Clap, clap, MaxLaMenace93, ta review est peut-être la première, mais elle n'est pas la moindre, puisqu'elle est la trois centième !
Chapitre 24
Révélations finales.
La rousse manqua trébucher sur la dernière marche de l'escalier qu'elle montait. Elle jura.
- De si vilains mots de la part d'une si jolie fille, se moqua-t-on derrière elle.
Elle se redressa tant bien que mal, et lança un regard noir à James, adossé contre le mur, quelques mètres sur sa droite.
- Un homme galant serait venu m'aider, grommela-t-elle.
- Je préfère te voir te débrouiller toute seule, s'esclaffa-t-il.
Elle plissa les yeux, accentuant l'éclat de rire de James.
- Entre nous, je suis sûr que si j'avais fait le moindre mouvement pour t'aider, tu m'aurais hurlé dessus, parce que tu es une femme indépendante et forte, qui n'a nul besoin de mon aide. Je me trompe ?
- Bien sûr que…, commença-t-elle, offusquée.
Il arqua les sourcils, la regardant d'un air entendu.
- Tu as entièrement raison, soupira-t-elle à contrecœur.
- J'ai souvent raison.
- Et en plus de cela, tu es modeste.
- Que de qualités en ma faveur, et pourtant, aucune fille pour partager ma vie, soupira-t-il tragiquement.
- T'as qu'à sortir avec Taylor ce soir, je suis sûre que tu trouveras du réconfort auprès d'une jolie fille, elle aussi de sortie !
Il grimaça, se passa la main dans les cheveux.
- Ce qui est sûr, c'est qu'aucune fille saine d'esprit ne devrait pouvoir supporter ça, grimaça-t-elle.
Elle s'approcha vivement de lui, et ôta sa main de ses cheveux.
- Monsieur le hérisson, dit-elle doucement, vous n'avez pas besoin de ça pour que votre tignasse soit toute emmêlée.
Il sourit, gêné, et reprit vivement possession de sa main, l'enfonçant au fond de sa poche.
Elle regarda la main disparaître, surprise, confuse, mais ne posa aucune question. Son instinct lui soufflait que lorsque James voulait expliquer ce qui lui passait par l'esprit, il le faisait. Parfois, elle savait quand il fallait un peu le pousser, un peu l'aider à se confier. Aujourd'hui, ce n'était pas le cas.
- Peter est parti, ça y est ? demanda-t-elle simplement.
Sombrement, James hocha la tête.
- Oui. C'est bizarre. On n'aura jamais été séparés aussi longtemps, tous les quatre, murmura-t-il tristement.
- Et dire que je te prenais pour un homme sans cœur, au début, murmura-t-elle, gênée.
Il haussa les épaules, souriant difficilement.
- C'est vraiment difficile pour nous d'être séparés comme ça. Même pour mes matchs, je n'ai jamais dû partir plus d'une semaine. Mais là, c'est au minimum un mois, et il ne pourra même pas passer les fêtes avec nous. C'est d'une tristesse…
Elle l'observa attentivement.
- Tu ne vas pas te mettre à pleurer, tout de même ? s'enquit-elle anxieusement.
Il renifla, releva la tête.
- Un homme ne pleure pas.
- Mensonges, murmura-t-elle simplement.
Il secoua doucement la tête.
- C'est juste que c'est… bizarre. C'est Peter. On a l'habitude de l'avoir tout le temps avec nous. C'est un peu comme s'il manquait une partie de nous-mêmes.
Compréhensive, Lily hocha la tête. À bien y réfléchir, n'était-ce pas ce qui lui arrivait avec ses meilleures amies ? Si l'une d'entre elles devait se retrouver isolée, comment les deux autres vivraient cette séparation ? Certainement pas très bien, réalisa la rousse. Les personnes qui entraient dans votre vie, qui s'immisçaient dans chacune de vos journées, ne pouvaient pas disparaître sans conséquence, même si l'absence n'était que temporaire.
- Oula, mais il est presque midi ! réalisa James en jetant un coup d'œil à sa montre. Je dois aller manger avec ma mère…
- On ressent ta motivation à aller voir ta chère mère, se moqua-t-elle.
- Il y aura un investisseur pour l'entreprise de mon père, soupira James. Je vais surtout aller là-bas pour être l'attraction du repas.
- Pas de chance !
Elle se tut brusquement. Elle regarda sa montre, elle aussi. Elle se frappa le front.
- Si je suis en retard, ma sœur va me tuer ! grommela-t-elle.
James analysa rapidement la situation. Elle portait un pantalon troué, un pull un peu trop grand, un débardeur dessous, ses cheveux étaient rassemblés dans un chignon informe.
- Et il faut que tu t'habilles, comprit-il.
- Que je sois parfaite, tu veux dire, grinça-t-elle. Le moindre petit détail va être analysé par ma sœur, je n'ai pas intérêt à avoir un seul pli sur mes vêtements.
Elle tira une mèche rebelle hors de son chignon, passa un doigt dedans, et se cogna presque immédiatement à un nœud. Il aurait pu rire de la situation si elle n'avait pas paru tant désespérée.
- Il faut peut-être que tu ailles te préparer, alors, lui suggéra-t-il doucement.
Elle sursauta.
- Oui ! Oui, bien sûr ! Tu as raison. Beige ou bleu marine ? Merlin, pourquoi je te demande ça, tu n'en as pas la moindre idée…, soupira-t-elle.
Elle se dépêcha d'aller vers les escaliers.
- Beige ! eut-il le temps de lui dire. Tu as bronzé pendant les vacances.
- Merci ! lui répondit-elle d'une voix étouffée.
- Y a pas de quoi, murmura-t-il pour lui tout seul.
Songeur, il fixa un long moment l'endroit d'où elle venait de disparaître. Ce fut Ray qui le rappela à la réalité, en lui demandant ce qu'il faisait encore là, au milieu du couloir.
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Avant de passer la porte du restaurant, elle souleva discrètement son haut, et jeta un rapide coup d'œil à son épaule.
D'accord, elle avait bien une marque de bronzage. Mais celle-ci était imperceptible. Comment, par Merlin, James avait-il pu la remarquer ?
Elle chassa cette question de son esprit à peine le serveur du restaurant devant elle.
- Une table pour deux au nom d'Evans, sourit-elle poliment.
Il hocha aimablement la tête, avant de regarder son registre. Au fur et à mesure, son front se plissa.
- Mademoiselle, je suis désolé, mais…
Elle soupira. Évidemment. C'était tout sa sœur, ça. La mettre dans l'embarras le plus rapidement possible. Si cela pouvait se faire avant même l'apéritif, c'était parfait.
- Et au nom de Dursley ?
Elle avait vraiment essayé de prononcer le nom de son beau-frère le plus naturellement possible, seulement, le regard surpris et vaguement inquiet du serveur lui indiqua qu'elle avait lamentablement échoué.
- J'ai bien une table pour deux au nom de Dursley. Vous êtes la première arrivée. Vous voulez aller vous asseoir, ou attendre ici ?
- Je vais aller m'asseoir.
Au moins, cette fois, sa sœur ne pourra pas lui reprocher d'être en retard. Sinon, elle en aurait entendu parler tout le repas. Comme la fois où elle avait dû supporter le sermon de sa sœur lui disant que, si elle arrivait en retard chez la manucure, ce serait de sa faute. Elle avait pourtant proposé à Pétunia de la lui faire, sa manucure ! En un tour de baguette, ça aurait été terminé.
La proposition n'avait pas vraiment plu.
- Ah. Tu es déjà là, donc.
Lily releva la tête, un petit sourire sur les lèvres.
- Eh oui. J'avais peur de te mettre en retard à un rendez-vous.
Lèvres un peu pincées, Pétunia s'installa.
- J'évite de prendre des rendez-vous lorsque je vais manger avec toi. Afin d'être sûre de ne pas arriver en retard…
Lily lui offrit un sourire doucereux.
- C'est vrai qu'on passe tellement de temps à discuter, toutes les deux, une fois le dessert englouti…
- En parlant de dessert, tu devrais peut-être te mettre au régime. Le chômage ne te réussit pas vraiment, dit tranquillement Pétunia.
Lily se positionna plus confortablement contre sa chaise, le dos le plus droit possible.
Le repas promettait d'être animé.
- Tiens, Vernon a eu une promotion.
C'était lancé comme ça. Ça pouvait paraître anodin, quand on ne connaissait pas le langage de Pétunia Evans Dursley. En réalité, ça voulait tout simplement dire « Ma vie est bien mieux que la tienne. J'ai un mari qui gagne de l'argent, et fait en sorte d'en gagner plus ». Du moins, Lily l'avait toujours interprété de cette façon.
- Je suis étonnée que tu aies attendu près de dix minutes avant de me le dire, murmura Lily pour elle-même.
- Qu'est-ce que tu as dit ?
- Toutes mes félicitations ! s'extasia faussement Lily. Ça veut dire que maintenant, il ne s'occupe plus de perceuses, mais de marteaux piqueurs ?
Touché.
Les lèvres de Pétunia se pincèrent, jusqu'à blanchir. Et puis, comme à chaque fois, son expression revint à la normale.
- Et toi, maintenant, tu fais quoi ? Tu te terres dans ton coin en attendant que le prince charmant et les sous tombent du ciel ? susurra sa sœur.
Coulé.
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Elle entendait ce que disait sa sœur, mais ne l'écoutait pas. Depuis le temps, elle avait appris à fermer son esprit à ce que pouvait bien lui raconter Pétunia. Elle n'en pouvait plus de l'entendre lui expliquer à quel point sa vie était parfaite, et à quel point elle avait de la chance d'être mariée à Vernon, et de pouvoir vaquer à des occupations bien plus importantes, tout au long de la journée, autres que celles d'une employée. Elle profitait largement de la vie en tant que femme au foyer, et, au moins, elle avait des discussions on ne peut plus intéressantes avec des personnes autres que celles qu'elle partageait avec des collègues de travail.
Oh, ça, oui, Pétunia avait une vie passionnante, passée en-dehors d'une enceinte d'un bureau. Se lever, faire le ménage, faire à manger, faire les courses, rencontrer ses voisins, discuter avec eux, rabaisser le voisin numéro un avec le voisin numéro deux.
Tout ce que Lily avait toujours détesté dans la simple notion de femme au foyer.
Et le pire, dans tout ça, c'est qu'elle arrivait tout de même à être jalouse de sa sœur. Jalouse de sa sœur qui n'avait, au fond, rien à lui envier.
Elle était femme au foyer, elle faisait les courses pour son mari, la majorité de ses conversations tournaient autour de la personne qu'elle détestait le plus et de toutes les critiques qu'elle pouvait en faire avec son interlocuteur. En soi, ça ne paraissait pas très intéressant comme vie. On pouvait même dire de cette vie qu'elle était ennuyeuse.
Lily l'aurait certainement dit. Elle le dira certainement à l'une de ses amies, lorsqu'elle lui demandera comment s'était passé le repas avec sa sœur, et ce que celle-ci faisait de sa vie, à présent.
Sauf qu'au fond d'elle-même, même si elle n'aimerait pas vivre une telle vie, elle était jalouse de sa sœur. Jalouse de cette sœur qui, peut-être, ne menait pas une vie passionnante au sens propre du terme. Mais qui était heureuse de cette vie, de cette foutue vie qu'elle balançait à la figure de Lily. Parce que elle, Lily Evans, elle avait beau ne pas avoir envie d'une vie de ce genre, une vie où tout était rangé, tout était étiqueté, elle ne pouvait pas nier que sa vie, à elle, ressemblait à un énorme fatras, que rien n'allait dans le sens qu'elle voulait, et que cette situation était loin de la combler.
Au contraire de sa sœur aînée, radieuse et épanouie grâce à cette vie.
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Comme toujours, elle était là, à parler à sa sœur, à lui raconter sa vie, qu'elle-même trouvait passionnante mais qui devait être passablement insupportable à écouter pour sa sœur. Elle n'avait rien en commun avec Lily, elle le savait. Leurs parents leur avaient assez répété pour que Pétunia ait fini par connaître sa leçon. Elle n'était pas une sorcière, elle. Elle n'était pas différente de ses parents, elle, on l'associait toujours à eux. Elle ne faisait pas de grandes études pour soigner les autres, elle n'était pas aussi altruiste que Lily. Elle n'était pas capable du même self-control que Lily, qui, elle, ne perdait son calme que contre sa grande sœur, et savait imposer son idée sans élever la voix. Du moins était-ce ce que croyait Pétunia. Elle n'avait pas la même aptitude que sa petite sœur à s'adapter à chaque question, à chaque réponse qui lui était faite.
Pétunia n'avait jamais su prendre la vie comme elle venait, elle avait toujours besoin que tout soit contrôlé.
Elle aimait sa vie, elle aimait cette vie qui lui allait très bien, où tout était programmé à l'avance, où rien ne venait déranger ses plans pour la journée ou presque, où elle connaissait les horaires des bus si elle souhaitait aller voir Vernon sur son lieu de travail pour déjeuner avec lui.
Vraiment, elle ne se sentait pas lésée de vivre cette vie. Elle se disait même qu'elle ne pourrait pas être plus heureuse avec une autre vie. Seulement, ce qui l'agaçait au plus haut point, c'est que malgré qu'elle se sente parfaitement bien dans sa vie, et que personne ne puisse réellement critiquer les choix qu'elle avait faits, il y avait toujours quelqu'un, dans sa famille, pour lui demander ce que faisait sa sœur, et si elle s'en sortait bien.
Parce que, de tout temps, c'était Lily qu'on regardait en premier. De tout temps, c'était Lily la douce, la parfaite petite reine de la famille, quand elle n'était que la princesse jalouse qui souhaitait accéder au trône.
C'est pour cela qu'à présent qu'elle savait sa sœur fragilisée par les divers évènements qui rythmaient sa vie depuis quelques semaines – et, si elle devait être honnête, depuis quelques années – elle s'employait à appuyer consciencieusement là où ça faisait mal. Pour être, une fois dans sa vie, assurée d'être plus chanceuse, plus enviée que Lily. Rien qu'une fois, savoir ce que cela faisait.
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De toute façon, c'était toujours la même rengaine, durant ces repas qu'elles s'efforçaient de programmer une fois par mois. Au début, les conversations étaient tendues, mais la pression, bien que sous-jacente, restait à petit feu, les consumant lentement. Et puis, peu à peu, le sujet de la conversation déviait, inévitablement. Lily reprochait à Pétunia de lui reprocher, justement, chacun de ses faits et gestes. Pétunia rétorquait qu'elle n'aurait pas à le faire si, au moins, pour se racheter, Lily passait plus de temps avec sa famille. Lily répliquait que leur famille n'avait jamais été aussi soudée qu'on voulait le prétendre. Et c'est à ce moment-là que leur père entrait dans la conversation, et que l'une comme l'autre s'énervait vraiment. L'une parce qu'elle défendait son père, l'autre parce qu'elle lui faisait des reproches. C'était généralement à partir de cet instant que l'expression « dialogue de sourd » prenait tout son sens.
- De toute façon, on sait pertinemment toutes les deux pourquoi tu es restée jusqu'à tes dix-neuf ans à la maison. Ce n'est pas uniquement parce que les parents ne voulaient pas te voir partir, tu le sais aussi bien que moi, persiffla Pétunia. Et ne quitte pas la table alors que je te parle !
- J'ai encore le droit d'aller aux toilettes, ou il faut que je te demande la permission ? rétorqua vertement Lily. Ne t'inquiète pas, je ne vais pas m'enfuir par la fenêtre. J'apprécie autant que toi ces petites discussions où nous réussissons à échanger calmement…, grommela la rousse.
Elle fit mine de ne pas remarquer le regard noir que lui lançait sa sœur, tout comme elle fit mine de ne pas le sentir la suivre, ce regard, jusqu'à ce qu'elle tourne.
Elle poussa la porte des toilettes, sa main tremblant légèrement, comme toujours dès qu'elle était en colère. Lorsque, derrière elle, la porte se referma, elle s'adossa contre celle-ci et ferma les yeux, inspirant profondément.
- Il y a quelqu'un ? demanda-t-elle, les yeux toujours fermés.
Personne ne lui répondit. Elle hocha la tête, comme pour acquiescer, répondre positivement à l'une de ses pensées. Elle sortit sa baguette.
De toute façon, au point où elle en était au niveau des problèmes qu'elle avait avec les personnalités du monde sorcier, rien de ce qu'elle pouvait faire ne pouvait empirer les choses.
Pas vrai ?
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Elle avait rejoint la table, les traits tirés. Et la conversation avait repris.
- Je suis peut-être restée jusqu'à mes dix-neuf ans à la maison, répéta pour la troisième fois Lily, mais je n'étais jamais présente à cause des cours !
- Ah, oui, évidemment, ricana Pétunia. Je m'attendais à cette excuse. « Je pouvais bien demander plein de choses aux parents quand j'étais à la maison, puisque j'étais moins souvent chez eux que toi ! »
Lily soupira.
- Tu ne comprends pas, ou tu ne veux pas entendre ?
- C'est toi, je crois, qui ne veux pas entendre, répliqua Pétunia. Tu as toujours fait ça. Débarquer à la maison comme la petite fille prodige, pour qu'on puisse tout t'accorder. Ne fais pas celle qui n'a jamais profité de…
Tout en écoutant sa sœur, Lily ouvrait et refermait son poing gauche, dans un rythme régulier, espérant que cette gestuelle la détendrait ou, du moins, l'empêcherait de monter encore plus en pression. Ce n'était pas gagné d'avance. Une véritable cocotte-minute, à chaque fois qu'elle était en présence de sa sœur. Il fallait vraiment qu'elle prenne des cours de gestion d'énervement.
- Hum, je suis désolé…
La rousse releva d'un seul coup la tête. Elle lui aurait sauté au cou, si c'était dans ses habitudes et si elle n'avait pas eu peur qu'il réagisse mal à ce débordement de joie.
- James…, se contenta-t-elle donc de souffler.
Elle attrapa délicatement son bras, et se leva le plus lentement possible, pour ne pas donner l'impression qu'elle fuyait ce repas et sa sœur. Cette dernière, habituée à ces mascarades que lui servaient Lily à presque chacun des repas qu'elles passaient ensemble – quoi que c'était bien la première fois que la personne qu'elle prenait comme excuse pour s'enfuir était présente – se contenta, dans un premier temps, de détailler scrupuleusement James.
Elle fronça les sourcils quand elle réalisa qu'il portait des vêtements Moldus. Cilla lorsqu'elle distingua cet objet de torture que sa sœur persistait à appeler « une baguette magique ». S'étonna en comprenant que le garçon était là pour sa sœur, réellement, sans qu'ils ne paraissent sortir ensemble. Réalisa avec stupeur que sa sœur, malgré sa soi-disant perspicacité légendaire, n'avait pas encore compris qu'elle pouvait demander ce qu'elle voulait à ce garçon et être assurée de l'obtenir en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Comprit, en détaillant l'homme qui était entre elles deux à présent, comme un bouclier, que Lily n'avait certainement pas envie qu'elle sache ce qu'il faisait de sa vie. Oh, oui, Pétunia avait toujours eu l'œil affuté pour tous ces petits détails. Et le fait qu'elle ait vécu la majeure partie de sa vie avec un sportif professionnel en tant que figure paternelle avait eu le mérite de lui apprendre à reconnaître une personne qui faisait du sport régulièrement, et à haut niveau.
Elle sourit, de ce petit sourire que détestait Lily et qu'adorait leur père, et que réservait généralement Pétunia aux amies de sa sœur, dans l'espoir de les effrayer, ou de les tenir à distance tout du moins. Avec une pointe de satisfaction, elle constata que sa sœur semblait presque effrayée de la voir sourire ainsi. Elle avait donc raison de poser sa question.
- Oh, un ami de Lily, susurra Pétunia. C'est amusant, elle ne me les présente jamais. Il faut dire qu'elle ne s'en fait pas assez pour me les présenter…
- Euh…
C'était certainement la réflexion la plus stupide qu'il pouvait proférer, mais c'était aussi la seule qui lui venait à l'esprit, à l'instant. La sœur de Lily, qui lui ressemblait légèrement mais qui semblait aussi vouloir à tout prix ne pas lui ressembler, était pour le moins surprenante. Ses yeux semblaient vouloir passer à travers son corps pour l'étudier en profondeur, et sa coiffure et ses expressions étaient beaucoup plus strictes que celles de Lily, lui donnant un air plus sérieux. La question qu'il se posait, à présent, était de savoir si elle était tout le temps comme ça, ou si c'était uniquement dû à la présence de sa sœur non loin.
Parce que Lily était changée, c'était indéniable, et James ne pouvait s'empêcher de penser que c'était la présence de son aînée qui en était la cause. Beaucoup plus tendue qu'il n'avait l'habitude de la voir, elle paraissait prête à exploser. Elle s'accrochait à son bras comme s'il était un point de repère au milieu du brouillard dans lequel elle se trouvait.
- Dites-moi, l'ami de Lily, qu'est-ce que vous faites de votre vie ? Pour une fois que je vois un de tes amis, je profite de l'occasion pour lui poser des questions, lança Pétunia à Lily qui avait ouvert la bouche pour protester. Tu ne pourras pas dire à maman que je ne fais aucun effort…
La rousse ferma immédiatement la bouche, vexée et anxieuse.
James lui lança un regard surpris, auquel elle refusa de s'accrocher. Elle paraissait réellement mal à l'aise, comme si c'était le pire endroit où elle pouvait se trouver. Il était prêt à parier que si on proposait à Lily de choisir entre se trouver ici ou aller affronter une chimère à mains nues, elle choisirait la seconde option. Ce qui était assez inquiétant, à bien y réfléchir. Peut-être que lui-même devrait songer à une solution de repli, et très rapidement.
- Alors, l'ami de Lily. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Il se tourna vers Lily, qui s'obstinait à ne pas le regarder. Il se résigna à répondre.
- J'ai été un de ses patients, dit-il simplement.
La sœur de Lily posa ses coudes sur la table, sa tête reposant à présent sur ses mains liées.
- Comme c'est touchant de constater à quel point Lily suit ses patients, même une fois qu'ils ne le sont plus…
Elle jeta un coup d'œil à Lily, sourit un peu plus, avant de reporter son regard sur sa cible actuelle, à savoir James.
- Et, sans vouloir me montrer indiscrète, est-ce que je pourrais connaître le métier qui vous fait gagner votre vie ?
Il déglutit. Il n'était pas à l'aise avec l'idée d'évoluer au milieu de Moldus, pas plus qu'il ne se sentait à l'aise de devoir expliquer sa profession autrement que par un « joueur international de Quidditch ».
- Je suis… joueur dans une équipe de… sport.
Entièrement satisfaite de cette réponse, Pétunia s'enfonça dans sa chaise, sans que James ne puisse déterminer ce qui la mettait d'aussi bonne humeur.
- Intéressant, vraiment intéressant…, murmura-t-elle comme pour elle-même. Tu ne trouves pas, Lily ?
Sa sœur baissa légèrement la tête, comme fautive d'être amie avec un tel personnage, ce qu'il ne comprenait pas. N'avaient-elles pas un père sportif, après tout ? En quoi Lily devait-elle se sentir coupable d'être amie avec lui ? À moins que cela n'ait à voir avec ce qu'elle avait proclamé, peu de temps avant leur rencontre, à savoir qu'elle n'était pas amie avec des sportifs. Mais en quoi cela pouvait gêner la sœur de Lily, James n'en avait pas la moindre idée, pour être honnête.
- Et, je suppose que chez vous comme chez nous, c'est quelque chose qui paie plutôt bien, je me trompe ?
Si la colère de Lily pouvait réchauffer la pièce, ils seraient tous obligés d'enlever au moins un vêtement. Dire qu'elle était en train de bouillir, qu'elle était en pleine ébullition, était le minimum pour décrire l'état dans laquelle il la sentait. Ce n'était pas pour le rassurer, ça non plus, et il hésitait sincèrement à répondre à la sœur de la rousse. Quitter ce restaurant était certainement la meilleure chose à faire.
Seulement, sa curiosité lui jouant des tours, il avait tout à coup envie de rester. Pour comprendre ce qui pouvait tant énerver Lily. Il commençait à connaître le personnage, et il savait pertinemment qu'elle ne lui avouerait jamais ce qui la troublait tant dans les questions que posait sa sœur, inlassablement. Alors, se disant qu'il faisait peut-être une énorme bêtise mais, qu'en même temps, c'était l'unique moyen pour que Lily évacue sa colère et sa frustration, il répondit.
- Plutôt, oui.
Le léger rire qui s'échappa des lèvres de Pétunia ne lui augurait rien de bon, mais ce n'était pas aussi effrayant que les ongles de Lily qui s'enfonçaient dans son bras, comme un appel de détresse silencieux.
- C'est amusant, tu ne trouves pas, Lily ?
- Pour tout t'avouer, je trouve ton raisonnement plutôt stupide, Pétunia, répliqua la rousse d'une voix sèche et tremblante.
- N'étais-tu pas cette personne qui ne voulait pas dépendre des autres, et surtout pas d'un sportif ?
- Pétunia, ça n'a rien à voir avec…
- Oh, mais tu crois ?
La blonde observa James scrupuleusement, avant de se tourner vers sa sœur.
- Je crois que les habitudes ont la vie dure, reprit Pétunia en assenant chacun des mots comme une condamnation, et je suis prête à parier que d'ici peu de temps, tu n'hésiteras pas à lui demander de l'argent, comme tu savais si bien le faire avec papa…
Frappée par la foudre. C'était certainement ce qui expliquait et définissait le mieux l'état actuel de Lily, et le sursaut qu'elle avait eu juste avant. Elle se détacha du bras de James, mécaniquement, et saisit sa veste.
- Tu pourras payer. Après tout, comme tu l'as si bien dit à l'instant, j'ai toujours eu l'habitude de demander aux autres de payer pour moi…
Et sans attendre la moindre réaction supplémentaire de qui que ce soit, elle fit demi-tour et quitta aussi rapidement que possible le restaurant.
James mit quelques instants à se remettre de la scène. Le temps qu'il le fasse, la porte claquait derrière Lily et Pétunia avait commandé un thé pour terminer son repas. Sans même dire au revoir à la sœur de Lily, il partit rapidement, espérant rattraper la rousse qui l'avait appelé à l'aide.
Elle était rapide mais, heureusement pour lui, elle semblait ne pas avoir choisi de transplaner. Dans le cas contraire, il aurait été bien en peine de la retrouver.
Malgré le rythme qu'elle s'imposait, il la rejoignit en quelques pas. C'était la colère qui la portait, et la colère était le meilleur des moteurs, il le savait bien. Lui-même était facilement en colère. Pour pas grand-chose, mais il était en colère quand même.
Il la saisit par le bras, et si elle ne se dégagea pas, elle n'en tressaillit pas moins.
- Qu'est-ce que tu fais là ? murmura-t-elle rageusement.
James se doutait que, quelle que soit la personne qui soit à ses côtés, actuellement, elle serait mauvaise avec elle, mais cela ne l'empêchait pas de se sentir blessé qu'elle réutilise le ton auquel elle l'avait habitué avant qu'ils ne soient amis.
- Je t'empêche de faire une bêtise, rétorqua-t-il presque vertement, pour la forcer à l'écouter.
- Je suis une grande fille, je ne vais pas…
- Faire usage de la magie au milieu de Moldus, je n'appelle pas ça se comporter comme une grande fille, répliqua-t-il en la tirant dans une minuscule impasse.
Si ses souvenirs étaient exacts, cette impasse ne menait nulle part et était invisible pour les Moldus. Les trois Moldus qui passèrent devant sans même tourner la tête vers les deux ombres qui s'y glissaient lui confirma sa pensée. Il serra Lily contre lui.
- Mais qu'est-ce que tu fais ?! s'énerva-t-elle en tentant, en vain, de se dégager.
- Tu es prête ? répliqua-t-il sans répondre à sa question.
- À quoi ? s'étonna-t-elle franchement.
- À transplaner, répondit-il sur un ton qui laissait entendre que c'était évident.
Ne l'aurait-elle pas été que ça n'aurait pas changé grand-chose. Comme d'habitude, elle ressentit cette étrange sensation, celle qui vous donne l'impression que tous vos organes se sont décidés à danser sur un rythme endiablé. Puis, aussi rapidement que la sensation était apparue, elle disparut. Lily se redressa et s'écarta de James, sa colère toujours pas entièrement évacuée, loin s'en fallait.
- Je n'aime pas le transplanage d'escorte, grommela-t-elle.
Elle se mit à marcher sur la tourelle où l'avait menée James. Ils étaient toujours à Londres, cependant. Elle avait remarqué des bâtiments londoniens. Seulement, elle n'était pas en état de s'extasier du spectacle. La seule chose qu'elle avait envie de faire, c'était de hurler. Contre sa sœur, contre sa vie, contre son père, contre sa famille, contre ses amis, et même contre James, qui avait osé lui reprocher son usage de la magie. Certes, ce n'était pas la chose la plus intelligente qu'elle ait pu faire de la journée, mais ce n'était pas une raison.
Plutôt que de s'énerver contre lui, qui avait tout de même eu la gentillesse de venir la chercher alors qu'elle était dans une mauvaise passe avec sa sœur, elle continua sa marche, de plus en plus rapide, de plus en plus énervée.
James soupira et se passa la main dans les cheveux, sans que Lily ne fasse aucune réflexion, ce qui était un fait assez étrange pour être inquiétant. Elle se faisait un plaisir de lui reprocher cette manie à chaque fois qu'ils étaient ensemble. Là, elle semblait décidée à user le sol – enfin, le toit, à bien y réfléchir – afin d'évacuer sa colère.
S'il y avait bien quelque chose qu'il avait compris dans le fonctionnement de Lily Evans, c'est que, de temps à autre, elle avait besoin d'évacuer sa colère. C'était, selon les dires de ses amis d'enfance, un fait rare, mais depuis qu'il la connaissait, il y avait tellement d'événements qui s'étaient produits dans sa vie qu'elle semblait au bord de l'implosion pour la moindre petite contrariété.
- Dis-moi quelque chose, finit-il par demander.
Elle l'entendit. Il en était sûr, parce qu'elle tressaillit et ralentit légèrement le rythme, avant de repartir dans sa marche effrénée.
L'ignorance de Lily lui faisait extrêmement mal, là où il n'aurait jamais cru qu'on puisse avoir aussi mal. Il soupira, pas du tout décidé à se concentrer sur ce qui se passait en lui à chaque fois que la rousse apparaissait dans son champ de vision. Ce n'était certainement pas le bon moment pour lui dire quoi que ce soit.
- Lily, explique-moi ce qui se passe.
- Il n'y a rien à expliquer, répondit-elle sèchement.
Il émit un rire sans joie. Elle ne l'entendit même pas, toujours aussi appliquée qu'avant à marcher de long en large sur le toit de l'édifice.
- Laisse-moi te contredire sur ce point-là. Je te rappelle que tu as envoyé un Patronus de détresse pour que je vienne te chercher au restaurant, alors que tu passes du temps avec ta sœur.
Elle lui lança un regard noir. L'instinct de James lui soufflait que c'était peut-être le moment d'arrêter son interrogatoire, et que s'il tenait à la vie, il ferait mieux de se replier, immédiatement.
Sauf qu'il n'avait jamais été le type qui abandonnait. Il avait toujours foncé tête baissée, quelles que soient les conséquences ensuite. Il n'avait jamais eu froid aux yeux, et ce n'était pas une fille qui allait l'effrayer, à ses vingt-sept ans.
Du moins espérait-il qu'elle serait capable de contrôler sa colère. Et de ne pas trop lui faire de mal lorsqu'elle exploserait.
- Pour continuer là-dessus, j'arrive au milieu du repas que tu partages avec ta sœur, et tu es incapable de lui parler alors qu'elle n'hésite pas à me parler de toi. Et pas en des termes vraiment élogieux, si je peux me permettre de donner mon avis. À côté de ça, tu pars en claquant la porte ou presque, et tu es incapable de me parler depuis.
- Et alors ? Tu peux aussi partir, si mon silence t'énerve ! s'exaspéra-t-elle.
Il secoua obstinément la tête.
- Non. Non, je ne vais pas partir, parce que j'estime que lorsqu'on appelle quelqu'un à l'aide pour une situation comme celle-ci, on lui doit un minimum d'explications. Je ne suis pas un gentil Fléreur qu'on abandonne dans un coin une fois qu'on a fini de jouer avec, termina-t-il acerbe.
Il reçut de plein fouet un second regard foudroyant. Il hésita un millième de seconde, un millième qu'elle ne perçut même pas, concentrée qu'elle était à avoir l'attitude la plus hostile possible, pour le tenir éloigné.
Elle voulait jouer à ça ? Elle était têtue, c'était vrai. Il l'était encore plus. Il n'allait pas céder.
- Surtout lorsque la sœur de l'amie qui vous appelle l'accuse d'avoir la main plus souvent tendue pour demander de l'argent que pour aider quelqu'un.
Il avait fait mouche, de toute évidence. Elle s'arrêta net, et se tourna vers lui, sa colère décuplée. Il ne prit pas peur. Elle faisait dix centimètres de moins que lui, minimum, et il était prêt à parier qu'elle était bien trop en colère pour viser correctement, avec sa baguette. Enfin, peut-être qu'en fait, elle viserait mieux.
- Alors, toi qui ne te laisses pas marcher sur les pieds par ton patron, au risque de te faire renvoyer, tu ne dis pas un seul mot à ta sœur qui, elle, t'accuse d'être une profiteuse de l'argent des autres ?
- Et alors ? répliqua Lily. Qu'est-ce que ça peut bien te faire ?!
- Tu veux dire que tu ne démens pas ce que ta sœur dit ? Que tu acceptes le fait qu'elle dise de toi que tu es… un rapace en matière d'argent ?
Peut-être que son ton était un peu trop suppliant, ou peut-être qu'il avait laissé traîner une petite pointe d'accusation lorsqu'il avait posé ses questions. Quoi que ce soit, cela déclencha chez Lily une forte réaction colérique.
- Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise, par Merlin ?! Que j'étais une véritable peste dont la phrase préférée était « Papa, donne-moi de l'argent » ? Eh bah oui ! Désolée de te décevoir ! À défaut de savoir me donner de l'amour, il savait me tendre des billets, et j'en ai honteusement profité, parce que j'espérais naïvement qu'il finirait par comprendre que je profitais de lui ! Parce que j'étais malade de cette vie qu'il nous faisait vivre ! Je pensais qu'un jour, il comprendrait que tout ceci n'était qu'une demande désespérée de ma part pour qu'il s'occupe de nous comme le ferait n'importe quel père ! Alors, voilà, tu sais toute la vérité ! Je n'étais qu'une sale gamine pourrie-gâtée chez moi, et une fille extrêmement timide en dehors parce que personne n'avait pris la peine de m'expliquer comment on vit avec les personnes normales, celles qui ne gagnent pas des milliers !
Complètement essoufflée, Lily se tut. Sa poitrine se soulevait à un rythme saccadé, hors d'elle.
Complètement sonné, James la regardait sans réussir à intégrer tout ce qu'elle venait de lui avouer. Et puis, petit à petit, les liens se firent entre eux.
- Je…
- Je ne suis qu'une sale gamine, je sais.
Il secoua la tête, amusé presque. Elle lui envoya un regard noir.
- Ne te moque pas de moi. Ce n'est pas drôle ! s'énerva-t-elle à nouveau.
- C'est plus fort que moi. Tu t'excuses de ce comportement comme si c'était la pire chose que tu aies pu faire de toute ta vie…
Elle inspira et expira profondément plusieurs fois de suite. Sept fois, compta James.
- Tu ne comprends pas, murmura-t-elle. J'étais vraiment une sale gamine, avec lui. Avec ma mère et avec ma sœur aussi, d'ailleurs. Et je le suis toujours, à chaque fois que je dois aller dans le monde Moldu, que je suis avec ma sœur ou que je vais à un endroit où j'ai dû aller avec mon père, contrainte et forcée.
D'avoir déchargé sa colère l'avait grandement soulagée, réalisa James en remarquant que les traits de Lily étaient légèrement moins tendus, et qu'elle ne marchait plus de long en large, à présent. Elle paraissait plus anxieuse qu'autre chose, à présent, comme si elle craignait la réaction de James.
- Je ne vais pas te juger.
- Tu ne sais même pas de quoi tu parles, souffla-t-elle avec un ricanement amer.
- Tu viens de dire toi-même que tu faisais cela pour te venger de la vie qu'il vous faisait vivre.
- Tu n'as pas la moindre idée de la vie dont je te parle.
- Alors, montre-la-moi.
Elle ricana, pas convaincue du tout.
- Tu as du temps à perdre pour ça, peut-être ?
- Exactement, confirma-t-il.
L'expression de Lily vacilla légèrement.
- Tu veux dire que ça t'intéresserait de connaître ce que je reproche à mon père ?
- Ca fait des semaines que j'essaie de te convaincre de m'en parler et que tu te renfermes pour éviter le sujet ! Il est plus difficile de te faire parler que d'empêcher un Niffleur de voler un objet brillant ! Et je sais de quoi je parle. J'ai déjà tenté de domestiquer un Niffleur. Ma tentative s'est soldée par un échec, d'ailleurs. Ma mère n'a pas du tout apprécié le salon saccagé alors que des clients venaient la voir, pour une audience…, grimaça-t-il.
Elle plaqua la main sur sa bouche pour étouffer un rire.
- Tu es sûr de vouloir que je te dise… ou plutôt montre ce qui fait que j'avais des relations tendues avec mon père ?
Il hocha la tête, le regard sérieux, et s'approcha d'un pas.
- J'en suis sûr, souffla-t-il.
Elle cligna plusieurs fois des yeux.
- Alors c'est parti, murmura-t-elle en lui prenant la main.
Ils transplanèrent.
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Il se demandait s'il n'avait pas un peu trop tiré sur la corde. Quelque chose en lui, son instinct certainement, tirait la sonnette d'alarme. De toute évidence, Lily n'avait pas apprécié qu'il la fasse sortir de ses gonds, et elle avait prévu de se venger. De le désarmer, certainement. De l'assommer, ensuite. Pour, enfin, l'abandonner dans ce quartier sordide pour qu'on lui fasse la peau. Il était prêt à parier que c'était pour ça qu'elle l'avait mené jusque-là.
- Euh, Lily…
- Hum ?
- Tu promets de ne pas m'abandonner là, hein ?
Elle éclata d'un petit rire discret.
- Rassure-moi, James. Tu n'as tout de même pas peur ?
- Non, bien sûr que non ! s'insurgea-t-il.
Il regarda le bâtiment délabré à sa droite qui, dans le temps, avait certainement servi d'immeuble à des familles pauvres. On ne pouvait pas être riche et vivre ici, ce n'était pas compatible à ses yeux.
- Simplement, je me demande ce que tu cherches à me raconter en m'amenant ici, grommela-t-il.
- Toute l'histoire, lui répondit-elle tranquillement. Et l'histoire commence ici. Enfin, pas tout à fait ici. On s'approche.
De quoi est-ce qu'ils s'approchaient, James n'en avait pas la moindre idée et, avant qu'il ne puisse exiger de Lily qu'elle lui demande de s'expliquer, elle reprit la parole.
- Mes parents se sont rencontrés très tôt. Mon père était plutôt intelligent, et avait deux ans d'avance. Il était dans la classe de ma mère pour leur dernière année d'études au lycée. Ils ont commencé à sortir ensemble, ils étaient le premier amour l'un de l'autre. Et puis, malheureusement ou non, selon le point de vue de chacun, ma mère est tombée enceinte. Mon père avait obtenu une bourse pour une université grâce à son niveau de sport, en plus de son niveau scolaire. Elle a refusé qu'il abandonne ses études, et c'est elle qui a fait une croix dessus pour travailler et leur payer une petite maison dans… cette banlieue.
Elle s'arrêta devant une bâtisse à la triste mine, qui ne donnait pas envie de vivre en ce lieu. Il déglutit, pas bien sûr de ce qu'elle était en train de lui montrer.
- Tu veux dire…
- Que cette maison est celle où mes parents ont vécu, tous les deux, au début de leur histoire, oui.
Pour ce qu'il voyait de la maison, il n'y avait pas plus de quatre pièces.
- Une cuisine, une salle de bains, une chambre pour ma sœur, et le salon où dormaient mes parents.
C'était bien ce qui lui semblait. Quatre pièces. Et ils vivaient à trois là-dedans.
- Trois ans plus tard, alors que mon père avait encore une année d'études et ils parlaient, avec ma mère, de l'inscrire, elle, dans une université pour qu'ensuite, les rôles soient inversés, et qu'il soit celui qui travaille et celle qui étudie, ma mère est tombée enceinte. À nouveau. De moi, cette fois… Quand je suis née, mon père avait presque terminé ses études, et vu le niveau qu'il avait en basket-ball, on lui a proposé de jouer dans une petite équipe. Ce n'était rien de glorieux, sincèrement, mais c'est ce qui nous a permis de nous en sortir. Financièrement, je veux dire. Il touchait un petit quelque chose en plus de son véritable métier, dans un bureau. Je ne me rappelle même plus de ce qu'il faisait vraiment, pour tout t'avouer…
Elle enfonça ses mains dans ses poches, regardant la maison, pensive.
- Quand j'ai eu trois ans, ils ont eu assez d'argent pour se marier. D'où le fait que j'aie assisté à leur mariage. Je ne sais pas si tu te rappelles, mais lorsque je t'ai dit ça, tu as failli tomber, au beau milieu du mariage d'Ambre et de Dan…
Elle étouffa un rire. Le rire était tellement forcé qu'il ne fit aucune réflexion sur sa tentative de le ridiculiser.
- C'est à cette époque qu'on a commencé à passer dans les journaux. Les journaux locaux, hein. Mais les journaux quand même. Tu comprends, on était la petite famille d'un petit joueur de basket qui pouvait faire tellement mieux, jouer dans une bien meilleure équipe… On était la petite famille modèle, qui s'en sortait grâce au sport. Ma sœur et moi, on était la preuve qu'il était possible de concilier vie de famille, travail et passion. Tu vois, ce genre de conneries…
L'amertume qu'il entendait dans sa voix lui donnait envie de la serrer dans ses bras, et de l'empêcher de continuer à parler ainsi. Sauf que maintenant qu'elle était lancée, le mieux à faire était de continuer à parler. C'est ce qui lui ferait le plus de bien, il en était persuadé.
- Quand j'ai eu sept ans, mon père a été repéré par le recruteur d'une équipe qui jouait en national. Il avait alors vingt-trois ans, c'était la chance de sa vie…
Elle commença à s'éloigner.
- Attends ! s'exclama James. Où tu vas ?
- À ma seconde maison, lui répondit-elle comme si c'était l'évidence même. Suis-moi.
Il soupira. Il n'avait pas le choix, de toute façon.
Ils s'éloignèrent de la maison.
- Je viens de réaliser quelque chose, murmura tout à coup James. Tu dormais où, toi, dans cette maison ?
Il la désigna du pouce, par-dessus son épaule.
- Dans la même chambre que ma sœur. Ce n'était pas toujours super. Mais on avait l'impression d'être invincibles tant qu'on dormait ensemble. Il n'y a pas que des personnes recommandables, ici.
Il n'avait aucun mal à la croire. Le type qui les regardait passer depuis la place de conducteur de la voiture en mauvais état ne lui inspirait pas confiance.
- Et vous n'avez jamais craint… Je ne sais pas, moi. De vous faire agresser ?
- On avait notre protecteur, à l'époque. Un gamin un peu plus âgé que ma sœur, qui nous appréciait bien, et qui avait toujours su se débrouiller avec ses poings. Et dont le cadeau de ses six ans avait été un couteau, murmura-t-elle. Il avait même voulu me l'offrir, un jour où je m'étais fait voler mon goûter à la sortie de l'école !
Sympa, l'ambiance du quartier.
- Enfin. Un an après que mon père ait rejoint cette équipe, on a eu assez d'argent pour déménager.
Elle tourna brusquement dans une ruelle noire. Il ne la voyait plus, et sursauta lorsqu'elle prit son bras.
- N'aie pas peur, ce n'est que moi ! se moqua-t-elle.
Il n'eut pas le temps de lui répliquer qu'il n'avait pas eu peur, mais qu'il avait simplement été surpris, qu'elle avait transplané.
Le lieu où ils se trouvaient à présent était bien plus agréable. C'était un quartier de banlieue, cette fois encore, mais la banlieue donnait envie d'y vivre. Du moins, du point de vue Moldu, songea James. C'était un peu trop carré pour lui, tout ça.
- On est donc venus vivre ici. Moi, je commençais déjà à ne pas aimer cette vie. Tu vois, on devait tout le temps aller à ses matchs, pour préserver cette image de famille soudée. Les coéquipiers de mon père se mariaient, divorçaient… mais nous, on était la super famille. Celle qui survivait à toutes les contraintes qu'imposait le mode de vie d'un sportif un peu important. On était tout le temps prises en photo, ma sœur, ma mère et moi. On devait sourire. On disait qu'on était fières de notre papa. C'était le meilleur, et, en plus, quand il allait dans une ville trop loin pour qu'on puisse le suivre, il nous rapportait toujours des cadeaux. Il nous dédiait ses victoires, ce genre de choses. Je commençais à dire que je ne voulais pas être épiée de tous les côtés, mais j'avais sept ans… Je ne me faisais pas entendre. Ma sœur disait que je ne comprenais rien, qu'il fallait que j'arrête de me plaindre. Je n'avais pas connu ce que c'était, la vraie précarité, et on avait de la chance d'être là, à présent.
Elle soupira, et tourna dans une rue où jouaient des enfants avec un ballon énorme. Lorsque la balle atterrit aux pieds de James, il la renvoya à l'enfant le plus proche.
- Merci, m'sieur !
- Ici, les enfants savent jouer avec un ballon. Avant, ils savaient jouer avec un couteau…, murmura Lily. C'est triste à dire. On a l'impression d'être dans un mauvais téléfilm. C'est pourtant la stricte vérité. On sortait peu à peu de la misère, grâce à la passion de mon père. On y est.
Elle s'arrêta devant une maison plutôt coquette, sur deux étages.
- On avait chacun notre chambre, à présent, et même une chambre d'amis ! C'était le grand luxe, pour nous. Mais moi, je n'étais pas sûre d'apprécier ce luxe. C'est à ce moment-là que, lorsque je me plaignais de quelque chose, mon père s'est mis à me demander ce qui me ferait plaisir. Il disait qu'à présent qu'on avait tout l'argent qu'on voulait, on pouvait se permettre de faire quelques folies… C'est ici que j'ai appris à détester mon père à chaque fois qu'il parlait du sport. C'est aussi ici que j'ai rencontré Severus, qui travaille à Ste Mangouste. Et c'est ici…
Elle désigna un chemin qui s'éloignait derrière la maison et qui menait vers un bois.
- Que j'ai pris le Magicobus pour la première fois, pour aller rencontrer Pearl et Ambre. C'est ici que j'ai découvert que j'étais une sorcière.
Cette fois, elle désigna une colline, où l'on voyait des enfants jouer à la balançoire.
- Et c'est là que j'ai eu la première dispute avec mon père.
Elle désigna la fenêtre en haut à gauche.
- C'est aussi la seule vraie dispute qu'on n'ait jamais eue. Ensuite, il a préféré me donner des billets…
Elle soupira, légèrement abattue.
- Mais là, encore, notre vie allait à peu près. Je ne dis pas que c'était l'idéal. On était ballotés entre les matchs de mon père, les journalistes qui voulaient des photos et savoir ce qu'on pensait de notre père, les paparazzis qui disaient de ma sœur et moi qu'on était les filles parfaites et que notre père avait de la chance de nous avoir. Ils voulaient toujours un petit mot de notre part, pour savoir ce qu'on pensait des performances de notre père. Et nous, on avait appris la formule par cœur « Notre papa, on l'adore, et il est trop fort ! ». C'était d'un pathétique… ça commençait à prendre une telle ampleur qu'on ne savait plus si on faisait ça pour dire la vérité ou uniquement pour entretenir une image, une idée de perfection.
Elle regarda une dernière fois la maison où elle avait vécu, avant de se remettre en marche.
- Et maintenant ? s'enquit James.
- Maintenant, j'ai onze ans, lui apprit Lily. J'ai reçu ma lettre de Tornful m'informant qu'effectivement, je suis une sorcière, et qu'une place m'y est réservée. Mes parents sont ravis, ma sœur beaucoup moins, et on songe au mensonge qu'il va falloir monter pour les journalistes, afin de leur expliquer ma disparition. Pourquoi est-ce que moi, je serais en internat et pas ma sœur ? Le directeur de mon école nous a beaucoup aidés pour ça. Il fallait que le mensonge ne soit dévoilé par personne. C'est peu de temps après qu'on ait réussi à monter le mensonge de toute pièce que mon père a reçu une proposition de l'équipe nationale de basket. Il allait pouvoir jouer à l'international ! Quelle chance…
De toute évidence, si cette nouvelle en aurait réjoui plus d'un, ce n'était pas le cas de Lily. C'était comme si elle venait d'apprendre qu'elle devait aller affronter une dragonne à qui on avait volé les œufs.
- C'était le grand luxe, à cette époque.
Elle était retournée dans la ruelle dont ils avaient émergée, et il comprit qu'il allait de nouveau avoir droit au transplanage d'escorte. Il soupira par avance. Quand il atterrit au nouvel endroit, il ne put s'empêcher de siffler à peine sorti de l'impasse où elle les avait faits atterrir.
- Mille gargouilles ! C'est quoi, ça ?!
- Ça ? C'est le quartier le plus huppé de la région, lui apprit Lily d'une voix d'outre-tombe.
- Je veux bien te croire, murmura James.
Les maisons étaient immenses, perdues au milieu de propriétés immenses, où des arbres immenses ombrageaient les terrasses immenses et où les barrières délimitaient les immenses piscines que chacun possédait. Il ne connaissait pas tout de la culture Moldue, mais il avait conscience que tout ceci était luxueux. Les allées de graviers, les jardiniers qui s'affairaient dans les jardins, il n'avait pas vu ça dans les deux quartiers précédents.
D'un pas rapide, Lily se dirigea vers une maison au bout de la rue.
- Wah, elle est grande cette maison ! ne put s'empêcher de constater James.
Lui-même vivait dans plus grand, seulement, ce qui l'impressionnait ici, c'était le fait que toutes ces maisons aient été construites sans magie. Le manoir Potter avait été construit grâce à la magie. Ça n'avait, à ses yeux, rien d'aussi impressionnant que ces demeures.
- Et encore. Tu n'as pas vu celle où je vivais, murmura Lily, attristée.
- Parce qu'il y a plus grand que ça ?! s'étonna-t-il.
- Eh oui… Pas de beaucoup, ceci dit.
Elle tourna dans une petite allée qu'il n'avait pas remarquée, et s'arrêta devant une impressionnante bâtisse, sur quatre étages. À droite, dans la propriété, deux petites maisons se côtoyaient. Elles n'étaient pas si petites que cela, en réalité, mais comparé à la maison principale…
Il fit un pas en avant.
- Monsieur, vous ne pouvez pas entrer.
Il sursauta. Il n'avait pas vu le portail qui délimitait l'entrée de la maison, pas plus qu'il n'avait remarqué l'homme qui lui barrait le passage, un air déterminé sur le visage.
De toute évidence, il n'avait pas conscience que James pourrait passer en se servant de sa baguette.
- Arnaud, il est avec moi.
- Oh…
L'attitude de l'homme changea du tout au tout. Il sourit.
- Miss Lily ! Je ne savais pas que vous deviez passer aujourd'hui !
- Ce n'était pas prévu, reconnut-elle, un sourire forcé plaqué sur le visage.
- Voulez-vous que j'aille prévenir votre mère de votre venue ?
La jeune femme secoua doucement la tête, avant de se ressaisir.
- Je veux simplement montrer à mon ami l'intérieur de la maison. Ce n'est pas un problème, n'est-ce pas ?
- Vous êtes ici chez vous, dit l'homme.
- Si on veut, murmura-t-elle d'une voix si faible que seul James l'entendit. Ma mère ne sera pas au courant de ma venue, n'est-ce pas ?
- Eh bien, si elle me pose des questions…
Il semblait gêné, à présent, alors que Lily, elle, semblait participer à un jeu dont elle connaissait par avance l'issue. Elle sortit un porte-monnaie de son sac, et sortit deux billets.
- Le premier pour que ma mère ne soit pas au courant de ma venue. Le second pour qu'elle ne soit pas au courant de sa venue, compléta-t-elle en désignant James.
L'homme prit délicatement les deux billets que Lily lui tendait.
- Aucune chance que l'information n'arrive aux oreilles de votre mère.
- Je m'en doutais, se moqua Lily en entrant dans la propriété. Tu viens ? demanda-t-elle à James.
Il la suivit, inclinant légèrement la tête pour saluer le gardien des lieux, lequel lui répondit de la même manière.
- Tu vivais ici ?
- Eh ouais… Pourquoi, à ton avis, je pensais que Dan vivait tout seul dans la maison des joueurs ? Une aussi grande maison pour aussi peu de personnes, ça ne m'étonnait pas. C'était exactement ce que moi, j'avais vécu. Oh, et je tiens à préciser que je ne paie pas Arnaud comme ça. C'est un jeu entre nous. Je lui donnais un billet de cinq livres, et il me faisait la promesse de ne rien dire à mes parents. On a continué à jouer…
James hocha simplement la tête, perdu dans la contemplation de la bâtisse.
- Et tu ne te perdais pas, là-dedans ? se moqua-t-il mi-figue mi-raisin.
- Non. On retrouve rapidement son chemin, répondit-elle le plus sérieusement du monde. Ne fais pas l'étonné, je suis prête à parier que tes parents ont une immense maison, eux aussi.
Il acquiesça, distrait. C'est vrai que lui aussi avait vécu dans le luxe. Mais pas le même luxe, il en avait conscience.
La porte d'entrée, une grande porte massive avec un heurtoir en bronze, s'ouvrit sous la poussée de la main de Lily.
- Tu peux garder tes commentaires.
- Je crois que ça vaut mieux, oui…
Il laissa traîner son regard sur l'immense hall, peu décoré. Il n'avait pas la sensation que des personnes habitent encore là. Il jeta un rapide coup d'œil aux différentes portes qui menaient à des pièces qu'il ne pouvait identifier. Lily le mena à l'escalier.
- Où est-ce que tu m'emmènes ?
- Dans ma chambre.
- Ah ? Les filles, généralement, me montrent plus ouvertement leurs intentions… Je n'avais pas bien compris que c'était ce que tu attendais de moi, plaisanta-t-il.
La rousse se retourna vivement, et lança son poing dans l'épaule gauche de James.
- Aouh ! T'es malade ?
- C'est toi qui vas bientôt l'être, si tu n'arrêtes pas de dire des imbécilités de ce genre. Je suis tout à fait capable de verser une potion dans ton thé…
Il déglutit, et Lily sourit fièrement.
- Je préfère ça, dit-elle simplement en relevant la tête.
Que Merlin lui explique comment elle faisait pour avoir des ex, celle-ci. Elle était bien trop violente. D'ailleurs, que Merlin lui explique comment elle faisait pour avoir des amis, tout simplement. On ne devrait pas être ami avec des personnes aussi violentes.
Elle s'arrêta net au milieu du deuxième escalier.
- Déjà fatiguée ? se moqua-t-il.
- Tu plaisantais, n'est-ce pas ?
- Je plaisantais ?
- Eh bien, ce que tu viens de me dire. Là, ton allusion… c'était une plaisanterie, n'est-ce pas ?
Il avait en tête une longue liste de personnes qui n'auraient jamais posé cette question, qui auraient immédiatement compris que c'était une plaisanterie – enfin, là, vu ce que lui-même ressentait, ça pouvait prêter à confusion, mais uniquement pour lui. Mais pas Lily. Elle avait besoin d'une confirmation.
Il haussa les épaules, passa sa main dans les cheveux.
- À ton avis ? dit-il d'un ton gêné.
- Oui. Oui, bien sûr, tu plaisantes…
- Bon, elle est où ta chambre ? reprit-il.
- Là, répondit-elle lentement en lui jetant un regard surpris tout en désignant la porte à droite de l'escalier.
Et après les moulures sur les murs, on passait à la chambre de princesse, immense, avec un placard qui ferait rêver plus d'une personne, et la salle de bain personnelle.
- Et pourquoi tu voulais venir là ?
Il se tenait sur le pas de la porte, n'osant pas entrer dans la pièce qui appartenait à la jeune femme. Peut-être parce que c'était sa chambre, peut-être parce qu'il sentait qu'elle ne la considérait pas ainsi, pas comme un lieu privé, qui lui était entièrement réservé.
- Je voulais récupérer des vêtements. C'est ta mère qui m'a demandée de faire ça. Elle veut regarder les vêtements que je pourrais mettre le jour de l'audience, et, dans le doute où ça ne soit pas adapté, qu'on puisse faire les magasins avant qu'elle n'ait lieu…
- Tu n'as pas de vêtements chez nous ? s'étonna-t-il.
- Oui. Mais non. Il faut des habits sobres et à la fois classieux, qui me donnent un air sérieux mais aussi assuré, sans que je ne semble prendre l'ensemble de l'auditoire de haut. Tu sais, ces habits qui donnent envie de parler aux autres, de leur faire confiance. Ces habits-là, c'était ceux que je portais quand j'habitais ici, quand je devais parler à des journalistes…
Elle ouvrit son placard. De nombreux vêtements étaient suspendus à des cintres.
- Trop sombre, trop lumineux, trop colorés, trop…
- Quand est-ce que tu avais le temps d'aller acheter autant de vêtements ?! finit par s'étonner James. Je connais des filles qui tueraient, et je parle au sens propre du terme, pour avoir une telle penderie !
- Je sais, grogna Lily. Quand ma sœur a eu quinze ans, et avant que je n'entre en deuxième année à Tornful, elle a voulu aller faire les magasins dans une boutique de luxe. C'était un peu une idée fixe, pour elle. Sauf que, comme toujours, on était suivies par des journalistes, parce qu'il était de notoriété publique que la famille Evans passait la journée en ville. À partir de là, en plus de nous demander si on adorait notre père, on a dû être à la pointe de la mode à chacune de nos sorties, ou presque. C'était stupide, sincèrement. Mais toute notre vie était stupide, en y repensant, ricana-t-elle. Et voilà. On se retrouve avec une penderie à faire pâlir toute fille normalement constituée. Enfin, je crois, reprit-elle songeusement en fronçant les sourcils.
- Mais, tu…
- Oh, j'ai trouvé ! s'exclama-t-elle. Enfin, je crois… Je suppose que ta mère trouvera quelque chose à redire à cela.
Elle soupira, et mit plusieurs vêtements dans son sac, lui ayant au préalable lancé un sortilège d'extension.
- On rentre ? proposa-t-elle.
Il hocha la tête, ébahi encore par la taille du placard. Ce n'était pas humain d'avoir autant de vêtements, à ses yeux. Est-ce qu'elle les avait tous portés, par Merlin ?!
- Je déteste revenir ici, lui avoua-t-elle alors qu'ils étaient au second étage. Quand je suis partie d'ici, à mes dix-neuf ans, j'ai fait le maximum pour ne jamais remettre les pieds dans cette maison. Je ne venais plus que pour les repas familiaux, parce que, tu comprends, il fallait bien entretenir l'image de la petite famille parfaite. Alors je faisais acte de présence de temps à autre, pour que tous ceux que cela pouvait intéresser me voient entrer dans la maison, et en ressortir en même temps que ma sœur… Pathétique mascarade…
Elle soupira.
- Ma mère habite à côté, dans l'une des petites maisons de la propriété, et Arnaud habite dans l'autre maison. Notre père a laissé beaucoup d'argent derrière lui. En plus de celui qu'il nous avait déjà donné... En fait, de toute la famille, j'étais la plus dépensière, mais on ne m'a jamais fait aucune remarque, parce que ce n'était pas grave, tant que j'étais bien. Sauf que je n'étais pas bien, mais ça, personne ne l'a jamais remarqué, ou presque, termina-t-elle d'une voix amère. Parce que, tu comprends, j'avais la vie dont tout le monde rêvait, n'est-ce pas ? J'avais de jolis vêtements, une jolie maison et, attends, mon père m'a offert une magnifique voiture pour mes dix-neuf ans ! Alors que moi, tout ce dont je rêvais, c'était de bons chocolats suisses, ou belges. Mais non. Une voiture… Elle doit toujours être au garage…
Il était perdu dans ce qu'elle lui racontait, à présent, mais il hochait toujours la tête à un rythme régulier. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pourrait faire d'autre pour ne pas réveiller la colère de Lily mais, surtout, il ne savait pas quoi dire, tout simplement.
- Viens, on va rentrer.
Il n'avait même pas remarqué qu'ils avaient déjà parcouru autant de chemin. Elle lui prit la main, et le fit se glisser dans une petite ruelle, avant de transplaner immédiatement.
Lorsqu'il ouvrit les yeux, il était à l'arrière de la maison des joueurs. Lily ne lui laissa pas le temps de décider d'où il souhaitait aller. Elle l'emmena dans sa chambre.
- Euh… Pourquoi est-ce que tu m'as emmené ici ? s'étonna-t-il. Ma chambre n'est même pas à cet étage.
- Je voulais simplement te montrer une dernière chose, dit-elle simplement.
- Ah…
Elle se dirigea vers une commode, prit un album photo et le lui lança.
- Je crois que tu es plutôt sceptique à tout ce que je t'ai dit. Et, de toute façon, la plupart du temps, on ne trouve pas que j'ai vécu une vie si affreuse que cela, on estime que j'exagère toujours. C'est faux. J'ai vraiment été épiée dès que je faisais une quelconque apparition publique. Je n'ai jamais eu l'impression de vivre mon adolescence comme j'aurais dû. J'ai toujours eu l'impression que je devais faire ce qu'on attendait de moi, et non pas ce que je voulais faire. Je tentais de prouver ça à mon père tout le temps. Cet album, c'est celui que je lui montrais chaque fois qu'il me demandait pourquoi je faisais la tête. Et tu sais ce qu'il me répondait ? « Eh, mais tu es vraiment mignonne sur cette photo ! Je suis sûr que c'est une photo comme ça que tu as montrée à Craig pour qu'il tombe amoureux de toi ! »
Il hocha la tête, pas du tout ravi de l'entendre faire allusion à son ex. Par un effort qui lui parut surhumain, il chassa l'idée de Lily dans les bras d'un autre, et ouvrit la première page de l'album.
« Les filles Evans toujours là ». C'était le titre d'un article, suivi d'une photo des deux enfants, sautant dans les bras de leur père.
« Vie de famille et vie de sportif : conciliables ? ». La photo illustrant l'article représentait la famille Evans au grand complet, chaque membre la composant ayant une glace à la main.
« Quand le père est sportif, les filles sont des fashion victimes ! » Les deux sœurs, adolescentes de toute évidence, sortaient d'un grand magasin, certainement de luxe, de nombreux sacs dans chacune de leurs mains.
« La famille s'agrandit » était illustrée d'une photo de trois couples. Les parents Evans, Pétunia et un homme, et Lily au bras d'un homme, elle aussi.
- C'est Craig ?
- Hein ? Oh, oui, confirma-t-elle en jetant un rapide coup d'œil à la photo. Je ne me rappelais même plus de cette photo, tiens…
Elle jeta un dernier coup d'œil à la photo avant d'aller vers sa penderie pour y ranger les vêtements pris dans son ancienne maison.
Il regarda plus que le temps nécessaire la photo. S'il s'était parfois demandé pourquoi les amies de Lily semblaient dire que le couple était parfait, il comprenait à présent mieux pourquoi. Ils semblaient se comprendre, se compléter parfaitement, et c'était tellement fort que cela se voyait sur une simple photo Moldue. Ses entrailles se tordirent en réalisant que lui n'avait pas de photo dans cette pièce. Qu'il n'était pas le garçon au bras de Lily. Qu'il n'avait pas ce privilège. Qu'il ne pouvait pas dire à tout le monde qu'il sortait avec Lily, puisque ce n'était pas le cas. Qu'il ne passait pas dans les journaux avec elle.
Il leva les yeux, refermant l'album, remarquant simplement qu'à la fin, il y avait des coupures de presse plus récentes, celles où elle apparaissait en tant que la nouvelle fille à lyncher. Elle lui tournait le dos, ce qui lui permettait de l'observer tout son soûl, sans qu'elle ne fasse aucune réflexion. Il avait déjà remarqué qu'elle avait toujours pour habitude, lorsqu'elle terminait quelque chose, de laisser tomber ses bras d'un seul coup, avant d'en porter un sur sa hanche, tandis que son autre main montait à l'assaut d'une mèche de cheveux roux à entortiller autour de son index. Ensuite, elle soupirait.
Il avait aussi remarqué qu'elle alignait toujours parfaitement ses pieds. Jamais de pieds en canard, chez Lily Evans. Qu'elle avait non pas des jambes interminables, simplement de petites jambes fines. Et même si elle était de dos, il avait eu le temps de l'observer, ces dernières semaines. C'était surement le meilleur sujet d'observation qu'il avait eu, ces derniers temps. Lily Evans. Ses taches de rousseurs éparpillées un peu partout sur son visage, ses yeux verts qui brillaient, s'éteignaient, étincelaient de rage avant de se remplir de joie. Cette habitude de souffler sur une mèche de cheveux dès que celle-ci lui tombait devant les yeux. Son menton qu'elle redressait tout le temps dès qu'elle était fière d'une phrase qu'elle venait de dire, ou bien qu'elle posait sur ses mains. Ses mains impeccables lorsqu'elle était à l'hôpital et qui, à présent, se terminaient par des ongles rongés par le stress de l'audience. Ce pli soucieux qui barrait son front dès que personne ne l'occupait, et qui disparaissait dès qu'on se mettait à lui parler pour la distraire. Cette attention, dans son regard, qu'elle portait à chacune des personnes dans la pièce, même si elle ne les appréciait pas, il en était sûr. Ce petit sourire qu'elle avait souvent et qui devait réchauffer les cœurs les plus frigides. Ce besoin de toujours demander des explications qu'elle-même ne donnait qu'au compte-goutte. Cette incapacité à parler d'elle. Ce besoin d'aide qu'elle demandait toujours silencieusement, et qu'il était difficile de saisir. Lorsqu'elle la demandait, cette aide, elle se mordait la lèvre supérieure. Mais lorsqu'elle se mordait la lèvre inférieure, c'est qu'elle était gênée, mais pas forcément en demandant de l'aide. Juste gênée, mal à l'aise. Elle était cette fille qui était fière devant les étrangers, discrète lorsqu'il y avait des personnes qu'elle connaissait. Celle qui n'avait pas froid aux yeux lorsqu'il la taquinait, et qui détournait le regard devant sa sœur. Cette fille qui avait réussi à l'énerver, l'exaspérer, le rendre fou. Fou par énervement, d'abord. Fou d'amour, ensuite…
- Tu as faim ?! demanda-t-elle en se retournant brusquement alors qu'il l'observait toujours.
- Euh… non. J'ai mangé beaucoup trop, chez mes parents. Tu n'as pas mangé avec ta sœur ?
Elle bouda.
- Si. Mais me disputer avec elle me creuse toujours l'appétit…
Il éclata de rire.
- Et je n'ai toujours pas fait de courses à mon nom…, avoua-t-elle gênée.
Elle se mordilla la lèvre inférieure.
- Tu peux te servir dans mes réserves, proposa-t-il.
- Je n'osais pas te le demander ! plaisanta-t-elle en sortant rapidement de la pièce.
Il sourit doucement. Il lui dirait. Bientôt. Un jour, il lui dirait qu'il était amoureux d'elle. Mais pas maintenant. Quand elle ne se serait pas disputée avec quelqu'un, quand l'audience sera passée, même. Quand elle aura l'esprit plus posé.
Lui qui avait toujours foncé tête baissée hésitait à présent. Ce n'était pas bon. Vraiment pas bon…
Baaaaah. Voilà, quoi.
Avant que je n'oublie… J'ai remarqué un truc amusant (et récurrent) dans vos reviews. Souvent, on me fait la réflexion « J'espère que la suite arrivera vite », ou un truc du genre… J'ai l'impression que vous n'avez pas tout à fait saisi que je poste toutes les semaines ^^'. Donc, soyez rassurés, la suite arrivera en temps et en heure le mercredi qui suit, sauf cas de force majeure. (Genre, je passe sous un train, et… ça devient chelou, par là)
Revenons à plus gai. Merci pour vos reviews trop cool, et je remercie beaucoup, beaucoup, DelfineNotPadfoot qui, comme chaque semaine, corrige ces foutues fautes. Un petit mot pour les anonymes de la ultima vez ! (C'est rien, c'est de l'espagnol qui resurgit, comme ça…)
BretonP, hum, j'essaie de faire en sorte que l'écriture avance, oui ! Mais je dois reconnaître que ce n'est pas simple, en ce moment. En tout cas, je suis ravie de voir que tu adores ma fic !
Meg121, alors, il y aura 35 chapitres et un épilogue. Elle est "bientôt" finie, dans le sens où le 34ème chapitre est en cours d'écriture. Ceci dit, comme j'ai tout sauf le temps d'écrire en ce moment, le bientôt est très relatif. Quant à savoir si James et Lily seront bientôt ensemble... ceci est une information que je me donne le droit de réserver !
MaxLaMenace93, eh bien, déjà, bravo pour être le trois centième à laisser une review ici ! Merci pour le contenu de ta review, ensuite, c'est très agréable de lire que ce qu'on écrit est apprécié.
Lola96, comme tu le vois, il n'y a pas eu d'extraits postés... parce que, si j'avais dû poster un extrait à chaque fois que ça avait été demandé, l'histoire aurait été terminé en décembre, ou presque ! Merci pour tes encouragements et... joyeux anniversaire !
Myriam, eh oui, ces deux-là ne sont pas croyables ! Tu auras pu observer notre "dommage collatéral", qui a tenté de refouler sa colère du mieux qu'il le pouvait.
Tiens, on m'a souvent fait la réflexion que Lily ne montrait pas ses sentiments, ces derniers temps. Sachez-le, c'est tout à fait voulu ! C'est parce qu'elle ne se rend compte de rien elle-même… alors il faut que ça soit pareil pour vous. Pour que vous ne vous doutiez pas avant Lily de ce qui va se passer !
Ah, et... soyez rassurés. C'est bon, Lily arrête de nous prendre la tête avec son père ! Danse de la joie, eh eh.
Et, du coup, je vous dis à la semaine prochaine, pour un chapitre que j'apprécie bien plus que celui-ci ! Bonne semaine à tous, profitez des vacances ! (Je suis tellement désaxée que je ne sais même pas si certains les finissent déjà, ou pas...)
