Salut Diamly ! A propos de virus qu'on ne peut pas contrer, tu as raison : des scientifiques ont créé il y a quelques années un virus de la grippe résistant à a peu près tout les médicaments qu'on pourrait utiliser pour le soigner... Autant dire que ce n'est pas très intelligent. Imagine si quelqu'un s'en empare et l'utilise pour faire une arme biologique ? On serait bien dans la merde ! Mais c'est vrai que les malades ne se relèveront pas une fois morts pour bouffer les vivants XD
Pour ce qui est de combattre les zombies, Sasha reparle plus précisément de son idée et du pourquoi dans quelques chapitres alors il faudra patienter un peu ! Ah, et pour les ennuis aussi. Je vous laisse un peu angoisser pendant quelques chapitres avant de dévoiler mon plan machiavélique X)
En fait pour le cannibalisme, quand les zombies commencent à évoluer, la plupart des cadavres (de ceux qui sont morts pour de bon) sont complètement décomposés ou ont été bouffés par les animaux domestiques livrés à eux même (je n'en parle pas vraiment dans la fic, mais faut pas les oublier ! Ils doivent quand même se nourrir) . De toute façon, les zombies évolués sont programmés pour bouffer ce qui bouge et faute de trouver des êtres vivants, ils se rabattent sur leurs camarades morts – vivants !
Et ça ne se terminera pas comme « warm bodies », je te rassure. Les zombies seront les méchants jusqu'au bout !
Hello Naitaa ! En fait, pour ce qui est des températures extrêmes Sasha ne les sent plus, mais elle sait que l'eau est glacée... Ne serait – ce que parce que les garçons s'en plaignent régulièrement. Alors non elle n'a pas senti le froid en début du dernier chapitre, c'est juste un détail qu'elle précise quand elle écrit ce qu'elle a vécu . Je ne sais pas si j'ai été clair... ?
Oui, Dan sait tout à fait que Sasha n'aime pas perdre, mais pourquoi ne s'amuserait -il pas à titiller un peu sa susceptibilité ? Il ne reste plus grand chose comme passe temps avec les zombies qui sont là, alors chacun s'amuse comme il peut. Et comme il la connaît bien, il sait très bien qu'elle ne fera jamais de mal (intentionnellement du moins) à l'un d'entre eux et il n'a donc pas peur des représailles. Contrairement aux autres qui sont loin d'être aussi sûrs que lui de cet état de fait XD
En fait Genjiro n'est pas content de ne pas avoir eu tous les éléments en main avant de choisir de partir ou de rester. C'est comme si on te forçait un peu la main pour aller faire une randonné dans les montagnes et qu'on te précisait une fois que tu as une meute de loups affamés aux fesses qu'en fait il y a des loups dans ces montagnes et qu'ils n'ont pas vu de nourriture pendant 2 semaines... De toute façon il est de mauvaise foi : il ne serait jamais parti dans les camps, quoi qu'il laisse sous entendre. Pas sans son frère en tout cas.
Et je suis dans le regret de t'annoncer que tu vas encore stresser pendant quelques chapitres. L'apocalypse n'est pas encore pour celui - ci !
Mais … Je pense que vous allez quand même bien aimer ce chapitre XD... ou pas.
Sur ce ! Bonne lecture à tous et à toutes ! ^^
Un conflit sans rapport avec les Morts
Nous avons commencé par fixer nos objectifs pour la fin de l'entraînement forcé que j'avais décidé d'imposer à tout le monde. On avait décidé de rester parmi les zombies, mais ça n'était certainement pas pour faire des proies idéales. Plus question d'attendre de voir ce qu'il se passerait : il fallait qu'on se prenne en main.
Il a été décidé que Fuyuki serait notre professeur, vu qu'il était le seul à avoir suivi un entraînement aux arts martiaux. Il fallait que nous puissions tous nous défendre individuellement. Pas question que Genjiro et Isamu continuent à compter sur nous si nous devions partir chasser ces monstres. On ne sait jamais ce qu'il risque de se passer. C'est déjà un miracle que tout se soit bien passé jusque là.
Il y avait aussi le cas de Dan pour qui c'était difficile de se défendre et de se déplacer en même temps. Autant quand les zombies étaient stupides et aveugles, ça allait, autant à présent qu'ils étaient évolués, ça devenait compliqué. Nous devions tous réfléchir à une solution. Si jamais il y en avait une.
Et il y avait mon cas. Je n'avais jamais suivi d'entraînement avec ma naginata et pour reprendre l'expression qu'avait un jour utilisé Arisu, je la manipulais "comme un manche à balais". Ce qui signifie que je manquais terriblement de technique et donc d'efficacité. Donc, nous devions tous apprendre à nous servir d'une arme.
Dan, qui a aussi noté que j'avais arrêté un zombie à main nu a insisté, avec l'appui d'Isamu, pour que Fuyuki m'initie au combat à main nue et qu'il m'enseigne à me dépêtrer toute seule du genre de situation qui avait nécessité une intervention extérieur il y a deux nuits. Si j'avais su le faire avant, Démon ne serait pas mort.
J'avais jusque là cru que seul l'art de manipuler les armes était enseigné au dojo de Masaichi – dono, mais Genjiro m'a vite détrompé. Donc Fuyuki, qui n'avait pas l'air aussi enthousiaste à cette partie du plan qu'aux autres, pourrait aussi faire office de professeur pour ça.
Ces entraînements nous permettraient également d'améliorer notre force et notre endurance et de nous maintenir en forme, chose essentielle à cette époque là. Nous n'avions toutefois pas l'intention de dépasser nos limites : nous devions encore être capable de repousser une attaque de zombie et d'aller nous trouver de quoi subsister.
On avait décidé que notre « entraînement » durerait tout l'été.
Après, nous irions à la chasse au zombie. Je savais que mon idée ne faisait pas l'unanimité. C'était compréhensible. Mais j'y tenais, et rien n'aurait pu me faire changer d'avis. Si on avait une bonne stratégie de chasse, il n'y avait aucune raison pour que ça ne fonctionne pas. C'est là que Dan entrait en jeu et il le savait. Malheureusement, avec l'arrivée de zombies évolués, son utilité en terme de combattant devenait plus limitée.
Je sais qu'il aurait voulu pouvoir faire plus que ça. Mais c'était impossible. Alors il ne lui restait plus qu'à faire travailler sa matière grise, chose à laquelle il était beaucoup plus doué que nous autres. Je n'ai aucun problème à l'avouer.
Je pense qu'à partir de ce moment là, c'est lui qui est devenu notre chef plus que moi. Certes, je tranchais toujours quand il y avait un conflit, mais j'allais le plus souvent dans son sens. Dan ne pouvait pas devenir notre chef pour la simple et bonne raison qu'il était le maillon faible de notre groupe physiquement. Et c'est malheureusement sur le physique que se jouait notre survie...
Mais malgré tout ce qu'il pouvait dire, tout ce que vous pouvez penser, rien n'aurait été pareil si lui et sa matière grise n'avaient pas été avec nous. Peut-être qu'on aurait tout simplement pas survécu. Il était essentiel.
L'été est arrivé, amenant avec lui des chaleurs caniculaires en cette période où la climatisation n'était plus qu'un lointain souvenir auquel on pensait avec envie. En calculant maintenant à tête reposée, je pense pouvoir situer cette période à la mi juin de l'année où les zombies sont apparus.
Les journées étaient donc plus longues, mais aussi plus chaudes. Pas l'idéal pour un entraînement intensif. Nous avons cependant vite pris un rythme de croisière. On se levait alors que le soleil n'était même pas apparu à l'horizon pour profiter de la fraîcheur et on travaillait jusqu'à 9 voir 10 heures du matin, moi avec ma naginata et Fuyuki avec son katana.
Isamu, qui n'avait pas protesté à l'idée d'apprendre à se défendre, a choisi d'essayer le bô. En gros, c'est un bâton qui doit faite dans les 1m80. Il ne pouvait pas tuer un zombie avec puisqu'il n'y avait pas de lame, mais au moins il lui était possible de les tenir à distance.
Genjiro a fini par imiter son frère sur le choix des armes. Mais auparavant, on lui a suggéré différentes approches de défense. Et il s'est avéré que le cuisinier se débrouillait plutôt bien pour un débutant au lancé de couteau, aussi cliché que ça puisse être. Ce qui était un atout majeur. Le lancé de couteau permet d'attaquer à distance tout en restant silencieux. C'était bien plus avantageux que des armes à feu.
Il n'a pas voulu entendre parler de ça au début mais comme on l'a tous harcelé pendant des jours, il a fini par céder de mauvaise grâce et à s'entraîner également au lancé d'armes blanche de tout type (on ne sait jamais ce qu'on a sous la main, autant qu'il s'entraîne avec tout). Il a quand même tenu à nous avertir qu'il ne comptait pas en user à moins d'une situation d'urgence. Ça m'allait. Tout ce que je voulais, c'était qu'il soit capable de se sauver lui même dans le cas ou Fuyuki et moi serions trop occupés ailleurs.
Nos débuts de journées étaient donc bien remplis.
Quand la température à l'extérieur devenait trop haute, on allait se réfugier à l'intérieur et on dormait sauf si nous avions besoin d'aller chercher de la nourriture.
J'ai passé pas mal de mes journées à faire des allés retours dans un bain d'eau glacé. Je l'ai déjà dit mais je le répète : j'ai des problèmes pour réguler ma température interne. Alors avec la chaleur qui régnait, j'avais de la fièvre, et seuls ces bains ont réussi à me garder dans le bon intervalle de température.
Et le soir, quand la nuit tombait et que j'étais enfin libre de mes mouvements, nous reprenions l'entraînement. Au corps à corps cette fois – ci.
Si je n'aimais pas nos entraînements de matin où il fallait refaire encore et encore les mêmes gestes avec ma naginata jusqu'à ce qu'ils me paraissent naturels, j'aimais beaucoup ceux de la soirée. Cette remarque fera sans doute grimacer Fuyuki quand il la lira.
Nos entraînements à mains nus consistaient à nous battre entre nous. Pas besoin de répéter encore et encore des techniques barbantes : on ne risque pas de se blesser comme avec une lame quand on ne la maîtrise pas bien. Rien ne vaut l'expérience de ce côté là. Il ne fallait pas qu'on apprenne à exécuter des mouvements parfaits et sans danger, mais qu'on sache comment frapper pour être le plus efficace.
Fuyuki se battait donc avec nous à tour de rôle puisque Genjiro et Isamu, solidaires, avaient décidé de venir se faire également rétamer. Quoique, rétamer soit un bien grand mot. D'accord, au début j'ai vraiment eu du mal, ce qui était normal, mais je n'ai pas tardé à attraper le coup de main. Taper dans le tas, c'est un truc que je savais faire. Et avec la force que me procurait le virus zombie, je n'étais pas désavantagée physiquement par rapport à un homme même plus grand que moi. Au final, Fuyuki s'en est aussi sorti avec pas mal de bleu. On les comptait en fin de journée pour voir qui en avait le plus. Les miens disparaissaient dans la nuit, mais lui n'a pas tardé à ressembler à un dalmatien.
Mais il me le faisait payer. Parce qu'il avait décidé que j'étais souple comme un mur de brique et qu'il fallait que ça change. Et les assouplissements qu'il m'imposait faisaient un mal de chien. Il a essayé, en vain, de me faire devenir aussi souple en trois mois que lui après 14 ans d'art martial pratiqué quotidiennement. A l'heure actuelle, j'estime que je m'en tire assez bien. Car oui, si vous vous le demandiez, je n'ai jamais cessé de m'entraîner, même après la fin de la guerre.
Comme vous l'avez peut -être deviné à ce stade là de mon récit, ces quelques semaines n'ont pas été faciles. Fuyuki était un professeur exigeant et pour parler franchement nous n'avons pas été les élèves les plus coopératifs qu'il soit.
Mais ça avait quelque chose de reposant. Pour moi en tout cas. Je me sentais plus sereine après nos entraînements que je ne l'avais été jusqu'ici. Peut -être parce que c'était une activité qui venait tout droit d'Avant et qui apportait un vent de normalité sur notre vie. C'était un élément stable, une routine qu'on a finalement tous appris à apprécier. C'était agréable. Rassurant.
Mais bien sûr, tout ne pouvait pas être idyllique. Ou tout du moins aussi idyllique que peut l'être une vie au milieu de morts – vivants bien décidés à vous croquer pour leur prochain repas. Il y avait bel et bien un cheveux dans la soupe, et ça ne venait pas des zombies, pour une fois.
Depuis notre départ de l'aéroport je sentais une tension qui ne cessait de grandir entre Dan et Fuyuki. La raison ? Moi, bingo ! Et je n'ai sans doute pas eu la réaction la plus intelligente qu'il soit : j'ai fait comme si je ne voyais rien. J'ai eu la réaction très stupide de me dire que si je fais comme si de rien n'était, ça disparaîtrait. Je ne voulais pas devoir m'en occuper.
Qu'étais – je censée dire ou faire ? Je ne savais même pas ce que moi je ressentais par rapport à cette situation (à part une énorme envie de fuir) ni ce que je voulais à ce propos. Je voulais me focaliser uniquement sur notre survie et je voyais soudainement un échange de regards meurtriers ou Fuyuki qui demandait à Genjiro de se décaler pour ne pas s'asseoir à côté de Dan et ça m'empêchait de réfléchir.
C'est le genre de truc qui était tout à fait capable briser notre belle unité pour une connerie sans précédent. Ce que je ne désirais pas.
Mais comme vous devez commencé à me connaître, vous avez sans doute deviné que je suis restée aussi butée qu'un caillou et que j'ai continué sur ma première impulsion. Qu'est ce qui m'a finalement décidé à réagir ? Isamu.
Si vous voulez mon avis, on avait bien besoin d'un adulte responsable dans ce groupe : heureusement qu'il était là. Il m'a prise entre quatre yeux et m'a ordonné d'arranger la situation si je ne voulais pas le regretter. Il n'avait pas besoin de me menacer de représailles parce que je savais quel genre de regret cette situation pourrait m'amener : une nouvelle mort à cause de leur dissension.
Par contre quand je lui ai demandé conseil, il s'est contenté de me dire avec un grande sourire "tu t'es foutue dans cette merde toute seule, à toi d'en sortir". Sur le coup ça m'a pas beaucoup aidé et je le lui ai fait savoir par le chapelet de jurons le plus imagé que j'ai pu trouver. Il s'est contenté de rigoler. Il peut être un véritable salopard quand il s'y met. Mais j'ai obéi. Il avait raison, après tout.
Comme je ne voulais pas que les deux frères mettent leur grain de sel dans la discussion, je les ai gentiment renvoyé à la maison à la fin d'un de nos entraînements en soirée tout en leur demandant de m'envoyer Dan. Fuyuki a voulu s'esquiver. Aucun de nous deux ne voulait aborder le sujet, et je le comprenais tellement !
Je crois que la seule raison qui l'a fait rester, c'est que je devais avoir une expression franchement effrayante quand il a fait mine de se défiler. En revanche, le dernier membre de notre petit trio d'idiot avait l'air content de cette réunion, lui.
- Tu t'es enfin décidée ! Pas trop tôt ! m'a t –il lancé dès qu'il a été à porté de voix.
- Tu n'avais qu'à prendre l'initiative, si tu n'étais pas content ! ai –je répliqué, mécontente.
- Et tu n'aurais rien voulu entendre. J'aurais fait quoi pour que tu m'écoutes ? Je t'aurais couru après ?
Référence non cachée au fait que courir, il ne pouvait justement pas. Je l'ai fixé avec l'expression la plus flippante que j'avais en stock, mais lui ça ne l'a pas fait revenir sur ses paroles comme Fuyuki était revenu sur son idée de se barrer.
Il m'a simplement renvoyé mon regard, attendant que je cogite sur ses paroles. Il savait que j'y réfléchirais forcément au lieu de prendre la mouche et de me casser, mettant ainsi à terme à cette discussion avant même qu'elle ne commence. Pourtant j'aurais bien voulu le faire.
Mais il avait raison. Je ne l'aurais pas écouté s'il avait pris l'initiative. J'essayais trop fort de ne rien voir pour seulement envisager de l'écouter. Lui il avait sans doute remarqué ce qu'il se passait depuis le début. J'avais réagi de manière stupide et enfantine et je n'aimais pas le reconnaître. Je me suis détournée en première et il a poursuivi :
- De toute façon, sans ta bonne volonté, Fuyuki n'aurait pas daigné écouter non plus.
Son évocation a ramené notre attention sur le blond qui nous regardait bras croisés dans une attitude de défi. Il disait clairement que si on pensait qu'il coopérerait, on se mettait le doigt dans l'œil jusqu'au coude.
- Bon, maintenant on y est alors puisque tu as l'air d'avoir tellement de choses à dire, autant que tu commences Dan, lui ai – je dit.
- Je vois que je suis quand même le seul à être de bonne volonté. Tant pis. Partons de la base, Fuyuki est jaloux.
- Putain, mais bien sûr que je suis jaloux ! Vous êtes deux imbéciles ou quoi ?
Je m'étais attendue à beaucoup de chose. Mais pas à ce qu'il explose comme ça d'un coup au bout d'une phrase seulement. Moi, à sa place, je n'aurais jamais admise que j'étais jalouse. Même si tout le monde l'avait deviné et que ça m'obligeai à faire preuve d'une mauvaise fois monumentale.
En même temps, je n'avais pas grand monde de qui être jalouse dans ce groupe. Pas pour les mêmes raisons que Fuyuki du moins. On l'a regardé avec des yeux ronds et il a dû se rendre compte qu'il avait très légèrement crié.
- Et c'est une raison valable pour m'en vouloir ? a demandé Dan.
- A qui d'autre veux – tu que j'en veuille ? C'est pas Gen ou Isamu qui l'a embrassé, que je sache.
Non, mais franchement, vous y croyez vous ? On était quelque part perdu dans Tokyo, entourés de je ne sais combien de zombies dont certains en pleine mutation, sans électricité, avec des vivres qui commençaient à sérieusement se réduire, une menace de mort au dessus de la tête et on se disputait pour une histoire d'hormone. Franchement, comme situation, on aurait pas pu trouver plus stupide.
- Bon, ça suffit.
Je n'avais pas parlé fort, mais ça les a coupé au début de l'engueulade monumentale qui aurait sans doute éclaté. Bien. Isamu avait raison, c'était moi le noyau de l'histoire. A moi d'arrêter ça net.
- Vous vous comportez comme des idiots, et moi aussi. Alors voilà ce qu'il va se passer : rien du tout. Avec aucun de vous deux. Dites vous que je me suis laissée emporter et que j'ai changé d'avis. Maudissez moi, mais pitié réconciliez vous et allons chasser les zombies dans la joie et la bonne humeur.
Voilà, pour moi c'était la meilleure solution. Je n'aurais même jamais dû m'engager là dedans d'ailleurs. Dan m'avait rappelé que je ne voulais pas ce genre de complication et d'accord j'avais dit que je m'en moquais. Quoi, je n'en fais qu'à ma tête ? C'est seulement maintenant que vous vous en rendez compte ?
Bref, il ne manquait plus qu'une sortie théâtrale et ça aurait été parfaite. J'avais d'ailleurs détourné les talons avec l'idée de les laisser recoller les morceaux pour que tout reparte comme avant, mais bien sûr, il a fallu que Dan l'ouvre et dise la seule chose qui aurait pu m'arrêter :
- Pourquoi ne se passerait –il pas quelque chose avec nous deux au lieu de rien du tout ?
Je me suis figée. Celle là, je ne m'y étais pas attendue. Ça ne m'avait même pas traversé l'esprit, à vrai dire. Gérer une relation avec un seul homme c'était déjà les montagnes russes pour moi, alors avec deux ? On a tous notre fantasme secret avec des amants multiples (je le tiens de mon psy alors allez vous faire voir), mais dans la vie réelle deux hommes c'est un de trop.
J'aurais dû m'en aller et faire comme si je n'avais rien entendu. Mais il m'a tellement surprise sur le coup que je n'ai pas pu m'empêcher de me tourner vers lui et demander :
- Est-ce que tu aurais l'amabilité de répéter ce que tu viens de dire ?
- Je viens de dire qu'au lieu d'avoir aucun de nous deux, tu pourrais envisager de prendre les deux.
- Pourquoi tu dis ça? me suis –je horrifiée.
Faut croire que ma réaction avait quelque chose de comique parce que Dan n'a pas pu s'empêcher de sourire.
- Hé, je suis d'accord avec elle, pourquoi tu dis ça ? est intervenu Fuyuki.
- Parce que, a répliqué Dan une fois son accès d'hilarité étouffé, je savais comment elle réagirait. Je savais qu'elle nous enverrait tout simplement balader tous les deux.
C'est assez énervant d'être prévisible à ce point. Je ne savais pas ce que j'allais faire deux jours plus tôt et lui il le savait avant moi. Non franchement, ça n'est vraiment pas correcte. J'avais beau savoir qu'il me connaissait vraisemblablement mieux que moi-même, ça ne m'a pas empêchée de grogner de dépit. Parce que du coup, il avait eu tout le loisir de réfléchir à ce qu'il devait faire pour obtenir ce qu'il voulait. Et donner le temps à Dan de faire chauffer ses neurones, ça n'est jamais bon… pour moi.
- Et je suis fermement décidé à ne pas la laisser "changer d'avis" comme elle l'a si bien dit. Partager ne me dérange pas.
- Pourquoi tu fais ça ? Non, sérieusement Dan, ai – je ajouté en le voyant ouvrir la bouche. Ça n'est pas comme si j'étais la seule femme sur terre, ni comme si tu ne le savais pas. Et de toute façon, je ne crois pas qu'on puisse tomber amoureux dans nos conditions de vies.
- Déjà, pour ton information, tu es la seule femme à des kilomètres à la ronde, si on compte que je ne tiens pas spécialement à tenter ma chance avec une zombie. Ensuite, je n'ai jamais dit que j'étais amoureux.
OK. J'ai dû avoir l'air aussi surprise que j'en avais l'air parce que pour la deuxième fois en quelques minutes il venait de me prendre au dépourvu. Finalement, l'information est arrivée dans mon cerveau qui c'est remis à fonctionner. Bon, d'un côté ça n'était pas si mal qu'il ne soit pas amoureux, mais de l'autre c'était quand même un chouïa vexant.
- Mais raison de plus ! Je ne vois pas pourquoi le problème se pose alors?!
- Ah, mais parce que je veux quand même sortir avec toi. Et Fuyuki le veut aussi et donc on en revient à notre problème de base.
- Je ne te comprends vraiment pas. Pourquoi ?
- Faut que je te l'explique ? Même Fuyuki a compris.
Le "même" qui voulait dire ce que ça voulait dire, n'a pas fait frémir le blond. Il regardait Dan comme s'il venait soudainement de le voir vraiment pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient. Mais j'étais visiblement plus lente à la détente que lui puisque si je comprenais que j'étais visiblement passé à côté d'un truc gros comme une montagne, je ne voyais pas lequel.
- Oui, vas –y explique moi.
Je me sentais un peu stupide de le demander, mais j'aime bien comprendre ce qui m'échappe, surtout quand ça me concerne. Il m'a fixé un moment, cherchant visiblement comment répondre à ma demande avant de finalement déclarer :
- Tu ne vois pas en moi un handicapé mais une personne à part entière. Tu me traites exactement comme tu traiterais Fuyuki, il n'y a aucune pitié en toi. Certains diraient que tu es plutôt impitoyable d'ailleurs.
- C'est une plainte ?
- Non, une constatation. Une simple constatation. Quand tu me regardes, tu vois "Dan", pas une personne handicapée. Tu ne t'es jamais dit "ah si seulement Dan n'était pas handicapé", tu m'as pris comme je suis. Tu ne te rends même pas compte de combien c'est important pour moi. De ce que ça m'apporte. C'est avec une personne comme toi que je veux faire ma vie, pas avec quelqu'un dont je pourrais éventuellement tomber amoureux et qui me ferait perdre ça. Et si on meurt tous demain, au moins je n'aurais pas de regrets.
- Mon frère… ai –je commencé.
- Si tu me comparais vraiment à ton frère, tu ne m'aurais pas embrassé.
Il n'a pas tord sur ce point là. Si je l'avais apparenté à un grand frère je ne l'aurais pas embrassé et je n'y aurais même pas songé. On ne pense pas à embrasser son frère. Pour le reste… Ben je ne voyais pas vraiment de quoi il voulait parler. Je n'avais pas l'impression d'être si impitoyable que ça. Quand bien même je le laissais toujours se débrouiller tout seul, je le gardais à l'œil si jamais il avait besoin d'aide. Je faisais ça pour chacun d'eux. Mais il était clair et net que je m'en foutais royalement de son handicap. J'étais au moins d'accord sur ce point.
- Ça ressemblait à une déclaration, ai –je finalement dit, faute de mieux.
- Je crois que s'en était une.
Qu'est ce que j'étais censée répondre à ça ? Je n'en savais foutrement rien. Et je ne le sais pas plus maintenant. Mais je peux vous dire que c'était plus terrifiant d'entendre ça que de faire face à tous les zombies mutés du monde. Parce que je ne voulais pas le faire souffrir.
Je ne voulais faire souffrir aucun des 4 hommes qui m'accompagnaient, de quelque façon que ce soit. J'ai nerveusement tiré sur mes mèches de cheveux et j'ai parcouru les alentours du regard, cherchant désespérément quelque chose à quoi me raccrocher et qui me donnerait une idée de quoi répondre. Au lieu de quoi, j'ai croisé les yeux de Fuyuki. Je pouvais presque voir les rouages de son cerveau tourner à plein régime derrière ses pupilles bleues.
- Ok, moi ça me va aussi, a t –il finalement déclaré.
- Bien, a apprécié Dan.
- Oh, minute ! Temps mort, suis –je intervenue. Tu te rends compte que tu es en train de parler de…
Et là, j'ai bien été obligée de m'arrêter avant la fin de ma phrase. Parce que je ne savais pas dire en japonais "ménage à trois". Il a fallu qu'on repasse à l'anglais et qu'on argumente quelques minutes avant qu'ils comprennent de quoi je parlais et qu'ils ne me donnent le mot approprié en japonais. Je déteste tellement que le fait que je sois une étrangère se voit ! Encore plus que d'habitude, s'entend.
- Tu essayes de nous caser en ménage à trois, ai-je repris. Et ce genre de chose ça ne marche que dans les livres. Et encore, pas toujours.
- Ouais, ben les zombies sont aussi censés rester dans les livres et les films, m'a très justement fait remarquer Fuyuki. Et moi je les trouve bien réels pour des créatures de fictions.
- Et si je dis non?
- Je ne crois pas que ça changera le fait qu'on veuille sortir avec toi, m'a très doctement fait remarquer Dan.
Pas faux. Mais est ce que je pouvais décemment accepter ? Ça ne me semblait pas correcte. En fait, dans la situation inverse moi je n'aurais jamais accepté un tel truc. Je ne suis pas prêteuse en amour. Comme la plupart des gens, je pense.
- Qu'est ce que tu as à perdre en acceptant ?
- Si ça ne marche pas, la situation deviendra franchement délicate. Peu importe la raison pour laquelle ça pourrait foirer. On ne peut pas se permettre de mettre notre survie en jeu pour quelque chose de pareil.
- Et si tu refuses, tu crois que tout va redevenir comme au début ? s'est enquis Dan avant de répondre à sa propre question : Non, tu ne le crois pas. Tu sais aussi bien que nous que le retour en arrière n'est jamais possible. A moins que ça soit simplement parce que tu as peur.
J'ai failli mordre à l'hameçon et me fâcher. Et là j'aurai perdu le peu de contrôle que j'avais sur la situation. Dan est un foutu manipulateur. J'ai souri, mais c'était un sourire dur, pas vraiment amusé.
- Tu n'es qu'un foutu manipulateur Dan, lui ai –je lancé exactement comme je l'avais pensé.
- Je le vis plutôt bien, a t –il rétorqué sans nier. Mais tu remarqueras que je n'énonce que des vérités.
Je l'ai fusillé du regard avant de me tourner vers la troisième personne de notre trio d'imbécile qui était bien trop silencieuse. Je me suis figée. Il avait un regard triste et coléreux à la fois mais quand il s'est rendu compte que je l'avais remarqué, c'est la colère qui a pris le dessus. La colère est toujours une bonne protection. Je dis ça parce que je m'en sers aussi quand je ne veux pas qu'on sache ce que je ressens vraiment.
- C'est bon, si tu ne veux pas de moi, tu ferais mieux d'avoir l'honnêteté de le dire.
J'avais sauté à pied joint sur son ego masculin apparemment. Du moins, c'est comme ça que je l'ai interprété. Alors que ça n'était pas mon intention.
- Ça n'est pas ça, ai –je répondu.
- Te fous pas de moi. Si il y avait juste Dan, tu ne te serais même pas posé de questions.
- C'est vrai, mais si ça avait été juste toi, je ne m'en serais pas posé non plus.
Il a fallu le silence suivant ma déclaration pour que je ne me rende compte que je ne l'avais pas seulement pensé, mais aussi dit. Ça c'était gênant. J'ai croisé les bras et j'ai détourné regard, décidée à ne pas en rajouter une couche. J'aurais pu essayer de nier, mais alors j'aurais menti.
Je ne me suis pas p
osée de question pour Dan. Et c'est vrai que si les situations avaient été inversées, si ça avait été Fuyuki qui avait pris l'initiative je ne l'aurais pas repoussé. Et si ça avait été Dan qui avait piqué une crise de jalousie, je me serais retrouvée exactement au même point.
Mes relations avec les deux ne sont peut être pas les mêmes, mais elles sont d'intensités égales. J'avais besoin d'eux à mes côtés. Plus que je n'avais besoin d'Isamu et Genjiro. Cruel, mais véridique. Ils sont les deux personnes de qui j'étais, je suis et serais le plus proche. Était – ce réellement un si grand sacrifice, un si grand risque que d'essayer de sortir avec les deux ? Dilemme.
Pendant notre "aventure" parmi les zombies, je n'ai jamais regretté d'être la seule femme au milieu des 4 hommes. Sauf à ce moment là. J'aurais bien voulu avoir une amie sous la main, lui demander conseil. Lui demander si c'était bien, correcte, de sortir avec deux hommes à la fois. Je pense qu'on ne peut pas être amoureux de deux personnes en même temps, ni que les temps de guerre soient propice à ce genre de chose. Pour moi, ce genre d'amour est exclusif.
Et j'avais raison. Avec la fin de la guerre et les événements qui ont suivi, j'en ai eu la preuve. Au vu des circonstances c'était sans doute le mieux à faire. Mais quand les zombies ont disparu, l'idée qu'un ménage à trois pourrait fonctionner a également fait de même. Mon couple est actuellement formé que de deux personnes.
Je n'en dirais pas plus long maintenant. Nous n'en sommes pas encore là dans mon histoire. Pour le moment, nous sommes encore en plein cœur de l'ère des zombies. Au moment où j'ai obéi à Fuyki quand il m'a ordonné de fermer les yeux avant de m'embrasser, scellant notre accord d'un baiser.
La parenthèse scientifique de la semaine :
Je reviens sur le fait que Sasha est incapable de réguler sa température.
En fait, je suis partie du fait que les zombies sont insensibles à la douleur (sinon ils s'écrouleraient en hurlant quand on les attaque et ils seraient bien moins dangereux). Comme Sasha a été partiellement contaminée, je lui ai attribué cette capacité (et contrairement à ce que vous pensez, être insensible à la douleur n'est pas un si grand bénéfice que ça). Or, les personnes atteintes dans la réalité de cette incapacité de sentir la douleur ont aussi des problèmes de régulations de température. Les deux sont liés ! Même si je suis incapable de vous expliquer pourquoi.
Voilà, pour ceux qui s'interrogeait sur le pourquoi de cette chose vous avez à présent la réponse !
A suivre...
