Bêta/Relectrice : Emilie, a.k.a Milyi, l'auteur géniale de l'Union : Deux elfes pour une reine. ! Tu fais un super boulot, tes conseils sont judicieux, tes blagues sont à mourir de rire, bref tu es parfaite. Merci poulette, tu es mon capitaine ! Mon général ! Mon sensei !
Note : Je suis là, de retour, pour vous jouer un sacré tour ahah. C'est un cri du cœur, merci à vous tous pour votre soutien : commentaires, suivi, favoris. Je suis agréablement touchée par tous les mots gentils que j'ai reçus depuis le début de la publication de cette histoire. Si je continue aujourd'hui, c'est parce qu'écrire est une véritable passion, mais c'est surtout grâce à vous. Aujourd'hui, cette histoire comptabilise 409 reviews, c'est juste absolument énorme pour moi. Pour vous remercier, j'ai décidé de publier à temps et pas dans mathusalem. LOL ( Toutouille a.k.a la fanfuckeuse la moins ponctuelle de tous les temps ).
Ces temps-ci, j'ai plus de temps pour moi, alors je compte bien finir cette première saison. Il restera que 4 chapitres, si comme là, je publie plus régulièrement, ça pourra le faire.
Par rapport à ce chapitre ! Je vous laisse juger si oui ou non il devrait un rating M. J'aborde parfois des sujets un peu limites, mais c'est sous-entendus. Thranduil est un homme du moyen-âge, un elfe de 3500 ans et il donc un elfe de son temps. Il n'a rien du prince charmant de disney, c'est un futur roi avec ses responsabilités. Je vais pas m'étaler :D. Je vous laisse lire et me donner votre avis les poulets ! ( Je dis poulet, parce que j'ai bouffé un délicieux poulet à midi hier, un régal ).
Mille bisous, et merci les Pandas !
Love you
Bonne lecture.
Résumé épisode précédent :
Wilwarin est arrêté par la garde royale… Glorfindel grâce à ses pouvoirs apprend à Thranduil qui sont les elfes qui ont touché à son arc, pas de bol, Isil en fait partie, et Glorfindel n'est pas ravi… Il vend l'emplacement des fêtes de l'Egnor contre le rang d'intendant de la Maison de la Vertefeuille… Thranduil, Glorfindel et les nobles se rendent dans les grottes pour arrêter les rebelles… Isil a le pouvoir de prendre possession des biches… Elle voit en Arphen le probable assassin… Avant cela, Eden et Isil se préparent pour la fête… Eden découvre un tatouage étrange sur elle… Isil lui révèle qu'elle est une elfe rebelle de l'Egnor Céleste, la religion pacifique des premiers nandor d'Eryn Galen, et qu'elle ne suit pas l'Egnor Terrestre, une organisation violente dirigé par le « prince légitime », dont le but est de prendre la place de Thranduil sur le trône… Eden et Isil partent pour la nuit des masques pour trouver Arphen et le confondre, mais est-ce que tout se passera comme prévu ou bien les deux ellith rencontreront-elles d'autres ellyn sur leur chemin dans les grottes de l'Egnor où brillent les étoiles ?
Loin de là, à New York, le frère d'Eden, Roger DiLaurentis fait la connaissance du pdg de la Annatar corp. Salomon Graham, alias Salomon Gift, lui propose de le propulser en Terre du Milieu… Le pauvre Roger, obèse et timide prend alors la place de Rusco Vertefeuille, son double… Mais, pas de chance, Rusco Vertfeuille est condamné à mort au nom du roi Thranduil de Vert Bois Le Grand.
Réponse review anonyme :
Bee : Merci pour ta review, et pour ta fidélité sans failles à chaque chapitre :D !
Petit rappel :
Egnor Céleste : culte ancestral des premiers nandor de Yavanna et de ses sept filles. Ils veulent l'égalité totale des sindar, nandor et avari, mais veulent garder leur souverain sinda.
Egnor Terrestre : Organisation violente régie par le prince légitime, cet elfe mystérieux veut prendre la place de Thranduil.
VS
Etoile d'Argent : Ordre sinda qui date du règne du roi Thingol, pour la suprématie des sindar. La plupart sont persuadés de leur supériorité. Thranduil en est le chef.
Œil du Triton : Pendentif magique donné par Eressëa Galvornion dans le chapitre XX Galadriel (cousin de Thranduil ) à Thranduil pour détecter la présence du quatrième anneau dans un lieu donné assez vaste. Par exemple si Eden se trouve à Hobbitbourg, Thranduil sentira que l'anneau est là-bas mais il ne pourra pas savoir exactement où il se trouve.
Personnages OC :
Cuthalion Belegion : Fils de Beleg Cuthalion, le capitaine des gardes de Doriath du Silmarillon. Seigneur du Bouleau Blanc, commandant des armées, grand connétable d'Eryn Galen. C'est un ami d'enfance de Thranduil, dont il est fidèle. Il est un fervent partisan de l'hégémonie des sindar. Stricte, mais juste. Célibataire endurci. Elfe Sinda.
Andî Seregonion : Fils de Seregon Seigneur du Chêne, frère jumeau d'Isil. Il a déserté l'armée, mais revient comme si de rien n'était. Il a prêté main forte à Eressëa dans l'est. Héritier du Chêne. Elfe Sinda.
Eressëa Galvornion : Cousin de Thranduil, fils de Galvorn Seigneur du Pin. Il est revenu des Terres de L'est. Il donne à Thranduil un pendentif capable de détecter l'anneau. Héritier du Pin. Elfe Sinda.
Amàndil Palantirion : Lieutenant dans les armées d'Eryn Galen, il est déchu de ses fonctions à cause de son frère. C'est un bon ami d'Eden et d'Isil. Elfe Sylvain/Nando.
Wilwarin Palantirion : Ancien Scribe du Seigneur Seregon, frère d'Amàndil. Il donne l'emplacement de la grotte de l'Egnor à Thranduil pour un titre de noblesse. Elfe Sylvain/Nando.
Isil Seregoniel : Fille du Seigneur Seregon du Chêne, sœur jumelle d'Andî dont elle a pris la place à la guerre. C'est une elfe de l'Egnor Céleste , elle est capable du pouvoir de possession des animaux. Elle est fiancée au Seigneur Glorfindel. Elfe Sinda.
Arphen Aldaronion : Fils de Aldaron Seigneur du Hêtre. Petit-fils de Mablung la Main Lourde du Silmarillon. Isil l'a désigné comme étant l'assassin. Bon ami d'Isil et d'Eden. Héritier du Hêtre. Elfe Sinda.
Chapitre XXIII
La nuit des masques
De la danse, de l'amour, du feu et du sang.
Man naegmathal, ae maethorveren,
Eruireniolarnimp?
I thârpellenuinael
Ar ú-linnar in aew.
Oh ! de quoi souffres-tu malheureux,
Errant solitaire et pâle ?
Les joncs de l'étang sont flétris,
Et aucun oiseau ne chante
Ceninlotherinhinlín,
Na naegarlhêwlimminnen,
Ar mi nêflínverilfiriel,
I lagorpêl.
Je vois un lys sur ton front
Moite d'angoisse et de fiévreuse rosée,
Et sur ta joue une rose qui s'effeuille
Commence aussi à se flétrir.
Govannenvrennilnainain,
I bainwain, hên in-edhil,
Finneldín and, idâldínlim,
Arhindínvrêg.
J'ai rencontré une dame dans les prés,
Très belle, la fille d'une fée;
Ses cheveux étaient longs, ses pieds légers,
Et ses yeux sauvages.
Agorenrê an ndôldín,
Ar mêradhraincarloth;
Cenn na nin sui meliel,
Ar pent na lhossvelui.
Je tressai une couronne pour ses cheveux,
Et des bracelets, et une ceinture parfumée
Elle me regarda comme si elle m'aimait,
Et fit entendre une très douce plainte.
Nan rochnínmelegharn,
Ar ú-genninnad an aur and,
An tirnnavenathlinnol,
in glêredhellin.
Je l'assis sur mon coursier paisible,
Et ne vis qu'elle tout le long du jour,
Car elle se penchait sans cesse de côté, et disait
Un refrain enchanté.
Hirnhylchveluienni,
Ar 'lêthrovanarViruvor,
Na ú-istassen lam e pent,
'Gen melinthenin'
Elle trouva pour moi des racines d'un goût exquis,
Du miel sauvage et une rosée douce comme la manne;
Et sûrement en un étrange langage
Disait –«Je t'aime fidèlement.»
(…)
John Keats
La Belle Dame sans Merci
Poème Ambareldaron
parma_tyelpelassiva
Thranduil
Heure moderne 2h15
Rhiw Hiver
Girithron 25 décembre
Orithil « A la lune» Mercredi
L'an I du Tiers âge du Soleil
— Je me demande encore pour quelle raison vous avez promis l'intendance de la Vertefeuille à cet enfant, Ernil ? marmonna Cuthalion en doriathrim, faisant choir son regard métallique de faucon, niché derrière son masque argenté en contrebas, là où se trouvait le scribe, qui montait lentement les raides escaliers des grottes des étoiles. Chacun se doit de garder sa place qui est sienne .L'amertume suintait de ses paroles. Thranduil comprit que son ami était toujours affecté par la trahison de son ancien écuyer, Rusco de la Vertefeuille.
Le seigneur du boulot blanc ne mâchait jamais ses mots, malgré le statut de son ami d'enfance de Doriath. Il était inflexible comme le roc, d'une franchise qui contribuait à sa grandeur. Une qualité grandement appréciable car elle se faisait rare en ces temps troublés où le trône serait des plus ardus à tenir.
— Les temps changent, mellon. Mon père n'a pas laissé assez de responsabilité au peuple nando et voyez le résultat… L'héritage qu'il m'a laissé est en danger. L'Egnor se renforce de lune en lune, soupira Thranduil, effleurant au passage les parois rocheuses tiédies par les sources chaudes, qui couraient en dessous des forêts de Lorinand. Mon dessin est de prendre un autre chemin pour la politique du royaume.
— Oui, le royaume est partagé, mais les traditions ne doivent-elles pas être respectées? s'emporta Cuthalion, la mâchoire bloquée.
Oh, qu'il pouvait comprendre le sentiment de son ami! Les elfes étaient ainsi, attachés à leurs lois et coutumes, seules choses sur lesquelles ils avaient une prise dans le cheminement de leurs longues vies. Cependant, il devait penser à son peuple, au nouvel Age qui avait naquit à la fin de la guerre. ErynGalen devait subsister au-delà des millénaires et, pour cela, certains changements devaient être pris. Impossible de laisser à l'Egnor le soin de pulvériser tout ce que son père avait durement bâti! Impossible de voir les Nandor faire sécession des Sindar, quand ils ne faisaient qu'un seul et même peuple! Thranduil ne laisserait jamais cela se produire.
— Un titre de noblesse ne coûte rien à la couronne, et peut être aussi facilement donné que repris, lança Thranduil. Sa voix grave se fit taquine.
Cuthalion sourit, puis se massa le menton.
— Vous dîtes cela pour moi, Mellon ? plaisanta le grand connétable, en lui faisant une tape dans le dos.
Parfois, les élans amicaux de leurs jeunesses ressurgissaient, et Cuthalion se permettait rarement un tel élan de familiarité. Seulement, il voulait soutenir son maître.
— Je serais fou de me passer de vos précieux conseils, répondit Thranduil, un sourire dans la voix. Mais laissez-moi vous répondre, à propos de la Vertefeuille. Ses yeux brumeux s'intensifièrent brusquement. C'est un héritage pour mon fils, quand Illùvatar m'en aura donné un. La Vertefeuille, comme vous savez, était la Maison rivale à celle de mon père à Doriath. On ne jurait que par mon union avec elle par le biais de Vàna de la Vertefeuille et vous savez que cette Maisonnée s'est jouée de mon père trop longtemps… C'est une petite revanche. Son sourire s'élargit. Ainsi, mon fils portera le patronyme de la Verte feuille, et des Nandor s'occuperont de son intendance… cela punira ces orgueilleux.
Son ami éclata de rire.
— Toujours aussi prévoyant, s'exclama-t-il, Vous m'étonnez toujours.
— Toujours… murmura Thranduil, sentant l'atmosphère lourde de la fête se rapprocher d'eux, chargée des effluves de l'alcool.
Cuthalion parut satisfait, il rajusta la capuche de sa cape de laine noire, fermée d'une broche d'argent en forme de feuille de boulot blanc. Et Thranduil, tout en montant les marches escarpées, moelleuses de mousse, revint à ses pensées.
L'Egnor serait abattue, mais pas au péril de son peuple. Il détruirait la gangrène à même la chair, même s' il lui fallait l'arracher au fil de l'épée. Au bout de l'escalier, au chemin de la musique chantante des tambours et des luths, se trouvaient les lieutenants de l'Egnor et ce prince légitime.
Il toucha la pierre froide de l'émeraude, l'œil du Triton que son cousin lui avait ramené de l'est, la boussole, qui l'amènerait au voleur du quatrième anneau. Pendant la chevauchée jusqu'aux grottes des étoiles, Elrond lui avait expliqué les pouvoirs de cet artefact : un appât capable d'attirer le voleur. Thranduil plissa les lèvres, son fëa bouillonnant d'impatience. Comment une si petite chose était-elle capable de faire réussir la quête de son père ? Le voleur tel un papillon de nuit trop imprudent s'approcherait de lui, ne pourrait s'empêcher de chercher la lueur verte de l'œil du Triton caché dans le col sombre de sa cotte. Alors, il serait attrapé et Thranduil devrait juger si oui, il plongerait Celebêl (1) dans son cœur.
Les torches aux mèches dansantes semblaient palpiter tels les cœurs des elfes s'amusant à la fin des escaliers. Elles se tenaient, le long de l'allée, guerrières enflammées au garde- à-vous, saluant sa venue. Les flammes embrasèrent son cœur et il sut qu'il tuerait ce voleur. Il prendrait cet anneau pour son royaume et le souvenir de son père devenu esprit de Mandos.
Le carillon d'un rire tinta à ses oreilles. Un ellon suivi d'une jeune elfine à la robe de feu et aux cheveux tressés de fleurs. Ils montèrent quatre à quatre les escaliers, bousculant au passage le seigneur Elrond, qui, son capuchon rabattu sur visage noble, laissa échapper un grognement d'exaspération.
— Cet endroit ressemble à un bordel, voulut éclairer Cuthalion la noble assemblée de ses doctes paroles.
Thranduil serra son poing, la hargne s'empara de plus belle de son âme. Un bordel où se trouvait Eden ! Pourquoi était-elle parmi les gens de l'Egnor ? Elle lui avait fait la promesse de lui revenir, et elle le faisait enrager à se jouer de lui de la sorte. Il avait tant prié pour qu'elle ne lui soit jamais arrachée, prié pour leur réunion et œuvré pour sa libération. Mandos, il haïssait ce sentiment, la paix n'avait plus lieu d'exister. Voulait-elle faire ressortir ce qu'il y avait de pire en lui? Son fëa appelait à la colère, à la punition, et la vengeance. Oh cruel amour, il était pris dans un élan que les Premiers Nés ne rencontraient qu'une fois dans leur vie. Et goûtait aux irascibles avilissements d'un sentiment destiné aux jeunes ellyn et à leurs fëa neufs et sans tâches.
Le sourire de l'elfine passa devant ses yeux, ravivant la braise. Sa longue chevelure d'or sombre ensemencée de roses rouges lui fit l'effet d'une réminiscence du visage d'Eden. Il ferma les yeux, essaya de se recentrer, et d'oublier sa pinig au profit de ses devoirs. Tout venait à point à qui savait attendre et en les accomplissant, il finirait par la retrouver.
Qu'il souffrait, il avait l'horrible impression de devenir fou. Pendant des siècles, il fut de roc, constant, observant la ligne droite de sa destinée se tendre vers le trône, qui l'attendait comme une gratification pour l'abnégation de sa vie privée. La vie lui avait trop pris, et ErynGalen était devenue un point d'ancrage pour lui : un royaume qu'il voulait protéger plus que tout au monde. Il était le plus beau des trésors à ses yeux. Après les guerres et les massacres du Premier Age, il avait enfin réussi à redonner sa confiance dans l'avenir d'un royaume. Alors qu'au départ, il n'avait que suivi son père l'âme pétrie d'amertume, un amour sans bornes avait naquit pour les grandes forêts d'ErynGalen. Il avait réprimé ses haines, avait trouvé un semblant de paix. Valar, l'ombre du Mordor avait fait grandir ses propres ombres mais jamais il n'avait perdu espoir. Il avait tué dix ans durant pour la survivance des siens. Plus personne ne détruirait son logis ni ne tuerait ses proches. Pour vivre et faire vivre, il fallait pouvoir faire les plus grands sacrifices et se montrer plus cruel que ses ennemis.
Hors, quand il fit sa rencontre sur la plaine de Dagorlad, quelque chose s'était libérée en son fëa malade. Comme une fougue ancestrale morte à Doriath dans les méandres de sa jeunesse et qui revenait à la vie, devenant plus forte qu'elle ne l'avait été. Réprimer ses passions, c'était risquer de les voir ressurgir encore plus puissantes. C'était le cas. Il était submergé, et cela il ne l'acceptait pas.
Au départ, il ne voyait pourtant Eden que comme une curiosité, un petit être rare qu'il lui plaisait d'étudier. Rien ne l'avait préparé à une telle souffrance. Il ne voulait pas la perdre, il avait prié les Valar dans une psalmodie égoïste pour qu'elle lui soit rendue. Alors, quand il sut que Dame Galadriel ne l'avait pas renvoyée chez elle, il avait été d'une telle joie qu'il se serait lié à elle devant Illùvatar sans attendre. Mais, elle le fuyait et lui aussi fuyait à sa façon cette relation… Eden était dangereuse, la passion qui le faisait tendre vers elle, le perdrait. Et sa conscience l'intimait de prendre garde.
La musique réjouissante de l'Egnor le rappela à ses lancinantes obligations.
Pour le bon fonctionnement de leur mission, la compagnie de nobles ellyn portait les mêmes surcots noirs de nuit, cousus dans le tissu le plus commun. Les longues capes de laine se chargeaient de dissimuler leurs statures de guerriers, que seule l'expérience dure de la guerre pouvait donner. Leurs visages étaient dissimulés par des masques gris argent, qui avaient la qualité de les mêler parfaitement dans la masse du peuple.
Des elfes de cet âge n'avaient pas la même aura que les plus jeunes. C'est pour cela que les seigneurs Cirdàn et Celeborn étaient restés au palais. En pensant au seigneur Cirdàn… L'illustre Teleri ne partageait pas leur avis de venir dans ces grottes capturer l'Egnor. Le charpentier avait conseillé une extrême prudence, le sang des Premiers Nés ne devait pas couler cette nuit.
— La vengeance sème la mort, prince Thranduil, avait prévenu le Seigneur Cirdàn. Je vous fais confiance car je connais votre sagesse, et le sang-froid dont vous avez fait preuve au siège de Barâd-Dur. Vous êtes connu maintenant en éminent chef, mon enfant… Vous ferez partie du Legendarium de l'histoire, en tant que héros de la dernière alliance. Cependant, je connais aussi les écarts qui découlent du fëa sauvage que possèdent les Sindar… Thranduil avait levé les yeux au ciel, s'était carré sur son fauteuil avec nonchalance. Ne vous perdez pas dans la colère. Rappelez-vous que ces elfes n'ont rien à voir dans la mort de votre frère. Pensez à ErynGalen. Les elfes de l'Egnor sont aussi vos sujets à vous et à Amroth, ils ont juste perdu leur confiance en leurs souverains, fit le sage seigneur Teleri, sa longue barbe brillant comme une coulée d'argent. Ne leur donnez pas des raisons de vous haïr. Vous pourriez être un grand roi, Thranduil, le roi qui se ferait aimer de tout son peuple, le roi du printemps, le réconciliateur, le héros qui chassera les ombres. Faites-vous aimer de ces traîtres, ne les persécutez pas.
Un sourire suffisant se déposa sur les lèvres du futur souverain. Royal, imperturbable, Thranduil ferait comme bon lui semblerait.
— Roi du printemps… Joli, très joli… Alors permettez-moi de vous dire que vous serez satisfait Seigneur Cirdàn, je compte entamer un grand ménage... Un grand ménage de Printemps.
Son sourire disparut brusquement. Son visage était devenu sévère, d'une dureté brute et Cirdàn avait écarquillé les yeux, pensant voir un instant le roi Thingol à la fin de son règne. Il s'était massé les tempes ce qu'il craignait d'arriver, arrivait.
Thranduil ne ferait preuve d'aucune miséricorde, celle-ci était morte avec les derniers vestiges de son innocence au Mordor. L'ombre se plaisait à survivre en Thranduil. Le vieil elfe couva le prince d'un regard paternel. Son fëa était-il dans un état si critique, avait-il été tant heurté par les ombres du Mordor, qu'il en avait oublié la notion de pardon et de bonté inhérente à leur race? Les elfes sindar s'étaient montrés d'une extrême cruauté par le passé notamment, lors du massacre des NœgythNibin, petits nains de Doriath (2). Valar, le vieux charpentier savait que jamais Thranduil ne ferait couler le sang d'autres elfes par pure vengeance. Il était traumatisé par les massacres de Doriath et des Bouches de Sirion, qui avaient été de véritables boucheries, et bien plus choquantes encore car fratricides. Le prince ne ferait pas vivre à d'autres elfes ce qu'il avait vécu, jamais. La quasi-totalité de sa famille avait été tuée pendant ces effroyables tueries.
— Nul besoin de faire couler le sang, il faut heurter la conscience de ces traîtres par un autre moyen, acheva le prince cerf, tandis qu'il fixait la porte, scrutant l'arrivée prochaine de Wilwarin Palantirion.
En revanche, le prince sinda les humilierait et se chargerait de leur donner un châtiment bien pire qu'un voyage vers Mandos.
« Le jeune Thranduil ne pardonnera pas à l'Egnor. La haine a bien trop germé dans son cœur. Qu'Illùvatar protège ces elfes, car il en faudra peu pour que le prince cerf ne les empale de ses bois d'argent ».
Le charpentier possédait le don de prévoyance et ses paroles n'étaient pas à prendre à la légère. Il le respectait comme le grand père qu'il n'avait jamais connu, mais parfois il avait l'impression que la vieillesse avait trop rongé son antique fëa.
Comment pouvait-il croire à ce conte pour Elfling ? Le roi du printemps, le héros qui chasserait les ombres… Il n'y avait aucun elfe qui pouvait se targuer d'être ce champion, à part le prince légitime de l'Egnor. Le mépris apparut sur son visage royal. Le prince de l'Egnor, disait être l'élu, destiné à donner à ErynGalen son apogée. Il n'en pouvait plus de cet Egnor débile. Il n'avait qu'une seule envie, c'était de les écrabouiller sous son talon comme la vermine qu'ils étaient. L'étoile d'argent ne se coucherait pas devant l'épine de feu. Il fallait un grand coup de force pour réprimer ces rebelles. ErynGalen devait être nettoyée de ces insectes, c'était d'ailleurs ce qu'avait prévu son père au retour de la guerre.
Eryn Galen ! Ses profondes forêts lui manquaient, le palais magnifique de la capitale bâti dans le bois millénaire des arbres et de la roche des collines. Les sources pétillantes de diamants que paraît le soleil de ses doux rayons qui s'insinuaient à travers les grandes feuilles nervurées de rosée des hautes frondaisons des hêtres et chênes des forêts denses des versants de l'Emyn Duir. Les elfes paysans pleins de joie de vivre, attelés à cueillir les fruits des vergers des clairières… Ceux occupés aux constructions des flets ou des chaumières des petits villages… Ceux, qui travaillaient dans les bibliothèques, les bras pleins de parchemins poussiéreux… Les autres, qui se battaient dans les académies militaires et aiguisaient leurs armes… Les nobles parés de bijoux et de robes de soies brodées d'argent, qui dansaient dans les lumineuses salles de bal du palais… Les guérisseurs, qui préparaient des potions odorantes à base de plantes dans les maisons de guérisons...
« Mon peuple me manque, vivement que je quitte ce royaume et n'y remette plus les pieds avant des millénaires. Mon père a eu raison d'éloigner la capitale de l'influence de la Dame Blanche. Amroth est émasculé et n'a plus que l'influence d'un roitelet braillard. ».
Thranduil avait l'habitude de se promener parmi ses gens. Anonymement ou non, il aimait goûter à la chaleureuse authenticité des petits villages de son royaume. Il tourna la tête vers Amorth. Le nouveau roi de la Lorinand paraissait mal à l'aise, ses traits étaient si crispés que Thranduil aurait juré pouvoir voir un nourrisson allant vagir de toutes ses forces: «Je suis maudit… Devoir passer le soir de mon couronnement à traquer des rebelles, tandis que ma cour m'attend dans les murs protecteurs de mon palais… Quelle injustice!» s'était plaint le roi.
Fatigué de la guerre, malade du pouvoir, Amroth n'assistait à aucun de ses conseils, et laissait le gouvernement du royaume à son premier conseiller, le seigneur Celeborn. Un pli de mépris souleva les lèvres de Thranduil. Il devait se réveiller, un trône n'avait rien de confortable. «S'il hait tant son rang, qu'il donne sa couronne à Celeborn et aille prendre une retraite heureuse à Tol-Eressëa »
Passés les couloirs grouillant d'elfes masqués, aux costumes colorés des touches picturales du printemps à venir, il rentra dans la salle principale de l'Egnor, accompagné des gens de l'étoile d'argent et des nobles ellyn chargés de s'occuper de ce grand désordre.
Rien n'aurait pu le préparer à ce qu'il vit. Les elfes étaient raffinés, aimaient la beauté du calme et de la paresseuse chute des feuilles sur le plancher de la forêt. Ils n'étaient certainement pas ces caricatures bestiales, rustaudes et sans éducation. C'était le problème de la nuit des masques… Sous l'anonymat, certains elfes se lâchaient complètement. Sindar ou Nandor et Avari, les elfes de l'est s'emportaient trop facilement dès que se jouait un air de musique et qu'ils trouvaient une coupe de vin à proximité. Voilà pourquoi Adar, avait banni cette réjouissance du calendrier.
Sous la voûte du ciel parée des filles de Varda se trouvait la géhenne grouillante des elfes des basses racines de Caras Galadhon. La musique résonnait d'une parfaite acoustique… Un son entraînant et festif aux notes sensuelles des tambours, auxquelles s'accouplaient les guitares et les flûtes. Le grand prince sentait les odeurs épicées de l'hypocras pétiller dans l'air, le parfum salé des sueurs de la cinquantaine d'elfes, dansant avec frénésie. La danse les faisait rentrer dans une transe, que seules les premières lueurs de l'aurore éteindraient. Les yeux froids du souverain se perdirent dans les visages masqués. Lui-même était un Sinda, un elfe chanteur. Il avait participé à des milliers de fêtes, chanté un nombre incalculable de fois dans les clairières de sa douce forêt. Mais, là, cela allait plus loin… Ces elfes étaient impudiques, et faisaient honte à leur race.
Thranduil s'avança sur l'estrade de pierre, qui surplombait la grotte. Rauros, un sourire béat aux lèvres, tremblait à l'idée de ne pas pouvoir profiter de la fête. Il jeta un regard suppliant vers son prince, que Thranduil se tâcha de soutenir. lui faisant comprendre, qu'il attendrait son signal, et que l'heure n'était pas à la fête.
— Le Roi Amroth est reparti, monseigneur, maugréa Cuthalion, un tic d'énervement piquant son visage, rabaissant ses sourcils, devenus alors totalement parallèles à ses yeux de fer. Il avait prononcé cette phrase d'une voix extrêmement basse en langue doriathrim, pour que les gens de l'Egnor ne puissent comprendre.
— Il a dit qu'il ne voulait pas laisser ses nobles invités… dit Andî Seregonion, à la droite de son père. Il balança sa tête sur le côté, laissant une mèche noire de charbon pendre hors de sa capuche.
Il serra les dents. Amroth commençait son règne de la plus piètre des façons.
— Quel lâche… Il abandonne son royaume aux braseros de la révolte. Il passa sa main sur son visage. Soit, je prendrai le commandement des opérations à sa place, lâcha-t-il un brin de lassitude dans la voix.
Soudain, il reconnut la haute silhouette du seigneur Glorfindel, drapée dans une cape bleu nuit qui, au lieu de le dissimuler, renforçait la forte impression qu'il dégageait. Paré de la lumière des ressuscités, Glorfindel avait tout de même insisté pour prendre part à la mission, au risque de se faire reconnaître. D'ordinaire, il gardait son sang-froid, prenait ses décisions avec justesse. Or, ce soir, il n'était pas lui-même… Toute la soirée, il était resté silencieux, et avait seulement révélé à Thranduil les noms des elfes, qui avaient touché son arc. Isil lui avait encore filé entre les doigts. Craignait-il d'être jugé faible à ne pas pouvoir tenir sa future épouse, lui, le tueur de Balrog, dont le nom faisait trembler les orcs jusqu'au Rhun ?
Ses grandes mains, serraient la rambarde de bois. Il ne disait mot, et Thranduil se demanda ce qu'il voyait, en bas, dans la fosse des danseurs.
Doucement, il marcha en sa direction, s'imposant dans la foule des elfes éméchés.
— Qu'est-ce qui retient ainsi votre attention ? demanda Thranduil en haussant un sourcil.
Glorfindel, le visage paré d'un masque doré, le noble seigneur de la fleur d'or, les lèvres pincées, observait la foule d'un regard de braise. Une ombre descendit sur son visage.
— Voyez par vous-même… proposa le tueur de Balrog, d'une voix caverneuse.
Parmi le son des flûtes, à l'intermittence des tambours, au milieu de la piste de danse dégagée de monde et jonchée de feuilles de mellyrn, dansait une elleth à la beauté ensorcelante. Vêtue d'une robe blanche comme la neige tombée des nues, sa chevelure noire d'une sombre nuit d'hiver était tissée de traînées de flocons de perles. Sur son front une couronne de feuilles dorées illuminait son visage caché par un masque ivoirin.
Elle tourbillonnait, emportée par les vents tièdes de la musique, ses bras blancs chassant l'air. Et les voilages de sa robe, qui se soulevaient dans la course effrénée de ses pas, dévoilèrent des jambes longues et fuselées. Puis, elle s'arrêta, tendit sa main vers le ciel, fit jouer ses doigts fins, comme si elle voulait caresser les étoiles. Un balancement de hanches plus tard, elle sauta gracieusement, faisant virevolter les gazes translucides de son surcot et elle retomba sur la pointe des pieds. Le talon se posa sur le sol, quand le tambour s'excita dans un fracas encore plus effréné, qui sembla ensorceler l'elleth de plus belle. Elle fit balancer tout le haut de son corps en arrière, toucha le sol de ses mains, agita sa folle chevelure, véritable cascade de torsades d'encre parmi les feuilles d'or.
Des cris d'encouragement explosèrent dans la foule. Elle tourna encore, jetant ses cheveux noirs avec arrogance au visage des spectateurs et s'allongea à plat ventre sur la terre. Elle fit tendre son corps pulpeux comme un arc, dévoilant la courbe exagérée de sa croupe.
— Lúthien Tinúviel (3) devait danser comme elle, chez ces usurpateurs de Sindar ! s'époumona un elfe dans les oreilles du Seigneur Seregon. Le gueux était complètement saoul. Au tour des nouvelles maintenant ! Brailla-t-il à la danseuse. Il enjamba la balustrade rocheuse, et se tint au-devant de la foule pour crier encore, Les nouvelles ! Les nouvelles biches de l'Egnor ! scandait-il, accompagné d'autres elfes.
L'elfine fit une arabesque parfaite, un sourire charmant ourla ses lèvres rouge sang. Elle semblait jouer avec les sentiments des spectateurs.
Par le panthéon des Valar, Thranduil connaissait cette elleth. Il l'avait déjà vue maintes fois danser à la cour. Isil Seregoniel… Isil Meltintallë Seregoniel dansait dans les grottes de l'Egnor et qui disait Isil Seregoniel, disait sa pinig… Il fouilla la foule compacte, aucune trace de cette stupide petite…
Un craquement résonna près de lui. Glorfindel, n'arrivant plus à contenir sa force colossale, enfonça ses doigts de granit dans la roche.
— Maîtrisez-vous, mellon, siffla Thranduil, en se tournant vers le seigneur de la fleur d'or.
Glorfindel paraissait hors de lui, des expressions contraires se disputaient le pouvoir sur ses traits. Sa mâchoire se serra comme une étreinte entre le désir brut et la colère. La souffrance apparut dans ses yeux étincelants tels deux éclats de pure lumière. Il comprenait ses sentiments car il n'aurait pu faire preuve d'autant de sang-froid si sa fiancée s'était illustrée de la sorte.
Entendant le désir de l'assemblée, Isil se prosterna devant ses frères de l'Egnor. Elle courut dans la masse de la foule pour en tirer une elfine ravissante, habillée d'une charmante robe verte feuille.
Les prémices d'un rugissement s'arrêtèrent à la barrière de ses lèvres.
Manwë, des cheveux dorés comme les derniers blés de l'été au coucher du soleil, des lèvres en forme de cœur rougies par l'ivresse, un nez légèrement retroussé, exagérant l'allure enfantine de son visage. En revanche, son corps n'était pas celui d'une enfant, il était d'une grâce féline.
Eden poussée par l' insistance d'Isil marcha sur la piste, avec un air gêné sur son visage. Elle poussa un gazouillement de réprobation, riant aux éclats, tandis qu'Isil la tenait par la main, et l'amenait au centre de la grotte. Les yeux du souverain se rétrécirent derrière son masque d'argent. Il lança un regard impuissant vers Glorfindel, qui détourna pudiquement la tête, et attrapa une coupe de vin qu'il vida d'un trait.
Pouvait-on porter une robe aussi provocante ? Son index traça une ligne invisible sur sa lèvre inférieure, s'intimant à lui-même de ne pas hurler à sa garde d'intervenir. Illùvatar, son dos était intégralement nu, et l'encolure descendait jusqu'au début de son cul délicieusement rebondi. Les bouts de ses seins se courbaient à cause des soupirs glacés des soirs, de la plus choquante des façons. Rien de vulgaire, mais assurément attractif. Et Thranduil laissa son fëa se remplir de colère, car elle était sienne, uniquement sienne. En se pavanant de cette manière, elle le trahissait.
— Tolo hi, melon ! Danser n'est pas compliqué, tu l'as dans le sang, dit Isil à Eden d'une voix forte. Sens le feu t'habiter, vis avec lui, chante avec lui car nous sommes le cœur de flammes qui éveillent et consument. Sens le feu, répéta-t-elle encore.
Eden ne parut pas sûre d'elle, et adressa un pâle sourire à la foule.
—Sens le feu ! hurla la foule. Sens le feu ! Sens le feu ! Sens le feu ! Sens le feu ! Sens le feu ! Sens le feu ! Sens le feu ! encensèrent les elfes en chœur, formant une psalmodie assourdissante.
Une elfing à l'épaisse chevelure rousse, alla se pencher vers la rambarde où se tenait Thranduil. Elle paraissait surexcitée, et ne devait pas avoir plus de cinq ans.
— Rends grâce à Yavanna ! Couina-t-elle. Sens le feu ! L'Egnor est le cœur de feu qui embrase et consume, cria-t-elle encore en balançant doucement le panier chargé de belles roses rouges qu'elle portait.
Rauros lui jeta un regard affolé, il devait enfin se rendre compte qu'ils étaient vraiment dans le nid de l'Egnor de la Lorinand. La musique changea en un harmonieux chœur de harpes, et de luths. Les elfes envahirent la caverne, et se mirent tous à danser, le tout formant un océan compact d'écume de tissus irisés. Rejointe par un grand elfe à la chevelure flamboyante, Eden commença à danser joyeusement, tandis que l'intrus lui chuchotait des choses dans sa petite oreille pointue. Sa pinig lui fit un sourire éblouissant, cria de joie, et le serra dans ses bras. Thranduil sentit son visage le piquer. Sous sa peau le fëa frétillait tel un grand serpent du nord, appâté par sa brusque déception.
Si elle restait en Terre du Milieu, pourquoi ne pas vouloir le voir ?
Et pourquoi tant de joie sur son visage, quand elle ne rêvait que de retrouver les siens ?
De rentrer chez elle, comme elle le disait si bien, pendant leurs disputes?
Se jouait-elle de lui ?
Osait-elle jouer avec le feu ?
Ignorait-elle ce dont il était capable pour garder ses biens ?
« Allez Thranduil, tu ne seras point l'esclave de tes passions »
Cette situation ne lui seyait pas, elle ne lui correspondait pas. Des questions traversaient sans cesse son esprit, sans qu'il puisse les stopper, et cela était insupportable. Les obstacles se multipliaient sur sa route, il en enjambait un, puis deux, puis trois, et il en arrivait un autre plus vil, plus pervers : Celui de l'amour qu'il n'avait jamais désiré ressentir, quand il avait fui tout sentiment qui pourrait l'affaiblir. Les injonctions de son éducation formaient une épouvantable cacophonie dans son cœur. Elles le suppliaient de faire marche arrière, et de redevenir le Thranduil du passé, l'elfe sévère sans scrupules… Il se sentait l'ombre de lui-même, le fantôme du travail durement bâti par les siècles. Il souffrait inéluctablement de son abandon. Sur ces tristes pensées, il en conclut encore qu'Eden était sa faiblesse, et que cela ne pouvait plus durer !
« Je n'ai pas trouvé cette force dans l'amour, que chantent les lais de Daeron (4). Je vis avec un feu destructeur, qui, si cela continue, nous poussera elle et moi à notre autodestruction. »
— Regardez là ! Elle n'a pas l'air d'avoir été contrainte à danser parmi ces traîtres, lui fit observer Cuthalion, le sous-entendu dans la voix.
Thranduil s'accouda contre le rebord de pierre, et croisa ses bras gantelés sur son torse.
— J'ai des yeux, dit-il sur un ton acide.
Son ami approcha, posa une main sur son avant-bras.
— Alors, je vous en supplie, cundvell, observez mieux, gronda-t-il d'une voix sourde. Cette elleth est étrange, elle cache quelque chose, et vous croyez voir… mais vous ne voyez pas, elle vous a aveuglé…
Ses yeux affrontèrent les siens, comme jadis où ils vagabondaient dans les bois de Doriath, et où il le réprimandait quand il commettait des erreurs, faible de son arrogance d'elfling.
Il en fut énervé. Comment osait-il se mêler des affaires de son seigneur, sans qu'il lui ait demandé conseil ? Il n'était plus un elfing orgueilleux, qu'on rappelait à l'ordre.
— Elle m'a été envoyée par Illùvatar, pour amante, mellon, siffla-t-il entre ses dents. Vous connaissez les blessures de mon âme, elle m'est indispensable.
— Oh je vous en prie, depuis quand êtes-vous si pieux ? Quand nous combattions sur les flancs de la Montagne du Destin, et que Sauron l'ignoble massacrait vos plus preux chevaliers, Manwë n'a pas dépêché son Hérault, Eönwë pour nous aider… Illùvatar aime ses créatures mais il a choisi d'éloigner Valinor au-delà des sphères du monde. Vous connaissez l'ardeur de ma foi, mon prince, mais pour ce qui est des âmes sœurs, ces tristes chimères, je ne crois pas qu'elles soient indispensables à des ellyn de notre rang. le seigneur Cuthalion lança son regard d'aigle au-dessus de son épaule. Votre chère amante, je la vois, danser impudiquement une coupe à la main…
Il savait que les paroles de Cuthalion étaient justes. Eden était allée trop loin. Un bon souverain savait écouter ses conseillers, et grand mal cela lui faisait, il entendait les paroles de son frère de cœur.
— Ne me dîtes pas ce qui est bon pour moi, seigneur du Boulot Blanc… Faites-moi confiance, je vous l'ordonne.
— Ai, elle n'a pas les qualités d'une reine, ce n'est qu'une indomptable fillette, ouvrez les yeux… supplia-t-il. Ci vellonnîn n'uir, vous êtes mon ami pour l'éternité, je ne pense qu'à votre bien. Les lois de Thingol sont sacrées pour nous… votre père vous a offert un trône, un ordre préétabli pour le bien de tous. Les Nandor doivent garder leur place.
— Les Nandor sont mes sujets autant que les Sindar… La révolte gronde et je dois palier à cela. Thranduil déclara avec force, Je refuse de voir mon royaume se déchirer à cause d'une histoire de castes alors que nous nous sommes battus dix ans au pays du Mordor. Sindar, nandor et avari, ensemble, comme des frères pour la sauvegarde d'ErynGalen… Entendez-vous, Cuthalion… ErynGalen perdurera. Je pourrais sacrifier sans problème ce qui m'est le plus cher dans cet unique but.
Cuthalion était un elfe rudement attaché à l'ordre inhérent au royaume. Depuis des siècles, les Sindar occupaient le pouvoir, et Cuthalion se battrait pour que cela reste ainsi. Thranduil le savait, il le connaissait comme il se connaissait lui-même.
— Mais vous convenez que les elfes de ces grottes sont des traîtres? Ils doivent être châtiés en tant que tels. Votre protégée a fait son choix, mellon, poursuivit le seigneur sinda, elle devra subir votre courroux pour cet affront. Il posa ses deux mains sur ses épaules, le métal de ses yeux rencontrèrent à nouveaux la glace antarctique de ceux de Thranduil. Réfléchissez, vous lui avez donné protection et honneur en la choisissant pour épouse, et voilà comment elle vous remercie… Je ne pourrais souffrir qu'on se moquât de vous… Vous avez plus changé en six mois en la côtoyant qu'en trois millénaires.
— Daro, Assez ! Rugit Thranduil en faisant sursauter la pauvre enfant sylvaine qui essayait de vendre ses roses à Eressëa, juste derrière eux. Il attrapa vigoureusement Cuthalion par la nuque, ramena le visage de son ami à quelques centimètres du sien. N'oublie pas Cuthalion… Je suis ton roi, articula-t-il dangereusement.
Il se retourna, braquant son regard dans la foule compacte où Eden riait délicieusement, et dansait gaiement avec Isil Meltintallë. Si elle avait eu connaissance de sa présence ici, elle ne rirait sans doute pas, elle pleurerait sous ses coups de boutoir.
— Mon cousin, appela Thranduil en sindarin. Eressëa approcha, posa une main sur son torse et fit un salut de la tête. Je vous somme de partir sur le champ à ErynGalen et de prévenir le seigneur Lorgan de ce qui se trame ici.
— Bien, mon prince, acquiesça le fils de Galvorn, les sourcils froncés, l'air étrangement absent.
Il pivota sur ses talons et descendit les escaliers menant à la sortie des grottes. Thranduil pouvait faire confiance à son cousin et au seigneur Lorgan, son premier conseiller, pour protéger son trône avant sa prochaine venue. La situation était critique, la guerre était tout juste terminée, le royaume affaibli…
Trouver le voleur du quatrième anneau elfique était vital pour son royaume. Il sentit l'œil du Triton pendu à son cou, se réchauffer contre sa peau. Le voleur n'était pas loin, il le sentait. Avec un peu de chance, grâce à cette pierre, magique, il pourrait l'attirer vers lui. Et là, il se saisirait de lui, et obtiendrait le pouvoir nécessaire pour protéger ErynGalen. Il serait le roi d'ErynGalen, qui unirait pour de bon son peuple. Le prince rajusta son masque d'argent, se retourna vers son ami d'enfance.
— A mon signal, bloquez toutes les portes, intima Thranduil en langue de Doriath.
Il était redevenu de marbre. Impossible de reperdre patience à cause d'une stupide faiblesse, les âges lui avaient donné une parfaite maîtrise de lui-même. Il était temps d'oublier cette idiote, pour l'instant. Rien n'était plus important qu'ErynGalen à ses yeux, pas même elle…
« Je n'ai pas le droit de fléchir »
— Ve thorthol, nous sommes à vos ordres, Ernil, dit le seigneur Cuthalion, la mine sévère. La garde royale et les forces spéciales sont prêtes à intervenir.
— Je vous apporterai mon aide, prince Thranduil, même si je n'ai pas mon mot à dire dans vos affaires,lui apprit le seigneur Elrond, ses yeux gris étincelant de sagesse. En revanche, par pitié faisons l'impossible pour que le sang de nos frères ne coule pas…
Son vieil ami Elrond… leur relation s'était dégradée avec le temps, mais ces derniers temps, il avait pu compter sur lui à chaque fois. Notamment, il se souvint du soutien du semi-elfe, quand il avait été blessé. Le Peredhil, avait été de son côté. Il était trop fier pour l'avouer, c'est pour cela qu'il choisit de dire :
— Elrond Eärendilion, arrière-petit-fils de Thingol, petit-fils de Dior, légitime héritier de Doriath… Votre place est avec nous.
Elrond posa sa main sur son cœur, salua ses dires à la manière de leur race avec noblesse et humilité. Il allait lui répondre quand Thranduil sentit une main timide lui tirer un pan de sa cape. C'était la petite elfling, à la chevelure de feu. L'enfant ouvrit la bouche, lui fit le sourire le plus beau et le plus innocent d'Arda. Ses yeux, comme la douce mousse de printemps qui couvrait les arbres de ses forêts, le caressèrent telle une brise rafraîchissante.
— Une rose rouge pour la cause, supplia timidement l'elfling, en lui tendant une belle fleur à la tige couverte d'épine.
Thranduil sortit un un Aras d'or et le mit dans la paume de l'enfant. Passa sa main dans sa soyeuse chevelure semblable aux lumières d'un crépuscule estival.
— Rentre chez toi, tithen-pen (5), exigea Thranduil d'une voix douce piquée de tristesse. Ce n'est pas un lieu pour toi.
L'enfant lui jeta un regard interrogateur, lui donna la rose et disparut dans la la huma, et couvrit les seigneurs de son regard glacé.
— Gwêm hi… Punissons ces traîtres, dit-il d'une voix basse et profonde en jetant la rose par-dessus la rambarde.
Son sang-froid reprenait peu à peu le dessus, mais sa patience légendaire s'était dérobée à voir sa pinig barboter dans cette fosse à purin.
Il y avait du vrai dans les paroles de Cuthalion, plus de vrai qu'il ne voulait se l'avouer à vrai dire. Ces derniers mois, il avait été d'une grande habilité à n'écouter que son propre désir, au détriment des paroles de ses plus fidèles conseillers. Il caressa doucement la chevalière de son clan. Et brusquement, il se rendit compte de son erreur.
Eden était l'épouse qu'il lui fallait, mais pas la reine qu'il fallait à ErynGalen. Malheureusement, les deux étaient indissociables.
Eden
Heure moderne 2h30
Elle aimait les elfes. Elle s'en rendait compte maintenant. Ils étaient bons, chaleureux et hospitaliers. Ils étaient mignons, elle avait l' envie irrésistible de tous les serrer dans ses bras. Chaque elfe des basses racines de Caras Galadhon l'avait accueilli les bras ouverts. Rien à voir avec la réputation des elfes d'Eryn Galen, connus pour être suspicieux avec les étrangers. La cuisinière du palais, une matrone à la poitrine dantesque, qui l'avait noyée sous la bouffe à sa sortie de prison, lui avait même donné des pâtisseries délicieuses fourrées de crème au miel. La bougresse lui avait tiré les joues aussi, en lui disant encore que son futur mari n'aurait rien à se mettre sous la dent. En réponse à cela, Eden lui avait fait un gros câlin, réprimant sa peine.
Elle lui avait fait songer à sa mère, qu'elle ne reverrait jamais. Que faisait sa famille à cet instant ? Aujourd'hui, elle aurait fêté le réveillon de Noël. D'ordinaire, elle avait toujours fui les fêtes de famille comme la peste mais maintenait elle se rendait compte qu'elle regrettait amèrement de ne plus pouvoir manger la dinde de Noël en compagnie des personnes qu'elle aimait le plus au monde.
Eden passa ses doigts dans ses cheveux, défit sa coiffure. Des mèches humides retombèrent sur ses épaules frissonnantes d'excitation. Mon dieu, elle faisait quelque chose de mal, de con… Elle fuyait la réalité en essayant de ne pas penser au réveil elle fuyait la tristesse, qui se harponnait sans cesse plus vigoureusement à elle.
« Recentre-toi sur toi, Eden. T'es déchirée… Je t'en supplie, fais attention ». Isil lui resservit un verre, un beau sourire sur ses lèvres charnues qui appelaient à l'amour.
Pas bien, pas bien Eden… Elle trempa ses lèvres dans l'hydromel, essayant de noyer ses peurs dans le pot-pourri d'épices. C'était doux, sucré cela brûla sa gorge, nourrissant le petit foyer de son ivresse d'une bûche de plus.
— Doux et piquant comme les lèvres d'un amant, chanta Isil de sa voix mélodieuse dans ses oreilles, déjà assez obstruées par le bruit assourdissant de la musique.
Elle fit tomber quelques gouttes de vin sur sa robe, quand un elfe la bouscula. Doucement, elle se massa le ventre, réprimant les relents d'alcool, qui dansaient la polka dans son estomac. Pour faire passer le vin, elle se remua de plus belle. Elle leva lentement ses bras, fit onduler son bassin en synchronisation parfaite avec le son entraînant de la musique aux notes celtiques, si agréables. Elle fit courir ses mains sur son corps, comme pour avoir prise sur lui, et se l'approprier… Avoir l'impression, que c'était bien le sien et non pas un corps elfique.
Elle éclata de rire, quand Amàndil apparut et dansa derrière elle. Son éclat de rire mourut sur ses lèvres, pour renaître en un sourire épanoui par le vin. Amàndil Palantirion, elle aurait pu le reconnaître parmi un bataillon d'elfes en armures et heaumes de bronze, tellement son allure était originale. Sa longue chevelure rousse aux éclats de feu s'étalait sur ses larges épaules, coulait sur sa tunique rouge et or. Il lui fit un baise main, et sourit, creusant sur sa joue imberbe une fossette sur son visage irrésistible. Il n'en fut que plus craquant à ses yeux.
— Ravi de te revoir, douce Eden. Tu es plus charmante que jamais, dans cette robe, complimenta son ami dans le creux de son oreille. Il lui lança un autre sourire franc, jetant du même coup sa chevelure cuivrée en arrière. Tu as l'air très saoule aussi, ses yeux se rétrécirent, alors qu'il notait son état avec amusement.
Bon, pour sa défense, fallait aussi dire que, quand elle picolait, elle avait la fâcheuse tendance de voir le monde dans un filtre Photoshop rose bonbon. Elle était survoltée, baignant dans un monde qui lui paraissait encore tout droit sorti d'une série tv où les scénaristes auraient trop abusé de la coco. C'était si merveilleux ! Une bonne dose de joie dans sa vie, ne lui ferait pas de mal. Elle le méritait après tous les déboires arrivés ces dernières semaines.
— Je suis aussi heureuse de te revoir, pouffa-t-elle en lui rendant son sourire. Désolée de ne pas avoir pu aller à ta petite soirée, l'autre fois, j'ai eu un contretemps… Elle se rappela de sa nuit avec Thranduil, pendant laquelle le prince sous les arbres avait cauchemardé. Pourquoi pensait-elle encore à lui ?
— Dommage, je me suis surpassé cette nuit-là ! s'exclama-t-il en dévoilant ses belles dents blanches. Je fêtais… Ah ! Devine, petite elfe… ! Je fêtais ma prochaine entrée dans la garde royale, en tant que chevalier du roi.
Eden plaqua sa main sur sa bouche, et poussa un cri de joie. Elle le serra très fort dans ses bras, et eut l'impression d'être dans ceux de Roger. Elle leva ses yeux châtaigne vers l'émeraude joyeuse du regard d'Amàndil. C'était comme être à la maison, en compagnie de son meilleur ami. En se perdant dans les iris diabolo menthe d'Amàndil, elle voyait l'espoir resurgir des ténèbres. Ils étaient comme deux panneaux de signalisation, brillant sur la route 66, indiquant le chemin d'un monde meilleur.
— Félicitation, tu le mérites, dit-elle d'une voix malicieuse. Bien que tu sois le plus grand pervers de la création.
Isil s'incrusta dans la conversation. Elle avait l'air heureuse. Cependant c'était clair comme de l'eau de roche que quelque chose la tracassait.
— Elle n'a pas tort Amàndil… En plus, quand tu seras sous les ordres du seigneur Cuthalion, tu ne pourras plus sauter sur toutes les belles, qui te passeront sous le nez.
— Oh c'est vilain ce que vous dîtes, jolies fleurs. Il parut outré, et posa une main sur son torse, sa bouche formant un ovale parfait, je rends seulement grâce aux attraits qu' Erù m'a donné. Et vous vous liguez contre moi. Bon c'est vrai, que depuis que nous sommes arrivés en Lorinand, je n'ai jamais passé une nuit seul... Il commença à compter sur ses doigts, Isil leva les yeux au ciel. Il y a eu, Fangil la cuisinière, Cadwel la couturière, Ennil la blanchisseuse, Galladeth la prêtresse d'Irmo… Brassel, la fille du grand argentier d'Amroth… Et puis, rah par Morgoth, je ne me souviens plus de son nom.
— Tu veux dire que t'as couché avec plus d'une elleth par soir ? demanda Eden, prise d'un fou rire incontrôlable.
— Je ne quitterai pas la Lorinand sans avoir casser les pattes arrières de toutes les plus belles ellith célibataires du comté, claironna-t-il en bombant le torse. Mais changeons de sujet voulez-vous, racontez-moi…
— Si tu avais été un mortel, mellon, tu serais mort de la Syphilis, coupa Isil de sa voix de velours en peignant ses long cheveux d'encre avec ses doigts fins. Fais attention qu'un ellon jaloux ne te provoque pas en duel.
L'elfe sylvain frappa dans ses mains et hurla de rire.
— Grâce à Erù, je ne suis pas mortel. Il agita sa main gantée de cuir rouge. Et puis il faudrait avoir le cervelet d'un orc pour avoir le courage de croiser le fer avec moi. Je serai un elfe de la garde royale, par les seins de Nessa, adoubé prochainement par le prince lui-même. Il arracha une bouteille des mains d'un elfe qui passait. Trêve de stupides bavardages. Qu'avez -vous fait toutes les deux en ce début de soirée ? J'ai pleuré de ne pas voir ta bouille de coquine dans la foule, Eden. Il caressa son épaule. Et toi Isil, de ne pas pouvoir admirer ta belle expression de noble sinda constipée, s'enquit-il en pinçant le bout du nez d'Isil, qui s'empressa de lui rendre un coup dans le nez.
Amàndil lui servit un verre du vin volé, pendant qu'Eden commençait son récit rocambolesque. La nuit n'avait été qu'une succession de n'importe quoi. Isil l'avait embarquée aux quartiers des portes dans un premier temps. Sa belle amie elfe, avait appris d'un indic de l'Egnor Céleste que les seigneurs de la cour, dont Arphen s'amuseraient dans ce quartier. Le but de la manœuvre était d'attraper Arphen, qu'elle pensait être l'assassin, mais tout ne s'était pas déroulé comme prévu.
Non, non, non !
Et bah mince alors, son indic s'était trompé ou avait trop abusé du vin ou les deux, au mission était tombée à l'eau. Alors, la noble sinda avait décidé qu'elles iraient dans les grottes de l'Egnor. Normalement, Isil ne lâchait jamais l'affaire. Or ce soir, elle n'était pas elle-même, elle donnait l'impression de vouloir reporter l'instant où elle se retrouverait devant Arphen, son épée à la main. Eden, quant à elle, voulait s'expliquer avec lui, elle ne voulait pas qu'Isil puisse lui faire du mal. L'amitié la rendait peut être faible, soit, cependant elle n'arrivait pas à se rendre compte qu'un ami aussi cher ait pu la trahir et agresser Thranduil. Si c'était le cas, jamais elle ne pourrait lui pardonner.
Elles avaient donc quitté les quartiers des portes, pour les grottes cachées de l'Egnor. Eden n'avait pas été très chaude pour s'aventurer en ces lieux. C'est vrai quoi, l'Egnor Terrestre était dangereuse, c'était une bande de fanatiques. Mais un masque servait bien à cacher son identité, non ? Autant en profiter !
Aux quartiers de la porte, bambam di bom, un elfe de la garde de Thranduil avait surgi de nulle part. Ce casse- couille avait essayé de la ramener au palais alors bambam di bom, elle lui avait jeté sa coupe de vin à la figure. Logique, tu me diras, hein ! On s'éclate tranquille sans faire chier personne et il y a un relou qui vient vous taper sur les nerfs… vous faîtes quoi : Vous lui faites une champagne shower !
Maintenant, elle était dans les grottes des basses racines, une merveilleuse caverne à ciel ouvert. Elle n'avait qu'à lever les yeux. E elle pouvait voir les étoiles clignoter au-dessus d'elle et la pleine lune l'éclairer de ses rayons fantomatiques. Son petit cœur avait fait des bonds dans sa poitrine, elle s'était sentie connectée à l'univers tout entier. Après avoir salué quelques elfes qu'Isil connaissait, une musique fantastique avait retenti. Étrange, comme si les musiciens jouaient avec les cordes de son cœur. Elle en fut toute remuée. Isil avait dansé, et elle l'avait admirée avec ravissement. Qu'est-ce qu'elle pouvait ressembler à un ange tombé du ciel, quand elle dansait ! Sa beauté était plus poignante que les constellations, elle irradiait la salle de lumière.
( NDLR : Eden est saoule )
Amàndil fit une grimace, une mine grave balaya son sourire.
— Oui, Isil m'a appris pour Arphen, je n'arrive pas à le croire, dit-il, tout d'un coup sombre. Je l'ais prévenu d'être prudente, l'emportement n'est pas un luxe que nous pouvons nous permettre.
Isil posa une main amicale sur son épaule.
— Certes, mellon, mais nous ne pouvons attendre d'être arrêtés par l'étoile d'argent ou dispersés par le prince légitime. Elle lança à Eden un regard plein d'espoir. Eden a décidé de nous venir en aide.
— Tu es folle, dame Isil, coupa Amàndil dans un élan d'énervement. Eden n'est pas une guerrière, nous ne pouvons la mettre en danger… Et c'est la protégée du prince Thranduil, ce qui n'arrange pas nos affaires. Il la couva d'un air protecteur. Navré, Eden, cette bataille n'est pas la tienne.
Il avait raison, cette bataille n'était pas la sienne. Trop de choses étaient en attente d'être gérées, dont sa relation avec Thranduil. En parlant de lui, elle savait qu'elle avait eu tort de le fuir. Pourtant elle avait besoin de respirer, hors du champ de son incroyable puissance prédatrice. Toutes les révélations qu'elle avait reçu, la paralysaient de peur. Alors, pour le moment, elle devait prendre un peu de temps pour elle, le temps de digérer le flot d'informations. Elle aimait Isil, elle aimait Amàndil… Elle comprenait que leur combat était juste. Donc si elle avait le moyen de les aider pourquoi pas, cela allégerait peut être son karma, qui sait ?
— Tu es un elfe de l'Egnor, Amàndil ? demanda Eden, même si elle connaissait la réponse. Tu te battrais contre Thranduil ?
— Je suis un serviteur de Yavanna, j'obéis au culte de mes aïeux, qui vivaient dans les forêts d'ErynGalen, quand le soleil n'était pas encore né, et que les elfes vivaient sous la lumière bénie des filles d'Elbereth, lui conta l'elfe sylvain d'une voix douce. Je désire que les Sindar nous octroient la place qui nous revient. Thranduil peut m'avoir fait son chevalier, je connais sa seigneurie pour être le gardien de la politique de son père… Pire, à la différence de son père, il est plus cruel, et son fëa est aussi puissant. Il se gratta la tête. Malgré tout l'amour que lui porte notre peuple, c'est un authentique seigneur de Doriath. Il veut détruire notre culture au profit d'un système régi par sa caste. Ce fichu code de Thingol ! Alors, s'il le faut je me dresserai contre lui… s'il désire détruire nos traditions, je deviendrai son ennemi et rejoindrai la Terrestre. Il fit un beau sourire. Mais, ne t'inquiète pas Eden, je suis un elfe de l'Egnor Céleste. Notre culte proscrit la violence. En attendant de voir ce que fait Thranduil de son royaume, je ne bougerai pas, et le servirai comme mon souverain légitime.
— Si je peux, je t'aiderai, dit Eden les yeux brillants, décidée, le regard fixe. Vraiment, je ferai tout… Thranduil doit juste apprendre à vous connaître, dit-elle, croyant conjurer ses propres peurs.
L'elfe nando caressa son visage, un sourire triste voguant sur les commissures de ses lèvres.
— Fais de ton mieux, Eden, mais ne te mets pas en danger. Bientôt nous serons à ErynGalen, je te ferai visiter notre belle forêt, tu vas l'aimer comme nous tous… Ses vallons, ses bois, sa rivière, ses clairières… C'est le plus beau joyau, qui puisse exister.
Elle virevoltait dans les bras d'Amàndil, ses pieds se décollèrent littéralement du sol. Le ciel, la fureur des éléments l'appelaient grondaient en elle. Elle se sentait en harmonie parfaite avec la beauté de la nature, qu'elle avait longtemps ignorée.
Aveugle !
Amàndil la porta dans ses bras vigoureux.
Sotte !
Elle retomba sur le sol, titubant, le sourire aux lèvres, tandis qu'Isil la tirait vers elle. Elle l'emporta dans le tourbillon fou des pans de leurs robes respectives, dont les doux tissus fouettaient la chaleur de l'air, ramenant dans son visage des bourrasques de parfums de forêt après la pluie, de sauge humide, de neige éternelle.
Les tambours l'emportaient au loin. Son corps répondait aux appels des luths enchanteurs, et faisaient vibrer chaque parcelle de son corps.
Elle n'avait vécu réellement jusqu'à l'éveil de tous ses sens. La musique lui murmurait d'une voix charmeuse, qu'elle était la bienvenue. Mon dieu, elle se sentait invincible, à jamais jeune et immortelle. Les cordes avaient rompu l'horrible silence de sa vie, elle ne se demandait plus qui elle était, elle le savait.
Amàndil l'attrapa par les hanches, il débuta des pas de danse d'une rapidité déconcertante, d'une beauté qui la fit défaillir. Son bassin ondula langoureusement, son souffle se battait pour sortir de ses lèvres. Elle était une elfe, et elle serait plus libre qu'elle ne l'avait jamais été. Une elfe !
Ses jambes semblaient bouger toutes seules, soumises aux caprices de la flûte, qui gémit dans la salle. Comment cela se pouvait-il ? Elle passa ses mains dans sa chevelure, leva ses yeux vers la balustrade où des grands elfes parés de masques d'argent, observaient la danse sans participer. Elle sourit et eut envie de les appeler, qu'ils viennent danser avec eux. La vie était trop belle… Fallait-il être née mortelle pour avoir conscience de sa beauté ?
Elle regarda Amàndil, l'œil enfiévré par l'ivresse. L'elfe sylvain embrassait à pleine bouche une elleth habillée d'une robe de soie bleue, aux cheveux d'argent. Elle se retourna, quand Isil dansa contre elle, prit sa main dans la sienne et fit encore trembler la caverne de sa dangereuse beauté. Il lui semblait que tout le monde les regardait et ça lui faisait incroyablement plaisir. Elle avait envie que l'univers puisse les contempler. Qu'elles disent : Regardez, nous sommes, heureuses et libres ! Libres de vos carcans, libres de vos règles ! Faites ce que bon vous semble, nous nous en fichons. Nous sommes les seules à nous posséder.
Elle monta sur une table, tendit la main à Isil, qui parut soudain étonnée. Elle lui jeta un sourire éblouissant. Sa coupe était vide, elle parut se remplir toute seule. C'était fou, qu'avait-elle pris ? Elle perdait la boule. Les couleurs des vêtements du bal formaient un kaléidoscope hypnotique de couleurs vives, qui lui donnèrent le tournis.
— Sens le feu, sens le feu ! cria Isil, la noble sinda était arrivée au paroxysme de son ivresse. Elle débuta une danse charmeuse, leva ses bras vers le ciel, et ondula comme un serpent sous acide.
Mince c'était cela, elle était droguée, ce n'était pas possible autrement. Alors, les tambours frappèrent encore, et Eden ne sut plus trop où elle se trouvait. Son regard s'embruma, elle perdait pied, elle dansait comme si sa vie en dépendait. Son masque glissa sur sa robe, elle crut enfin reprendre l'air à la surface de la mer déchaînée des danseurs. Son bras… Était-ce vraiment son bras ? Il se balança doucement. Sa jambe… Lui appartenait-elle ? Ce n'était plus elle qui dansait, ni son corps, c'était son âme. Elle s'élança avec grâce sur la longue table de bois cirée, qui longeait la grotte. Isil la suivit, et elle lui cria d'une voix enrouée :
— Voilà laisse ton âme prendre le dessus, laisse l'elfe en toi se réveiller. Elle lui prit son visage, Qui es-tu en réalité ? Les iris océans d'Isil avaient disparu, et dans le blanc de ses yeux ne dansaient plus que deux billes noirs.
Eden fit de nouveau aller son visage poupin vers la rambarde, comme irrésistiblement attirée. Elle ne sut pourquoi, mais l'elfe, qui regardait la fosse avec tant de hargne, elle eut envie de lui avec une telle force, qu'elle ne put se tenir plus longtemps sur ses jambes. Elle se prit les pieds dans les pans de sa robe, et chuta sur le sol. Au ralenti, dans le flou artistique de sa vision, elle put voir deux yeux de glaces la poignarder de part en part.
Isil accourut pour l'aider, et elle vit, Amàndil lui saisir le bras et la hisser vers le haut.
— Je suis Eden Dilaurentis… Je suis Carnillë, Carnillë Celebrimboriel… murmura-t-elle en leur souriant.
Amàndil lui cria dans les tympans.
— Qu'as-tu dit ? Je n'entends rien. Tu as trop bu, mellon, viens, nous allons nous éloigner, prendre un peu l'air, s'époumona-t-il. Ses pupilles étaient dilatées, comme Isil. Sa pupille était si sombre, qu'elle avait englouti le vert de ses yeux dans un lac de ténèbres.
— Je ne sais pas, je me sens mal… dit-elle en galérant à reprendre son souffle.
Ils quittèrent la foule, et arrivèrent devant l'entrée d'autres souterrains, qui donnèrent le vertige à Eden. Amàndil commença à s'allumer une pipe hobbit et la lui tendit avec un sourire.
— Tiens, cela va te faire du bien ! Les fêtes elfiques qui conjurent les Valar ont tendance à retourner un peu la tête des jeunes elfes. Eden inspira, lâchant une nuage de fumée blanche. Des mortels seraient mort en y assistant, ils se seraient perdus dans la danse, et se seraient condamnés à la folie… C'est comme cela, les prières aux Aratar… Le vin remplit les coupes par enchantement, les musiciens sont possédés par une transe et jouent des airs sacrés dictés par les esprits des forêts. Voilà pourquoi, ces fêtes sont interdites par les rois sindar depuis des lustres. Un conseil, mellon, quand tu seras à ErynGalen, et que des elfes fêteront le festival du printemps, évite les ronds de champignons (6), tu te retrouverais dans la clairière royale du cœur de la forêt, et tu perdrais l'esprit pour une année vala. Il éclata de rire, but sa coupe, puis sortit une jolie rose de sa bourse, et la glissa dans sa chevelure. Je ne veux pas te faire peur, tiens cadeau, cette rose est tombée dans la fosse pendant les danses.
Eden commençait juste à reprendre ses esprits, et elle comme ses membres étaient tout ankylosés. Elle toucha le bouton de rose.
— Ronds de champignons ?
Elle sentit la douce main d'Isil tapoter son visage.
— Tiens ton masque, Eden, murmura-t-elle avec douceur, Fais attention. Elle croisa les bras sur sa grosse poitrine, Dis-moi Amàndil, sais-tu où est ton frère ?s'enquit-elle avec beaucoup moins de sympathie.
Bonne question ! Où était cette sale fouine dégoûtante ? Elle ne l'avait pas vu de la soirée, et elle trouva cela plutôt suspect. A ses yeux, Wilwarin était comme une grosse palourde visqueuse, il ne manquait jamais une occasion de rôder près d'elle ou de harceler Isil.
— Je n'en ai aucune idée, beauté… répondit l'ancien lieutenant d'une voix traînante. Il n'aime pas ces fêtes, j'ai dû l'obliger à venir. Il haussa les épaules. Sans doute dans les souterrains, en rêvassant encore à ses projets de grandeur. Ses yeux verts s'écarquillèrent. Ah mais en parlant de l'orc !Amàndil agita ses bras comme un survivant sur un radeau en plein océan. Frère, nous sommes ici !hurla-t-il à Wilwarin qui surgissait de la foule.
Eden accueillit son précepteur avec un regard mauvais, mais ce bouffon l'ignora totalement et agrippa fermement les poignets d'Isil. Il était d'une beauté angélique, empoisonnée. Sa fine constitution, lui donnait l'air d'une fée maudite avec ses longs cheveux auburn que doraient les flammes des torches. Il était masqué d'une simple feuille de frêne trouée, dans laquelle scintillait son regard boisé, brillant de sa vive intelligence. Mais, Wilwarin était différent de d' habitude, il était inquiet pour Isil et son frère, et elle fut encore plus étonnée, quand il lui jeta un regard brillant d'une détresse identique.
— Isil, je dois m'entretenir avec toi, c'est urgent, supplia l'elfe au visage d'ange, sur un ton déchirant. C'est important. Il tourna la tête vers elle. Il faut que tu quittes les lieux immédiatement, prends la jeune Eden avec toi.
Jeune Eden ? Fallait arrêter de la rajeunir, elle était adulte nom d'un chien ! Pour une fois au moins, le couillon ne l'avait pas insultée, c'était une première. Dans son regard beau comme une prairie ensoleillée, brûlait une peur que jamais Eden ne lui avait vu auparavant. Le pauvre gars avait l'air tout retourné.
— Pourquoi, est-ce qu'on te ferait confiance Wilwarin ? s'enquit Eden, soupçonneuse. Tu n'apportes que des problèmes.
— Tu le dois, c'est tout, trancha l'elfe sylvain de la maison du chêne d'une voix tremblante. Il en va de votre liberté... Elle t'es précieuse, n'est-ce pas, petite reine ?
— Oui, plus que tout, petit palefrenier, rétorqua Eden, un sourire sur son visage.
— Plus pour très longtemps… souffla mystérieusement entre ses dents l'ancien scribe, son regard prenant les teintes du soir orageux d'un mauvais printemps. Isil, viens, je t'en prie.
Elle les observa s'éloigner, et jeta un regard interrogatif à Amàndil. Le futur chevalier de la garde souffla sur sa pipe, lâchant un nuage opaque chargé d'une odeur qui rappela à Eden la saveur piquante du cannabis. Il leva ses sourcils orangés en inspirant une nouvelle fois. Impossible de savoir, ce qui se tramait dans la tête de Wilwarin Palantirion.
— Ton frère est dangereux, il m'a agressé dans les forêts… lui apprit Eden, d'une voix blanche où perlait la colère. Tu devrais faire quelque chose. Tu peux lui trouver toutes les excuses que tu veux, Amàndil. Ton frère n'est pas bien, il y a quelque chose de… cassé en lui.
Amàndil écarquilla les yeux, la rage apparut dans ses yeux de pures émeraudes.
— Vraiment ? Il lâcha un grognement d'exaspération, Ne bouge pas, je reviens… Il se fit un passage dans la foule, afin de rejoindre son frère et Isil.
Elle se mit sur la pointe des pieds. Merde, elle était inquiète tout d'un coup. Qu'est-ce qui se passait au juste ? Des éclats de voix lui arrivèrent de plein fouet dans ses oreilles taillées en pointe :
« Quoi ? Mais comment as-tu osé, Wilwarin ? Elle vit Isil pousser rageusement Wilwarin contre un mur. Ce lieu est sacré ! Les elfes de l'Egnor Terrestre ont été sommés de ne pas participer à ces réjouissances par ordre du prince légitime. Ici il n'y a que des frères de la Céleste ! Un claquement résonna parmi les tambours. Wilwarin s'alanguit contre le mur, essuya le sang, qui perlait de sa lèvre. A quoi as-tu pensé ? Mon fiancé sait que je suis ici ? cria-t-elle d'une voix stridente. Tu nous as ve… »
La musique montait en crescendo, Eden se concentra, or elle n'entendit que leurs lèvres remuer parmi les rires étourdis des elfes aux alentours. Amàndil paraissait aussi, hors de lui. Il faisait de grands gestes, et attrapa son frère par le collet, qu'il plaqua contre le mur rocheux.
Eden les avait perdu dans la foule, et elle avait tenté vainement de les rejoindre, mais la cohue l'avait emportée vers une autre salle où se jouait une musique plus lancinante, au timbre plus paresseux, presque sensuel. La voix enchanteresse d'un elfe ménestrel se faisait entendre, elle crut rentrer dans un songe :
Man naegmathal, ae maethorveren,
Eruireniolarnimp?
I thârpellenuinael
Ar ú-linnar in aew.
Oh ! de quoi souffres-tu malheureux,
Errant solitaire et pâle ?
Les joncs de l'étang sont flétris,
Et aucun oiseau ne chante
Une forte odeur d'encens emplissait les lieux. Elle se fraya un passage dans la masse de couples d'elfes, heureux et amoureux, leurs yeux brillants. L'étrange ambiance les paraît tous d'une beauté surnaturelle. Elle posa une main sur sa poitrine, se berça avec le rythme emballé de sa respiration, et par les trémolos de l'elfe chanteur. Elle entrouvrit les lèvres, aperçut encore cet elfe, qui faisait naître une attraction dévorante.
Elle voulait toucher la chose pendue à son cou. C'était certain, elle devait prendre la chose que possédait l'elfe.
« Hypnotisée… Eden… » Criait une voix lointaine.
La haute stature de l'inconnu s'éclipsa, et Eden voulut voir à quoi il ressemblait. Comme si c'était vital pour elle de le rejoindre. Son esprit se vida de ses pensées, celles-ci allèrent danser avec les volutes blanches de l'encens. Envoûtée par lui, elle le voulait, donc elle le suivit. C'était si simple… D'une simplicité déconcertante. On l'appelait, c'était évident… il y avait quelque chose chez cet ellon, qu'elle voulait, mais quoi ?
« Eden sale soularde, prends garde » gronda Rumple. « C'est un piège, baby doll… N'y vas pas. L'œil du Triton »
Aucune importance, elle suivait l'aura puissante que dégageait l'ellon. Étrange sentiment, proche de l'ensorcellement. Elle tendit la main pour l'atteindre, mais ne put que saisir une traînée morcelée de fumée d 'encens. Elle ferma les yeux, écoutant la musique dont les notes lui parurent désincarnées. Quelqu'un l'arrêta, la réveillant de sa somnolence. Secouant ses cheveux blonds, elle observa le fauteur de trouble. Il n'était pas costaud, vêtu d'une cape noire, et d'un masque d'argent, il dénotait tout de même avec les elfes de l'Egnor. Sûrement parce qu'il dégageait une noblesse indéniable. Ses petits yeux d'un gris de brouillard lui rappelèrent quelqu'un, ainsi que ses cheveux dorés coupés aux coudes.
— Arphen, c'est toi ? demanda-t-elle d'une petite voix.
— Oui c'est moi… sa voix paraissait aussi nerveuse que celle de Wilwarin.Oh, mais que fais-tu ici, mellon ? Il voulut caresser son visage, mais Eden s'écarta, lui lançant un regard noir. Qu'as-tu, bon sang ?
Il lui prit la main, liant ses doigts aux siens, dans une troublante étreinte. Pourquoi ne voyait-elle encore que la bonté dans ses yeux ? N'était-il pas l'assassin désigné par Isil ?
— Sois franc, Arphen. L'alcool la rendait plus sensible que d'habitude, elle sentit les sanglots s'attrouper au fond de sa gorge. J'ai besoin de franchise, dis-moi, dit-elle, sur un ton, qui ordonnait la réponse. Es-tu réellement un ami sincère ou un assassin ?
Arphen prit son visage dans le creux de ses bras chaleureux, et la berça doucement.
— Chut, Eden… Je ne vois pas de quoi tu parles, mais il faut que tu quittes maintenant cet endroit, tout de suite, dit-il avec une fermeté qui ne lui ressemblait aucunement.
Elle leva ses grands yeux embués de larmes vers lui. Son épaule secouée de minces soubresauts la fit tituber, mais il la tenait fermement. La musique l'appelait encore, elle se sentait repartir. Elle eut envie qu'il la lâche de suite.
— Je n'en ai pas envie, dit Eden en articulant chaque syllabe distinctement. Je suis bien ici. Elle essaya de repousser l'elfe. Ils commençaient à l'énerver profondément tous ces gens, qui lui ordonnaient quoi faire. Pour qui se prenaient-ils ? Je ne suis pas disponible pour le moment, tu pourras dire à ton beau prince que j'ai enfin découvert l'excitation que procure la race elfique, et que je compte bien en profiter ce soir, acheva-t-elle avec un sourire canaille. Sur ce, si tu n'as rien à me dire…
Une main brûlante s'imprima sur la peau nue de son épaule. Arphen la lâcha brusquement. Piquée par la colère, elle s'apprêta à se retourna pour dire au nouvel abruti, de lui foutre la paix.
— Une fois n'est pas coutume, Aldaronion a raison.
Son cœur se figea en elle. Son cœur s'emballa si fort dans sa poitrine qu'elle ne sentit plus le haut de son corps. Une voix grave, au timbre profond, aux notes hargneuses, embellie par un accent aristocratique. Un parfum de menthe poivrée, qui lui liait à chaque fois les sens. Une main virile, raffermie par la pratique régulière de l'épée. La fraîcheur glaciale d'une chevalière où se cabraient un cerf couronné, et une feuille de frêne. Elle tourna doucement la tête vers l'ellon, qui lui faisait perdre la tête, dont elle aurait voulu se préserver le temps d'une soirée. Le regard de Thranduil était d'une glace polaire, qui la fit reculer d'un pas, dans un élan presque animal… une souris prise entre les griffes acérées d'un aigle royal. Un instinct inné de défense contre l'attaque d'un prédateur. Pourquoi ? Elle ne voulait pas être la souris, elle voulait aller au- deça de sa peur. D'ailleurs ? Pourquoi avoir peur ? Elle n'avait aucune raison de le craindre, parce qu'elle aimait sa compagnie, et avait désiré le revoir à la minute où elle l'avait quitté.
— Je réserve cette danse, prévint sèchement Thranduil. Cela n'avait rien d'une question, le prince sous les arbres prenait ce qu'il voulait prendre.
Un elfe la bouscula, et elle se retrouva calée contre le torse musculeux du souverain. Il sentait si bon… Eden était encore sous l'influence de la musique, elle le savait. Elle sourit à Thranduil, qui parut s'éloigner encore plus d'elle. Oui, le prince Thranduil était avec elle, mais il n'avait jamais paru aussi distant. Elle fronça les sourcils, réprima un gémissement, quand il la prit par la taille, et la colla plus contre lui. Aucune douceur dans son geste, il était brusque, soudainement loin de la douceur de la dernière fois où ils s'étaient vus.
« Reviens-moi », avait demandé Thranduil, lors de leur dernière entrevue, mais elle n'avait pas tenu sa promesse. Eden tenait rarement ses promesses, elle aimait bien aller où le vent la portait. C'était un gros défaut, mais merde, elle n'appartenait à personne, et surtout pas à lui - le chef de l'étoile d'argent- qui en voulait à son anneau.
Son regard monta vers le col du seigneur de Vertbois. Elle était là, la chose qu'elle voulait toucher. Ses doigts remuèrent contre les doux tissus du surcot de Thranduil. La musique, comme réponse à son impérieuse envie, se fit caressante, puis explosa dans un chœur de cordes, et de percussions.
Ar hindínvrêg
Et ses yeux étaient sauvages…
« Ne touche pas à l'œil du Triton »
Eden arrêta tout de suite sa lancée. Si Rumple lui disait ne pas y toucher, il avait sans doute raison. L'anneau le voulait lui, mais était-ce toujours bon de faire ce qu'on désirait le plus ? Thranduil, lui saisit le visage, comprimant ses deux joues dans la forte étreinte de ses mains, serties de bagues.
— Ce n'est pas avec des vaines caresses, que tu réprimeras mon courroux, Eden, il approcha son visage du sien. Tu es allée trop loin, je vais t'appendre la dureté de ce monde et que tout pêché est puni inexorablement, murmura-t-il d'une voix dominatrice.
Elle sentit la rage exploser en elle, se muer au bonheur, qu'elle avait ressenti en le revoyant. Il l'énervait avec son air suffisant et autoritaire. Qu'avait-il de plus qu'elle, à part une couronne et quelques milliers d'années en plus ? Elle serra les dents. Elle possédait Cenya, le quatrième anneau, qu'il désirait tant et cela la fit soudain sourire à pleines dents. Clairement, elle était encore saoule, sinon jamais elle n'aurait pu l'affronter aussi longtemps, tandis que le futur roi d'Eryn Galen était au summum de l'effroi, qu'il pouvait lui insuffler.
— Cela te fait rire ? articula le prince d'une voix mielleuse, pleine de menace. Il la fit pivoter, logea son visage au creux de son cou. Elle le sentit la caresser de ses lèvres brûlantes, qui vinrent mordiller son oreille. Attends de sortir de ces grottes, et crois-moi, tu te rappelleras ce qui arrivent aux sots qui osent se moquer de moi…Il traça une droite imperceptible sur son dos nu, qu'il termina au creux de ses reins. Ce qui arrive aux ellith, qui désobéissent à leur seigneur et maître.
Les paroles de Thranduil, la firent dessaouler immédiatement. N'en avait-elle fait encore qu'à sa tête en oubliant qu'elle n'était plus en France ? Les règles du jeu n'étaient plus les mêmes. Elle frissonna, sentant une chaleur envahir son pubis. Sérieux, pourquoi leur relation était-elle un incessant jeu de pouvoir ? C'était injuste, elle était une femme forte et indépendante et puis, elle avait l'anneau.
— Tu es odieux, Thranduil, éclata-t-elle. Elle tourna la tête, jetant dédaigneusement sa chevelure en arrière, soutenant son regard, les traits contractés par la colère. Réveilles- toi, je ne te dois rien.
Thranduil parut soudain amusé, ou n'était-ce qu'un stratagème ignoble pour la déstabiliser?
— Vraiment ? J'aurais pu te laisser pourrir sur la plaine de Dagorlad, comme une indigente… Au contraire, je t'ai offert le plus grand honneur qu'une elleth puisse espérer avoir.
— Je me fiche de l'honneur, dit Eden d'une voix atone, Je ne voulais que rentrer chez moi, rien de plus. Elle s'alanguit sur le torse de Thranduil, laissant aller son regard dans les volutes d'encens. Dis- moi… N'es-tu pas heureux de me voir ? dit-elle en levant encore une fois ses yeux vers lui. Tu es venu, ici pour me retrouver ? demanda-t-elle d'une voix chargée d'espérance. Elle le caressa du regard. Si c'est oui, peut- être que je pourrais pardonner ta maladroite violence d'homme touché dans son orgueil, perdu dans les derniers retranchements de sa colère, elle flatta la douce joue du souverain d'une caresse du bout de son pouce, comme elle l'aurait fait à un enfant.
Celui-ci, écarquilla ses yeux de cristal, qui semblèrent fondre sous le coup d'une vague de colère et du désir qu'elle se plut à voir. Cependant, cela lui fit un peu peur aussi, elle allait s'attirer des problèmes à jouer à chat avec ce cerf enragé. Elle osa néanmoins continuer à lui parler avec douceur, mais il arriva que la rage fut si opaque dans les yeux de Thranduil, qu'elle sentit la peur grandir encore en elle. Qu'allait-elle faire, si elle n'arrivait pas à le maîtriser ? Quelles étaient les punitions que donnaient des ellyn tels que Thranduil à des ellith, qui désobéissaient à leur seigneur et maître ? Bien sûr, tout ceci n' était que de minables conneries pour elle, prononcées par des machos minables, mais elle vivait dans un autre monde, sans aucune arme, autre que Cenya, le quatrième anneau elfique. Et elle n'avait aucune idée de la manière de s'en servir.
— Contrairement à toi, je pourrais être une reine magnanime, Thranduil ? prononça-t-elle sur un ton plein d'impertinence.
Thranduil accentua la pression sur son poignet. Elle grimaça de douleur, et lança à Thranduil un regard haineux. Putain, elle l'aimait, alors pourquoi compliquait-il les choses à ce point ? Tout ce qu'elle avait envie, c'était de vivre comme elle l'entendait, et cela n'était plus possible.
— Pinig, penses-tu réellement que je ne pense qu'à toi ? Que ton visage hante tous mes rêves, rit Thranduil froidement, Je règne, Eden… Et je suis ici pour d'autres affaires, bien plus importantes que ton impertinente petite personne, gronda-t-il en desserrant son étreinte, redevenant aussi lointain, et inaccessible que la première fois qu'ils s'étaient rencontrés.
— Tu… tu es ici pour la quête de ton père ? C'est cela ? articula-t-elle dans un sanglot. Elle scruta le visage de son amant, essayant d'y trouver l'éclat de l'amour. Rien, il était de marbre. Elle se tortilla, contre lui, donna une tape sur la dureté minérale de son pectoral. Pourquoi es-tu ici ? s'enquit-elle, De quelles affaires parles-tu ?
Un sourire inquiétant se déroula sur les lèvres de Thranduil. Mon dieu, les elfes de plus de deux mille ans n'avaient-ils rien d'humain ? Pourquoi, pouvait-il cacher toutes ses émotions et pas elle ? C'était tellement injuste. Un frisson glacé lui parcourut l'échine, gravita jusqu'à ses muqueuses lacrymales pétrifiées par l'horreur.
— Je parle de nettoyer les cavernes de la Lorinand de ses parasites, déclara tout naturellement Thranduil.
La musique se tut. Son esprit se figea dans une espèce de torpeur, insupportable. Elle fut prise d'une panique telle que ses poumons furent totalement vidés. Elle haleta, sa poitrine se soulevant au rythme effrénée de sa respiration emballée, désordonnée.
— Non, tu ne veux pas faire cela… Oh mon dieu, souffla-t-elle. Je t'en supplie, ne leur fais pas de mal… Si tu apprenais à les connaître. Ils ne sont pas dangereux.
— C'est un grave crime de pactiser avec des traîtres, elleth, asséna Thranduil, hors de lui. Ces ellyn sont des criminels, dit-il avec plus de douceur, rentre sagement au talan, Arphen t'accompagnera. Nous terminerons notre discussion, là-bas. acheva-il avec une dureté, qui annonçait le pire.
Etait-elle tombée amoureuse d'un psychopathe fou dangereux ? Thranduil prit une coupe de vin, et Eden en profita pour se délier de son étreinte.
— Je danserai pour que ton dieu(7) te pardonne, articula-t-elle distinctement en langue commune, sans pour autant qu'aucun son ne sorte de ses lèvres, de façon à ce qu'il puisse être le seul à comprendre. Son visage contracté par le profond supplice, qu'elle ressentait s'évanouit dans l'amas de monde.
Elle crut être hors de sa portée, mais c'était stupide de croire qu'il la laisserait partir. Il la ramena vers lui, alors que le ménestrel jouait une musique aux notes énamourées.
— Que sais-tu de la danse ? demanda le prince, sur un ton orageux, en frôlant un pétale de la rose plantée dans la chevelure d'Eden.
Thranduil dansait merveilleusement bien. D'ailleurs jamais elle n'aurait pu imaginer qu'il soit aussi doué. Il la fit tourner sur elle-même, se glissa derrière, la fit répondre à chacun de ses gestes, avec un charme hypnotisant. Il posa sa main sur sa hanche, la fit remonter délicatement jusqu'à ses côtes, chatouilla son cou de ses mèches d'argent.
— La danse est une bataille violente entre deux corps…
Vigoureusement, il l'attrapa par la taille et fit un porté, qui donna le vertige à Eden. Il dominait la danse, faisait ce qu'il voulait d'elle. Elle plongea ses pupilles dans les siennes, et eut l'impression qu'elle pourrait, là maintenant, tomber dedans, et se perdre à jamais.
— Les ellyn sindar apprennent à danser avant de manier les armes...
Elle retomba dans ses bras, le cœur au bord des lèvres. Il enroula ses bras musclés autour d'elle, la ramena encore plus près contre lui, la caressa de ses iris incandescent, sans qu'elle n'y puisse voir une étincelle de tendresse. La glace pouvait brûler aussi fort que le feu, et une flamme de détresse s'alluma dans les pupilles d'Eden.
— Vois, comme dans l'acte charnel, nos corps ne font qu'un… souffla-t-il. Il descendit sa main vers le creux de sa cuisse. Tu serais prête à m'accueillir, là… murmura-il doucement en pressant sa main contre ses fesses… Maintenant… l'acheva-il, en passant une main rapide contre le tissu fin de sa robe. Il effleura au passage le bouton de ses parties intimes. Elle se sentit se briser en mille morceaux, et lâcha un gémissement étouffé. Elle était à la merci de la musique, de sa voix, de la danse, de son parfum ensorcelant.
Il lui adressa un sourire sans âme, et la lâcha sans aucune pitié. Les palpitations effrénées de son clitoris, se mêlaient à celles de son cœur. Elle fut prise d'une colère folle, se sentant profondément humiliée par son attitude. Ne cesseraient-ils jamais de se piquer inlassablement ?
Elle le toisa avec toute la haine dont elle fut capable. Les cheveux sûrement ébouriffés, les joues rougies, sa longue robe verte collée contre sa peau, elle devait sans doute ressembler à une sauvageonne.
— Je te hais ! Cria-t-elle. Puisses-tu rester seul à jamais avec ton horrible reflet brûlé pour seul compagnon, ragea-t-elle, en passant une main dans ses cheveux.
Le prince tenta de la rattraper, mais elle recula dans la foule homogène. Elle laissa sa douleur se déployer hors d'elle, ses larmes lui piquèrent les joues. Elle se sentit forte, mais misérable. Amoureuse, mais haineuse. Confiante, mais peu sûre d'elle. Au moment où elle, disparut dans la foule, elle vit la profonde souffrance, qui apparut dans le regard ciel de Thranduil.
Eden est dans de beaux draps ! La pauvre aura droit à des instants de répit, promis ahah. Le romantisme n'est pas mort, il est seulement en vacances pour l'instant.
Alors, comment avez vous trouvé les retrouvailles des tourtereaux ?
Oh Oh Oh
A suivre dans le chapitre 24 : La Belle Dame Sans Merci
(2) les NœgythNibin : Les petits nains exclus de leurs cités qui sont les premiers à peupler le Beleriand, où ils sont plus tard chassés comme des animaux par les Sindar. Ils s'éteignent avant la fin du Premier Âge, leur dernier représentant, Mîm, étant tué par HúrinThalion dans les ruines de Nargothrond9.
(3) Lúthien, parfois appelée Tinúviel, est une Elfe du peuple des Sindar et la fille unique du roi Thingol de Doriath et de Melian, une Maia. Elle est la première Elfe à épouser un mortel, Beren.
(4) Daeron : Elfe sinda, plus grand ménestrel de la Terre du Milieu, au service du roi Thingol. Il était amoureux de Luthien.
(5) Tithen-pen : petit enfant.
(6) Ronds de champignons : Cercles des fées, on croyait à l'époque que c'était l'entrée menant aux royaumes des fées.
(7) Eden parle du dieu de Thranduil, Illùvatar
