Blabla du 23/05/2010 : Je vous raconte pas la gueule de bois que je tiens... Les chroniques de Maeva encore à chaud, je vous les livre : yahuuuuuuuu ! ce garçon tout mimi dont je vous rabat les oreilles ces derniers chapitres, ya une chance de voir les choses évoluer. Je suis complètement séduite par son comportement de cette nuit, très doux, pas de geste déplacé, et puis par sa manière d'être en général, discret mais filou, et très ferme dans ses convictions. Et puis on travaille ensemble en juin, ça c'est très très bon ! Bon et sinon parlons du chapitre, puisqu'on est là pour ça ! Vaniteusement, celui là me plait beaucoup. J'ai adoré l'écrire, et je le trouve peut-être pas incontournable, mais important quand même. Je tiens aussi à vous remercier pour votre suivi assidu, pour vos encouragements et pour l'intérêt dont vous faites preuve envers mes chroniques (celle de minerva, hein !) je vous trouve adorable, et sans vous je n'aurais jamais eu la motivation d'écrire jusque là ! Et ce n'est pas fini !

Merci à Natsuki pour ta review, j'espère que tu ne vas pas être trop déçue de ce changement.

Et petit message à Ashkelm : et voila, j'ai quand même posté avant toi !


LA VIE, CE COMPROMIS…

La réponse de Liv fut immédiate, je la reçus le lendemain matin.

« Il faut que nous parlions. Dès que j'aurai trouvé le moyen d'accéder au réseau de cheminées de ta salle commune, je te contacterai elles sont incroyablement bien protégées. Cela risque de prendre quelques semaines, d'ici là, je te demande de ne pas tenter des actions inconsidérées. »

Cette réponse eut pour effet de mettre Artémis dans un tel état d'excitation qu'elle en devenait insupportable.

- Alors, on ne la traite plus de « zinzin », maintenant, lui fis-je remarquer avec une touche de mesquinerie.

L'après-midi, je me rendis au rendez-vous de Dippet, dans son bureau. Evidemment, toutes les Qafettes n'avaient pu être conviées il n'y avait que les « essentielles ». Astrée, bien entendu, Josie, Kimie, Cerena, Yolande et moi. Dumbledore faisait également partie de la bande. A huit dans l'étroit bureau du directeur, inutile de préciser combien nous étions serrés. Dippet prononça même, d'une voix nuancée de reproches :

- Albus, je vous avais précisé qu'il s'agissait d'un « petit comité » j'entendais par là une élève ou deux, les plus indispensables.

Mais loin d'être mal à l'aise, ou de se froisser, notre professeur de Métamorphoses sourit franchement et s'exclama :

- Mon cher Armando, mais voila bien le nœud du problème : ces six filles sont indispensables ! J'ai bien hésité un moment à l'idée de les faire tirer à la courte paille, avant de songer qu'un peu de proximité n'était pas chose à nous effaroucher.

- Monsieur le Directeur, lança Josie effrontément, si vous ne devez en choisir qu'une, c'est Astrée Hadassa. C'est son combat…

- Tss, tss, tss… coupa Dumbledore. Vous êtes toutes concernées.

Astrée eut un hochement de tête approbateur, et échangea un sourire entendu avec notre professeur. Dippet se racla alors profondément la gorge, et déclara :

- Bon, bon. Maintenant que vous êtes là… J'ai été surpris de la vitesse à laquelle vous avez su faire accepter vos revendications dans l'école. En l'espace de quelques mois, vous avez réussi à vous imposer, et vous intégrer.

Avisant nos légers sourires, il dit d'un ton un peu plus sec :

- Ne vous méprenez pas, ce ne sont pas des félicitations. Moi-même, je ne vois toujours pas l'intérêt d'intégrer les filles au Quidditch qui a toujours été un jeu d'hommes, et qui le restera malgré tout. Cependant, vous m'avez démontré que votre caprice, puisque c'en est un, est réalisable contre toute attente. Alors, non pour vous récompenser, mais pour donner un aboutissement à votre opération, pour mettre un terme à vos manifestations, je vais aller dans votre sens.

Cerena ouvrait de grands yeux surpris, tandis que les Jumelles le dévisageaient avec curiosité Astrée semblait scandalisée, à l'instar de Yolande, abasourdie par le discours du directeur. Seul Dumbledore gardait son sourire, et ponctuait les propos de Dippet par des légers hochements de tête, soit approbateurs, soit désapprobateurs.

- Dans le temps, j'aimais le challenge, reprit-il désormais, je me plais à regarder mes élèves relever des défis. Le votre était particulièrement épineux, et a pris beaucoup d'ampleur dans l'école, c'est pourquoi j'ai décidé d'y répondre aussi fort.

Il paraissait très satisfait de lui-même.

- J'ai décidé qu'à partir de l'année prochaine, serait constituée une équipe de fille officielle.

- Mais, monsieur le Directeur, ne put se retenir Astrée, ce n'est pas…

Il la coupa d'un geste autoritaire du poignet.

- Je voulais dire : deux équipes de filles seront constituées. Deux équipes réunissant deux maisons chacune. Je ne vous impose pas le choix des maisons alliées. Le nombre de matchs sera de trois annuel. Octobre, Mars et Juin. Bien sûr, ils ne seront pas le même jour que les équipes masculines, mais auront un impact sur la coupe de Quidditch.

A nouveau, Astrée prit la parole d'une voix outrée :

- Monsieur, ce n'était pas exactement ce que nous désirions lorsque nous avons lancé le Q.A.F.

- Ah bon ? Et que réclamiez-vous ?

Elle garda son aplomb, mais sa voix était dénuée de sa chaleur habituelle.

- Nous voulions que les filles soient intégrées aux équipes de Quidditch.

Il eut un sourire sec.

- Pouvez-vous nier que je viens d'intégrer les filles au Quidditch ?

Nous répondîmes avec un parfait ensemble, Josie, Astrée et moi :

- Oui.

Ce fut finalement un regard surpris qu'il posa sur nous. Astrée poursuivit :

- Nous ne demandions pas que des équipes de filles soient crées. Nous voulions seulement avoir le droit de faire partie des équipes déjà existantes.

- Des filles et des garçons jouant ensembles, rit-il, sincèrement amusé. Allons mon enfant, vous ne vous rendez pas compte de ce que vous dîtes. Et puis, aucun garçon ne voudrait d'une fille dans son équipe !

Comme l'étincelle de colère ne semblait pas vouloir quitter le regard d'Astrée, le directeur rajouta d'un ton conciliant :

- Miss Hadassa, vous serez Capitaine d'une des équipes, dès Septembre. Réfléchissez-y, vous aurez votre propre équipe, et vous jouerez contre d'autres filles, à armes égales.

Je n'avais encore jamais vu Astrée laisser éclater sa colère. Elle faisait habituellement preuve d'une admirable retenue mais cette fois-ci, elle parut en être incapable, et se serait certainement emportée si je ne l'avais pas devancée d'une voix glaciale :

- Monsieur le directeur, Astrée ne joue pas au Quidditch. Et je doute qu'un titre aussi bassement matériel que Capitaine ne la contente, surtout au regard des efforts qu'elle a fait durant toute une année pour que les filles soient à un pied d'égalité avec les garçons.

Mais cette fois-ci, la patience de Dippet paraissait toucher à son terme. Il agita sa main d'un geste agacé, comme pour chasser un insecte, et répliqua d'un ton sans appel :

- Je vous ai donné ma décision. C'est à prendre ou à laisser.

Et avant que l'une de nous ait le temps d'ouvrir la bouche, Dumbledore s'exclama joyeusement :

- Oh, elles prennent, elles prennent…

- Très bien. Maintenant, tout le monde dehors. Oh, sauf vous, Albus, j'ai à vous parler.

- Je les raccompagne à la porte, Armando. Sinon je crains que miss Weasley ne tente de la faire sortir de ses gonds, rajouta-t-il malicieusement.

Alors que nous arrivions dans le couloir, je tentai :

- Professeur, comment…

- Miss McGonagall, allons, calmez-vous. Sachez toutes les six que cela n'est pas un échec. Il s'agit juste de votre combat qui doit se poursuivre mais cependant, ce sera pour l'année prochaine. D'ici là, faite moi plaisir, cessez d'y penser. Vous ne pouvez rien faire de plus pour l'instant, sinon transmettre les informations au Q.A.F, étouffer une hypothétique révolution, et vous concentrer sur vos examens de la fin du mois.

Comme j'allais faire une objection, il me fit signe de garder le silence, et rajouta, les yeux pétillants :

- Perturber des mœurs aussi profondément ancrés dans les esprits n'est pas si facile. Vous vous en êtes très bien sorties. Vous pouvez maintenant fermer le Q.A.F, qui n'a plus lieu d'être.

- Mais, professeur, comment pourrons-nous faire changer Dippet d'avis, si nous n'avons même plus le Q.A.F ?

- Monsieur Dippet, me reprit-il. L'an prochain, ce sera vous six, et toute l'école, qui devront faire changer les choses. Allons, vous y parviendrez.

Quand nous nous fûmes un peu éloignées, je pestai furieusement :

- La personne la plus butée de Poudlard c'est notre directeur.

- La plus macho, tu veux dire, renchérit Yolande.

Notre match eut beaucoup de succès. De nombreux élèves vinrent nous féliciter quant à notre idée, et nos prouesses aériennes. La plupart des Qafettes se galvanisaient de notre nouvelle notoriété les compliments les rendaient rayonnantes. C'était leur heure de gloire. Bien sûr, quand Dippet annonça lors d'un dîner que deux équipes de filles seraient constituées, l'école fut en effervescence durant quelques temps il se passait quelque chose de nouveau. De nombreuses personnes venaient nous demander qui constituerait les équipes, et si nous savions déjà qui serait les Capitaines.

Nous fêtâmes cette « victoire partielle » peu de jours après. Nous avions cessé de considérer l'entretien avec Dippet comme un échec total, en nous disant que nous avions tout de même réussi à faire bouger les choses dans l'école. Dumbledore avait consenti à nous accorder le stade de Quidditch un dimanche après-midi, à condition que nous y annoncions aux Qafettes la fin de notre club. Il s'agissait du premier dimanche de juin un soleil magnifique nous chauffait le dessus de la tête, et hâlait la peau de nos bras (nous retroussions les manches de nos robes de sorcier). Il devait être aux alentours de quatorze heures lorsque nous nous rejoignîmes toutes sur le terrain.

- J'ai comme un pincement au cœur, me confia Yolande sans se départir de son sourire. Penser que l'aventure est déjà terminée alors qu'elle venait juste de « décoller ».

- Moi aussi, ça me rend triste, lui répondis-je.

Et j'étais sincère. J'avais décidément beaucoup apprécié le Q.A.F, malgré ses départs houleux. J'avais du mal à concevoir ma prochaine année sans nos réunions fréquentes, nos plans, nos projets, nos préparations de match, nos idéaux, et puis aussi notre cohésion. Elle me demanda :

- A quelle heure peuvent venir les autres élèves ?

- A partir de quatorze heures trente. Ca nous laisse une demi-heure entre Qafettes, ce qui est trop court. J'aurais voulu qu'on ne reste qu'entre nous.

Elle me lança un regard amusé, et pouffa :

- Tu es bien farouche Min' ! Je t'assure que les autres élèves ne mangent pas de Qafettes ils sont plutôt venus pour nous féliciter.

- Tu n'as pas vu Astrée ? questionnai-je pour donner le change.

Elle me l'indiqua, et je rejoignis mon amie. Quelques minutes plus tard, le Q.A.F était au grand complet, et nous nous assîmes toutes en ronde sur l'herbe chaude. Astrée annonça gravement la fin de notre club, en expliquant les raisons longuement. Les Qafettes étaient effondrées. Il y en eut même une ou deux pour laisser échapper une larme on nageait en plein mélodrame. Heureusement Yolande prit les devants, et commença à relater avec enthousiasme son meilleur souvenir du Q.A.F (la fin de notre match, et notre chanson) et suivant son exemple, chaque Qafette prit la parole à son tour pour rappeler un bon moment de notre année. Une atmosphère un peu spéciale était tombée sur notre groupe contrairement aux réunions, cette fois nous écoutions toutes dans un silence presque fanatique celle qui parlait, et évoquait immanquablement un souvenir en nous. Un combat d'une année, pas toujours très drôle, pas toujours très facile, défila au fil des paroles, nous submergeant d'une émotion mêlée de joie et de nostalgie. « C'était génial » se lisait sur les visages « c'est déjà fini » en disaient d'autres. Cette fois-ci, de nombreuses Qafettes laissaient rouler les larmes librement sur leurs joues moi-même sentais mes yeux me brûler et ma gorge se nouer à côté de moi, Cerena tentait de dissimuler ses petites larmes. Je n'avais pas besoin de me tourner vers elle pour apercevoir ses mains tamponner fébrilement ses yeux du mieux qu'elle pouvait. Je passai mon bras sur son épaule.

Lorsque nous vînmes les silhouettes des premiers élèves apparaître sur le terrain de Quidditch, Astrée conclut, égale à elle-même :

- Comme quoi, à plusieurs, et unies, nous pouvons parvenir à bien des choses.

- Et toi, Hadie, ton meilleur souvenir, la relança Josie.

La noire balaya notre petite assemblée du regard, et eut un sourire serein.

- C'est… Tout. Nous. Nous, à cinq lorsque nous avons décidé de fonder le Q.A.F. Nous, et peu importe le nombre, à chaque réunion, à chaque match, à chaque conversation nous concernant nous, toutes ensembles, contre l'école, puis nous, toutes ensembles avec l'école. Et puis nous, maintenant, souriantes, alors que ce « nous » est officiellement fini aujourd'hui, mais qu'il continuera d'exister dans nos cœurs, j'espère. Et ce « nous » dont personne ne parlera plus d'ici quelques années, mais qui aura changé Poudlard, et qui sait, peut-être le monde ? Nous n'existerons plus, mais notre œuvre, ce que NOUS avons fait, ensembles, perdurera je l'espère.

Elle fut même applaudie. C'est pour dire combien les Qafettes l'adoraient non, l'admiraient. Elle était le Q.A.F à elle toute seule, son noyau, son énergie, ses idéaux, son courage. Surtout son courage. Et elle m'adressa un sourire rayonnant. J'étais heureuse de l'avoir comme amie.

Les autres élèves et les professeurs ne tardèrent pas à remplir le terrain pour l'occasion, Dippet (mais je soupçonnais Dumbledore de l'avoir influencé) avait fait installer une tonnelle qui abritait quelques tablées, sur lesquelles trônaient boissons rafraichissantes et friandises. J'étais justement en train d'y siroter un jus de citrouille lorsqu'une voix s'adressa à moi :

- La fête est-elle à votre goût, miss McGonagall ?

Dumbledore, l'œil pétillant, m'observait avec un sourire.

- Je voulais justement vous poser une question, professeur.

- Vous pouvez même m'en poser plusieurs, rétorqua-t-il avec allégresse.

Je lui souris. Sa bonne humeur était contagieuse.

- Pourquoi tout ça ? Pourquoi en faire autant pour la fermeture d'un club ?

- Rectification miss McGonagall, sifflota-t-il, il ne s'agit pas de la fermeture d'un club, mais d'un changement majeur dans le fonctionnement, et surtout dans l'esprit de Poudlard. Nous fêtons la nouvelle équipe de Quidditch, et la réussite dudit club.

Nous échangeâmes un sourire. Autour de nous, les rires et les cris s'élevaient, quelques verres se renversaient au sol, et des petites imitations de vif d'or voletaient. Je plaisantai :

- Certains sont peut-être venus fêter réellement la fermeture du Q.A.F. Fin du club, bon débarras !

- Hypothèse intéressante après tout, chacun voit midi à sa porte. Et puis, je songeais que pour vous, les Qafettes, et aussi pour tous les jeunes hommes qui ont fait l'effort de penser autrement durant cette année, il vous fallait à terme un peu de divertissement.

Un coup d'oeil alentour me convainquit que ce but était atteint. Le divertissement était le maître mot de l'après-midi. La voix de Dumbledore s'éleva avec un peu plus de sérieux :

- Soyez néanmoins assurée, miss McGonagall, qu'il y a dans ce château un vieux professeur qui est très fier de ce que vous avez fait pour l'école.

Spontanément, je faillis lui répondre qu'il n'était pas vieux, mais mon éducation me retint. Un peu plus tard, il prit gracieusement congé de moi et je rejoignis les Jumelles et Dolly. Cette dernière, mastiquant avec enthousiasme des chocogrenouilles, s'écria en me voyant :

- Min', tu viens de manquer une scène incroyable.

- Hmm...

- Tu vas adorer.

- Raconte-moi, puisque tu n'attends que ça. On dirait 'Témis... Tiens elle est où, celle là ?

Mais Dolly dédaigna ma question, et relata avec un sourire qui lui fendait le visage en deux :

- Alaric vient de snober Judith...

- Avec beaucoup de classe, bien sûr, coupa Josie en ricanant. C'est Alaric après tout.

- Comment ça, il l'a snobé avec beaucoup de classe, demandai-je en affectant un ton détaché.

- On discutait avec lui et Neil, quand Judith a débarqué et a posé une main sur son bras en lui souriant. Il a eu l'air surpris, voire un peu gêné, puis il lui a souri avec une sacrée assurance et lui a dit qu'elle était bien entreprenante sur le ton de la plaisanterie. Sauf que ça se voyait qu'il était tout à fait sérieux. Du coup, Judith, elle n'est pas débile, elle a compris que son geste était de trop, et sans rien dire elle est partie.

Je fus prise d'une curieuse émotion. Entre la jubilation et l'indifférence teintée de mépris ; pourquoi ? Parce qu'Alaric était mon futur fiancé, et qu'elle n'avait guère à papillonner autour de lui, mais aussi parce que dans un sens nous ne filions pas exactement le parfait amour, Alaric et moi, et si ces deux là voulaient consoler leur manque de romance ensemble, je refusais à me considérer tel le dindon de la farce. Je gardai un visage neutre, et Josie remarqua :

- C'est dommage qu'il se mette à la repousser. Judie a un petit humour qui me plait bien.

- Il a peut-être de bonnes raisons, laissai-je tomber d'un ton cassant. Où est Artémis ?

- Comment veux-tu qu'on le sache, fit Dolly. C'est avec toi qu'elle est toujours, généralement.

Ca suintait la jalousie maladive. Je décidai de l'ignorer, et posai la même question à propos d'Astrée.

- Je ne s... oh si, elle est là bas avec Neil !

Les deux étaient côte à côte, et bavardaient gaiement, la tête penchée l'un vers l'autre. Neil était à peine plus grand qu'elle, et la couvait d'un regard empli de douceur. Ils semblaient faire abstraction du monde alentour, complètement absorbés l'un par l'autre.

- Tiens, j'ai quelques mots à lui dire, décida Dolly en se dirigeant à grandes enjambées vers les deux élèves.

- Ils m'ont l'air bien, juste tous les deux, sous-entendis-je sans subtilité.

Mais c'était trop tard, elle les avait déjà interrompu dans leur conversation.

- Dolly n'a aucun, aucun sens de la discrétion, déplora Kimie avec une moue désapprobatrice.

- Il me semble que vous non plus, annonça une voix dans mon dos.

C'était Heinrich, la main pleine de patacitrouilles, et accompagné de son fidèle Alaric. Tous deux affichaient des moues enjouées.

- C'est la première fois, et sans doute la dernière de toute ma scolarité, que Dippet organise une fête pareille, s'exclama Heinrich en me proposant une patacitrouille.

- Il faudrait fermer le Q.A.F plus souvent, sifflai-je pince sans rire.

Nous nous décalâmes de quelques pas vers l'endroit ombragé par la tonnelle. Je passai une main sur ma tête : mes cheveux étaient brûlants. Les yeux des garçons suivirent mon geste, et Heinrich sifflota :

- Je n'avais pas remarqué, Minerva, comme tu es joliment coiffée aujourd'hui.

Nos regards se croisèrent ; je n'avais pas décelé d'ironie dans ses propos, et son regard était sincèrement flatteur. Je répliquai un peu sèchement :

- Je n'ai surtout pas eu le temps de me coiffer, ce matin.

- Tes cheveux ont poussé, renchérit doucement Alaric, tant que tu les gardais attachés, il était impossible de le remarquer.

Je lui jetai malgré moi un regard assassin. Il me semblait entendre dans ses propos qu'il remarquait à peine que j'étais une fille. Mais Heinrich rajouta, une petite lueur au fond des prunelles :

- Tu devrais les lâcher plus souvent... tes cheveux.

- De quoi vous parlez ? interrogea Kimie qui revenait avec sa jumelle, les mains pleines de friandises.

Je répliquai, d'un ton ferme :

- C'était sans intérêt.

Notre fête fut une réussite ; le temps radieux et la bonne humeur ambiante furent des facteurs incontestables, mais je pense que les élèves avaient fini par vraiment apprécier le Q.A.F. C'était une belle réussite. Cependant, je ne retrouvai Artémis qu'au repas du soir. Un sourire forcé flottait sur ses lèvres et elle feignait l'enthousiasme.

- Où étais-tu 'Témis ?

- Un petit coup de barre, lâcha-t-elle négligemment en se servant de la salade.

- Tu n'avais pas envie de voir du monde ?

Ses yeux se firent fuyants un instant, avant qu'elle ne rétorque avec un peu de son aplomb habituel :

- Du monde, on en voit tous les jours de septembre à juin. Et c'est toujours les mêmes.

- T'as raté un après-midi très agréable.

- C'est bien. Personne n'a voulu savoir si je comptais faire un strip-tease, pour le clou du spectacle ?

Sa voix était acide, et aussitôt elle détourna le regard. Je soupirai et elle dit :

- N'en parlons plus. Oh, je crois qu'Hadrien vient te parler, rajouta-t-elle en regardant par-dessus mon épaule.

Effectivement mon frère s'approchait de notre tablée. Quelques Gryffondors de son année lui lancèrent amicalement :

– Halte là, Serpent !

– Que mijotes-tu encore contre nous, vieux McGo ?

– J'ai encore le droit de venir parler à ma sœurette, leur rétorqua Hadri du même ton jovial.

Il s'assit à côté de moi en adressant un sourire à l'ensemble de la tablée la plupart étaient bouche bée par l'audace de mon frère.

- Alors ma petite joueuse de Quidditch ! Bientôt les matchs, l'année prochaine !

- Je n'a i pas encore été sélectionnée, répliquai-je avec sérieux.

Il rit.

- Pas de fausse modestie, demoiselle, vous serez bien évidemment acceptée. J'en mets ma baguette à brûler ! Le sang McGonagall coule dans vos veines.

Il venait de me tirer un sourire. Il se tourna vers la rousse, et demanda, enjoué :

- Alors, Artémis, tout baigne ?

- Absolument tout, lâcha-t-elle, pleine de mauvaise foi. Alors, il se dit que tu vas être Préfet-en-Chef, l'an prochain ?

Quelques têtes se tournèrent vers nous, subitement intéressées par notre conversation.

- Les gens parlent beaucoup trop de ce qu'ils ne savent pas.

Il nous adressa un clin d'œil, puis se pencha vers nous, et chuchota sur le ton de la confidence :

- Dippet m'a fait passer un marché. Il voudrait bien me nommer Préfet-en-Chef, mais il tient absolument à ce que j'ai de meilleures notes en histoire de la magie. Donc si je veux cette place, je dois m'améliorer dans cette matière.

- C'est drôle, commentai-je, je trouve que c'est plus un marché à la Dumbledore, ça.

- Je n'ai pas dit que le Barbu n'était pas derrière tout ça. Tu as fini de manger, Min' ?

- Oui. Tu veux me parler ?

Il acquiesça. Je me levai, alors qu'Artémis me jetait un long regard empli de sous-entendus.

- Tu me rejoins dans la salle commune ? Dit-elle.

Il fallait comprendre : « tu me racontes tout dans la salle commune ».

Je suivis mon frère jusqu'à la porte du château, par laquelle nous sortîmes en douce. Nous n'allâmes pas bien loin, s'asseyant sur les marches de l'entrée.

- Que se passe-t-il ?

Il poussa un petit soupir, et me passa un bras sur l'épaule.

- Ca ne va pas bien te plaire, mais il faut bien que quelqu'un t'en parle. Et, je vois mal Firmin s'y coller, sourit-il. Tes fiançailles auront lieu le 31 juillet.

- Oh non.

Un calcul rapide m'imposa une vérité détestable. Plus que deux mois avant la date fatidique.

- Nous nous rendrons à l'Auberge des Keitch-Horton le matin même. Tu seras soigneusement préparée, et tu te fianceras dans la matinée. S'ensuivra un repas « familial », celui qui rassemblera les deux familles, puis tu resteras dix jours pour te familiariser avec eux.

- Ah non, m'écriai-je vivement, tout mais pas ça ! Ne me dis pas que je serai obligée de… Passer mes nuits avec lui…

Il éclata de rire.

- Ca ne risque pas. Maman t'en parlera certainement : tu ne seras pas tenue, tu n'auras même pas le droit, de passer ne serait-ce qu'une nuit avec lui avant le mariage.

- Superbe. A treize ans, je peux m'estimer heureuse de passer entre les mailles du devoir conjugal, répliquai-je aigrement.

Puis je me pris la tête entre les mains. Ses mots me faisaient l'effet d'une lame sous ma gorge. Ou d'un piège qui se refermait sur moi. De la gueule du loup. On m'envoyait droit vers un avenir déjà tout tracé : les fiançailles, le mariage, la vie conjugale qui se résumait au ménage, vaisselle, cuisine, et les devoirs nuptiaux donner des héritiers, les élever, les aimer, tout leur donner pour qu'ils reproduisent le même schéma de vie, et finir par s'en satisfaire.

- Je ne veux pas de tout ça, lâchai-je à mi-voix.

- De quoi parles-tu ?

Je lui résumai le fil de mes pensées, sentant de grosses larmes me monter aux yeux. Je les refoulai du mieux possible la nuit n'était pas encore tombée, et il n'était pas question que mon frère me voit faible. Il poussa un soupir un peu triste.

- Sur mille jeunes filles, il ne doit y en avoir qu'une seule qui pense de cette manière. Et il a fallu que ce soit ma sœur adorée. Minerva, regarde autour de toi : cette vie dont tu ne veux pas, eh bien c'est la vie que mènent toutes les personnes. Sorciers et moldus. Les héros, les héroïnes, ça n'existe que dans les histoires. Même les Aurors, quand ils ont fini leur journée de travail, ils rentrent éreintés, embrassent leur compagne, font dîner leur enfants, chaussent des chaussons bien moelleux et s'installent dans leur fauteuil pour lire la gazette avant d'aller dormir.

Nous demeurâmes un moment silencieux, laissant la petite brise fraîche nous caresser le visage, puis j'émis, hésitante :

- Le professeur Arnaud… Elle n'est pas mariée, elle ? Elle a un travail, elle enseigne…

Je m'attendais à ce qu'il me contredise, ne m'attendant pas une seule seconde à avoir raison. Mais il prononça, gravement :

- Arnaud… Non, elle n'est pas mariée, mais…

- Tu vois ? Si elle était mariée, elle serait chez elle, à s'empêtrer dans son quotidien, alors que là… Elle décide elle-même de sa vie !

Qu'Hadrien ait admit, contre toute attente, qu'elle n'était pas mariée m'emplissait d'une admiration sans bornes à son égard. Ce devait être la seule femme, à ma connaissance, à avoir échappé à la vie maritale. Et, loin d'être une rebue de la société, elle m'apparaissait comme une personne fort appréciée, qui gagnait le cœur des gens, et qui avait pour plus gros privilège d'agir comme elle l'entendait, sans avoir de comptes à rendre ni d'autorisation à demander.

Hadri énonça, néanmoins :

- Ma petite Minerva, je te vois venir. Tu vas te mettre à l'idéaliser, parce qu'elle représente pour toi la femme libérée de toute emprise, qu'elle soit familiale ou maritale.

« La femme libérée »… Ces mots me faisaient rêver.

- Mais détrompes-toi, reprit-il. Sa situation n'est guère enviable. Crois-tu qu'elle ait choisi la voie de l'enseignement par conviction personnelle ? Penses-tu qu'elle est venue s'enfermer à Poudlard par choix ? Non, dis-toi que très rares sont les métiers où une femme, qui plus est célibataire, soit acceptée. Alors qu'une femme mariée a davantage d'opportunités.

Je me mordis les lèvres pour ne pas pleurer. J'avais espéré un soutien de la part d'Hadri, et à la place, je ne recevais qu'une leçon de morale conventionnelle. Il rajouta, plus doucement, en me pressant l'épaule affectueusement :

- Je dis ça pour ton bien, Minerva. Je serais anéanti, si tu gâchais ta vie pour des idéaux d'adolescente. Je sais qu'il est très difficile pour toi de faire la part des choses, puisque tu as été élevée sans père. Avec une mère qui tenait le rôle de l'homme et de la femme. Tu ne peux qu'avoir le besoin de faire pareil.

Je songeai que ma mère tenait surtout le rôle de la veuve malheureuse ni femme au foyer, ni homme honnête et travailleur seulement la veuve, cette petite créature voûtée et triste, qui subissait sans broncher les vicissitudes de la vie, sans chercher à s'imposer.

- Je n'ai pas envie de suivre le même chemin que Maman.

Mais il ne m'écouta pas, et dit :

- Et puis, je ne pense pas qu'Alaric soit homme à te refuser quoi que ce soit. Il est assez ouvert d'esprit pour t'accorder ce qui lui semble sensé.

En me remémorant ses réactions machistes lors des débuts du Q.A.F, j'eus un rire sans joie, et lâchai :

- Effectivement, il est pour l'évolution des mentalités.

Mon frère semblait hermétique à mon cynisme il renchérit :

- Tu as de la chance : il est plus ou moins de ton âge, et plutôt bel homme. De plus, il semble promis à un grand avenir dans le Quidditch. Tu pourrais en tomber amoureuse.

Je craignais de faire perdre patience à mon frère, et pourtant, j'objectai d'une voix posée :

- Je préfèrerai que ce soit moi, qui ait de l'avenir. Quel que soit le domaine. Je n'ai pas envie de vivre de la réussite d'un autre.

Loin de se montrer exaspéré, ou peut-être était-il trop aimable pour le montrer ouvertement, Hadrien me prit dans ses bras et me serra contre lui en chuchotant :

- Ma petite sœur, j'ai peur que tu ne sois malheureuse avec toutes ces idées en tête. Malheureuse de te rendre compte que ce ne sont que des rêves illusoires. Et malheureuse toute ta vie de t'en être rendue compte. Essaie de te contenter d'un bonheur simple, sans tâche, celui d'être femme.

- Se contenter… Vous n'avez tous que ce mot là à la bouche.

Il s'écarta, et prononça d'une voix un peu triste :

- C'est ça la vie. Se contenter. Trouver le juste milieu entre les rêves et les possibilités. Un compromis acceptable entre ce qu'on voudrait être, et ce qu'on peut être.

Je ressentis étrangement comme de la peine, mais envers lui. En arriver à ces conclusions concernant la vie, c'était… triste. Pas une seule seconde, je ne songeai que c'était moi qui étais trop idéaliste pour envisager qu'il ait raison. Et pour soutenir mes arguments, je pensais que ses propos ne seraient jamais venus de la bouche d'Arnaud, elle qui ne semblait pas se contenter du bonheur simple et sans tâche d'être femme. Qui, selon moi, n'acceptait pas de compromis.


J'ai oublié de vous dire, ce chapitre était looong, j'en fais rarement de cette taille. Et pour une fois, il ne se termine pas coupé au mauvais endroit héhé. Alors, autre chose, peut-être avez-vous remarqué des problèmes de ponctuation dans mes chapitres, mais j'ai l'impression que supprime mes points virgules, ce qui est assez embêtant puisque j'en suis accro... et que ça rend mes textes moins lisibles. Bon et prochain chapitre intitulé "La Broche, la Mallette d'ébène et les Atouts", ce qui promet plus ou moins le chapitre incontournable de ce tome II. Je vais tenter de le finir rapidement. Voili-voilou, à très vite !