Coucou les loulous !
'Faut absolument que je m'excuse, parce que je crois que je suis en retard d'un peu plus d'un mois pour ce chapitre... promis, je ne disparais pas ! J'ai toujours quelques chapitres d'avance (exactement, j'en ai 6 à l'heure où je vous poste ce chapitre), seulement, étant donné que j'ai eu beaucoup de mal à écrire ces derniers temps, j'ai tenu à avoir fini d'écrire un chapitre (futur, donc) avant de vous poster celui-ci. Et puisque je viens à peine de finir de taper le chapitre 31, eh bien, voilà pour le chapitre 24 !
Promis, j'essaie de me remettre à une publication régulière. (Tous les mercredis sur deux, donc !)
Alors, alors ! Encore une fois, un énorme merci à Courtney Ackles, qui a l'air décidée à ne pas me lâcher (et sincèrement, c'est super cool. Merci. De tout mon coeur) pour sa dernière review. Effectivement, le fait que Morgane ne veule pas parler de son secret à Yliana risque de ne pas amener que des choses très agréables, et il en est de même pour Castiel envers Dean. Quant à la nature des conséquences de ces secrets... héhé. Tu verras. J'espère vraiment que ça va te plaire.
Précédemment, dans la Volonté de l'Ange: Souvenez-vous, Morgane papotait enfin avec Castiel et apprenait qu'elle était un ange déchu, puis décidait de ne rien dire à Yliana, de peur que son passé devienne soudain trop réel, alors qu'elle n'a que faire de sa nature surnaturelle. Entre temps, Sam et Dean apprenaient par Vincent qu'Alice ne se porte pas bien, et qu'elle risque à tout moment de péter les plombs - c'est en fait un mensonge de la part de Vincent, qui souhaitait simplement éloigner les Winchesters afin de pouvoir voir Crowley, résidant au bunker après qu'il se soit laissé capturer par nos deux frères chasseurs. Mais lorsque Sam et Dean arrivent chez Alice, ils se rendent bien compte que quelque chose ne va pas, en effet. La jeune fille est couverte de marques de scarifications, par lesquelles s'échappent la fumée noire si caractéristique aux démons. Sam est le seul à les voir, et il promet à Alice de l'aider, et surtout de ne jamais rien dire à quiconque sur ces marques. Ailleurs, loin de tout ça, Alex est toujours à l'hôpital et se remet difficilement de la perte de sa jambe, Eléonore à son chevet.
On se retrouve directement après l'arrivée de Vincent dans la pièce où Crowley se trouve dans le bunker. Il me tarde de vous faire découvrir ce chapitre. Il fait partie de ceux que j'ai le plus aimé écrire. J'espère que vous prendrez plaisir à le lire !
Comme d'habitude, plusieurs trigger warnings ici, mais un surtout, auquel je veux que vous prêtiez une attention toute particulière : le sexe en guise de technique d'automutilation. Ouais, c'est du spoiler de vous le préciser ici, mais c'est important que celleux qui seraient sensibles à ce genre de terme soient au courant avant de lire. Et encore une fois, si vous souhaitez ne pas lire ce chapitre, dites-le moi en commentaire, et je ferai un petit résumé pour le prochain.
Warnings: mention d'automutilation (scarification), self-harm sex (sexe utilisé pour s'automutiler), dépression, PTSD, donc plein de trucs joyeux en fait.
Chapitre 24 : Embrasse-moi II
- Tu as un très grand potentiel.
Le sang de Vincent se glaça dans ses veines, et une sueur froide roula le long de sa colonne vertébrale. Avait-il bien entendu ?
Du calme, songea-t-il. C'est un démon. Il fera tout pour t'amadouer.
- Tu ne me crois pas ? Continua Crowley, impassible. Dans ce cas-là, demande-toi ce que tu fais ici. Mais si je ne me trompe pas sur ton compte, tu sais déjà pourquoi tu es venu me voir.
C'est de la curiosité malsaine. Rien d'autre.
Mais Vincent ne prononça pas un mot. Il savait que c'était plus compliqué que cela, seulement, il n'osait pas se l'avouer. Durant les longues heures où il avait été en présence de Gyrth, dans le corps d'Alice, le jeune garçon avait découvert à quel point il existait des créatures puissantes dans l'univers. Lui qui se croyait capable de tout, la réalité l'avait heurté de plein fouet, implacable, brutale et cruelle. Il était faible. Si faible qu'il n'avait pas pu protéger qui que ce soit. Si inutile qu'il n'avait servi à rien, même lorsqu'il avait essayé de se mettre en travers du chemin du démon tortionnaire. Il n'y était pas resté bien longtemps et il n'avait pas pu épargner ses amis d'une insupportable douleur.
Mais surtout, et putain, c'était peut-être le plus important, il n'avait pas pu empêcher sa propre douleur.
Durant les quelques heures où il avait été suspendu au plafond, puis aplati au sol comme un vulgaire animal tenu en laisse, la réalité était apparue à Vincent comme si l'on avait relevé un voile opaque. Il était faible, il n'avait servi à rien, et puis, merde, cela voulait sûrement dire qu'il était un peu stupide. Qu'il n'avait pas d'assez grands pouvoirs pour mener sa vie à bien.
Et puis l'accident lui était revenu en mémoire.
Il ne datait pas tant que cela, mais Vincent avait l'impression que toute une vie s'était déroulée entre temps. Il jouait avec son groupe, faisant voler ses baguettes en tous sens, martelant ses percussions au rythme de la musique dans le casque sur ses oreilles, faisant résonner les timbales cuivrées, précis au centième de seconde près, abaissant ses poignets avec une incroyable précision, habitué à être mathématiquement exact. Le chanteur tirait alors sur ses cordes vocales, enchantant la petite sale underground du bar où ils avaient eu la chance de pouvoir jouer, et soudain, la guitariste pressait les premières cordes…
Et puis un cri.
D'abord, ce fut les spectateurs – un cri de mécontentement au début, puis de déception, et enfin de douleur. L'ingénieur du son s'était précipité vers l'ampli relié à la guitare pour tout débrancher en tirant sur les fils, mettant brusquement fin au son strident qui avait eu le temps de créer un écho tout autour des musiciens.
Après quelques minutes, l'ingénieur avait amené de nouveaux câbles qu'il avait en réserve, ils avaient de nouveau rebranché, vérifiant plusieurs fois que tout marchait correctement, et le groupe avait pu reprendre leur petit concert. Vincent avait les oreilles qui sifflaient, mais les autres aussi.
Un mois plus tard, les oreilles de Vincent sifflaient toujours. Mais qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire ? Il était batteur, obligé de s'entraîner avec un casque sur les oreilles pour ne pas s'abîmer les tympans. S'il avait les oreilles qui sifflaient, c'était bien normal, non ?
Mais les oreilles des membres de son groupe, eux, ne sifflaient plus du tout. Et surtout, aucun d'entre eux ne demandait aux autres de répéter chacun de leurs mots parce qu'ils ne s'entendaient pas mutuellement. Non, seul Vincent portait les séquelles de cet accident stupide. Avec ses parents, il était allé consulter un spécialiste qui avait été catégorique.
- Mon grand, il ne faut plus que tu écoutes la musique aussi fort.
- Mais, monsieur, je suis musicien, je suis batteur, j'ai un groupe, j'peux pas les laisser tomber !
- Je suis désolé. Soit tu arrêtes, soit tu deviens complètement sourd d'ici une dizaine d'années.
Vincent s'en souvenait encore. Il ne se souvenait pas vraiment de l'accident en tant que tel, ni même de son dernier concert. Mais les paroles de ce docteur, ça, oui, il s'en souvenait parfaitement. Soit tu arrêtes, soit tu deviens complètement sourd d'ici une dizaine d'années.
Le blondinet avait bien essayé de faire fi de ce conseil, mais il s'était vite rendu compte que c'était impossible – non seulement il n'entendait plus assez bien, mais surtout, il avait mal à chaque nouvelle répétition. Même avec son casque. Et il n'arrivait plus à entendre non plus le bassiste gratter ses cordes, et il devait tout entendre, il ne pouvait pas se permettre de deviner les changements de rythme des autres et de s'adapter à eux. Leur musique devenait discordante, arythmique, sans queue ni tête, mais Vincent continuait à frapper ses percussions, de douleur comme de rage, sans remarquer qu'il n'avait plus le pouvoir de jouer.
Alors, du jour au lendemain, il avait coupé tous les ponts. Avec ses amis, avec son groupe – s'il avait pu le faire aussi avec sa famille, il n'aurait pas hésité. Puis, en traînant les pieds, son égo enterré six pieds sous terre, il avait pris rendez-vous pour un appareillage auditif.
Il avait perdu le pouvoir de faire ce qu'il voulait. Vincent était devenu… un vincent. Un gosse qui ne pouvait pas se démerder seul, un gamin des rues sans aucun talent, un mec bizarre qui ne laissait approcher personne, de peur de ne pas pouvoir supporter leurs regards compatissants.
Et surtout, il ne devait plus décevoir qui que ce soit. C'était au-dessus de ses forces.
Il leva les yeux et s'enfonça profondément dans ceux de Crowley, rieurs, moqueurs, dominants. Il s'abandonna à la lueur rouge qui se nichait là, et s'interdit de détourner le regard.
- Tais-toi, ordonna-t-il d'une voix forte. Arrête de jouer au chat et à la souris. Dis-moi plutôt ce que tu peux faire pour moi.
Soit tu arrêtes, soit tu deviens complètement sourd d'ici une dizaine d'années.
Tu deviendras complètement sourd d'ici une dizaine d'années.
D'ici une dizaine d'années.
Dix ans.
- Il faudrait te décider, Vincent, susurra Crowley d'une voix de serpent. Veux-tu que je me taise, ou que je parle ?
Et brusquement, sans prévenir, Vincent perdit tout contrôle de lui-même. Mué par son désir sauvage d'obtenir ce pour quoi il était venu, il traversa la minuscule pièce en quelques pas, passa par-dessus le pentagramme tracé au sol, s'empara de la chaîne reliée au cou de Crowley, et tira sans ménagement vers lui.
- Tu peux m'offrir quoi, si je te laisse mon âme dans dix ans ? Cracha-t-il.
Le sourire de Crowley s'élargit encore, si c'était possible. Il n'avait même pas eu besoin de le travailler davantage… ce gosse se donnait déjà à lui, s'abandonnait littéralement corps et âme, et se plaçait volontairement dans ses griffes. Le démon dut se retenir de rire, mais ses yeux brillaient d'un mélange d'hilarité, de fierté, et de folie. Les chaînes mordaient dans la fine peau de son cou, mais ce n'était qu'un plaisir de plus. Il n'était pas sûr d'avoir bien choisi, mais il était face à une évidence plus claire que l'eau pure à présent – Vincent était l'humain dont il avait besoin. Le blondinet était plein de rage, empli de colère, et saurait se montrer indomptable. Exactement ce dont Crowley rêvait.
Finalement, j'ai toujours un flair pour ce genre de choses.
- Tout ce que tu désires, répondit-il. Moyennant un prix plus ou moins grand, je peux t'offrir tout ce que tu me demandes, et ce n'importe quoi. La seule conséquence et que dans dix ans… tu meurs, mais je t'accueillerai à bras ouverts dans mon palais.
Enchaîné, et ton sang se répandra sur chacun des carreaux qui recouvrent la salle de mon trône, tes cris seront la seule musique que j'écouterai jusqu'à trois siècles après ta mort…
- Tu seras un invité de marque. Je te traiterai comme il se doit. Dois-je me répéter ? Tu m'intéresses, Vincent. Enormément. Tu n'as qu'une chose à dire : que veux-tu ?
Vincent, la colère brûlant toujours chaque parcelle de son corps, les nerfs tellement à vif que Crowley pouvait quasiment les voir pulser à travers la peau de ses bras, de son cou, de ses tempes, lâcha la chaîne du démon et recula d'un pas, hors de portée de ses mains.
Comme si ça suffisait.
- Je veux tout.
Crowley haussa les sourcils.
- Il va falloir être un peu plus spécifique que ça, mon grand. « Tout » peut vouloir dire de nombreuses choses, mais je suis persuadé que le mot n'a pas la même signification pour toi que pour moi.
Vincent cracha sur le côté et prit une grande inspiration, ne brisant sa concentration.
- Je veux être surnaturel, dit-il. Je veux entendre mieux que les autres humains. Avoir une grande force physique. Un pouvoir de persuasion, aussi. Pouvoir voir parfaitement bien, même plus que parfaitement bien. Je veux pouvoir lire dans les pensées des gens quand j'en ai envie. Je veux avoir un sixième sens, être conscient de tout ce qui se trouve autour de moi, mais que je peux activer que quand je veux. Je veux une batterie – une grosse batterie, et une pièce insonorisée pour m'entraîner. Je veux être capable de faire tout ce dont j'ai envie, quand je veux.
Quand Crowley fut certain que Vincent avait fini, il siffla. Le gosse n'était pas dénué d'ambition – et il avait regardé beaucoup trop de séries télé et de films de super-héros.
- Tu ne me demandes pas d'être beau, riche, entouré de belles femmes, ou de beaux hommes ? C'est ce que je fais d'habitude, nargua le démon.
- Tu veux dire que j'en demande trop ? J'trouve ça pas cher payé, pourtant, l'éternité damné en enfer.
- Certes, répondit le Roi des Enfers en penchant la tête sur le côté.
- Et puis, avec un gros pouvoir de persuasion, je peux avoir ce que je veux.
- Mhm… Tu es sûr de ton choix ?
Vincent ne répondit pas cette fois.
- Une fois que tu as sauté le pas, tu ne peux revenir en arrière. Dans dix ans, je viendrai te chercher.
- Ouais, ben, dans dix ans, j'aurais bien vécu.
- C'est ce qu'ils disent tous, ricana Crowley.
- Allez, dépêche-toi, ils vont pas tarder à revenir sinon.
Crowley, qui savait pertinemment que les Winchester n'étaient pas près de revenir, puisque, comme il pensait, Vincent les avait envoyé chez Alice, l'ex petite possédée, décida de prendre son temps et de creuser un peu plus la tombe de Vincent autour des pieds du garçon.
- Puisque tu me demandes beaucoup de choses, mais que tu es encore jeune, je peux te proposer quelque chose, minauda-t-il.
Vincent tapa sa cuisse d'une main, et de l'autre, caressa un de ses appareils.
- C'est quoi ?
- Je te propose de ne venir te chercher que dans quinze ans, voire vingt si tu t'en prends bien, à la seule condition de m'obéir lorsque je te demanderai de faire quelque chose pour moi. Qu'en penses-tu ?
Le blond fronça les sourcils.
- De toute façon, tu vas me faire faire des trucs que je veuille ou non. J'pense pas que tu vas rester bien longtemps ici, et quand tu sortiras, tu pourras me tuer quand tu voudras si je t'emmerde. Alors pourquoi tu prends la peine de proposer ça ?
- C'est à prendre ou à laisser, soupira Crowley, ennuyé. Je t'accorde vingt ans, tu fais ce que je te demande, et je te donne tout ce que tu demandes.
Vincent ne réfléchit pas longtemps, son choix étant déjà fait.
- Deal.
Il prit une grande inspiration et ferma les yeux… et les rouvrit quelques secondes plus tard pour faire face à l'hilarité de Crowley.
- Que fais-tu ? S'enquit celui-ci, au bord des larmes.
- Ben, j'attends que tu fasses c'que je t'ai demandé.
Cette fois-ci, le démon pouffa pour de bon.
- Ça ne se passe pas comme ça, gamin, parvint-il à dire entre deux crises de fou-rire. Il faut d'abord un acte pour sceller notre accord.
Crowley vit Vincent se retenir de le frapper. Les mots qu'il prononça par la suite n'en furent que plus délicieux.
- Faut que je fasse quoi ?
Le Roi des Enfers interrompit sa respiration, faisant durer le suspense, poussant Vincent à bout, l'emmenant au bord du précipice, avant de brusquement lâcher sa main :
- Embrasse-moi.
Le toucher de sa main. C'était le toucher de sa main qui avait fait s'évacuer tant de fumée d'un coup. Elle n'avait pas pu le voir, s'étant déjà évanouie, mais elle l'avait senti – comme un vide qui se faisait en elle, une nouvelle sensation ancienne qui refaisait surface. Un terrain en friche qui ne demandait qu'à être battu et entretenu. Oh, Alice aurait tout donné pour pouvoir se jeter sur ce terrain et s'en occuper sur le champ. Malheureusement, aux frontières, elle pouvait sentir la fumée noire attendre, guetter le moment où elle relâcherait son attention, ne serait-ce qu'une demi-seconde, pour reprendre ce terrain vierge de force.
Mais le toucher de la main de cet homme l'avait fait partir, et putain, elle avait besoin de plus.
C'était comme lorsqu'elle se retrouvait dans la baignoire de l'étage, comme lorsque la lame glissait sur sa cuisse et faisait jaillir le sang souillé de ses chairs. Mais ce n'était pas exactement vrai ; c'était la même chose, mais en mille fois plus intense.
Et ce n'était qu'une main sur ma cuisse.
Momentanément, elle s'était abandonnée à la sensation de vide grandissante en elle, et elle avait perdu le contrôle de son corps. Mais à présent qu'elle savait à quoi s'attendre, elle pouvait retenter l'expérience sans perdre les pédales. Elle en était à peu près sûre.
Mais ce n'était pas la sûreté qui l'intéressait à présent. Mieux, c'était le « à peu près », cette simple expression qui la mettait au défi de faire mieux que précédemment, de faire mieux que ce qui était en son pouvoir. Alice voulait faire mieux. Elle voulait se prouver qu'elle pouvait faire mieux.
Cependant, elle ne savait pas si elle pouvait faire mieux ou pas.
Mais elle était sûre. Presque sûre. Presque.
Elle jura intérieurement, ce qui ne lui arrivait que rarement, mais de plus en plus fréquemment ces derniers temps.
- Sam ? Demanda-t-elle.
Aussitôt, l'homme d'âge mûr qui lui tenait fermement la main releva la tête :
- Oui, Alice ?
Il lui avait fait une promesse, celle de ne rien dire à qui que ce soit, mais elle ne pouvait pas être certaine qu'il la tiendrait. Alice savait que Sam était un homme, et qu'il avait besoin d'autre chose. Subrepticement, elle s'étira de telle manière à ce que le haut qu'elle portait remonte jusqu'à la naissance de sa poitrine nue. Alice n'avait pas jugé nécessaire de mettre un soutien-gorge.
- Pourrais-tu faire quelque chose pour moi ? Demanda-t-elle sur un ton le plus innocent possible.
Elle voulait qu'il ait une image blanche, immaculée d'elle, une image de sainte en robe de satin, une image si pure qu'il serait irrévocablement obligé de la souiller de ses mains. Oh, comme Alice avait besoin d'être souillée. Elle avait besoin des grandes mains de cet homme sur sa peau, elle avait besoin qu'on déchire ses chairs de l'intérieur, elle avait besoin…
- Bien sûr, s'empressa-t-il de répondre, serviable. Tout ce dont tu as besoin.
Besoin de se retrouver nue contre lui, nue et fragile, si fragile qu'il aurait irrémédiablement envie de la briser, de la déchirer de l'intérieur, de la marquer et de la rendre sienne jusqu'à ce qu'elle lui soit totalement assouvie. Et à vrai dire, Alice se fichait de son propre assouvissement. Elle désirait seulement la douleur, la terreur, et bordel, elle avait besoin de sentir quelque chose de vrai.
- Embrasse-moi, souffla-t-elle, n'y tenant plus. S'il te plaît.
Sam se pencha en avant, et Alice se tendit vers lui, tous les membres de son corps à la recherche du tiraillement que ses mains, larges et masculines, allaient lui causer. Putain, elle voulait être déchirée de l'intérieur. Elle voulait sentir, elle voulait avoir mal, et elle voulait se retrouver enfin tout à fait elle-même, et Sam était la clé de ce paradis sans nom.
Il l'embrassa sur le front.
Incapable de se retenir, elle le gifla. Fort. Et même si elle ne possédait plus la force conférée par Gyrth, elle n'était ni frêle ni faible. Elle le gifla de toutes ses forces, et Sam tourna la tête sous le coup. Par réflexe, il leva la main, s'empara de son poignet, et tordit. Alice gémit et se cambra, réflexe idiot pour alléger la douleur de la prise.
- Embrasse-moi, répéta-t-elle. Sam, s'il te plaît, je t'en supplie, embrasse-moi…
Elle utilisa son autre main pour soulever complètement son t-shirt et dévoiler son torse nu à Sam. Ce dernier, complètement déboussolé, la lâcha brusquement en se rendant compte de ce qu'il se passait.
- Alice, ce n'est pas…
- Baise-moi, ordonna Alice sur un ton qui ne lui laissait aucune alternative. Quoi, je ne te fais pas envie ? Je ne suis pas assez belle pour toi ? J'ai la moitié de ton âge, ça devrait te faire plaisir !
Sam déglutit difficilement et se releva, mais Alice, le suivant des yeux, se releva elle aussi, le regard fou. Elle passa son t-shirt par-dessus la tête et l'envoya à travers la pièce, avant de se jeter littéralement en avant. Sam n'eut pas d'autre choix que de la retenir avant qu'elle ne heurte le sol, et il put sentir la poitrine de la jeune fille contre son torse.
- Je sais que tu n'as pas envie. Montre-le-moi ! Frappe-moi, Sam ! Gifle-moi, bats-moi, et baise-moi juste là !
- Alice, tu n'es pas –
Mais il fut brusquement bâillonné par les lèvres de la jeune fille contre les siennes. Il sut instantanément qu'elle n'avait jamais embrassé personne, ou bien, si elle l'avait fait, c'était autre chose qu'elle demandait aujourd'hui. Non pas de l'amour et de la tendresse, mais de la haine et de la violence, violence que Sam ne pouvait tout simplement pas lui donner.
Il recula la tête et repoussa la jeune fille autant qu'il pouvait sans lui faire de mal, mais elle était tenace.
- Alice, j'ai l'âge d'être ton père ! Ça suffit !
- NON ! SAM, S'IL TE PLAÎT !
Et alors que Sam tentait une énième fois, et succédait enfin, à l'éloigner de lui, elle hurla, perdant la tête :
- DETRUIS-MOI !
Le chasseur, qui s'inquiétait désormais que Dean n'accoure, suivi de près par Rita, la petite sœur d'Alice, ne put rien faire d'autre que presser la paume de sa main sur les lèvres d'Alice. Cette dernière se débattit comme un beau diable, refusant de se laisser faire, malgré sa demande.
- Alice, arrête ! Chuchota Sam, ne sachant plus comment s'y prendre. Arrête, Dean et Rita vont t'entendre !
Mais en guise de réponse, la jeune fille lui mordit la main. Sam se retint de lâcher une plainte de douleur sourde et se retira instantanément, laissant les lèvres d'Alice bouger de nouveau :
- Qu'est-ce que ça peut me foutre ? Fit-elle d'un ton plus bas. Je veux que tu me prennes là, que tu me déchires de l'intérieur. Je t'en supplie, Sam, j'ai besoin de ça. Je veux que tu me griffes, je veux que… je veux que… que ça s'en aille… s'il te plaît… je ne sais plus quoi faire… il faut… que ça s'en aille de moi… ouvre-moi, s'il te plaît, je t'en supplie, ouvre-moi et chasse tout ça, punis cette partie de moi, frappe-la de toutes tes forces, déchire-moi, s'il te plaît, Sam… Sam…
Alice tendait désespérément les mains en avant, agrippant le t-shirt de Sam pour le tirer vers le haut, refusant sa résistance. Mais des larmes de douleur et d'humiliation roulaient à présent sur ses joues.
- Sam ? Tout va bien ?
La voix de Dean fit brusquement sursauter son frère, qui chercha immédiatement à gagner du temps :
- Oui, oui, ne t'inquiète pas ! Continue à visiter la maison avec Rita. Tout va bien de notre côté.
Il baissa le regard vers Alice et ne put que contempler la défaite sur le visage de la jeune fille. Les mains tendues, les yeux écarquillés, elle s'était figée dans une position grotesque, bouche bée. Tout son corps était secoué de tremblements incontrôlables, et si Sam s'était écouté, il l'aurait immédiatement prise dans ses bras pour la consoler. Mais la réaction de la jeune fille lui était encore inconnue, et il ne voulait pas risquer de briser le lien qui s'était établi entre eux. Il voulait qu'Alice comprenne qu'elle pouvait se reposer sur lui. Malheureusement, il ne pouvait pas tenir ce rôle s'il la laissait parvenir à ses fins.
- Alice ? Fit-il d'une voix douce et calme. Tu es toujours avec moi ?
La jeune fille leva les yeux vers lui, et ce faisant, un léger son, comme un gémissement, s'échappa de ses lèvres entrouvertes. Elle cligna des yeux plusieurs fois, et parvint enfin à regagner le contrôle de son corps. Elle abaissa ses bras et secoua plusieurs fois la tête négativement.
- Je ne… Essaya-t-elle, sans parvenir à en dire davantage.
Elle se laissa tomber pour s'asseoir sur le canapé du salon, baissa le regard, sembla remarquer pour la première fois qu'elle était quasiment nue, et balaya des yeux le salon, à la recherche du haut qu'elle avait perdu. Sam, comprenant immédiatement ce qu'elle cherchait, ramassa le vêtement, et le lui tendit. Alice le prit mais, n'ayant pas la force de le passer par-dessus la tête, le plaqua simplement contre sa poitrine nue.
- Je ne sais plus qui je suis, parvint-elle finalement à souffler.
Sam pinça les lèvres et lui adressa un regard désolé.
- Tu te retrouveras, lui promit-il. Ça prendra peut-être du temps, mais tu te retrouveras. En attendant, te faire du mal, ou demander aux autres de te faire du mal, ne mettra pas fin à ta souffrance, Alice.
La jeune fille déglutit et baissa les yeux, se focalisant sur ses mains qu'elle tordait en tous sens, l'anxiété la gagnant peu à peu.
- Pourquoi ça m'arrive ? Murmura-t-elle comme pour elle-même, mais Sam savait qu'elle attendait une réponse.
- C'est l'une des questions les plus difficiles. La réponse est simple, mais pourtant plus complexe que tout le reste : c'est la vie. C'est comme ça. Ça n'arrive pour aucune raison particulière, et ça partira de la même manière. Tu comprends ?
- Non, déclara Alice d'une voix un peu plus forte et assurée. Non, je ne comprends pas, mais je suppose que c'est normal.
Sam sourit.
- C'est ça.
- On redescend ! Résonna la voix grave de Dean.
Alice sursauta et se rhabilla en un temps record. D'un coup de main, elle se rattacha les cheveux en une queue de cheval basse et fit signe à Sam de s'asseoir à côté d'elle. Ce dernier s'exécuta en entendant les lourds pas de Dean suivre ceux, légers, de la petite Rita dans les escaliers.
- Alors, Rita, Dean n'a pas été trop méchant avec toi ? S'enquit Sam.
- Non, c'était super, répondit la gamine pas plus haute que trois pommes. Je lui ai montré toutes mes poupées ! Il a dit qu'elles lui faisaient peur, je ne sais pas pourquoi, mais par contre il a beaucoup aimé celle avec les cheveux verts…
- Ils sont rouges, Moustique, intima Alice à sa petite sœur sur un ton maternel. Tu le sais, non ?
- Hier ils étaient rouges, Lice, mais aujourd'hui ils sont verts, j'ai décidé qu'ils étaient verts.
Alice sourit et leva les yeux au ciel, dans un mouvement qui fit sourire Sam. Une réaction de jeune adulte normale et bien dans sa peau.
- Ouais, ben moi, j'ai rien compris, fit Dean. Alice, ta petite sœur confond toutes les couleurs ! C'est normal à son âge ? Et toi, comment ça va, au fait ?
- J'suis daltonienne, monsieur Dean ! Je ne vois pas comme vous ! S'écria Rita, trahie.
- Oui, ça va beaucoup mieux, Dean, merci, répondit la jeune fille. Vous devriez y aller, maintenant, ma mère ne va sans doute pas tarder à rentrer, et elle risque de trouver étrange le fait que j'ai invité deux hommes d'âge mur à rentrer chez nous.
- D'âge mûr ? Grogna aussitôt Dean, sur le même ton que Rita quelques secondes plus tôt. On n'a même pas 40 ans !
- Le fait que vous disiez cela ne vous arrange pas, continua Alice en souriant malicieusement.
- Et de toute façon, elle a raison, intervint Sam. On devrait y aller. Il commence à se faire tard de toute façon… et puis on a laissé Vincent avec tu-sais-qui au bunker. Ce n'était d'ailleurs peut-être pas la meilleure idée du siècle.
- Mais Vincent a dit que…
- Vous avez parlé à Vincent ? Interrompit Alice. Je ne l'ai pas vu depuis des lustres. Commet va-t-il ?
Sam et Dean échangèrent un regard, et en une seconde ils tirèrent les conclusions correctes.
Le gosse nous a menti.
- Tu ne l'as pas vu ? Demanda Sam sur le ton de la conversation. Il va plutôt bien… je lui demanderai de passer te voir, si le cœur t'en dit.
- Oh oui, pourquoi pas, répondit Alice.
Mais la jeune fille n'était pas dupe. Elle n'était certes pas dans la meilleure des formes, mais son sens de l'observation était toujours aussi aiguisé. Elle sourit, et, lorsqu'ils franchirent le pas de la porte d'entrée, referma derrière eux, paisible.
- Lice ? Tu vas mieux maintenant ?
- Oui, Moustique, répliqua-t-elle du tac au tac. Ça va beaucoup mieux. Merci de si bien t'occuper de moi.
Rita monta l'escalier pour se rendre dans sa chambre en sautillant, l'insouciance peinte sur son petit visage qui ressemblait tant à celui d'Alice au même âge. Alice sourit durant tout le temps où Rita était dans sa ligne de vision. Dès le moment où sa petite sœur referma la porte derrière elle, son sourire disparut brusquement.
Rien n'était parti.
Pire encore, elle n'avait pas réussi à faire quoi que ce soit… et l'envie d'être déchirée de part en part était toujours présente en elle, faisant vibrer chaque cellule de son corps.
Elle jura pour elle-même. Elle était pourtant sûre de pouvoir… mais non, il avait fallu que ce type, Sam, ait une morale. Et une putain de bonne morale, en plus de cela. Elle s'était jetée sur lui, littéralement, et il n'avait pas levé le petit doigt… ou autre chose.
Alice était exténuée. Mais elle avait encore l'énergie pour faire une dernière chose avant de retourner s'isoler sous la couverture de son lit.
Le visage et l'esprit vide, elle monta à la salle de bain.
Alex se réveilla lentement dans les bras d'Eléonore. La brune n'avait pas quitté son chevet depuis qu'il s'était réveillé la première fois, et il lui en était reconnaissant. Jamais il ne l'aurait avoué, mais il redoutait de se retrouver seul, face à ses propres pensées. Car elles attendaient, patientes, aux frontières de son esprit, prêtes à le submerger, à le noyer complètement sous la noirceur de ses souvenirs.
Oh, il avait quasiment effacé les souvenirs de l'entrepôt, à présent. Il avait déjà dû effacer plusieurs évènements de ses pensées, si bien que ce n'était même pas difficile pour lui. S'il avait pu, il aurait effacé son propre corps. Mais il ne pouvait pas, et chaque fois qu'il se réveillait – et il dormait souvent, assommé de morphine – il devait faire face aux draps de son lit qui tombaient mollement sur le matelas, sans faire de bosse comme pour son autre jambe. Il devait faire face à la fine douleur, malgré les perfusions, qui irradiait de son moignon comme une sirène d'alarme défectueuse.
Alex avait bien essayé de bouger tout seul, mais pour le moment, il n'y arrivait pas. Il aurait bien aimé pouvoir se mettre debout et marcher, marcher jusqu'à chez lui, demander à Nadine de lui donner deux fleurs de lys, les plus blanches du jardin, puis d'en donner une à Eléonore avant d'aller déposer l'autre au cimetière, sur la tombe de son père. Sauf qu'il ne pouvait même pas se lever.
Il pinça les lèvres et, dans un vieux réflexe qui remontait à des années maintenant, se gratta l'intérieur du poignet – il se rendit compte bien vite de ce qu'il faisait, cela dit, et cessa.
Eléonore, s'apercevant qu'il ne dormait plus, se cala sur les coudes et le considéra avec un grand sourire.
- Alors, la Belle au Bois Dormant ? nargua-t-elle. Bien dormi, cette fois ?
- Mieux que la dernière fois, répondit sincèrement Alex. Je fais de moins en moins de cauchemar, c'est déjà ça.
C'était étrange. Il se souvenait encore de leur rencontre, à Eléonore et lui, et il ne comprenait pas très bien comment leur relation avait tant pu évoluer, et se changer en un lien fort de confiance mutuelle. Il pouvait – presque – tout dire à Eléonore, et jamais la culpabilité ne se montrait en lui. Ni même l'impression d'être égoïste, et encore moins celle de se plaindre tout le temps. Car elle l'écoutait. Elle l'écoutait vraiment, et il n'avait pas besoin de se justifier de quoi que ce soit, puisqu'elle l'entendait. Elle l'entendait, elle le voyait, elle le sentait.
Malgré son sixième sens, Alex ne s'était pas rendu compte de cela. Mais il était heureux qu'Eléonore, elle, s'en soit aperçue.
- Il y a du mieux, alors, répondit-elle d'un ton doux et chaud.
Elle se pencha en avant et posa délicatement un baiser sur ses fines lèvres. Alex fit du mieux pour sourire contre sa bouche.
- Quelque chose ne va pas ? S'enquit Eléonore, pas dupe, en se décollant de quelques millimètres.
Si près d'elle, Alex pouvait plonger dans ses yeux marrons qui brillaient d'un éclair de sensibilité. Il ne pouvait pas lui mentir… mais il pouvait oublier certains éléments.
- J'ai perdu ma jambe, fit-il sincèrement. Ça va être plus difficile de s'y habituer que ce que je pensais. Je sais que des millions de gens vivent avec une seule jambe, voire même sans, mais… j'ai quand même peur.
Les coins de la bouche de la jeune fille s'ourlèrent dans une sorte de demi-sourire désolé. Comprenant qu'elle ne pouvait rien dire qui le rassurerait suffisamment pour que la moue inquiète sur son visage disparaisse, avec la ride entre ses deux sourcils, elle passa plutôt un bras autour de son torse et se colla contre lui.
- Dis, Elé ? résonna la voix enrouée d'Alex, hésitante, dans la petite chambre blafarde de l'hôpital.
- Oui ?
- Est-ce que tu crois que tu pourrais m'aider à me lever ?
Il ne le vit pas, mais il put presque sentir les sourcils d'Eléonore se froncer, dans une moue qui lui réchauffa le cœur.
- Tu te sens prêt ?
- Il va bien falloir, au bout d'un moment, répondit-il, se donnant du courage à travers ses paroles. Et puis le docteur nous a dit, hier, que je pouvais, si j'étais soutenu. Sauf que j'ai pas des masses envie que ce soit un infirmier ou quelqu'un d'autre que je connais pas…. J'aimerais que ce soit toi.
- Pourtant, si jamais tu tombes, j'aurai du mal à te rattraper. Tu le sais.
- Ouais, mais… j'sais pas. J'suis déjà tombé. J'me relèverai, peu importe comment. Je voudrais juste… le faire avec toi. Et puis, bordel, je veux me barrer d'ici. Je commence à en avoir assez, et puis…
- C'est à cause de l'Autre, hein ?
La question prit Alex de court, et il se retrouva interloqué, bouche-bée, incapable de répondre.
Non. Nadine et Hervé étaient les seuls autorisés à employer ce mot, à désigner l'Autre de cette manière, à part lui. Déjà, lorsque la voix d'Alice, déformée certes, mais sa voix tout de même, avait prononcé ses deux syllabes maudites, Alex avait cru être sur le point de mourir, son cœur s'accélérant bien trop vite, sa respiration perdant le rythme fragile qu'il avait lutté pour gagner. Alors non. C'était bien simple : non. Eléonore ne pouvait pas parler de l'Autre. Le mot, la pensée était trop disgracieuse pour s'accorder avec son visage parfait.
- Comment… parvint-il enfin à murmurer.
- J'ai entendu quand Hervé est venu, dit-elle simplement, comme si cela rendait les choses plus faciles, comme si rien n'était un obstacle. Et puis Alice… je veux dire, Gyrth en a parlé aussi, quand il lisait dans ton esprit.
Alex serra les dents.
- C'était une information privée, et tu le sais.
La brune haussa un sourcil.
- Pas la peine de me parler sur ce ton. Je t'ai pas demandé de m'expliquer, juste de me dire si c'était à cause de ça que quelque chose n'allait pas. Tu as envie de garder des secrets, et je ne peux pas t'en empêcher, je le sais – mais au moins, dis-moi si je peux faire quelque chose pour t'aider.
Le garçon poussa un long soupir tout en essayant de détendre ses muscles.
- J'ai juré que j'allais reprendre une autre vie, et qu'elle ne serait jamais là. C'est tout. Je ne veux pas qu'elle vienne mettre son nez (ses mains, pensa-t-il brusquement) dans notre histoire, Elé. Elle ne mérite pas de revenir dans ma vie. Tu comprends ?
Eléonore tendit sa main et la posa, délicatement, sur la joue d'Alex, qui s'y lova.
- Je crois, répondit-elle. Merci.
Elle marqua une pause avant de reprendre, faisant mine de rien :
- Alors, tu veux essayer de te lever ?
Alex hocha la tête, le début d'un sourire naissant sur son visage auparavant fermé. Comment ce petit bout de femme faisait-elle pour être aussi… naturelle ? Elle avait compris, en un rien de temps, qu'il ne désirait pas parler de ces sujets qui fâchent, et immédiatement, elle avait repris le cours normal de la conversation, lui redonnant le contrôle.
Elle se leva, alla se placer devant le lit, entre la porte et lui, et tendit les bras en avant.
- Dis-moi si et quand tu veux que je t'aide, fit-elle sur le ton de la conversation.
Il acquiesça, faisant signe qu'il avait compris, et se redressa sur son séant. Il mit quelques secondes à retrouver son équilibre, sa jambe gauche manquant cruellement à l'appel, puis, lorsqu'il fut certain qu'il maîtrisait la balance de son corps, il pivota sur le côté et lança sa jambe droite par-dessus le lit. Puis, il poussa un juron étouffé de douleur.
- Qu'est-ce que c'est ? S'enquit immédiatement Eléonore en lui proposant son bras.
- Mon… moignon, parvint-il à articuler entre ses dents serrées. Il… frotte… sur le lit.
- Dans ce cas-là, répondit-elle en prenant les choses en main, lève légèrement ta cuisse, je vais passer un gros drap dessous pour que ton moignon soit en l'air. Ensuite, tu pourras te lever. Ok ? Je peux te lâcher ?
Alex hocha hâtivement la tête, et en quelques secondes, son amie s'exécuta, et la douleur fut moins vive. Présente, certes, mais moins vive.
- Merci, murmura Alex. J'vais essayer de me poser sur ma jambe maintenant.
- Tu veux que je te tienne ?
- Non, mais je veux bien que tu tendes le bras, comme ça j'ai un appui si jamais je tombe.
Eléonore sourit :
- C'est mon rôle.
Alex rit légèrement, et, sans attendre, à l'aide de ses bras, se poussa hors du lit. Il put s'appuyer sans mal sur sa jambe valide, mais il avait oublié les deux ou trois – il ne se souvenait plus lui-même – côtes cassées qui l'empêchèrent pendant une fraction de seconde de compenser son poids. Son bassin faillit céder sous le poids de tout son corps, mais il abattit sa main sur le bras d'Eléonore, qui força de son mieux pour ne pas céder à son tour. Alex, soufflant de soulagement, évita la chute en avant, et put se stabiliser en oubliant la douleur.
- Tu veux une béquille ? Demanda Eléonore, s'interdisant de montrer qu'elle avait du mal à soutenir tout le poids de son grand ami.
- Je sais pas si c'est une bonne idée, répondit-il. Ça va pas me faire mal aux côtes ? J'me souviens plus de ce que le docteur a dit.
- Elles seraient pas là si tu devais pas les utiliser, fit Eléonore en pointant du doigt un coin de la pièce où, effectivement, deux béquilles reposaient, attendant patiemment leur heure.
Alex lui fit signe qu'il avait envie d'essayer de marcher avec, et Eléonore, après s'être assurée que son petit-ami tenait bien tout seul sans soutien, lui rapporta les béquilles.
Après quelques secondes de bataille pour trouver la position la moins inconfortable, Eléonore put enfin reculer sans avoir peur qu'il ne tombe. Elle l'observa des pieds à la tête, avant de sourire, satisfaite :
- Eh bah voilà. Dans deux semaines, tu peux courir un marathon.
Alex rit sincèrement. Oh, comme cela faisait du bien, d'être debout !
- Je crois que tu oublies que j'ai pas des masses de moyen pour m'acheter une prothèse digne de ce nom, Elé. J'vais devoir me contenter d'un cache-moignon.
- Tu oublies que moi, j'ai des moyens, répondit-elle avec un clin d'œil, les mains sur les hanches. J'te laisserai pas comme ça. Ne t'inquiète pas.
Sous le coup de l'émotion, Alex ne trouva rien à répondre.
Mais elle ne peut pas… ?
Sauf que si, elle pouvait. Elle pouvait, et à voir la détermination dans ses yeux bruns, elle le ferait sans aucune hésitation.
- Mais tes parents… ?
- Pfft, comme s'ils allaient pouvoir dire non, répondit-elle en agitant la main. De toute façon, je leur ai déjà demandé. Une fois que tu auras complètement dégonflé, on ira dans une boutique spécialisée, on prendra des mesures, et…
Le bruit des béquilles heurtant durement le sol la fit sursauter. Un instant, elle dut se battre contre sa propre volonté et s'empêcher de lever les bras pour se protéger le visage, le cœur battant à une vitesse folle.
Mais le visage perdu d'Alex la rappela à l'ordre.
Ce dernier fit mine de chuter en avant. Rapide, elle s'élança et réussit à appuyer sur ses deux épaules suffisamment fort pour le faire asseoir sur le lit au lieu de tomber. Trop occupée par sa tirade, elle n'avait pas entendu les trois légers coups sur la porte, et l'ouverture de cette dernière. Lorsqu'elle se retourna, elle fronça les sourcils.
Une femme venait d'entrer, une femme brune, fine, grande, habillée d'un simple jogging, comme si elle s'était levée en pyjama et n'avait pas pu trouver de quoi s'habiller. Les cheveux relevés en un chignon approximatif, des mèches folles s'en échappant, elle avait le visage tordu d'inquiétude. Eléonore eut à peine le temps de remarquer que cette femme n'avait pas de pinces pour faire tenir ses cheveux en places avant qu'elle n'ouvre la bouche.
- Alexandre… Viens par là, mon garçon, viens embrasser ta mère !
- Dis, M.
- Oui ?
- Est-ce que tu m'aimes quand même ? Même avec… tout ça ?
Morgane releva la tête, interloquée.
- Pourquoi te poses-tu la question ?
- J'sais pas, répondit Yliana en se renfrognant, comme pour éviter son regard. Des fois, j'ai peur que tu… en aies marre, de mes conneries, de mes angoisses à la con, de mes problèmes d'ado à fleur de peau… et puis, avec Castiel…
- Yli. Arrête.
Une fois Yliana de nouveau complètement rétablie, Morgane avait préparé une tasse de café pour sa compagne et s'était elle-même fait chauffer une tasse de lait recouvert de poudre au chocolat. A présent, elles étaient couchées sur le lit de l'appartement de Morgane, cette dernière étendue sur le ventre, Yliana roulée en boule à sa droite.
La cadette leva un regard mouillé de larmes ne demandant qu'à couler vers celle qu'elle considérait comme son âme sœur.
- Désolée…
Morgane tendit la main pour effleurer la joue de sa compagne, mais celle-ci évita le contact en penchant la tête sur le côté, frissonnant de peur.
- Comment t'arrives encore à avoir envie de me toucher ? J'suis même pas toute seule dans mon corps. A ta place, j'me serais déjà barrée en courant au moins cinq fois.
- Mais je ne le fais pas, répondit la brune, mesurant sa voix pour lui donner un ton chaud et doux comme une berceuse. Je veux rester avec toi. Alors c'est cinq fois, six, douze, mille fois, que je ne partirai pas. Tu comprends ?
- Pas vraiment, rétorqua sincèrement Yliana. Au début, je pensais que tu me tolérais parce que tu voulais parler à Castiel, mais vu qu'il t'a rien dit… pourquoi, M ?
Morgane roula sur le matelas et parvint à envelopper Yliana de son corps, se roulant en boule autour d'elle. Par miracle, la plus jeune ne se déroba pas, mais son corps était toujours parcouru de frissons, les frissons du doute et de l'angoisse.
- Je peux te dire un secret ? Essaya Morgane.
Yliana eut un instant d'hésitation, puis elle hocha difficilement la tête, faisant signe qu'elle écoutait.
- Tu sais, Castiel… je ne l'aime pas des masses. Et attends avant de penser que je dis ça pour te rassurer – je vois les rouages s'agiter dans ta tête. Je ne l'aime pas pour la simple et bonne raison que c'est à cause de lui que tu es dans cet état-là. Et maintenant, je ne m'aime pas des masses non plus parce que je t'ai demandé de lui céder ta place tout à l'heure, alors que je n'avais aucun droit de le faire. Castiel a beau être un ange, il s'est tout de même imposé à toi sans même s'embarrasser de ton avis, et maintenant il se retrouve coincé là. Yli, Puce, je te jure que si je pouvais l'expulser de ton corps une bonne fois pour toute, je le ferai – et puis on partirait loin, très loin d'ici, avec Alex, Eléonore, Vincent et Alice, là où les Winchesters et leurs problèmes ne pourraient pas nous trouver.
Morgane sentit le frisson d'Yliana contre son bras, et elle devina que la jeune fille pleurait silencieusement. Elle laissa ses propres paroles s'imprimer dans l'esprit de celle qu'elle aimait le plus au monde. Après quelques instants, Yli parla d'une voix croassante :
- J'suis fatiguée, M… J'suis fatiguée de faire comme si tout allait bien. J'suis fatiguée de supporter une autre présence à l'intérieur de moi. J'suis fatiguée, et Castiel y est pour rien, j'te jure, il se fait tout petit dans mon esprit, je le sens se recroqueviller à l'arrière de ma tête pour pas que j'sois dérangée, mais c'est quand même fatiguant et j'sais pas combien de temps j'vais tenir.
Morgane resserra son étreinte et inspira profondément :
- Bientôt, Puce. Bientôt, j'en suis sûre, les Winchester trouveront une solution. Et puis, si c'est comme tu le dis, je ne pense pas que la situation soit très agréable pour Castiel non plus… même si je n'arrive toujours pas à l'apprécier.
Elles se turent toutes les deux, méditant sur la signification de ces dernières paroles. Morgane se faufila tendrement entre l'épaule serrée et la joue d'Yliana, bloquant son nez juste là, tout contre elle. Sentant le sourire se faire sur le visage de sa compagne, la brune se laissa aller et détendit tout son corps, laissant suffisamment de place à Yli pour que celle-ci puisse s'étendre de tout son long contre elle.
- Dis, M ?
- Oui ?
- Tu m'aimes comment ?
Morgane sourit.
- Jusqu'aux étoiles, et plus loin encore.
Yliana sourit tendrement, roulant sur elle-même pour se coller davantage contre le corps chaud de Morgane. Elle l'aimait. Et si elle l'aimait, alors tout allait bien. Et si tout n'allait pas bien, alors tout irait bien. Ce n'était qu'une question de temps.
La jeune fille barricada l'accès de toute pensée négative à son esprit avant de se retourner totalement pour faire face à la belle jeune femme qui l'avait choisie. Ses cheveux bruns formant de belles boucles la faisaient toujours autant rêver, si ce n'était plus encore, que la première fois. Ses lèvres pulpeuses et rosées comme un coucher de soleil s'ourlèrent tendrement, et soulignèrent la jolie courbe de ses pommettes. Yliana se perdit dans le bleu marine, aussi brillant qu'un ciel étoilé, de ses yeux posés sur elle.
- Embrasse-moi. S'il te plaît.
Et Morgane l'embrassa.
Quelques minutes plus tard, les deux femmes nues l'une contre l'autre, et alors même que l'horizon rougissait de leurs ébats, Morgane descendit le long du corps d'Yliana, embrassant chaque parcelle de sa peau blanche, admirant la petite poitrine dressée vers elle, ses mamelons roses de plaisir, dévalant la douce courbe du ventre de sa belle, parvenant jusqu'à son nombril. Elle laissa une myriade de petits baisers, avant de descendre encore. Yliana poussa un gémissement de plaisir et Morgane put voir, du coin de l'œil, ses doigts agripper la couverture du lit.
Prenant son temps, elle s'appliqua à faire monter le désir de sa compagne, qui écartait davantage les jambes chaque seconde, recherchant toujours plus de contact avec la brune qui se faisait un plaisir de jouer de sa langue contre le corps chaud, mouillé et tremblant d'Yliana.
N'attendant plus, et sans cesser de goûter au corps de la jeune fille, Morgane inséra un doigt en elle, doucement, doucement…
Et soudain, alors que Morgane pensait pourtant avoir été douce et tendre, Yliana poussa un hurlement de terreur.
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Et paf ! Vous avez droit à plusieurs cliffhangers pour le prix d'un. Ouais, je sais, je reviens un mois et plus plus tard avec ça ? Avec un suspens comme ça ? Héhé. En vrai, vous m'aimez bien - même si j'vous fais du mal des fois. Enfin, je crois ? :)
Bon, trêves de plaisanteries. Alice va de plus en plus mal et plus rien ne semble l'arrêter dans sa descente aux enfers, Vincent vient d'accepter de passer un contrat avec Crowley, la mère d'Alex vient littéralement de débarquer dans la chambre d'hôpital de son fils, en l'appelant Alexandre, nom que le garçon hait par-dessus tout... Et Yliana crie de terreur, sans aucune raison, visiblement.
Et ouais, j'vous laisse sur ça. Comme ça. Paf.
A dans deux semaines, mes amours ! On se retrouve donc le mercredi 18 juillet, si tout va bien, avec un chapitre qui s'intitule Blessures du passé. Il me tarde de vous le faire lire ! J'espère en tout cas que mes personnages et leurs histoires respectives vous plaisent, parce que je prends vraiment mon pied, à vous les présenter. Et puis il y a certains éléments qui arrivent, qui remettent directement les frères Winchesters au premier plan, et je pense que ça devrait vous plaire !
Une idée de ce qui fait crier Yliana comme ça ? Dites-le moi dans les commentaires !
Comme d'habitude, merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter. On se retrouve dans deux semaines !
