« -Dis-moi, tu connais des personnes qui ont des enfants ?

Il lui sourit avec bienveillance et prit le temps de boire une gorgée de thé avant de répondre.

-Tu as devant toi l'heureux père d'une petite Flora !

-Toi, tu es père ?! Mais tu ne me l'a jamais dit !

-Nous n'avons jamais eu l'occasion de parler de nos familles jusqu'à maintenant ! Et elle est encore trop petite pour venir me voir au travail !

Ambre sourit, attendrie. Si tout le monde savait, Alcyone et Tom en tête, que Florian était père de famille, peut-être que la surveillance dont elle faisait l'objet se relâcherait un peu ! Comme quoi, il était stupide de leur part de penser qu'il y a avait goule sous chaudron !

-Raconte-moi, comment elle est ?

-C'est la petite fille la plus joyeuse que je connaisse ! Elle sourit tous le temps ! Elle commence à parler et pose tout un tas de question, elle rend sa mère folle ! Tu sais, c'est le genre de petite fille qui te demande pourquoi il pleut et ensuite qui peut te demander pourquoi les sorciers ne sont pas traités équitablement, un vrai cerveau quoi ! Oh, sujet sensible, je crois…

Il avait vu le regard d'Ambre s'assombrir. Généralement, ils évitaient soigneusement d'aborder les thèmes qui fâchaient : le mari d'Ambre, les Mangemorts, les différences Sangs Purs, Sangs Mêlés…Mais parfois, Florian ne pouvait s'empêcher de lui lancer quelques piques.

-Non, soupira Ambre, ce n'est pas ça…

Inquiet face à l'abattement soudain de son amie, Florian se rapprocha :

-Qu'est ce qui se passe ? Ça se passe mal dans ta tour d'ivoire ? Tu sais, un mot de toi et je vais leur casser la figure ! Les Sangs Purs ne voient jamais venir les coups de poings, ajouta-il, triomphant de la voir pouffer.

-Arrête, veux-tu ? Non, c'est juste que, maintenant que je vais devenir maman, je me pose plus de questions. Je crois que je regarde d'un œil plus critique ce qui m'entoure. Et je comprends plus de choses… La douleur d'Héléna quand on lui a enlevé Lucius, les mariages arrangés entre Sangs Purs, l'éducation, les valeurs transmises. Tout ça est si étriqué ! Cela me parait de plus en plus malsain pour un enfant…

-Je ne pourrais pas te dire le contraire… Je n'ai jamais aimé l'aristocratie Sang Pur, en grande partie pour cette raison. Tu sais, la famille de ma femme fait partie de cette « caste ». Nous avons choisi de nous en éloigner, nous ne voulions pas de ça pour Flora. Elle a le droit de jouer avec qui elle veut et de se faire sa propre conception de la vie et de ce qui l'entoure. Je me souviens, quand Amélia est tombée enceinte et qu'elle a appris que c'était une fille, elle pleurait à chaudes larmes car elle savait que ses parents voudraient arranger tout de suite un mariage avec une famille riche. Et ça n'a pas manqué. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, nous avons coupé les ponts depuis ce jour… Et je pense que ce n'est pas ce que tu veux pour ton enfant.

-C'est vrai, tout ça me fait peur. J'ai fait le choix de cette vie et elle me convient ! Mais l'être qui grandit au creux de moi, on ne lui demande pas son avis. J'ai l'impression que je vais le lancer dans ce monde sans liberté, sans libre arbitre… Et je ne sais pas si c'est ce que je veux… Mais je ne peux pas abandonner Tom, je ne le pourrais jamais, tu comprends ?

-Tu as fait un choix par amour, Ambre. Je te connais bien maintenant et je reste persuadé que sans ton mari, tu n'aurais jamais pris ce chemin. Je ne suis pas en train de dire que tu dois claquer la porte ou le quitter, même si je pense que ça serait le mieux pour toi…et pour l'enfant. Mais, tu as tout vécut par le prisme de cet homme. C'était quand la dernière fois que tu t'es aventurée côté Moldu ? Que tu as parlé avec un Sang Mêlé ou un Né Moldu ? Tu devrais aller voir le monde, au-delà de ta zone de confort. Je pense qu'après, tu sauras ce que tu dois faire…

-Aller voir le monde Moldu? Et bien figure toi que j'y vais, de temps en temps ! répondit-elle sur un ton de défi.

-Tu as semé ton chien de garde ? ricana-t-il.

-Qu'est-ce que tu crois ? Je suis plus maline que j'en ai l'air. Et je pense qu'elle en a marre de me suivre à la trace, ça aide beaucoup.

-Et dis-moi, qu'est-ce que tu as vu de l'autre côté ?

-Et bien, hormis les voitures, rien ne semblait réellement différent. Les gens semblaient juste avoir troqué la baguette contre des sacs à mains ou des valises et les robes contre tailleurs et costards. Sinon….

-Et est-ce que selon toi se sont tous des assassins de sorciers en puissance ? Tu penses vraiment que, comme à Salem, ils nous feraient brûler sur des bûchers ?

-De prime abord non, mais tu sais très bien que les gens cachent tous une part d'ombre en eux…

-On ne se fait pas la guerre pour autant…murmura-t-il

Ils restèrent un moment silencieux, conscient d'avoir atteint une fois de plus une voie sans issue. Tous deux ne voulaient plus être dans la confrontation, garder le silence était encore le meilleur moyen de préserver leur amitié.

-Tu me la présenteras un jour, ta fille ? J'aimerais qu'elle soit amie avec mon enfant…

-Si c'est un garçon, il ne l'approchera pas à moins de cent mètres…

Elle eut un sourire tendre face à l'élan paternaliste de Florian.

-Je lui parlerai….à Tom. Je lui dirais ce que j'ai sur le cœur… »

Et elle lui parla, mais pas tout de suite, non. Il se passa trois bon mois avant qu'elle ne trouve l'occasion idéale de parler de l'éducation de leur futur enfant et c'est Tom lui-même qui aborda le sujet. Son ventre commençait à s'arrondir et grâce à Merlin, ses nausées paraissaient enfin se calmer. Elle avait de plus en plus conscience de porter la vie et la perspective de devenir mère devenait de plus en plus réelle. Et de plus en plus effrayante. Elle n'avait de cesse d'harceler Héléna dès qu'une nouvelle question lui venait en tête. Elle avait bien essayé de parler de ses inquiétudes à Tom mais elle s'était vite rendu compte qu'il était tout aussi perplexe qu'elle. C'était amusant, en quelque sorte, que le grand Voldemort, toujours aussi sûr de lui, puisse être inquiet du fait qu'un bébé doive plutôt dormir sur le ventre ou sur le dos.

C'était justement à l'occasion d'un de ces questionnements existentiel qu'Ambre aborda la question qui lui tenait à cœur, tant pis pour le manque de loquacité de son mari.

« -Et donc Héléna m'a dit que lorsqu'un bébé faisait ses dents, on ne pouvait pas lui donner une potion entière, c'est trop fort. A peine une cuillérée pour le calmer un peu, mais apparemment ça restera une période difficile, nous pouvons dire adieu aux nuits tranquilles.

-Nous pourrons toujours demandé à un elfe de veiller sur lui…

Ambre se tendit cette évocation.

-Mais enfin, Tom, tu n'y pense pas ? Nous sommes ses parents !

-Ambre, expliqua-t-il calmement, penses-tu vraiment, que de par nos positions, nous aurons le temps de nous consacrer à ce genre de tâche ? Nous pouvons avoir confiance en les elfes, j'ai déjà chargé Burk de trouver un précepteur…

Ambre sentit une bouffé de colère s'insinuer dangereusement en elle.

-Un quoi ?

-Un précepteur… Tu sais bien, dès que l'enfant sera en âge de comprendre, on le lui confiera, il fera son éducation, il en fera un être digne de son rang.

-Tu veux confier l'éducation de notre enfant à un inconnu et à des créatures que tu considères comme inférieures ? Tu veux la même éducation que les filles Black ont eue ? s'écria-t-elle avec dégoût.

-Leur éducation, que tu as l'air de trouver si mauvaise, est la meilleur que l'on puisse donner à un enfant de notre rang.

Il se leva et se planta devant la fenêtre, regardant la pluie qui tombait drue ce jour-là, la conversation ne semblait pas l'affecter alors que la jeune femme sentait la colère grandir, la faisant trembler.

-Mais ce sont des pantins, éclata Ambre. Ces gamines n'ont pas d'âme ! Hormis peut-être Bella qui devient chaque jour un peu plus sanguinaires, elles sont des coquilles vides ! A part la pureté du sang, rien ne les intéresse ! C'est ça que tu veux ?

-Ça suffit ! Ne compte pas sur moi pour faire de cet enfant un être faible sous prétexte de tolérance, Ambre.

Il avait haussé la voix, à peine, mais l'ambiance déjà tendue devint glaciale. Jamais il ne s'était adressé à elle de cette façon. Mais elle aussi n'était pas prête à abandonner, pas maintenant.

-Un être faible ? Je veux simplement que cet enfant connaisse l'amour auquel chaque être humain à le droit !

-L'amour rend les hommes idiots, l'amour rend les enfants capricieux et sensibles… asséna-t-il, implacable.

-Pourtant, tu es bien là avec moi, j'ai cru comprendre que c'était l'amour qui nous liait… souligna-t-elle, ironique, tâchant d'ignorer combien cette remarque lui faisait mal.

-Ne mélange pas tout, je n'ai pas eu besoin d'amour ou d'affection pour me hisser là où j'en suis. Je te parle de grandeur mais ça ne remet pas en cause ce que nous formons.

-Tu veux donc que cet enfant reste claquemurer loin de sa mère, de son père et de toute source de bonheur ?!

-Il sera au moins à l'abri de certaines… dérives, murmura Tom.

Elle eut l'impression que son sang, jusqu'alors en fusion, se changeait en glace dans ses veines.

-Pardon ?

-Je suis au courant, je sais pour tes escapades dans le monde Moldu…

Il la regardait à présent. Droit dans les yeux. Ambre s'était levée elle aussi et tous deux se livraient un véritable duel.

-J'avais donc l'interdiction d'y aller ? demanda-t-elle en relevant le menton fièrement. Cela n'était pas suffisant de me faire suivre ?! Pas très efficacement, d'ailleurs…

La discussion dérapait véritablement. Le poids des non-dits avait finalement eu raison de leur patience. Ambre tremblait de colère et Tom, toujours impassible, n'avait cependant jamais eu un regard aussi sombre.

-De toute évidence, cela était fort utile…

-Et qu'est-ce que ça change ? Je te rappelle que je t'ai moi-même emmené dans le monde moldu il y a bien longtemps…

-C'est une époque révolue Ambre, s'emporta Tom. Je pensais que tu comprenais quelle était ta place ! Nous avons tous les deux un rôle, un statut. Nous devons montrer l'exemple ! S'en est fini de ces enfantillages, prouve que tu es une adulte et je n'aurai plus besoin de te ….

Le bruit de la gifle sembla raisonner une éternité.

La main encore levée, Ambre inspirait et expirait bruyamment, les traits déformés par la colère. Voldemort avait dégainé sa baguette et la tenait en joue, sans pour autant ne formuler aucun sort. La marque sur sa joue ressortait sur sa peau blanche, preuve s'il en est de la violence du choc. Ses yeux avaient pris cette teinte rouge sang, signe manifeste de son extrême colère mais Ambre n'en avait que faire. D'un geste, elle balaya la main son mari, qui tenait la baguette, sans que celui-ci ne manifeste aucune résistance. Elle se planta devant lui et dit entre ses dents.

-Ne me traite plus jamais d'enfant Tom, jamais ! A partir de maintenant, tu diras à Alcyone de ne plus me suivre et tu n'auras plus droit de regard sur là où je me rends. Et j'exige de m'occuper de mon enfant. Mieux, nous nous occuperons de lui, tous les deux. Tu pourras lui enseigner ce que tu voudras, mais tu le feras toi-même, aucun étranger n'aura le droit de s'en occuper à notre place !

Elle fit volteface d'un geste brusque pour s'en aller mais Tom la saisit sans ménagement et la plaqua contre le mur le plus proche, pesant de tout son corps sur elle. Le regard toujours aussi menaçant, il fondit sur sa bouche en un baiser violent et vorace. Ambre lui rendit coup pour coup dans ce baiser ou se mêlaient frustration et passion, et bientôt, le goût du sang. Quand enfin ils se séparèrent, c'est dans un murmure que Tom lui confia :

-Soit, il en sera fait comme tu le souhaites… Mais ne recommence plus jamais ça…ou je te tuerais. »

Ils se jaugèrent un instant, chacun soutenant le regard de l'autre, puis Tom quitta la pièce.

Ce ne fut qu'une fois seule, qu'Ambre s'autorisa enfin à respirer. Elle s'écroula au sol en essayant de reprendre son souffle, entrecoupé de grands sanglots.

Malgré la violence de leur dispute, ils n'abordèrent plus le sujet et la vie au manoir repris son cours. Mais secrètement, quelque chose s'était brisé chez Ambre. Son mari lui parlait toujours comme à l'accoutumé, l'embrassait, lui faisait l'amour. Mais elle, elle voyait le subtil changement. Tous deux s'était rendus compte que malgré les liens qui les unissaient, leur vision de la vie restait différente. Ambre avait l'impression de se retrouver des années en arrière, quand il était reparti pour l'Angleterre. Chacun d'eux en avait conscience et marchait sur des œufs pour ne pas faire complétement éclater leur équilibre.

Plus encore, Tom l'inquiétait. Si elle pensait que la future naissance d'un héritier aurait rassuré son époux, il semblait que c'était tout le contraire. Il s'enfermait de nouveau de longs moments pour mener des recherches. Dans le secret de son cabinet, il se surprenait souvent à relire la formule de l'horcruxe, qu'il avait soigneusement consignée dans un carnet.

Un seul serait-il suffisant ? Mais plusieurs auraient un effet radical sur lui…

Maintenant que sa vie allait changer, qu'il n'y avait plus seulement Ambre et lui dans la balance, il se prenait à douter. Et l'instant d'après, il se maudissait d'être aussi faible. Qu'importe l'enfant, tant qu'il l'avait, elle. Un bébé n'était qu'un fardeau, un boulet à son pied sur le chemin du pouvoir. Mais d'un autre côté, les paroles d'Ambre avaient fortement résonnées en lui : un héritier. Le sang transmis de génération en génération. De plus, en veillant à la pureté du sang des personnes qui entreraient dans la famille, il pourrait à la longue, laver sa descendance de la bâtardise de son sang à lui. Et il lui faudrait donc être présent, des générations plus tard, pour s'en assurer… Il en arrivait toujours à la même conclusion, mais il se contentait alors d'enfermer soigneusement le carnet et de tâcher de ne plus y penser…jusqu'au jour suivant…