- Cette fois-ci, je le tue, hurla-t-il en sortant de son bureau. Non, mais ça ne va… Lanie ! fit-il surpris

- C'est bon. Je sais. Il est 2H du matin. Je retournais à la morgue et j'ai décidé…

- Tu as laissé la morgue mobile devant l'immeuble ?

- Je l'ai fermé à clé !

- Manquait plus que ça !

- Tu as une sale tête !

- Merci. Si tu es venue pour me dire ça, tu pouvais t'abstenir !

- Est-ce que tu as eu des nouvelles ?

- Des nouvelles ? Quelles nouvelles ?

- De Kate ! Je te parle de Kate !

- Et pourquoi j'en aurai ? Je ne sais pas si tu es au courant mais notre dernière entrevue s'est plutôt mal passée !

- Je sais… Mais tu la connais… Quand elle s'emporte… On est tous pareils… On dit parfois des mots qu'on ne pense pas !

- Sauf que ce n'était pas la première fois qu'elle me disait de ne plus venir la voir !

- Castle !... Tu étais fiancé quand tu es allée la voir !... Et elle ne savait pas que vous aviez rompu depuis un mois quand elle s'est déplacée…

- Mais toi, tu le savais ?

- Non plus. Je ne l'ai appris que plus tard

- Ah, oui ! Et comment ?

Elle ne savait pas si Martha… Mais vu ce dont elles avaient parlé, elle n'avait sûrement pas dit à son fils qu'elle était passé à la morgue

- Je te rappelle que je travaille avec des flics… Mais je ne suis pas venue te parler de ta rupture… Donc tu n'as pas de nouvelles de Beckett ?

- Aucune

- Et moi non plus ! soupira-t-elle

- Tu veux un café ?... Tu as l'air épuisé ! dit-il en se dirigeant vers la cuisine

- Un thé plutôt. Merci

Elle s'installa sur un tabouret devant le comptoir

- Depuis que je lui ai dit que vous aviez annulé vos fiançailles, elle ne me répond plus. J'ai même mis un signalement aux mails que je lui envoie. Elle ne les lit même pas. Je ne sais pas quoi faire…

- Et c'est moi que tu viens voir ? En pleine nuit ? demanda-t-il en lui donnant une tasse

- Et avec qui je pourrai parler de Kate ? Les gars ? Ils sont gentils. Et même s'ils sont amis, ils ne sont pas aussi proches que nous l'étions avec elle

- « Etions » est le mot juste !

- Arrête de dire n'importe quoi ! Tu la connaissais même mieux que moi. Et tu la connais encore !

- Elle m'a demandé de l'oublier…

- Vu ta tête, ça a l'air de marcher !... Si seulement…

- Quoi ?

- Quand j'ai envoyé mon message… Concernant votre rupture…

- Oui, ben, quoi ?

- Je ne savais que vous faisiez la une des journaux. Je ne lui ai pas dit que vous aviez rompu bien avant cette soirée

- Oh, non ! Tu veux dire…

- Qu'après avoir vu les articles…

- Elle croit qu'on a rompu à cause d'elle !

- Ah, tu vois ! Qu'est-ce que je te disais ?... Bien que si on y réfléchit…

- Elle n'y est pour rien Lanie ! C'est moi qui ai mis un terme à notre relation !

- A cause de Kate !

- Beckett n'a rien à voir là-dedans ! Je te le répète !... J'ai rompu bien avant qu'elle ne vienne s'en prendre à Mélinda !

- J'avais compris !... Mais si tu as rompu c'est à cause de tes sentiments pour Kate. Ne me dis pas le contraire !

- …

- Castle, je ne te juge pas… Tu l'aimais déjà à l'époque. Et même si tu as vécu avec une autre femme… Je ne dis pas que tu ne l'aimais pas… Mais reconnais que depuis que tu l'as revu…

- Tout a ressurgi… Si tu savais… Ce soir-là… C'est comme si je recevais un coup de poignard en plein cœur. Comme si mon cœur… Deux ans Lanie ! Deux ans que je n'avais plus pensé à elle… Oh, c'était facile… Avec les soirées, les voyages… Et il a suffi d'un simple hasard…

- Et qu'est-ce que tu comptes faire ?

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?

- Va la voir ! Explique-lui…

- Pour qu'elle me foute dehors ! Ou pire, qu'elle disparaisse à nouveau… Tu la connais Lanie… Et comment je peux lui prouver que j'ai rompu bien avant cette soirée-là ?

- Ouais. Là-dessus, tu n'as pas tort… Je ne pense pas que Mélinda te ferait une lettre attestant de ça ?

- Très drôle Lanie !

- Désolée… Tu sais que vous êtes vraiment compliqués tous les deux ! Incapables d'avouer vos sentiments…


- Comment s'appelle-t-il ?

- Qui ?

- L'homme qui m'a dit où tu te trouvais !

- Je ne sais pas

- Tu ne connais pas cet homme ?

- Si, bien sûr… Mais je ne sais pas comment il s'appelle… Je crois que même les gens du village ne le savent pas… Il reste sur son bateau la plupart du temps… Il ne se mélange pas avec les autres… Et je ne sais pas comment il fait, mais il est toujours au courant de tout il apparait au moment où on s'y attend le moins… Mais il est important pour ceux d'ici… Il a été le premier à m'appeler par mon prénom et ensuite les autres ont suivi…

- Un genre de « fou du village » !

- Oh, il n'est pas fou ! Loin de là !

Elles avaient repris le chemin du village

Elles marchaient lentement, suivant les chiens qui couraient devant elles

Arrivées devant la maison, Beckett lui avait proposé un petit-déjeuner

- Non merci… Tu vas aller te coucher et te reposer, car vu ta tête, tu n'as pas dû beaucoup dormir cette nuit

- Martha, je pourrai…

- N'insiste pas. Sinon, je te mets un somnifère dans ton café !


Après avoir laissé la jeune femme, Martha s'était promené dans le village. Puis, après son déjeuner, elle s'était installée sur la terrasse du bar, face à la mer.

La rouquine avait raison.

Une fois chez elle, Beckett avait tout verrouillé et était montée se couchée. Etait-ce dû à la tension, au stress, aux nuits sans sommeil qu'elle avait accumulé, ou même à l'air marin, mais elle s'était endormie en quelques minutes.

Quand elle se réveilla, elle regarda son réveil. Elle avait dormi quatre heures.

Elle se leva et se rendit dans la salle de bain pour prendre une douche.

Après avoir avalé un encas, Martha n'étant pas revenue, elle passa une salopette et se rendit dans sa serre

La première chose qu'elle fit en y entrant fut de mettre sa cafetière en route.

Ensuite, elle mit de la musique

Puis elle se plaça devant une commode

Elle fit glisser sa main dessus, lentement, à la recherche d'une éventuelle perfection à corriger.

Elle avait déjà passé pas mal d'heures dessus, à la traiter, à reboucher les petits trous, à la poncer…

Elle aimait retaper ces vieux meubles. Ca la détendait, l'empêchait de penser…

Elle attrapa un des tiroirs. Avant de pouvoir les poncer, elle devait vérifier la gravure et la corriger si nécessaire.


Elle poussa le portail, puis se dirigea vers la porte d'entrée.

Les chiens vinrent la renifler. Elle leur tapota la tête.

Elle allait sonner, quand elle entendit la musique.

Elle se retourna et vit la jeune femme dans la serre qu'elle avait remarquée la première fois qu'elle était venue

Elle était penchée sur un objet, un petit marteau à la main

Elle s'approcha et frappa doucement à la porte vitrée

Beckett releva la tête et lui sourit

- Un café ?

- Merci, oui. Tu as dormi ?

- Quelques heures, répondit-elle en lui tendant une tasse

- Et déjà au travail ?

- Ce n'est pas vraiment un travail… Un hobby…

- C'est pour le bar ?

- Hein ?... Non… Ceux du bar seront retapés sur place… Ceux qui sont là sont pour chez moi

- Et elle va aller où cette commode ?

- Dans une chambre

- Tu dois y passer un temps fou

- Ça dépend du meuble…

- Entre le bar, ton travail à Paris, ta maison…

- Je ne vais que rarement à Paris, le bar, j'y vais le matin généralement… Tout le reste, c'est du temps pour moi

- Oui, pour toi. Toi seule !

Beckett soupira

La rouquine revenait à la charge

- Martha… J'ai choisi cette vie. J'ai choisi de vivre ici, dans ce village, dans cette maison…

- Et tu ne t'ennuies pas ?

- J'en ai l'air ?

- Et tes soirées ?

- Je m'occupe de mes dossiers, je lis, je regarde la télé… Ou je me couche

- Pour ne pas dormir !

- Ok, Martha… C'est vrai… Depuis quelques temps, j'ai du mal à dormir. Voire pas du tout… Mais ce n'est pas la première fois… Tout redeviendra normal quand…

- Quand quoi ? Quand tu ne penseras plus à lui ? Quand tu l'auras oublié ?

- Quand je serai tellement épuisée que je m'écroulerai ! Ça te va ?... Et maintenant, j'aimerai que tu changes de sujet… Ça ne sert à rien de revenir sur le passé, de penser à ce qui aurait pu arriver ou ne pas arriver… Avec des peut-être…

- Des peut-être ?

- Exactement ! Il n'y a rien eu entre nous et il n'y aura rien !

- Alors pourquoi tu lui avais dit que tu le rejoindrais au loft après la remise de diplôme d'Alexis ?

- Quoi ? Comment…

- D'après toi ? Pourquoi il nous a avertis ?

- Je ne sais pas.

- Ne me fais pas croire que tu pensais juste passer une soirée à regarder des dvd avec lui en tête à tête ?... Il était tellement content que tu aies accepté son invitation…

- Pourquoi revenir sur quelque chose qui n'a pas eu lieu ?

- Parce que, justement, il serait peut-être passé quelque chose !

- Mais il n'y a rien eu… Et on ne se s'est plus jamais revu… Fin de l'histoire !

- Non, pas fin de l'histoire ! Regarde-toi. Tu ne dors plus depuis que tu l'as revu. Tout comme lui… Il se retrouve dans le même état que lorsque tu as disparu sans donner de nouvelles pendant trois mois… Comme après votre dispute…

- Je sais que j'aurai dû l'appeler à ce moment-là… Mais ce n'était pas une raison pour…

- Pour quoi ? Pour s'inquiéter ?

- J'allais bien ! J'avais juste besoin de…

- Et lui tout ce qu'il voulait s'était t'entendre, te voir, même quelques minutes. C'est tout. Tout comme il ne venait que pour ça au commissariat !

- Comment ça ?

- Ne me dis pas que tu ne savais pas que s'il venait au commissariat, ce n'était que pour te voir. Il y avait bien longtemps qu'il aurait pu arrêter de te suivre. Il avait tout ce dont il avait besoin pour ses romans…

Elle se rappela une conversation où Esposito lui avait dit la même chose. Elle se rappela le nombre de fois où elle n'avait pu s'empêcher de regarder sa chaise vide lorsqu'il ne venait pas. Elle, aussi, ne pouvait plus se passer de sa présence, avait besoin de le voir, même lorsqu'elle n'avait que de la paperasse à faire

- Il aurait attendu encore, et encore. Des années, s'il le fallait… Il aimait participer aux enquêtes, être ton « coéquipier », mais ce qu'il aimait plus que tout c'était te voir, t'entendre parler, te voir sourire, te regarder faire des rapports…

- Martha ! Arrêtez !

- Non, je n'arrêterai pas. Il faut que tu saches… Il a rompu juste après t'avoir vu, ici

- Quoi ?... Dans les journaux, ils disaient…

- Personne ne le savait… Mais juste après t'avoir revu…

- Alors pourquoi…

- Mélinda voulait qu'il respecte certains engagements. Ils l'auraient annoncé plus tard. Mais après ton départ…

Beckett avait la tête baissée. Elle s'activait sur son meuble

Elle sentait les larmes montées

Elle ne voulait pas craquer. Pas devant Martha

- Tu ne peux m'empêcher de vouloir que mon fils soit heureux !

- Je n'ai…

- Avec toi, Katherine !... Il ne sera heureux qu'avec toi

- Martha, ça suffit !

- Et toi, aussi, tu as le droit d'être heureuse !... Et arrête de t'échiner sur ce meuble, tu vas finir par le massacrer, dit-elle en lui enlevant l'outil qu'elle tenait… Je connais ton histoire. Je sais par quoi tu es passée. Tout ce que tu as mis en place pour ne pas être touchée émotionnellement… Mais tu dois vivre pour toi ! Arrête de te sacrifier pour les autres, arrête de vivre au travers de tes souvenir, de ta mère…

- Non ! Ce n'est pas vrai !

- Mais si, c'est vrai ! Tu t'es refusée le bonheur auquel tu avais droit à cause de ce qui lui ai arrivé… Tu n'en n'aies pas responsable. Tu n'es pas responsable de tous ces morts… Quand j'ai vu ton père…

- Tu as vu mon père ?

- Il est charmant !... Enfin, passons… Tu n'as vécu que pour ça, pour trouver l'assassin de ta mère… Mais est-ce que c'est ce qu'elle aurait voulu ?... Que tu sacrifies ta vie, pour sa mort !

- Martha…

Beckett se tenait au meuble. Ses jambes tremblaient. Elle avait de plus en plus de mal à retenir ses larmes

- Non ! Comme toutes les mères, elle n'aurait souhaité que ton bonheur. Parce que tu y as droit, même si elle n'est plus là pour le voir !… Tu te refuses le droit d'aimer, parce que tu as peur de souffrir… Mais c'est comme si tu te refusais le droit de vivre, car tu aurais peur de mourir !

Elle s'écroula. S'en était trop pour elle. Toutes ces vérités…

Castle les lui avait déjà dites. En vain

Son père avait maintes fois essayé de les lui faire admettre. En vain

Elle s'était recroquevillée au sol, se serrant le ventre

Les larmes avaient été les plus fortes

A son tour, Martha s'agenouilla et l'attira contre elle

- C'est ça… Laisse-toi aller… Ça va te faire du bien

Beckett tenta de s'écarter, mais la rouquine la maintint contre elle.

- Ça fait mal, Martha !

- Je sais… L'amour fait souffrir… Mais tu ne peux pas te refuser ce droit parce que tu as peur… Tout comme Richard n'a jamais voulu te brusquer par peur que tu t'éloignes de lui, que tu le rejettes… Mais, finalement, qu'est-ce que vous y avez gagné ?... Vous souffrez tous les deux ! Ça vous ronge de l'intérieur ! Ça vous détruit !... Combien de temps allez-vous tenir comme ça ?... Combien de temps allez-vous encore vous éviter ?... Et que se passera-t-il si vous vous rencontrez encore dans quelques années ? Que l'un de vous, ou même vous deux, ayez refait votre vie avec quelqu'un d'autre ?...

Les sanglots l'empêchaient de répondre

Martha lui caressait le dos

- Mieux vaut vivre avec des remords que des regrets… Tu sais, je me suis mariée deux fois… Comme Richard… Il y a eu aussi son père. Mon Dieu. Une seule nuit et regarde ce que ça a donné !... Mais je ne regrette rien… J'ai eu une belle vie. Et j'ai profité des occasions que m'a offertes la vie…

Je ne suis pas ta mère… Mais je suis sûre qu'elle te dirait la même chose… Vis ta vie… N'attends pas d'avoir mon âge pour te dire « si j'avais su… »… Il sera trop tard… En plus, et je parle en connaissance de cause, les vieux sont rasoirs ! Ils ont des problèmes de santé, parfois ils sont sourds… Et je ne te parle pas de leur prostate !

Beckett se mit à rire et se redressa lentement

Martha sortit un mouchoir de sa poche et lui essuya les yeux et les joues

- C'est mieux comme ça, dit-elle. Alors, ça va mieux ?

- Tu sais appuyer où ça fait mal

- Je ne voulais pas te blesser, mais…

- Tu as raison… Je l'aime… J'aime Castle !

- Alléluia ! fit l'actrice en levant les bras au ciel

Elle la reprit dans ses bras

- Bien. C'est bien… On a fait le plus dur !... On va pouvoir passer à la suite !

- Quelle suite ?

- La suite… Mais d'abord, il faudrait que tu m'aides à me relever et ensuite, on va se préparer un bon diner !