyer la sueur mais elle étala son propre sang sur son visage. Même si son bras ne saignait plus aussi abondamment et qu'elle avait l'endurance nécessaire contre la douleur, la princesse était complètement perdue face au nouveau style de combat de Yumiko. Beaucoup plus agressive et sournoise, elle n'avait pas hésité à utiliser les connaissances que Lîn avait d'elle, lui faisant croire que telle position annonçait telle attaque. La brune feintait au dernier moment, empêchant la jeune femme d'anticiper alors que Yumiko, elle, n'avait aucun problème à deviner les parades de la princesse.

Vargas était très mécontent. Yumiko blessait trop sévèrement la princesse. Les larges coupures que la brune lui avait infligées devraient nécessiter des points. Lîn ne pourrait commencer de mission immédiatement comme l'avait prévu le conseil. Il serra un peu fort ses bras croisés sur sa large poitrine. Il allait devoir en parler au conseil. Ce qu'il craignait était en train d'avoir lieu. Yumiko perdait le contrôle d'elle-même. Elle leur avait déjà ramené la tête de Takashi et il se demandait quelle serait la prochaine étape. Le sage jeta un regard furtif vers un coin sombre de la salle. Le masque de Duke se révéla un instant avant de disparaître à nouveau. Il avait tenu à assister à la séance, sûrement pour lui aussi observer la brune.

Les deux jeunes femmes tournaient en rond face à face, du moins Lîn essayait de suivre le rythme que lui imposait son ex meilleur amie. Yumiko porta sa main à sa bouche pour en lécher les vestiges de son sang. Elle avait largement l'avantage. Lîn faiblissait à vu d'œil, il ne lui resterait plus qu'à l'achever, véritablement. Un coup "accidentel" dans la carotide et c'en serait fini de cette traîtresse.

Encore une attaque de front de la part de la brune aux yeux de glace. Lîn prit un début d'élan et plongea subitement les deux pieds en avant pour glisser sur le carrelage, Yumiko l'évita en sautant mais la lame pénétra son mollet. Elle fit une roulade et se repositionna. La blessure était légère, Lîn faisait preuve de pitié... Alors Yumiko n'en aurait pas.

L'attaque directe n'était plus une option envisageable pour Lîn, la trop grande perte de sang l'affaiblissait. Sa vue se brouillait, elle n'arrivait pas à reprendre sa respiration. La lumière des bougies bien que faible lui brûlait les rétines. Lîn eut brusquement une illumination. Elle jeta un rapide coup d'œil vers les trois candélabres qui retenait les chandelles. Sans attendre, elle se dirigea vers le plus proche et le fit basculer au sol d'un coup de pied. Il se renversa dans un bruit assourdissant la cire fondue éteignit les flammes. Yumiko grinça des dents et s'immobilisa. Lîn en profita pour faire tomber le deuxième. Le dernier était derrière la brune. Bien trop loin d'elle.

- Qu'est-ce que tu fabriques ? Tu veux mettre le feu pour faire diversion ? Ce que tu peux être stupide...

La princesse ne voyait plus qu'une solution. Trancher les bougies, mais elle serait alors désarmée car trop lente pour dégainer son poignard et ne pourrait parer l'attaque de la brune qui profiterait sûrement de ce moment.

Le temps qu'elle réfléchisse à tout cela, l'assassin s'était une nouvelle fois élancé. Lîn para difficilement, elle tourna sur elle-même et réussit à enfoncer son coude dans le sternum de Yumiko, lui coupant la respiration. Elle enchaîna en lançant sa dague sur les bougies, les tranchants nets. Les tronçons tombèrent au sol et s'éteignirent.

- A quoi tu joues ?! s'écria Yumiko.

Puis, la brune se figea d'horreur. Plus rien, elle ne voyait plus rien. Le noir était tout autour d'elle et elle ne savait pas ce qu'il contenait. Ses cauchemars revenaient au galop, prenaient le dessus sur ses autres sens. Elle sentait l'aura de Vargas qui n'avait pas bougé, la rassurant un peu, mais pas suffisamment pour qu'elle garde son calme.

Lîn avait reculé de quelques pas. Elle maîtrisait son souffle et se concentrait sur l'énergie que dégageait Yumiko. Si la lumière avait été présente, Lîn aurait pu voir en plus le sourire approbateur de son maître. Vargas était fier que la princesse ait retenu ses vieux conseils. Foncer dans le tas ne servait à rien, il fallait parfois utiliser son environnement et les points faibles de son adversaire.

- Lîn ! Où tu te caches sale garce ?!

Rien pas de réponse, pas de bruit de pas. Puis vint la douleur. La coupure sur l'épaule de Yumiko la réveilla. Elle tourna sur elle-même tenant son arme en avant. Elle sentit un choc. Elle avait touché quelque chose. Puis la voix grave de Dukes résonna devant elle, la surprenant d'autant plus.

- Vargas, peux-tu ouvrir les volets s'il te plaît ?

Le maître de la dissimulation se trouvait dans la pièce ? Ses yeux s'accoutumèrent à la lumière grandissante, elle put distinguer devant elle Dukes qui soutenait la princesse. Le masque du sage était ébréché au niveau du menton, dévoilant une peau pâle et une barbe naissante. C'était lui que la brune avait touché. La colère la submergea.

- Vous êtes intervenu ! Vous n'aviez pas le droit.
- Lîn t'avait déjà porté le coup final. Félicitations Altesse. Vous êtes le vainqueur, vous pouvez donc reprendre les missions.

Mais Lîn ne réagit pas à cette nouvelle. Elle jeta un regard plein de compassion sur Yumiko. L'assassin allait devoir subir la sentence des perdants. Vargas apaisa la princesse en quelques paroles.

- Yumiko, tu peux disposer.
- Hors de question ! Le combat n'est pas fini, je ne peux pas perdre!
- Yumiko ! Je te conseille de t'en tenir là, ou tu seras véritablement punie !

Dukes approuva d'un signe de tête les dires de Vargas. Lîn priait silencieusement pour que Yumiko n'insiste pas. La brune poussa un cri de rage et en quelques secondes disparut de la pièce. Lîn poussa un soupir soulagé. Le bras de Dukes la relâcha sans prévenir et elle manqua de tomber à genoux mais se ressaisit à temps.

- C'était une très bonne idée altesse. Voulez-vous que je vous accompagne chez Paracelse ?
- Lorkarn va venir avec moi. Merci de votre aide maître Dukes.

Le sage hocha la tête et regarda la jeune femme se diriger vers sa chimère qui venait d'entrer dans la pièce. Dukes attendit qu'ils soient sortis pour parler à Vargas.

- Que penses-tu de tout cela ?
- Yumiko est devenu intenable. Je crains que nous ne devions intervenir. Il faut réunir le conseil.


- Alors tu ne veux rien faire ?! s'énerva Vargas.
- A quoi bon... Et puis sa haine permanente en fait un bon élément. Elle ne se pose plus de questions, analysa Eléa.
- Elle aurait pu tuer la princesse, même avec notre intervention, signala Dukes.
- Eh bien il n'aurait pas fallu choisir Yumiko pour ce test, répliqua la dirigeante du conseil.

Le silence s'installa pendant que Vargas défiait Eléa du regard. Dukes reprit son immobilité habituelle. Paracelse réfléchissait tout comme Tirésias qui passait distraitement ses doigts sur son menton. Ordalie reprit la discussion.

- Voyons voir ce qu'il va se passer.
- Ce serait drôle qu'elle s'en prenne à toi, prononça sans aucun humour Paracelse.

L'ambiance lourde monta d'un cran. Tirésias frappa quelques légers coups sur la table et l'attention se tourna immédiatement vers lui.

- Je pense qu'il vaut mieux nous laisser un délai pour voir comment évolue Yumiko.

L'ensemble du conseil approuva d'un signe de tête sauf Dukes qui n'était pas persuadé que c'était une bonne solution.

- Très bien, conclut Eléa. Nous déciderons par la suite. Vous pouvez disposer.


Rika tournait en rond dans le palais. Cela faisait deux semaines que Lîn était de nouveau elle-même et Akio avait repris de plus belle son rôle de frère protecteur. Mais étrangement, il passait aussi la voir plus souvent. Elle était heureuse dans ces cas-là. Même si malgré leur « corps à corps», il lui faisait continuellement penser qu'elle n'était qu'une amie, elle s'était décidée à lui prouver rapidement le contraire.

La blonde soupira bruyamment. Elle se dirigea vers sa chambre et se jeta sur son lit. Elle passa ses bras croisés derrière sa tête. Les jumeaux étaient partis en mission six jours plus tôt, après avoir eu la confirmation par Paracelse que la princesse pouvait reprendre son "travail". Donc personne dans leur chambre, surtout dans celle du prince.

Son obsession pour l'assassin ne quittait pas la jeune femme, mais jamais elle n'était entrée par effraction dans sa chambre. D'un bond elle sauta hors de son lit et se dirigea dans sa salle de bain. Akio, quand il était plus jeune, lui avait montré les passages. C'était ainsi qu'elle avait découvert la fuite de Lîn, en sortant du couloir secret qui donnait dans le jardin.

Si le prince et la princesse n'avaient eu que le temps d'explorer les principaux souterrains, Rika avait presque cartographié tout le palais, et plus loin encore, grâce au couloir qui donnait dans sa salle de bain. Elle fit glisser son lourd miroir et s'engouffra dans le passage sombre après s'être munie d'un chandelier et de ses plans. Un jour, elle avait trouvé un passage s'enfonçant dans l'eau et entendu le ressac des vagues toutes proches. Avec un bon entraînement et une réserve d'air suffisante, il était possible de rejoindre l'océan ni vu ni connu et de disparaître. Pour le moment, elle avait juste envie d'explorer la chambre d'Akio, mais pas trop longtemps ou le prince saurait qu'elle était entrée dans ses appartements.

Toute à ses pensées, elle ne remarqua pas la présence qui la suivait depuis quelques minutes, portant une minuscule bougie pour ne pas se faire remarquer. Un raclement de gorge fit retourner Rika, elle se retrouva face à face avec une personne qu'elle n'aurait jamais voulu voir ici, surtout depuis que celle-ci perdait la raison.

- Tu te promènes Rika ? demanda Yumiko un sourire amusé aux lèvres et en croisant innocemment les bras derrière le dos. La cire de sa bougie goutta au sol.
- Oui. Et toi Yumiko ?

La brune sourit un peu plus. Cet échange cordial dans un tel endroit était amusant. Puis elle jeta un coup d'œil aux papiers que tenait Rika. Des plans ? Ceux des souterrains ? C'était incroyable pour Yumiko que la fille d'Eléa soit en possession de ce genre de documents.

- A vrai dire, je cherche la sortie. Peut être sais-tu ou elle se trouve ?
- Pour cela, il faudrait qu'elle existe.

Yumiko cherchait à s'enfuir du palais. La blonde se demanda un instant s'il était bien dans son intérêt de mentir à l'assassin.

- Mmmhhhh... Je pense que tu connais une échappatoire à ces souterrains. Après tout, n'est ce pas pour s'enfuir qu'ils ont été construits ? demanda Yumiko.
- Tu n'es pas autorisée à quitter l'île.

Un souffle d'air lui caressa le bras et avant que Rika ne comprenne, les plans avaient quitté ses mains et se trouvait maintenant dans celles de Yumiko. Elle recula de quelques pas. La brune eut un sourire mauvais en parcourant les feuilles du regard.

- Hmmm... Mais c'est parfait. Elle releva la tête, ses prunelles figées sur Rika. Dommage pour toi, je ne veux pas de témoins.

La peur prit Rika à la gorge. Elle commença à balbutier.

- Ma... Ma mère te... Te le fera regretter !

La fille d'Eléa avait fini sa phrase en hurlant. Yumiko se mit à rire.

- Ah ah ! Mais pour moi c'est une raison supplémentaire de te faire un peu plus de mal.

Horrifiée, Rika se retourna pour s'enfuir mais Yumiko attrapa ses cheveux et elle sentait déjà une lame lui tailler le visage. La brune la propulsa sur le mur et Rika s'écroula à genoux sur le sol en sanglotant, la main sur sa joue ouverte.

- Tu vas voir fille d'Eléa, on va bien s'amuser ! dit Yumiko avec jubilation, avant de lécher le sang déjà présent sur la lame de son poignard.


Jake avait un mauvais pressentiment. Il avait surpris Yumiko sortir des dortoirs des assassins et emprunter l'un des passages du château. Il tenta de s'empêcher de la suivre mais il n'avait tenu que peu de temps et s'était mit à courir pour rattraper la brune. Il s'arrêta brusquement au détour d'un couloir, une lumière atténuée venait d'apparaître et l'odeur métallique du sang lui monta au nez.

Il perçut plus qu'il ne reconnut réellement Rika. Elle était au sol, se tenant le ventre. Sans réfléchir, il se jeta sur elle pour la repousser sur le dos, dévoilant de multiples plaies béantes dans son abdomen. Sans aucun doute, le foie lacéré. Il enleva sa chemise précipitamment et commença à presser la blessure pour tenter d'arrêter l'hémorragie.

- Rika ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! C'est Yumiko ?!

Puis enfin il fit attention à son visage quand un bruit guttural sortit de la bouche de la fille d'Eléa. Elle avait la joue droite et les lèvres lacérés, la langue aussi était coupée lui rendant impossible la prononciation de mots. Seule une unique coupure avait été faite sur la joue gauche, la même que Lîn...

- Rika, ne t'inquiète pas, je vais te ramener à Paracelse et...

La main de la blonde s'étira d'un mouvement brusque vers un tas de feuilles imbibé de sang. Jake y jeta un rapide coup d'œil, puis il revint sur le visage de Rika. Elle lui jeta un dernier regard suppliant puis la lueur de son regard s'éteignit et elle poussa un dernier râle.

L'assassin se laissa basculer en arrière pour s'asseoir au sol. Il posa son bras sur sa jambe repliée, se sentant complètement impuissant. La main de Rika désignait toujours les feuillets. Il en saisit un et se rendit compte que c'était un plan parfaitement annoté. L'un d'eux était maculé de traces de doigts ensanglantées. Ses yeux suivirent rapidement le cheminement et il découvrit avec ahurissement les deux derniers mots: vers l'océan.

Il comprit de suite où se rendait Yumiko. Le blond se releva rapidement, laissant sa chemise sur place, il prit tout de même le temps de refermer délicatement les yeux de Rika et de prendre son chandelier. Il s'élança dans la direction que lui indiquait toujours la blonde de sa main levée.


L'iode saturait l'air et le bruit des vagues grondaient dans le tunnel. Yumiko plongea ses mains dans le trou d'eau devant elle. Elle essuya les vestiges du sang de Rika un large sourire aux lèvres en se rappelant les cris et les supplications de la fille d'Eléa. Elle s'était bien amusée, dommage qu'elle n'ait pas pu faire subir à l'ensemble du conseil le même sort.

Un bruit de course résonna derrière elle, elle se retourna vivement pour se cacher dans un coin d'ombre, éteignant la bougie qu'elle tenait à la main.

Jake déboucha du bout du couloir. Il s'arrêta, essoufflé. Yumiko garda le silence et détaillait la situation de l'assassin. Il ne portait que son pantalon sombre, sa sueur faisait ressortir les muscles de son torse, parfaitement beau même avec du sang sur les mains. Ils rappelèrent à Yumiko tous les moments ou elle avait voulu lui avouer ses sentiments et son cœur se serra. Son regard émeraude se fixa soudainement dans le sien, la faisant tressaillir.

- Yumiko ! s'écria-t-il.
- Jake. Comment vas-tu ? Chantonna Yumiko pour cacher son trouble.
- Bon sang ! Mais te rends tu comptes de ce que tu as fais ! Tu as tué Rika !
- Je vois que tu t'inquiètes toujours pour les mauvaises choses... répondit-elle en examinant distraitement ses ongles. Puis elle reprit son examen du torse du blond.

Quelques cicatrices presque effacées témoignaient des entraînements truqués ou non. Le stigmate de son épaule était le plus important, une raison de plus d'en vouloir à Lîn d'après la brune. Le tatouage de dragon sur son pectoral semblait la narguer. Elle avait l'impression qu'il lui disait que ce corps appartenait à la guilde et un instant elle voulu le lacérer. Jake sentit son changement d'humeur et se tendit imperceptiblement. Il n'avait pas pris ses armes et ce n'était pas sa force d'homme qui prendrait le dessus sur l'agilité féminine d'une Yumiko armée s'ils en venaient aux mains.

La lumière du chandelier rendait tout cela un peu irréel. Le blond soupira, le posa au sol et passa ses mains dans ses cheveux, teintant ses mèches d'écarlate. Il ne savait pas quoi faire, comment régler cette situation. Ramener Yumiko et cacher le corps de Rika ? Tout le monde se rendrait rapidement compte de sa disparition. Laisser la brune partir ? Le résultat serait le même, Eléa lui ferait payer ce que Yumiko avait fait à sa fille.

- Je t'ai aimé.

L'aveu de Yumiko le fit sursauter. Il arrêta de réfléchir et reporta son attention sur elle. Elle reprit la parole sur un ton suppliant en faisant quelques pas.

- Pars avec moi, une petite nage et à nous la liberté.
- Ils ne nous laisseront pas nous en sortir comme ça.
- Je ne m'inquiète pas pour ça, j'ai mon plan pour les éliminer un à un.

Le blond ne répondit pas. Yumiko s'approchait toujours plus. Elle leva la main pour la poser sur sa joue. Elle la laissa glisser sur son cou, pour finir sa course sur son tatouage, la peau frémissait sous ses doigts. Jake voulu attraper sa main, Yumiko griffa profondément la marque de la guilde avant qu'il ne puisse l'en empêcher. Le blond fit appel à toute sa maîtrise pour ne pas violemment la repousser. Mais son regard en disait long sur ce qu'il avait décidé. Yumiko le décrypta instantanément.

- Tu ne viendras pas avec moi, tu ne me laisseras pas partir.

La tristesse dans les orbes saphir le fit hésiter. Il avait l'impression de retrouver la petite fille qu'il avait sortie autrefois de cette cale. Puis la lueur de son regard se transforma en haine.

- Alors je vais devoir te tuer.

La lame l'effleura au moment ou il bondit en arrière pour l'éviter. Jake attrapa les mains de Yumiko et la plaqua contre la paroi, lui coupant la respiration. Sans réfléchir, Il étouffa son gémissement de douleur par un baiser qui laissait transparaître toute son impuissance. Yumiko lui mordit la lèvre en représailles et il recula son visage.

- Je t'interdis de me toucher !

Il la pressa contre le mur avec son corps pour l'empêcher de s'échapper. La tête du blond, complètement désemparé, tomba sur l'épaule de la jeune femme, Il ne savait pas quoi faire. Yumiko continuait de se débattre puis elle finit par se calmer, voyant que cela ne servait à rien.

- Moi, je t'aime toujours.

Un coup dans le tibia le fit reculer et lâcher prise puis ce fut la douleur d'une lame dans son flanc qui le fit tomber à genoux.

- Menteur ! Tu cherches à trouver un moyen pour que je reste ! Va te faire foutre.

Le pied de la jeune femme lui frappa durement la mâchoire. Il tomba au sol sonné et entendit le bruit d'un plongeon. Il tâta sa blessure, qui était finalement minime, Yumiko n'ayant pas touché de point vital. Il fixa longuement le plafond et se rendit compte qu'il n'avait jamais vraiment voulu l'empêcher de partir.


- Enfin de retour ! s'exclama Akio et s'étirant sur le chemin menant au château.

Sa sœur ne partageait pas le même enthousiasme. Elle avait perdu le sourire depuis la réalisation de leur contrat. Mais plus que le vendeur d'esclave et sa femme qu'ils avaient éliminés, c'était la « marchandise » elle-même qui avait attristé la jeune femme. Son frère passa sa main devant son visage pour la sortir de ses pensées.

- Tu n'es pas heureuse d'être de retour ? lui demanda le prince.
- Tu sais bien que je préfèrerais être ailleurs, murmura la princesse.

Akio soupira puis passa son bras sous le sien pour la tirer vers l'entrée du palais. Lorkarn, qui avait passé la mission à surveiller le frère de la jeune femme, s'arrêta brusquement et releva la tête vers le palais.

- Un problème Lorkarn ? lui demanda Lîn en passant sa main sur la tête de la panthère.
- Quelque chose de grave vient d'arriver, répondit la chimère à l'attention des jumeaux.

Akio et Lîn accélérèrent le pas. Ils passèrent la grande porte s'étonnant de d'y rencontrer le double de gardes et pénétrèrent dans la grande cour. Leur père les attendait, le visage sombre. Lîn remarqua qu'il portait du noir, pourtant il évitait cette couleur depuis la mort de la reine.

- Père qu'y a-t-il ? demanda Akio en arrivant devant lui sans prendre la peine de le saluer.
- Yumiko s'est enfuie de l'île, lui répondit le monarque.

Lîn écarquilla les yeux. Yumiko avait réussi, mais comment ? Cela voulait dire qu'il était tout à fait possible de quitter cet endroit.

- Ce n'est pas ça qui vous chagrine, remarqua Akio qui commençait à s'impatienter. L'idée que sa sœur envisage de nouveau de partir lui faisait peur.
- Rika n'est plus parmi nous. Yumiko l'a tuée.

L'agacement du prince laissa la place à la stupeur tout d'abord, puis vint la colère teintée de tristesse. Un courant glacé parcourut l'esplanade, Lîn se recula de quelques pas à temps quand son frère se recouvrit de flammes noires. Il serrait les bras le long du corps, les poings crispés. Son sang ne semblait plus circuler et il était devenu très pâle.

Les larmes vinrent aux yeux de la princesse. Elle baissa la tête fixant le sol pour se concentrer, maîtriser les émotions que lui envoyait son jumeau et sa propre tristesse. Son père s'approcha de son fils malgré le danger et posa sa main sur son épaule en un geste apaisant. Les flammes disparurent et Akio détourna la tête. Le roi serra brièvement sa prise sur le prince et attrapa la main de sa fille.

- Venez mes enfants. Vous avez besoin de repos, ensuite nous parlerons.


La tombe de Rika faisait vraiment très triste. Pas de fleur, pas d'ornement. Lîn avait décidé d'y remédier en cueillant les plus belles roses du jardin. En venant déposer son bouquet, elle avait trouvé son frère devant l'endroit où reposait désormais Rika. Il ne bougea pas à l'arrivée de sa jumelle, mais eut un léger sourire qui s'éteignit bien vite quand elle déposa les fleurs. Lîn se posta à ses côtés et joignit les mains, laissant le silence continuer à régner en maître sur le lieu.

- Je lui avais dit des mots horribles lors d'une dispute.
- On ne pense pas les choses quand on est en colère.

Son frère lui envoya un regard triste en se souvenant de ce qu'il avait dit à la blonde : "mourir serait le plus beau cadeau que tu pourrais faire à ta mère". Il avait eu tort. Eléa n'avait plus reparue depuis. Sa sœur passa sa main sur son bras.

- Je suis sûre qu'elle ne t'en voulait pas. Elle t'aimait trop pour ça.

Le problème pour le prince, c'était que ce sentiment était à sens unique. Il se sentait coupable d'avoir utilisé Rika comme il l'avait fait. La blonde ne méritait pas ça, il s'en rendait compte maintenant qu'il ne pouvait plus lui dire.

Akio s'avança en dégainant son poignard qu'il avait à la ceinture. Sa sœur comprit instantanément ce qu'il voulait faire. Il entailla sa paume, reprit le poignard de sa main blessée et le souleva pointe vers le bas au dessus de la tombe. Il serra le poing et son sang coula le long de la lame. Cinq gouttes tombèrent au sol, teintant la pierre de vermeil.

- Discrétion, maîtrise, intelligence, détermination et force.

Les cinq qualités qui faisaient un assassin. Akio rendait hommage à Rika comme on le faisait aux membres de la guilde. Pour lui, c'était le moins qu'il puisse faire. Lîn lui prit délicatement la lame, sortit un mouchoir de sa poche et le pressa dans la main de son frère, il lui envoya un regard reconnaissant puis ils laissèrent de nouveau le silence s'installer. Jake arriva peu après, s'il repéra le sang sur la tombe, il ne prononça pas un mot. Il attendit que le prince et la princesse se tournent vers lui. Lîn l'invita à parler d'un signe de tête et d'un sourire triste. Les jumeaux savaient que Jake avait tenté de sauver la fille d'Eléa.

- Le conseil nous attend.
- Nous trois ? demanda Lîn.


- Vous voulez que nous partions à sa recherche Lîn, Jake et moi-même ?

Akio demandait confirmation, trouvant étrange de voir la dirigeante du conseil manquant à l'appel. D'après Paracelse, Eléa restait dans la chambre de Rika. Mais si elle n'était pas présente physiquement, elle avait demandé au conseil de régler le cas Yumiko le plus tôt possible.

- Pourquoi nous ? demanda Lîn.
- Vous êtes de ceux qui la connaissent le mieux, altesse.

Akio leva légèrement les sourcils. Il n'était pas proche de Yumiko, loin de là.

- C'est un argument pour Lîn et Jake. Et moi ?
- Vous êtes l'un de nos meilleurs éléments, et je pensais que la mort de la fille vous ferait plus réclamer vengeance.

Les trois assassins se tournèrent vers l'entrée. Eléa était là, fidèle à elle-même, même si ses traits étaient plus fatigués qu'à l'accoutumée. Elle jaugea le prince et celui-ci ne se gêna pas pour lui rendre son regard méprisant.

- De plus, vous n'avez pas à discuter. C'est une mission sans limite de durée, un rapport à faire tout les deux jours obligatoirement. Est-ce clair ?

Akio ne répondit pas, vexé que cette femme puisse penser que la disparition de Rika le laissait indifférent. Lîn sentit son irritation et s'inclina devant Eléa. Deux pensées seulement à l'esprit, cette mission lui permettrait de prouver définitivement sa force à son frère et de rejoindre Ace.

- Très bien. Nous partirons dès que nous serons prêts.


L'orage grondait depuis le début de la soirée. Il devait sûrement en être à son point culminant mais un homme avait tout de même décidé de le braver en naviguant avec une des chaloupes du Mobydick.

La pluie lavait les vêtements de Marshall D Teach. Les traces de son crime disparaissaient petit à petit dans le fond du bateau. L'île vers laquelle il se dirigeait n'était plus qu'à quelques centaines de mètres, soit des kilomètres par un temps pareil. Mais au moins, les caprices de la nature camouflaient sa fuite et pour le moment, personne y compris les possesseurs de fruits du démon, ne mettrait le nez dehors, au risque d'être emportés sous les flots.

La danse des rames s'arrêta un moment pour que Barbe Noire puisse vérifier que son précieux butin était toujours bien calé sous son siège. Bientôt, il serait un homme au pouvoir encore plus surhumain que ceux d'autres détenteurs de fruits.

- Tu étais obligé de le tuer ?

Il lança un sourire à Yumiko assise face à lui, les jambes croisées et le menton posé dans sa paume. Elle ne semblait pas gênée par sa combinaison trempée et ses cheveux collés à ses joues. Il lui répondit d'un rire.

- Ah ah ! Ne me dis pas que ça te chagrine ? En tout cas, j'aurais bien voulu voir sa tête quand il t'a vue apparaitre sur le pont! Agréable surprise, autant pour moi que pour lui !
- Si on meurt, c'est qu'on l'a mérité... Et pour voir la réaction des gens, il faut éviter de les poignarder dans le dos. Ironisa la brune, elle releva la tête, observant le Mobydick. « Tu devrais reprendre les pagaies, l'orage nous ramène vers le bateau, remarqua-t-elle avec un sourire espiègle. »

Teach ne se le fit pas dire deux fois. Il reprit les rames et d'un mouvement puissant les fit reprendre l'avance qu'ils avaient perdue.

« Celui qui s'applique à la vengeance, garde fraîches ses blessures. »

A suivre…


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Prochain chapitre : Dernière rencontre.